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Incertitudes sociales

De
226 pages
Marqué par des processus contradictoires et des logiques antagoniques, le présent pose problème aux catégorisations des sciences sociales. Des positions apparemment irréconciliables s'affrontent, prenant comme objet, entre autres, l'équivalence des styles en regard de l'interprétation des phénomènes. Ce numéro se confronte de façon directe à ces enjeux de catégorisation dans les espaces urbains, les champs du travail, les constructions économiques, les productions d'identité et de statuts.
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L’homme et la société Revue internationale de recherches et de synthèses en sciences sociales
Incertitudes sociales Enjeux épistémologiques
coor don n éparMonique Selim
L’homme et la société Revue internationale de recherches et de synthèses en sciences sociales
Incertitudes sociales Enjeux épistémologiques
Coordonné par
Monique Selim
Revue soutenue par l’Institut des Sciences Humaines et Sociales du CNRS et le CNL
L’Harmattan
L’homme et la société Revue internationale de recherches et de synthèses en sciences sociales
Fondateurs Serge JONASet Jean PRONTEAU
DirecteursClaude DIDRYet Michel KAIL
Comité scientifique
Michel ADAM, Pierre ANSART, Elsa ASSIDON, Solange BARBEROUSSE, Denis BERGER, Alain BIHR, Monique CHEMILLIER-GENDREAU, Catherine COLLIOT-THÉLÈNE, Catherine COQUERY-VIDROVITCH, Christine DELPHY, René GALLISSOT, Michel GIRAUD, Gabriel GOSSELIN, Madeleine GRAWITZ, Colette GUILLAUMIN, Serge LATOUCHE, Jürgen LINK, Richard MARIENSTRAS, Sami NAÏR, Gérard RAULET, Robert SAYRE, Benjamin STORA, Nicolas TERTULIAN.
Comité de rédaction
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Secrétariat de rédaction
Jean-Jacques DELDYCK
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1 wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03532-1 EAN : 9782343035321
L’homme et la société Revue internationale de recherches et de synthèses en sciences sociales
N° 1912014/1 Éditorial. La cage d’acier de la financiarisation, ou comment en finir avec le travail…………………………………………………………….5 * * * INCERTITUDES SOCIALESENJEUX EPISTEMOLOGIQUESMonique Selim De quelques fragilités catégorielles……………………………………. 9 Richard Sobel Le salariat n’est pas soluble dans une relation d’autorité. Un détour critique par Ronald Coase, Frank Knight et Herbert A. Simon……….13 Irène Pereira Syndicalismes de lutte et mouvements de précaires dans le secteur de la culture…………………………………………... 43 Jean-Pierre Garnier Le droit à la ville de Henri Lefebvre à David Harvey Entre théorisations et réalisation………………………………………59 Éric Marlière Socio-histoire de la délinquance juvénile d’un ancien quartier ouvrier de « banlieue rouge » en mutation : de l’entre-deux-guerres aux années 2000……………………………………………… 71 Sylvain Bordiec Des jeunes à leurs aînés, du local à l’extra-local. Les associations « de quartier » dans la gestion territoriale du « problème de la jeunesse »……………………………………..… 95 Han Victor Lu « Melting pot » et métissage. Les femmes et le tabou de la miscégénation aux États-Unis………………………………………..113 * * *
HORS DOSSIERMaximiliano Soto Les paradoxes de la mise en valeur desascensores(funiculaires) de Valparaiso : le conflit entre patrimonialisation matérielle et immatérielle…………………………………………….139 Ana Paula Paes de Paula Maurício Tragtenberg : contribution d’un marxiste anarchisant à l’étude critique des organisations…………………………………..157 COMPTES RENDUS……………………………………………………... 177 Résumés/Abstracts……………………………………………………. 205 Tables…………………………………………………………………. 211
* * *
Toute la correspondance — manuscrits (double interligne, 35 000 signes maximum pour les articles, 4 200 pour les comptes rendus), livres, périodiques — doit être adressée à laRédaction: L’homme et la société -Jean-Jacques Deldyck - Université Paris 7 - Boîte courrier 7027 75205 Paris Cedex13-Téléphone 01 57 27 64 86 E-mail : deldyck@univ-paris-diderot.fr ABONNEMENTS ET VENTES AU NUMEROÉditions L’Harmattan 5-7 rue de l’École-Polytechnique 75005 PARISUn abonnement annuel couvre 3 numéros dont 1 double (joindre un chèque à la commande au nom de L’Harmattan) France : 60— Étranger par avion : 65
Éditorial
La cage d’acier de la financiarisation, ou comment en finir avec le travail
À travers son obsession de la rationalisation, Max Weber nous conduit dans les méandres de la société moderne que le capitalisme était encore en train de dessiner. La totalité de la vie sociale se trouve soumise à ce processus, taillant le matériau brut hérité de ces sociétés patriarcales en un diamant dont les mille reflets projettent les multiples aspects de l’acti-vité sociale d’un individu. Taillant et retaillant sans cesse cette pierre aux mille éclats de la vie sociale, la rationalisation saisit tout autant l’éco-nomie que la religion, la famille, la musique et l’érotisme. Mais elle n’est pas ce long fleuve tranquille qui nous mènerait sur les rives de cette so-ciété de consommation, dans laquelle le travail rationalisé déverserait les quantités industrielles de produits que son efficacité poussée à son opti-mum déverserait sur des individus libérés du besoin. Elle insuffle, dans les moindres aspects de cette vie sociale qu’elle a contribué à distinguer, ces « tensions majeures » qui constituent le centre de la réflexion engagée 1 par Michel Lallement sur cette dimension de la sociologie wébérienne. Dans ce mouvement porté par l’Occident médiéval qui, depuis, s’est ou-vert à d’autres sources au gré des aventures mondiales du capitalisme, la rationalisation balance entre rationalisationmatériellesystématisant les puissances sociales et rationalisationformelleréduisant les activités indi-viduelles au calcul maximisateur de l’homo economicus. Par ses tensions etl’ultimetentationdese retourner contre elle-même, larationalisationde-meure ce fantôme qui hante l’histoire des hommes et des femmes jusque dans leurs rapports les plus intimes, appelant à dépasser le patriarcalisme pour d’autres horizons, où les femmes trouvent le terrain d’une libération 1. Michel LALLEMENT,Tensions majeures. Max Weber, l’économie, l’érotisme, Paris, Gallimard, 2013.
o L’homme et la société, n191, janvier-mars 2014
6 L’hommeet la société que Weber découvrira tardivement. Sur ce grand théâtre de la liberté hu-maine qui se joue à travers la rationalisation, comme processus multiple et irréductible à une unité que sans cesse il disperse en une diversité de scènes sociales, la rationalisation économique pourrait malgré tout avoir le dernier mot. Elle se déploie dans tout son formalisme sous la forme de la Bourse, à laquelle Weber a consacré une partie de ses écrits, en s’atta-chant à la rationalisation formelle que les marchés à terme imposaient aux puissances établies. Brisant constamment les positions acquises, le capitalisme se présente sans doute comme le moteur principal de la rationalisation au nom de la recherche d’une rentabilité supérieure par les mécanismes transactionnels que ses héros instituent. Pour autant, si le capitalisme financier que nous connaissons aujourd’hui a brisé la cage d’acier de la bureaucratie annon-cée par Max Weber, il paraît aussi sur le point d’avoir trouvé la formule d’un acier plus redoutable dans le laboratoire que représente cette globali-sation symbolisée par la fusion des Bourses occidentales. La cage d’acier nouvelle n’est plus, dans cet Occident où le capitalisme plonge ses ra-cines, ce gigantesque atelier dans lequel les salariés se dépassaient dans une course infinie pour atteindre une efficacité toujours plus grande. Elle prend les traits de la destruction du travail que suscite implacablement la rationalité formelle des marchés financiers. Dans sa dernière livraison,La Nouvelle Revue du Travailapporte ainsi un utile contrepoint à la fascina-2 3 tion wébérienne pour la Bourse. Le texte de Valérie Boussardse révèle essentiel pour saisir le travail de ces «entremetteurs »,en alerte sur les gains potentiels de «valeur pour l’actionnaire» que pourrait apporter le rapprochement des entreprises, par la reconstruction permanente de ces organisationsenrognantsur le coût d’un travail qui, alourdi desescharges sociales, devient l’ennemi. La globalisation financière devient l’Eldorado pour ces nouvelles «professions »où domine la figure des «entremet-teurs» en quête de beaux mariages entre ces «pépites» que l’on découvre en démembrant les entreprises, où les travailleurs, enfin débarrassés de leur emploi, seront disponibles pour tenir la traîne de la mariée dans le beau costume qu’ils auront acheté avec leur indemnité conventionnelle de 4 départ. Le texte d’Isabelle Chambostmontre comment lesLBOfinissent cet ouvrage, en éliminant un investissement productif que le départ des
2. « Financiarisation et Travail »,La Nouvelle Revue du travail, 3, 2013 : http://nrt.revues.org/ 3. Valérie BOUSSARD, « Qui crée la valeur ? », http://nrt.revues.org/1020. 4. IsabelleCHAMBOST, «De la finance au travail. Sur les traces des dispositifs de financiarisation », http://nrt.revues.org/1012.
La cage d’acier de la financiarisation, ou comment en finir avec le travail 7 travailleurs a rendu inutile, pour concentrer les profits sur les dividendes indispensables au remboursement des emprunts. La physique contempo-raine nous avait mis sur la voie de l’antimatière, la sociologie découvre l’« antitravail » des consultants financiers qui réduit à néant ce travail que le droit du travail avait révélé un siècle plus tôt, au prix d’un coût aujour-d’hui insupportable, auquel s’ajoute celui de la sécurité sociale et des ser-vices publics apportant à chacun les moyens de développer ses capacités. 5 Le tour à l’hôpital auquel nous convie Fatima Safy-Godineau,ne nous apportera aucun réconfort, entourés de soignants stressés et soumis à l’in-jonction de la rigueur budgétaire permanente. La porte de cette nouvelle cage d’acier se referme sur ceux dont les entremetteurs de sociétés se sont enfin séparés, les livrant à eux-mêmes pour trouver à quoi occuper des journées sans travail. Mais tout n’est pas perdu, dans ce monde enchanté de la société post-industrielle où les travailleurs se trouvent libérés de leur travail. Ils auront enfin du temps pour s’occuper des leurs, se consacrer à uncareréservé jusque-là à des mères de famille prises dans leur double journée de tra-vail. Une éthique rigoureuse leur permettra de limiter leurs besoins de santé et d’éducation qu’un État englué dans son endettement ne peut plus financer, en cultivant les jardins conquis sur les friches industrielles touten échangeant des produits bio à l’occasion de ces réunions festives où les petits producteurs de fruits et de légumes pourront vanter les bienfaits de la vie au grand air, en promenant les touristes dans les carrioles de leur petite entreprise touristique soutenue par le syndicat d’initiatives. Dans cette belle cage d’acier de la grande inactivité, en attendant un âge tou-jours plus avancé pour la retraite, on retrouvera les vertus de la famille. Il restera la consolation de la messe, le dimanche, jour salutaire où il sera possibled’oublierle temps du travail perdu. De pieux dirigeants, soucieux des finances publiques, pourront envisager de limiter les déficits en cou-pant dans des dépenses sociales consacrées pour partie à des pécheresses enceintes. Préparant cet avenir radieux, le Parlement européen, en repous-sant un rapport revendiquant pour les femmes un accès généralisé à la 6 contraception et à des services d’avortement sûrs, entretient un salutaire esprit de compétition pour ces nations perdues dans la libéralité de leurs mœurs, en mettant à l’honneur cette nouvelle Espagne devenue la fille
5. Fatima SAFY-GODINEAU, « La souffrance au travail des soignants : une analyse des conséquences délétères des outils de gestion », http://nrt.revues.org/1042.6. « Strasbourgrefuse de faire de l’avortement “un droit européen” »,Le Monde, 11/12/2013.
8et la société L’homme aînée de l’Église par ce geste décisif grâce auquel elle a détrôné la pauvre France, la suppression de l’avortement. La sociologie se doit de garder la distance nécessaire à une observa-tion froide et lucide, mais par son regard lucide et parfois détaché, elle est à même d’identifier cette cage dans laquelle le présent nous enferme. De ce point de vue, laNouvelle Revue du Travailréussit à faire sentir le souf-fle glaçant de cette cage d’acier d’un genre nouveau, la cage d’acier de la financiarisation. Elle sort heureusement de cette partition entre une socio-logie de l’emploi absorbée par les mérites comparés duworkfareet de la flexicuritéetunesociologieéconomique fascinée par les avancées du mar-ché, en montrant dans leur quotidienneté les dégâts de la financiarisation et de son «antitravail »au niveau de ce travail que les salariés ont bien du mal à lâcher. Elle annonce cesTensions majeuresque la rationalisa-tion nous réserve sans cesse, comme dans cette Allemagne désorientée de l’entre-deux-guerres que des politiciens sans ambition n’ont pas découra-gée de se jeter dans les bras du totalitarisme. Claude DIDRY
* * *
De quelques fragilités catégorielles
Marquépardesprocessus contradictoires et des logiques antagoniques, le présent, dans toutes les sociétés, pose problème aux catégorisations des sciences sociales, au point que d’aucuns seraient tentés de renoncer à des effortscatégorielsauprofit d’essais plus littéraires et de recherches d’écri-ture. De tels dilemmes surgissent un peu partout dans les laboratoires et les commissions scientifiques comme dans les comités éditoriaux des re-vues où s’affrontent des positions apparemment irréconciliables prenant comme objet l’équivalence des styles en regard de l’interprétation des phénomènes, ou, au contraire, leur différence irréductible et, par là même, leur singularité et leur potentielle hiérarchisation. Ce numéro deL’homme et la sociétése confronte de façon directe à ces enjeux de catégorisation dans les espaces urbains, les champs du travail, les constructions écono-miques,lesproductionsd’identités et de statuts. Il s’ouvre par une critique rigoureuse des notions de marché et de rapport salarial dans l’histoire de la pensée économique contemporaine. La focalisation sur le thème de l’autorité met en lumière une série de failles qui éclairent les distinctions entredisciplines,enparticulierentre économie et anthropologie: d’uncôté s’est imposée l’évidence conceptuelle que le marché fonctionnerait entre des agents libres et égaux, de l’autre des observations dans de multiples contextes sociaux, culturels, politiques divers conduiraient à postuler que desrapports de domination imaginaire et symbolique innervent et nourris-sentl’ensembledesmarchés enchevêtrés, inséparables, idéels et matériels. Que le travail soit ou ne soit pas une marchandise comme les autres est au centre des dynamiques actuelles de globalisation, qui conduisent à dépla-cerenpermanencelesinvestissements productifs vers la recherche ducoût le plus bas de la force de travail. Qu’il s’agisse du Bangladesh — qui dé-fraie la chronique en 2013 avec l’effondrement à Dhaka d’un immeuble sur les ouvrières textiles, faisant plus de 1000 morts — ou des pays concurrents de l’Inde et du Vietnam, les mécanismes se révèlent dans leur nature les mêmes que dans les sociétés démocratiques d’ancienne indus-trialisation, comme la France. Dans tous les cas, les appareils syndicaux — forgés dans des périodes où la pérennisation de la main-d’œuvre, sa
o L’homme et la société191, janvier-mars 2014, n