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Introduction à la sociologie du mécontentement social

De
172 pages
Ce livre propose de se concentrer sur la question du mécontentement social et de discuter des manières de l'analyser et de la conceptualiser. Il montre que l'analyse des mécontentements sociaux offre des pistes de réflexion pour penser la complexité des mécanismes de dynamique de la société. L'accent est mis ici sur le passage du sentiment de mécontentement à l'action collective protestataire.
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INTRODUCTION À LA SOCIOLOGIE DU MÉCONTENTEMENT SOCIAL
Logiques sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions Dominique MARTIN,Relations de travail et changement social,2014. Thomas PIERRE,L’action en force et les forces en action. Sociologie pragmatique des forces, 2014. Jean FERRETTE (dir.),Souffrances hiérarchiques au travail. L’exemple du secteur public, 2014. Sous la direction de Sandrine GAYMARD et Angel EGIDO, Mobilités et transports durables : des enjeux sécuritaires et de santé,2014. Simon TABET, Le projet sociologique de Zygmunt Bauman. Vers une approche critique de la postmodernité,2014. Pascale MARCOTTE et Olivier THEVENIN (dir.),Sociabilités et transmissions dans les expériences de loisir, 2014. Guillaume BRIE,Des pédophiles derrière les barreaux. Comment traiter un crime absolu ?,2014. Maryvonne CHARMILLOT,Marie-Noëlle SCHURMANS,Caroline DAYER(dir.),La restitution des savoirs,Un impensé des sciences sociales ?, 2014. Delphine CEZARD,Les « Nouveaux » clowns, Approche sociologique de l’identité, de la profession et de l’art du clown aujourd’hui, 2014. Christian BERGERON,L’épreuve de la séparation et du divorce au Québec. Analyse selon la perspective du parcours de vie, 2014.
Khosro Maleki INTRODUCTION À LA SOCIOLOGIE DU MÉCONTENTEMENT SOCIAL
© L’HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02265-9 EAN : 9782343022659
Introduction Le mécontentement peut être considéré comme un concept original dans la plupart des théories sociales, par exemple celles du conflit, du changement ou même de la régulation sociale ; néanmoins il n’occupe qu’une petite place dans la littérature sociologique. Nous proposons de considérer les origines des conflits socio-émotionnels en les référant à la dynamique de mécontentement même si les conflits peuvent être analysés du point de vue des formes de mobilisation protestataire ou des idéologies qu’ils portent. L’étude des mécontentements sociaux nous conduit à nous demander pourquoi ils se produisent et à nous interroger sur leur développement. Les méconten-tements sociaux résultent-ils d’un dysfonctionnement social ou sont-ils un facteur de régulation sociale ? Sont-ils porteurs du changement social ou le résultat de ce dernier ? Considéré globalement, le mécontentement est un état d’insatisfaction dont l’origine est la rencontre des situations perçues comme problématiques et inaccep-tables ; ce qui peut devenir prétexte aux conflits sociaux. La sociologie des mécontentements sociaux se structure autour de plusieurs thématiques touchant le domaine du mécontentement, dont le monde du « travail » où son apparence est particulièrement manifeste. Son extension est liée à la croissance constante de l’organisation industrielle où la prise en compte des risques, la recherche de qualité et la flexibilité de la production s’associent. Avec cette modification de la position de l’homme au travail, le risque devient un nouvel élément de la culture industrielle affectant les relations professionnelles. Un second thème de mécontentement concerne la notion d’« aménagement territorial » ou plus généralement les « politiques publiques ». La sociologie du mécontentement ne se définit pas uniquement par des thématiques mais également par un
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ensemble d’interrogations portant sur les liens entre mécontentement et construction du monde social. La sociologie du mécontentement se compose à la fois d’une théorie générale, d’une interrogation sur les phénomènes sociaux à travers la notion de mécontentement, d’une description de la perception du mécontentement vue par les acteurs sociaux et enfin des conséquences entraînées par la perception de ces derniers. Le mécontentement radicalise l’imprévu et fonctionne comme un révélateur des comportements, des attitudes et des contradictions sociales. On s’interroge sur son origine, les différents types de responsabilité, les diverses formes de mobili-sation et les multiples contextes externes. Si l’on admet que le mécontentement est le rapport entretenu avec un ensemble de risques, on peut s’interroger sur le mode de construction de ces derniers et leur perception, sur les calculs entraînés par ceux-ci et sur leur mode de gestion. En effet, la sociologie du mécontentement se propose de revenir à l’origine et à la source des conflits sociaux. Si des conflits existent, un sentiment de mécontentement est a priorisous-entendu ; toutefois, le mécontentement ne se conclut pas systématiquement en conflit. Celui-ci peut être entraîné dans un processus d’enchaînement et installé dans un contexte politiquement organisé. Dans cette perspective, la notion de mécontentement constitue un fil conducteur qui comprend à la fois la prise de conscience des problèmes sociaux, les actions protestataires des concernés et la réaction du pouvoir public. On a de bonnes raisons de penser au passage du « sentiment » de mécontentement à l’« action » de protestation. Considéré comme une campagne de revendication, ce passage fait usage de représentations pour se faire connaître auprès du public et tente de s’appuyer sur un contexte politique favorable. Au commencement, ce sentiment de mécontentement, l’aspect subjectif, résulte d’un état de
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mésentente capable d’inciter le porteur à réagir contre sa source. Par la suite, l’aspect objectif, qui se développe ou se limite en fonction des moyens et des opportunités économiques, politiques ou culturels. Au fur et à mesure de l’activité du mécontentement, il existe une dynamique entraînée par ce sentiment tant dans les relations interpersonnelles que dans les relations structurelles. Plus qu’un simple sentiment d’insatisfaction, le « mécontentement » constitue une réelle campagne d’opérations qui débute avec un ressentiment ou un désaccord face à une situation jugée inacceptable. L’objectif principal de cet ouvrage est de présenter une théorie séquentielle capable d’expliquer émergence et développement du mécontentement social. En empruntant l’idée de Berger et Luckmann (1986), nous approchons la construction sociale du mécontentement comme un processus dynamique qui dépend essentiellement des interrelations sociales. Elle se réfère au fond à un vrai ressentiment qui tout au long de son développement fractionné rencontre un certain nombre de contraintes sociales. La diversification des formes de mécontentement est implicitement favorisée par la complexité sociale contemporaine. Dans un premier chapitre, il nous paraît nécessaire d’approcher les mécontentements sociaux à travers des événements historiques qui ont marqué la société française durant le seizième siècle à l’origine même de l’histoire des temps modernes. Cette prise de recul nous permettra de dégager les principales caractéristiques théoriques se rapportant à l’émergence et au développement du mécontentement social. Ici, nous utiliserons le matériel issu de plusieurs recherches historiques et contemporaines relatives au concept du mécontentement. À partir de cette démarche, nous tentons de dégager des caractéristiques propres à ces différents événements conflictuels ; ces dernières nous permettent
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