//img.uscri.be/pth/43e5aa8e06e0b24cf9970e49f9d383007567f9ab
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 14,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

sans DRM

Industrie 4.0

De
176 pages
Face aux enjeux de la numérisation de l'industrie et des évolutions des modèles d'affaire, comment les entreprises du Mittelstand s'arment-elles ou s'adaptent-elles ? Un nouvel écosystème numérique est-il en train de se structurer pour renouveler le leadership industriel du modèle allemand ? Au-delà de la dimension technologique de cette 4e révolution industrielle, ce livre illustre, exemples à l'appui, les nouvelles formes de coopération liées à la numérisation de l'industrie et identifie l'émergence d'une nouvelle économie des complémentarités entre entreprises. Celle-ci révèle la dimension désormais stratégique de la compétitivité relationnelle entre acteurs privés et publics. Nourri de l'expérience des chefs d'entreprises et des parties prenantes de l’écosystème allemand, ce livre nous donne de précieuses clés pour comprendre comment l'État allemand et les acteurs du terrain appréhendent le concept d'Industrie 4.0.
Voir plus Voir moins
Introduction : Industrie 4.0, le désir d’une révolution programmée
Le numérique ne connaît pas de frontières. Les méfiances, les résistances, voire les craintes mêlées d’agacement observables chez les chefs d’entreprise de part et d’autre du Rhin, non plus. Avec une différence néanmoins essentielle : Industrie 4.0 est passée en Allemagne dans le langage courant. Ce terme est même devenu incontournable pour signifier que l’entreprise a accompli son grand saut dans la quatrième révolution industrielle. Industrie 4.0 est devenue un symbole, un logo, un marqueur d’innovation auquel on se doit d’adhérer, car il est acquis outre-Rhin que le numérique fait actuellement muter la société.
Cela fait maintenant près de cinq ans que le projet Industrie 4.0 a été lancé en Allemagne. Une durée qui justifie un retour d’expérience en s’abstenant de juger s’il s’agit d’un slogan marketing ou d’une « vraie révolution industrielle ». Ce n’est pas le sujet. Il est beaucoup plus intéressant d’observer ce que cette dynamique Industrie 4.0 suscite chez les chefs d’entreprise et d’essayer de décrypter les prémisses de cette transformation, ce qu’elle laisse espérer, les questions qu’elle soulève et les enseignements qu’elle apporte.
L’Industrie 4.0 répond-elle à la peur de certains acteurs politiques et économiques de voir le leadership industriel allemand grignoté par les géants de l’internet ou à une opportunité unique de construire un nouvel imaginaire industriel dans une société prête à opérer sa mue numérique ?
Quelles sont les transformations induites par le numérique dans leMittelstand ?Comment ces changements se manifestent-ils ? Quelles stratégies suscitent-ils ? Comment cette révolution numérique amène-t-elle à configurer un nouvel espace industriel aux différentes échelles géographiques ?
En Allemagne comme en France, l’une des questions majeures autour de laquelle s’articulent de plus en plus les débats est l’impact du numérique sur l’emploi. La tentation idéologique est forte de rentrer dans l’opposition « pour ou contre les robots », mais les parties prenantes expérimentent outre-Rhin une autre voie : faire de l’avenir du travail une priorité politique et sociale et un champ d’expérimentation. Nous décryptons dans cet ouvrage les tenants et les aboutissants de cette approche, ainsi que les stratégies d’acteurs et leur inscription dans le territoire.
Nous n’avons pas été en quête de spectaculaire, mais davantage à l’écoute des hommes et des femmes acteurs et témoins de cette transformation Industrie 4.0. Une soixantaine d’interviews ont été menées depuis 2013 en Allemagne par le cabinet KOHLER Consulting & Coaching dont nous vous faisons partager ici les conclusions.
15
Introduction : Industrie 4.0,le désird’une révolution programmée
1
Industrie 4.0 : une utopie allemande ?
Dès l’origine, l’Industrie 4.0 se présente comme un rêve technologique : une application de l’internet des objets au monde des biens d’équipement. Le projet Industrie 4.0 vise ni plus ni moins à dessiner les contours d’une quatrième révolution industrielle portée par la vision d’une mise en réseau de tous les éléments du processus de production pour construire l’usine ultraconnectée 1 du futur, baptiséeintegrated industry,smart factoryou encoredigital factory .
La peur de perdre le leadership industriel
La force de l’Industrie 4.0 en Allemagne tient d’abord à la perception d’un sentiment d’urgence. L’Industrie 4.0 associe, de manière volontairement dra-matique, le rêve technologique et la peur de menaces susceptibles de faire vaciller le leadership industriel allemand. En 2010, un diagnostic des forces, risques, opportunités et menaces, établi par le ministère fédéral de l’Économie, 2 pointait trois sujets d’inquiétude : le ralentissement de la croissance et de l’investissement dans les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) équipés avec des machines au dernier stan-dard technique induisant une baisse de la demande pour les machines-outils allemandes ; la contestation du leadership allemand à l’international avec la montée en puissance des producteurs comme la Chine ou la Corée du Sud ; l’innovation dans leMittelstandqui reste très tournée vers l’innovation incré-mentale, ce qui rend ces entreprises vulnérables à des innovations de rupture.
Mais, bien vite, ces menaces vont être renforcées par l’irruption des géants de l’internet dans le jeu industriel. Des géants qui disposent de moyens considé-rables : la capitalisation d’entreprises comme Apple ou Google sont 5 à 6 fois supérieures à celles des premières capitalisations boursières des géants indus-triels allemands. En un seul jour, le 18 juillet 2015, la capitalisation boursière de Google flambait de 65 Mrd $, un montant peu éloigné des capitalisations de BMW ou de Volkswagen.
L’Industrie 4.0 va dès lors s’imposer comme une vision qui permet de trans-cender ces peurs et de donner un caractère offensif à une politique construite, dans un premier temps, sur une base défensive.
La vision qui sous-tend le projet Industrie 4.0 repose sur trois convictions : ;l’avenir économique de l’Allemagne passe par l’industrie la priorité est de conserver le positionnement de leader à l’international sur les marchés de biens d’équipement ; un enjeu vital pour le pays est donc d’anticiper l’impact que vont avoir les technologies de l’information sur les processus de production, afin de profiter pleinement des opportunités qu’elles offrent.
1 2
Pour avoir une vision comparative des programmes nationaux lancés dans le cadre de lasmart factory, le lecteur pourra utilement consulter les fiches pays, rédigées par Thibaut Bidet-Mayer de La Fabrique de l’industrie : Thibaut Bidet-Mayer (2016),L’industrie du Futur à travers le monde, Les synthèses de La Fabrique de l’industrie. Bundesministerium für Wirtschaft und Energie (2010),In focus – Germany as a Competitive Industry Nation, octobre, 36 p.
19
1 Industrie 4.0 : une utopieallemande ?
Il s’agit de s’appuyer sur les avantages compétitifs établis de l’industrie allemande (qualité, technologies liées aux produits, proximité avec le client…) pour faire évoluer l’industrie vers une production non standardisée avec un haut niveau de variabilité du produit et vers une plus grande intégration des produits et 3 des services liés aubusiness . Un enjeu central consiste à enclencher cette transformation technologique de l’industrie allemande en mobilisant les acteurs nationaux des technologies de l’information et des télécommunications.
La marche à monter est donc double : favoriser le développement d’une offre nationale liée aux équipements connectés de l’Industrie 4.0, la diffuser, mais également créer de nouveaux modèles d’affaires liés à l’exploitation des données d’usage.
4 Or, une étude menée en 2011 par l’Institut Fraunhofer pour l’économie du travail et l’organisation (Fraunhofer IAO) a dressé un constat alarmant : seul un quart des constructeurs allemands de machines-outils a élaboré une stratégie explicite de développement de services basés sur internet et seul un cinquième d’entre eux a un modèle d’affaires adapté.
Passer d’une perception de menace à la reconfiguration de son modèle d’affaires demande une révolution managériale. Ceci est d’autant plus difficile lorsque l’entreprise bénéficie d’une « rente de leader de niche », à l’instar de nombreux Mittelständler. Le numérique change la taille du terrain de jeu, bouscule les positions acquises et les approches conventionnelles duchange management.
Mais la peur fait son chemin face à cette poussée industrielle de l’internet et aux enjeux croissants de la digitalisation dans l’Industrie 4.0. La menace la plus souvent exprimée, l’épouvantail de chaque manifestation Industrie 4.0 o en Allemagne, est désormais Google, présenté comme le concurrent n 1.
Les industriels allemands craignent qu’à l’aune d’autres secteurs comme l’édi-tion ou l’hôtellerie, les géants de l’internet n’imposent une relation exclusive avec le client final au détriment des industrielsBusiness to consumer(B to C) etBusiness to business(B to B). Détenant l’accès aux données d’usage et des interfaces guidant le choix des consommateurs, ils seraient alors en position de force pour capter une part importante des marges opérationnelles «partout 5 où l’on peut dématérialiser ou réintermédier ».
« L’Europe court le danger que desonline playersvenant de l’étranger produisent une expérience utilisateur dans le domaine dufront endavec laquelle ils seraient en mesure de détourner la demande vers leurs terminaux et leurs bases de données. Par rapport à nous, les Américains et les Asiatiques sont beaucoup plus avancés dans le réseau et disposent d’un marché intérieur digital, à partir duquel ils peuvent se développer à l’international. Notre plus grand défi politique consiste à rester concurrentiels dans ce domaine. » Entretien KCC avec le Prof. Dr. Tobias Kollmann, délégué pour l’économie numérique du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie
3 Bundesministerium für Wirtschaft und Energie (2010),op. cit., p. 16. 4 Spath Dieter (dir.) (2011),Produktionsarbeit der Zukunft, Fraunhofer IAO, Fraunhofer Verlag, 155 p. 5 Bpifrance – Le Lab (2015),Le Numérique déroutant, p. 23-26.
20