INSERTION DURABLE

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Plusieurs millions de personnes subissent les multiples formes de la rupture du lien social. Agir dans le champ de l’insertion aujourd’hui, c’est vouloir et c’est pouvoir améliorer le sort d’une infime frange de la population en détresse. Mais c’est aussi, pour les auteurs, s’interroger sur le sens de leur action, les enjeux qu’elle soulève. Entre courants urgentistes et accueil temporaires une alternative se fait jour dans les politiques de lutte contre les exclusions : L’insertion durable par le logement. Voici une réflexion sur ces expériences et les conceptions qu’elles sous-tendent.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296299306
Nombre de pages : 183
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HABITAT ALTERNATIF

SOCIAL

L'INSERTION DURABLE
Pratiques et conceptions

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest - Hongrie

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino - Italie

@ L'Harmattan,

2002

ISBN:

2-7475-3058-2

Une écriture collective de celles et ceux aui font HABITA T ALTERNATIF SOCIAL

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Rachid BELAOUANE, homme d'entretien, Pierre de BLANES, éducateur spécialisé, Elisabeth CARMIGNANI, comptable, Christine CHARNAY-HEITZLER, conseillère en économie sociale et familiale, Marie-Claude FOURNIER, éducatrice spécialisée, Akim GUELLIL, directeur pédagogique, Sylvie GUERLAIN, aide-comptable, Raouda KHARRAT ALA, secrétaire de direction, Monique LINOSSIER, directrice, Claude MARTIN, conseillère en économie sociale et familiale, Philippe POUZACHE, agent de maintenance,

Isabelle SCHIANO, éducatrice spécialisée,
Bruno STENGEL, travailleur social, Hervé SUE, éducateur spécialisé,

A vec la participation de : Michèle BENHAÏM, psychanalyste, . Jo DONATO, linguiste, . Yves QUlNIO, sociologue, . Pierre ROCHE, sociologue.

Avec nos chaleureux remerciements:
A tous les membres du Conseil d'Administration de l'Association, A toutes celles et tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué au succès de cette alternative, A nos proches et amis qui ont soutenu notre effort, aux 1500 hébergés qui nous ont fait confiance. ..

« nos actions agissent sur nous autant que nous agissons sur elles» (A. GIDE, Journal)

SOMMAIRE

Préface de Madame Danielle Mitterrand INTRODUCTION UNEASSOCIATION ENMOUVEMENT Genèse et naissance d'une idée La confrontation de l'idée à la réalité Création de l'association Encore des étapes à franchir, et d'autres à venir Investir le champ politique Ouvrir l'association aux hébergés AGIRPARLE LOGEMENT,POURQUOI? La fonction identitaire du logement Le temps nécessaire Le logement: outil ou finalité de l'action sociale? Des principes sous-tendus par une éthique
UNE HORLOGERIE FINE

13 17 23 24 25 26 27 28 28 31 32 36 38 42 51 52 58 63 66 77 79 83 89 91 91 94 97 99 103 125

Le processus de l'admission Les nouveaux critères d'admission Se préparer. .. emménager La boîte aux outils L'orientation en cours de prise en charge Le bail glissant LESBAILLEURS:UNPARTENARIAT FRAGILE UNTRAVAIL D'EQUIPE Un cadre horaire lié au rythme des ménages Des professionnels au profil. .. déterminé Prendre du recul pour mieux coordonner Evaluer, échanger pour améliorer, toujours... Au centre: le désir ON LEURAVAITDIT QU'ONVOULAITVIVRE,REVIVRE CONCLUSION

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POSTFACEdu Président d'HAS La nécessité pour le patronat de disposer d'une main d' œuvre disciplinée La société juge, classe et condamne et voudrait "éduquer" L'injonction à loger tout le monde: une pression dont la rationalité est d'ordre socio-économique Responsable mais pas coupable? L'émergence d'une idéologie de l'acteur La réalité des pratiques d'hébergement peut-elle rejoindre le principe éthique énoncé par la
loi AN"NEXE Besson?

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s . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143

Les principaux supports administratifs de l'association: I - Organisation du personnel 1 - Organigramme 2 - Fiches de poste de l'équipe II - Guide de l'accompagnement lié au bail glissant III - Outils institutionnels en direction des ménages

1 - Fiche d'Admission 2 - Contrat d'Hébergement 3 - Fiche Financière 4 - ContratPersonnaliséd'AccompagnementSocial 5 - Eléments à la signature du bail IV - Outils institutionnels à l'usage des travailleurs sociaux 1 - Fiche de diagnostic-bilan
2 - Fiches stratégiques

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AVIS AU LECTEUR

Ce texte est collectif. Il comporte à la fois des réflexions théoriques, des récits de pratiques professionnelles, une narration historique et un récit de vie.

Il est polymorphe. Le collectif qui l'a rédigé, l'a voulu ainsi. Il se présente au lecteur comme le compte-rendu d'une expérience et en emprunte l'inévitable foisonnement. C'est pour tenter de rendre à la fois la ténacité qu'il nous a fallu dans ce travail d'équipe et la subtilité des mécanismes de notre action, que nous avons utilisé toutes ces formes d'écriture.
Si la première intention qui a présidé à la naissance de ce texte vient bien d'une personne qui est la directrice d'RAS, cette intention trouve sa place dans une chaîne d'êtres humains qui, chacun à sa mesure, a apporté sa pierre à l'édifice.

Celle de Danielle Mitterrand n'est pas une pierre d'apparat, un bijou qui scintille. Elle a été, par son intervention au milieu de beaucoup d'autres, l'un des passeports qui a permis à RAS et à ce livre d'être autre chose qu'un projet. La clé de voûte de cet édifice c'est l'Equipe, travailleurs sociaux de droit ou de fait, qui la constitue. Nous entendons d'ores et déjà signifier par là que tous les salariés d'RAS ont un rôle essentiel dans l'effectuation de la mission de l'association et dans l'écriture de ce livre. Nous avons souhaité que ce livre soit un de nos outils d'appropriation de notre pratique en nous obligeant à analyser, conceptualiser et synthétiser notre singularité professionnelle pour que d'autres puissent s'en saisir.

Il

L'objet de ce livre est donc bien la transmission de ce que nous considérons comme étant une approche inédite du travail social dont nous tentons ici de montrer le fonctionnement et la composition dans sa complexité.

Si ce livre suscite quelques velléités d'entreprendre, il aura atteint son but.
Nous avons tenté d'en peser tous les mots et avons désormais la joie d'en assumer la responsabilité.

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Préface de Madame Danielle MITTERRAND

Habitat Alternatif Social Voilà qui est encourageant!
patience. ..

Il faut malgré tout être armé de

Nous sommes des millions en France à penser que la solidarité sociale avec les plus démunis, se recherche naturellement auprès de ceux qui croient en l'homme. Auprès de ceux qui n'excluent pas tout individu considéré "non rentable" parce qu'il a douté de sa condition humaine, et s'est abandonné au laisser faire, au laisser dire, au laisser aller désastreux qui le range parmi les « laissés pour compte». Auprès de ceux qui ne marginalisent pas leurs frères dans la détresse, et leur proposent les conditions librement consenties de reprise avec la société: un toit. Un chez-soi pour se regarder soimême et faire l'inventaire de ses richesses personnelles abandonnées.
Auprès de ceux qui croient en ces richesses enfouies et les mettront en valeur pour réanimer l'espoir. Auprès de ceux qui se sont organisés pour présenter un projet, il y a bien longtemps déjà, et ont fini par le réaliser à force de conviction, de persévérance, et de rencontres opportunes. C'est la "remise en jeu économique et sociale des jeunes, dont les capacités créatrices sont indispensables à notre société" selon Bertrand Schwartz.

Toutes les conditions étaient alors réunies: un gouvernement socialiste, une volonté politique prioritairement sociale, mais des instruments institutionnels trop fatigués par des décennies de conservatisme. 13

Avec patience, avec l'obstination de ceux qui veulent sortir de l'engrenage de la déchéance, créer autre chose, vivre autrement, apporter leur pierre à la construction d'une manière d'être plus conforme à leurs aspirations, le chantier s'est engagé. Aujourd'hui leurs travaux font l'objet d'un récit que je suis honorée de préfacer. Depuis bientôt vingt ans le monde a eu l'occasion de découvrir les milliers et millions d'initiatives qui ont mis en valeur les "actes citoyens" de nos congénères d'abord isolés, et de ce fait inconnus les uns des autres. En France HAS aura été pionnier; ses initiateurs auront engagé la résistance à la facilité du désespoir généré par la course au profit, par les serviteurs des profiteurs.
Du même pas, ils se sont manifestés ceux qui ont pris conscience du désastre qui se prépare malgré eux, et ils se réunissent pour faire pression sur leurs gouvernements.

Ah ! ces gouvernements qui se disent démocratiques, ne savent-ils pas que leur meilleur allié et soutien seront les peuples solidaires et non les multinationales et puissances fmancières mondiales?

Danielle MITTERRAND Présidente de France Libertés

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« L'utopie, c'est de croire que rien ne va changer » (ANONYME, du 20ème fin siècle)

INTRODUCTION

Voici une quinzaine d'années que nous luttons contre l'exclusion ou, si l'on veut, pour le retour des personnes en difficulté dans le droit commun. Le moment est propice pour faire le point sur nos pratiques professionnelles qui ont pour objectif l'accès à un véritable habitat, après une période de préparation et d'accompagnement. De faire le point sur ce qu'on appelle le bail glissantl. Dans cette perspective, tous les membres de l'équipe d'Habitat Alternatif Social (HAS), des personnels techniques aux personnels administratifs, des éducateurs aux cadres, ont participé à cette écriture. Tout d'abord, un chiffre vient témoigner de notre réussite: si nous faisons le compte sur une quinzaine d'années, plus d'un millier de personnes dans des situations précaires ont pu en effet accéder non seulement à un statut locatif de régime commun mais aussi à d'autres sphères de la vie sociale. Notre taux d'échec est très faible. Alors qu'un des lieux communs véhiculés par le secteur social, en quelque sorte sa doxa, est que l'échec est une de ses composantes. Il semble donc que notre expérience fonctionne parmi les nombreuses mesures de lutte contre l'exclusion, et ceci avec un coût relativement faible pour les pouvoirs publics. Surtout en regard d'autres outils plus liés à l'urgence, que l'on peut regrouper sous le vocable " hébergement", et qui souffrent de sérieux étranglements à leur sortie, lorsqu'il faudrait passer à un véritable habitat. Ce succès relatif de l'accompagnement que nous avons mis en place et la pérennisation de ce qui fut une innovation, le bail glissant, expliquent pourquoi nous avons pensé à diffuser très largement une philosophie et une expérience, en nous adressant autant aux milieux associatifs et professionnels concernés qu'aux pouvoirs publics. N'y aurait-il pas là des éléments qui pourraient être transposés dans d'autres situations géographiques? Mais la lutte contre certains facteurs d'exclusion ne saurait se limiter à une philosophie ou à des
1 Le bail glissant est un outil dont la mise en œuvre comporte trois temps: l'association recherche et loue en son nom le logement adapté qu'elle met à disposition du ménage (au sens INSEE du terme: "unité élémentaire de population" ), elle conduit un accompagnement entre six et dix huit mois selon les difficultés du ménage, pour finaliser cette action, le bail est transféré au nom du ménage, lui permettant ainsi l'accès au droit commun. 18

recettes. Avec la réussite, nous encourons le risque de figer des pratiques, ce qui peut in fine aller à l'encontre des intérêts des populations avec lesquelles nous travaillons. Certes, notre domaine d'exercice relève d'une action en faveur d'un changement social mais aussi du travail social. Or un des problèmes de ce secteur est bien celui des limites, pas seulement budgétaires mais bien imaginaires. Suffit-il en effet, au regard de l'évolution des conceptions de la citoyenneté, de parier sur le potentiel de ceux que nous accompagnons un moment? Peut-on concevoir une participation active des usagers ou d'anciens usagers à la marche de l'association? Pour l'instant, l'association se compose d'un conseil d'administration, d'une directrice, d'un directeur pédagogique et de deux équipes de terrain. Aucun ancien usager n'y participe. Nous pouvons, certes, essayer de trouver les raisons d'une certaine spécificité, par exemple dans la réelle vie d'équipe ou dans le besoin de produire un peu plus que ce que nous sommes censés faire, mais les" clôtures" du secteur ne se font pas moins sentir. D'autre part, dans le travail de terrain, beaucoup de temps et d'intérêts sont investis dans le relationnel mais le rapport à l'écrit est en fait trop limité, qu'il soit administratif ou institutionnel. On sait par ailleurs que la rédaction de projets ou bilans doit peu ou prou obéir à certains canons. A cela s'ajoutent les effets de notre propre formation ou de nos parcours, certes facteurs de richesse mais également de clôture. Ainsi, le souci d'objectivation nous a poussés à mettre en avant des éléments très subjectifs de notre rapport à la réalité et à faire appel à des regards parfois plus psychologiques, plus sociologiques ou politiques. Ce sont autant de contrepoints qui complètent le projet initial et permettent de s'interroger sur les modalités de l'extension du bail glissant dans la panoplie des outils de la politique sociale nationale, sinon européenne. L'association s'est constituée en 1982 sous le sigle HAS, Habitat Alternatif Social. Chaque mot de ce sigle résonnait fortement. Habitat plutôt qu'Hébergement pour insister sur le fait de s'investir, de se projeter, de donner de la signification à son existence. L'habitat est un lieu d'enracinement et d'identité personnelle et 19

familiale. Habitat parce que sont pensés l'acte d'habiter et les modalités qui en découlent, comme fondement du politique. Est ou devient citoyen(ne) celui ou celle qui habite la cité. En ce sens, non seulement l'habitat transversalise la totalité des domaines de l'individu mais il réalise concrètement la position du citoyen et son actualité historique. L'adjectif Alternatif était inspiré par les années 70. Il témoignait de la volonté de créer autre chose, de faire autrement, d'imaginer une autre façon d'être, d'humaniser tous les processus, de replacer l'humain au centre de toutes les actions, de privilégier l'accueil, tant du public, par des locaux chatoyants et habités, que du personnel par la mise à disposition notamment de bureaux individuels. Et comme l'accès dans un logement de droit commun était déjà difficile dans les années 80, il aggravait de fait les problématiques des ménages démunis. Il s'agissait donc de proposer une alternative, c'est-à-dire de leur ouvrir des possibilités nouvelles au travers d'étapes liées à leurs rythmes individuels. C'était aussi moduler le logement au regard des ressources précaires et de la composition familiale. A titre d'exemple, si un couple que nous hébergions dans un T2 se séparait, nous pouvions alors proposer à chacun d'entre eux un Tl. A l'époque, c'était déjà une façon de dire "non" au prescrit, à l'étiquetage, au subi et au renoncement. Et alternatif aussi, parce que les politiques urbaines ont classiquement pour seule vocation les prises en compte administratives et techniques relatives au logement. Elles s'affranchissent de l'idée même de la question du désir, du plaisir à être et à vivre. Alternatif, enfin, parce que l'action est conçue dans sa forme la plus révélatrice des réalités subjectives: accompagner n'est pas inculquer la bonne marche du système, c'est surtout permettre de comprendre et d'articuler la place du citoyen dans la cité. En outre, c'est donner la garantie que cette place conquise, parfois avec difficulté, pourra l'être dans la durée. Et Social afin de faire le lien, un pont entre les logés et les mal logés. Il y a là un choix assumé, celui de s'intéresser à une population" défavorisée ". Social parce que les logiques économiques traditionnelles s'opposent à la reconnaissance des sujets "non capitalisables". L'intervention conduite par HAS 20

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