Jean-Baptiste Natama, un nouveau leadership africain

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"Ma vision de l'avenir du Burkina Faso est celle d'un pays uni où l'homme et le peuple sont au coeur de toutes nos actions ; un pays où des femmes, des hommes, des jeunes, fièrement enracinés dans leur culture séculaire, regardent avec sérénité l'avenir qu'ils interrogent, planifient, affrontent avec courage et dignité ; un pays, une société en bonne santé physique et morale [...] résolument tournée vers le progrès et la paix, résolument ouverte sur l'Afrique et le monde."
Publié le : mardi 1 septembre 2015
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EAN13 : 9782336389677
Nombre de pages : 298
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GadjBis MBAO
JEANBAPTISTE NATAMA, UN NOUVEAU LEADERSHIP AFRICAIN
Pardessus la barre haute Entretiens
Préface d’ElikiaM’BOKOLO
Jean-Baptiste Natama, un nouveau leadership africain
Gadj-Bis MBAOJean-Baptiste Natama, un nouveau leadership africain Par-dessus la barre haute
Entretiens
Préface d’Elikia M’Bokolo
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06378-2 EAN : 9782343063782
Préface Enfin, voici la relève africaine ! On se demandait depuis longtemps et partout en Afrique où elle était passée. Elle, la relève africaine : ces contingents de jeunes femmes et hommes, façonnés pour les uns dans les combats politiques et dans les luttes armées des décennies de l’indépendance, formés pour les autres, parfois à prix d’or, en Afrique même ou dans les écoles, universités et instituts de toutes les parties du monde. Voilà une question en tous points légitime. Car, aussitôt installés sur les trônes rutilants, tout chauds encore, des commandants et gouverneurs coloniaux, les « pères de l’indépendance », supposés tels, le plus souvent autoproclamés, se sont empressés d’en chausser les bottes, d’en récupérer les illégitimes privilèges précipitamment amplifiés, d’en durcir les pratiques et les postures despotiques, de les singer jusqu’à se faire un point d’honneur de les suivre chez eux, dans la chère « métropole », au moindre rhume ou, bien sûr, pour ces délassements répétés dont les nouveaux citoyens africains, de nouveau rabaissés et renommés « populations », ne pouvaient imaginer les luxueux excès. Ajoutez à cela la présence envahissante de l’ancien colonisateur, ses interventions militaires à répétition, scandaleusement affichées et glorifiées, son habile exploitation de toutes les ressources –matérielles, financières, diplomatiques-, son imposition astucieuse et habile de sa langue, de ses valeurs et modèles culturels… Un vrai scandale, habillé des atours trompeurs de l’« aide » et de la « coopération », accepté apparemment par « tout le monde »…
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Un scandale tel qu’ici et là, d’aucuns en sont venus à se demander « quand finirait l’indépendance », cette « indépendance » - là ! Et à se demander aussi où était passée la relève africaine ! Bien sûr, des maquis camerounais et des assassinats ciblés des leaders réputés « dangereux », et aussitôt exposés à la vindicte internationale par le label infâmant de « communistes », jusqu’aux « faux complots » étouffés dans l’œuf avec une rigueur implacable et jusqu’aux massacres de masse de manifestants désarmés, une bonne partie de la relève avait été physiquement liquidée ou réduite au silence par la peur. Et les autres ? Les régimes postcoloniaux ont tout mis en œuvre pour les manipuler et, comme on dit, pour les récupérer : de confortables fauteuils ici, des promotions spectaculaires là-bas, le tout accompagné de copieuses « enveloppes » et, parallèlement, l’exploitation machiavélique des frustrations créées et des jalousies entretenues parmi les « laissés pour compte » : bref, la machine à diviser et à désarmer une éventuelle relève produisait la totalité de ses effets. Emprisonnées, toute volonté et toute capacité d’alternative ! Morte, la pensée indépendante et novatrice ! Brisée, l’énergie créatrice ! Etouffé, le génie inventeur ! Illusion que tout cela ! Ce livre montre en effet que beaucoup - pour ne pas dire tout-reste possible et que se trouvent devant nous, à côté de nous, avec nous, ceux et celles grâce à qui peuvent s’ouvrir les chemins d’un futur autre que notre actuel présent : « Oser inventer le futur ! », selon une formule chère à Thomas Sankara ; « Réaliser l’utopie que nos peuples nous dictent », selon les propres mots de Jean-Baptiste Natama. Voici donc un livre secrètement attendu et espéré ! Un livre bien singulier ! Car, contrairement à un usage bien établi entre nous Africains et contrairement aux mœurs internationales, ce livre n’est pas la énième brillante démonstration d’un nouveau talentueux théoricien ou génial stratège en « développement », ni d’un expert pointilleux, travaillant en 6
vase clos, appuyé sur quelque nouvelle « théorie », « vision » ou « approche », les uns et les autres sans légitimité et, bien sûr, sans obligation de résultat… Ce livre, au contraire, est la restitution d’un dialogue de très belle facture ! Un dialogue entre deux amis et deux complices de très longue date -plusieurs décennies !- que les contraintes de la vie ont plus ou moins tenus éloignés l’un de l’autre : Gadj-Bis Mbao, l’interviewer, et Jean-Baptiste Natama, l’interviewé ! Même alors, entre eux, les liens ne manquent pas : une indiscutable proximité, des rêves communs, des utopies partagées dans la jeunesse et toujours vivantes. Mais, en même temps, entre eux se déroule une sorte de corps à corps intellectuel et politique sans complaisance, qui oblige l’interviewé à aller jusqu’au bout de ses idées, de ses passions, de ses réalisations passées, de ses engagements actuels et aussi de ses combats à venir. Une complicité qui s’honore d’être vigilante. Si cette rencontre entre deux amis importe à tous ceux dont l’Afrique est l’habitat, la préoccupation, la référence ou l’ultime horizon, c’est que Jean-Baptiste Natama n’est pas n’importe qui. Ce n’est pas d’abord à ses fonctions et à ses responsabilités actuelles que l’on pense. Le directeur de cabinet de l’actuelle Présidente de la Commission de l’Union africaine n’est pas dans l’affichage et la monstration. Sa discrétion, mêlée à cette compétence que traduisent tous ses propos, ne laisse pas d’impressionner : sa jeunesse aussi, gage d’un avenir dont on perçoit qu’il sera chargé de réalisations de toutes sortes, dont le soubassement et le profil se dégagent très clairement de ses analyses et de ses propositions. A son crédit, il a déjà la chance, ou plutôt le mérite, d’avoir reçu et d’avoir assimilé une éducation fort éloignée de celle de la plupart des Africains de sa génération. Si l’école y a occupé une place de choix, il y a eu aussi cette éducation villageoise dont la présence se perçoit dans la maîtrise de ces savoirs, de ces langages, de ces formules, de ces raccourcis saisissants qui, naguère, dans la bouche et sous la plume d’un Amadou Hampâté Ba, d’un Joseph Ki Zerbo ou d’un Julius Nyerere, ont consolidé la « présence » intellectuelle de l’Afrique dans le monde. Bien sûr, les palmes scolaires 7
et académiques ne manquent pas dans sa besace, à ceci près qu’il a su articuler des formations multiples, civiles et militaires, littéraires et diplomatiques, constamment ouvertes à la pratique des sports et des arts, tant au pays qu’en France. Avec, en outre, les sollicitations pressantes de cette période où, tient-il à rappeler à juste titre, la Haute Volta, muée en Burkina Faso, « nourrissait les jeunes aux idéaux de transformation révolutionnaire de la société ». C’est d’ailleurs par un appel fameux à la jeunesse d’aujourd’hui que le discret haut fonctionnaire s’est fait connaître du large public. SonManifeste pour une jeunesse responsable. Essai de morale sociale(2013), toujours à l’ordre du jour, invite les jeunes Africains à cultiver ces « vertus » sans lesquelles aucun pays africain ni, à plus forte raison, l’ensemble du continent ne sortira des ornières : « la foi » ; « l’amour et le service de la patrie » ; « le sens de la solidarité » ; « le courage et la persévérance » ; « l’intégrité et le sens de l’honneur » ; « l’humilité et la tolérance » ; « la justice et la vérité » ; « la rigueur » ; « l’amour du travail »… Parler de vertus dans l’Afrique d’aujourd’hui ? C’est que le jeune fonctionnaire au ministère de la Défense à l’époque trouble (1984-1990) de la révolution sankarienne et du thermidor burkinabè a acquis, au plus haut niveau des responsabilités, une expérience africaine exceptionnelle. Présent sur tous les terrains belliqueux (Burundi, République Démocratique du Congo, Rwanda, Soudan), il est devenu aussi l’un des experts et des artisans les plus efficaces dans les « opérations de maintien de la paix » comme, plus largement, dans la gestion des crises et des conflits et dans la diplomatie multilatérale. La gestion même des Etats, et, comme on dit aujourd’hui, les problèmes de « gouvernance » ne lui sont évidemment pas étrangers compte tenu de son action en tant que secrétaire permanent du « Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs », mécanisme complexe et bienvenu, se donnant, pour tâche, l’évaluation positive ou négative des chefs d’Etat africains par leurs homologues africains. Panafricaniste de cœur, Jean-Baptiste Natama est donc devenu aussi un panafricaniste de raison et un panafricaniste d’expertise. 8
Mais, qu’on ne se trompe pas ! L’expertise, la raison et la distinction n’étouffent en aucune mesure la foi en l’Afrique et la passion pour la transformer. Oui, il faut « oser inventer le futur » ! « Inventer », c’est-à-dire rompre avec le présent aussi bien qu’avec le passé, sans pour autant s’épargner le devoir d’inventaire de l’un et l’autre et la nécessité de récupérer éventuellement, ici et là, les blocs de granit qui contribueront à construire ce futur. Du passé, il a évidemment une connaissance critique. Dans la tradition la mieux établie du panafricanisme intellectuel, il ne peut que louer la gloire de l’Abyssinie millénaire, dont la capitale actuelle abrite le siège de l’Union africaine, et le symbole que demeurent sa résistance et sa victoire face à l’impérialisme italien et à l’indifférence de la « communauté internationale ». On lui saura gré aussi de souligner, en même temps, « ces traumatismes à répétition (dont) nous ne sommes pas encore guéris », qu’il s’agisse des mises en esclavage, des déportations négrières, du colonialisme et, bien sûr, du néocolonialisme. Loin de lui cependant toute complaisance dans une approche souffreteuse et pleurnicharde de l’histoire de l’Afrique ! Ce qu’il tient à relever, ce ne sont pas seulement les résistances africaines à toutes les formes d’esclavage et de mise en tutelle, hier et aujourd’hui ! C’est aussi, comme le soulignait déjà Edward W. Blyden, la « capacité de rebondir » des sociétés et des peuples africains. Du coup s’impose la nécessité de distinguer, en Afrique, ceux qui combattent pour continuer à exister et ceux qui plient l’échine. Sa sévérité n’a pas de limite à l’endroit des « Messieurs 10% » et de « la bourgeoisie compradore », comme à l’égard de « l’élite programmée », de « ce type d’élite docilement extravertie », de ces « gens qui ont des maîtres à penser », bref, de ces intellectuels dont il déplore à juste titre « la paresse » et le psittacisme. Quels leviers reste-t-il dès lors pour « inventer le futur » ? D’abord, les peuples africains : « malheur à ceux qui bâillonnent leur peuple », dit-il en reprenant la formule fameuse de Thomas Sankara. Et puis les jeunes : 60 à 70% de la population, qui valent à l’Afrique 9
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