Jamais moi sans toi

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«Nul est une île». Tel pourrait être l'un des leitmotiv du nouveau livre de Alberto Eiguer qui illustre et détaille toutes les conséquences de cette thèse. Les liens intersubjectifs ont fait l'objet de découvertes récentes dont l'auteur s'attache à illustrer la réalité. Le psychisme de l'enfant est conditionné par les interactions avec son entourage. L'obtention des progrès thérapeutiques est déterminé par le lien patient/thérapeute. C'est maintenant l'ère du relationnel qui prime sur celui de l'individuel. A l'aide de nombreuses vignettes cliniques, A. Eiguer tire les conséquences de ces découvertes pour un renouvellement des concepts et de la pratique psychanalytique.

Publié le : mercredi 19 mars 2008
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782100535187
Nombre de pages : 208
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INTRODUCTION
ACEauxdéfisde lasociété contemporaine etde lévolution de la F clinique, la psychanalysesetrouve àun momentcrucial : ouellese renouvelle ouellereste inadaptée. Heureusement, cerenouvellementestamorcé etcela depuisquelques décennies. Plusieurschantiers sonten coursetdansdesdirections diverses. Pourtant, il nestpas toujoursévidentque lesnouvelleslignes detravailrépondentauxdéfis réels. Ilyaun domaine qui attend depuis longtempsdêtrevalorisé et systématiquementexploré. Lhumain nestpas un êtreseul. Ilse forme,vitetprogresse enlien avec lesautres, avecsesprocheset sesamis, même avec desinconnus. Oron a pensé ques’affranchirdesautresetprendreune certaine distance par rapportà euxétaient une garantie de liberté. Cette idée étaitjadis justifiée lorsqu’il fallaitdéfendresesdroitsà la liberté età la créativité, protégercoûte que coûte lavie privée de lindividuetfavoriser sa capacité dentreprendre. Dansceschème, lesautres— aussi bien les tenteursde latradition que ceuxquise montraient trop dépendantsde t i él lui — apparaissaientcomme contraignantlindividu. n d Aujourdhui, on entend fréquemmentlesmotsparticipation, concerta-st u tion, association. Onse demande : lindividualisme, est-il indispensable ée e s i r opour se développer? ut Laréalité de chacun montre qu’ilvitaccompagné. En compagnie des on a e nautres, il peut setrouverplusfort, plusinventif, en meilleuresconditions pour se connaître. Pourquoi alorscette crainte dontlextrême estla peur ocopi t de lemprise ? ho Mon butestde proposer unrafraîchissementde lathéorie etde la – Lap ratique psychanalytiqueseuégard auxdécouverteslesplus récentes sur nod lesliensinterhumains,surleurs répercussions surla psyché de chacun. u D Parmi cesdécouvertes,trois sont susceptiblesde nousintéresser:
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INTRODUCTION
– dansla formation de lhumain, lesdécouvertes surlesinteractionsde lenfantet sa mère etlesautresmembresdeson entourage montrent queson psychisme esten lien detellesorte que leslimitesde ce dernier napparaissentpasxes,stables, définies. Ni par sa formation ni par son évolutionultérieure,sa psychologie nestpascelle d’un psychisme isolé; dansla pratique des traitementspsychanalytiquesetpsychotrapeu-tiques, le lien configuré entre lesdeuxpartenairesde la celluletra-peute/patientestterminantpourlobtention desprogrès. Dans tous lescas, le processusde changement se développe indépendammentdu sirde chacun deux. Surle plan fantasmatique,trapeute etpatient s’identifientl’un à lautre, échangeantleursplaces ; auniveaudesidées, nousassistonsàunerévision de la modernité, celle-ci nousa jadisfaitdécouvrirlindividuetapprécier ses virtualités, mais sesveloppements théoriquesne correspondentplusà lhomme réel, autrementdità lhomme ensituation;ilsnetiennentpasassez compte desa grégarité.
Dautresprécédentsle confirment, la psychologie desgroupesetdes familles, du travail deséducateurs, des sociologues,souligne que chacun des sujetsestimpliqué dans un processusderéciprocité etque leur psychisme estenrésonance. Suite à la découverte dhorizonsalternatifs dansdautrescivilisationsparlesanthropologues, lesnotionsde partage daffectsetdereprésentationsinconscientesetducollectifse dégagent avec force. Maiscesdécouvertesnontpasdonné lieuà desmodifications substan-tiellesauniveaudesconceptsetdespratiques. Il est tempsdenvisager lexamen de nosidéespour voir si ellescorrespondentencore à lavie quotidienne desindividus. Nous sommesmême contraintsde le faire; dautres réalitésnousincitentà cela : nousentendonsbeaucouptrop de discours surlévolution de lasociété qui annoncentdescatastrophes. Il nous revientlatâche de contribuerà éclaircirla confusion deslangues où se mêlentdesainesintuitionsetdescrisangoissants surlavenir, des travauxde prospectiveréalisésavecsérieuxetdes visionsinspiréesde certainesexriencespersonnellesetquisontabusivementgénéralisées, puisprésentéescomme des vérités. Nousavonsla charge de donner notre pointdevue en faisantappel à nosidées, quisontfondées sur une pratique caractérisée parle faitque nous sommesen contactavec des êtresensouffrance. Je croisqu’il convientde faire évolueretmême bousculerle champ de lanalyse, en proposantdesnotionsquiremplacentcellesquisesont
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avéréescaduques. Ce changementne devraitpasêtreun changementde parure. Leregardthéoriciens’accompagnera dapplicationspratiques, caril estfacile de proposerdesidéesmaiselles resteront sansavenir si lesthodesdetravail demeurentlesmêmes.
Lathéorie que nousproposons se centresurla psychologie desliens intersubjectifs. Faute de disposerd’un mot unique, nousen associons deux: « lien » et« intersubjectivité ». Ils réalisent unesyntse; un lien entresujets se noue de façon inconsciente, le préfixe « inter» voulantindiquerque lentre-deuxestlobjetdétude. Maisilsouligne que le lien nesignifie paseffacementdes subjectivités. Lexpression « liensintersubjectifs» nestpas récente (Kaës, 1994b). Elleréunitdes constatationsetdesidéesqui animent un débatfourni. Mon projetestde permettre que différentes recherches s’y reconnaissent.
LES DEUX ACCEPTIONS DE LIEN SONT TOUT UN PROGRAMME
Unrappel lexicographiquesurlesdeuxacceptionsdumotlien me sembleutile. Première acception.Le motlienrive dulatinligamen,qui a donné aussi lesmotsliaison, ligament, liasse, lie. Danslesensle plusdirect, un lien est un objetmatériel, « Toute chose flexible etde forme allongée servantà lier, à joindre, à attacherensemble plusieursobjetsoules diversespartiesd’un même objet» (Le Robert,t. IV, p. 98). Cestla définition de base. Ensuite dautres significations sontproposées, par analogie, parextension, comme forme figurée, partaphorisation. Par analogie, entechnologie, lesliens sontlespiècesen boisouen t i éltal qui ontcette même fonction derelier, dattacher(Le Robert, op. n d cit.,loc. cit.). st u Par extension, « danslabstrait», ce qui lie ou unitdeuxchosesou ée e s i r oplusieurschosesentre elles, etqui ont un « lien logique ». Les synonymes ut «suite », « corrélat« liaiion », s« enchaînemenon », t», « analogie », on a «rapport»sontàsouligner. e n Forme figurée.Le mot s’applique auxindividus. « Ce quiunitentre ocopi t ellesdeuxouplusieurspersonnes. » Le premierexemple nousplonge ho dansnotresujet: liensde parenté, puislien du sang, de famille, de – La p filiation, conjugal. Lesaspectsémotionnels sontensuiterévéléspar nod uunesérie desynonymes: attachement, lien desympathie, fraternité, D accointance;enfin lien dhabitude, « lien quiunitdeuxamants». Etc.
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