INCESTE ET LANGAGE : L'AGIR HORS DE LA LOI

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La reconnaissance relativement récente de la réalité de l'inceste implique d'approfondir l'analyse de ses conditions de possibilité. Cet ouvrage étudie l'inceste non seulement comme un fait charnel, un " fait de lit ", mais comme un fait de l'ordre du langage, un " fait de dit " qui met en cause non seulement la construction symbolique de la filiation mais aussi la structure psychique de l'enfant. Ainsi, il explore la création du lien généalogique, puis les psychopathologies de l'inceste agi, enfin ses effets sur le désir du savoir.
Publié le : mercredi 1 septembre 1999
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EAN13 : 9782296395190
Nombre de pages : 158
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Inceste et langage: l'agir hors de la loi

cg L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8226-0

Marie-France Delfour

Inceste et langage: l'agir hors de la loi

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y 1K9

Collection Émergences dirigée par Françoise Carlier et Michel Gault
L'émergence foisonnante des sciences humaines et sociales a bouleversé l'univers conceptuel trop exclusivement fondé sur les sciences de la nature et sciences exactes. Il importe désormais de bien gérer les effets d'un tel bouleversement. C'est ainsi que la collection Émergences veut baliser le champ illimité des recherches et des questions. Elle est constituée d'ouvrages de référence mais aussi d'essais d'écrivains chevronnés comme de jeunes auteurs. A la qualité scientifique elle tient à allier la clarté d'expression.

Dernières parutions

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à Jean-Jacques, à Jean-François, mon frère,

au Dr A. R.

/

I

Préface
La psychanalyse à l'université: enseignement et recherche

L'ouvrage de Marie-France Delfour a été réalisé dans un cadre universitaire. Il interroge d'un point de vue psychanalytique ce qui confère à l'inceste sa violence, ce qui lui donne l'allure d'une transgression indépendamment des conséquences psychologiques, néfastes ou non, ce qui en fait un « crime contre l'humanité », puisque l'agresseur - même le plus perversement bien intentionné - s'en prend au fondement de l'humanité de la victime. L'auteur s'efforce du même coup de déduire ce qui fait l'humain de l'humain, et en quoi la définition de l'inceste lui-même contribue à la réponse. Certes le terrain est largement balisé par Sigmund Freud d'abord et son Totem et tabou, par Claude LéviStrauss ensuite et ses Structures élémentaires de la parenté, plus récemment par les travaux de Françoise Héritier et de quelques autres.l' L'intérêt de cette recherche est double. D'une part Marie-France Delfour s'efforce d'articuler logiquement les éléments sans lesquels l'humain est impensable, jusqu'à situer au cœur de cet humain l'inhumanité comme constitutive: où l'inceste comme « agir hors de la loi» qui suppose la loi, croise l'attaque nazie contre le principe de filiation. D'autre part, ce travail est explicitement présenté comme celui d'un chercheur: que le chercheur soit psychanalysant ou non, psychanalyste ou non, de toute façon le dispositif d'investigation universitaire n'est pas celui de la cure. Le résultat porte donc à ses limites extrêmes la question de l'intérêt de la psychanalyse à ('université. La contribution est à évaluer comme telle.

.

Les notes sont à la fin de la préface.

Il

Cette démarche est à souligner au moment même où, dans l'université, des voix s'élèvent pour tenter d'en chasser la psychanalyse à l'aide d'un argument à double face: sur un versant, la psychanalyse échapperait aux canons de la production du savoir scientifique et ne serait pas digne d'y figurer parce que le transfert contamine ce qui se déroule entre l'analyste et son patient; sur un autre versant, ce qui se déroule là serait partiellement indicible et interdirait à quiconque de parler de la cure s'il n'est pas psychanalyste « patenté ». Chercheur psychologue ou psychiatre « à la ville» (l'université), psychanalyste « au champ» (le secret de son cabinet), telle serait la nouvelle forme de la division du travail. Evidemment cette attitude qui revient à confisquer le discours analytique, à en priver le champ social, interdit aux analysants de bénéficier de l'exigence de rigueur que la science impose à tous les discours. Mais qui dira assez le risque de voir cette réserve couvrir les pratiques les plus obscures sous l'argument qu'il n'y a pas à rendre compte de ses actes devant des « inconnus », que l'on s'expliquera entre pairs? Faut-il rappeler quelques uns des faits qui entachent l'histoire de la psychanalyse2 ? Seulement écarter un argument fallacieux ne constitue pas un argument favorable. Il reste vrai que la psychanalyse ne se transmet pas par la voie universitaire. J'oserai une formule plus brutale: elle ne se transmet pas du tout. Elle doit être réinventée dans chaque cure. Cette conclusion semble disqualifier plus radicalement encore l'enseignement universitaire de la psychanalyse. A y regarder de plus près, elle implique que le psychanalyste s'explique sur les moyens à sa disposition avec lesquels il tente de réunir les conditions de cette réinvention. L'université est un des lieux de cette explication: il arrive alors que l'étudiant cherche à éprouver la rigueur de la logique qui lui est proposée jusqu'à tenter de refaire certains calculs pour son compte, jusqu'à s'efforcer de tirer quelques implications dans d'autres domaines du savoir ou tout simplement du raisonnement. Ainsi Marie-France Delfour, poussant son effort d'élucidation, en vient à s'interroger sur une forclusion de la mère. Suffisamment au fait de l'enseignement de Lacan, elle sait la place de la forclusion du Nom-du-Père: accident du symbolique auquel répondrait la psychose. Seulement, toutes les psychoses ne se laissent pas 12

réduire à la paranoïa. Et la question se pose d'une forclusion du symbolique (y inclus le Nom-du-Père), notamment dans ces cas où le sujet, de l'autisme à certaines formes de la schizophrénie, se caractérise par un rejet massif du langage. Or, nous avons pris l'habitude d'appeler « mère », le prochain, ainsi que le désignait Freud, par l'intermédiaire duquel les éléments de la structure - le langage organisé en savoir, la jouissance et l'objet - sont transmis à l'enfant avec les soins nécessaires à sa survie. Dans ce contexte, « forclusion de la mère» évoque un accident radical du rapport à ('Autre. Nous savons que cette hypothèse a amené d'autres auteurs, à distinguer les psychoses - identifiées comme telles à partir de la forclusion du Nom-du-Père, en fonction de la nature de l'accident supposé: rejet de la symbolisation primordiale (et du symbolique) dans l'autisme, rejet de l'identification à l'idéal du moi (du lien grâce auquel le sujet, psychotique ou non, consent à son inscription symbolique, car la plupart des psychotiques parlent!) dans la schizophrénie, rejet de la seule fonction paternelle dans la .. 3 paranOia. L'ouvrage témoigne de J'incidence du discours analytique dans le champ social... en interrogeant ce qui fonde le lien social, non sans nous amener à quelques-unes des questions aujourd'hui débattues. C'est pourquoi il me paraît opportun de saisir l'occasion de cette préface pour m'expliquer un peu plus sur la signification de la présence de la psychanalyse à l'université.

1 - La psychanalyse, un vaccin à l'université: Un mot de l'expérience concrète d'enseignement qu'avec quelques collègues de notre champ nous menons à l'université de Toulouse le Mirai!. Nous intervenons dans trois cadres différents: a) dans la formation initiale des psychologues (en psychopathologie et en clinique essentiellement); b) dans un secteur de formation permanente spécialement créé - à ('initiative de Pierre Brunosous l'intitulé de la Découverte freudienne, et fréquenté par des psychanalystes, des personnels des secteurs sanitaires et sociaux, des enseignants, des juristes, etc. ; ce service de l'université est doté d'un diplôme universitaire de troisième cycle; c) au sein d'une équipe de recherches aujourd'hui appelée «équipe de 13

recherches cliniques en psychanalyse et psychologie », lointaine héritière du groupe que Pierre Bruno avait réuni autour de lui il y a plus de 20 ans. II faudrait distinguer les interventions dans le cursus préétabli des psychologues et les cours et séminaires où nous sommes plus libres de nous situer au seul niveau de la psychanalyse. C'est dans un tel séminaire dont le thème est lié à celui de notre équipe de recherches que Marie-France Delfour a réalisé cet ouvrage. Dans tous les cas, nous aimons penser qu'un enseignement étayé sur le discours analytique, au moins «déstabilise» le discours universitaire, créant les conditions de l'invention, ainsi que l'obtient tout enseignement digne de ce nom et quelle que soit la discipline de référence. Ce qui signifie qu'user des mots de la psychanalyse ne suffit pas à prouver qu'ils constituent un véritable enseignement ou qu'ils se situent dans le discours analytique, mais ce qui pourrait signifier qu'un enseignement étranger sans contenu psychanalytique pourrait se réclamer du discours analytique! Au plus. un tel enseignement « vaccine» les étudiants contre le danger de la psychologisation (l'oubli du sujet de la parole et sa réduction à un objet). Mais comment sait-on qu'un « vaccin» a pris? II faut ici une vérification au un par un. Cette vérification est fournie par le « oui» ou le « non» qui témoigne d'un engagement du sujet. C'est pourquoi, pour donner mon avis en clair, je ne conçois pas cette présence à l'université sans l'existence, à côté, bien sûr, de la cure psychanalytique (que vaudrait un enseignement de la psychanalyse si celle-ci avait disparu comme pratique ?), mais aussi d'associations de psychanalyse. Si elles ne se valent pas toutes, elles répondent chacune à cette nécessité logique. Cependant il n'est pas sûr (c'est un euphémisme) que l'université pousse spontanément l'étudiant à s'orienter entre les théories qui lui sont présentés, à choisir sa « partenaire »4, à s'engager. J'en donne deux signes: côté étudiant, le sujet peut choisir de rester célibataire (plutôt ne pas savoir que de trancher entre les doctrines) ou pratiquer la polygamie (ici, cela donne l'éclectisme); côté universitaire, notre équipe enseignante compte des psychanalystes et des non-psychanalystes engagés dans des associations diverses,

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d'autres encore allergiques à toute organisation; et si la majorité a une expérience de la cure, quelques non-analystes et non analysés complètent le tableau.

2 - Le discours universitaire: Un des apports majeurs de l'enseignement de Lacan réside à mon sens dans la promotion de la catégorie de discours. Nous en proposerons une vue schématique, d'une part parce qu'elle permet de situer au mieux le problème de l'enseignement et de la recherche en psychanalyse à l'université, d'autre part parce qu'elle constitue l'horizon du problème traité par Marie-France Delfour. Par discours il faut entendre une certaine formalisation du lien social en réponse à la question de ce qui fait tenir les sujets ensemble. Le sujet en question est le sujet qui, au moins potentiellement, parle: celui qui vérifie que dans le langage, il n'y est que représenté - donc qu'il n'y« fait fonction que de manque». Ce qui se voit au simple fait que je peux apposer mon nom au terme de cette préface sans être le moins du monde amputé: mon être n'est pas identique aux signifiants de mon identité. Pour écrire la structure du sujet dans cette perspective, il faut trois éléments signifiants et un élément non signifiant. Les éléments signifiants se déduisent de la structure du langage: l'élément dernier, le signifiant, est incapable seul (S 1) d'aucune signification. Seul, il est énigmatique, il commande l'appel au sens ou il a valeur d'injure de prétendre désigner l'être qu'il vise: ce pourquoi Lacan le désigne de signifiant maître. Il doit donc être articulé à un second signifiant pour qu'un savoir (S2) se dépose. Mais le signifiant ne s'articule pas sans un acte de parole. C'est pourquoi la chaîne signifiante, avant de représenter quoique ce soit, implique avant tout cet effet signifiant que nous appelons sujet ($). Mais ce qui est également produit par l'articulation signifiante, c'est ce qui de l'être du sujet échappe à la représentation (que Lacan introduit dans le calcul sous la forme de la lettre a). Le sujet rencontre son « manque-à-être» dans la chaîne signifiante, ce que Freud a identifié au désir: c'est la cause du désir que Lacan formalise sous les espèces de a. Nous avons ainsi obtenu une sorte de matrice des rapports du sujet au discours: S 1/$ -?S2/a. 15

Cette matrice prend acte de la division du sujet ($) et de son être de jouissance (a): il est impossible de restaurer au sujet son être de jouissance sans qu'il s'efface comme sujet désirant. Cette impossibilité est la façon dont Lacan inscrit dans le discours la prohibition de l'inceste freudienne. Elle suppose que le sujet qui trouve à se loger dans le lien social ainsi défini est un névrosé: un sujet qui dispose de l'opération castration, opération grâce à laquelle il peut symboliser ce qu'il perd de jouissance à parler. Ce « mathème » permet de distinguer la place de l'agent de cette inscription, ici le signifiant maître, SI ; la place de l'autre auquel le signifiant maître commande, ici S2 ; la place de la vérité, au nom de quoi ('agent commande à l'autre: c'est au nom du sujet, ici, que le signifiant s'articule; et enfin la place de la production: ici ce qui de l'être du sujet échappe à la représentation signifiante. Les quatre termes sont toujours présents dans cet ordre ($, SI, S2, a) mais sont indépendant des places (vérité, agent, autre, production). La catégorie de discours permet de localiser l'impossible conjonction du signifiant et de la jouissance au sein d'un même savoir, non pas entre deux termes ($ et a), mais entre deux places (vérité et production) : il existe une limite incurable au savoir. Dès lors nous pouvons distinguer quatre formes pures selon la façon dont les termes sont disposés pour permettre à la fois l'inscription du sujet dans le lien social et le traitement de l'impossibilité qui fonde le lien social. Selon le terme qui vient en position d'agent, nous aurons affaire au discours du maître (S 1), au discours universitaire (le savoir, S2), au discours hystérique (le sujet, $), au discours analytique (la cause du désir, a). Une société déterminée n'est pas définie par la seule domination d'un discours, mais par la possibilité d'un changement de discours induit par le plus souvent par l'échec de la production à prendre acte de l'impossibilité qui le fonde. Les discours se soutiennent donc les uns les autres, le passage se fait par quart de tour (c'est-à-dire le décalage d'un terme depuis une place à une autre, par progression ou par régression). Ce parcours formalise la différence entre la cure supposée se dérouler dans le discours analytique et le discours universitaire.

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3 L'enseignant, universitaire:

l'enseignement

et

le

discours

Cette présentation démontre la nécessité de distinguer entre, d'une part, le discours universitaire, antipathique au discours analytique, d'autre part, l'enseignement (comme acte, comme contenu, comme style), et, enfin, l'enseignant. A la question «qui est l'enseignant? », Lacan a répondu qu'il se trouve « où est 1'$ » (le sujet) en tout discours, mais prévenant: «ce qui n'implique pas qu'il y en ait toujours dans 1'$ » (Scilicet 2/3, p. 394). C'est donc une condition nécessaire mais non suffisante que Lacan précise par ailleurs quand il déclare enseigner comme analysant ou comme passant5 : c'est-à-dire, à partir d'une limite du savoir, voire de la limite irréductible du savoir. Cette remarque est à rapprocher d'une part de la fonction du sujet supposé savoir à l'œuvre dans chaque cure, et, d'autre part, de ce devoir, que j'ai rappelé en commençant, qui impose aux psychanalystes de s'expliquer sur leur pratique. Plus radicalement, on se souvient de l'exigence de Jacques Lacan à l'égard de sa première création institutionnelle, l'Ecole freudienne de Paris: qu'elle mette les résultats de son travail, notamment de la passe, à la disposition de qui veut savoir - y compris des associations, celle dont il avait dû démissionner comme celle qui J'avait exclu précédemment. Nous savons pourtant que la transmission ne s'effectue pas dans le discours universitaire - en tout cas pas sans que le psychanalyste - le psychanalysant? - Y rajoute cette touche plus haut qualifiée de réinvention. A la question «qu'est-ce qu'un enseignement », la formulation du 19 juin 1968 ouvre également une piste: « Est-ce que vous avez jamais aperçu, interroge Lacan, que ce qui fait qu'un enseignement a une prise, c'est peut-être que, justement, dans une certaine façon de le redistribuer, il s'inscrit dans son dessin, dans son tracé, dans sa structure, quelque chose qui n'est pas immédiatement dit mais que c'est ça qui est entendu? » (souligné par moi). Enseigner à partir de ce qui résiste au savoir ne vise pas explicitement, comme dans la science, à livrer un savoir gagné sur le réel: il s'agit de transmettre « quelque chose» de ce qui objecte au savoir, donc qui confine au réel.

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Restons un instant sur le discours universitaire6. Le discours universitaire se soutient de la conviction qu'il existerait un maître qui commande au langage et au savoir, un maître difficilement contestable, puisque dissimulé sous le savoir lui-même (S2/S 1) : la question est d'ailleurs moins de déclarer cette conviction fausse, puisque le discours est bâti justement pour en assurer la vérité, que de voir dans quelle mesure ce discours est susceptible d'être contré forcément par un autre qui en dénoncerait de fait la limite. Le sujet est produit dans le discours universitaire comme effet de la jouissance liée à l'exercice du savoir: «formaté» par la jouissance, il est accouché comme celui qui a envie d'apprendre plus que comme «étudiant» réellement (il est plus fier des ouvrages exposés dans sa bibliothèque que de ceux qu'il a réellement lus un crayon à la main). Enfin, le discours universitaire occulte l'impossibilité qui supporte le lien social sous une impuissance: impuissance à soutenir comme vrai un énoncé maitre; l'examen inventé avec la scolastique médiévale est d'ailleurs là pour en dissuader l'étudiant! Peut-être existe-t-il une exception avec la thèse qui clôt traditionnellement les études? En tout cas Pierre Bruno corrige Freud avec Lacan: l'impuissance n'est pas impuissance à gouverner les hommes mais impuissance à gouverner le savoir inconscient. L'hypothèse de l'inconscient affirme en effet l'existence d'un dire sans savoir qui le dit. Faire parler l'inconscient tient donc de l'oracle. Et sans doute, si Lacan ne retient que sa seule signature dans Scilicet c'est qu'il entend marquer que le maître ne gouverne pas au savoir. Loin de capituler (comme un auteur) devant cette limite, Lacan l'indexe de son nom: laissant chance à d'autres d'y situer leur invention propre, leur capacité à... faire parler l'oracle, moins l'embarras de leur nom! Sans doute est-ce pour cela que Lacan, toujours dans sa conférence du 19 juin 1968, après avoir indiqué que la science avait contribué à localiser la prophétie dans l'Autre, s'interroge: «II s'agit de savoir où peut encore, au niveau du sujet, résider quelque chose qui serait de l'ordre de la prophétie », c'est-à-dire quelque chose qui démontrerait que la pente au (et du) discours universitaire a été contrée. De même que Lacan a promu la « contre analyse» faudrait-il évoquer un «contre enseignement»

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au discours universitaire? Peut-il être autre chose que le discours analytique?

4 - L'attaque des psychanalystes contre l'université: Concluons sur la critique émanent de psychanalystes eux-mêmes contre la psychanalyse à l'université. Que vise-t-elle ? Je ne crois plus qu'il s'agisse de s'en prendre à un lieu de rencontre des signifiants de la psychanalyse qui amène tel où tel à entreprendre une cure quelque fois justement chez l'un de ces détracteurs. Je ne crois pas non plus que soit portée atteinte à «l'intérêt de la psychanalyse pour de nombreuses disciplines» - l'intérêt que la première prend aux secondes comme l'intérêt que ces dernières portent à la première -, ainsi que Freud lui-même l'a souligné. Soit la critique tend à débarrasser le champ social du discours universitaire: il y va d'une position antinomique avec la théorie des discours. Forclore un discours revient de facto à rejeter une doctrine vérifiée à son terme logique par la formalisation du discours analytique, lequel trouve lui-même confirmation qu'il n'est pas un délire... avec la passe! Certes, nous rejoignons ma première remarque: la nécessité de l'Ecole (et du discours analytique) «à côté» de l'université. Surtout, une telle attaque du discours universitaire constitue de fait une attaque contre la psychanalyse! Soit la critique viserait le fait que la théorie des quatre discours ne rend plus compte du lien social contemporain. A dire vrai, cette critique a été amorcée par Lacan lui-même qui a « bricolé» le discours capitaliste comme un discours qui, tournant rond, rompt la bascule toujours possible d'un discours dans un autre, bascule dont il nous a appris qu'elle était solidaire de l'émergence de l'inconscient, de l'amour et du discours analytique lui-même! Ce discours capitaliste réussit à arrêter la bascule parce que justement il promet au sujet la restitution de la jouissance perdue à parler quand les autres discours se soutiennent de l'exclusion de ladite jouissance: le discours capitaliste promeut l'individu, solidaire de

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