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James Cook et le tabou

De
234 pages
James Cook, en 1777, découvrit le tabou, le mot et la chose. Par lui, ce mot a pénétré nos langues européennes. Chez le Polynésien, le tabou est à l'opposé de ce qu'il signifie dans nos cultures. Pour nous, il est ce que l'on doit évincer, non ce qu'il faut respecter. On comprend mieux le tabou, s'il est joint à la notion de mana, également polynésienne et découverte cent ans après Cook. Par leur complémentarité, tabou et mana offrent une meilleure compréhension des sociétés traditionnelles.
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Robert Lloancy
JAMES COOK et le t a bou Origine d’une notion
James Cook et le tabou
Robert Lloancy James Cook et le tabou Origine d’une notion
Du même auteur. La notion de sacré, aperçu critique. L’Harmattan, 2008.© L'HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07881-6 EAN : 9782343078816
"Ainsi, ces peuples se montraient hospitaliers, civils et d’un bon naturel, quand nous n’excitions point leur ja-lousie ; et, lorsqu’ils entreprirent de faire résistance, on ne peut guère blâmer leur conduite. Car enfin, sous quel point de vue devaient-ils nous considérer ? Il leur était impossible de connaître notre véritable dessein. Nous en-trons dans leurs ports, sans qu’ils osent s’y opposer ; nous tâchons de débarquer comme amis ; mais nous descen-dons à terre, et nous nous y maintenons par la supériorité de nos armes. En pareilles circonstances, quelle opinion pouvaient prendre de nous les Insulaires ? Il doit leur pa-raître plus plausible que nous sommes venus pour envahir leur contrée, que pour les visiter amicalement. Le temps seul et les liaisons plus intimes leur apprirent nos bonnes intentions […] Il est donc difficile pour eux de voir sans inquiétude des étrangers descendre sur leurs côtes […] il y a bien peu de nations qui souffrent volontiers que les navigateurs pénètrent dans l’intérieur de leur pays" James COOK. — Deuxième voyage,
Tome 4, p. 295-296
Paris, Hôtel de Thou, 1778.
INTRODUCTION La consultation d’un dictionnaire courant, à plus forte raison celle d’un dictionnaire étymologique, nous apprend qu’en fran-çais, le mottabouest toujours relié à Cook. Ce mot, en effet, a été introduit dans nos langues européennes, en anglais d’abord, puis dans d’autres idiomes, à la suite de la parution des ou-vrages relatant les voyages dans les îles du Pacifique du célèbre navigateur anglais. Emprunté aux langues polynésiennes, ce vocable apparaît comme néologisme, dans les observations qu’il fit, au cours de son troisième et dernier voyage, de 1776 à 1779. James Cook tenait un journal personnel dans lequel il notait, au jour le jour, ses impressions, les découvertes qu’il faisait et ses observations sur des faits remarquables. Ces notes abondantes, remaniées et mises en forme, ont été publiées, comme à chaque fois à l’issue de ses voyages, dans de volumi-neux ouvrages. 1 James Cook (1728-1779) a effectué successivement trois expé-ditions maritimes autour du monde. Chacune avait un objectif précis, nommément défini. La première, du 13 août 1768 au 12 juin 1771, avait pour mission d’observer, à Tahiti, le transit (le passage) de la planète Vénus devant le disque solaire. Les pré-visions des calculs indiquaient ces parages pour l’observation optimale de ce phénomène. Selon l’astronome Halley, c’était un 1  Pour tout ce qui a trait à la biographie de Cook, nous renvoyons au livre de Kippis (1789). Les références relatives aux auteurs cités avec la date de parution des ouvrages se trouvent dans la Bibliographie générale, à la fin du présent essai.
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bon moyen permettant de déterminer la distance entre la Terre et le Soleil. La deuxième, un an après son retour, du 9 avril 1772 au 29 juillet 1775, selon l’ordre de mission, était de s’assurer, en naviguant au plus près du pôle Sud, de l’existence d’un continent sous ces latitudes. La troisième expédition, du 12 juillet 1776 au 22 août 1780, devait rechercher la possibilité d’un passage en mer libre, au nord de l’Amérique, entre le dé-troit de Béring et la baie de Baffin : le fameux passage du Nord-Ouest. Celui-ci, en ce temps, focalisait toutes les imaginations. De nombreuses expéditions avaient été entreprises en vue de cette éventuelle découverte. Notons, dès à présent, que le retour en Angleterre de cette troisième expédition se fit sans le capi-taine Cook. En effet, l’illustre navigateur avait péri, le di-manche 14 février 1779, massacré par les indigènes de l’archipel qu’il avait découvert l’année précédente. Ces îles, il les avait nommées les Îles Sandwich, en l’honneur du comte du même nom, qui, à cette époque, était le premier Lord de l’Amirauté britannique (l’équivalent d’un ministre de la ma-rine). L’île où se produisit ce funeste événement, la plus grande de l’archipel, selon le nom donné par les insulaires et transcrit d’après la phonétique de l’anglais, étaitOwhyhee. On y recon-naît sans peine le nom Hawaï donné par la suite et qu’elle con-serve après avoir servi à nommer l’ensemble de l’archipel. De nos jours, c’est aussi, parmi les cinquante États des É.-U., le dernier en date. Cook n’a pas l’avantage d’une mention dans leDictionnaire 2 des Ethnologues et des Anthropologues. Il est vrai qu’il n’était ni l’un ni l’autre, mais un simple navigateur et explorateur, fai-sant preuve d’une curiosité rare, nullement exceptionnelle au Siècle des Lumières. Son "invention" du mottaboun’est jamais mentionnée dans cet ouvrage. Il est également absent du vo-3 lume de l’Encyclopédie de la Pléiade,Ethnologie régionale 1, relatif, pourtant, de l’Océanie. Dans cette même collection, 2 Gaillard (2002). 3 Collectif,Ethnologie Régionale I. (1972).
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4 l’ouvrageEthnologie généralese démarque quelque peu. Dans le chapitre introductif, intituléHistoire de la pensée ethnolo-gique, on peut effectivement trouver une allusion rapide à Cook, parmi d’autres navigateurs :
"Il faut accorder une mention particulière aux dé-couvreurs des archipels océaniens, et parmi eux citer les relations de Cook, Forster, Parkinson et Bougainville ; ces grands voyageurs, et Cook en tout premier, étaient des humanistes, des esprits ouverts à la compréhension des civilisations "différentes", et soucieux d’enregistrer les aspects – les plus visibles, évidemment — des socié-tés chez qui ils passaient quelques jours ou quelques se-maines ; d’autre part, marins habitués à tenir un journal de bord, ils avaient une inclination naturelle à rendre compte de manière méthodique et précise de leurs con-tacts avec des indigènes ; on leur doit de très précieuses informations" (p. 23).
Cette mention, bien qu’élogieuse, n’explicite pas ces "pré-cieuses informations" que l’on doit à ces marins, notamment à Cook. Cet éloge saurait-il nous contenter ? Il est effectivement fort court et très allusif mais, enfin, c’est mieux que rien. 5 Le livre de Michèle Duchet fait une place plus grande à e Cook, parmi d’autres navigateurs du 18 siècle. Toutefois, dans cet ouvrage généraliste, il ne pouvait être question de détailler, sur des points précis, les apports des uns et des autres. On y lit néanmoins, avec satisfaction, que la bibliothèque de Voltaire possédait, entre autres, les ouvrages relatant les voyages de Cook parus avant la mort de l’écrivain (p. 68).
4 Collectif,Ethnologie Générale. (1968). 5 Duchet (1995).
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