//img.uscri.be/pth/15345dcdaa75a9c751c11dc3c87c14427ee983a8
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 8,59 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Indications à suivre dans le traitement moral de la folie

De
136 pages
La folie n'est pas une maladie ordinaire. Les causes qui la produisent appartiennent à un ordre étranger à la matière. Son déterminisme est psychique et le traitement moral est le seul qui ait une influence directe sur ses symptômes. Cet ouvrage est la dernière contribution de Leuret à ce qu'on a pu caractériser comme un "philanthropisme énergique". Il s'agit de l'ultime "défense et illustration" de ses méthodes.
Voir plus Voir moins

INDICATIONS A SUIVRE DANS LE TRAITEMENT DE LA FOLIE MORAL

Collection Psychanalyse et Civilisations Série Trouvailles et Retrouvailles dirigée par Jacques Chazaud

Renouer avec les grandes oeuvres, les grands thèmes, les grands moments, les grands débats de la Psychopathologie, de la Psychologie, de la Psychanalyse, telle est la finalité de cette série qui entend maintenir l'exigence de préserver, dans ces provinces de la Culture et des Sciences Humaines, la trace des origines. Mais place sera également donnée à des Essais montrant, dans leur perspective historique, l'impact d'ouverture et le potentiel de développement des grandes doctrines qui, pour faire date, continuent de nous faire signe et nous donnent la ressource nécessaire pour affronter les problèmes présents et à venir.

Dernières parutions
Au-delà du rationalisme morbide, Eugène MINKOWSKI, 997. 1 Des idées de Jackson à un modèle organo-dynamique en psychiatrie, Henri EY, 1997. Du délire des négations aux idées d'énormité, J. COTARD, . CAMUSET, M J. SEGLAS,1997. Modèles de normalité et psychopathologie, Daniel ZAGURY,1998. De la folie à deux à l'hystérie et autres états, Ch. LASEGUE,1998. Leçons cliniques sur la démence précoce et la psychose maniacodépressive, C. KRAEPELIN, 998. 1 Les névroses. De la clinique à la thérapeutique, A.HESNARD,1998. L'image de notre corps, 1. LHERMITTE, 998. 1 L'hystérie, Jean-Martin CHARCOT,1998.

Première édition: Librairie V. Le Normant, 1846.
@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6663-X

François Leuret

INDICATIONS A SUIVRE DANS LE TRAITEMENT MORAL DE LA FOLIE

Préface de Pierre Morel

Mémoire lu à l'Académie royale de Médecine, le 2 décembre 1845

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique
75005 Paris

- FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Collection Psychanalyse et Civilisations dirigée par Jean Nadal
Dernières parutions
Une étude psychanalytique de la figure du ravissement dans l'oeuvre de Marguerite Duras. Naissance d'une oeuvre, origine d'un style,
S. FERRIERES-PESTUREAU.

Le style, structure et symptôme, B. STEINER G. MORALÈS et (dir.) Génétique et temporalité, Anne Joos DE TER BEEST. L'antimanagement. Psychanalyse de la violence dans l'entreprise, Loïck ROCHE. Un autisme qui se dit...Fantôme mélancolique, Jacqueline LÉGER. Sortir de la croyance, Xavier AUDOUARD. L'espace africain. Double regard d'un psychanalyste occidental et d'un dramaturge africain. CLAUDE BRODEUR.. Bisexualité et littérature. Autour de D.H. Lawrence et de Virginia Woolf,
FRÉDÉRIC MONNEYRON.

De la culture à la pulsion, Joel BIRMAN. Les névroses toxiques et traumatiques, DAVID MALDAVSKY.

Portrait extrait d'un article de J.F. Noel dans les Annales médicales de Nancy et de l'Est.
(Tous droits réservés)

..A; e;/6on.u(.#r
LE GOllTE

HERVÉ
Membre

DE KERGORLAY,

dI1 Coosei SOOéral des h4pilaux. et IIoslIices civils do PaI'Ù

BOMI\GE

DE RECONNAISSANCE
em"ers. les. aJiépés (le Bic~tl'c

f"our son active sotHciklde

l'lacés soue sa protection, el pour l'appui hien\'ei1lanl qu'il {Ienne à loult'S les mesures propres à rendre Cacile el clf... OICe, dans cet. hospire, le t.railcm.ent moral de la. (.QUe.

I.EURET.

PRÉFACE
FRANÇOIS LEURET, UNE VICTIME DU TRAITEMENT MORAL. PLAIDOYER POUR UN MAL AIMÉ.

J'ai lu Monsieur Leuret, le sage de Bicêtre Et je n'ignore pas qu'un poète est un fou. Victor Hugo. La légende
des Siècles,

1874

Bien mauvaise réputation que celle de ce fils d'un boulanger de Nancy, dont l' œuvre, partagée entre l'anatomie, la médecine légale, l' hygiène et la psychiatrie ne demeure en mémoire que par ce qu'elle a eu de plus contesté, le mauvais usage du traitement moral. Encore faudrait-il examiner attendus de ce jugement. de plus près les

n
Les débuts de Leuret furent difficiles: troisième garçon d'une famille de six enfants, il naît le 30 décembre 1797. Alors que la mère, femme bienveillante malheureusement disparue quand il était encore adolescent, souhaiterait que ses fils reçoivent de l'instruction, le père autoritaire et rigide n'a que mépris pour les études. Un malheur familial allait pourtant avoir une heureuse conséquence: en ces temps aussi belliqueux que napoléoniens, Laurent le second fils qui avait échappé à l'ambiance familiale grâce à un emploi d'aide chirurgien-major dans la marine trouve la mort en 1814. Ce deuil a-t-il fléchi l'obstination du père? On peut l'imaginer. Toujours est-il qu'il ne s'oppose pas à l'entrée du jeune François à l'école de Médecine de Nancy, après un bref passage au séminaire qui n'avait pas éveillé en lui de vocation pour le sacerdoce. Il le laisse même en 1816 monter à Paris avant de lui couper définitivement les vivres un an plus tard. Pour subsister le jeune homme s'engage dans la Légion de la Meurthe qui tient garnison à Saint-Denis. Un fantassin ne craint pas la marche et on nous a conservé le souvenir d'un "petit soldat blanc toujours crotté" qui cheminait avec assiduité jusqu'à la Salpêtrière pour suivre "les leçons de Monsieur Esquirol". Il s' y liera aussi d'une indéfectible amitié avec Ulysse Trélat, son aîné de deux ans. L'année 1822 est faste. Leuret est déclaré inapte au métier des armes pour faiblesse de constitution et Athanase Royer-Collard, médecin-chef à Charenton lui procure dans son établissement un emploi d'externe bientôt transformé en poste d'interne. Le gîte et le couvert sont assurés, l'avenir peut commencer.

III Il se passionne pour l'anatomie. Il n'a que la Marne à traverser pour être à Maisons-Alfort et il en profite pour fréquenter l'Ecole Vétérinaire où il se livre à des travaux d'anatomie comparée et de physiologie, occasion de ses premières publications et sujet de sa thèse consacrée en 1826 aux Altérations du sang (dans le charbon expérimental chez le cheval). Le nouveau docteur s'installe à Nancy mais dès 1828 il est de retour à Paris. Etienne Georget, l'élève chéri d'Esquirol vient d'être emporté par la phtisie et grâce à l'intervention de l'ami Trélat, Leuret se voit confier la succession du "pauvre Georget" à la maison de santé d' Ivry et dans les fonctions de rédacteur en chef des Annales d'Hygiène publique et de Médecine légale créées depuis peu. Elles lui serviront de tribune pour défendre les idées nouvelles sur l'irresponsabilité pénale des aliénés et sur le rôle qu'ont à jouer les médecins experts. Sujet brftlant, fort controversé par les gens de Justice qui craignent sans doute d' y perdre leur clientèle, tel Elias Regnault, avocat et auteur en 1830 d'un livre Sur le degré de compétence des médecins dans les questions judiciaires relatives aux aliénations mentales dans lequel il fustige "les courtisans de l' humanité, qui prétendent honorer l' homme en faisant d'un crime une maladie et d'un meurtrier un fou". Leuret est désormais bien parisien. En 1832, le choléra s'abat sur la ville. Un an plus tôt il lui a consacré dans les Annales d'Hygiène publique un mémoire où il souligne l'incohérence des actions en temps d'épidémie et on le retrouve dans la Commission de salubrité du 12e arrondissement dit du Quartier Saint Marcel, quartier pauvre qui, dans un

N

Paris encore enserré dans l'enceinte des Fermiers Généraux, correspond aux parties nord du XIIIè et sud des Ve arrondissements actuels. Il est aussi médecin de l' hôpital de la Réserve, un de ces établissements improvisés dans l'urgence pour cause d'épidémie, pour lequel il obtient des subsides du Duc d'Orléans. En 1834 il prend la direction de la maison de santé du Gros Caillou, rue Saint Dominique - Saint Germain à quoi s'ajoute deux ans plus tard la charge d'un service à Bicêtre. Médecin des pauvres du XIIe arrondissement, il publie en 1836 une Note sur les indigents de la ville de Paris, suivie d'un Rapport sur les améliorations dont est susceptible le service médical dans le bureau de bienfaisance, fait au nom d'une Commission. Dans la même perspective il fait en 1838 un voyage d'étude en Allemagne et en Russie dont il rend compte dans une Notice sur quelques établissements de bienfaisance du Nord de l'Allemagne et de Saint Pétersbourg. Car, même si contrairement à Trélat, opposant farouche à la royauté qu'en 1835, il a fait élargir de la prison de Clairvaux où l'avaient conduit ses activités militantes, Leuret n'a jamais eu de véritable engagement politique, il s'inscrit comme beaucoup de médecins de l'époque dans le courant de la gauche libérale et témoignera tout au long de sa vie de son intérêt pour le paupérisme et ceux qu'il appelle des frères malheureux auxquels nul n'est assuré de ne pas ressembler un jour. Il n'est pas étonnant dans ces conditions qu'une mutuelle estime et une profonde amitié l'aient lié à "I a providence des pauvres", la légendaire sœur Rosalie de

v
la Communauté des Filles de la Charité, rue de l'Epée de Bois. Ces activités multiples n'ont pas pour autant émoussé son goftt pour les recherches anatomiques. En 1839 il publie le 1er tome de son Anatomie comparée du système nerveux dans ses rapports avec l'intelligence dont le titre même exprime les préoccupations de l'auteur. L'ouvrage est bien accueilli mais il n'aura malheureusement pas la satisfaction d'en voir la seconde partie qui ne paraîtra qu'en 1857, après sa mort, sous la signature de son élève et continuateur Gratiolet. Laissons la parole à Trélat. "Il rêvait son grand ouvrage sur le système nerveux, et consacrait ses jours et ses nuits à l'étude de son sujet par le scalpel, par la macération, par le dessèchement, par les agents chimiques, par l'eau, par le feu, à la vue simple et avec le recours au verre grossissant chez toutes les espèces vivantes qui couvrent le globe, depuis l'insecte jusqu'à la baleine et l'éléphant. Il avait fait, dans le cours des dernières années des économies qu'il employait toutes à se procurer des éléments de recherche; à acheter des animaux souvent fort cher, l'excellent microscope qui faisait sa joie lui avait coftté une grosse somme. Il écrivait dans les lointains climats pour qu'on lui procurât un cerveau de baleine, et parlait chaque jour du bonheur qu'il sentirait quand il verrait venir sa proie" (9). Car Leuret poursuit son rêve: classer les animaux en fonction de la complexité de leurs circonvolutions cérébrales, et en fonction de leur "intelligence" afin d'essayer d'établir une corrélation entre ces deux ordres de constatations.

VI

L'idée est dans l'air du temps. La psychiatrie naissante cherche déjà sa voie entre organicisme localisationniste et psycho genèse désincarnée. En 1821, Foville a publié ses Recherches sur la nature et le siège de la folie, l'année suivante, la thèse de Bayle a donné vigueur aux tenants de l'organogénèse en décrivant l'arachnitis chronique lésion particulière caractéristique d'une aliénation mentale particulière qui ne s'appelle pas encore paralysie générale et dont on ne connaît pas encore la nature syphilitique, Belhomme en 1834 a fait part de ses Considérations sur l'appréciation de la folie, sa localisation et son traitement. Parchappe en 1836 s'intéresse à l'influence du volume de la tête sur la puissance intellectuelle et aux altérations de l'encéphale dans l'aliénation mentale. La craniologie de Gall est à la mode. Leuret en 1825 a suivi l'enseignement de Spurzheim mais son esprit critique ne s'est pas longtemps accommodé d'une méthode qui "presque toujours a préféré la simple inspection au lieu d'employer le mètre et la balance dans un ordre de faits qui le comportaient si bien". Aussi, lui règle-til son compte en 1836 dans la Gazette médicale à l'occasion de la parution de l'édition française du Nouveau traité de phrénologie de George Combe et en retraçant avec ironie l' Histoire d'une tête phrénologique provenant de la collection de Gall. Mais ses propres recherches, pour rigoureuses qu'elles aient été, ne lui ont pas davantage permis de saisir les relations qui peuvent exister entre la configuration cérébrale et les fonctions instinctives, intellectuelles et morales dévolues à l'intellect.

Vil

Il devient dès lors illusoire pour lui de vouloir agir spécifiquement sur le cerveau pour soigner la folie: "Même si les facultés ne se manifestent jamais sans l'intermédiaire du système nerveux dont elles sont considérées comme un produit, une émantion, {...} la folie n'est pas comme une maladie ordinaire, caractérisée par des symptômes physiques, et les causes qui la produisent, quelquefois appréciables aux sens, appartiennent à un ordre de phénomènes complétement étranger aux lois générales de la matière" (4). On peut penser que ce constat négatif a contribué à renvoyer Leuret à une causalité psychique de la maladie mentale et à l'orienter dans le choix du Traitement moral "le seul qui ait une influence directe sur les symptômes de la folie" auquel, de 1834 à 1845 il consacrera huit publications, depuis les Fragments psychologiques sur la jolie jusqu'aux Indications à suivre dans le Traitement moral de la jolie, objet de la présente réédition et son ultime contribution car, à partir de 1847, la dégradation de son état de santé ne lui permettra plus guère d'activité. Le Traitement moral? Née dans le contexte philanthropique du siècle des Lumières au cours duquel apparaît toute une littérature sur le rôle des passions et sur la nécessité d'un abord "moral" (entendons psychologique) de la médecine de l'esprit, la chose est à la mode en cette première moitié du XIXe siècle. C'est avec Pinel et Esquirol que se précisent, et le concept, et les modalités de sa mise en œuvre qui aboutiront en 1838 à la création de l'Asile.