Il est venu demain

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Michel Piémont entremêle deux destins blessés qui s'unissent pour trouver le bonheur.


Luc Privaz n'est plus que l'ombre de lui-même depuis la disparition de sa femme Isabelle, décédée à vingt-neuf ans lors d'une opération chirurgicale. Ce banquier talentueux se réfugie dans le travail pour tenter de surmonter son deuil. Juliette Guépin est infirmière dans une clinique lyonnaise. Elle a été violée et ne parvient pas à chasser les angoisses qui la hantent. Elle décide de tout quitter pour apporter son aide aux populations déshéritées et propose ses services à une organisation humanitaire. Ils se rencontreront aux îles Marquises, où Luc se rend en souvenir de sa femme défunte et où Juliette est envoyée en mission pour combattre l'épidémie de rougeole. Après deux années douloureuses, ce voyage, au cours duquel ils redécouvrent l'amour, va les transformer. Le jeune couple, heureux, quitte l'archipel ensemble, en route vers son avenir.


Publié le : mercredi 4 mai 2016
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EAN13 : 9782334076999
Nombre de pages : 260
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ISBN numérique : 978-2-334-07697-5

 

© Edilivre, 2016

À mon fils

Des cadeaux qu’on t’a faits, des malheurs que tu as,

il y a ceux qu’on oublie et ceux qu’on n’oublie pas.

Si tu veux pardonner et aller de l’avant,

ne retiens de la vie que ses meilleurs moments.

Quand dans l’éloignement tu veux fuir ton destin,

il revient dans le soir au détour d’un chemin.

Tu avais oublié ton idée du bonheur,

Vois là-bas sur la plage, il s’avance et il pleure.

Ne te détourne pas, n’aies pas peur du voyage,

pour vous deux tout commence au bord de cette plage.

Qu’elle soit belle ou jolie, là n’est pas le problème,

Si un jour tu finis par lui crier « je t’aime ».

Avec elle en l’aimant, ensemble fidèlement,

vous ferez tous les deux le plus beau des enfants.

Quand ton fils, près de toi, poussera ses voitures,

lui aussi, sans le voir, parlera au futur.

Et en lui souriant, tu lui prendras la main,

Afin que dans la vie il suive le bon chemin.

Bien des fois dans la nuit, résistant au sommeil,

Tu guetteras son retour les yeux sur le réveil.

Et un jour, bien après, parti vivre sa vie,

il reviendra chez toi te montrer son petit.

Quand tu regarderas derrière toi le passé,

Ton histoire y sera et le rideau tiré.

1re Partie

Luc ouvre lentement les yeux. Il n’a pas beaucoup dormi, mais il est huit heures et le jour filtre déjà à travers les persiennes de la chambre. Sa nuit a été entrecoupée par de longues périodes de veille et il se sent fatigué. Il doit quand même se dépêcher, son rendez-vous à l’hôpital est fixé à dix heures. Il rejette le drap et reste assis un long moment, pensif. Que va-t-on lui apprendre ? Depuis trois semaines que sa femme, Isabelle, est hospitalisée, et malgré une longue suite d’examens, rien n’a été découvert. Les médecins ne peuvent donc engager aucun protocole thérapeutique fiable pour l’instant. Seuls des antalgiques lui sont administrés pour pallier les douleurs incessantes dont on ignore toujours l’origine. Il n’est pas possible qu’à l’aube de l’an 2000 on ne puisse pas trouver d’où vient ce mal inconnu. Ils s’en sont entretenus à plusieurs reprises avec les divers praticiens qui ont ausculté son épouse depuis plusieurs mois, hélas aucun d’eux n’a de véritable réponse à leur donner. Las d’attendre, les deux époux se sont donc tournés vers le Professeur Doucy, médecin chef à l’hôpital universitaire d’Angers, dont la réputation et le professionnalisme sont reconnus de tous : une sommité comme on se plaît à dire. Lui au moins trouvera quel est le mal dont souffre son épouse. Ce dernier vient de le convoquer. On aurait enfin trouvé l’origine des maux d’Isabelle.

Il revient à la réalité et se hâte de préparer son petit-déjeuner. Il n’a pas spécialement faim mais se force quand même pour grignoter quelques toasts du bout des lèvres et boit un bol de thé chaud. Aujourd’hui, il arrive à manger, mais il y a certains matins où il est incapable d’avaler la moindre bouchée. Il fait sommairement sa toilette, puis enfile un jean, un pull-over et son manteau avant de se regarder une dernière fois dans la glace. Il est dubitatif : ses vêtements n’ont pas l’aspect strict qu’Isabelle exige lorsqu’elle est à la maison. Son épouse est intransigeante : il doit être irréprochable. Son travail au bureau et le contact permanent avec la clientèle l’imposent. Que penserait-on d’elle si Luc arrivait à la banque avec des vêtements fripés ? Dans le miroir, le jeune homme remarque quelques plis auxquels, lui, n’attache que peu d’importance, mais qui auraient, à coup sûr, déclenché la mauvaise humeur de son épouse.

– Ce n’est pas grave, pense-t-il, et puis de toute façon, je n’ai plus le temps de mettre autre chose.

Il sort enfin de l’appartement. Luc sent la température glaciale s’infiltrer dans la cage d’escalier. Il débouche sur le trottoir. Il fait très froid, l’hiver est en avance cette année. Bien que l’on soit à la mi-novembre, le thermomètre avoisine déjà les quatre degrés en dessous de zéro. Il redresse le col de son pardessus pour se protéger le visage et prend la direction de la gare en marchant d’un pas rapide. Son esprit est tourmenté – Et si c’était le mal que tout le monde redoute, oui, si c’était un cancer ? Non, ce n’est pas possible, avec les méthodes et la technologie actuelle, ils l’auraient découvert depuis longtemps, ou alors une forme de cancer encore inconnue ?

Il doit évacuer toutes ces idées lugubres qui trottent dans sa tête et s’oblige à porter son attention sur le sol rendu glissant par la gelée nocturne. Les trottoirs sont couverts des dernières feuilles mortes de l’automne que le vent n’a pas encore chassées. Au loin, le camion chargé de ramasser les ordures ménagères finit sa tournée, son gyrophare se reflète sur les murs des immeubles et semble indiquer le chemin aux rares passants qui se sont hasardés dans les rues. – C’est normal, pense Luc, nous sommes samedi, les gens restent probablement chez eux dans l’attente d’un bulletin météo plus propice. Seuls quelques gamins, espérant les chutes de neige annoncées, ont eu le courage d’affronter les premiers frimas de la mauvaise saison. Luc presse le pas. Au travers des vitres de la gare, il aperçoit, là-bas, son train stationné le long du quai, prêt pour le départ. Oubliant les risques de chutes que pourrait occasionner le pavé glissant, il se met à courir. Il ne doit surtout pas rater cette correspondance, après il sera trop tard. Il saute enfin sur le marchepied. Il était temps. À peine est-il monté dans le wagon que le convoi se met en branle. Le compartiment est presque vide : quelques ouvriers encore endormis qui partent pour leur travail et de jeunes étudiants qui se hâtent de finir leurs devoirs avant d’aller en cours. Rien d’autre que le spectacle habituel que l’on observe chaque matin dans les trains qui sillonnent la banlieue des grandes villes. Il s’assoit en bout de wagon, dans le renfoncement créé par les toilettes. Il veut être seul et surtout ne parler à personne. Là, on ne le dérangera pas. Dans un quart d’heure, il sera à l’hôpital et saura enfin.

Le jeune couple habite dans la banlieue nord d’Angers. Ils ont choisi un petit studio au centre d’un village plein de charme, Isabelle ayant jugé ce lieu plus propice aux rencontres et à la convivialité entre voisins. – Nous pourrons nous faire plus facilement des amis, avait-elle dit à Luc pour le décider. Il y a également la proximité de leur travail réciproque, chacun d’eux n’ayant que quinze minutes de trajet pour se rendre au bureau.

Pour l’instant, Luc est dans le train, plongé dans ses souvenirs. Il pense à ce jour où, encore étudiant, il a croisé pour la première fois Isabelle. Elle était accompagnée d’une amie. Toutes les deux riaient bruyamment sur le trottoir. Elles riaient comme on rit à vingt ans, sans se soucier des passants. Luc s’était étonné de tant d’exubérance et n’avait pu s’empêcher, bien que d’habitude d’un tempérament timide, d’interpeller les deux jeunes filles qu’il ne connaissait pas :

« Alors, les filles, on s’éclate ?

C’est Isabelle qui avait réagi la première, le foudroyant du regard, se demandant qui était ce jeune prétentieux qui les apostrophait en pleine rue :

– C’est comme ça que vous draguez les filles dans la rue, avait-elle lancé à son encontre ?

Au bout d’un temps qui lui avait paru interminable, Luc avait réussi enfin à bredouiller quelques mots :

– Je suis désolé, et ne vous vexez pas. Je ne voulais ni vous draguer ni vous importuner, je voulais juste dire quelque chose de sympa. »

Il avait dit cela d’une manière si candide que les deux filles avaient souri. Isabelle était revenue sur son impression du début : ce n’était pas, à première vue, un de ces gars qui vous drague et ne vous lâche plus. En somme, un « gros beauf » qui fait tout pour vous emmener dans son lit.

Elle ne le quittait plus du regard, le détaillant de la tête aux pieds.

Luc était un grand gaillard brun, avec un je-ne-sais-quoi qui le faisait ressembler à Lucky Luke.

S’étant radoucie, la jeune fille lui avait proposé :

« Avec mon amie, nous allons faire du shopping au centre-ville, aux « Jacobins ». Veux-tu faire un bout de chemin avec nous ?

Le jeune garçon s’était empressé d’acquiescer :

– Je n’ai rien de spécial à faire, alors pourquoi pas !

Ils avaient fait le chemin de concert, tels des amis de longue date. Les discussions avaient vite tourné sur les banalités d’usage :

– Comment t’appelles-tu ? Où habites-tu ? Quelles études fais-tu ?

Luc, le premier, s’était enhardi à parler de lui :

– Je m’appelle Luc Privaz. Je loue une chambre d’étudiant dans le quartier universitaire, mais je ne suis pas d’origine nantaise. En ce moment, je m’accroche pour obtenir un D.E.S.S., option Banque et Finances.

– Moi, c’est Isabelle Servaz, et mon amie, c’est Nathalie, elle est timide alors je parle pour deux. Mais tu me dis t’appeler Luc Privaz, c’est plutôt un nom de la région savoyarde. N’aurais-tu pas de la famille en Haute-Savoie ?

– Si, mon grand-père habite toujours par là-bas, un petit village à une quinzaine de kilomètres d’Ugine : à Crest-Voland.

– Ça, c’est un sacré hasard, et je comprends mieux pourquoi ton visage ne m’était pas inconnu. Je vais également en vacances chez mes grands-parents maternels qui habitent aussi à Crest-Voland, la dernière fermette à droite sur la route des Saisies. Monsieur et Madame Lupin, ça ne te dit rien ?

– Ça me dit vaguement quelque chose, mais je n’en suis pas sûr. Alors, si c’est ça, nos familles seraient du même coin ? Tes parents aussi sont venus s’expatrier du côté de Nantes ? »

Luc revient à la réalité, le train arrive en gare. Il doit maintenant se rendre à pied à l’hôpital et finit le trajet en une dizaine de minutes. Il monte directement dans le service du Professeur Doucy. Il est neuf heures quarante-cinq : encore quinze minutes à attendre, une éternité. Il se dirige tout droit vers la chambre où se trouve Isabelle. Comment va-t-il la trouver ? Sera-t-elle fatiguée ? Pour l’instant, elle dort. Des longs tuyaux relient la jeune fille à plusieurs appareils dont les cadrans, couverts de sinusoïdes rouges et vertes, se reflètent sur les murs laqués, la faisant ressembler à un automate. Des « scopes » selon ce qu’il a entendu dire par les employés du service. Un « bip » résonne par intermittence. Le visage d’Isabelle est pâle mais on la sent reposée. Un cathéter est fixé à sa gorge, maintenu par une compresse et un pansement. – Ça doit lui faire du bien de dormir enfin, songe Luc, je vais la laisser et je reviendrai après mon entretien avec le Professeur.

Il referme lentement la porte et se dirige vers le bureau du « Grand Patron ». Il s’est assis et ne peut s’empêcher de trembler. – La fatigue et mes nerfs me jouent des tours, pense-t-il. Il faudrait que je fasse une petite cure de magnésium pour retrouver du jus. La secrétaire médicale arrive enfin et lui demande d’entrer, – Monsieur Doucy va le recevoir.

Le Professeur est installé dans un grand fauteuil de cuir noir. Près de lui, un autre médecin se tient debout. Ils lui serrent la main et l’invitent à s’asseoir, prenant bien soin de refermer la porte du bureau. Plusieurs radios sont accrochées au mur sur un écran opaque éclairé par une lumière aux reflets violets. Le jeune homme pense qu’il doit s’agir des clichés d’Isabelle, le Professeur Doucy et son collègue étaient probablement en train de les examiner. Le Professeur s’adresse à Luc :

« – Monsieur Privaz, je vous présente le docteur Lefebvre, un de mes collaborateurs. Je vous ai demandé de venir pour faire un point avec vous des problèmes de votre épouse. Ses ennuis de santé vous ayant contraints à vous orienter vers notre service de neurologie.

– En effet Docteur, acquiesce Luc. Nous avons vu plusieurs de vos confrères, mais aucun n’a su nous dire de quoi souffrait exactement Isabelle.

Puis le jeune homme ajoute :

– Avez-vous trouvé quelque chose ?

– Oui, nous avons enfin pu mettre un nom sur le mal dont souffre votre épouse. Je vais essayer de vous l’expliquer assez brièvement et dans des termes qui ne soient pas trop techniques. Madame Privaz est atteinte d’une inflammation placée au niveau du bulbe rachidien, juste derrière la nuque. Nous ne l’avons pas vu tout de suite car mes confrères s’étaient plutôt dirigés vers un angiome caverneux cérébral en raison des très fortes migraines, des problèmes de vision et des évanouissements d’Isabelle. Par ailleurs, personne n’a pensé à faire une seconde lecture des scanners et des IRM. Maintenant que ces examens ont enfin été faits, nous y voyons plus clair. Venez voir sur cette image du scanner, vous vous rendrez mieux compte. Si vous souhaitez connaître le nom scientifique de cette grosseur, nous l’appelons gliome, mais dans le cas d’Isabelle, il est encore bénin car très récent. Il s’agit en réalité d’un épendynome.

Luc ne comprend rien à tous ces termes, mais il s’approche quand même de l’écran. Il prend la parole :

– Vous avez parlé de tumeur, donc c’est un cancer ? C’est grave alors ?

Il tremble de tout son corps. Le Professeur se tient debout devant le négatoscope et montre du bout du doigt une infime lueur de la taille d’une petite perle qui ressort clairement sur le cliché.

– Ce n’est pas exactement un cancer. Comme je viens de vous le dire, il s’agit d’une tumeur bénigne. Je ne peux pas vous cacher que cela pourrait poser quelques problèmes si nous en restions là, mais rassurez-vous, nous allons l’opérer. Il nous faut cependant obtenir votre accord préalable ainsi que celui de votre épouse.

Puis, sentant l’angoisse poindre sur le visage de Luc, il s’empresse d’ajouter :

– Vous savez, mon service est spécialisé dans ce genre de cas, il ne faut pas vous inquiéter. C’est le docteur Lefebvre qui réalisera cette opération, il est très compétent pour ce genre d’intervention.

– Quelles sont les chances de réussite ? Gardera-t-elle des séquelles ? interroge le jeune garçon.

– Ce n’est pas une opération que nous réalisons tous les jours et elle n’est pas sans risque, mais je peux vous assurer que nous allons faire le maximum pour la remettre sur pieds, mon équipe est très performante. Pour ma part, je suis très optimiste et j’ai toute confiance dans mon collaborateur ici présent. »

 

Sans dire un mot, Luc se lève et sort de la pièce. Il n’a même pas pris la peine de remercier le praticien. Tel un zombie, il marche dans le couloir du service de neurologie de l’hôpital. Il va devoir annoncer cette triste nouvelle à son épouse : elle souffre d’une tumeur du cerveau et il ne sait pas comment faire pour le lui dire sans la choquer. Sans le vouloir, des larmes coulent à présent sur ses joues. – Ce n’est pas possible, elle n’a que vingt-neuf ans, ça ne peut pas arriver si jeune, il faut être plus âgé ou très fatigué pour qu’une tumeur se manifeste ainsi, pense-t-il en se dirigeant vers la chambre d’Isabelle.

Le jeune homme essaye de se persuader qu’il est en train de rêver. Mais non, il est bien dans un hôpital et vient de sortir du bureau du Professeur Doucy qui lui a appris le triste diagnostic. D’un revers de manche, il essuie sur son visage les larmes qui y coulent. Il ne doit rien laisser paraître. Il faut qu’il soit fort. Après tout, le Professeur lui a dit : les membres de son équipe sont des spécialistes, ils vont guérir Isabelle, il ne doit pas dramatiser. Dans le couloir, le silence est pesant. Chacune des employées qu’il croise s’efforce de marcher en faisant un minimum de bruit, presque sur la pointe des pieds. Elles ont le respect des lieux et des malades qui y séjournent. Ces derniers ont besoin de beaucoup de repos pour se rétablir dans de bonnes conditions. En les regardant, Luc ne peut s’empêcher de penser au courage que doivent avoir ces personnes à côtoyer chaque jour la maladie. Elles ont fait de la souffrance leur métier. Lui est incapable d’une telle dévotion : il n’est qu’un simple conseiller en patrimoine dans une grande banque de la place. Il a choisi ce métier après avoir passé avec brio son examen universitaire. Il a trouvé presque immédiatement ce poste qui venait d’être libéré par une jeune femme partie en congé de maternité. De l’avis de tous ses amis étudiants de l’époque, cette embauche si rapide relevait du miracle dans le contexte de chômage existant, mais une telle opportunité ne se refuse pas. Le miracle, c’est aujourd’hui que Luc en a besoin. Il s’arrête devant la porte de la chambre de son épouse et regarde par la vitre qui sert de judas pour les infirmières. À l’intérieur, Isabelle est maintenant réveillée, ses yeux qui fixent le plafond se détournent lorsqu’il entre :

« Bonjour chérie, murmure le jeune homme en l’embrassant doucement sur le front, comment te sens-tu ?

– J’ai l’impression d’être sur un nuage, lui répond-elle. Il y a toujours cette douleur lancinante que les traitements estompent un peu mais qui reste présente, c’est dur à supporter. Ce matin je me suis pesée, j’ai encore perdu deux kilos, ça commence à faire beaucoup, tu te rends compte, deux kilos en deux semaines. »

Luc la regarde sans dire un mot. Il sourit en plongeant ses yeux dans ceux de son épouse. Ce n’est pas le moment, il ne doit pas encore lui annoncer la mauvaise nouvelle, il doit lui mentir pour la préserver et ne rien laisser paraître. Il faut qu’elle retrouve le moral qu’elle avait encore il y a quelques semaines. Le jeune homme se répète toutes ces choses lorsqu’il est soudain ramené à la réalité par le Professeur Doucy qui vient d’entrer dans la pièce, suivi de son adjoint et de plusieurs infirmières. Que va-t-il dire ? Il doit le prévenir qu’il n’a pas encore osé annoncer la mauvaise nouvelle à Isabelle. Les regards des deux hommes se croisent. Le praticien, qui a l’habitude d’être confronté à ce genre de situation, comprend, à la gêne qu’il lit sur le visage du jeune homme, que le moment n’est pas propice :

« Bonjour Madame Privaz, dit-il en souriant, comment vous sentez-vous ce matin ?

– Comme je viens de le dire à mon mari, j’ai la tête dans les nuages et je n’arrête pas d’avoir de mauvaises pensées.

– Quelles mauvaises pensées ? Il est normal que vous trouviez le temps long, mais vous allez voir, nous allons faire ce qu’il faut pour que cessent tous vos soucis.

– J’aimerais tant vous croire, Docteur, j’en ai assez de ces douleurs lancinantes. »

Le médecin se retourne et s’adresse à l’infirmière-chef pour lui donner ses directives quant au futur traitement à prévoir. Après un bref signe de la main, lentement et sans bruit, tous quittent la pièce, laissant le couple en tête-à-tête. Luc, de son côté, n’ose pas regarder Isabelle. Il a peur qu’elle ne détecte dans son regard un semblant de réponse à toutes les questions qu’elle ne manque pas de se poser. Ils se connaissent si bien depuis cinq ans qu’ils sont mariés, qu’elle sait toujours lire sur son visage s’il a eu des soucis dans la journée. Cela étonne toujours le jeune homme. Ils ont uni leur vie en juin 1993, après une longue période de fiançailles de deux ans et demi. Ils se seraient bien mariés plus tôt, mais ils ont dû trouver les fonds pour s’installer et vivre sans avoir à demander l’aide de leurs parents respectifs. On est fier quand on a vingt-quatre ans, et ils ont voulu prouver à leurs deux familles qu’ils pouvaient s’en sortir seuls. Ensemble, ils se sont créé leur petit monde et ont souhaité attendre cinq ans avant d’avoir un enfant. Ils se sont enfin décidés au début de cette année, juste avant que les premiers symptômes de la maladie n’apparaissent. C’est le comble de la malchance. Maintenant ils doivent se résoudre à attendre. C’est Isabelle qui, la première, rompt le silence qui s’est installé dans la chambre :

« Le Professeur t’a-t-il parlé du résultat des examens ?

Luc ne s’attendait pas à une question aussi directe. Il inspire, l’instant est important. Il plonge son regard dans celui de sa femme et répond :

– Oui, je l’ai vu tout à l’heure, j’avais rendez-vous à dix heures avec lui.

– Alors, que t’a-t-il dit ? ajoute Isabelle impatiente.

– Il m’a juste dit avoir détecté un petit kyste derrière ta tête, en haut de la nuque, mais ce n’est pas grave. Il souhaite néanmoins obtenir notre accord pour procéder à l’opération qui permettra d’enlever cette petite infection.

– Mais il n’a pas besoin d’avoir notre accord, il faut qu’il l’enlève, c’est son travail, c’est lui, le spécialiste. Pourquoi ne m’en a-t-il pas parlé tout à l’heure ?

– Tu sais, c’est plus compliqué qu’il n’y paraît, c’est une opération qui touche la tête, alors il préfère que tout le monde soit bien conscient des risques qui pourraient survenir.

– Quels risques, tu ne me caches rien j’espère ?

– Tu me connais, je ne pourrais pas te mentir, mais il s’agit d’une opération qui demande une préparation et ils ne doivent rien laisser au hasard.

– Luc, j’ai peur, j’ai un mauvais pressentiment, je ne sais pas ce que c’est, mais je suis angoissée.

– Tu n’as pas à t’inquiéter, je serai là quand tu auras besoin de moi.

– Je te fais confiance, mais je ne veux pas que, par peur de me faire de la peine, tu n’oses m’avouer que mon état est plus grave qu’on veuille bien me le faire croire. »

Le jeune homme ne répond pas, son épouse semble rassurée, c’est ce qui importe pour lui. Ils restent encore ensemble durant une heure, puis Luc, qui n’a obtenu de son responsable que la matinée pour rendre visite à son épouse, doit se résoudre à la quitter. Il lui promet de revenir le soir, après son travail.

*
* *

Durant les trois jours qui précèdent l’opération, Luc court en sortant de son travail, et saute dans le train qui doit l’emmener à l’hôpital où il passe ses soirées auprès d’Isabelle qui, de son côté, semble de plus en plus angoissée à l’approche de l’intervention. Il essaye de lui remonter le moral du mieux qu’il peut, mais ce n’est pas facile, lui-même étant sur des charbons ardents. À plusieurs reprises, durant ces trois jours, il a encore rencontré les médecins qui ont souhaité le tenir informé de tous les préparatifs de l’opération.

Le grand jour est enfin arrivé. Sachant qu’il ne va pas pouvoir rester concentré sur son travail, Luc a préféré demander une journée de congé à son responsable, et il la passe à flâner dans le centre d’Angers, là où il s’est si souvent promené avec la jeune fille qui allait, plus tard, devenir sa femme. Le médecin l’a prévenu, l’opération doit durer plusieurs heures, deux au minimum en fonction des problèmes rencontrés. C’est donc tendu et inquiet de connaître le résultat de l’intervention qu’il arrive au centre hospitalier vers dix-sept heures. Il monte directement dans le service de neurochirurgie où s’est déroulée l’opération. Il y a toujours ce même silence pesant qui l’a tant de fois accueilli et qui, ce soir, l’oppresse. Rien, dans le comportement des infirmières, ne laisse penser qu’une opération importante vient d’avoir lieu. – C’est bon signe, pense Luc, il n’y a pas d’effervescence. Il se dirige tout droit vers la chambre d’Isabelle. Elle est vide et il n’y a plus aucun appareil. – C’est étrange, elle doit être en salle de réveil, je vais voir si le Professeur est là.

En marchant vers le bureau du praticien, Luc sent de nouveau l’angoisse monter en lui, tout est trop calme, il s’est passé quelque chose. Le jeune homme va frapper à la porte lorsque celle-ci s’ouvre sur le docteur Lefebvre. Il comprend dans son regard qu’un événement grave s’est produit. Le médecin l’invite à entrer :

« Asseyez-vous, Monsieur Privaz, je vous attendais.

Luc s’est assis, crispé, guettant les premiers mots du docteur. Le médecin, lui, est resté debout, marchant autour du bureau. Il prend enfin la parole :

– L’opération ne s’est pas passée exactement comme nous l’aurions souhaité. Votre épouse, certainement fatiguée par toutes les douleurs des semaines passées et les traitements contraignants qu’elle suivait depuis plusieurs mois, a mal supporté l’anesthésie et a fait un choc opératoire dû à un grave problème d’hypoxie. Il s’agit d’un cas rare de sous-oxygénation des muscles et du cerveau.

– Qu’est-ce ça veut dire, s’exclame Luc, vous m’aviez dit que c’était une opération qui ne devait pas poser de problème ?

– Effectivement, l’intervention en elle-même ne devait pas poser de problème, et je peux d’ailleurs vous assurer qu’aucune erreur n’a été commise. Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour que tout se déroule bien. Nous lui avons même injecté de la dopamine, mais rien n’y a fait, nous n’avons pas pu la ranimer. Je vous l’ai dit, elle était très fatiguée et elle est malheureusement décédée.

Luc reçoit la nouvelle comme un coup de poing en plein visage et reste quelques secondes pétrifié. Il finit par exploser :

– Comment ça, décédée ? Ce n’est pas possible ! Vous plaisantez ! Dites-moi que je rêve ! Vous devez vous tromper. On nous avait recommandé votre service comme étant le meilleur dans ce domaine. Je ne peux pas vous croire, il y a autre chose que vous ne voulez pas me dire. J’engagerai des poursuites, je connais beaucoup de monde à Angers où j’ai de nombreuses relations par le biais de mon travail. Ne croyez pas que vos excuses vont vous disculper, je vais faire procéder à une autopsie !

Le médecin ne répond pas dans un premier temps, laissant la colère de Luc retomber. Le garçon fond en larmes, tout s’écroule autour de lui. Les meubles semblent tourner comme dans un manège. Il n’entend plus rien ni personne. Un silence pesant s’est installé dans la pièce. Après plusieurs minutes, Luc se lève le visage hagard :

– Je voudrais la voir, murmure-t-il.

Le médecin se lève à son tour :

– J’allais vous le proposer. Veuillez me suivre s’il vous plaît.

Puis il ajoute :

– Je comprends votre colère, mais nous ne pouvions prévoir le choc d’anesthésie, nous avons fait tous les examens préopératoires qui doivent être réalisés dans ce type d’intervention. Rien ne laissait supposer ce qui est arrivé. Votre épouse était jeune et l’électrocardiogramme n’a révélé aucune anomalie significative. »

 

Ces mots ne rassurent pas Luc, il a perdu Isabelle. Tous les projets qu’ils avaient échafaudés ensemble : la maison, le bébé, et tant d’autres… tout vient de s’écrouler en quelques secondes. Ce qu’il redoutait depuis plusieurs semaines, et à quoi il ne voulait pas croire, vient d’arriver. Il va devoir vivre sans elle et il ne peut le concevoir : ce qui lui arrive est épouvantable.

Lentement, sans dire un mot, il suit le médecin dans un long couloir tout juste éclairé, et ils entrent ensemble dans une pièce glaciale. La salle est vide, à l’exception d’une grande table métallique où une forme est allongée sous un drap. C’est Isabelle. – De longues tentures en velours pourpres masquent les murs. À part la table centrale, seule une chaise en bois trône dans le coin de la pièce opposé à la porte d’entrée. Le docteur découvre le visage de la jeune femme, qui semble endormie. Luc s’approche et la regarde pendant un long moment. Il finit par poser sa main sur sa joue et se met à pleurer. Pourquoi, oui pourquoi elle, pourquoi pas une autre ? Ce n’est pas logique. Pourquoi les avoir choisis eux, ils n’ont rien fait à personne, alors pourquoi ? Où est le Dieu en qui ils croient ? Bien sûr, ils ne sont plus aussi assidus pour se rendre à la messe depuis leur mariage, mais est-ce une raison pour que cela leur arrive ? Si Dieu existe vraiment, pourquoi a-t-il laissé faire ça ?

À cet instant, le garçon en veut à la terre entière. Il ne peut plus réfléchir. Pour lui, le monde entier est responsable de cette mort. Il se met à marteler le bord de la table de ses poings. Puis, se calmant enfin, il prend son épouse par les épaules, la serrant fort contre lui en pleurant. Son corps est déjà glacé, comme une poupée de cire. – Reviens Isa, ne pars pas, ne me laisse pas seul, j’ai besoin de toi, tu n’as pas le droit de partir, pourquoi m’avoir fait çà, dites-moi que je rêve.

Le docteur s’approche lentement du jeune homme, il comprend sa peine. Lui, pourtant habitué à assister à ce genre de scène, se demande une fois de plus pourquoi la vie est si injuste et pourquoi la mort frappe si souvent de jeunes personnes comme la jeune femme qui gît sur la table, là, devant lui. Après quelques instants, il prend la chaise posée dans l’angle de la pièce et demande au jeune homme de s’asseoir. Il lui faut annoncer une autre nouvelle, tout aussi dure à accepter :

« Je dois vous faire part d’une autre chose, Monsieur Privaz. La batterie d’examens et de contrôles que nous avons fait passer à votre épouse a révélé quelque chose qu’Isabelle n’a pas souhaité vous annoncer tout de suite. Elle voulait vous le dire plus tard, quand elle serait rentrée chez vous.

Le jeune homme lève les yeux et fixe le docteur. De quoi parle-t-il ?

Le docteur Lefebvre ne peut attendre plus longtemps. Les mots tombent tel un couperet :

– Isabelle était enceinte. »

Luc ne peut en entendre davantage. Il manque d’air et chancelle avant de s’évanouir. Il revient à lui quelques minutes plus tard. Il est toujours assis sur la chaise et est entouré de plusieurs infirmières. Le médecin leur demande de sortir. Luc se lève, s’appuie contre la table sans un mot, les jambes tremblantes, et reste un long moment debout à côté d’Isabelle en pleurant. Il essuie enfin les larmes qui coulent le long de ses joues et remonte le drap sur le visage de celle à qui il ne pourra plus jamais dire combien il l’aimait.

Il se retourne vers le médecin :

« Il faut que je parte de cet enfer, j’ai besoin d’être seul et de réfléchir. Je vous appellerai ce soir pour vous informer des éventuelles suites que je compte donner à tout cela. Il n’est pas possible que vos services n’aient pas décelé le problème cardiaque de mon épouse. Vous devez me comprendre, je n’avais qu’elle au monde, nous avions échafaudé tellement de projets.

– Je vous le répète encore une fois, il ne s’agit pas d’un problème cardiaque et nous ne pouvions prévoir ce qui est arrivé. Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour sauver votre épouse. Je ne peux vous empêcher d’entamer une action en justice, si tel est votre souhait, mais vous allez vous engager dans une procédure qui sera longue et peut-être coûteuse pour vous. De plus, cela ne ramènera pas votre épouse à la vie. Réfléchissez bien ! »

Le visage hagard, Luc se lève et quitte enfin la pièce sinistre. Il sort de cet hôpital où il ne veut plus jamais mettre les pieds. Dehors, tout est triste. Le ciel est gris. De nombreux nuages pointent à l’horizon. Il commence juste à neiger, comme si le temps maussade avait décidé de marquer de son empreinte la journée lugubre du jeune homme. Luc reste un long moment assis sur un banc, son train ne devant passer qu’une demi-heure plus tard. Il va rentrer dans son appartement qui lui semblera bien sinistre maintenant. Il ne sait quoi penser ni quoi faire. Il s’est emporté tout à l’heure, devant le médecin, mais il a si mal. Tout le monde aurait eu la même réaction à sa place. Il se met de nouveau à pleurer. Peu lui importe qu’on l’observe, il a trop mal pour retenir ses larmes. Il se lève et marche maintenant de long en large sur le quai, croisant les voyageurs d’un soir qui attendent aussi pour rentrer chez eux. Il les voit sans les regarder, perdu dans ses pensées torturées. L’un d’eux le bouscule soudain, le faisant revenir à la réalité. Tous ces gens se parlent, les uns sourient aux autres, à mille lieues de sa souffrance. Luc leur en veut d’être heureux, mais que peuvent-ils savoir de la peine qui le submerge. Son train arrive enfin. Le jeune homme s’y engouffre et cherche une place isolée où personne ne le dérangera. Il ne souhaite plus avoir de contact avec quiconque aujourd’hui, et veut rester seul avec sa douleur.

*
* *

Il est arrivé très vite à son appartement. Il s’est assis au bord de son lit et regarde la chambre à la lueur d’un réverbère que tamisent les volets. Au travers de ses paupières envahies de larmes, il distingue l’ombre du bureau en pin qu’ils ont acheté deux mois plus tôt, la glace de l’armoire où viennent se refléter les chiffres de l’horloge digitale de leur chaîne stéréo, son valet de chambre qui d’habitude supporte un costume à la coupe impeccable et sans pli, mais qui aujourd’hui ne sert pas, ses vêtements reposant tous en tas sur la moquette du salon. Il regarde tous ces meubles qu’Isabelle ne touchera plus et qui lui semblent étrangers. Il s’allonge sur le lit en le frappant des poings et tend son bras comme pour chercher la présence de son épouse à ses côtés, mais rien : plus personne à part lui dans ce grand lit froid. Isabelle lui apportait tant de bonheur, comment va-t-il pouvoir vivre sans elle ? Comment va-t-il surmonter ce manque qui va s’imposer maintenant à lui ?

« Reviens Isa, reviens, ne me fais pas ça. Tu n’as pas le droit, tu ne peux pas me laisser tomber. »

Il se redresse vivement, essuyant ses yeux d’un revers de la manche. Tu es ridicule, mon gars, elle ne reviendra pas, tout est fini, il va falloir t’y faire.

*
* *

Depuis une semaine, Luc vit un calvaire. Il est révolté et ressent un sentiment d’injustice devant cette épreuve. Il a perdu l’appétit et le sommeil. Les cauchemars succèdent inlassablement aux cauchemars. Les familles respectives, à qui il a dû annoncer la mauvaise nouvelle, viennent juste d’arriver à Angers. Il trouve un réconfort à sentir ses parents et ceux d’Isabelle près de lui. Leurs présences l’empêchent de tomber dans une dépression quasi certaine. Bien que terriblement touchés par l’événement, ils l’assistent pour remplir les formalités administratives liées à la cérémonie mortuaire. Luc aurait préféré les recevoir dans d’autres circonstances, mais pour lui, une seule chose compte : Celle qu’il aimait n’est plus là. Il se sent perdu et n’arrive pas à accepter cette réalité. Il se reproche et culpabilise de ne pas avoir été là pour lui tenir la main quand elle a rendu le dernier souffle. Après de longues discussions, ses proches l’ont dissuadé, eux aussi, d’engager une procédure à l’encontre de l’hôpital : rien ne prouvant qu’il y a eu erreur médicale. De plus, comme le lui a dit si justement le docteur Lefebvre une semaine plus tôt, cela ne ramènera pas Isabelle à la vie. Luc s’est donc rangé, à contrecœur, à leur conseil.

Comme elle en avait exprimé le souhait, Isabelle doit être incinérée aujourd’hui. Cela va être très dur pour le jeune homme ; cette longue attente pendant la crémation. Ces heures interminables durant lesquelles tous les souvenirs reviennent inlassablement et vous font regretter de n’avoir pas dit plus souvent « je t’aime » ou ne pas avoir été plus souvent présent auprès de la personne qui...

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