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Itinéraires psychanalytiques

De
206 pages
Faire une analyse c'est avant tout vivre une expérience affective et non, comme les résistances incitent bon nombre de postulants, maîtriser des notions théoriques. L'auteur a accompagné des hommes et des femmes emprisonnés dans diverses organisations psychopathologiques. La psychanalyse paraît en rupture avec notre société, elle demeure l'un des derniers champs interrogeant la condition humaine.
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Itinéraires psychanalytiques

@ L'Hannattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06197-2 EAN: 9782296061972

Guy

ROGER

Itinéraires psychanalytiques

L'HARMATTAN

Études Psychanalytiques Collection dirigée par Alain Brun et Joël Bernat La collection Etudes Psychanalytiques veut proposer un pas de côté et non de plus, en invitant tout ceux que la praxis (théorie et pratique) pousse à écrire, ce, «hors chapelle », « hors école », dans la psychanalyse.
Jean-Paul MA TOT, La construction du sentiment d'exister, 2008. Guy KARL, Lettres à mon analyste sur la dépression et la fin d'analyse,2007. Jeanne DEFONT AINE, L'empreinte familiale. Transfert, transmission, transagir, 2007. Jean-Tristan RICHARD, Psychanalyse et handicap, 2006. Chantal BRUNOT, La névrose obsessionnelle, 2005. Liliane FAINSILBER, Lettres à Nathanaël, Une invitation à la psychanalyse,2005. M. S. LEVY, Psychanalyse: l'invention nécessaire. Dialogue des différences, 2005. G. RUBIN, Le déclin du modèle œdipien, 2004. André POLARD, L'épilepsie du sujet, 2004. Antoine APPEAU, Mort annoncée des institutions psychothérapiques, 2004. BESSON Jean, Laura Schizophrène, 2004. DAL-PALU Bruno, L'Enigme testamentaire de Lacan, 2003. RICHARD Jean-Tristan, Essais d'épistémologie psychanalytique,2003. ARON Raymond, Jouir entre ciel et terre, 2003. CHAPEROT Christophe, Structuralisme, clinique structurale, diagnostic différentiel, névro-psychose, 2003. PAUMELLE Henri, Chamanisme et psychanalyse, 2003. FUCHS Christian, De l'abject au sublime, 2003. WEINSTEIN Micheline, Traductions de Psy. Le temps des non, 2003. COCHET Alain, Nodologie Lacanienne, 2002. RAOULT Patrick-Ange, Le sujet post Moderne, 2002. FIERENS Christian, Lecture de l'étourdit, 2002. V AN LYSEBETH-LEDENT Michèle, Du réel au rêve, 2002. VARENNE Katia, Le fantasme de fin du monde, 2002.

A Sylvie

SOMMAIRE

Avant-propos
Première partie Entretiens préliminaires Grandir

...

9

19 41
,

Parentalité Fonction paternelle .. Deuxième partie L'homme et la virilité La femme et le féminin L'amour La sublimation Troisième partie Le conformisme L'inceste La violence

55
67

...

...

...

97 113 ...129 143

157 175 ..183 195

Un peu d'éthique, pour conclure

AVANT-PROPOS

Cet ouvrage réunit un certain nombre de textes écrits entre 1999 et 2007. Plusieurs d'entre eux ont été publiés dans des revues de psychanalyse, d'autres constituent les canevas remaniés de conférences prononcées lors de journées scientifiques. Quelques-uns enfin, inédits, sont le fruit de réflexions théorico-cliniques issues de ma pratique analytique. Il s'agit donc de textes de circonstance dont le fil conducteur s'est dévoilé, à mon insu, lors de la composition de ce recueil. Tout au long de ces itinéraires, j'ai côtoyé, et surtout accompagné, des hommes et des femmes emprisonnés dans diverses organisations psychopathologiques dont l'ancrage dans un présent auquel elles donnaient une dimension anachronique a permis de les identifier et, par la suite, de les inscrire dans une histoire. Je souhaite faire partager aux lecteurs l'enthousiasme que j'éprouve depuis tant d'années pour ce qui demeure à mes yeux une aventure humaine incomparable et, indirectement une thérapeutique sans égale. J'utilise le terme indirectement car, dans les cas les plus favorables, le patient découvrira que les portes qu'il s'interdisait d'enfoncer étaient déjà ouvertes. Interrogeant l'angoisse au lieu de la faire taire, à l'heure où l'efficacité et le « tout et tout de suite» constituent dans tous les domaines l'objectif prioritaire, sinon exclusif, notre discipline a, convenons-en, des manières quelque peu démodées. Il est vrai

qu'une analyse, c'est long, ça coûte cher, c'est douloureux et le résultat en est aléatoire. Tout commence, bien entendu, par les entretiens préliminaires, ces rencontres inaugurales au cours desquelles sera scellée la décision des deux partenaires de s'engager dans un long voyage à l'issue incertaine. En effet, le patient ne sait pas très bien ce qu'il est venu chercher auprès de quelqu'un dont il ne sait pas davantage ce qu'il pourra lui apporter. Bien souvent ce qui résultera de ce parcours n'était ni prévu par le patient, ni anticipé par l'analyste. Ce dernier doit, quant à lui, accepter de naviguer en solitaire, sans balise Argos, entre Eros et Thanatos, entre masculin et féminin, entre raison et folie. Grandir est le destin de chaque être vivant, mais, dans l'espèce humaine, ce processus ne se limite pas à devenir adulte afin de participer à la conservation de l'espèce et d'assurer la succession des générations. L'homme mène, nous dit Freud, une double existence en tant qu'il est lui-même sa propre fin et en tant que maillon d'une chaîne à laquelle il est assujetti contre sa volonté, ou du moins sans l'intervention de celle-ci. Le psychanalyste se propose d'aider les analysants à aménager leur prématurité, à en faire une inadaptation réussie. Tout au long de son existence, l'être humain ne cessera de naviguer entre esquisse et œuvre aboutie, entre achèvement et inachèvement. Parentalité. La vie familiale, longtemps régie par des lois du mariage intangibles, a connu, au cours des dernières décennies, de profonds bouleversements. Les trois composantes - biologique, domestique et généalogique - définissant le parent dans notre culture se dissocient

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du fait d'une banalisation du démariage. L'ouverture d'une voie dans laquelle les liens ne seraient plus institutionnels et contraignants mais librement consentis est susceptible de remettre en cause la double filiation. Il paraît essentiel de ne pas confondre l'autorité parentale, qui peut être exercée par le couple mais aussi, selon les circonstances, indistinctement par le père ou la mère, et la fonction paternelle que je développerai dans le prochain chapitre. Le père, écrit Piera Aulagnier, avant même d'occuper la place de rival oedipien, est celui qui se présente comme le premier représentant des autres, le premier représentant d'une loi qui fait du déplaisir une expérience à laquelle on ne peut échapper. Fonction paternelle. La fonction paternelle constitue un sujet qui nous concerne tous, hommes et femmes, dans la mesure où nous participons, chacun à notre place, à sa transmission. Je me suis attaché à établir que cette fonction paternelle est paradoxalement transmise par la mère, soutenue par le père et confirmée par le fIls ou la fille, dans une sorte d'après-coup. Le mythe de Dom Juan, dans la version de Molière, ainsi que quelques références cliniques illustreront ce que représente, à mes yeux, l'échec de cette fonction. Au-delà du rôle d'interdicteur du meurtre et de l'inceste dans lequel on a souvent cantonné le père réel, il me paraît nécessaire de souligner l'importance du renoncement de ce dernier à endosser, dans le réel, le pouvoir imaginaire que l'enfant, à travers lui, prête à la figure du père de l'identification primaire.

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L'homme et la virilité. Cette question interroge différemment la femme et l'homme. Pour ce dernier, la dimension érotique se double d'un enjeu narcissique. Pénis et phallus se confondent. La différence anatomique qui confère au visible de l'organe masculin une forme de prestige peut, par renversement, donner à voir la défaillance. L'érection, si elle demeure la spécificité exclusive de l'homme, pourra donner lieu à de nombreux glissements métaphoriques prenant en compte le désir et l'interdit qui le frappe. Il arrive que la boiterie du pénis, dans sa fonction érectile, soit déplacée vers un autre organe dont l'atteinte fonctionnelle révèle qu'elle est dépositaire d'un surplus libidinal. Cet organe se comporte alors, écrit Freud, comme une cuisinière qui ne veut plus travailler au fourneau parce que le maitre a engagé avec elle une liaison amoureuse. La femme et le féminin. La peur occasionnée par le féminin a conduit les hommes à instituer des codes sociaux qui, durant des siècles, ont maintenu les femmes dans une position de soumission. L'attitude transgressive soutenue par certaines femmes associée à la capacité de Freud, elle aussi transgressive, traduire en mots le langage infraverbal des hystériques influèrent sur les réformes apportées aux codes en vigueur. Les changements opérés ont conduit à transformer en égalité entre les sexes ce qui était, jusque-là, considéré comme complémentarité. Il reste malgré tout beaucoup de chemin à parcourir. Amour. « Pourquoi il y a de l'amour, pourquoi il n'yen a pas, pourquoi il y a de la jouissance ou de l'érotisme, pourquoi il n'yen a pas; pourquoi ça se tue, pourquoi ça s'aime, pourquoi ça gueule, pourquoi ça se quitte, pourquoi ça se rencontre et

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pourquoi ça dure?» écrivait François Perrier dans son séminaire sur l'amour. La psychanalyse est à son affaire lorsqu'il s'agit d'interroger les dysfonctionnements, les mésusages de l'amour. Est-elle en mesure de nous dire ce qu'est l'amour? Doit-elle s'en tenir à constater que les investissements affectifs et sexuels de l'autre deviennent accessibles au sujet lorsque les refoulements ont été en partie levés, la bisexualité psychique reconnue, acceptée et mise en œuvre, l'au-delà du principe de plaisir exploré (coup d'arrêt porté à la répétition) et qu'ainsi le temps de l'histoire peut relayer le temps du destin? En d'autres termes, l'aptitude à l'amour (et au travail écrivait Freud) est-elle superposable à la visée que l'on assigne à l'analyse? Si les messagers de l'amour nous sont familiers, qu'en est-il de ses passagers clandestins? Sublimation. Les sublimations relèvent d'une ouverture métaphorique rompant la relation de contiguïté avec l'objet. Les « grandes» sublimations, celles donnant naissance à des créations qui nourrissent le patrimoine culturel commun de l'humanité, relèvent d'une rupture avec les données de l'époque. Freud et Picasso, chacun dans son domaine, ont su faire reculer les bornes du symbolique. Dans un autre registre, le déplacement des temples d'Abou Simbel en fournit une illustration saisissante. Conformisme. La psychanalyse se donne déconstruire les échafaudages des solutions propose de réconcilier tensions, conflits civilisation en respectant la non-coïncidence, sujet et moi. pour visée de maladives. Elle individuels et la césure entre

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Face aux exigences éducatives, normatives et adaptatives requises par la société, comment peut-on ne pas être conformiste? Le conformisme est-il un passage obligé dont il est souhaitable de s'évader le moment venu? Dans une société guidée par le bien-être, nous exigeons d'être rassurés sur tout, assurés contre tout, y compris la mise en échec de nos désirs. Inceste. M'étant penché sur la chanson de Barbara, l'Aigle noir, à la lumière de l'au-delà du principe de plaisir, je me propose d'entendre ce rêve-poème-chanson comme la transformation d'un événement traumatique en une création esthétique conduisant la chanteuse à rétablir le temps de son histoire dans une déconstruction-reconstruction qui suspend l'inceste et restaure l'œdipe. C'est à une mutation de cette nature que, dans le meilleur des cas, la cure analytique peut espérer conduire deux analysantes victimes, elles aussi, de pratiques incestueuses. Violence. Une récente information révélait qu'à l'heure actuelle, en France, une femme meurt tous les quatre jours des suites de violence conjugale. Les procès pour pédophilie, inceste, barbarie se succèdent avec une régularité affligeante. Ces faits de société, dans lesquels est exercée sur l'autre une contrainte de nature à le priver de sa liberté de sujet désirant, ont-ils un lien avec la prise en compte du plaisir de la femme que la psychanalyse a opportunément mis en lumière? Il est aussi une violence qui découle davantage de l'arbitraire que de la cruauté. Résultant de l'exercice de la volonté d'un seul, l'abus de pouvoir est destiné à satisfaire un besoin de toute-

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puissance narcissique. Il n'est pas rare qu'il œuvre, en silence, au sein même des sociétés d'analystes. L'acte sexuel librement consenti ne constitue-t-il pas la version métaphorique «soft)) de la violence, le canevas sur lequel s'édifieront mésusages et malfaçons?

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PREMIÈRE

PARTIE

Entretiens préliminaires Grandir Parentalité Fonction paternelle

ENTRETIENS

PRÉLIMINAIRES

INDICATION

D'ANALYSE, INDICATION

D'ANALYSTE

Rencontre entre une « demande» et une « offre », les entretiens préliminaires constituent le moment essentiel à l'issue duquel la décision d'analyse sera prise. Essentiel pour le patient, il l'est peut-être davantage encore pour l'analyste puisque à cet engagement de plusieurs années, ce dernier ne pourra, sauf circonstances exceptionnelles, se dérober. Dès que l'on se propose, sinon de définir, du moins de cerner la question des entretiens préliminaires, on se trouve très vite confronté à de grandes difficultés. Le patient a-t-il choisi de consulter un psychiatre, un psychologue ou sollicite-t-il, de manière délibérée, un psychanalyste sans se soucier de sa formation d'origine? Déjà les choses se compliquent puisque - du moins dans ma lointaine province - les analystes reconnus comme tels par leurs pairs ne figurent pas toujours dans l'annuaire sous cette rubrique! Doit-on parler de premières rencontres, d'entretiens préliminaires, de prologue? Nous pourrions arbitrairement réserver le vocable « entretiens préliminaires» aux demandes d'analyse « explicitement» (je mets ce terme entre guillemets) formulées, mais si l'on excepte les candidats à l'analyse didactique didactique a priori pour les uns, didactique après coup pour d'autres - et les patients adressés nominalement à un analyste

par un collègue, un médecin ou un ancien patient (et même dans ces occurrences les choses ne sont pas faciles) nombreuses sont les demandes adressées au «psy » qui paraissent informelles, le patient ne sachant pas très bien ce qu'il est venu chercher auprès de quelqu'un dont il ne sait pas davantage ce qu'il pourra lui apporter. Comment cette double méconnaissance est-elle susceptible d'aboutir à une demande d'analyse? Quelle réponse cette demande peut -elle recevoir? Tels se présentent les enjeux des entretiens préliminaires. Quelle que soit leur expression manifeste, les demandes découlent de la souffrance née de la mise en échec de l'illusion de toute-puissance. Reflet de la fragilité identitaire, elles témoignent de la remise en cause de l'assiette (comme on le dit en équitation) affective et sexuelle consécutive à chaque échec, réel ou fantasmatique, induit par le monde extérieur ou le monde intérieur. L'identité résulte d'une construction hétérogène puisque, comme le précise Piera Aulagnier1 : - Une partie est apportée par la mère et le couple dont le désir et le discours concernant l'enfant ont précédé sa venue sur la scène du monde. - Une seconde est fournie par le champ social qui décide de la place qu'il occupera en tant qu'élément du système de parenté sur lequel repose son organisation. - Une troisième, enfin, sera l' œuvre du désir propre de l'apprenti constructeur. Et Piera Aulagnier ajoute que «ce dernier sera d'emblée confronté à la tâche bien difficile de trouver une méthode, un

I Piera Aulagnier

in « Quel désir pour quel enfant », Topique,

n° 44

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