Intelligence territoriale

De
Publié par

Au-delà de l'affrontement économique mondial, notre siècle témoigne d'une autre guerre : celle de l'information. Quelle sera l'étendu des champs d'informations accessibles par l'acteur territorial ? Pourquoi le développement local est-il une organisation à construire par de l'information ? En quoi l'intelligence territoriale peut-elle devenir un outil d'anticipation des ruptures affectant le territoire ? Point de gouvernance sans conduire une nécessaire évolution de culture des organisations qui fera de l'environnement local un territoire "apprenant".
Publié le : dimanche 1 avril 2007
Lecture(s) : 51
EAN13 : 9782296170018
Nombre de pages : 191
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Philippe Herbaux

Intelligence territoriale
Repères théoriques

L'Harmattan

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Dernières parutions Henri GUNSBERG, Une démocratie en trompe-l'œil, 2007. Bruno PÉQUIGNOT, La question des œuvres en sociologie des arts et de la culture, 2007. Olivier PINOT de VILLECHENON, Pourquoi changer la vme République ?, 2007. Delphine FRANÇOIS-PHILIP BOISSEROLLES DE ST JULIEN, Cadre juridique et conséquences humaines d'un plan social, 2007. Clément DESBOS, La gauche plurielle à l'épreuve de la mondialisation,2007. Eric SOMMIER, Essai sur la mode dans les sociétés modernes, 2007. Guy CARO, De l'alcoolisme au savoir - boire, 2007. Richard SITBON, Une réponse juive à l'anarcho-capitalisme, Judéo-économie, 2007 David SADOULET, La coopération au développement en France. Réforme et modernisation de l'État, 2006 Sylvie TROSA, Pour un management post bureaucratique, 2006 Jean LAURAIN, Du partage, 2006. Francis JAUREGUffiERRY, Question nationale et mouvements sociaux en Pays Basque sud, 2006. Gérard NAMER, Réinventer en France les principes d'une nouvelle démocratie « solidariste », 2006. Roger VICOT, Pour une sécurité de gauche, 2006.

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-02995-8 EAN : 9782296029958

« La solidarité vécue est la seule chose qui permette l'accroissement de la complexité». Edgar Morin Introduction à la pensée complexe, Seuil, 1990.

1. INTRODUCTION

1.1 GÉRER LA COMPLEXITÉ
En ce début du XXIe siècle, la reconnaissance de l'État pour les tenitoires à forte imprégnation culturelle ou sociale est notoire; elle permet à ceux-ci de retrouver leurs points d'ancrage naturel dans le concept tenitorial de «pays ». A la nation, disait Renan « qui n'est pas qu'un héritage de gloire et de regrets à partager », le pays reconquiert son caractère inducteur du futur à construire. Porté par les Lois de décentralisation LOADDT1 et notamment celle du 25 juin 1999, le pays est un espace présentant une cohésion géographique, historique, culturelle, économique et sociale. Ce concept réaffirmé réclame des acteurs du local un investissement certain dans le partage d'un dessein que l'on souhaite accompagné par le plus grand nombre. Les acteurs locaux impliqués veillent ainsi à établir ou à conforter un environnement préservé des soubresauts de la mondialisation. Or celle-ci est un fait qui agit sur le local; le brouhaha exponentiel des informations et signes obscurcit l'horizon du projet territorial; il en rend la lecture et l'interprétation problématiques. La volatilité des projets et les changements brutaux des repères fondamentaux au sein du lieu de vie, créent un lieu de doute où tout un chacun s'interroge sur la nature de l'héritage symbolique qu'il veut défendre. Au sein du territoire, l'information est un vecteur à retombée médiologique; l'information fuse et bondit, change de braquet, hoquette et se meurt; elle renaît parfois au détour d'un échange « pour se travestir en un signe, un indice ou un symbole» Barthes (1992). Elle enfle le plus souvent dans les bouches, les radios, les journaux ou internet en nous imposant des vérités qu'elle prétend et en nous aveuglant parfois des

1 LOADDT: Lois d'Orientation pour l'Aménagement et le Développement Durable du Territoire (portées par les ministres successifs Chevènement, Gayssot, Voynet).

rumeurs qu'elle répand. Les décideurs du local, élus ou responsables d'organisation ont quelque peine, pour alimenter une réflexion politique, économique ou sociale, à traiter ce flux exponentiel d'informations. Chacun cherche, dans le conseil de l'autre, l'avertissement salutaire qui préviendra la tempête en s'essayant dans le même temps à jouer les devins d'un avenir complexe et incertain. Le recueil, le traitement puis la mise en perspective des informations du territoire sortent du registre unique d'une compétence individuelle pour bénéficier d'un regard systémique et mutualisé. La «matière information» devient le substrat d'un projet collectif, engendré et partagé par tous ses acteurs lors des processus de communication engagés; elle est le vecteur d'un changement de culture. Ainsi, dans les nouveaux paradigmes des Sciences de l'Information et de la Communication avancés par Le Coadic (2005), celui-ci met en évidence trois révolutions : . Le temps de la production de l'information; . le temps de la communication; . Le temps de l'usage de l'information. Ces évolutions enrichissent le paradigme orienté documentaliste vers un paradigme orienté usager, font évoluer également la gestion de stock d'informations vers une gestion des flux d'informations et enfm, transforment la gestion des savoirs individuels en gestion des savoirs collectifs. Cette nouvelle posture paradigmatique orientée vers les usagers, flux et savoirs collectifs - fonde alors de nouvelles voies de recherche participant à cerner les nouveaux contours du complexe territorial. Le territoire se doit de prendre en compte ces évolutions de flux communicants pour mieux servir le modèle qu'il souhaite promouvoir.

14

1.2 PLAN
Cet ouvrage comprend deux parties qui vont intéresser, en premier lieu, les points d'ancrage théoriques d'un volet d'études «communication et territoire », puis repérer dans la deuxième partie quelques objets constitutifs des pays au travers de leurs dernières évolutions. Il ne s'agit pas ici de donner une «recette» au lecteur mais plutôt de l'accompagner dans une découverte de l'objet information appliqué au territoire. Partie 1 Au delà du champ privilégié des Sciences de l'Information et de la Communication, substrats de cette démarche de recherche, cette première partie tente d'explorer les champs paradigmatiques qui nourriront notre réflexion sur le concept de territoire et de ses flux communicants. Nous tenterons de cerner le concept de territoire sur un ensemble de paradigmes géographiques (Vidal de la Blache, Frémont), informationnels (Barthes, Hall, Peirce, Shannon), philosophiques (Gauchet) mais aussi sur d'autres apports d'auteurs philosophes ou logiciens intéressés aux problématiques de l'information (Rogers, Hagerstrand, Prigogine). Nous aborderons la notion d'échange communicant sur la base des principes de Watzlawick (1991) et les recommandations de Barthes (1973) sur le sens du signe et de sa charge symbolique. Nous relèverons ce qui donne corps à cette transmission d'information et qui en constitue l'épaisseur demandée par le récepteur dans la transmission des connaissances. Nous ferons un parallèle avec le territoire dans ses usages communicants et nous nous appuierons sur les travaux de Bertacchini (2000, 2003, 2004) pour éclairer les dimensions multiples du territoire. Ensuite, nous verrons en quoi la relation asymétrique de l'échange porte en germe la semence de l'affrontement; ce qui nous a enclins à revisiter Sun Tsu (Ve s. avoJ.C.) et Clausewitz (1832). Sur l'articulation du territoire (dans ses dimensions spatiales et symboliques) et ses champs d'informations à traiter, nous avons privilégié un travail de conjonction sur la mise en œuvre en parallèle, de trois sys-

15

tèmes - information, opérationnel et décision - qui fondent notre approche globale à la lumière des apports des auteurs originaux (Bachelard, Piaget) et de la définition de Sfez (1999) sur le constructivisme2. Un bref regard sur la notion de médiologie défendue par Régis Debray (2001) et Daniel Bougnoux (2001) nous instruira de ce nouveau champ d'études dont on essayera de percevoir en quoi il peut intéresser l'environnement local et agir sur les savoirs. La notion d'intelligence territoriale sera examinée dans ses fondements historiques et dans sa parentèle méthodologique avec les démarches d'intelligence économique; nous repérerons également ses effets dans un schéma de mutualisation de l'information au sein du territoire et les limites qu'il faut en attendre. Nous expliquerons alors, par une requalification du schéma de Degoul (2001) comment le traitement du signe impose une mutualisation des échanges au sein des organisations pour aboutir à l'établissement de conj ectures circonstanciées.

2

« Le constructivisme est la construction du réel existant et connaissable par ses observateurs qui sont en même temps, ses constructeurs ou modélisateurs », Sfez (1999).

16

Partie 2 La deuxième partie sera plus particulièrement consacrée au territoire dans son rapport à l'information; il sera parcouru avec le lecteur dans ses différents aspects macro-économiques et symboliques. Dans l'environnement d'incertitudes lié au «jeu de Janus» de l'acteurobservateur, nous avons eu recours à quelques appuis fondés sur les propositions de Major et Golay (1998). Nous en proposerons une clé de lecture par une adaptation simplifiée du modèle de Schwarz (1995) dit «modèle de Neuchâtel» dont nous ne prétendrons pas ici développer la perspective. Le territoire, support de nos travaux, sera analysé dans le bouleversement des lois de décentralisation (dites Voynet) et dans l'avènement des pays. Les nouvelles problématiques portées par le local seront énoncées dans le trouble offert par la mondialisation et ses effets encore imprévisibles. La notion même de pays supporte le concept de gouvernance dont nous développerons l'historique et, avec Wolton, (1993) quelques points d'appui dans l'esprit de la Loi. Aborder les problématiques du pays impose de porter un regard distant sur l'environnement; nous verrons en quoi le morcellement des pays et leur articulation avec les contractualisations État-Région restent précaires dans un pré-carré où seule la voie consultative émerge. Le modèle de convergence prônée en Europe résistera-t-il aux exigences d'une concurrence inter-État? Malheureusement dans ce cas, un modèle d'intelligence territoriale élitiste sera à encourager pour espérer défendre le projet partagé. Dans le jeu d'établissement d'un développement durable, les territoires sont en premier lieu concernés par la gestion des ressources. Nous examinerons l'effet d'agence3 créé par l'État et l'Europe s'immisçant dans le j eu territoire-entreprise et créant parfois des effets pervers; à savoir, l'imposition de règles qui aboutissent à un lissage des normes et procédures, modifiant subrepticement la culture du local. Dans la promotion de nouveaux pôles de compétitivité et la concentration des populations maintenant devenue «rurbaine », nous verrons en quoi le territoire peut orienter la gestion de son information et la capitalisation de ses connaissances. En nous appuyant sur les travaux de Kherdjemil (1998), il nous importait de situer le rapport du local au
3

Effet d'agence: état où l'on est bénéficiaire et prescripteur.

17

global dans le système de mondialisation des échanges et de mieux appréhender ce qu'il nomme: « la déterritorialisation ». Enfm, dans la question des TIC agissant dans une réduction du facteur temps, nous examinerons le rôle effectif du développement des TIC et des transformations sociétales dont elles sont la cause. Par une adaptation de cette démarche ontologique au sein du local, nous verrons en quoi le processus synaptique d'échanges sert le territoire et le transforme progressivement en organisation apprenante.

18

PARTIE 1 Information, communication et construction de la connaissance

2. TERRITOIRE,

RISQUE ET INFORMATION

2.1 INTRODUCTION
Bénéficiant des apports de disciplines aussi diverses que la philosophie, la psychologie, la sociologie, l'ethnologie, l'économie, la cybernétique ou les sciences cognitives, le champ des sciences de la communication est défmi à l'intérieur du domaine des sciences sociales. L'objet en lui-même intéresse les principes de la communication en général et prend en compte les aspects du communicationnel à l'œuvre dans « les rapports sociaux, l'organisation du travail, les pratiques culturelles ou le fonctionnement politique» (Moeglin, 1996). Ainsi, le processus et son résultat s'inscrivent de façon générale dans l'établissement d'une relation avec autrui. Cette défmition peut être étendue du champ de la communication interpersonnelle à celui de toutes les formes ou modalités qui contribuent à la construction du lien social. L'incertitude sémantique accompagne l'usage d'un terme aux emplois variés et parfois inflationnistes quand elle s'étend aux pratiques sociales des champs d'activités professionnelles d'une part et d'autre part, dans une séparation méthodologique du champ en communication interindividuelle (Ecole de Palo Alto, la pragmatique, l'analyse transactionnelle, également l'analyse conversationnelle). Cette incertitude est d'autant plus sensible que le concept de communication est, le plus souvent, simplement identifié à une technique. Avec la décentralisation en France et l'émergence des TIC, les connaissances réunies autant que les nouveaux questionnements sur le territoire demandent qu'une approche épistémologique large nourrisse le thème de recherche afm qu'il permette de rendre compte de sa «complexité». Il est hors de portée de nos travaux de rapprocher tous les savoirs acquis dans l'ensemble des disciplines en ce qui concerne le territoire mais d'essayer de rapporter les principaux paradigmes pluridisciplinaires qui s'y rapportent. Par pluridisciplinarité, nous comprenons l'étude

d'un objet d'une seule et même discipline par plusieurs disciplines à la fois4. Sa fmalité est la compréhension de l'objet d'étude dans le monde présent; l'un de ses impératifs est l'unité de la connaissance. La pluridisciplinarité ne recherche pas la maîtrise de plusieurs disciplines, mais l'ouverture de toutes les disciplines à ce qui les traverse et les dépasse dans l'étude d'un objet unique. En bref, «un discours multidimensionnel non totalitaire, théorique mais non doctrinal» (Morin 2000). Il s'agit cependant de «donner à penser» à partir de quelques points de vue théoriques pour tenter de multiplier les occasions de comparaison. Le monde de la recherche médicale est maintenant acquis à cette modalité qui constitue, notamment dans le milieu des oncologues, une condition de bonne pratique. Avant que de questionner la littérature sur ce sujet, il nous semble nécessaire de rappeler quelques étapes du concept de développement local et d'accompagner ainsi le lecteur sur les diverses sentes épistémologiques qui l'irriguent. Si l'intelligence territoriale ne peut revendiquer le statut de science en elle-même, son étude s'appuie sur des champs scientifiques effectifs: sciences humaines, géographiques, économiques ou encore et de façon subreptice, sur les sciences mathématiques quand elle s'intéresse aux algorithmes logiciels. Sur le terreau des sciences de l'information et de la communication nous rechercherons à approcher différentes dimensions du territoire au travers de ses états géographique, culturel, virtuel ou informationnel dans toutes ses conditions: formelle, formatée, DISTIC, ou encore dans la culture de ses organisations et dans leurs évolutions (gouvemance, management par proj et, intelligence territoriale). Ce cheminement épistémologique essaiera ainsi d'établir les pilotis d'une recherche sur les relations du territoire dans son environnement informatif et tentera de répondre notamment au pourquoi? et au comment? d'un système d'information mutualisé au sein des organisations et du territoire.

Dans les sciences de l'information et de la communication, les apports des sciences sociales sont particulièrement présents (sociologie, psychologie, philosophie des sciences, sciences du langage etc.).

4

22

2.2 LE TERRITOIRE DANS LE SILLON DE LA COMPLEXITÉ

2.2.1 LE TERRITOIRE: UN ESPACE 2.2.1.1 Un paradigme antique, une notion moderne Le monde habité interroge la culture grecque antique dans son environnement ethnocentré, c'est-à-dire dans la partie orientale du monde méditerranéen. De l'oikoumène, la géographie antique occidentale est ainsi de fondation grecque dans sa langue et aussi dans sa problématique (oikos : demeure, oiken : habiter, oikoumené : terre habitée). La représentation de ce monde est liée avant tout à la terre habitée par les Grecs, dispersée jusqu'aux confms de ses marges hantées par des « créatures ». La sédentarité, l'institution de la cité sont des attributs de la manière grecque d'habiter humainement la terre; c'est ce qui les distingue des non grecs, « barbares et exotiques». Le point de vue géographique se confond ici avec le point de vue ethnographique par un classement mêlant autant les peuples habitants que leurs territoires (La Macédoine, les macédoniens; la Perse, les perses; l'Égypte, les égyptiens, etc.). Hérodote (490-425 avo J-C.) est l'un des promoteurs de cette vision du monde où les confms de la terre habitée sont le siège du « merveilleux naturel ». A l'opposé de la théorie de Buache du XVIIIe siècle qui réduisait le territoire à un ensemble de provinces, de départements et de poétique bassin fluvial, le paradigme intégrateur de Vidal de la Blache offre un renouveau au pays qui constitue alors « une division fondamentale du sol français ». La coexistence harmonieuse des modes de vie, habitat et paysage naturel constituent un continuum intégrateur qui offrent au géographe la prétention holistique de contribuer à une science moderne et rationnelle. Cette rationalité à considérer le sol et l'habitant dans une même identité sera bien souvent, comme les grecs le concevaient, traduite par un toponyme repérable sur le terrain (les bretons, les berrichons, les picards). En rupture avec la géographie de cabinet, celle-ci devient le support d'une science d'observation. La référence majeure de cette nouvelle posture est systématisée par Gallois (1908) dans son ouvrage intitulé « régions naturelles et noms de pays» Ainsi, la notion de « région, espace vécu» vers le concept de 23

tenitoire étend les apports de Vidal de la Blache vers des idées d'appartenance à une même culture et de construction d'un objet symbolique partagé (Frémont, 1976). Le pays retrouve peu à peu les chemins de l'agora et le lieu virtuel de mise en commun du projet local. 2.2.1.2 Spatialité, territoire rural et tenitoire urbain La spatialité est un concept virtuel. Néanmoins nous pouvons repérer trois grands systèmes qui contribuent à défmir la notion d'espace politique au sein du tenitoire : a) L'espace géométrique et dans le même temps géographique, déterminé par sa latitude, sa longitude et sa hauteur dans un ensemble de coordonnées terrestres. b) L'espace vécu, perçu ou symbolique constitué selon Hall (1971), en bulles proxémiques ou selon Moles (1990), en coquilles concentriques. Ces représentations dans leurs formes concrètes, sont assimilables aux évocations des sociétés sédentaires traditionnelles par des auréoles concentriques de densité décroissante avec l'éloignement. Elles se diversifient en fonction de la fréquentation des lieux qui constituent leur espace de vie et des pratiques de mobilité des individus qui les composent. c) L'espace complexe ou hétérogène qui agrège un ensemble d'espaces individuels dans un ensemble d'axes hiérarchisés et de nœuds de communication au sein de tenitoires inégalement maillés. Alors que les conditions d'habitat tendent vers un lissage normatif, cette hétérogénéité tend à s'accentuer dans I'histoire pour offrir des répartitions socioéconomiques de plus en plus contrastées. La spatialité s'inscrit pour chacun des acteurs du local, dans le tramage de ces trois notions en proportion du vécu individuel et des implications dans le projet local. Le tenitoire ne peut se dédouaner de son volet urbain et du poids démographique qu'il représente; il offre une dissymétrie à prendre en compte. Dans l'agglomération se pose surtout l'unité de la commune; dans le rural, l'intercommunal est presque toujours de mise. Les problèmes sont plutôt centripètes pour l'urbain où le jeu des quartiers sensibles et des communes adjacentes «rebelles» morcellent le tenitoire.

24

L'agglomération des volontés au sein d'un ensemble de communes, traduite par le terme «agglomération de communes »s rend compte imparfaitement des hiatus conceptuels qui ont accompagné leur émergence, car le développement est territorial; il touche donc un périmètre bien défmi. En changer les limites bouscule le projet dans ses ancrages d'appartenance, de culture et de rites. Dans le rural, ce périmètre est le plus souvent appelé pays, dans des limites choisies par les acteurs locaux et renoue ainsi avec un mot dont la charge symbolique s'était peu à peu estompée depuis le milieu du XXe siècle. Or, l'emploi sémantique du même mot pays dans les lois de décentralisation Pasqua et Voynet crée une confusion: la loi se rapporte à un concept géographique beaucoup plus important, à l'échelle d'un arrondissement, proche de l'échelon administratif reconnu par l'État. La rationalité technocratique admet peu la construction organique, disparate et flottante proposée par le constructivisme social. A l'origine de ce mouvement, initié le plus souvent par des personnages charismatiques, des groupes constitués ou des mouvements politiques, l'agent social moteur se révélait par sa disparité de provenance socioprofessionnelle (militants associatif, cadres consulaires, dirigeants de filières professionnelles, etc.) ; aujourd'hui, il se caractérise plutôt par un professionnalisme aiguisé tant le patchwork des alternatives et des contingences demandent des savoir-faire et des pratiques spécialisées de terrain. Néanmoins, le développement territorial ne peut légitimer son action que dans l'appui individuel des personnes ressources comme les acteurs du local, les agents institutionnels, les universitaires ou les représentants d'une filière professionnelle. Il permet à chacun d'adhérer à un projet commun sans abandonner les logiques sectorielles individuelles. Nous avons ainsi une fertilisation croisée entre les secteurs d'activités locales (tourisme, agriculture, industrie, etc.) qui participent à une co-construction des groupes sur un objet commun; parallèlement, l'apport d'une réflexion théorique préalable contribue à situer les enjeux et les limites de cette évolution. Dans les années 70, la distinction entre les acteurs de ce développement et la population se conçoit surtout comme un rapport pédagogique à l'initiative locale. Progressivement, apparaissent les termes de

L'intercommunalité bénéficie de la Loi du 12 juillet 1999 (loi Chevènement) qui réduit le paysage français à trois types de coopération (communautés urbaines, communautés d'agglomérations et communautés de communes).

S

25

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.