Imaginer la citoyenneté

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Que dire de l'État et de la citoyenneté aujourd'hui ? Cet ouvrage fait la synthèse des défis contemporains et les met en rapport avec les questions de genre. Il s'articule autour de cinq problématiques : penser l'État et la démocratie, genre et politiques sociales, interroger la citoyenneté, participation politique des femmes et la citoyenneté en pratiques. Rendant hommage à Bérengère Marques-Pereira, il rassemble quelques-uns des meilleurs spécialistes internationaux.
Publié le : vendredi 1 mars 2013
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EAN13 : 9782296530478
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Sc IeNce Pol It IQue
David Paternotte
Imag INer la c Itoye NNeté et Nora Nagels (dir.)14
14
Que dire de l’état et de la citoyenneté aujourd’hui? c et ouvrage fait la
synthèse des défs posés par des transformations comme la mondialisation,
14la régionalisation, l’européanisation ou la remise en cause du rôle social de
l’état tout en mettant l’accent sur les questions de genre. Il s’articule autour
de cinq problématiques : penser l’état et la démocratie, genre et politiques
sociales, interroger la citoyenneté, participation politique des femmes et
la citoyenneté en pratiques. r endant hommage à la carrière intellectuelle
de Bérengère marques-Pereira, il met en miroir europe et a mérique latine. Imag INer
c e livre, qui offre une synthèse des débats contemporains et propose
une perspective résolument internationale, rassemble quelques-uns des la c Itoye NNetémeilleurs spécialistes de Belgique, du c anada, du c hili, de France, d’Italie,
du mexique et de Suisse.
David Paternotte est chargé de recherches du FRS-FNRS à l’Université libre Hommage à Bérengère marques-Pereira
de Bruxelles, où il enseigne la science politique. Ses recherches portent sur les
mouvements sociaux, le genre et la sexualité.
Nora Nagels est docteure de l’Institut de hautes études internationales et du
développement de Genève et chercheuse postdoctorale à la Chaire de recherche du
Canada en citoyenneté et en gouvernance de l’Université de Montréal.
A B S Pwww.editions-academia.be
C FISBN : 978-2-8061-0087-0 33 € - 35 € hors Belg. et France
David Paternotte
Imag INer la c Itoye NNeté
et Nora Nagels (dir.)
Science politiqueIMAGINER
LA CITOYENNETÉCOLLECTION « SCIENCE POLITIQUE »
dirigée par l’Association belge de science politique
Communauté française de Belgique
1. C orinne GOBIN et Benoît RIHOUX (eds), La démocratie dans tous ses
états. Systèmes politiques entre crise et renouveau, 2000.
2. C hristian DE VISSCHER et Frédéric VARONE (eds), Évaluer les politiques
publiques. Regards croisés sur la Belgique, 2001.
3. Gisèle DE MEUR et Benoît RIHOUX, L’analyse quali-quantitative compa-
rée. Approche, techniques et applications en sciences humaines, 2002.
4. Olivier PAYE (ed.), Que reste-t-il de l’Éta? Ét rosion ou renaissance, 2004.
5. Bérengère MARQUES-PEREIRA et Petra MEIER (eds), Genre et politique
en Belgique et en francophonie, 2005.
6. B arbara DELCOURT, Olivier PAYE et Pierre VERCAUTEREN (eds), La gou-
vernance européenne. Un nouvel art de gouverner ?, 2007.
7. Nathalie PERRIN et Marc JACQUEMAIN (eds), Science politique en Belgique
francophone, 2008.
8. Roser CUSSÓ, Anne DUFRESNE, Corinne GOBIN, Geoffroy MATAGNE et
Jean-Louis SIROUX (eds), Le conflit social éludé, 2008.
9. M arc JACQUEMAIN et Pascal DELWIT (dirE.), ngagements actuels, actua-
lité des engagements, 2010.
10. B érengère MARQUES-PEREIRA, Petra MEIER et David PATERNOTTE (eds),
Au-delà et en deçà de l’État. Le genre entre dynamiques transnationales et
multi-niveaux, 2010.
11. R égis DANDOY (ed.), Science politique et actualité : l’actualité de la science
politique, 2010.
12. J ulien PERREZ et Min REUCHAMPS (dir.), Les relations communautaires
en Belgique. Approches politiques et linguistiques, 2012.
13. D avid AUBIN, Fabienne LELOUP et Nathalie SCHIFFINO (eds), La recon-
figuration de l’action publique en Belgique, 2012.
14. D avid PATERNOTTE et Nora NAGELS (dir.), Imaginer la citoyenneté.
Hommage à Bérengère Marques-Pereira, 2013.
Comité éditorial de la collection « Science politique »
de l’Association belge de science politique-Communauté française de Belgique
(ABSP-CF) :
Directeur de collection :
Pierre VERCAUTEREN (UCL-Mons)
Membres :
Thierry BRASPENNING (Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix), Ludi-
vine DAMAy (Facultés universitaires Saint-Louis), Vincent DE COOREByTER
(Centre de recherche et d’information socio-politiques), Bérengère MARQUES-
PEREIRA (Université libre de Bruxelles), Benoît RIHOUX (Université catho-
lique de Louvain), Pierre VERJANS (Université de Liège).David Paternotte
et
Nora Nagels (dir.)
Imaginer
la citoyenneté
Hommage à
Bérengère Marques-Pereira
Science 14politiqueMise en page : CW Design
D/2013/4910/1 ISBN : 978-2-8061-0087-0
© Academia-L’Harmattan s.a.
Grand’Place, 29
B-1348 Louvain-la-neuve
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque
procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur
ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.beIn troduction
ImagIner l’Ét a t et la c I t o y en n etÉ
1Nora NAGELS et David PATERNOTTE
En septembre 1986, Bérengère Marques-Pereira défendait sa
thèse de doctorat à l’Université libre de Bruxelles. ILa ntitulé
fonction hégémonique de l’État dans le processus de politisation de
l’interruption volontaire de grossesse en Belgique 1970-1986, ce
travail constitue toujours une des principales références sur les
luttes pour le droit à l’avortement dans notre pays. Issue d’une
famille d’universitaires, Bérengère Marques-Pereira n’a toutefois
pas directement emprunté une voie académique. Après quelques
années passées entre autres aux Communautés européennes et
au Ministère de la culture française, elle entame une thèse en
science politique sous la direction de Marcel Liebman, menée de
front avec un mandat d’assistante. Le décès inopiné de son -direc
teur (Alaluf 2012) la contraint à accélérer la fin de ses recherches,
cette fois sous la direction de la juriste et sociologue du droit
Éliane Vogel-Polsky (Gubin 2007). Ce travail doctoral s’est avéré à
proprement parler fondateur, tant il articule déjà, à l’exception de
la politique latino-américaine, la plupart des thèmes qui ont
marqué le reste de sa carrière, à savoir l’État, les politiques socia-
les et les droits des femmes. Ces trois thèmes structurent aussi ce
volume.
Les textes rassemblés ici rendent hommage à un chemine-
m ent intellectuel marqué par une grande cohérence intelle , ctuelle
une incontestable générosité et de multiples formes d’engage-
ments. Ils ont été offerts par quelques-uns des collègues qui,
à des titres divers, ont accompagné la carrière de Bérengère
Marques-Pereira. Ils ou elles ont été pour celle-ci de précieux
1. Nous remercions tout particulièrement Marc Rayet, Claudine
Cyprès et Jacqueline Heinen pour leur aide dans la réalisation de cet
ouvrage, ainsi que Jean-Michel De Waele et Corinne Gobin pour le sou-
tien apporté à ce projet.
5
introductioncollaborateurs, des sources d’inspiration, des soutiens indéfecti-
bles dans des moments clé de son parcours et, bien qu’elle se soit
toujours montrée discrète en ces matières, nous savons que
Bérengère Marques-Pereira a tissé avec eux, avec elles, de solides
liens d’estime et d’amitié.
Les contraintes éditoriales nous ont malheureusement obli-
gés à limiter le volume de cet ouvrage et de restreindre par consé-
quent les sujets abordés aux intérêts les plus proches de Bérengère
Marques-Pereira. Nous espérons que ni celle-ci, ni ceux ou celles
dont le nom est absent de ce volume ne nous feront grief d’avoir
dû faire cette difficile sélection. Cependant, nous voudrions évo-
quer ici, outre ses deux directeurs de thèse déjà cités, le soutien
constant qu’elle a reçu de Jacques Nagels, professeur d’économie
à l’ULB, qui fut directeur de l’Institut de Sociologie au lendemain
du décès de Marcel Liebman et dans les premières années de sa
carrière post-doctorale. De même, nous souhaitons rappeler - l’ac
cueil de Juan Soto Godoy, avec qui elle a co-dirigé le Centre d’étu-
des latino-américaines (CELA) jusqu’au retour de ce dernier
dans un Chili délivré de la dictature.
Dans cette introduction, nous présentons les différents cha-
pitres de ce volume en cinq sections, qui correspondent aux
grandes étapes et aux principaux objets d’étude de la carrière de
Bérengère Marques-Pereira. À l’image de son œuvre, un regard
en miroirs constant entre l’Europe et l’Amérique latine traversera
cet ouvrage.
1. Penser l’État et la démocratie
Dans sa thèse de doctorat, Bérengère Marques-Pereira s’était
penchée sur le rôle de l’État dans la régulation de l’avortement,
ainsi que sur les dynamiques et les obstacles de sa politisation en
Belgique (1984, 1986a, 1987, 1989b). Dans ce cadre, elle avait
exploré des notions restées centrales dans son travail, telles que
la non-décision (Bachrach, Baratz 1962 ; Wolfinger 1971), l’hégé-
monie et l’intérêt général (Gramsci 1978). Cet intérêt pour la socio-
logie de l’État s’est prolongé durant toute sa carrière (Herman,
Marques-Pereira, Martiniello 2004 ; Marques-Pereira, Paye 2004)
et Bérengère Marques-Pereira a ensuite examiné le rôle de celui-
ci comme organisateur de la citoyenneté (Marques-Pereira 2003a,
6
imaginer la citoyennetéMarques-Pereira, Jenson, Remacle 2007). Comme en témoignent
de nombreuses publications, elle a aussi commencé très tôt à
réfléchir aux spécificités de l’État latino-américain, d’abord dans
un contexte de décolonisation précoce puis d’offensive - néoli
bérale et de mondialisation (Marques-Pereira 1993a ; Marques-
Pereira, Garibay 2011). Cet intérêt s’est reflété dans les différents
cours qu’elle a assurés à l’Université libre de Bruxelles, -tout par
ticulièrement en sociologie politique.
Très vite, Bérengère Marques-Pereira s’est également
intéressée au rôle social de l’État et au fonctionnement de l’État-
providence. Ses premiers travaux ont ainsi porté sur le néo-
corporatisme et la concertation sociale en Belgique (1990a,
1998a ; Arcq, Marques-Pereira 1991). Elle y a ajouté l’Amérique
latine (1994a) et ses travaux sur le corporatisme en Belgique et en
Europe sont en outre parus dans des revues de la région (1990b,
1994b, 1999a). Bérengère Marques-Pereira insiste notamment
sur la distinction entre le corporatisme d’État propre aux régimes
populistes latino-américains et le corporatisme sociétal des l- socia
démocraties européennes (1995a). Le premier repose en effet
sur une différenciation fonctionnelle et horizontale des groupes
socio-économiques plutôt que sur une hiérarchisation verticale
selon le clivage de classe, caractéristique du deuxième. L’État est
ainsi au centre du corporatisme d’État latino-américain et joue
un rôle d’harmonisation sociale et politique entre différentes
classes sociales. Il s’oppose tant à l’individualisme libéral qu’au
principe de lutte de classes propres au deuxième et repose sur
l’idée de collaboration entre capital et travail plutôt que sur une
institutionnalisation du conflit social propre au compromis social
démocrate. C’est notamment cet intérêt pour le corporatisme,
facilité par la connaissance préalable du portugais, qui, à l’invita-
tion de Jacques Nagels, a amené Bérengère Marques-Pereira à
étudier l’Amérique latine. Ces recherches marquent aussi le début
des recherches en miroir avec l’Europe et, dès 1989, elle présente
un rapport de recherche sur les possibilités de comparaison entre
l’Europe et l’Amérique latine en matière d’État et de protection
sociale (1989a).
L’intérêt pour l’Amérique latine n’a jamais faibli, au point
que Bérengère Marques-Pereira est aujourd’hui une des spécia-
listes francophones de la politique latino-américaine, comme en
témoigne le récent manuel publié avec David Garibay (2011). Au
cours de sa carrière, ses travaux ont avant tout porté sur le
7
introductionMexique, le Brésil et le Chili. Après le corporatisme, elle a étudié
l’État et les processus de démocratisation (1993a, 2001a, 2002a),
les mouvements sociaux (Marques-Pereira, Rajchenberg ; 1998
Duquette et al. 2005) et, surtout, les mouvements et les droits des
femmes.
Depuis 1995, Bérengère Marques-Pereira enseigne la politi-
que latino-américaine à l’ULB. Elle y a aussi dirigé le Centre d’étu-
des laicaines (CELA-IS), devenu le Groupe d’études
latino-américaines (GELA-IS), intégré au Centre de sociologie
politique lorsqu’elle a repris la direction de ce centre en 1999. Elle
a été invitée dans de nombreuses universités latino-américaines,
dont l’Universidade de Brasília, l’Universidad Nacional Autónoma
de México, le Colegio de México, l’Universidad Academia de
Humanismo Cristiano (Santiago) et l’Universidad La República
(Montevideo). Elle a enfin participé et a mis en place de nom-
breux projets de recherche avec des collègues latino-américains,
notam ment dans le cadre de l’UNESCO, du programme ALFA de
la Commission européenne, de la FLACSO et de l’ancien Commis-
sariat général aux Relations internationales (CGRI) de -la Com
munauté française de Belgique.
Plus récemment, cet intérêt pour la sociologie de l’État et
l’action des mouvements sociaux l’a amenée à réfléchir aux dyna-
miques transnationales et multi-niveaux (Marques-Pereira, Meier,
Paternotte 2010a) et à la circulation internationale des sav oirs, tout
particulièrement en Amérique latine (Marques-Pereira à par aître).
Élargissant les problématiques développées dans sa thèse de
doctorat, Bérengère Marques-Pereira a aussi étudié la diffusion
internationale des droits reproductifs et leur insertion dans une
politique de défense des droits humains (Marques-Pereira, Raes
2002a).
Les trois chapitres réunis dans cette section font écho à cet
intérêt pour la sociologie de l’État et la démocratie, ainsi qu’à sa
passion pour l’Amérique latine. Guy Hermet, directeur de r-echer
che émérite à Sciences Po Paris et spécialiste éminent des transi-
tions démocratiques, ouvre ce volume par une discussion sur
l’avenir de la démocratie. Après une discussion des différentes
formes d’organisation du pouvoir qui pourraient succéder à la
démocratie (un régime appelé à évoluer comme tous les régimes
politiques), il porte un regard sombre sur ce qu’il appelle gou-la «
vernance post-étatique et post-politique ». Dans un style très -dif
férent, Henri Rajchenberg, professeur à l’Universidad Nacional
8
imaginer la citoyennetéAutónoma de México, articule une réflexion sur les défis et les
obstacles contemporains à la démocratie et la citoyenneté en
Amérique latine à partir de l’ouvrage dirigé par Bérengère
MarquesP- ereira à l’occasion du cinq-centième anniversaire de
la colonisation espagnole. Dans ce cadre, il s’interroge notamment
sur les enjeux portés par les no«uveaux » mouvements sociaux
(féministes, indigénistes, environnementalistes) latino-américains,
sur l’expérience récente de gouvernemen prts o«gressistes » dans
la région et sur le problème toujours saillant des pouvoir- s maf
fieux. Enfin, Mario Telò, professeur de relations internationales à
l’ULB et vice-président de l’Institut d’Études européennes de
cette université, étend ses travaux sur l’avenir de l’État et la coo-
pération régionale à l’Amérique latine, tout en examinant les
possibilités d’une collaboration plus accrue entre l’Union euro-
péenne et les différentes entités régionales latino-américaines.
2. Genre et politiques sociales
Comme le rappelle Jacqueline Heinen, les droits des femmes
occupaient déjà une place privilégiée dans la thèse de doctorat
de Bérengère Marques-Pereira. Professeure émérite à l’Univ ersité
de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et fondatrice Cahdes iers
du Genre, elle rend hommage à L’avortement en Belgique : de la
clandestinité au débat politique (1989b) tout en revenant sur les
récentes remises en cause de ce droit. Elle confirme ainsi, non
sans une certaine amertume, que ces analyses sont toujour - s d’ac
tualité aujourd’hui. Elle illustre aussi, outre l’intérêt po -ur la ques
tion de l’avortement et des droits reproductifs (1981 a et b, 1986b,
2002b ; Marques-Pereira, Squilbecq 1986), l’accent fondamental
mis par Bérengère Marques-Pereira sur le rôle social de l’État tout
au long de sa carrière, en particulier pour les femmes (1990c,
1993b).
Au-delà de la question de l’avortement, Jacqueline Heinen et
Bérengère Marques-Pereira ont aussi participé, notamment avec
Alisa del Re et Jane Jenson et dès 1989, au réseau international de
recherche sur l’État et les rapports sociaux de sexe. Ce réseau a
donné lieu à plusieurs colloques et publications sur genre et poli-
tiques sociales (1991, 1993c, 1996 ; Marques-Pereira, Pfefferkorn
2011). Il a donné naissance et affermi des amitiés qui ont conduit
9
introductionà de nombreuses collaborations ultérieures. Parmi celles-ci, il
faut souligner la mise en œuvre du réseau international sur le
genre et la citoyenneté sociale en Europe du programme TSER
(1996-1999), dont Bérengère Marques-Pereira était la représen-
tante belge. Plusieurs membres de ce réseau ont aussi participé
au projet européen g«enre et gestion locale du changemen » t
entre 2000 et 2003. Ce projet, destiné à pallier des lacunes im- por
tantes en termes de recherche, a examiné la place et l’impact
des femmes au niveau de la politique locale (Marques-Pereira,
Vanclaire 2005a).
Parmi les nombreuses recherches individuelles et collecti-
ves sur genre et politiques sociales, il convient aussi de citer le
projet sur la garde des jeunes enfants, dirigé par Jane Jenson et
Mariette Sineau. Celui-ci portait sur les politiques de conciliation
travail-famille et Bérengère Marques-Pereira y a participé avec
Olivier Paye (1998 ; 2001).
Outre la contribution de Jacqueline Heinen, les trois autres
chapitres de cette section rappellent et développent cet intérêt
pour les politiques sociales et leur entrecroisement avec le genre.
Pierre Desmarez, professeur de sociologie à l’ULB, aborde les rap-
ports entre genre, marché du travail et régimes de citoyenneté. Il
examine la manière dont ces enjeux ont été posés dans la littéra-
ture et démontre la fertilité d’une lecture à partir d’une - perspec
tive de genre. Alisa del Re, professeure à l’Université de Padoue,
s’intéresse à la notion de soin car(e) et à ses relations avec la
citoyenneté sociale en Europe. Cette réflexion porte avant tout
sur les tensions entre autonomie individuelle et prise en charge
des personnes dépendantes. Enfin, Jane Jenson, professeure à
l’Université de Montréal, pose la question de l’articulation entre
régimes de citoyenneté des femmes et politiques d’investissement
social en Europe. Ce chapitre, qui confirme un intérêt soutenu
pour les politiques de garde des jeunes enfants et de conciliation
entre vie familiale et vie professionnelle, souligne notamment que,
sans rejeter toute préoccupation en faveur de l’égalité sociale, les
politiques d’investissement social s’intéressent surtout à la situa-
tion des enfants, tendant parfois à oublier celle de leurs mères.
10
imaginer la citoyenneté3. Interroger la citoyenneté
Si la thèse de Bérengère Marques-Pereira ne portait pas
encore sur la citoyenneté, les luttes pour les droits y occupaient
une place centrale. C’est cet intérêt, conjointement à la participa-
tion aux différents projets de recherche sur genre et politiques
sociales décrits précédemment, qui l’ont amenée à s’intéresser à
l a citoyenneté, premièrement à travers ses dimensions sociale puis
politique. Au fil du temps, ce sujet – indissociable de son intérêt
pour l’État et la démocratie – est devenu son principal objet
d’étude et un des axes de ses enseignements. Outre l’Université
libre de Bruxelles, il l’a conduite à donner cours dans de nom-
breuses universités en Europe et au Québec, dont les Instituts
d’Études politiques de Paris, Grenoble et Aix-en-Provence et les
Universités de Lyon 2, Genève, Padoue, Laval et Montréal.
Au-delà d’écrits généraux sur le sujet (2007a), Bérengère
Marques-Pereira s’est surtout intéressée à la citoyenneté des fem-
mes, que ce soit en Europe (1997) ou dans les Amériques (1998b,
2001b). Ses travaux ont principalement porté sur la Belgique, la
France, le Brésil et le Chili. Si on reprend la triade de la citoyen-
neté proposée dans La citoyenneté politique des femmes (2003a),
ils peuvent être regroupés en trois v : oletsla citoyenneté en tant
que statut, identité et pratique. La plupart de ces travaux exami-
nent la citoyenneté en tant qu’ensemble de droits et de devoirs et
portent avant tout, selon les célèbres catégories de Marshall, sur
la citoyenneté politique (2003a) et sociale des femmes (Marques-
Pereira, Bizberg 1996 ; Marques-Pereira, Carrier 1996). Ils souli-
gnent aussi l’influence d’imaginaires culturels et sociaux distincts
sur la définition concrète de la citoyenneté dans une société don-
née. L’étude de l’Amérique latine permet ainsi de mieux com-
prendre les sous-entendus, souvent implicites, des conceptions
européennes de la citoyenneté (2007b). Ces travaux ont égale-
ment porté sur les rapports entre citoyenneté et individuation,
celle-ci étant pensée comme la possibilité de choisir son identité
politique et les formes de son insertion à la communauté politi-
que (2004a, 2005a). Dans ce cadre, Bérengère Marques-Pereira a
aussi analysé les tensions et les interactions entre individuation
et citoyenneté dans le contexte des droits reproductifs (notam-
ment 2006a, 2009). Enfin, Bérengère Marques-Pereira a examiné
la citoyenneté en tant que pratique. Elle s’est plus particulière-
11
introductionment penchée sur les mobilisations de femmes et sur leur impact
pour les régimes de citoyenneté (entre autres 1998c, 1998d;
Marques-Pereira, Raes 2002b ; Marques-Pereira, Stoffel 2004).
Les deux chapitres qui composent la troisième partie de cet
ouvrage analysent quelques-uns des défis contemporains de la
citoyenneté. Yves Déloye, professeur à l’Institut d’études politi-
ques de Bordeaux, secrétaire général de l’association française de
science politique et directeur de Revue la française de science poli-
tique, s’intéresse aux fondements de la citoyenneté de l’Union
européenne et pose, en écho au concept de régime de citoyen-
neté, la question des frontières et des lisières de ce régime. Il se
demande, à partir de l’étude des paradoxes de la citoyenneté euro-
péenne, qui en est citoyen aujourd’hui et à quelles conditions. Il
rend aussi hommage à la méthode de Bérengère Marques-Pereira,
qui combine selon lui sociologie historique et ambitions - théo
riques. Dans la lignée des travaux de Bérengère Marques-Pereira
sur l’individuation et sur les enjeux transculturels entre l’Europe
et l’Amérique latine, Kathya Araujo, professeure à l’Universidad
Academia de Humanismo Cristiano, expose les relations denses
et complexes entre la notion d’individu et le féminisme latino-
américain. À partir de l’exemple chilien de l’institutionnalisation
de la perspective de genre, elle examine les ambiguïtés découlant
de la substitution de la notion dynamique et sociologique d’indi-
vidu par une notion normative étrangère au contexte latino-amé-
ricain reposant sur l’idée d’individu abstrait.
4. Participation politique des femmes
À partir de la fin des années 1990, Bérengère Marques-
Pereira s’est davantage investie dans l’étude de la représentation
politique des femmes et dans les débats sur les quotas et la parité.
Cet intérêt est directement lié à la transformation de ces ques tions
en enjeux politiques et sociaux et va de pair avec son engagement
en faveur du développement de la thématique de recher g cenrhe «e
et politique » en Belgique et en francophonie. Élue présidente de
l’Association belge de science politique-Communauté française
en 2000, elle y a créé un groupe de travail genre et politique tou-
jours actif aujourd’hui. Ce groupe n’a pas seulement permis de
rendre les travaux sur le genre en science politique plus en visibles
12
imaginer la citoyennetéBelgique, mais également de lancer plusieurs projets de r- echer
che fédérant nombre de chercheur(e)s belges actif(ve)s sur ces
questions (Marques-Pereira, Meier 2005 ; Marques-Pereira, Meier ,
Paternotte 2010a). Ce fut aussi un moyen de renforcer les colla-
borations avec d’autres collègues francophones, tout particuliè-
rement à partir du premier congrès francophone de science
politique organisé à Lausanne en 2005 (Tremblay, Ballmer-Cao,
Marques-Pereira, Sineau 2007).
Les recherches de Bérengère Marques-Pereira sur la théma-
tique genre et politique peuvent être rassemblées autour de trois
axes. Elles ont tout d’abord porté sur les termes du dé bles at sur
quotas en politique et la parité en Belgique (1998e ; Marques -
Pereira, Gigante 2001), ainsi que sur la citoyenneté politique des
femmes en Belgique (2003b ; Marques-Pereira, Vanclaire 2005b).
Dans ce cadre, Bérengère Marques-Pereira a dirigé le projet ARC
« La mère et le soldat. Étude historique, politique et sociale des
représentations et de leur poids sur les citoyennetés. Le cas de la
e eBelgique xix et xx siècles » avec Éliane Gubin (2002-2006).
Ces travaux ont ensuite examiné, dans une perspective plus
théorique, les différences conceptuelles et stratégiques entre quo-
tas et parité. Ces réflexions, qui croisent philosophie politique et
théorie de la citoyenneté, ont confronté de manière cruciale les
travaux anglo-saxons sur la représentation des groupes (Nancy
Fraser, Anne Phillips, Iris Young…) aux travaux francophones sur
la parité (Françoise Gaspard, Éliane Vogel-Polsky…) (1999b, 2003a,
2004b).
Enfin, Bérengère Marques-Pereira s’est penchée sur l’appli-
cabilité de ces notions en Amérique latine, tout particulièrement
dans le Cône Sud (Marques-Pereira, Nolasco 2001). Si l’Argentine
fut un des premiers pays à se doter d’une loi de quotas, ces tra-
vaux ont surtout porté sur le Chili. Elle a notamment publié, avec
Sophie Stoffel, un numéro thématique Cdes ahiers du GELA-IS
sur la représentation politique des femmes au Chili ; (2005voir
aussi Marques-Pereira 2005c, 2007c et d). Dans ce cadre, elle s’est
interrogée sur les liens entre inclusion politique des femmes et
approfondissement de la démocratie (2002c, 2005b, 2006b). Ses
travaux sur les débats européens ont aussi été publiés dans la
région (2001c, 2004c, 2005d).
Les chapitres rassemblés dans la quatrième partie de cet
ouvrage portent tous sur la participation et la représentation poli-
tiques des femmes. Professeure émérite d’histoire à l’Université
13
introductionlibre de Bruxelles et ancienne complice de Bérengère Marques-
Pereira au sein du GIEF (Groupe interdisciplinaire d’études sur
les femmes) et de la revue Sextant, Éliane Gubin jette un regard
neuf sur les réticences du Parti Ouvrier Belge (POB) quan -t à l’oc
troi du droit de vote aux femmes et montre combien ces réticen-
ces ne reposaient pas uniquement sur des calculs d’opportunité
politique, mais aussi sur un projet politique impliquant une forte
2division sexuelle du trav . ailPetra Meier, professeure de science
politique à l’Université d’Anvers et coresponsable du groupe Genre
et pde l’Association belge de science politique, élargit la
problématique de la représentation politique des femmes à la
question des symboles. À partir du travail fondateur de Pitkin, elle
montre que loin d’être secondaires, les symboles, images et fi gures
associées aux femmes sont fondamentaux et, à partir d’un autre
regard sur l’enjeu des quotas, Petra Meier souligne leur - impor
tance dans la manière dont les femmes sont représentées en
politique. Enfin, David Garibay, maître de conférences à l’Uni-
versité Louis Lumière – Lyon 2, propose une lecture de la recon-
version des femmes guerrilleros au Salvador. Il analyse les
ambivalences du Frente Farabundo Martí para la Liberación
Nacional, le parti issu de la guérilla, à l’égard des droits des fem-
mes et l’insertion des femmes comme élues et des revendications
de genre dans la vie du parti. David Garibay souligne ainsi le rôle
central, mais aussi les limites, du FMLN comme moteur de la
féminisation de la vie politique au Salvador.
5. La citoyenneté en pratique
En écho aux trois missions de l’ULB (recherche, enseignemen t
et service à la société), Bérengère Marques-Pereira a toujours
défendu la place de l’intellectuel(le) dans la cité dans une - pers
pective laïque et féministe. Ainsi, elle a non seulement contribué
au développement des études de genre en Belgique et en science
politique, mais s’est aussi engagée au sein de l’Université des
Femmes, dont elle vient d’accepter la présidence. Elle a égalemen t
collaboré aux principales revues scientifiques francophones
dédiées aux études de genre. Bérengère Marques-Pereira a aussi
2. Bérengère Marques-Pereira a elle-même travaillé sur le : POB
Marques-Pereira, Delwit, De Waele (1990).
14
imaginer la citoyennetéparticipé à différentes initiatives issues des milieux laïques - . Colla
boratrice de la revue Espace de libertés, elle s’est aussi chargée de
l’organisation du colloque 2007 de la Fédération des Amis de la
Morale laïque, consacré aux droits des femmes (2008) et elle a
siégé dans la C« ommission des sages sur les valeurs inaliénables
de notre démocratie ». Elle s’est enfin exprimée dans de très nom-
breux médias et est intervenue devant des publics les plus variés.
Porteuse d’une vision de la science politique qui veut décloi-
sonner mouvements sociaux, aide à la décision et institutions
internationales, Bérengère Marques-Pereira a témoigné tout au
long de sa carrière d’un regard particulièrement critique sur son
travail comme universitaire et sur les implications sociales de
celui-ci. Elle a non seulement mobilisé le genre comme outil
analytique mais également comme instrument de changement
social et concept critique (Marques-Pereira, Meier, Paternotte
2010b). Dans ce cadre, elle a été particulièrement attentive
aux possibles retournements du genre contre lui-même et à la
manière dont son usage, voire son instrumentalisation, par - diver
ses institutions publiques nationales ou internationales ainsi que
par un éventail varié d’acteurs peut contribuer à le vider de sa
substance. Elle a ainsi souligné la dépolitisation potentielle des
rapports sociaux de sexe lorsque des institutions internationales,
par exemple dans le domaine du développement, dévoient les
perspectives égalitaires et d’autonomie portées par le concept de
genre (Marques-Pereira, Raes 2003 ; Marques-Pereira, Siim 2002).
La dernière partie fait écho à ces préoccupations. Florence
Raes, qui a été chercheuse à l’ULB sous la direction de Bérengère
Marques-Pereira, pose un regard réflexif sur l’expérience de bud-
gétisation sensible au genre, à laquelle elle a contribué à travers
son engagement dans différentes organisations internationales
comme UNIFEM ou la Commission européenne. Ximena Zavala,
ancienne directrice de la Fundación Instituto de la et Mujer
actuelle conseillère politique de l’Instituto NacionDeral ecde hos
3Humanos du Chili , explore les défis de l’institutionnalisation
des droits humains. Contre une simple commémoration des
expériences douloureuses du passé, elle défend l’ouverture de
3. Ximena Zavala a notamment travaillé avec Bérengère Marques-
Pereira sur l’expérience de l’exil par les femmes chiliennes (2009). Elle a
elle-même passé plus de vingt ans d’exil en Belgique, où elle a travaillé
pour le MRAX.
15
introductionl’agenda chilien des droits humains aux dynamiques internatio-
nales en matière de droit des droits de l’Homme et surtout à de
nouvelles problématiques, dont celle du genre. Selon Ximena
Zavala, il s’agit de la seule garantie que les événements du passé
ne se répètent pas.
*
Cet hommage ne marque pas la fin d’une carrière, mais plu-
tôt un nouveau début. Si Bérengère Marques-Pereira a quitté la
plupart de ses enseignements à l’Université libre de Bruxelles, elle
continue à donner cours à Sciences Po Paris. Elle a de plus initié
de nouveaux projets de recherche, dont une ambitieuse compa-
raison sur les politiques sociales en Europe et en Amérique latine,
qu’elle mène avec Jane Jenson. Enfin, si sra éspidence de l’Univ-er
sité des femmes lui laisse un peu de son temps retrouvé, nul
doute qu’elle se consacrera plus encore à sa passion de la lecture
et, qui sait, à une écriture libérée des contraintes académiques ?
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21
introductionpartie 1
Penser l’Ét At
et l A dÉmo Cr Atie1Chapi tre
DÉp assera-t-on la DÉmocratIe ?
Guy HERMET
En 1856, Alexis de Tocqueville avançait dLans ’Ancien régime
et la Révolution que les régimes finissants valaient souvent mieux
que ceux destinés à les remplacer. Cette observation heurte notre
confort mental, fondé sur notre désir contradictoire de stabilité
1politique et de progrès continu vers toujours plus de démo . cratie
Mais la démocratie est-elle effectivement immortelle et -indépas
sable ? Peut-on croire sans un peu de mauvaise foi qu’elle serait à
la fois le premier, l’unique et le dernier mode de gouvernement
indépassable, destiné à n’être jamais finis« san »t ? Cela alors
même que tous les systèmes précédents ont disparu pour laisser
la place à d’autres régimes. Ou bien convient-il d’admettre ce qui
nous contrar : ieque la démocratie est moins appelée à progresser
sans rupture de continuité qu’à laisser la place à échéance plus
ou moins brève à une autre forme d’autorité publique ?
Tocqueville nous rapporte en outre comment, à la fin du
exviii siècle, les Européens n’avaient pas cessé de contempler la
monarchie comme le type par excellence du gouvernement
achevé, promis semblait-il à l’éternité. Bien rares étaient ceux qui
concevaient l’éventualité d’un autre régime. Pourtant, en arrière-
fond, le principe de l’autorité sacrée d’un souverain héréditaire
avait déjà largement reculé dans leurs esprits devant celui d’une
souveraineté collective du peuple. Mais ils tardaient à enregistrer
explicitement ce fait. Le nouveau régime dont devaient sortir nos
démocraties se trouvait déjà là, dès avant la Révolution de 1789,
mais sans que la plupart des sujets des rois se résignent à en
prendre conscience. Encore dépourvue d’étiquette, la révolution
s’était pourtant bel et bien déclenchée avant même que la grande
1. L’ouvrage dirigé par Bérengère Marques-Pereira en 1993 éclaire
les trajectoires de transition à la démocratie pour le continent latino-amé-
ricain (1993).
25
dépassera-t-on la démocratie ?Révolution n’ait eu lieu. Notre position présente ne serait-elle pas
analogue ? Face à la mondialisation et à l’avènement de nouvelles
puissances extra-occidentales, le pouvoir souverain d’un peuple
démocratique national protégé par ses frontières n’est-il plus
déjà qu’une illusion ?
1. Un dépassement de la démocratie ?
Il existe trois façons d’envisager un dépassement de la démo-
cratie dans la continuité de son être et sans qu’elle s’efface devant
une autre forme de pouvoir : d’abord au regard d’une revitalisation
d’anciens projets de perfectionnement devenus probablement
caducs, ou bien par le biais d’une observation des tendances en
cours, enfin encore par référence aux nouvelles utopies actuelles.
Le chantier des projets anciens dont la concrétisation fut
constamment remise à plus tard n’est pas complètement déserté.
Babeuf conserve encore chez les néo-communistes ou les vétéro-
fascistes des successeurs pour opposer la démocratie réelle à la
démocratie formelle ; cela quand bien même tout a démontré
que la seconde constituait l’unique rempart – relatif – de la pre-
mière. Quel ques-uns songent même toujours à une démocratie
« socialist », e sans que leur visage ne se couvre de confusion au
souvenir de ce qu’elle fut récemment et à ce qu’elle demeure à
Cuba ou en Corée du Nord en particulier. D’autres préfèrent s’atta-
cher à la mémoire d’une démocratie libertaire aux cendres étein-
tes depuis ces temps de 1936 où l’illusion lyrique des anarchistes
catalans avait scellé le naufrage de la République espagnole.
D’autres toujours veulent croire que l’État-providence poursuivra
indéfiniment sa course jadis conquérante. Et encore ne faut-il
pas oublier ceux qui avaient placé leur espoir dans une démocra-
tie européenne échappant enfin aux fureurs ou aux mesquineries
natio nales. Projet européen dont l’espérance s’est effondrée sous
les coups du fameux él« argissemen », t qui a servi en fait à subven-
tionner les ardeurs patriotiques différées des nations de l’Europe
orientale constituées de trop fraîche date. Ça ne paraît pas être de
ce côté-là qu’il convient d’entrevoir notre avenir politique…
Dans une perspective plus consistante, quelles sont alors les
tendances inédites aujourd’hui discerna ? blesLa plus conster-
nante pour qui accorde sérieusement un prix à la démocratie
26
penser l’état et la démocraties’impose malheureusement à l’espr : itcelle de l’abandon plus ou
moins discret du principe de la souveraineté du peuple, souve-
raineté certes assez symbolique, voire mythique, mais dont la
mention est cependant imprescriptible pour qu’il y ait démocra-
2tie. Or qu’a-t-on vu ? En 2003 et 2004, les travaux de la Convention
chargée d’élaborer le projet de constitution européenne rejeté en
2005 en France et aux Pays-Bas en ont fourni une démonstration.
Les membres de cette Convention, présidée par Valéry Giscard
d’Estaing, avaient prévu de placer en exergue du traité constitu-
tionnel une citation de l’historien de la Grèce antique Thucydide,
reprenant elle-même l’oraison funèbre de Périclès en hommage
aux soldats athéniens tombés au début de la Guerre du Pélop- on
3nèse . Il s’agissait d’une définition de la démocratie posant que
celle-ci n’existait que lorsque le pouvoir appartenait au plus grand
nombre, autrement dit à la majorité des membres d’un corps
politique qualifié de Peuple et plus tard de Nation. C’était le dogme
civique absolu, le principe que le Peuple était quoi qu’on fasse
l’unique Souverain légitime dans une démocratie. Or, quelques
mois plus tard, en juin 2004, le Conseil européen représentant les
gouvernements nationaux des pays de l’Union a rayé la citation
de Thucydide du projet de constitution promis du reste à d’autres
avatars encore. Fondatrice d’une souveraineté populaire jusque-
là consubstantielle de l’idée de démocratie, la notion Dêmod’un s
couronné a paru indésirable. Le prétexte était que la démocratie
antique présentait des défauts inacceptables, tels que son asso-
ciation à l’esclavage. Mais la véritable raison a tenu à ce que défi-
nir la démocratie comme le pouvoir du plus grand nombre aurait
offensé les petits pays intégrés ou à intégrer dans l’Union. Autant
dire que la démocratie au sens classique, avec sa volonté majori-
taire, dans son référent symbolique au moins, s’est trouvée abolie
2. L’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen
de 1789 le rappelle : « Le principe de toute souveraineté réside essentielle-
ment dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut l’exercer qui n’en
émane expressément ».
3. Les paroles exactes de Thucydide sont les suiv an: « tLa esconsti-
tution qui nous régit […] a reçu le nom de démocratie parce que son but
est l’utilité du plus grand nombre et non celle d’une minorité. Pour les
affaires privées, tous sont égaux devant ; lma ais loila considération ne
s’accorde qu’à ceux qui se distinguent par quelque talent. C’est le mérite
personnel, bien plus que les distinctions sociales, qui fraie la voie des
honneurs. Aucun citoyen capable de servir la patrie n’en est empêché par
l’indigence ou par l’obscurité de sa condition » (1878 : 37).
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dépassera-t-on la démocratie ?à cet instant précis, sans que personne ne s’en offusque ni même
peut-être ne s’en rende compte souvent.
Les autres indices tendanciels paraissent presque secondai-
res par comparaison. Il y en a de toutes sortes. Certains plutôt
anecdotiques, tel le paradoxe engendré par le dogme de la parité
hommes/femmes, qui rendrait logiquement impossible le main-
tien du scrutin uninominal majoritaire en Grande-Bretagne
(celle-ci a d’ailleurs déjà cessé d’être considérée comme un pays
démocratique cor« rect » au regard de ce dogme). Mais d’autres
tendances impressionnent davantage. Ainsi quand la pré-occu
pation et la pratique de la gouvernance mondiale ou régionale
l’emportent déjà sur celles des gouvernements représentatifs
nationaux, pourtant seules conciliables avec la prise de décision
démocratique. Parallèlement, la montée en puissance de la Chine
non-démocratique ne suscite pas uniquement une menace éco-
nomique pour nos vieilles démocraties. Elle propose au monde
un autre modèle politique mi-autoritaire, mi-libéral à certains
égards, une alternative à la démocratie dont l’attrait pour- rait l’em
porter dans les pays émergents sur les régimes représentatifs - con
4currents offerts par le Japon ou l’I. nde
Sans doute d’autres tendances ou propositions en apparence
plus susceptibles de rajeunir la démocratie se manifestent-elles
également. Elles restent fragiles et contestables. La démocratie
participative tellement vantée privilégie dans les faits le règne
d’activistes s’autoproclaman rt epr « ésentants du peuple » ou se
cooptant sans le moindre mand ; aactivist tes dont l’habileté excelle
surtout dans les manipulations d’assemblées générales et -les dis
cours enfiévrés. Quant à la démocratie délibérative vulgarisée par
Jürgen Habermas et Bernard Manin, elle s’apparente trop pour sa
part à un rêve impossible, évoquant la réflexion désabusée de
Rousseau : « S’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait
démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas
aux hommes » (1776 : 199). La réflexion et le débat argumenté sur
les affaires publiques ne sont pas davantage à la portée de tous
de nos jours qu’à l’époque du philosophe genevois… De plus,
cette procédure délibérative serait trop lente pour répondre au
4. Modèle chinois structuré par une idée bdu on «pouvoir », sou-
cieux d’égalité, de justice et d’intérêt colle prctif enan «t corps », opposée à
une vision « radicale » occidentale assez abstraite défendant la démocra-
tie, les droits de l’individu et la liberté de pensée (Iribarne 2010).
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penser l’état et la démocratie

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