Jeunes d'origine Lao

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La situation des enfants des migrants lao (ethnie laotienne) installés à Montpellier est un exemple de "double transmission culturelle". Leurs parents ont quitté le Laos pour fuir les conflits que connut toute la péninsule indochinoise durant la seconde moitié du XX siècle. Les manifestations festives, les associations, le rôle joué par les mères lao, la place tenue par l'école sont autant de thèmes essentiels abordés au sein de cet ouvrage afin d'exposer comment ces jeunes gens réalisent cette recomposition identitaire au quotidien.
Publié le : mercredi 1 octobre 2003
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EAN13 : 9782296336247
Nombre de pages : 140
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LES JEUNES D'ORIGINE LAO
UNE DOUBLE TRANSMISSION CUL TURELLE, UNE RECOMPOSITION IDENTITAIRE

~L'Hannattan,2003 ISBN: 2-7475-5195-4

Marie-Hélène RIGAUD

LES JEUNES D'ORIGINE

LAO

UNE DOUBLE TRANSMISSION CUL TURELLE, UNE RECOMPOSITION IDENTITAIRE Exemple de la communauté lao de Montpellier

Préface du Professeur Danièle VAZEILLES

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

A mon père

Préface
par le Pr Danièle VAZEILLES, Université Paul Valéry-Montpellier III

Le Languedoc-Roussillon a toujours été une terre de rencontres interculturelles, interlinguistiques et interethniques. Parmi les derniers groupes humains arrivés, on trouve des migrants d'origine lao, un peuple originaire du Laos, dont les premiers arrivèrent dans la région de Montpellier au début des années 80. Marie-Hélène Rigaud, auteur de cet ouvrage, est une étudiante en doctorat d'Ethnologie/Anthropologie. Elle se propose de nous faire découvrir leur itinéraire, du pays d'origine à cette terre d'accueil lointaine. Marie-Hélène Rigaud est une grande jeune femme aux cheveux clairs dont l'allure tranche avec les personnes lao avec qui, depuis plusieurs années, elle entretient de très bons contacts, certains sont devenus ses amis. Cette jeune femme veut très bientôt devenir une ethnologue. Pour ce faire, depuis le début de ses études et dans le cadre de son travail d'enquête de terrain, elle essaye de conjuguer recherche anthropologique et sensibilité. Elle s'inscrit dans une démarche que les membres de l'équipe de recherche pluridisciplinaire IDES/EURIDES (Identités et Socialisation, Ethnologie, Histoire, Psychologie) de l'Université Paul Valéry-Montpellier III s'efforcent de mettre en pratique dans leurs recherches par la multiplication des approches et des sujets d.'écriture. Nous avons pris l'habitude depuis plusieurs années de mettre en valeur les travaux des enseignants-chercheurs et des étudiants que ce soit dans le cadre de leur Maîtrise,

DEA (Diplôme d'Etudes Appliqué~s) ou Doctorat, grâce aux publications de l'université. Notre collègue historien, Gabriel Jandot, a œuvré pour créer une collection avec l'aide des Editions L'Harmattan, qui permet un développement de cette aventure littéraire au niveau national. Il faut les en remercier. Les membres étudiants participent très activement aux différentes manifestations scientifiques et culturelles organisées par notre équipe: expositions photographiques du programme «Ethnologie en images », colloques, séminaires de recherche, ainsi que plusieurs publications d'ouvrages regroupant des articles écrits par des étudiants, des enseignants-chercheurs ou des spécialistes invités à partager avec nous leur savoir. Ce petit ouvrage est un mixage des mémoires écrits par M.-H. Rigaud pour l'obtention de sa Maîtrise et de son DEA en Ethnologie, de travaux de recherche de terrain accomplis sous ma direction, dans le cadre de l'équipe IDES/EURIDES. Tous les membres de cette équipe, enseignants-chercheurs et étudiants, sont animés par le désir de faire connaître et de faire partager leur travail de recherche, leur joie, leurs peines et leurs efforts pour mieux comprendre les sociétés pluriculturelles et pluriethniques que sont devenus les Etats-Nations modernes. Depuis plusieurs années, nos recherches s'efforcent de rendre compte, autant que faire ce peut, des phénomènes sociaux et des réalités vécues par les individus étudiés, quels que soient les contextes sociaux. Nous étudions les formes d'expressions nées de la confrontation d'identités culturelles et ethniques pour essayer de mieux saisir le changement social et culturel induit par l'interpénétration réciproque de systèmes sociaux et culturels différents. Nous vou1ons mettre en évidence une logique de la production de ces nouvelles formes d'expressions identitaires, culturelles et sociales, qui nous semblent constituer un des pôles majeurs du changement social dans 10

les sociétés pluriculturelles et pluriethniques que sont les sociétés modernes. Pluriculturelles, elles l'ont certes toujours été, mais la diversité culturelle est plus grande aujourd'hui que dans le passé historique et archéologique. Notre démarche cherche à utiliser les outils conceptuels, méthodologiques qui semblent les plus appropriés par rapport au «terrain de recherche» et aux phénomènes sociaux dont la recherche entreprise veut rendre compte. Dans tout travail anthropologique, deux moteurs importants de la recherche sont la curiosité et une certaine empathie avec les gens qu'on voudrait mieux comprendre. Que ce soit dans les sociétés dites primitives ou en milieux urbains contemporains, lors du face à face entre l'observateur et les «observés », chacun doit procéder à des tâtonnements, à des ajustements réciproques. Les anthropologues savent que les personnes « observées », «objets de l'étude », ne sont jamais passives puisque de même nature que l'observateur. La présence du chercheur, même en milieux« exotiques », les Sauvages de l'Amazonie par exemple (pour reprendre l'expression pleine utilisée par l'ethnologue Pierre Clastres pour parler des Indiens de la forêt amazonienne), doit toujours être négociée par les deux parties en présence. Pour les anthropologues, le terrain constitue toujours un « rite de passage» apportant joies et peines. Tout au long de ses années d'observation et de partage de la vie des migrants lao, Marie-Hélène Rigaud a gravi plusieurs échelons de cette initiation par degrés, tant du point de vue des « observés », qui l'ont à tout moment de la recherche et des rencontres infonnelles jugée, que du point de vue du cursus universitaire. En effet, dès la licence, elle a commencé à travailler avec les Lao et la voilà maintenant pour une ou deux années encore en doctorat d'Ethnologie. Jeune chercheur concernée et sensible, elle a mis en pratique, dans son travail de terrain, diverses approches. Ce petit ouvrage nous montre qu'elle a pratiqué Il

l'observation directe, participante, sous différentes formes: en participant pleinement aux activités des femmes et jeunes femmes lao, en participant comme observatrice, ou tout simplement par le simple fait d'être là avec eux. Elle a aussi utilisé les méthodes de recherche formelles (entretiens structurés) et des méthodes informelles (entretiens ouverts, discussions impromptues...). Elle s'est toujours efforcée de ne pas paraître comme un inquisiteur. Mais on devine que les discussions qu'elle a eues avec les Lao de tout âge, font partie de la recherche qu~eux-mêmes ont entreprise, au niveau individuel et collectif, pour s'efforcer de mettre en œuvre une transmission culturelle effective des parents envers les enfants, mais aussi des enfants envers leurs parents. Marie-Hélène montre le dilemme des adolescents et jeunes adultes qui veulent faire comprendre à leurs parents leur désir de vivre certes en tant que «jeunes d'origine lao» mais aussi en tant que «Français en France». Marie-Hélène côtoie les Lao de Montpellier depuis bientôt cinq ans. Ainsi, elle met en pratique une approche que préconise les anthropologues: un travail sur une longue durée. « ... une fréquentation de longue durée avec le même terrain (...) permet de vérifier effectivement un certain nombre d'hypothèses de travail, prudentes et accordées aux faits, et même de tirer profit de l'élément de perturbation que représente la présence de l'observateur. Il conviendrait pour cela que l'ethnologue ouvre grand le dossier de sa confrontation avec une société exotiq.ue, fasse l'inventaire des ses faux pas, de ses erreurs de manœuvre et leurs conséquences, accepte de documenter son propre cas, faisant fi du romantisme du terrain et de son amour propre personnel. » (Jean Guiart1).

l GUIART Jean, 1971, Clefs pour l'ethnologie, Paris: Seghers, p. 264. 12

Editions

En partageant, aussi souvent qu'elle le peut, la vie des personnes d'origine lao de Montpellier et sa région, en discutant avec les jeunes, les hommes et les femmes, avec les aînés, ainsi qu'avec les responsables de plusieurs associations laotiennes, Marie-Hélène Rigaud cherche à comprendre la vie quotidienne de ses «informateurs» et amis lao. Elle participe aux tètes et aux cérémonies religieuses organisées par la communauté lao ; elle partage la vie quotidienne de plusieurs familles; car son but est de faire ressortir le point de vue des réfugiés lao. Elle voudrait mettre en évidence la logique de la construction de la double transmission culturelle qui lui semble à l' œuvre dans la vie quotidienne de ces personnes. Les deux cultures, «lao » et « française », ne se contentent pas de coexister. La confrontation des valeurs et des traits culturels qui leur sont spécifiques, créent des liens subtils et antagonistes que les familles lao de Montpellier doivent gérer au quotidien. Marie-Hélène montre comment des efforts et des compromis sont réalisés par les deux générations en présence sur le sol languedocien ; comment, en contexte pluriculturel, les réalités sociales sont mises en jeu à travers les traits culturels, les cadres sociaux les plus déterminants, mais comment aussi il existe toujours une certaine liberté individuelle. Pour les migrants lao en France et leurs enfants, les identités culturelles et sociales des femmes et des hommes, des primo-anivants comme de ceux nés en France, se reformulent face à ces confrontations. Les adultes réalisent vite qu'une transmission culturelle doit exister et fonctionner car ils veulent à tout prix survivre en tant que culture originale. La double transmission culturelle, qui est un travail collectif et individuel sur la mémoire, doit être orchestrée par les efforts de tous, parents et enfants, secondés par les associations culturelles laotiennes. Marie-Hélène fait ressortir comment « pour les aînés, qui ont connu la vie dans 13

le pays d'origine, les fêtes et les actes de la vie quotidienne sont autant d'occasion pour raviver le souvenir, pour conserver des repères et affinner leur identité». Les jeunes Lao, dont peu ont connu le pays d'origine, «tentent de conjuguer les deux cultures en présence ». Marie-Hélène veut démontrer que la notion de double appartenance culturelle ne doit pas être considérée comme étant forcément un élément perturbateur, mais au contraire comme un élément positif. Cette double appartenance est le pivot d'une construction identitaire inscrite dans l'innovation culturelle, un bricolage, tant au niveau individuel que collectif Ce bricolage va jouer un rôle bénéfique dans le développement personnel de chacun dans le pays d'accueil grâce à une identification positive à son groupe social d'origine. Les jeunes vont sans doute choisir de rester dans le pays d'accueil, pays qui est devenu le leur, mais ils savent « qu'ils doivent trouver une voie qui leur permette de ne pas être trop différents» des Autres Français. Et ainsi une identité culturelle lao « métisse », donc dynamique et constructive, devrait leur permettre de mieux percevoir leurs options et de mieux affumer leur identité individuelle et culturelle, et de mieux réussir leur intégration dans la société d'accueil. Cet essai sur l'acculturation et l'intégration en France de la communauté lao à Montpellier et sa région pose, on le voit, de nombreuses questions toujours pertinentes dans nos sociétés pluriculturelles. Quand on pense aux rnjnorités et aux peuples autochto.nes, les Occidentaux les Perçoivent comme étant «acculturés» dans le sens « déculturés », c'est-à-dire en voie d'intégration, tenne presque toujours compris dans le seul sens d'assimilation à la culture dominante. Mais l'acculturation, il faut le préciser, est « l'ensemble des phénomènes qui résultent de ce que des groupes d'individus de cultures différentes entrent en contact continu et de première main avec les changements qui surgissent dans les modèles culturels 14

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