Jacques Schotte

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Jacques Schotte (1928-2007) a été un des principaux chorégraphes de la pensée sur la scène de la psychanalyse francophone du dernier demi-siècle. Jacques Schotte dansait sur les lignes de démarcation langagières qui structurent l'inconscient. Cet ouvrage en forme d'hommage présente quelques-unes des multiples facettes de l'homme et de sa vision anthropopsychiatrique de l'être souffrant, son parcours comme son questionnement sur les fondements de la clinique, les choix des souffrances psychopathologiques. L'homme est un "animal malade" de langage dont la seule et essentielle approche thérapeutique est dans et par la parole.

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JACQUES SCHOTTE
Un Questionnement Psychanalytique

Collection Philosophie, Sciences, Psychanalyse Dirigée par Tony Brachet
La collection soutient, dans son articulation avec la psychanalyse, tant il est vrai que ce qui s’analyse est identique à ce qui s’articule, l’antique division du Savoir en Logique, Physique, Ethique. La Logique pour ce qu’il en est de la mise en acte du discours analytique lui-même, de sa fondation dans le registre symbolique. La Physique - en son acception la plus large - en ce qu’elle touche, fût-ce par le Véhicule du discours universitaire, au réel. L’Ethique enfin, en ce qu’elle interpelle, de son imaginaire propre, le discours du Maître.

PENTA Editions
« Il n’y a de psychanalyse que dans son questionnement de l’Autre-Scène. Les éditions PENTA se proposent d’interroger cette psychanalyse dite – à tort – appliquée (à tort car « il n’y a de psychanalyse appliquée que sur le divan » dit Lacan), en investissant ses cadres extérieurs qui lui insufflent, avec la clinique du cabinet, ses plus brillantes avancées : l’art, la littérature, la philosophie et les phénomènes de société. Loin de l’auto-engendrement stérilisant, la psychanalyse à venir se doit de se référer à ces autres discours qui expriment les malaises (Unbehagen, disait Freud) qui bouleversent les assises identitaires de l’homme moderne et de ses cultures. »

Sous la direction de

Christian FIERENS et Cosimo TRONO

JACQUES SCHOTTE
Un Questionnement Psychanalytique

PENTA
Editions

© Penta Editions 59 rue St André des Arts - 75006 Paris penta.editions@orange.fr ISBN : 978-2-917714-03-4 EAN : 9782917714034

Introduction

Jacques Schotte (Gent, 1928-2007), docteur en psychologie et psychiatre, fut à la fois enseignant et praticien de la psychanalyse, de la psychiatrie et de l’anthropologie en général. Jacques Schotte avait fait paraître en juin 2006 "Un parcours", ouvrage qui relate son cheminement de psychiatre et psychanalyste. Professeur à l’Université Catholique de Louvain et à la Katholieke Universiteit de Leuven, il débordait d’enthousiasme et dansait avec les idées qu’il empruntait à divers domaines de la culture humaine. Ayant côtoyé les grandes figures de la psychiatrie de son temps, il restait ouvert à toutes les tendances pourvu qu’elles n’excluent pas la perspective proprement anthropologique. Son trajet dans la psychanalyse fut très diversifié : analysant de Boss et Bally, élève de Binswanger, proche de Lacan et suivant ses premiers séminaires, analyste de l’Ecole lors de la fondation de l’Ecole freudienne de Paris en 1964, cofondateur de l’Ecole Belge de Psychanalyse, découvreur de l’analyse du destin de Léopold Szondi et l’élevant à la dignité d’une anthropologie dialectique... Armés de ses différentes lectures, brassant les idées, provocant les rencontres, il voulait présenter une nouvelle approche de l'homme en souffrance, une « Pathoanalyse ».
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Jacques Schotte, un questionnement psychanalytique

Par là, il visait à fonder une psychiatrie enfin véritablement humaine, une « Anthropopsychiatrie ». Plus spécifiquement, par son enseignement et par sa pratique, il a su éveiller et soutenir le désir de psychanalyse chez toute une génération d’étudiants en sciences humaines, psychologie, médecine, psychiatrie, etc. Et par là son influence sur la psychanalyse sur les différentes écoles et associations de psychanalyse, en Belgique notamment, fut énorme. À l’initiative de Christian Fierens, le Questionnement Psychanalytique a organisé le 7 mars 2009 une journée de travail en hommage à Jacques Schotte et à sa pensée féconde et vivante. La journée était centrée sur les aspects proprement psychanalytiques de l’œuvre de J.Schotte. Comment la psychanalyse est-elle le fil rouge de cette œuvre ? Qu’en retient-on aujourd’hui ? Quelles sont les critiques qui pourraient lui être adressées ? En quoi nous relance-t-il pour notre travail théorique et pratique de demain ? Ce recueil reprend les principales contributions à cette journée. On y trouvera notamment les lignes centrales de la pensée de Schotte, telle qu’elle se trouve reprise par quelques-uns de ses « élèves » analystes : dans un esprit de fidélité certes, pas nécessairement de conformité, puisqu’il s’agit aussi d’indiquer le mouvement dialectique qui élève en transformant (Aufhebung). Car le système schottien est bel et bien un système ouvert par principe à la dialectique. Ce recueil est ainsi une excellente manière de s’introduire en acte dans la dialectique ouverte par Schotte.

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Celui qui visait à comprendre les psychopathologies
Antoine VERGOTE
Dans le titre que j’ai donné à mon intervention dans cette journée, j’ai aimé remémorer les très nombreuses conversations analytiques, artistiques ou philosophiques que j’ai eues avec Jacques Schotte. C’est pour cette raison que j’ai mis le mot « comprendre » en exergue, pour lui donner son sens fort comme Jacques le faisait, celui de la saisie de la raison nécessaire qu’il faut arriver à découvrir dans les comportements humains qu’on observe et dans les paroles qu’on entend, même s’ils sont apparemment étranges et aberrants. Jacques Schotte s’était formé à cette compréhension. Etudiant en médecine à Gand il y suivait les leçons-conférences que donnait à l’institut français le jeune professeur Henri Maldiney, qui sera nommé plus tard professeur de philosophie à l’université de Lyon. Maldiney a orienté Jacques vers le projet de comprendre, projet qui deviendra le sien en tout domaine mystérieux, en particulier dans les figures artistiques même étrangement primitives, ainsi que dans les pensées et vies identifiées comme psychopathologiques. Le projet de comprendre conduit ensuite le jeune médecin Jacques Schotte à faire des études de psychologie et surtout de philosophie à Louvain,
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Jacques Schotte, un questionnement psychanalytique

centre important de recherches et de publications dans la philosophie « phénoménologique » et dans celle de Martin Heidegger. Jacques y a aussi fait des études de psychologie et il y a même présenté un doctorat en psychologie. Mais la psychologie universitaire ne l’intéressait pas vraiment. La nature difficilement saisissable de cette science se prêtait bien aux moqueries de Jacques. Il a d’ailleurs beaucoup regretté d’avoir été nommé professeur à la Faculté de Psychologie plutôt qu’à celle de Médecine. Le maître à penser qu’Henri Maldiney a été pour lui à Gand a continué de l’inspirer et de l’orienter. C’est à lui aussi qu’il reprend la forte expression grecque qui sera le sigle par lequel il voulait identifier ses écrits : pathei mathos ; je traduis : instruit par la souffrance. C’est par cette formule, en effet, qu’en 1963 Maldiney caractérise l’esprit du très grand psychiatre-philosophe qu’était Ludwig Binswanger, directeur de la célèbre clinique psychiatrique de Bellevue en Suisse. Dans la traduction « instruit par la souffrance », (pathei), souffrance a le sens de malaise et de douleur. Personnellement j’y entends aussi le Unbehagen du livre de Freud Unbehagen in der Kultur, Malaise dans la civilisation. Sous les masques d’un trop léger bonheur que bien des hommes aiment ou aimeraient présenter, aussi pour eux-mêmes, le psycho-pathologiste voit en effet les malaises et les souffrances qui sont inhérentes à l’existence. Et c’est aussi à ce fond universellement humain qu’il faut demeurer attentif, selon Freud, lorsqu’on se trouve confronté avec les plaintes pour lesquelles des humains s’adressent au psychiatre ou au psychanalyste.
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Dans les colloques qu’il a contribué à organiser et dans les cours qu’il a donnés, Jacques a ensuite inlassablement poursuivi les confrontations entre la psychiatrie, la psychanalyse et la phénoménologie, la phénoménologie allemande en particulier, celle qui est profondément marquée par la philosophie de Heidegger et qu’on a appelée Daseinsanalyse. Je ne m’étendrai pas sur ce mot fondamental mais pratiquement intraduisible. Certains ont traduit littéralement le mot Dasein par être (sein) là (da). Dans tout son contexte de philosophie allemande, Dasein signifie : L’être (le sein) qui a à être là (da) où il s’éprouve comme donné à lui-même pour être véritablement, comme un to be. Souvenez-vous de l’interrogation angoissée de Hamlet : to be or not to be. Dans la ligne de la phénoménologie Daseinsanalytique, le projet de Jacques était d’élucider ce qui peut psychologiquement entraver l’homme à faire suffisamment advenir son être personnellement humain. Il voulait élaborer ce qu’il appelait une « anthropophénoménologie » et y situer l’expression de Tinland, « la différence anthropologique » dans l’ordre des vivants. Bon médecin, Jacques reconnaissait les effets psychologiques de certaines perturbations physiologiques. Mais il s’opposait, souvent avec ardeur, à la réduction de la psycho-pathologie à l’objet des neurosciences. Peut-être cet inlassable combat a-t-il contribué à lui rendre difficile une plus pleine élaboration de ses pensées sur la véritable psychopathologie. L’attention focalisée sur ce qui est proprement humain dans les psychopathologies faisait Jacques également s’opposer au langage qui identifie
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celles-ci par une formulation négative : l’a-normal, l’ab-errant. Par l’expression pathei mathos, il donnait d’ailleurs à la psychopathologie le sens d’une existence qui est essentiellement et universellement humaine. Il recevait cependant sur le divan ceux qu’au sens médical de l’expression il estimait souffrir anormalement, pathologique-ment. A ceux-là il parlait autrement qu’aux étudiants qu’il aidait dans le travail de leur thèse. Il pratiquait la différence fondamentale entre, d’une part, la parole qui oriente l’esprit universel de la recherche et, d’autre part, la parole qui libère cet esprit des entraves dont il souffre sans comprendre pourquoi et que, pour cette raison, on appelle dans un sens médicalement déterminé « psychopathologique ». Freud a toutefois réussi à saisir et à penser très progressivement ce qui est en réalité le plus difficile à vraiment penser : les moments de la négativité pure dans le psychisme, le négatif qui n’est précisément pas la face cachée de la créativité, la négativité psychique qui entrave celle-ci, celle qui déforme la disposition personnelle, celle qui agit déraisonnablement dans les névroses et destructivement dans la schizophrénie. C’est parce que ce moment ou ce facteur d’une négativité proprement pathologique est si contraire à la raison poétique et théorique, que la raison a toujours eu tendance à la nier en lui donnant une tournure positive de créativité. Songez par exemple à la manière dont Carl Gustav Jung a essayé d’interpréter positivement les psychoses. La phénoménologie de Merleau-Ponty, elle aussi, a d’abord été une interprétation existentielle positive de tout ce qui, dans les
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conceptions de Freud, portait le signe négatif de la pathologie. Mais par après, dans sa préface au livre de Hesnard, Merleau-Ponty reconnaît que, ce faisant, il a méconnu l’essentiel de la psychanalyse freudienne. Le négatif déraisonnable, autrement dit, le négatif qui ne structure pas dynamiquement la raison et qui ne promeut pas de nouvelles formes d’existence créatrice, ce négatif demeure un scandale pour la raison. Aussi les esprits qui reconnaissent ce négatif psychologique et qui sont mal à l’aise dans la pensée psychologique théorique de ce négatif, cherchent-ils souvent à n’y voir que l’effet d’un désordre neurophysiologique. La tendance de la raison à nier le négatif psychopathologique reste forte et elle s’est à nouveau manifestée dans l’accueil enthousiaste que surtout la France a fait au livre de Michel Foucault Histoire de la folie à l’âge classique. Ceux qui ont suivi les commentaires enthousiastes que Jacques Schotte a fait de ce livre, se souviennent sans doute de l’affirmation par laquelle Foucault le conclut : que « la liberté » est « solidement impliquée dans la notion même de folie ». Mais n’importe quel parent qui a un fils ou une fille schizophrène vous fera une douloureuse leçon sur la différence entre la folie qu’il observe tous les jours et celle, symbolique, dont Erasme parle dans son Eloge de la folie, autrement dit : sur la différence entre l’apparente liberté que commandent en fait d’obscures impulsions profondément égoïques et la liberté pour l’engagement dans des activités qui font sens. Comme j’y ai insisté, dans sa pratique psychologique et, je le souligne, médicale, Jacques Schotte distinguait lui aussi les deux « folies » et les deux « libertés ». Il
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consultait même régulièrement Roland Kuhn, le psychiatre-phénoménologue suisse chez qui il avait accompli pour une part importante sa formation, qu’il a d’ailleurs invité à faire des cours à Louvain, et à qui l’université a donné un doctorat honoris causa. Jacques avait un souci proprement thérapeutique des personnes qui venaient le consulter. Ses intérêts théoriques animaient et orientaient ces soucis. Mais ses élaborations théoriques ne les intégraient que fort peu. Dans ses pensées théoriques, ce qu’on nomme pathologique, apparaît comme la manifestation voilée d’un élément universellement humain. Je le souligne : « voilée », mais, selon lui, pas déformé. En cela je peux condenser la pensée de Jacques dans les trois verbes que Ludwig Binswanger a unis pour formuler le principe de l’intelligence psychiatrique psychanalytique : Erfahren, Deuten, Verstehen. Je propose de traduire par : expérience, interprétation, compréhension. Binswanger applique aussi ce principe dans l’écoute du schizophrène. Il élabore ainsi une intelligence du délire en se laissant progressivement conduire par ce qu’il entend le délirant lui dire. Mais il ne guérit pas et il ne propose pas un système de paroles proprement thérapeutiques. Pour cela il aurait dû, comme l’école anglaise dans la ligne de Mélanie Klein et de Winnicott, abandonner l’attitude résumée par les trois verbes : faire l’expérience, interpréter et comprendre. A cet égard Jacques Schotte était bien plus proche de l’herméneutique phénoménologique de Binswanger que de Klein et de Winnicott. Cette attitude d’analyste phénoménologue a aussi, mais dans un autre sens, porté Jacques à rompre avec
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