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Islam et immigration

De
116 pages
L'auteur aborde un sujet brûlant et toujours d'actualité, celui de l'immigration et ses enjeux culturels et politiques dans la vie publique. Regroupés en deux grandes catégories : immigration et littérature puis islam et Occident, les textes qui composent l'ouvrage suggèrent la nécessité de l'apprentissage des langues maternelles comme mode d'appréhension de la réalité et comme processus indispensable à toute sociabilité humaine et intellectuelle.
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L’auteur de Frantz Fanon, l’homme de rupture (2010) et Abdelkader BENARAB
de La bataille de Sétif (2011) revient cette fois sur un sujet
brûlant et toujours d’actualité, celui de l’immigration et
ses enjeux culturels et politiques dans la vie publique. À
travers une démonstration et une analyse qui vont de la
langue maternelle à la crise d’identité, en passant par l’exa-
men des rapports d’altérité, Abdelkader BENARAB suggère
la nécessité de l’apprentissage des langues maternelles
comme mode d’appréhension de la réalité et comme islam
processus indispensable à toute sociabilité humaine et
intellectuelle. La question culturelle qui est au cœur de ses et immiGRatiONréfexions est évidemment présente dans les douze cha-
pitres qui forment cet essai, fait à partir de contributions
diverses publiées entre 1991 et 2012.
Préface de PAUL BALTA
Abdelkader BENARAB est un uni-
versitaire algérien, essayiste, poète et
romancier, connu pour ses publications
sur la culture et la littérature du Maghreb
et d’Afrique. Il a collaboré à l’ouvrage
Maghrébins de France aux éditions
Privat, qui a reçu le prix de la Sélection
Amitié franco-arabe. Son dernier ouvrage
sur Frantz Fanon, aux éditions Alfabarre,
en 2010, bénéfcie d’une traduction arabe,
anglaise et espagnole.
12,50 €
ISBN : 978-2-336-00585-0
HC_PF_BENARAB_ISLAM-IMMIGRATION.indd 1 17/12/12 16:15
Abdelkader BENARAB
islam et immiGRatiON







ISLAM ET IMMIGRATION



































© L’Harmattan, 201 3
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-00585-0
EAN : 9782336005850Abdelkader BENARAB







ISLAM ET IMMIGRATION







Préface de Paul Balta








Du même auteur :


Les Voix de l’exil, L’Harmattan, 1995.
Les Mots, L’Harmattan, 1996.
Maghrébins de France, Privat, 2004.
Frantz Fanon, l’homme de rupture, Paris Alfabarre, 2010,
réedition, Bahaddine, Constantine.
La Bataille de Sétif, roman, L’Harmattan, 2011.

En préparation :
Introduction à la littérature négro-américaine.

Préface de Paul Balta
Abdelkader Benarab est professeur des universités, il
vit entre Paris et Alger où il est souvent invité pour des
conférences. Préoccupé par la question culturelle et
religieuse au sein des communautés de la diaspora, il a
publié de nombreux articles sur le sujet et continue à
donner des conférences, en Europe et au Maghreb, sur le
développement et la diffusion de la presse, de la langue et
de la culture arabes et sur les thèmes de l’inter-culturalité,
des post-colonial-studies et de la littérature africaine.
Auteur de plusieurs ouvrages dont Les Voix de l’exil
(1995) et Maghrébins de France (2004), Abdelkader
Benarab revient dans Islam et immigration, sur des thèmes
qui lui tiennent à cœur et qui sont à mes yeux essentiels !
La question culturelle qui est au cœur de ses réflexions et
même de sa vie est évidemment présente dans les douze
chapitres qui tiennent en 90 pages et traitent de thèmes
fondamentaux ! Ils le sont d’autant plus qu’en France ils
sont occultés et le plus souvent traités avec mépris par
nombre de spécialistes.
Particulièrement séduit par le chapitre « Langue
maternelle, identité et pouvoir », je précise à ce propos que
je suis né à Alexandrie de père français et de mère
5 égyptienne chrétienne. La France est donc ma patrie mais
je dis toujours que l’Égypte est ma deuxième patrie et que
j’ai du sang arabe dans les veines ! À la maison, nous
parlions français mais aussi arabe. Quand j’étais petit,
maman me racontait, en arabe, des haddouta, des histoires,
pour m’endormir. C’est pourquoi j’apprécie cette phrase
de l’auteur : « L’enfant qui n’a pas baigné dans sa langue
maternelle, n’a jamais été bercé par le murmure affectueux
et les mélodies rythmées de ses voix n’eût connu sans
doute, par substitution, que des langages fragiles
manquant d’être lisses et duveteux. »
La maîtrise de la langue arabe a été capitale pour moi
au journal Le Monde : j’ai couvert, de 1970 à 1985, le
monde arabe et j’ai constaté que la quasi-totalité de mes
confrères l’ignoraient complètement ou presque, de même
que le monde musulman.
Une autre citation résume bien l’esprit de ce chapitre
« La famille immigrée qui a conservé l’usage de la langue
maternelle et les pratiques culturelles d’origine, même
dans un espace restreint, fonctionnant en microclimat, est
plus à même de s’adapter aux nouvelles formes
d’organisations sociales et à une plus large socialisation.
Langue et patrimoine culturels, loin de constituer un frein
à l’intégration, au contraire hâtent sa réalisation ».
Justement quand les langues maternelles ne sont pas
intégrées au processus de socialisation, comme c’est dans
cas de certains enfants immigrés, il se développe chez eux
une force réactive, et une impulsivité caractérielle, que M.
Abdelkader Benarab explique clairement quand il aborde
« Les Raisons de la colère » ; car dit-il : « quand des
jeunes issus de l’immigration maghrébine et africaine
faisaient leur entrée sur la scène publique, la société
française n’était ni préparée ni prête à écouter une jeunesse
fraîchement sortie des banlieues, à l’orée d’une
adolescence terriblement fragile. » La révolte des
6 banlieues en 1981-1982 et la célèbre marche des Beurs
pour l’égalité en 1984 étaient prémonitoires et leur slogan
disait : « Nous sommes français et nous voulons vivre
dans le respect et l’égalité des droits. » Or, comme le
souligne le professeur Benarab : « Français de seconde
zone, discriminés au travail et même à l’école, sans aucune
perspective d’avenir, ces jeunes se replient sur leurs cités
et guettent la moindre provocation pour défier l’autorité,
tenue pour leur ennemi. »
Ces mêmes immigrés sont souvent pris pour cible, sous
le feu de l’actualité médiatique et politique aux retombées
peu rassurantes, auxquels on fait sentir d’une manière
cyclique la précarité de leur existence. Certains magasines
affichent quotidiennement et d’une manière ostensible
leurs titres provocateurs sur le spectre effrayant d’un islam
menaçant et intégriste plus souvent fantasmé, pour nourrir
de haine secrète l’imaginaire collectif. L’exemple de la
guerre en Irak était senti comme une agression contre leur
propre personne physique et morale. Dans le chapitre
« L’agression de l’Irak », pays que je connais bien, je me
bornerai à dire qu’il est le bienvenu car l’agression décidée
par ce président inculte qu’est George W. Bush, a été
catastrophique. En cinq ans, elle a fait côté irakien plus
d’un million de morts sur 28 millions d’habitants !
Saddam Hussein a fait massacrer environ 300 000 chiites
et 170 000 Kurdes en vingt ans.
Une autre partie « L’islam et l’Europe » et « Penseurs
de l’islam et développement scientifique » a une
importance capitale, surtout dans le contexte actuel
d’islamophobie suscitée, entre autres, par Ben Laden et les
attentats d’Al Qaida. J’y suis d’autant plus sensible que
dans mon dernier livre « Islam & Coran, idées reçues sur
l’histoire les textes et les pratiques d’un milliard et demi
de musulmans » (Éd. Le Cavalier Bleu, Paris, 2011),
rédigé avec Michel Cuypers et Geneviève Gobillot, je
rappelle une réalité occultée en Occident et ignorée, hélas,
7 par 95% des musulmans car elle n’est pas enseignée dans
les écoles.
Du VIIIe au XIVe siècle, la civilisation arabo-islamique
a été à la pointe de la modernité. Il y a certes eu un
« miracle grec » dans l’Antiquité mais il y a eu aussi un
« miracle arabe » au Haut Moyen Âge, celui des savants et
des penseurs qui ont choisi de rédiger leurs travaux dans
cette langue alors qu’ils étaient persans, berbères,
andalous, juifs. Ils ont exploré tous les domaines du
savoir : astronomie, mathématiques, physique, chimie,
médecine, philosophie, histoire, géographie, architecture,
botanique, gastronomie. Les Arabes, chrétiens d’abord,
puis ceux convertis à l’islam, ont commencé par traduire
les textes fondamentaux grecs, persans, indiens. Les
conquérants arabes ont assimilé parallèlement les
techniques et les savoirs des peuples conquis avant
d’innover avec eux, puis seuls. Sans ces apports, la
Renaissance européenne n’aurait pas vu le jour ou aurait
été plus tardive.
Abdelkader Benarab commence par rappeler les apports
du Coran. De nombreuses sourates invitent les hommes et
les femmes à acquérir le savoir et la connaissance.
L’auteur passe en revue les sourates qui portent sur des
notions de chimie, de toxicologie, de médecine etc.
Ensuite, avec des exemples à l’appui, il rappelle les
apports des savants dont celui d’Ibn Khaldoun (1332-
1406) qui me tient à cœur, né à Tunis, il est l’ancêtre de la
sociologie et de l’historien au sens moderne du terme alors
qu’il n’y avait à l’époque que des chroniqueurs sur les
deux rives de la Méditerranée.
Hélas cet élan de création et de pensée productive a été
brusquement interrompu. Les héritiers de la civilisation
islamique n’ont pas été les dignes continuateurs de leurs
ancêtres, pire ils ont dilapidé toutes les valeurs de la
8 science et de l’éthique par ces derniers cumulés, dont
l’apport a éclairé l’humanité.
M. Abdelkader Benarab prend l’exemple de la
traduction et s’indigne de la quasi-inexistence de cette
discipline dans les universités arabes. Les traductions
scientifiques du patrimoine universel vers l’arabe « ne
constituent que quelque 3% ». Pourquoi et comment ? Je
vous invite à découvrir les explications d’Abdelkader
Benarab. Je formule un souhait : que le Printemps arabe
contribue à renouer avec l’âge d’or de la civilisation arabe
et l’incite à innover.
Correspondant du Monde au Maghreb, basé à Alger de
1973 à 1978, je suis particulièrement sensible au chapitre
8 « La grande crise de l’université algérienne », alors
qu’on célèbre, le cinquantième anniversaire de
l’indépendance en 2012, l’auteur avec force détails et une
vue pénétrante analyse l’évolution complexe entre les
convictions et les espoirs qui animent intellectuels et
universitaires après la guerre de libération et les multiples
problèmes qui ont surgi au fil des ans. Nous suivons le
développement de sa pensée à travers deux passages : « Je
prends l’exemple de la littérature romanesque algérienne
et sa critique en général, sous sa double expression arabe
et française. L’une comme l’autre se croisent sans se
connaître, se côtoient dans l’ignorance mutuelle. Leurs
auteurs sont monolingues, hormis de rares cas et ce n’est
pas un moindre handicap. » « Depuis les années 90 on voit
surgir une catégorie de néo-intellectuels installés
majoritairement en France, dont le souci est le plus
souvent l’attrait narcissique pour les espaces publics
surtout médiatiques, pourvoyeurs de célébrité et de
prestige social. »
L’auteur revient dans le chapitre 9, au thème de
l’immigration. Une manière de dissiper l’équivoque d’une
immigration exclusivement ouvrière et qui se reproduit
9 uniquement pour des tâches subalternes. Il montre que
cette immigration a ces acteurs culturels et ces écrivains
qui nous font partager leurs précieux témoignages. Dans la
partie la plus longue intitulée : « Littérature du Maghreb et
d’Afrique », qui est d’une incroyable richesse culturelle et
d’un émouvant humanisme, l’auteur analyse les œuvres de
plusieurs auteurs immigrés, Maghrébins et Africains. Je
cite, entre autres : Nabil Farès, Driss Chraibi, Rachid
Boudjera, Mahdi Charef, Akli Tadjer, L. Houari, Farida
Belghoul, Sakinna Boukhedenna, Mouloud Ferraoun, mais
aussi les témoignages d’autres textes : Frantz Fanon,
Pierre Bourdieu, John Steinbeck, Abdelkebir Khatibi,
Nedim Gürsel, Édouard Glissant, Dino Buzzati, Calixte
Beyala, Tahar Benjelloun… Les citations tirées des livres
auxquels il fait référence m’ont invité à relire certains de
ceux que je connaissais et à découvrir d’autres avec autant
de plaisir.
Abdelkader Benarab explique et analyse le vécu en
France de ces écrivains émigrés. Je cite ce passage pour
illustrer sa démarche : « Les romans de l’immigration ont
abouti au dévoilement d’une dimension humaine jusque-là
évitée ou ignorée, dans sa variante culturelle et affective,
par la perpétuation d’un discours dont la réalité retenait la
donnée instrumentale et la fonction immédiate d’un vécu
que lui confèrent les strictes limites d’un statut : celui de
travailleur immigré. »
Universitaire de talent Abdelkader Benarab participe
actuellement à l’actualité qui secoue en France la sphère
intellectuelle et qui porte sur le plagiat. Dans ce débat
public il donne une affirmation au lecteur qui peut paraître
1paradoxale : « Plagier c’est apprendre à écrire » . Après
avoir précisé : « Le plagiat n’est pas du copier-coller ;

1 Article publié dans Le Monde du 11/02/2011.
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