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Jeunes en difficultés psychologiques

De

Chaque année, l’association AIRe (France) et le Groupement IMP 140 (Belgique) organisent des journées de recherche et de formation, en décembre 2003, cette rencontre a eu lieu à Bruxelles, l’ouvrage rend compte de ces travaux. En offrant des modes de réponses très diversifiés au problème préoccupant des enfants et des adolescents qui présentent des perturbations majeures de la socialisation, l’Europe nous ouvre un espace propice à une réflexion commune d’actualité. Plusieurs courants de pensée orientent la considération des troubles psychologiques qui perturbent de façon importante le rapport à autrui, la socialisation et les facultés d’élaboration de ces jeunes. Des approches psychanalytiques, systémiques, comportementales, cognitivistes, sociologiques... coexistent, avec des dominantes variables, dans les différents pays de la communauté. Nous faisons l’hypothèse qu’il existe des liens entre les cultures nationales, l’évolution des références théorico cliniques et l’organisation des dispositifs propres à chaque territoire.


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Jeunes en difficultés psychologiques :
penser, parler, agir en Europe

 

VIIIes Journées européennes d’étude, de recherche

et de formation des Instituts de rééducation

 

sous la direction des Associations

IMP 140 (Belgique) et AIRe (France)

 

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Et de la région Languedoc Roussillon

 

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Présentation du livre : Chaque année, l’association AIRe (France) et le Groupement IMP 140 (Belgique) organisent des journées de recherche et de formation, en décembre 2003, cette rencontre a eu lieu à Bruxelles, l’ouvrage rend compte de ces travaux. En offrant des modes de réponses très diversifiés au problème préoccupant des enfants et des adolescents qui présentent des perturbations majeures de la socialisation, l’Europe nous ouvre un espace propice à une réflexion commune d’actualité. Plusieurs courants de pensée orientent la considération des troubles psychologiques qui perturbent de façon importante le rapport à autrui, la socialisation et les facultés d’élaboration de ces jeunes. Des approches psychanalytiques, systémiques, comportementales, cognitivistes, sociologiques… coexistent, avec des dominantes variables, dans les différents pays de la communauté. Nous faisons l’hypothèse qu’il existe des liens entre les cultures nationales, l’évolution des références théorico cliniques et l’organisation des dispositifs propres à chaque territoire.

Auteurs : L’Association des ITEP et de leurs réseaux (AIRe) regroupe la plupart des Instituts Thérapeutiques, Éducatifs et Pédagogiques français et belges, elle organise des journées départementales, régionales, nationales et internationales, des colloques de formation et de recherche sur les troubles psychologiques importants de l’enfant et de l’adolescent et les diverses manières de réfléchir aux modes de prise en charge de la souffrance qui leur est associée.

L’Association Mètis europe accueille toutes associations, fondations, fédérations, coopératives, groupements etc., établis dans l’espace européen, poursuivant une action fédérative auprès des établissements et services s’adressant aux enfants, adolescents et jeunes adultes qui présentent des difficultés psychologiques et/ou sociales, pour favoriser le développement d’un cadre de référence, politique, social et culturel à l’échelle de l’union européenne concernant ces jeunes.

 

Table des matières

 

Ouverture des Journées –

– Intervention inaugurale – Pour une perspective européenne

– Introduction –

Exposés et débats –  en séance plénière

« L’autorité en construction », exposé du Professeur Jean De Munck,

Exposé du Professeur Étienne Dessoy,

– Échanges avec la salle –

En tant que référence théorico clinique, les approches psychanalytiques, cognitiviste, systémique ou la sociologie des organisations sont-elles des références pertinentes ? Plus précisément, que nous apprennent-elles dans le cadre de la prise en charge d’enfants et d’adolescents en difficultés psychologiques ou familiales ?

. Une approche psychanalytique

. Une approche cognitiviste

Faire évoluer les professionnels et les institutions pour aider les familles à changer

Comment interpréter et transmettre les échanges et les interventions de ces journées dans les différents services qui vont se créer, se transformer ou s’initier dans l’intérêt des publics accueillis et des professionnels de terrain ?

– Table ronde –

Droits et parcours de citoyenneté pour la qualité de vie des jeunes en difficultés psychologiques : diversité des compétences, confiance, intégration sociale

Perspectives politiques en cours concernant le soin, l’éducation spéciale et l’intégration

Conclusion des Journées –

Les ateliers –

– Atelier I – Neuro-sciences : médications et psychothérapies

– Atelier II – Thérapies psychomotrices

– Atelier III – Analyse transactionnelle

– Atelier IV – Courts séjours et Points Relais : la famille, la crise, quelles aides… ?

– Atelier V – Communication non-violente

– Atelier VI – Instituteurs et éducateurs en fonction thérapeutique

– Atelier VII – Vers l’aide à l’intégration

– Atelier VIII – La sociopsychanalyse au service du fonctionnement institutionnel

 

Jeunes en difficultés psychologiques :

penser, parler, agir en Europe

VIIIes Journées européennes d’étude,

de recherche et de formation des Instituts de rééducation

26, 27 et 28 novembre 2003

BRUXELLES

 

Journées placées sous le haut patronage

de Son Altesse royale, La Princesse Mathilde

et de Jacques Chirac, Président de la République française

– Ouverture des Journées –

 

– INTERVENTIONINAUGURALE
POURUNEPERSPECTIVEEUROPÉENNE

Madame Ana Magraner,

Administrateur principal, Direction Générale Éducation et Culture

Commission Européenne

C’est pour moi un plaisir et un honneur d’être aujourd’hui parmi vous et je vous remercie au nom de la Commission européenne et en mon nom propre de m’accorder cette opportunité de faire votre connaissance.

Je remercie tout particulièrement les organisateurs et les groupes IMP 140 et AIRE, dont les noms et objectifs me sont devenus familiers depuis cette semaine.

En juste réciprocité, vous souhaiterez également savoir qui vous parle. Je travaille à la Direction générale de l’Éducation et de la Culture (DG EAC) et j’aimerais vous aider à situer cette Direction au sein des institutions communautaires. La DG EAC appartient à la Commission, avec une autre vingtaine de Directions générales, parmi d’autres plus connues ou plus puissantes en matière de budget comme par exemple la Direction générale de l’Agriculture.

La Commission, comme vous le savez, est présidée par M. Prodi et compte avec un Collège de 17 commissaires. Mme Reding, journaliste luxembourgeoise et ex-parlementaire européenne, est la Commissaire responsable des dossiers concernant l’éducation, la formation, la culture, le sport, la jeunesse et les médias. Pour compléter ce tableau institutionnel communautaire, il est nécessaire de citer le Conseil des ministres – composé par les représentants des États Membres et qui constitue avec la Commission une sorte de pouvoir exécutif bicéphale. Il faut également mentionner le Parlement européen élu par suffrage universel, la Cour de justice, le Comité économique et social et le Comité des régions.

Au sein de la Direction générale Éducation et Culture, je m’occupe en tant qu’administrateur et non pas comme spécialiste (je précise ce fait car je ne voudrais pas créer des fausses expectatives au sein d’une assemblée experte dans le domaine) de deux dossiers qui j’espère seront de votre intérêt. Il s’agit de Eurydice, un réseau d’information sur l’éducation en Europe, et de l’Agence européenne pour le développement de l’éducation des personnes présentant des besoins éducatifs particuliers.

1) Eurydice collecte, met à jour, analyse et diffuse une information fiable et comparable sur les politiques et les systèmes éducatifs à travers l’Europe. Ses publications sont disponibles sur papier et sur Internet (www.eurydice.org). Créé en 1980, Eurydice fait partie intégrante du Programme Socrates. Le réseau est composé de 35 unités nationales, la plupart situées au sein du ministère de l’Éducation, dans 31 pays, y inclus la Turquie. Une étude d’Eurydice qui pourra probablement attirer votre attention est celle de « L’éducation des enfants migrants en Europe » qui verra le jour en 2004. Je viens de faire mention du Programme Socrates qui s’occupe de l’éducation. Érasmus et Comenius seront pour vous les actions les plus connues : Érasmus pour l’échange d’étudiants universitaires et Comenius qui, au niveau scolaire, facilite et soutient la coopération et les échanges ayant pour but primordial la formation des enseignants et la formation des formateurs, ce qui pourrait constituer, je présume, un point d’intérêt pour vous et vos organisations. Au même titre que Socrates couvre l’éducation, le Programme Leonardo s’occupe de la formation professionnelle et le programme Jeunesse est voué aux jeunes (jusqu’à 25 ans) et au volontariat.

À partir de 2007, une nouvelle génération de programmes européens verra le jour, sous la forme d’un programme d’action intégrée dans le domaine de l’éducation et de la formation tout au long de la vie.

2) Le deuxième dossier dont je suis responsable est celui de l’éducation spéciale. On ne cherche pas à définir ce terme car il y a des différences entre les pays européens. Cependant et afin d’être opérationnel, on le considère comme un terme omni-compréhensif qui se réfère à l’éducation qui vise les étudiants avec toute sorte de handicaps, aux enfants et jeunes avec des difficultés d’apprentissage et aux étudiants qui ont des difficultés dues à des désavantages ou des inégalités objectives. Dans ce cadre, je suis le travail de l’Agence européenne pour le développement de l’éducation des personnes présentant des besoins éducatifs particuliers. C’est un nom un peu compliqué et pas facile à retenir, je l’admets, mais cette Agence est l’héritière du programme Hélios de la Commission européenne. Elle a son siège au Danemark. Cette Agence est subventionnée par la Commission européenne et soutenue par les ministères de l’Éducation des 22 pays participants, inclus la Suisse. L’objectif de l’Agence est de travailler à l’amélioration de la qualité de l’éducation des personnes présentant des besoins éducatifs particuliers et à la mise en place d’une collaboration européenne élargie et durable dans ce domaine. En tant que facilitateur européen pour la diffusion de l’information, l’Agence collecte, traite et distribue l’information disponible dans chaque pays et au niveau européen. Ses publications gratuites sont accessibles en 13 langues à travers Internet (www.european-agency.org.)

Eurydice et l’Agence européenne dont je viens de faire mention, ont collaboré récemment à l’élaboration d’une publication thématique sur les besoins éducatifs particuliers en Europe abordant de façon synthétique 5 domaines prioritaires de l’éducation des personnes ayant des besoins spécifiques. Ces 5 domaines sont : l’éducation inclusive, le financement de l’éducation inclusive, le soutien aux enseignants, les technologies de l’information et de la communication et finalement l’intervention précoce.

– Vu que nous sommes en 2003, je ne voudrais pas rater l’occasion de vous signaler l’effort qui est en train d’être fait par les États membres et l’Union européenne au cours de cette année européenne des personnes handicapées. Les actions et les projets qui se développent visent la sensibilisation et la diffusion de ce que signifie être handicapé aujourd’hui dans nos sociétés, le but étant de faciliter l’intégration de ces personnes. Sur le site Internet Europa de la Commission, vous trouverez toute l’information y afférente.

– Je voudrais également faire mention des écoles de la deuxième chance et du réseau qui a été créé à partir d’une conférence organisée sur ce thème par l’Union européenne en 2000. Je vous ai d’ailleurs apporté plusieurs exemplaires du rapport des résultats d’un projet pilote européen sur les écoles de la deuxième chance qui sont à votre disposition.

– En ce qui concerne le problème vivement ressenti dans nos écoles aujourd’hui, celui de la violence, j’aimerais attirer votre attention sur les résultats des cinq projets développés au sein de l’action Connect (1999-2002) que vou pouvez consulter sur la base : http://europa.eu.int/comm/education/connect/result/.

– Pour terminer cette intervention, j’aimerais vous faire part d’une expérience très gratifiante qui vient d’avoir lieu le 3 novembre dernier dans le cadre de l’année européenne des personnes handicapées. La Présidence du Parlement européen, avec la Commission européenne et ladite Agence européenne pour les besoins particuliers en éducation ont invité des handicapés physiques et mentaux de 24 pays de l’Europe. Autour de soixante-dix jeunes, allant de 14 à 21 ans, se sont réunis dans l’enceinte du Parlement européen à Bruxelles. Cette journée très émouvante pour tous les participants, élèves, professeurs, familles, parlementaires et fonctionnaires a permis un échange d’expériences et d’espérances très profond et très sincère. Vous pourrez connaître le déroulement de la séance et ses conclusions sur le site Web de l’Agence, citée plus haut.

Je voudrais m’excuser de m’être étendue sur des sujets qui touchent peut-être seulement indirectement l’objectif de cette conférence. Cependant, je suis et je reste à votre disposition pour toute information que je puisse, dans la mesure de mes connaissances vous apporter. Je vous souhaite une très bonne réunion et un échange d’expériences et connaissances très fructueux. Je tiens surtout à vous encourager au nom de l’institution que je représente et à vous féliciter pour le grand travail que vous faites auprès des enfants et des familles dont les problèmes et solutions vous convoquent ici aujourd’hui. Merci beaucoup de votre invitation et de votre attention.

– INTRODUCTION

Monsieur Michel Vandercam,

Président Groupement IMP 140 – Belgique

La Pensée, la Parole et l’Action : trois opérations dont la capacité ou la constatation, signe l’humanité d’un être, distingue l’homme des autres êtres vivants.

N’oublions pas que l’histoire de l’humanité est déjà longue. Il est vraisemblable que l’ordre actuel de ces trois termes, « Pensée », « Parole », « Action », en est l’aboutissement.

Il ne m’étonnerait pas qu’on ait d’abord eu la séquence – actes, cris et stupeur –, pour en venir à l’ordre proposé aujourd’hui.

Repensons aux dictons : réfléchir avant d’agir, tourner sa langue sept fois avant de parler, trouver les mots justes, se mettre à l’ouvrage,… Tous petits guides pour la vie de tous les jours. Oui, l’homme a inversé la proposition et à hiérarchisé la pensée, la parole et l’action dans un rapport qui est proprement humain.

À travers l’éternel processus des essais, erreurs et des inventions, l’homme tirant toujours profit de l’expérience, de l’expérimentation. Et les expériences douloureuses furent des plus activatrices pour de nouveaux modes d’organisation de la société, de la communauté.

Cela nous amenant à considérer la notion de civilisation, de culture, à y adjoindre celles d’échanges, de relations, de déplacements,… pour arriver à l’état complexe, si riche, trop riche ? de la société d’aujourd’hui.

Avec son trop de médias, de réunions, de recherches, de publications, de statistiques,…

Que nous confondons peut-être avec la pensée ?

Avec son trop de discours, d’interviews, de communication, de gsm,…

Que nous confondons peut-être avec la Parole ?

Toutes ces productions sont-elles pensées, tout ce bruit est-il parole ?

Avec son trop de tâches, d’activités, de loisirs, de records, de sports, de films, d’objets divers de consommation,…

Que nous confondons avec l’action ?

Toute cette frénésie, cette activité, cette productivité, sont-elles action ?

La pensée, opération mentale intense, qui se livre sous forme de parole précise, qui aboutit à une action, geste réfléchi, dirigé, maîtrisé dans son processus et son résultat attendu.

Autrement dit, toutes les étapes pour donner un sens à sa vie, son vécu, ses affects etc.

L’homme agit, vit, avec sens.

Il paraît utile de redéfinir et revisiter les termes de « Pensée », « Parole », « Action ».

Voilà un fil-guide à travers les multiples facettes proposées à notre curiosité durant ces trois jours.

Je l’ai saisi en mettant en situation devant moi, les jeunes que nos Services accueillent.

À travers les expressions médicales, psychologiques, sociales, qui signent les problématiques de ces jeunes. Il apparaît que ce fil-guide est pertinent.

En effet, déficit de la pensée, difficulté d’accès à l’imaginaire, difficultés d’expression, d’accès à la parole, troubles de la communication, de la relation,…passages à l’acte, manque de maîtrise de l’activité, de l’action,…

Autres façons de dire allure psychotique, névrose d’angoisse, inhibition sévère, tendance psychopathique, mutisme, prostration, allure dépressive,…

Je fais un raccourci, énorme et sans vouloir masquer les profondeurs multiples et essentielles des diagnostics étayés posés sur chaque problématique rencontrée.

Mais je veux mettre en évidence que nos interventions auprès des jeunes concernent aussi l’initiation ou la reconstruction ou la rééducation, entre autres, du « Penser », du « Parler » et de l’« Agir ».

Et cela dans des lieux décalés, à côté des lieux où se révèle le problème, un peu à l’écart de la famille, dans un autre lieu scolaire.

En appliquant le passage par l’internat comme une séparation, un décalage à but thérapeutique, qui aborde le jeune comme sujet, sujet de ses troubles, de ce qu’ils expriment, de ce qu’ils représentent comme demande, comme parole à l’entourage, à l’autre, à la société.

Par une intervention qui, de plus en plus, a lieu dans le milieu de vie, sur les lieux du problème. En famille, à l’école, dans les sports et les loisirs, dans les lieux de socialisation. Voilà pour nous des méthodologies nouvelles, des pratiques inconnues dans leurs effets à long terme, des pratiques qui questionnent fondamentalement sur les références scientifiques et théoriques, qui nous mettent dans des situations de rencontre du Sujet qui ne nous paraissent pas toujours adéquates, respectueuses, pertinentes. Il y a débat nécessaire, recherche indispensable des références, besoin d’échanges et de questionnement de ces nouvelles pratiques.

Il ne faudrait pas vouloir comprendre dans ces mots, une résistance au changement. Un réflexe corporatiste des institutionnels du thérapeutique.

Mais plutôt l’expression d’une insistance convaincue, réfléchie, pour maintenir l’intervention en milieu spécialisé, tout en proposant d’autres modalités d’intervention. Parce qu’il est souhaitable de pouvoir proposer les outils en respectant une hiérarchie dans la lourdeur de la prise en charge et en permettant de laisser à l’œuvre, quand cela est positif pour l’œuvre, les forces familiales ou environnementales, qu’il faut alors pouvoir associer et coordonner.

Et ce n’est pas facilité garantie : la culture ambiante fait que ce qui est revendiqué comme un droit, celui, par exemple, de pouvoir exercer sa parenté pleinement, n’est pas encore admis toujours comme compétence à acquérir, modifier ou améliorer. Se remettre en question dans une relation de guidance parentale, cela change votre vie alors que ce n’est peut-être pas votre désir fondamental.

Sans compter avec cette situation d’instabilité socio-économique et de crise sociale, avec le retour de la pauvreté, le surendettement des ménages dû à la nécessaire consommation…

Qui fait que si l’enfant ou le jeune est encore trop souvent roi, il se passe surtout qu’il n’est pas toujours prioritaire lors des choix de vie, des changements matériels, etc.

Cette ambiance de crise financière réelle des familles, fréquente, biaise l’affaire. Et la complique : somme-nous là pour aider ? Oui ? Alors, commencez par soulager les problèmes financiers… Et il ne faut surtout pas, à notre place, céder…

Il y a matière à recherche : comment bien rencontrer les jeunes en situation de problème ? Quand la famille va très mal, sombre ? Où les rencontrer ? Faut-il les accueillir, les accompagner, les guider, les héberger, les soigner, les isoler, les laisser en situation,… ?

Faut-il aider le jeune sans sa famille, la famille sans le jeune, les deux à moitié ? Et les urgences ?

Et quand on considère plus particulièrement les troubles de la conduite et du comportement, faut-il calmer, « médiquer », éliminer la gène, pratiquer l’exclusion parking spécialisé et en adoucir les affres,… ?

Rencontrer le jeune ou soulager le milieu ? Ou les deux ?

Et avons-nous un avis à donner à la société, qu’elle suivrait un peu, pour qu’elle limite les effets négatifs de son fonctionnement actuel ?

Les questions ne manquent pas et en Belgique francophone, nos services sont dans le changement : nouvelle appellation des services jeunes, qui d’instituts médico-pédagogiques, se nomment Service résidentiel ou Centre d’hébergement, Service d’accueil de jour ou Centre de jour, Service d’aide à l’intégration ou Service d’accompagnement…, avec derrière les changements de noms, une inflexion subtile des missions : moins de médical, de soins, d’institutionnalisation et plus de milieu ouvert, d’aide en milieu de vie, en ambulatoire, plus d’interventions psychosociales, entre autres.

Mais pour nous, c’est presque une révolution avec le risque d’un vide du pouvoir-faire, une mise de côté, en clandestinité, des savoir-faire. Il faudra donc se tenir et entretenir un fameux dialogue entre services-administrations-ministères.

Ce dialogue est actif et ces Journées en sont la réalité : un lieu de dialogue entre services, entre spécialistes, avec les administrations, les ministères comme intervenants ou participants.

J’illustrais le thème de nos journées en partant de leur pertinence pour nos services, pour les jeunes accueillis.

Mais il a été choisi aussi et prioritairement, pour les intervenants et participants.

Car le travail avec des jeunes en grande difficulté, requiert de partir du fondement : chercher le sens humain de la vie, de sa vie et donc penser, parler, agir.

Et parce que nous voulons affirmer la nécessité de la pensée, intense, pour donner et décoder les sens de ce que nous observons, nous voulons considérer comme incontournable la parole et l’écoute qu’elle induit simultanément comme devoir, nous voulons déboucher sur une Action commune et consensuelle dont le résultat soit en faveur de notre population.

À Lille, nous voulions une circulation brillante entre la « Parole et les Actes ».

À Paris, nous démontrions que la « Construction de Soi » est l’objectif d’une intervention qui respecte le sujet.

À Bruxelles, nous tenterons de proposer ce triple thème comme l’assise véritable d’une intervention réfléchie et adaptée aux nouveaux contextes. Et donc reconnaissable par nos partenaires publics au titre d’une action légitimement soutenue.

Le thème est presque classique…

Mais nous y avons ajouté « en Europe » !

L’Europe : nouvel idiome, nouveau sens, nouvelle mode ?? L’intervention qui précédait nous révèle combien est complexe ce que cela induit.

En tout cas, nous ne l’avons pas choisi pour attraper les mouches : l’Europe est un tournant du sens de la citoyenneté aujourd’hui. Au même titre que la reconstruction après les guerres, la construction européenne, la conception d’une citoyenneté européenne, l’élargissement territorial de cette Union qui irait bien de l’Atlantique à l’Oural, une civilisation aboutie qui voudrait se laisser partager par le plus grand nombre : un enjeu qui peut être futur pour toutes les jeunes générations.

Doit-on parler de rêve européen, comme du rêve américain ? Je pense que nous ne sommes guère dans le rêve, mais plutôt dans une tâche lourde, multiple : il faut penser les lois, les règles, l’agriculture, les sciences, la recherche, l’économie,… enfin tous les domaines de nos sociétés.

Et cela présente un aspect rébarbatif, très législatif, très méticuleux.

Et pourtant, si elle n’est pas rêve, elle est avenir. Remarquons combien les peuples qui nous entourent voient l’Europe comme avenir ?

Pour nos services, vivre l’Europe peut être la possibilité d’appliquer à Bruxelles ce qui marche si bien à Dublin. Mais pas seulement.

Cet aspect des échanges européens semble mieux convenir pour les législations sur le travail, pour favoriser la productivité, la compétitivité.

C’est aussi chercher à Bruxelles la meilleure solution de prise en charge pour le jeune d’ici, vivant ici, avec comme souci de veiller à l’européanité, l’universalité, des critères utilisés pour ce qui est mis en œuvre. Il s’agit de considérer les choses avec la hauteur d’une certaine excellence, c’est une rigueur plus grande, la recherche de la conformité des actions au plus grand dénominateur commun : l’idéal européen décliné en des principes rassembleurs et moteurs : droits de l’homme, droits des jeunes, de l’enfant, constitution européenne, directives politiques en diverses matières…

S’adresser en cette époque à des publics jeunes, c’est ce mettre dans ce mouvement, c’est ouvrir les horizons embrumés aujourd’hui par les névroses d’une trop longue histoire, de trop de souffrances endurées pour arriver à une époque de souffrances, c’est l’étape de l’Europe à bâtir !

Et le thérapeutique alors ?

Il faut s’entendre sur le terme : soigner sera toujours soigner, le soin sera toujours indispensable, mais en dehors des thérapies et des moyens thérapeutiques, il y a tout ce qui est thérapeutique. Petit retour à la thérapie institutionnelle, avec mission de la sortir des murs, de la revisiter dans ses références théoriques et ses critères d’environnement, dont celui de pouvoir tout regarder vers un avenir, et c’est là que revient l’Europe : Perspectives, horizon, espérance, changement.

Pourriez-vous vivre vous, sans lendemain meilleur, recherché par tous dans cette Europe qui se construit, est-ce que nous pourrions vivre, travailler sans y croire nous aussi ?

Et donc dans les affres du moment, les affres de nos services, de nos subventions, de nos lois, de nos populations qui changent, de leurs problèmes : Ouvrons la porte de l’Europe et voyons que nous trouverons un nouveau mode de vie, de fonctionnement. En avant vers la nouvelle société, et je pense qu’aujourd’hui, pas que ces trois jours ci, mais bien plus tard, vous allez faire longtemps, vous allez construire avec les jeunes de nos services un petit morceau de cette nouvelle Europe. Au travail !

***

Monsieur Lionel Deniau,

Président Association AIRe – France

Avant tout, je tiens à remercier Son Altesse Royale, la Princesse Mathilde, monsieur Jacques Chirac, Président de la République et les différents ministres belges et français qui nous ont accordé leur haut patronage en signe de reconnaissance pour les travaux de nos deux associations AIRe et IMP 140.

Merci à vous tous de votre présence que vous soyez adhérent, sympathisant, intervenant, représentant d’administration, homme ou femme politique.

Madame Marie-Thérèse Boisseau, secrétaire d’État, m’a personnellement demandé d’excuser son absence à nos journées qu’elle devait conclure. Elle a demandé à Monsieur Jean-Louis Loirat de la représenter et m’a chargé de vous transmettre tout l’intérêt qu’elle porte à nos travaux.

Je ne peux pas présenter les excuses de tous les invités qui n’ont pas pu être présents avec nous mais citerai celles du Professeur Jeammet de Monsieur Gohet de Madame Annick Deveau.

Je remercie le Comité de pilotage franco-belge, et en particulier mon ami Michel Vandercam pour l’organisation de ces journées qui a réclamé beaucoup d’énergie.

Savez-vous que la Ministre italienne de l’instruction, le 3 octobre dernier, devant les ministres de l’éducation de l’Union européenne, a déclaré « que toutes les énergies et les rencontres nécessaires, doivent être mises en œuvre pour endiguer le phénomène de l’échec scolaire et que les chiffres relatifs à l’abandon des études en cours de route, sont trop élevés » (l’objectif de l’Europe est de réduire de 19 à 10 % d’ici à 2010 l’abandon scolaire avant la fin légale de la scolarité).

Cette même Ministre a reconnu que des causes sociales étaient à l’origine de l’abandon scolaire, que l’on pouvait les identifier rapidement et y remédier également rapidement, mais que cette raison n’était pas la seule et qu’il y avait également nécessité à mettre en place « des parcours scolaires plus personnalisés pour mieux répondre aux exigences et aux aptitudes des jeunes ».

Les Ministres de l’Éducation des différents pays ont reconnu la nécessité d’avoir un échange d’expériences sur les meilleures pratiques et se sont réunis hier et avant-hier à Bruxelles à cet effet.

Travaillons pour avoir des propositions concrètes à leur faire.

Bruxelles en tant que siège de l’Europe est un symbole de la construction européenne qui se fait avec des hommes et des femmes ayant des valeurs, des histoires, des façons de vivre, des cultures communes et différentes.

Nous n’avons pas l’ambition de prendre en compte ou même d’exposer toutes les théories et les pratiques concernant la prise en compte des jeunes en difficultés psychologiques de tous les pays européens. Nous souhaitons que ces journées soient le départ d’une politique d’échanges avec les autres pays que ceux réunis aujourd’hui en ce lieu.

Avant de revenir au sujet de ces trois journées, permettez-moi de faire un rapide tour d’horizon de ce qu’ont pu être nos principaux dossiers en France depuis un an.

Je demande à nos amis des autres pays de bien vouloir m’excuser de parler de notre propre actualité, mais il me semble que nos échanges doivent aussi se faire à partir et en lien avec les problématiques de l’autre, problématiques qui à un moment donné risquent aussi de se présenter à lui.

Bien évidemment, le plus important des dossiers de l’année aura été l’écriture d’un texte spécifique à nos institutions et aux jeunes présentant des troubles psychologiques, comme l’avait annoncé l’an passé à nos journées, Madame Marie-Thérèse Boisseau, secrétaire d’État aux Personnes handicapées.

Dès décembre 2002, elle a installé un groupe de travail qui se réunit régulièrement au rythme de une à deux fois par mois et est composé de représentants de l’administration, qu’elle soit DGAS (Direction générale des Affaires sociales), Direction des hôpitaux, PJJ, Action sociale etc. et de personnes de compétences différentes :

– un médecin psychiatre ;

– un juge pour enfants ;

– un représentant de l’éducation nationale ;

– un représentant des parents ;

– et une délégation de l’AIRe composée de Jean-Marc Dubois, vice-Président de la Région N° 4, moi-même et Serge Heuze, que je tiens à particulièrement remercier car en tant que Secrétaire général, il reprend vos suggestions et propos dans des textes qu’ensuite nous négocions avec nos partenaires.

Dans ce groupe, les échanges sont libres, riches, faits de réelles négociations, dans une ambiance de travail qui me semble très constructive pour l’avenir.

Il ne m’est pas possible de vous retransmettre aujourd’hui le contenu de ces travaux mais je peux vous préciser qu’ils devraient prendre fin dans les délais impartis, c’est-à-dire dans les deux mois qui viennent avant que le Ministre de Tutelle puisse se prononcer sur le texte proposé et d’attendre sa validation par le Conseil d’État.

Cela prendra la forme d’un décret et d’une circulaire.

Si Monsieur Mattei, Ministre de la Santé, nous a proposé de nous inscrire dans le champ sanitaire, nous avons maintenu notre position d’être dans le médico-social, et de ce fait, avons à nous intéresser à la réforme de la Loi de 1975 qui devrait être applicable début 2005.

L’Association AIRe participe aux travaux sur cette réforme de la Loi de 1975 par la présence d’administrateurs aux différents groupes de travail du CNCPH et par la présence de Gilles Gonnard et la mienne à l’assemblée plénière de cette institution.

J’étais également présent à un groupe restreint de réflexion au Ministère de la Santé, avec la participation de l’Éducation nationale, l’APF, l’UNAPEI, l’APAJH, le Geste XXI.

Pour nous, plus spécifiquement, deux enjeux me semblent à retenir dans cette écriture du texte de Loi.

Le premier concerne nos relations avec l’institution « Éducation nationale ».

Si sur notre proposition, le terme « d’inscription scolaire permanente » est retenu dans la prochaine loi, cela ne veut pas dire qu’il doit y avoir rupture entre l’Éducation nationale et le Secteur médico social, mais bien au contraire, le début d’un apprentissage du « travail à plusieurs ».

La relation particulière aux apprentissages scolaires et à l’institution « école » des jeunes que nous accueillons, nécessitera une modernisation des relations entre nos institutions et l’éducation nationale pour offrir momentanément une scolarité adaptée à ces jeunes dans et hors de nos structures.

Le deuxième enjeu concernera la réorganisation de l’action sociale et médico-sociale par de nouveaux principes et avec de nouvelles institutions que celles avec lesquelles nous nous étions habitués à travailler (CCPE, CCSD, COTOREP, CDES).

Trois niveaux indépendants de décisions devraient voir le jour :

– un premier niveau d’évaluation des besoins de la personne ;

– un second niveau concernant l’éligibilité d’un projet de vie ;

– et un troisième niveau concernant la mise en œuvre de ce projet.

Dans cette nouvelle organisation, le risque que nos établissements et services ne soient plus que des prestataires de services existe, car le projet personnalisé pourrait être élaboré en dehors des professionnels que nous sommes.

C’est pourquoi notre association AIRe propose plutôt une commission technique collégiale (CTC) spécifique aux troubles psychiques qui réunirait l’ensemble des institutions concernées ou qui pourraient être concernées par la situation d’un « jeune », afin d’élaborer avec ses parents le projet de prise en charge dont il pourrait bénéficier par une ou plusieurs institutions ou services.

C’est pourquoi, comme l’an passé, je vous invite à être présents dans les Conseils départementaux consultatifs des Personnes handicapées (CDCPH) dont les pouvoirs devraient être renforcés dans la prochaine Loi.

J’ai écrit à tous les préfets de France pour que vous puissiez y être présents, mais il vous reste dans les départements à vous organiser pour que cette demande de représentation devienne réelle. Ces textes engageront alors nos activités pour plusieurs décennies et restent encore beaucoup trop flous sur certaines questions et en particulier celle de la relation de l’Éducation nationale avec le médico social et sur ce point, nous pouvons avoir quelques inquiétudes lorsque l’une des propositions de monsieur le Député Lachaux sur la « scolarisation de tous les enfants » propose que les SESSAD deviennent des « Services d’accompagnement à la scolarisation des élèves handicapés », c’est-à-dire, semble-t-il, à la fin de la dimension « soin » de ces services.

L’unicité des financements sera-t-elle préservée devant une décentralisation à venir prochainement pour les adultes et peut-être dans une seconde étape pour le secteur de l’enfance ?

Bien d’autres questions apparaissent et apparaîtront qui nécessitent de la part de tous les professionnels, non seulement de la vigilance, mais un réel engagement et militantisme pour faire des propositions afin de garantir des prises en charge de qualité aux usagers.

C’est dans ce sens que notre prochaine assemblée générale (la dernière n’ayant pas pu formaliser ces points) que nous mettrons en place un Collège des personnes physiques dans notre Conseil d’administration et que j’ai demandé aux délégués régionaux et départementaux de ne pas oublier cette catégorie d’adhérents dans les rencontres qu’ils organisent.

Dans cette même logique, nous mettrons également en place un Collège de personnes morales qui pourront être ou, des associations gestionnaires, des associations d’Usagers ou des centres de formations, etc.

La Journée d’étude organisée à l’intention des médecins psychiatres et des directeurs aura lieu sous le haut patronage du Professeur Mattei et la présidence des Professeurs Mises et Jeammet, le 31 janvier 2004, à PARIS.

Il reste encore quelques places de disponibles, mais je dois vous dire que les places étant limitées à 200 personnes, nous ne pourrons peut-être pas répondre aux « retardataires ».

Cette journée propose trois axes de travail :

– Comment définir la synergie d’actions entre psychiatres et directeurs d’institut de rééducation ?

– À quelle condition la prise en charge institutionnelle est-elle soignante ?

– Réseau de soins et dynamique partenariale.

Je sais qu’un certain nombre de psychologues regrette de ne pas avoir pu bénéficier de cette journée. Je les rassure en leur proposant qu’une réunion du même type soit organisée à leur intention.

Si j’ai toujours présenté notre association comme une association de professionnels militants au service de jeunes en difficultés psychologiques non représentée auprès des Pouvoirs publics, j’ai aussi regretté qu’il n’y ait pas d’association nationale de parents représentant ces usagers.

L’Association ANJEU veut relever ce défi et si nous avons choisi de la soutenir dans son développement, c’est au regard des buts qu’elle s’est fixés et qui nous permettent d’établir des collaborations avec cette association de Parents dont la présidente, madame Tiers, est présente à nos journées.

J’espère que cette association pourra aussi, avec votre aide, relayer les initiatives d’autres parents dans certaines régions. Toutefois, nous devons ensemble, être vigilants à un certain nombre d’associations ou de groupes qui défendent un seul point de vue et en particulier, la prescription d’amphétamines de manière isolée sans oublier le combat qu’il faudra mener contre des groupes sectaires qui commencent à être connus de nous et qui profitent du désarroi de certaines familles pour faire de leurs enfants à troubles de la conduite, des enfants « Dieu ».