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Innovation socioterritoriale et reconversion économique

De
170 pages
Ce livre porte un regard nouveau sur les espaces métropolitains, le cas de Montréal permettant de repérer les dynamiques, mécanismes et dispositifs qui amènent les collectivités à se convertir à la nouvelle économie et à mettre en place des trajectoires innovantes. Par des actions locales portées par des alliances territorialisées appartenant aux sphères privée, publique et sociale se construisent les bases d'un régime urbain qui confirment que l'innovation socio-territoriale joue un rôle fondamental dans le processus de reconversion.
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INNOVATION SOCIOTERRITORIALE RECONVER~ONÉCONOMIQUE: LE CAS DE MONTRÉAL

ET

GÉOGRAJP1H][IES EN Lm ERTÉ
sous la direction de Georges Benko
GÉOGRAPHIES EN LIBERTÉ est une collection internationale publiant des recherches et des réflexions dans le domaine de la géographie humaine, conçue dans un sens très large, intégrant l'ensemble des sciences sociales et humaines. Bâtie sur l'héritage des théories classiques de l'espace, la collection présentera aussi la restructuration de cette tradition par une nouvelle génération de théoriciens. Les auteurs des volumes sont des universitaires et des chercheurs, engagés dans des réflexions approfondies sur l'évolution théorique de ia discipline ou sur les méthodes susceptibles d'orienter les recherches et les pratiques. Les études empiriques, très documentées, illustrent la pertinence d'un cadre théorique original, ou démontrent la possibilité d'une mise en oeuvre politique. Les débats et les m1iculations entre les différentes branches des sciences sociales doivent être favorisés. Les ouvrages de cette collection témoignent de la diversité méthodologique et philosophique des sciences sociales. Leur cohérence est basée sur l'originalité et la qualité que la géographie humaine théorique peut offrir aujourd'hui en mettant en relation l'espace et la société.

Déjà parus;
15, La géographie comme genre de vie. Un itinéraire intellectuel P. CLAVAL, 1996 16. Du local au global C. DEMAZIÈRE, ed., 1996 17. Dynamiques territoriales et mutations économiques B. PECQUEUR, ed., 1996 18. Imaginaire, science et discipline O. SOUBEYRAN, 1997 19. La nature de l'espace M. SANTOS, 1997 20. Le nouvel ordre local J.-P. GARNIER,1999 21. Québec, forme d'établissement. Étude de géographie régionale structurale G. RITCHOT, 1999 22. Urbanisation et emploi. Suburbains au travail autour de Lyon M. VANIER, ed., 1999 23. Milieu, colonisation et développement durable V. BERDOULAY et O. SOUBEYRAN, eds., 2000 24. La géographie stnlcturale G. DESMARAIS et G. RITCHOT, 2000 25. Le défi urbain dans les pays du Sud M. ROCHEFORT, 2000 26. Villes et régions au Brésil L. C. DIAS et C. RAUD, eds., 2000 27. Lugares, d'un continent l'autre... S. OSTROWETSKY, ed., 2001 28. La territorialisation de l'enseignement supérieur et de la recherche. France, Espagne M. GROSSETTI et Ph. LOSEGO, eds., 2003 29. La géographie du XXI' siècle P. CLAVAL, 2003 30. Causalité et géographie P. CLAVAL, 2003 31. Autres vues d'Italie. Lectures géographiques d'un territoire C. VALLAT, ed., 2004 32. Vanoise, 40 ans de Parc national. Bilan et perspectives L. LASLAZ, 2004 33. Le commerce équitable. Quelles théories pour quelles pratiques? P. CARY, 2004 34. Innovation sociotenitoriale et reconversion économique: le cas de Montréal J.-M. FONTAN, J.-L. KLEIN, D.-G. TREMBLAY, 2005

et Portugal

INNOVA TION SOCIOTERRITORIALE ET RECONVERSION ÉCONOMIQUE:
LE CAS DE MONTRÉAL

Jean-Marc Fontan Juan-Luis Klein Diane-Gabrielle Tremblay

L'Harmattan 5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

L'Harmattan ltalia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino IT ALlE

HONGRIE

@ Couverture:

Claude Monet (1840-1926),

Coquelicots,

1873, (Huile sur toile, 0,50 X 0,65)

@ L'Harmattan, 2005 Paris, France. Tous droits réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, est interdite. Dépôt légal janvier 2005 ISBN: 2-7475-7454-7 ISSN: 1158-4lOX

EAN 978274757454-9

TABLES DES MATIERES

Remerciements

9

Introduction: L'innovation sociale au cœur du développement des territoires Reconversion économique et innovation socioterritoriale : les bases de l'analyse Le social au centre de la problématique de la reconversion Crise de régulation et transformation sociale Innovation sociale et développement métropolitain Portée innovatrice de l'action volontariste Un modèle montréalais ? La structure du livre

11 14 16 17 19 22 24 25

Chapitre 1. Innovation et collectivité locale dans le contexte de la métropolisation Des conceptions différentes du local L'action collective et la pression pour une gouvernance locale De la métropole à la gouvernance métropolitaine La métropolisation et la stratégie métropolitaine Nœuds locaux d'une économie globalisée

29 30 32 34 35 36

Chapitre 2. La mise en œuvre de l'innovation socioterritoriale L'innovation comme objet social L'innovation comme fait économique Le renouvellement du concept d'innovation sociale Les milieux innovateurs et l'effet de lieu L'innovation, un processus culturel multiforme et multidimensionnel

39 40 42 51 55 59

Chapitre 3. Évolution et partage de l'espace montréalais : cadrage socioéconomique L'évolution socioéconomique du Montréal métropolitain La reconversion de l'économie montréalaise Crise montréalaise et stratégies de reconversion

63 64 71 81

6

J.-M Fontan, J.-L Klein, D.-G Tremblay

La présence d'une stratégie communautaire ? La réforme administrative: la construction incertaine d'une « Mégacité » Reconversion socioéconomique : vers une nouvelle dynamique?

85 86 87

Chapitre 4. Les trajectoires de la reconversion métropolitaine: les ingrédients d'une économie plurielle Ville Saint-Laurent: une trajectoire induite par le marché La Cité du multimédia: l'action publique dans le sillon de l'action collective Le Technopôle Angus: l'effet économique de l'acteur communautaire Une reconversion à trajectoires multiples: vers un modèle d'économie plurielle?

91 93 III 129 147

Conclusion: Le capital socioterritorial économie plurielle

dans la mise en scène d'une 153

Références

161

Liste de tableaux Tableau 1 : Création nette annuelle d'emplois par rapport à l'année précédente par région métropolitaine de recensement au Québec, 1995-1999 (en milliers) Tableau 2 : Les régions métropolitaines canadiennes selon le taux de chômage, 2002 Tableau 3 : Ville de Montréal par arrondissement et données socioéconomiques selon le revenu moyen des familles, 2002 Tableau 4 : Indicateurs sociaux pour le Canada, le Québec et Montréal - 1996 Tableau 5 : Établissements et emplois manufacturiers à Ville Saint-Laurent par groupes selon le nombre d'emplois en 1998 Tableau 6 : L'importance des secteurs de haute technologie à Saint-Laurent en 1998 Tableau 7 : Les dix plus grandes firmes canadiennes œuvrant dans l'aéronautique dans la Région de Montréal. Localisation et nombre d'employés, 1998 Tableau 8: Les entreprises pharmaceutiques à Saint-Laurent selon leurs activités, 1998 Tableau 9 : Fabricants œuvrant dans les technologies de l'information et des communications à Ville Saint-Laurent, 1998 Tableau 10 : Entreprises de services œuvrant dans les technologies de l'information et des communications à Ville Saint-Laurent, 1998

75 77

78 80 96 97

98 101 104 105

Innovation

territoriale

et reconversion

économique

7

Tableau 11 : Forces et faiblesses du Faubourg des Récollets: diagnostic de la consultation Tableau 12: Mesures fiscales d'appui aux entreprises dans la Cité du multimédia Tableau 13 : Entreprises implantées ou en phase d'implantation au Technopôle Angus en juin 2004 Tableau 14 : Les partenaires de la Société de développement Angus Tableau 15 : Cas étudiés selon la catégorie d'analyse

124 î26 140 146 149

Liste des figures Figure 1 : Communauté métropolitaine gouvernance Figure 2 : Localisation des cas étudiés de Montréal: dispositifs de 89 92

Remerciements

La recherche dont s'inspire ce livre a été possible grâce à l'appui financier du Conseil des recherches en sciences humaines (CRSH) du Canada ainsi que du Fonds pour la formation des chercheurs et l'aide à la recherche (FCAR) du gouvernement du Québec (devenu le Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture, FQRSC). Nous tenons à remercier ces deux institutions. Nous soulignons aussi la collaboration de nos assistants et assistantes, notamment Serge Rousseau et Danielle Bordeleau, qui nous ont été d'un grand soutien. Nous remercions aussi Monique Herbeuval, qui a assuré la correction linguistique du manuscrit, Luce Proulx, qui s'est chargée de la mise en page, et Dominique Emond, qui a fait plusieurs lectures et apporté des commentaires, parfois déstabilisants, mais toujours enrichissants. Nous remercions enfin Georges Benko pour l'opportunité qu'il nous a offerte de publier ce livre dans la collection qu'il dirige (et pour la patience dont il a fait preuve dans l'attente de ce manuscrit!...).

INTRODUCTION

L'INNOVATION SOCIALEAU CŒUR DU DÉVELOPPEMENT DES TERRITOIRES

Ce livre présente les résultats d'un programme de recherche commencé en 1996 avec l'appui du Conseil des recherches en sciences humaines du Canada et du Fonds pour la formation des chercheurs et l'aide à la recherche du gouvernement du Québec. Ce programme vise à déterminer et à comprendre quelle est l'influence des facteurs d'innovation dans le processus de reconversion socioéconomique de l'espace métropolitain de Montréal. La période observée s'étend de
1980

à

2000.

Lorsque nous parlons de Montréal, nous nous référons à

l'agglomération urbaine dans son ensemble, c'est-à-dire la région métropolitaine. Comme on le verra, cette ville, jadis métropole canadienne, lutte aujourd'hui pour se tailler une place dans le concert des villes mondiales. Or, pendant la période étudiée, elle a traversé une crise profonde en ce qui concerne sa structure productive. Plus que par la crise, largement documentée par ailleurs, nous avons surtout été intéressés par les trajectoires innovantes que les acteurs socioéconomiques ont adoptées pour en sortir. Nous mettrons donc en lumière ces trajectoires telles qu'elles se présentent dans leurs territoires respectifs. Pour ce faire, nous avons combiné nos expertises et nos points de vue disciplinaires (la sociologie pour Fontan, la géographie pour Klein et l'économie pour Tremblay). Cette lecture multidisciplinaire de la reconversion montréalaise s'inscrit donc dans le paradigme de l'innovation. Nous avons eu recours à l'étude de documents, d'informations statistiques et d'analyses produites par d'autres auteurs. Mais, surtout, nous avons porté une attention toute particulière aux acteurs sociaux de la reconversion dans leurs

12

J.-M Fantan, J.-L Klein, D.-G Tremblay

territoires respectifs, que nous avons étudiés en profondeur sur le terrain. Ce livre rend compte partiellement des analyses que nous avons faites à partir d'entrevues, d'études de cas et de monographiesl. Dans cette aventure, différents collaborateurs et assistants se sont chargés de la recherche sur le terrain et de diverses étapes du traitement des données. Nous tenons à remercier particulièrement les doctorants Danielle Bordeleau et Serge Rousseau qui ont réalisé plusieurs monographies d'acteurs, ainsi que Carole Tardif qui a participé aux premières étapes de la recherche. Se sont également joints à notre équipe les étudiants de maîtrise Patrick Gingras et Diego Scalzo. Bien entendu, durant nos travaux, plusieurs publications ont été réalisées, dont certaines en collaboration avec nos assistants. Nous reprenons ici les parties révisées et mises à jour de certaines de ces publications sans le signaler de façon systématique afin de ne pas alourdir le texte (même si cela nous prive du plaisir de l'autocitation 1..). Notre période d'observation systématique a pris fin en 2000. Cela n'implique pas pour autant que le processus de reconversion s'arrête à cette date. Aussi avons-nous cru nécessaire de tenir compte de certains événements ultérieurs aussi bien en ce qui concerne la métropole dans son ensemble qu'en ce qui concerne les trajectoires particulières suivies dans les espaces observés. Un de ces événements concerne la

fusion des différentes villes de l'île de Montréal en

2002

comme

résultat d'une décision du gouvernement du Québec. Cette fusion est encore inachevée et son avenir est déjà compromis. Un référendum a eu lieu le 20 juin 2004 dans certaines villes fusionnées dans le but de consulter la population sur son désir de rester associées à la nouvelle ville ou de s'en « démembrer », c'est-à-dire retrouver le statut de ville autonome. Des anciennes villes fusionnées, 22 ont tenu des référendums, parmi lesquelles 15 ont opté pour le « démembrement ». Cependant, les plus importantes en termes démographiques demeurent rattachées à la nouvelle ville fusionnée. Mais cette saga n'est pas terminée. Un autre événement est lié aux modifications apportées aux politiques publiques provinciales d'appui au développement à la suite du changement de parti au pouvoir au Québec (au gouvernement provincial) en 2003. Il faut aussi signaler que la recherche empirique a
1

Nous avons fait une sélection de trois cas qui, selon nous, expriment bien les différents types de
types d'arrangement socioterritorial d'acteurs

trajectoire suivis par la reconversion, soit les principaux que nous avons détectés pendant la période étudiée.

Innovation

territoriale et reconversion

économique

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été réalisée avant la récession amorcée en 2001 et, surtout, avant les difficultés éprouvées par les entreprises liées à l'aéronautique et aux télécommunications (comme Nortel et Bombardier), dont le rôle a été crucial pour la reconversion montréalaise. Dans l'ensemble cependant, ces événements ne remettent pas en cause nos analyses et nos conclusions. Ils attestent plutôt qu'une étape du développement socioéconomique de Montréal est terminée et qu'une nouvelle phase s'amorce. En fait, nous croyons que, pendant la période étudiée, Montréal a été la scène d'un processus spécifique. Au travers de ses interrelations avec la réalité québécoise et des arrangements entre les acteurs locaux intra-urbains, un «modèle» a émergé, un «régime urbain» caractérisé par une coalition socioéconomique spécifique. Cette coalition est marquée par le fait que l'on est en présence d'une agglomération diversifiée sur les plans social et ethnique. Cette coalition est basée sur la participation conflictuelle et partenariale d'acteurs d'origines sociales diverses -acteur privé, acteur public et acteur social- qui se rejoignent dans des trajectoires innovatrices territorialisées, d'orientation différente mais non divergente. Il faut reconnaître néanmoins que ce modèle, dont les bases institutionnelles nous ont parues solides, est en train de se fragiliser. Le nouveau parti au pouvoir, le Parti libéral, élu en 2003, a en effet amorcé un processus de «réingénierie» de l'État. Il risque d'en résulter un changement dans les relations entre les acteurs socioéconomiques. D'une période de collaboration motivée par une identité territoriale partagée, on passe à une phase de confrontation où les syndicats et les organisations sociales défendent des acquis remis en question par une ré ingénierie d'inspiration néolibérale. Du coup, les diverses trajectoires étudiées, basées sur le partenariat, vont être affectées, voire infléchies. Ce qui démontre évidemment que le partenariat, même conflictuel, ne se conçoit que dans un cadre politique et que tout régime urbain, pour spécifique qu'il soit, s'insère dans un contexte plus global qui le conditionne. Car c'est dans ce cadre que les instances de pouvoir confèrent de l'importance à la participation, si du moins les divers acteurs convergent sur le plan idéologique. La force et la capacité innovatrice des acteurs sociaux pour conserver leur rôle de protagoniste du développement de Montréal vont donc être mises à l'épreuve.

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l.-M Fontan, J.-L Klein, D.-G Tremblay

Reconversion économique bases de l'analyse

et innovation

socioterritoriale:

les

L'objectif premier de ce livre est de porter un regard sur la reconversion économique des métropoles et d'expliquer la place et le rôle des acteurs sociaux dans la reconversion économique et le repositionnement de Montréal dans un contexte international marqué par la globalisation et la mondialisation. Nous étudions Montréal, dont nous avons observé l'évolution sur une période de près d'un quart de siècle. Il s'agit d'une période qui, aussi bien à Montréal que dans la province du Québec et dans l'ensemble canadien, débute par une profonde crise économique. C'est aussi une période de profonds changements en ce qui concerne les modes de gouvernance et les attitudes des acteurs socioéconomiques face au développement de leur collectivité. Cependant, nos objectifs dépassent les limites du cas de Montréal. Si nous étudions la métropole montréalaise, c'est pour repérer les dynamiques, mécanismes et dispositifs qui amènent les collectivités à se reconvertir et à mettre en place des trajectoires innovantes de reconversion. Quels sont les facteurs qui ont joué et jouent encore dans la revitalisation métropolitaine? Nous avançons l'hypothèse que l'innovation sociale joue un rôle fondamental dans le processus de reconversion, se combinant à, voire précédant d'autres formes d'innovation qui permettront la reconversion économique, notamment l'innovation technologique. Selon cette hypothèse, l'innovation sociale constitue un temps d'incubation incontournable pour la mise en place des conditions nécessaires à la mise en valeur des innovations technologiques. Pour étayer, voire vérifier cette hypothèse, nous mobilisons les acquis de trois courants, celui de «la nouvelle géographie socioéconomique », celui des «régimes urbains» et celui de « l'innovation sociale ». Ces trois courants, bien que pertinents pour l'analyse des enjeux de développement et de reconversion des collectivités territoriales, ont évolué de façon parallèle, avec des contacts sporadiques. Le courant de la « nouvelle géographie socioéconomique » est, au départ, largement inspiré par l'école de la régulation (Benko et Lipietz, 2000). Les travaux fondateurs sur la place du territoire dans les restructurations de l'espace économique fordiste (Storper et Scott, 1989), sur les districts industriels (Piore et Sabel, 1984) et sur les

Innovation

territoriale et reconversion

économique

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conventions qui président aux modes de développement industriel (Salais et Storper, 1993) ont mis en évidence le lien entre proximité territoriale et dynamisme économique dans un contexte de mondialisation. Ce lien a été affiné et nuancé par des analyses qui montrent que la proximité territoriale n'engendre pas automatiquement le développement et qu'elle doit se combiner à d'autres formes de proximité (relationnelle, institutionnelle, culturelle) (Grossetti, 2003; Dupuy et Burmeistrer, 2003; Tremblay, Klein, Fontan et Rousseau, 2003). Une perspective politique montre que ces relations de proximité placent les acteurs dans des situations stratégiques qui mettent en évidence l'appartenance territoriale commune des acteurs et qui inspirent des stratégies de gouvernance locale (Jouve, 2003), ce qui pose la question de l'échelle appropriée pour détecter et mettre de l'avant des convergences socioéconomiques structurantes (Markusen, 2000). Le deuxième courant où nous puisons notre inspiration est celui dit des « régimes urbains », lequel met au centre de l'analyse la question du pouvoir (Stone, 1989). Ce courant, né aux États-Unis dans les années 1980, visait à comprendre les restructurations des grandes villes, notamment celles du Nord-Est des États-Unis ( manufacturing belt), en réponse aux crises industrielles qui frappent cette région dès les années 1970 (Logan et Molotch, 1987). Le principal concept mobilisé par ce courant est celui de «coalition de croissance», considérée comme des réseaux formels et informels d'acteurs publics et privés (Stone, 1989; Mossberger et Stoker, 2001). Ce courant propose que la restructuration des économies urbaines dépend des « coalitions» que les acteurs privés et publics parviennent à constituer, ainsi que de la stabilité de ces coalitions. À partir de ces critères, Kantor, Savitch, et Haddock (1997) construisent une typologie qui tient compte de la position des villes et des métropoles par rapport au marché, des interrelations avec les institutions gouvernementales et des formes d'exercice de la démocratie. Ce qui mène à la constatation que, dans la plupart des cas -y compris des cas comme celui de la restructuration de Pittsburgh, un exemple souvent cité à cause de l'amplitude sociale de la coalition-, ce qui domine, c'est une coalition corporatiste et élitiste qui exclut, dès le départ ou en cours de route, les acteurs de la société civile (Deitrick, 1999), et qui met l'accent sur des équipements de prestige (Kresl, 2003). De cette approche, nous retenons la notion de coalition, que nous interprétons comme un agencement spécifique d'acteurs susceptibles de mobiliser des

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J.-M Fontan, J.-L Klein, D.-G Tremblay

ressources internes et externes. Comme ces coalitions peuvent être multiples dans une métropole, les différents agencements d'acteurs empruntent des trajectoires spécifiques et diversifiées. Le troisième courant dont nous nous inspirons est celui de « l'innovation sociale ». Ce dernier est moins structuré que le courant précédent. Nous nous référons aux auteurs qui abordent la transformation sociale à partir de ce que Norbert Alter (2000) appelle le « paradigme de l'innovation ». Plusieurs perspectives convergent dans ce paradigme (Mustar et Penan, 2003). Ce qui nous intéresse particulièrement dans ce paradigme, c'est qu'il insiste sur les processus innovants qui mettent en jeu des connaissances (Nelson et Winter, 1982). Ces connaissances évoluent dans un contexte réticulaire où des producteurs, des gestionnaires et des consommateurs adoptent des modalités innovatrices de mise en valeur des ressources locales (Callon, 1989). Les collectivités sont ainsi placées devant le défi de l'apprentissage (Wolfe, 2002). Différents auteurs ont montré que l'innovation prend place dans le contexte de systèmes territoriaux (nationaux, régionaux) où se combinent les interactions entre les entreprises (grappes, chaînes de valeur) et les institutions publiques (Pecqueur, 1996; Amable, Barré et Boyer, 1997; Niosi, 2002). Nous retenons l'idée de système territorial d'innovation, mais nous portons un regard particulier sur les acteurs sociaux, afin d'explorer la part des acteurs locaux, leur apprentissage collectif et la sédimentation de cet apprentissage dans la construction ascendante des systèmes d'innovation.

Le social au centre de la problématique de la reconversion
Nos trois sources d'inspiration théorique nous ont conduits à mettre l'accent sur les acteurs socioéconomiques et sur les processus qui les amènent à s'insérer dans des trajectoires innovatrices. Nous considérons que l'innovation sociale est centrale dans la reconversion socioéconomique d'une métropole. Elle peut émerger au sein de différents champs d'action, tant politique, économique que culturel. Elle peut aussi bien provenir de la sphère publique que de la sphère privée ou de la sphère sociale. Qu'importe son origine, elle amorce des trajectoires qui, en se combinant et en convergeant, contribuent à mobiliser le « capital socioterritorial » nécessaire à la reconversion. Selon notre approche, le capital socioterritorial désigne l'ensemble des

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ressources tangibles et intangibles, endogènes et exogènes, qu'une collectivité locale peut mobiliser afin d'assurer le mieux-être de ses citoyens. Ce capital -humain, social, culturel, économique, ethnique, etc.- peut être valorisé par divers types d'acteurs socioéconomiques, ce qui en fait un enjeu social et territorial majeur. Selon notre point de vue, une période de crise, comme celle traversée par Montréal dans les années 1980, constitue un moment privilégié pour observer les réponses apportées et mises en œuvre par les acteurs afin de mobiliser les actifs que comprend le capital socioterritorial pour la reconversion économique. Face aux acteurs qui privilégient l'immobilisme et considèrent qu'il n'y a qu'à attendre que les forces du marché fassent leur œuvre, certains acteurs optent pour une voie volontariste de reconversion économique. Ils mettent en place des outils pour identifier les facteurs de la crise et de la perte de valeur sociétale qui affecte en tout ou en partie l'évolution de la métropole, d'une partie de son territoire ou d'un secteur socioéconomique. La crise constitue pour eux une occasion d'innover, et c'est cela qui nous intéresse. Nous verrons que les actions volontaristes des acteurs urbains sont variées. Leur répertoire, dans le sens que Tilly (1984) donne à ce terme, inclut la volonté d'investir dans la création ou le développement d'entreprises, de s'engager dans des initiatives locales ou régionales de gouvernance, d'inventer des formes d'intervention nouvelles visant à contribuer au développement socioéconomique de la collectivité. De nombreuses études ont été réalisées sur la reconversion économique des métropoles, notamment au sujet de villes nordaméricaines (Logan et Molotch, 1987; Stone, 1989; Borja et Castells, 1997; Mossberger et Stoker, 2001). Ces travaux insistent particulièrement sur les mécanismes de gouvernance, sur les choix politiques des élites et sur la promotion internationale des métropoles. Tout en ayant ces facteurs présents à l'esprit, nous insisterons davantage sur les trajectoires locales, sur les acteurs sociaux, sur les intervenants à la base, ce qui nous amène à choisir la stratégie de l'étude de cas.

Crise de régulation et transformation

sociale

Dans les années 1980, Montréal traverse une crise profonde de sa structure productive qui se traduit par des réactions sociales