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Image de soi, regard de l'autre chez le sujet bègue

De
294 pages
Le bégaiement n'apparaît que lors de la rencontre avec l'autre. La perturbation entraînée par la présence de l'interlocuteur amène à s'interroger sur le rôle central joué par le regard de cet autre : comment est-il perçu par la personne qui bégaie, quelles fragilités vient-il réveiller pour susciter ainsi le bégaiement, à quelle image de lui-même renvoie-t-il le sujet bègue ? Et, parallèlement, quelle influence peut avoir un changement de regard de part et d'autre sur l'évolution du bégaiement ?
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Ouvrage collectif de l'Association Parole Bégaiement coordonné par Elisabeth Vincent

"Image regard chez

de soi, de l'autre"

le sujet bègue

Introduction du Pr Bernard Golse

L'HARMATIAN

PUBLlCA TIONS DE L'ASSOCIATION PAROLE BÉGAIEMENT

Parole Bégaiement: Parler du bégaiement ... et oser dire. Actes du 1er colloque national de l'Association Parole Bégaiement, Ed. APB, 1996. Le bégaiement de l'adulte. Témoignages, thérapie, insertion sociale. Actes du 2èmecolloque international de l' APB, Ed. APB, 2002. colloque Bégayer ... communiquer. Quels liens? Actes du 3ème international de l'APB, Ed. APB, 2004. Le bégaiement et l'art ou l'art de bégayer. Actes du 4ème colloque international de l'APB, Ed. APB, 2006. Bégaiement: intervention préventive précoce chez le jeune enfant, 2005. En partenariat avec les Editions Milan:

Ouvrages

collectifs de l'Association

Vincent (Elisabeth), Le bégaiement, la parole désorchestrée. Les Essentiels Milan, 2004, 2008.

(Ç)L'HARMATIAN, 2009 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-10216-3 EAN : 9782296102163

"Image

de soi,

regard de l'autre" chez le sujet bègue

Intervenants V. Aumont~Boucand, C. Bartholomé, C. Beaubert, H. Bijleveld, S. Brignone, C. Chevrie~Muner, C. Couvignou, M. Dao, J. De Chassey, Y-E, De Frayssinet, T. Dilan, M-E, Dumas, F.. Estienne, F. Garczynski, M. Gayraud, Pr B. Golse, Groupe de paroles Bourg~la-Reine, Groupes de self-help (Nantes-Rennes, Paris), O. Humez, V. Lawarée, Dr 1. Marvaud, Dr M-C.
Monfrais-Pfauwadel, M. Pape.rman, M~P. Poulat, L. Serrano, A~

M.. Simon, B. C. Smith, E. Vincent.

L'HARMATTAN

ASSOCIA TION PAROLE BÉGAIEMENT
Créée en 1992, l'Association Parole Bégaiement (APB) rassemble des personnes bègues, des praticiens, des chercheurs et toute personne concernée par le bégaiement. L'APB axe ses actions autour de quatre thèmes principaux: l'information, la prévention, la thérapeutique et la recherche. Pour cela, elle mène des campagnes d'information à l'aide de documents largement ditIusés auprès des professionnels de la santé et de l'éducation grâce au soutien d'institutions publiques et privées. Son action est de plus en plus entendue auprès du grand public, relayée par les différents médias, permettant ainsi au bégaiement de sortir progressivement du tabou dont il est encore l'objet. L'APB organise également des manifestations répondant à ces objectifs: une Journée Mondiale du Bégaiement en France, des colloques, etc. Cet ouvrage rend compte du Se colloque qui s'est déroulé à Paris les 6 et 7 mars 2009, réunissant professionnels et personnes bègues selon les principes constitutifs de l' APB, ce double regard étant toujours particulièrement enrichissant.

Association Parole Bégaiement BP 72 -75622 Paris Cedex 13, Tél: 0810 800470 www.begaiement.org

SOMMAIRE

Discours d'ouverture Docteur Jean Marvaud Claude Chevrie-Muller Représentation du bégaiement dans les médias Olivier Humez Construction de l'image de soi chez l'enfant Professeur Bernard Golse Le regard de Méduse Mireille Gayraud Regard de l'autre, regard sur l'autre au sein de la fratrie Elisabeth Vincent Les divorcés du bégaiement Groupe de self-help Paris Envisager l'autre Docteur Marie-Claude Monfrais-Pfauwadel

9

19

29

51

63

79

89

Dessine-moi un mouton ou le bégaiement représenté 101 Françoise Estienne Adolescents et textes littéraires, un miroir créatif Claudie Bartholomé Regards d'enfants bègues au Burkina Faso, en milieu scolaire, sur soi et sur l'attitude de l'entourage Moussa Dao (Burkina Faso) 119

133

5

Table ronde "Le regard de l'autre perçu par les adultes bègues" Meryem El Idrissi, Reza Issa, Jessica Leterrier, Roman Moriceau, Alain Raison et Yan Eric de Frayssinet (modérateur)
Mon regard te reconnaît et ma parole re-devient

145

fluide François Garczynski
Comment l'interlocuteur crée du bégaiement Claude Beaubert Du regardé au regardant, de la dualité à l'unité Thomas Dilan Que voit-on? Vision de philosophe Barry C. Smith (Londres) L'inquiétant comportement tranquillisateur Michel Paperman Le masque de la honte Marie-Pierre Poulat

159

165

179

187

191

203

"Le regard et son miroir", une triple lecture du regard dans la communication d'une personne bègue 213 Valentin Lawarée, Henny Bijleveld (Belgique), Jean Marvaud Miroir magique de l'image de Soi et du Regard de l'autre Groupe de self-help Nantes-Rennes

231

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Les distorsions cognitives: regard sur soi, regard sur l'autre Juliette de Chassey, Laurence Serrano Effet du cercle vicieux (triade pensées émotions comportements) des enfants sur celui des parents Ali Berquez (The Michaël Palin Centre, NHS Londres) Le miroir de Sylvestre Groupe de paroles Bourg-la-Reine, Cécile Couvignou, Anne-Marie Simon Regards croisés parents/pré-adolescents au travers des groupes thérapeutiques Véronique Aumont-Boucand, Marie-Eve Dumas

243

251

261

275

Table ronde "L'image de soi chez les adolescents bègues" 279 Antoine, Laurène, Louis, Marianne, Thomas, et Valère Image de soi, regard de l'autre, à propos des familles où parents et enfants bégaient 291 Film réalisé par Sylvie Brignone

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Allocution d'ouverture de Jean Marvaud, président de l'APB
Mes chers amis, mes chers collègues, C'est avec un très grand plaisir que j'ouvre le cinquième colloque international de notre association, rAPE. Le conseil d'administration et le comité d'organisation m'ont demandé de l'introduire. Je les remercie de cet honneur. L'organisation de ce colloque a demandé beaucoup de travail et de ténacité. Le comité d'organisation: Véronique Aumont Boucand, Claudie Bartholomé, Marie-Eve Dumas, Yan Eric de Frayssinet, Olivier Humez, Reza Issa et Daniel Poussin méritent nos félicitations et nos remerciements. Tous ont pu être disponibles et ont donné de leur temps. La coordinatrice de ce colloque, Elisabeth Vincent, a su être tenace, ferme, restant souriante et compréhensive pour affirmer ses capacités d'organisation et de travail. Ses talents et son humeur agréable ont permis la prise de risques et la sérénité nécessaires pour nous attirer et nous offrir, dans ce cadre, un tel programme. Nous la remercions chaleureusement. L'Association Parole bégaiement est maintenant très connue. Elle est la référence en France et aussi dans de nombreux autres pays. Les colloques internationaux et les journées annuelles font partie de sa vie. Ils sont aussi un lien vivant avec les chercheurs et les cliniciens étrangers. Que ceux d'entre eux qui sont là, présents parmi nous, soient remerciés. Ce cinquième colloque marque son importance par la richesse et la qualité des intervenants. Nous les remercions 9

vivement et sincèrement d'avoir accepté de travailler et d'être là, présents parmi nous. Cette mobilisation de personnes bègues, de chercheurs, cliniciens et thérapeutes de théorisations diverses voire contradictoires montre bien la qualité de nos pratiques et leur niveau toujours plus élevé. Que soient remerciées également les personnes bègues qui ont accepté de nous faire part de leurs expériences et de leurs vécus. Il est ainsi offert à tous les présents à ce colloque la liberté d'accès à des connaissances du bégaiement plus élaborées et à des soins plus efficaces. Nous sommes fiers d'accueillir le Professeur Bernard Golse, pédiatre, pédopsychiatre et psychanalyste, qui est un grand nom de la psychiatrie de l'enfant dans le monde. Ses travaux affirment la place de la pédopsychiatrie dans notre société. Le professeur Golse, spécialiste du développement précoce, nous fait l'honneur d'introduire ce colloque sur le plan scientifique. Il a choisi de traiter un sujet très important pour nous: «la construction de l'image de soi chez l'enfant ». Nous nous réjouissons de sa présence et nous le remercions. C'est donner une meilleure place au bégaiement, parent pauvre de la psychiatrie. Je vais vous faire part de quelques réflexions sur: « Image de soi, regard de l'autre ». L'image de soi est l'idée que chacun se fait de son identité physique, psychologique et sociale. Elle est liée à la perception que l'on a de son propre corps; elle est aussi liée à l'estime de soi, à la façon dont on se juge. La perception que l'on a de soi-même est déformée par nos émotions, nos souvenirs d'enfance et le regard des autres.

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Quand cette image de soi est tellement lourde, pesante, négative, quand elle n'est plus vivante, - on pense, alors, qu'on ne peut pas y toucher, la modifier, voire l'explorer, qu'on ne se sent pas ou plus exister... - cette image n'a plus de pouvoir. Le pouvoir est alors uniquement dans le regard de l'autre qui est perçu négativement. C'est celui d'un individu hostile qui reste présent ainsi en soi ou bien peut être fui ou dénié, sans aucune envie ou possibilité de communication. C'est cela que peut vivre celui qui bégaie. Et sa pensée tourne en rond, reste collée à cette image. Le regard de l'autre reste figé sur elle. Comment, alors, ce sujet bègue peut-il avoir la possibilité de laisser libre cours à sa pensée? Et paradoxalement, il n'a pas d'images pour raconter ce qu'il vit de l'image qu'il a de lui-même, il n'a que des états du corps, des états assez élémentaires, nous le savons tous. (L'appareil psychique défaillant oulet peu capable d'élaborer en ce domaine, a le corps comme support..., mouvements du Moi psychique et du Moi corporel.) Ces états traduisent la peur et la honte et beaucoup d'émotions mobilisées. Elles parlent trop pour se faire taire, leur décharge psychique est empêchée et elles se manifestent dans son corps qui est décalé de luimême. Mais si on insiste, si on oblige ce sujet à mettre des mots sur ses émotions, sur ce qu'il ressent, si on recrée de la subjectivité, l'écran du penser saute, l'image de soi se modifie. Et le regard de l'autre devient un regard. Abordons le regard. En général, le non-visible est inclus dans le visible, et c'est simple. Pour le sujet bègue, le non-visible est fait de sa souffrance passée et actuelle, de ses peurs, de sa honte, de sa culpabilité même. Et c'est tout cela qu'il pense montrer, et qui, pour lui devenu visible, est offert au regard de l'autre. 11

Chez celui qui ne bégaie pas, le non-visible inclus dans le visible fait partie de sa vérité, fait partie de l'image suffisamment bonne qu'il a de lui-même, fait partie de ses ressentis, de ses éprouvés et s' y manifeste. Tout cela est mis à l'épreuve de l'oubli dans le regard de l'autre. Mais, pour celui qui bégaie, l'image de soi et le regard de l'autre se confondent et restent présents dans sa pensée. Comment peut-il continuer à cheminer sur la route de son dynamisme intellectuel, comment peut-il continuer à épanouir l'architecture de sa vie? Il faut l'aider à ne plus ignorer la puissance que peut avoir l'image qu'il a de lui, la puissance de la fascination qu'il pense voir dans le regard de l'autre, qui, pour partie, n'est que projection partielle de l'image qu'il a de lui-même. Celui qui bégaie, objet de curiosité malgré lui pour luimême, le devient pour l'autre, pour le regard de l'autre. Cette image de celui qui bégaie est posée devant les yeux de l'autre. Et l' œil de l'autre court sur cet être, s' y pose. L'œil entend et semble ne pas pouvoir s'échapper. Seule une autre image a le pouvoir de le faire. Reconnaître ce que l'on est, cette captation, a le pouvoir de modifier cette image et donc le regard de l'autre. Et ce ne sera plus l' œil de l'autre qui entend (trop mêlé à ces expériences visuelles offertes), mais un regard qui écoute avec l'idée du désir de connaître, d'intrusion peut-être, et aussi de liberté des associations. Voilà ce qui est demandé à ceux qui bégaient pour que celui qui regarde (le regard de l'autre) laisse son esprit s'échapper. L'image de soi offerte ainsi au regard de l'autre trouve ou retrouve une de ses fonctions importantes: la communication (communication à deux niveaux: celle entre les êtres et celle entre les modes de perception du sujet qui sont complémentaires). Comment, en effet, comprendre l'existence d'un nouveau fonctionnement psychique dans lequel visible et invisible, 12

image de soi et regard de l'autre ne se contredisent pas et construisent les premiers exemples de ce que peut être une rencontre, une communication? Voir, savoir, ressentir deviennent complémentaires. Les thérapeutes connaissent bien l'importance de toucher le corps du sujet bègue par l'intermédiaire du regard. En même temps, ce dernier satisfait, dans cette situation, son propre besoin d'être touché, tenu, réchauffé par la présence visible de son thérapeute. Nous allons approcher cela et bien d'autres thèmes. Je voudrais, avant, vous faire part du plaisir et de l'honneur que nous avons en recevant madame le docteur Claude Chevrie Muller, directeur émérite de recherches à l'INSERM. Madame, nous vous devons beaucoup. Dès le début, vous avez soutenu et encouragé Anne Marie Simon pour la création d'une association au service des personnes bègues. C'était il y a 20 ans en 1989. Vous avez permis de domicilier notre association dans votre laboratoire. Pendant toutes ces années, vous avez toujours été présente modestement ou officiellement. Je suis heureux et fier de pouvoir, au nom de l'APB, vous remercier ici parmi tous les spécialistes du bégaiement et parmi tous les participants à ce congrès. Je vous laisse la parole.

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Allocution de (directeur de l'INSERM)

Claude Chevrie-Muller recherches émérite à

Je vous remercie beaucoup de ces remerciements; et en effet je vais faire un petit retour dans le passé que mon âge me permet. Je suis heureuse de voir la vitalité de l'APB, puisque nous en arrivons à un moment où vous allez tous modifier le regard qu'on porte sur le bègue et que le bègue porte sur lui-même. On est en train de changer le monde et vous verrez, quand je me retourne vers le passé, que cela a toujours été difficile et qu'il y aura certainement encore beaucoup de travail. Comme on vient de le dire, le laboratoire Voix Parole Langage de la Salpêtrière qui a été ensuite laboratoire de recherche sur le Langage a accueilli, si l'on peut dire, l'APB à ses débuts. Et pourquoi nous l'avons fait, en dehors de l'amitié et de l'admiration que j'avais pour Anne-Marie Simon, c'est que la situation - que les plus jeunes ne connaissent sûrement pas - dans les années 50, 60, jusqu'en 1980, est intéressante car elle permet de voir le chemin que nous avons parcouru maintenant. Il est certain que des cliniciens, des chercheurs s'intéressaient au bégaiement: il y avait des pédiatres, des neurologues, des psychiatres, des pédopsychiatres, des phoniatres, et j'ai retenu des noms de ceux que j'ai côtoyés, pour la France, comme Ajuri aguerra, Clément Launay, Duchet, Coupernic, Diatkine, François Le Huche; ce matin, on m'a salué de la part d'Yvan Lebrun, nous avons eu beaucoup de relations avec nos collègues de Belgique et en effet Yvan Lebrun a joué un très grand rôle; je citerai aussi Françoise Estienne, et bien sûr Anne

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Van Hout - il yen a bien d'autres, mais ce sont ceux que j'ai connus de près. En ce qui me concerne, au début des années 60, la seconde de mes publications en tant que chercheur à l'INSERM a été consacrée au dysfonctionnement laryngé chez les sujets bègues, et ce travail avait été ensuite republié par A. Van Hout dans son ouvrage. Il est certain qu'en matière de thérapeutique, des précurseurs comme madame BorelMaisonny et certaines de ses élèves proposaient des prises en charge; des psychiatres et des psychologues intervenaient aussi, mais je pense essentiellement sur les conséquences du trouble de la communication, son retentissement sur la construction de la personnalité, son retentissement émotionnel. Il n'en restait pas moins que les incertitudes sur les étiologies du trouble semblaient en quelque sorte paralyser les thérapeutes de la parole, et surtout, à l'exception des quelques stagiaires de ces quelques thérapeutes qui s'étaient alors impliquées, les orthophonistes sans formation véritable se trouvaient démunies devant cette pathologie. C'était donc la grande misère dans ce domaine pour la majorité de la population bègue, et j'avais vécu cela pour une personne de ma génération très proche dans ma famille, qui a été suivie par plusieurs de ces personnes que j'ai citées, et qui malgré tout restait bien handicapée. Je l'ai vue vieillir avec moi, et j'ai vu comment évoluait un bégaiement, ce qui était très intéressant. En ce qui me concerne, j'étais impliquée dans des travaux sur la pathologie et la physiopathologie de la parole, en particulier les dysarthries, la parole des !MC, mais je ne voyais pas d'orientation satisfaisante pour une recherche d'ordre étiologique. Pendant toutes ces années et ces dizaines d'années, j'ai traqué les dysfluences neurologiques non évidemment dysarthriques, en dehors des choses classiques, et que j'ai bien constaté que ce que j'observais était différent du bégaiement dans sa définition classique. Pour la thérapeutique, notre laboratoire de façon 16

statutaire n'était pas habilité à intervenir, et nous orientions nos patients vers nos collègues phoniatres et orthophonistes qui avaient la compétence dans ce domaine. C'est pourquoi lorsqu'Anne-Marie Simon m'a présenté le projet de ceux qui ont été les fondateurs de l'association, il était évident qu'il répondait à une nécessité. C'était un lieu d'écoute au départ, c'était déjà ça au départ, pour les personnes bègues dont, je viens de le dire, la pathologie désarçonnait les généralistes, les spécialistes, les orthophonistes, les enseignants à l'école, et pour ces bègues qui se retrouvaient isolés, désemparés, de même d'ailleurs que leurs interlocuteurs, avec toutes les dérives que vous connaissez ou en tous cas qui ont existé à cette époque, qui existent peut-être encore, mais beaucoup moins grâce à l'APB. Donc, c'était l'occasion de mettre à la disposition de tous un centre de ressources, et le laboratoire qui était une unité de recherche puis une équipe sous contrat INSERM était évidemment un lieu où l'on pouvait envisager au départ d'implanter l'association. On a dit que cela avait été une adresse administrative, mais ce que je voudrais dire, c'est que l'existence au laboratoire d'une équipe permanente, la facilité qu'avait toute personne de contacter cette équipe au téléphone ou même de s'y rendre, faisait que nous voyions arriver bien souvent des personnes bègues sans rendez-vous, mais il y avait l'adresse et ils arrivaient là. En effet, pendant près de 10 ans, toute l'équipe des permanents - de la secrétaire aux chercheurs et techniciens, aux infirmières du laboratoire d'exploration fonctionnelle - a été à la disposition de l'association, et je voudrais remercier toute cette équipe; et évidemment Anne-Marie était présente plusieurs fois par semaine, et nous pouvions lui léguer toutes ces demandes.

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Le laboratoire avait une consultation où l'on pouvait rencontrer un phoniatre, qui a été pendant longtemps François Le Huche, et également Marie-Claude Pfauwadel et Lise Crevier. On pouvait aussi y rencontrer Anne-Marie Simon. Nous avions des possibilités d'enregistrements acoustiques et glottographiques qui permettaient une évaluation objective des troubles et qui permettaient de suivre en particulier l'effet des thérapies; et enfin nous étions implantés dans un grand hôpital de neurologie et de psychiatrie, ce qui était un environnement favorable, et lorsque je regarde la liste des membres du comité de soutien initial, quatre sur six d'entre eux étaient à la Salpêtrière, si j'y inclus Pierre Mondot qui n'y était plus à ce moment-là mais qui y avait fait une grande partie de sa carrière. C'est aussi une personne que je voudrais saluer, Pierre Mondot était un grand neurologue qui avait compris l'enjeu que représentait le bégaiement et qui s'est impliqué aussi longtemps qu'il l'a pu. Et voilà, après ces quelques années, l' APB a pris l'élan qui a conduit à ses nombreuses actions, y compris à des interventions à l'étranger ou en collaboration avec l'étranger, et aussi à la réunion d'aujourd'hui. Donc je suis très heureuse que toute notre équipe ait pu au départ contribuer à cet envol. Je vous souhaite un bon colloque.

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"Représentation du bégaiement dans les médias" par Olivier Humez
Je me propose de faire ici une rétrospective de la manière dont le bégaiement est présenté dans les médias depuis le début des années 1990. J'essaierai de montrer les changements qui ont eu lieu, et le rôle qu'a joué l'Association Parole Bégaiement dans cette évolution depuis sa création. Enfin je donnerai un aperçu de l'image du bégaiement aux Etats Unis, afin de mettre en perspective la situation française. Avant de parler des média proprement dits, je voudrais prendre quelques instants pour exposer la situation qui existait en 1990. J'avais alors tout juste terminé mes études et trouvé un travail après quelques difficultés dues à un fort bégaiement qui faisait fuir les recruteurs. Malgré plusieurs échecs qui m'avaient conduit à abandonner toute thérapie, je n'avais pas renoncé à essayer de comprendre le trouble dont je souffrais. A l'époque, le bégaiement n'était pas un sujet pour la presse, la radio ou la télévision. Ma seule source d'information était le rayon «Troubles du langage» de la FNAC à Paris, où je m'arrêtais régulièrement pour guetter les livres consacrés au bégaiement et en lire quelques extraits, en cachant soigneusement la couverture pour ne pas risquer me faire identifier. Deux ouvrages étaient largement présents à cette époque dans les rayons. Le premier dont je me souviens parfaitement était sorti en 1982 et a été réédité jusqu'en 2001. Il s'agit de L'enfant et son thérapeute du langage de Geneviève Dubois. Dans ce livre, on pouvait trouver un intéressant chapitre consacré à l'agressivité du bègue vis à vis d'autrui en général et de son thérapeute en particulier. On y affirmait également l'existence d'un (entre guil-

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lemets) «mode relationnel persécutif du bègue ». Pas très engageant. Le deuxième ouvrage dont je voudrais parler est Le bégaiement, symptomatologie, traitement de Claire Dinville, préface de Suzanne Borel-Maisonny. Edité chez Masson comme le précédent, il a été distribué très largement jusqu'à la fin des années 1990, ce qui en faisait une référence dans le domaine du bégaiement. Dans ce livre, à côté de la description détaillée des «procédés de facilitation », dont les sinusoïdes et le métronome, se

trouvait un chapitre intitulé « La personnalité du bègue »,
dans lequel étaient utilisées des expressions comme «constitution mentale spécifique des bègues », « comportement infantile» ou «arriération affective ». On pouvait également lire la phrase définitive suivante «Ils deviennent souvent (les bègues) des inadaptés sociaux ». Je vais m'arrêter ici. Je me contenterai de conclure que le bégaiement et ceux qui en étaient atteints ne bénéficiaient pas d'une image très engageante au début des années 1990, ce que j'avais bien ressenti lors de ma recherche d'emploi. Venons-en maintenant à la presse écrite. C'est à la création de l'Association Parole Bégaiement en 1992 que le bégaiement a véritablement fait son apparition dans les journaux. Suite aux Entretiens de Bichat, de nombreux articles ont été publiés dans la presse grand public et spécialisée: Impact Médecins, Le quotidien du médecin, Le Figaro avec un très bel article dans les pages scientifiques, illustré d'une photo de Louis Jouvet, France soir, et dans la presse régionale: Sud Ouest, Le Parisien, avec encore une référence à une personnalité bègue. On constate également un bon relais dans la presse féminine ou familiale: Voici en 1993, lorsqu'il ne s'était

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pas encore transformé en magazine People, Prima, Téléloisir. Les deux messages promus par l' APB apparaissent clairement. Un: le bégaiement est une pathologie à part entière relevant de la médecine. Deux: sa prise en charge chez l'enfant doit être réalisée au plus tôt. Il faut noter que la communication est très ciblée sur le bégaiement de l'enfant, ce qui est conforme à la priorité donné par l'APB dans ses premières années d'exercice. En 1995, le 1er colloque organisé à Paris suscite un écho dans les journaux: Tout Prévoir, la revue de Groupe Pasteur Mutualité, qui était à l'époque le sponsor de l'APB, Le Figaro, une belle série d'articles dans le Havre Presse. Ensuite pendant quelques années et jusqu'à la fin de 1998, l'effet nouveauté du bégaiement semble être retombé, et on constate une très nette baisse du nombre de publications, à peine une dizaine tous médias confondus dans l'argus de presse. C'est en 1999 qu'un redémarrage se produit, avec d'abord l'événement créé par le 2èmecolloque de l' APB organisé à la Salpêtrière, puis ensuite la première Journée Mondiale du Bégaiement le 22 octobre 1999. A l'occasion du colloque, Sud Ouest a sorti un très bel article - on peut relever l'illustration particulièrement attractive représentant Marylin Monroe. La journée du 22 octobre est annoncée dans Ouest France, avec un article dans le Parisien et, pour l'édition 2000 de la Journée Mondiale, une demi-page dans le Monde, accompagnée d'une intéressante infographie. En 2001, l'ouverture de la consultation dédiée au bégaiement à 1'Hôpital Européen Georges Pompidou est reprise par plusieurs journaux, dont France Soir et Science 21

et Vie. On trouve aussi parfois des encarts dans des journaux improbables, comme La vie du rail. Plus loin de la métropole, le bégaiement fait aussi son apparition: à la Guadeloupe dans France Antilles, en Suisse avec la liberté de Lausanne, et une belle illustration couleur, toujours en Suisse dans les 24H de Lausanne, qui nous donne l'occasion d'enrichir notre vocabulaire «Quand la parole s' encouble» et en Afrique avec l'Observateur du Burkina Faso. A partir des années 2000, on remarque une évolution du contenu des articles. Jusqu'à cette date, on trouvait principalement les messages préparés par les orthophonistes de l'APB. A partir de 2000, une part plus importante est laissée aux témoignages des personnes bègues, à la souffrance, à la difficulté de s'en sortir: par exemple, Sud Ouest avec un long témoignage, le Progrès avec indication des dates des réunions du self help de Montbrison, Loire Océan et La voix du Nord, avec la mise en avant du témoignage d'un adolescent. Et puis quelques messages d'espoir comme dans Sud Ouest, avec ce joli titre «Les mots apprivoisés» ou dans Féminin Psycho. J'en resterai là pour cet aperçu. On peut retenir la confirmation d'une présence régulière et soutenue du sujet Bégaiement dans la presse écrite depuis plus de dix ans, et cela principalement grâce à la journée Mondiale, qui, chaque 22 octobre, permet de renouveler l'intérêt des journalistes. Et globalement, malgré quelques exceptions, la qualité des informations est tout à fait convenable. Venons-en maintenant à la télévision. Plus que la presse, elle est le média de masse pour la période que nous considérons ici. 22

L'histoire du bégaiement à la télévision a véritablement commencé en 1994, lorsque l'émission « Envoyé spécial» a consacré un reportage de 30 minutes à un stage de rééducation du bégaiement organisé par monsieur Impoco. Ce reportage relatait le parcours d'un adolescent atteint d'un bégaiement très sévère, pour qui c'était, selon la voix off, la dernière chance de s'en sortir. Après 4 jours de traitement de choc, cet adolescent était montré très satisfait de pouvoir passer un coup de téléphone moyennant une élocution saccadée accompagnée de contractions musculaires épuisantes. Ce reportage a d'abord marqué les esprits par la violence infligée aux personnes bègues lors du stage. Ensuite, la méthode exposée était présentée comme la seule solution à un problème que le corps médical en général et les orthophonistes en particulier étaient incapables de traiter. L'APB avait à l'époque tenté avec un certain succès une riposte dans la presse écrite, mais l'impact de celle-ci a été bien sûr très faible devant la force médiatique de la diffusion télévisée. Il y a eu ensuite de nombreuses émissions, talk-shows, reportages, mélangeant témoignages de personnes bègues, vidéos de consultations orthophoniques et interviews de thérapeutes. Il faut malheureusement constater que les stages intensifs organisés par des individus prétendant éradiquer le bégaiement en quelques jours continuent d'être un sujet de choix, infiniment plus télégénique que le travail réalisé en cabinet d'orthophonie. La dernière illustration de ce principe date du week-end dernier, où le magazine de TF1 7 à 8 a consacré un nouveau reportage à monsieur Impoco, reportage quasi identique à celui d'Envoyé Spécial, 15 ans plus tôt. Bien que véhiculant souvent une image très déformée du bégaiement et des moyens pour s'en sortir, ces émissions ont eu l'immense avantage de montrer au grand public que 23

ce trouble pouvait constituer un handicap majeur pour celui qui en était atteint. Je pense que beaucoup de bègues, ainsi que les personnes qui les côtoient, ont pu pour la première fois de leur vie mettre sans ambiguïté un nom sur le trouble dont ils souffraient ou étaient les témoins. Une telle prise de conscience n'a pas de prix. Il faut donc reconnaître que ce sont bien les reportages télévisés qui, même lorsqu'ils étaient partiaux, de médiocre qualité, ou lorsque le bégaiement y était présenté à la manière d'un phénomène de foire, ont permis de changer profondément l'image du bégaiement en France depuis 15 ans. Abordons maintenant le sujet du bégaiement et de la célébrité. Dans mon enfance, quand on parlait de bégaiement, la personnalité qui revenait systématiquement était Louis Jouvet. Aujourd'hui, dans la liste des bègues célèbres diffusée par l'APB, c'est encore Louis Jouvet qui reste la personnalité française la plus contemporaine. Pourtant, il est décédé en 1951, il Ya donc bientôt 60ans. Il existe pourtant des bègues célèbres plus proches de nous. L'un d'entre eux est Francis Perrin. Voilà un acteur plutôt sympathique, régulièrement invité dans nombre d'émissions et talk-shows dans lesquels il bégaie abondamment, et qui n'hésite pas à expliquer doctement que ce qui perturbe sa parole n'est absolument pas du bégaiement, comme des personnes mal informées pourraient le penser, mais le fait que sa pensée va plus vite que son élocution. Voilà un intéressant cas de déni du bégaiement. Une autre personnalité bègue est Albert Rainier II, dit Albert de Monaco. Ses rares prises de parole laissent transpirer un bégaiement contrôlé au prix d'efforts surhumains. Mais si certains journalistes ou commentateurs osent parfois mentionner son manque d'éloquence, aucun n'ose prononcer le mot bégaiement à son sujet. Je soupçonne que ses attachés de presse font en 24

sorte que tout signe évident de bégaiement - blocage ou répétition - soit coupé lors des montages, car malgré mes recherches, je n'ai pas réussi à trouver la moindre manifestation de ce type. Une question se pose: est-il véritablement impossible en France d'assumer son bégaiement? Et faut-il être décédé pour que son nom apparaisse sur la liste des personnalités souffrant ou ayant souffert de bégaiement, comme c'est la règle que s'est fixée l'APB dans ses publications? Voyons maintenant ce qui se passe à l'étranger, et plus particulièrement aux Etats-Unis. Prenons le dépliant édité par la SFA: Stuttering Foundation of America, la fondation américaine qui vient en aide aux personnes bègues. Sous le slogan «si vous bégayez, vous êtes en bonne compagnie », on y trouve non seulement les habituels Winston Churchill et Marylin Monroe, mais aussi des vedettes sportives, hommes politiques, acteurs de série télévisées, écrivains, chanteurs... Soit tout un panel de personnalités auxquelles chacun peut s'identifier, quelque que soit son âge ou ses centres d'intérêt. Sur le site Internet de la même Stuttering Foundation, on trouve une liste plus complète d'une centaine de noms, parmi lequel Albert de Monaco - j'en conclus que la règle du bègue célèbre mais mort ne sévit pas au Etats Unis. Ce n'est donc pas qu'une impression, l'acceptation du bégaiement dans la société est beaucoup plus avancée aux Etats Unis qu'elle ne l'est en France. Tiger Woods, l'un des meilleurs golfeurs de tous les temps à l'âge de seulement 34 ans en est un autre exemple, lui qui explique très librement lors d'une interview combien le bégaiement le gênait dans son enfance, et comment il en est venu à bout.

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Cette acceptation, je pourrais même dire cette promotion du bégaiement, a atteint un sommet très récemment, avec l'arrivée à la vice-présidence des Etats Unis d'un ancien bègue, en la personne de Joe Biden. En juin 2008, en pleine campagne électorale pour la présidence des Etats Unis et alors que Barack Obama n'est pas encore officiellement le candidat démocrate à l'élection présidentielle, le sénateur Joe Biden, est l'invité d'honneur du Gala de charité organisé au profit de «l' American Institute for Stuttering », une association créée par Catherine Otto Montgomery dont le but est de promouvoir les thérapies pour les enfants et adultes bègues. Il y relate son expérience personnelle, en insistant sur la souffrance mais aussi sur les bénéfices et les valeurs qu'il a retirés de son combat contre le bégaiement. Deux mois plus tard, le 23 août, Barack Obama a annoncé solennellement qu'il choisissait Joe Biden dans son ticket pour la présidence. Vous pouvez imaginer qu'un choix aussi crucial que celui du vice-président a été discuté et rediscuté par une armée de conseillers en communication et autres sondeurs d'opinion. Le résultat est que Barack Obama, plutôt que de le passer sous silence, a utilisé ce bégaiement surmonté comme une preuve supplémentaire de la qualité et de la force de caractère de son futur vice président. Nous verrons cela en images, je vous demanderai en particulier d'être attentif au moment où Barack Obama prononce en bégayant volontairement le nom de
Boo. Boo. Biden.

Cet éclairage sur le statut des personnalités bègues montre indiscutablement que, même si on peut noter une évolution depuis 15 ans, le bégaiement reste un sujet qui est loin d'être sorti du tabou en France. Et pour clore ce sujet, je dois réparer un oubli volontaire: il s'agit de François Bayrou qui est à ce jour la seule personne médiatique française tous domaines d'activité 26

confondus qui non seulement accepte qu'on lui pose des questions relatives à son bégaiement, mais qui en plus y répond intelligemment. C'est malheureusement un cas totalement unique, souhaitons qu'il fasse des émules. Je vous propose maintenant de visionner une vidéo constituée d'extraits d'émissions télévisées diffusées dans la période qui nous intéresse ici. [Vidéo de 12 minutes intitulée Le bégaiement télévisé.] J'ai essayé de montrer à quel point la perception du bégaiement avait changé depuis 15 ans en France, et comment l' APB Y a contribué. Une personne atteinte de bégaiement me paraît être dans une bien meilleure situation, et beaucoup moins isolée qu'elle ne l'était à l'époque. Et je n'ai pas parlé d'Internet, qui, en plus de prolonger les médias écrits et audio-visuels, permet des échanges individuels via les blogs, listes de discussions ou chat. Cependant un long chemin reste encore à parcourir pour faire sortir le bégaiement du tabou dans lequel il reste enfermé. Les exemples en provenance des Etats Unis montrent que cela est parfaitement possible. En conclusion, je ferai un vœu: que cette communication renforce notre conviction qu'un tel changement profond de l'image du bégaiement est possible, que nous ne sommes qu'au début du chemin, et que ce changement est l'affaire de tous. Je vous remercie pour votre attention.

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"Construction de l'image de soi chez l'enfant", par le professeur Bernard Golse (pédopsychiatre à l'hôpital Necker, Paris)
Merci beaucoup, merci d'abord à Elisabeth Vincent et à toute l'équipe organisatrice de m'avoir invité et de m'avoir fait une place dans ce colloque. J'ai dit d'emblée à Elisabeth Vincent - elle le savait - que je n'étais pas spécialiste du tout du bégaiement, en revanche c'est vrai que depuis longtemps, moi-même et toute l'équipe que j'anime sommes très impliqués dans l'étude du développement du langage et l'étude des troubles du langage, mais plutôt au niveau des précurseurs. Il me semble qu'une grande partie des troubles du langage trouvent leur origine dans la période qui précède l'apparition des premiers mots, peut-être en est-il de même pour le bégaiement; à vrai dire, je ne saurais pas le dire exactement aujourd'hui, mais je le pressens. Le service que je dirige à Necker est à la fois centre référent pour les troubles du langage chez l'enfant très jeune, de 0 à 6 ans, et fonctionne aussi par ailleurs comme l'un des cinq centres actuels d'évaluation et diagnostic du dépistage pour des enfants autistes ou à risque autistique, au sein du Centre de Ressource Autisme lIe de France. Pour toutes ces raisons et parce que je m'intéresse depuis longtemps au bébé, aux troubles de la personnalité précoce et aux racines du langage, ça me faisait très plaisir d'être là ce matin, mais encore une fois je ne parlerai pas directement du bégaiement. Je suis pédopsychiatre et psychanalyste, et en écoutant tout ce qui s'est dit déjà ce matin, je me demandais pourquoi je ne me suis pas intéressé plus au bégaiement jusqu'à maintenant - il n'est jamais trop tard vous me 29