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Intrangers II

191 pages
Depuis les années 1980, la littérature faite par les enfants de l'immigration maghrébine suscite des vifs débats. Déclarée dès le départ « un enfant mort-né », elle n'a cessé d'évoluer dans ses pratiques de décalage et de décentrement, ce qui en témoigne la vitalité.
Après un premier tome, ce second recueil d'essais entre dans la fibre du tissu textuel pour en analyser les enjeux linguistiques et – pour la première fois de manière systématique – les défis traductologiques.
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(II)
INTRANGERS Littérature beur, de l’écriture à la
traduction
Collection dirigée par S amia K aSSab -C harfi
Parutions
1 ) Patrick VAUDAY, Gauguin, voyage au bout de la peinture , 2010 . 2 ) Ilaria VITALI, Intrangers (I). Post-migration et nouvelles frontières de la littérature beur , 2011 . 3 ) Ilaria VITALI, Intrangers (II). Littérature beur, de l’écriture à la traduction , 2011 .
Ilaria Vitali
(dir.)
INTRANGERS (II) Littérature beur, de l’écriture à la traduction
S efar  
N° 3
Mise en page : CW Design
D/2011/4910/23
©  L’Harmattan /Academia s.a. Grand’Place, 29 B-1348 L ouvain -la -neuve
ISBN : 978-2-8061-0047-4
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit. Imprimé en Belgique.
www.editions-academia.be
L’Intranger , c’est un mot que j’ai inventé que si tu es pas d’origine difficile tu peux pas piger, mais moi je t’explique, ça veut juste dire que tu es un étranger dans ton propre pays, mais ne me demande pas si le pays en question c’est l’Algérie ou la France.
Y.B., Allah Superstar
Présentation
« L’Intranger , c’est un mot que j’ai inventé que si tu es pas d’origine difficile tu peux pas piger, mais moi je t’explique, ça veut juste dire que tu es un étranger dans ton propre pays, mais ne me demande pas si le pays en question c’est l’Algérie ou la France » 1 . En exergue à cet ouvrage, ces mots, que l’écrivain algérien Y.B., alias Yassir Benmiloud, a prêté au personnage beur de son roman Allah superstar , nous ont servi de phare dans notre voyage dans la nébuleuse de la littérature beur. En dépassant le concept d’identité « à racine unique », le néologisme intran-ger saisit bien, en effet, le concept d’une identité interstitielle et, par extension, d’une écriture qui se bâtit à partir des asso-nances et des dissonances de deux cultures différentes que l’on s’efforce de mettre au diapason. Autant d’éléments que le chercheur qui s’approche de la galaxie beur doit connaître et assumer comme points de départ de son enquête. Le premier tome de cette étude, Post-migration et nouvel-les frontières de la littérature beur , a été consacré à l’analyse de la construction et de la dé(con)struction de l’écrivain beur. Nous y avons vu de quelle manière cette littérature, de par sa
1 . Y.B., Allah superstar , Paris, Grasset, 2003 , p. 237 .
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volonté de fuir les grilles, continue de poser problème quant à sa définition, au point qu’un classement définitif ne serait qu’illusoire. Nous avons vu aussi que la tendance critique actuelle est plus inclusive (plutôt que de littérature beur, on parle de littérature « de la post-migration » ou « urbaine »), ce qui s’accorde avec un mouvement crucial de la recherche en fran cophonie littéraire et, plus en général, dans les études postcoloniales. Il faut maintenant se demander comment a changé cette galaxie littéraire, au-delà des définitions ; quel-les sont les différences qui marquent le passage des romans des initiateurs des années 1980 , dont par exemple Azouz Begag, à ceux des auteurs du nouveau millénaire, comme Faïza Guène ou Rachid Djaïdani. Ce second tome, Littérature beur, de l’écriture à la traduction , se charge de prendre en compte certains aspects thématiques, stylistiques et langa- giers de la littérature en question, avec, de plus – et pour la première fois de manière systématique –, une réflexion sur les problèmes traductologiques que pose la spécificité de ces textes. Quoique les auteurs contemporains affirment souvent ne pas connaître ceux qui les ont précédés, les romans du tour-nant du xxi e siècle montrent plusieurs points de convergence avec les ouvrages de la première vague beur 2 . Ces échos se  trouvent tout d’abord au niveau des thèmes traités (sentiments de départenance, relation souvent conflictuelle avec la France, « galère » de la vie dans les cités, épisodes de violence ou de racisme) ou des leitmotiv  topiques (participation à des fêtes 2.  D’ailleurs, ceux qui ont précédé déclarent ne pas connaître les écrivains de la nouvelle génération. Voir à ce sujet, par exemple, l’article de Laura Reeck dans le premier tome de cet ouvrage. Certains textes de la dernière vague sont pourtant indiscutablement proches de ceux de la première (ils semblent relever parfois du calque) et c’est d’ailleurs là l’une des cri-tiques majeures que les spécialistes n’ont pas manqué de souligner.
traditionnelles, codes d’honneur spécifiques, rituels linguisti-ques et comportementaux entre « groupes de pairs »), ainsi que dans la reprise de certains décors (cités H.L.M., espaces carcéraux, voyages initiatiques au pays des ancêtres). Ces points de résonance se retrouvent aussi dans la structure des romans, qui sont souvent, comme cela a été bien expliqué par Hargreaves, des Bildungsroman 3 , ou encore dans l esprit contestataire qui les anime, dans la peinture d’un horizon quelque peu dystopique et d’un certain tropisme pour la vio-lence. C’est sans doute dans cette tendance subversive, déjà à l’œuvre dans certains textes des années 1980 , que réside la puissance germinative du roman beur, que certains n’hési-tent pas à définir comme un contre-texte , conçu « comme un art de contestation, […] même de classe » 4 . Si une certaine continuité est évidente, cela ne veut pour-tant pas dire que tous les romans beurs se résument à des schémas faciles, bien au contraire. Dès les années 1980 , plu-sieurs ouvrages se détachent d’ailleurs du « canon beur » qui était en train de se définir. On pense, par exemple, aux textes d’Ahmed Kalouaz, de Leïla Houari 5 , de Tassadit Imache. Leur penchant pour la poésie, pour le tressage générique ou méta-textuel, on le retrouve chez plusieurs écrivains de la dernière génération. Si l’on observe de plus près le champ littéraire contemporain, l’un des changements les plus radicaux par 3.  Voir Alec G., Hargreaves, Immigration and Identity in Beur Fiction. Voices from the North African Immigrant Community in France , New York, Berg, 1997 et, plus récemment, Laura K., Reeck, Writerly Identities in Beur Fiction and Beyond , Lanham, Lexington Press, 2010 . 4.  Abdallah,  Mdarhri-Alaoui, « Place de la littérature beur dans la produc-tion franco-maghrébine », in Charles, Bonn (dir.), Littérature des immigra-tions , vol. 1  (« Un espace littéraire émergent »), Paris, L’Harmattan, 1995 , p. 42 . 5.  Bien qu’ayant vécu en Belgique, Houari est toujours incluse dans le corpus des écrivains « beurs ».
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