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Intrangers I

149 pages
L'immigration maghrébine en France a conduit, dès les années 1980, à la naissance d'une nouvelle littérature, faite par les enfants des immigrés. Ces « intrangers » sont pourtant difficiles à ne pas stigmatiser. De la « littérature beure » à la « littérature urbaine », les étiquettes se sont succédé au fil des années.
Ce recueil propose une exploration de cette littérature de la post-migration, dont le but est de découvrir des chemins peu empruntés, en privilégiant les approches intersémiotiques et pluridisciplinaires, invitant ainsi à baliser de nouvelles pistes de réflexion.
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(I)
INTRANGERS Post-migration et nouvelles frontières de la littérature beur
Collection dirigée par S amia K aSSab -C harfi
Parutions
1 ) Patrick VAUDAY, Gauguin, voyage au bout de la peinture , 2010 . 2 ) Ilaria VITALI, Intrangers (I). Post-migration et nouvelles frontières de la littérature beur , 2011 . 3) Ilaria VITALI, Intrangers (II). Littérature beur, de l'écriture à la traduction , 2011 .
Ilaria Vitali
d(ir.)
INTRANGERS (I) Post-migration et nouvelles frontières de la littérature beur
S efar  
N 2 °
Mise en page : CW Design
D/2011/4910/16
©  L’Harmattan /Academia s.a. Grand’Place, 29 B-1348 L ouvain -la -neuve
ISBN : 978-2-8061-0020-7
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit. Imprimé en Belgique.
www.editions-academia.be
L’Intranger , c’est un mot que j’ai inventé que si tu es pas d origine difficile tu peux pas piger, mais moi je t’explique, ça veut juste dire que tu es un étranger dans ton propre pays, mais ne me demande pas si le pays en question c’est l’Algérie ou la France.
Y.B., Allah Superstar
Présentation
« Nulle part on n’est plus  étranger qu’en France » 1 . Ainsi écrivait Julia Kristeva en 1988  dans un essai qui deviendrait célèbre, Étrangers à nous-mêmes. Propos pessimiste, qui met-tait en exergue les difficultés des migrants dans l’Hexagone. Propos qui changeait toutefois radicalement quand ces mêmes étrangers étaient des écrivains. « Nulle part on n’est mieux étranger qu’en France », précisait Kristeva en ce cas, car « lorsque votre étrangeté devient une exception culturelle – si par exemple vous êtes reconnu comme un grand savant ou un grand artiste –, la nation tout entière annexera votre per-formance, l’assimilera à ses meilleures réalisations et vous reconnaîtra mieux qu’ailleurs » 2 . Mais qu’arrive-t-il si les écrivains prétendus « étrangers » sont en fait nés sur le sol français ? La vague migrante maghrébine en France a conduit non seulement à la naissance d’une nouvelle génération, mais aussi, dès les années 1980 , à celle d’une nouvelle littéra-ture. Nés sur le sol français, ces écrivains, enfants d’immigrés, n’ont pas vécu le trauma de l’émigration ; ils le connaissent ourtant – et l’ ssument dans leurs ouvrages – par le biais p a
1 . Julia, Kristeva, Étrangers à nous-mêmes , Paris, Fayard, 1988 , p. 57 . 2 . Ibid. , p. 60 .
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d une post-mémoire , pour reprendre le terme de Marianne Hirsch 3 . En 1983 – l’année de la « Marche pour l’égalité et contre le racisme » qui passerait sous le nom de « Marche des beurs » – Mehdi Charef donne le coup d’envoi avec Le Thé au Harem d’Archi Ahmed ; en 1986 , Azouz Begag prend la relève avec Le Gone du Chaâba . Pendant les années 1980  et 1990 , de nom-breux auteurs contribuent à dessiner une sorte de « canon » qui se démarque rapidement de celui de la littérature de l’Hexagone. Comme le souligne Michel Laronde, « le décalage a lieu pour la première fois dans la Culture française, en France, et non à l’extérieur, c’est-à-dire dans le contexte plus général de la francophonie » 4 . Décentrée, cette littérature exige, très vite, un nom propre. Issus de France et d’ailleurs, ces auteurs sont pourtant difficiles à nommer sans les stig -matiser. « Beur », le néologisme verlanesque 5 forgé par la jeu-nesse parisienne et ensuite repris par la presse et les médias dans les premières années 1980 , a soulevé, dès le départ, quelques doutes quant à sa pertinence. Bien que critiqué, car chargé de connotations extra-littéraires et souvent employé selon « le jeu des intérêts, pour valoriser ou dévaloriser » 6 , ce
3 . «“Postmemory” is distinguished from memory by generational dis-tance and from history by deep personal connection. […] Postmemory characterized the experience of those who grow up dominated by narra-tives that preceded their birth, whose own belated stories are evacuated by the stories of the previous generation shaped by traumatic events that can be neither understood nor recreated. Marianne, Hirsch, Family » Frames : Photography, Narrative and Postmemory , Cambridge, Harvard University Press, 1997 , p. 22 . 4 . Michel, Laronde, L’Écriture décentrée , Paris, L’Harmattan, 1996 , p. 7 . 5 . Sur l’origine du mot « beur » je renvoie, entre autres, à l’étude de Michel Laronde, Autour du roman beur. Immigration et identité, Paris, L’Harmat-tan, 1993 , particulièrement au chapitre II. 6. Regina, Keil, « Entre le politique et l’esthétique : littérature “beur” ou littérature “franco-maghrébine” », in Itinéraires et contacts de cultures , 14 , 2 e semestre 1991 , p. 68 .
label est pourtant encore utilisé, ne serait-ce que pour mieux en prendre les distances 7 : « Beurette suis et beurette ne veux pas toujours être », affirmait Tassadit Imache dans un entre-tien de 1998 8 . À presque trente ans de la naissance de cette littérature de la post-migration 9 , la question du classement demeure centrale et tout critique s’approchant de ces auteurs aura à faire in primis  aux problèmes de définition qui les accom-pagnent. Plusieurs spécialistes invitent aujourd’hui à aller « au-delà de la littérature beur » 10 et proposent d’autres label-lisations dont le nombre ne cesse d’augmenter 11 . De la super-position de l’univers beur avec celui des cités a découlé récemment le label de « littérature de banlieue ». Cadre urbain des plus arborés, la banlieue entre dans la machine narrative beur de manière presque systématique depuis les années 7 . Ce terme, nuancé, modulé, décliné de façon différente par chaque contributeur, est employé dans cet ouvrage, car il demeure, à plusieurs points de vue, le plus « opérationnel ». Les articles des spécialistes réunis ici intègrent toutefois, chacun à leur manière, d’autres labels, qu’ils justi-fient tour à tour. Tout cela ne fait que souligner jusqu’à quel point la question des « étiquettes » demeure aiguë dans l’approche d’une littéra- ture qui échappe par définition aux définitions. 8 . Frédérique, Chevillot, « Beurette suis et beurette ne veux pas toujours être : entretien avec Tassadit Imache », in The French Review , vol. 71 , n° 4 , 1998 , p. 637 . 9.  Ce terme renvoie à l’étude de Myriam Geiser, « La “littérature beur” comme écriture de la post-migration et forme de “littérature-monde” », in Expressions maghrébines , vol. 7, n° 1, été 2008, pp. 121 -139 . 10.  Il s’agit là du titre du numéro thématique de la revue Expressions maghrébines  cité dans la note précédente (« Au-delà de la littérature beur ? Nouveaux écrits, nouvelles approches critiques») entièrement con-sacré à la littérature beur. 11.  Je renvoie pour cela à l’article d’Elisabetta Quarta dans ce volume, « Des appellations trompeuses aux approches esthétiques : la nécessité de nouvelles perspectives pour l’étude de la littérature beure ». On notera par ailleurs que le terme beur est tantôt décliné au féminin par les auteurs ; vu le débat terminologique important qui concerne la littéra-ture en question, le choix est laissé, là aussi, aux contributeurs.
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