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Jeunes et mobilité urbaines

168 pages
Au sommaire de ce numéro : Les jeunes en Europe : politique et citoyenneté; Lieux et déplacements sportifs auto-organisés dans la ville; Jeunes de banlieue et solidarité africaine; Du quartier à la ville : la mobilité des jeunes issus de l'immigration; les équipements nomades dans l'espace social …
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3e trimestre

1998

, 4 Editorial
Quand les jeunes parlent de la jeunesse... Olivier Douard

7 Dossier "Les débats"
Les jeunes en Europe: politique

:

et citoyenneté.

Jean-Pierre Augustin Cet article situe les débats dans les mobilités urbaines et géographiques des jeunes, laissant de côté les mobilités professionnelles ou de travail. Les mouvements intra-urbains, d'une grande actualité, et dont on souligne souvent les aspects bénéfiques rendent compte de situations sociales en réalité plus complexes. Lire page 7 Lieux et déplacements sportifs auto-organisés dans la ville. Pascal Chantelat, Michel Fodimbi et Jean Camy L'article étudie les pratiques sportives auto-organisées dans une perspective anthropologique et fait apparaître leur richesse tant sur le plan des formes de sociabilités et de citoyenneté que sur celui des usages de la ville et des territorialisations. Lire page 15 -

- Jeunes de banlieue et solidarité africaine. Interview de Michel Jay et Bernard Pionica Des animateurs du collectif de Floirac (de la banlieue de Bordeaux) présentent trois projets exemplaires d'aide en direction du Burkina Faso réalisés avec des adolescents à l'initiative d'une association locale et de la municipalité. Lirepage 29 Du quartier à la ville: la mobilité des jeunes issus de l'immigration. Bernard Vrignon Cet article tend à montrer que la mobilité de jeunes issus de l'immigration s'exerce d'abord par un certain mode d'appropriation de l'espace public résidentiel constitué par le quartier avant de pouvoir passer à un autre stade, celui de l'appropriation de toute la ville. Lirepage 37

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-

Les équipements

nomades

dans l'espace

social.

Jean-Luc Richelle Un nouveau mode de gestion sociale et spatiale de la jeunesse est apparu depuis une dizaine d'années. Il est question ici des nouveaux véhicules de cultures, d'information, d'animation et de médiation sillonnant l'espace urbain. Lirepage 49

@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6897-7
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- Jeunes, réseau de transport et lien social. Alain Vulbeau Alors qu'il est souvent question de fraude et de violence lorsqu'on parle des jeunes dans les réseaux de transport, l'auteur analyse l'appropriation symbolique des lieux et la construction de nouveaux repères fondés sur des valeurs communes de fluidité, vitesse et autonomie. Lirepage 61 - « Allez voir ailleurs si j'y suis... » Les trajectoires géosociales de jeunes de la rue québécois. Michel Parazelli À la recherche d'un ailleurs mythique les jeunes de la rue à Montréal tentent de s'approprier une existence sociale qu'ils n'ont pu acquérir dans leur milieu d'origine. L'auteur analyse cette" errance " qui les contraint à vivre dans un no man's land souvent en violation des usages habituels des lieux publics et privés. Lirepage 71 - Mobilités et violences urbaines. Jacques Paget L'auteur rappelle que la mobilité permet aussi de compenser les effets de ghettoïsation, de découvrir les vertus de l'altérité, de chercher les outils d'une construction identitaire qui ne soit pas que spatiale. TIaborde l'ambivalence de la mise en œuvre des politiques de prévention et de traitement de
l'inadaptation et de la délinquance juvénile. Lire page 87

DossiE'r
-

"Point~ de vue" :

Les objets de l'adolescence. Serge Lesourd Après avoir distingué trois fonctions psychiques des objets (les objets de la réalité, l'objet-psychique et l'objet-moi) l'auteur s'attache à montrer l'importance pour le sujet en construction qu'est l'adolescent de son rapport aux objets réels. Lirepage 97 - L'engagement bénévole d'étudiants dans une action d'aide scolaire au Secours Catholique. Philippe Lyet Au milieu des années quatre-vingt, de nombreux bénévoles, parmi lesquels des jeunes étudiants, investissent les actions d'entraide scolaire. Cet article a pour objet de décrire et de donner sens à la dynamique déployée dans une
action d'aide scolaire au sein du Secours Catholique. Lire page 107

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Bien que la situation sociale des jeunes soit explicitement et depuis longtemps une priorité pour de nombreux gouvernements successifs, l'échec au long cours des politiques publiques en direction de la jeunesse est patent pour qui refuse de rentrer dans des arguties partisanes. Il nous renvoie collectivement à la difficulté de se saisir des vraies raisons de cette incapacité à faire évoluer positivement ce que tout le monde s'accorde à considérer comme une injustice foncière et un danger objectif pour l'avenir de notre

institué de régulation sociale ne le permet pas. Pourtant, et paradoxalement, les" adultes" les plus impliqués dans la gestion de la Cité déplorent avec une certaine unanimité le peu de participation des jeunes aux consultations nationales. Leur expression au travers des rouages de la démocratie participative est plus que souhaitée et fait l'objet d'une série d'injonctions qui restent sans grands effets tant elles souffrent de pouvoir se référer à un projet cohérent et clairement perceptible par les intéressés. Ce sont ces constats et la volonté de procéder "autrement" qui a amené la mise en place en 1997 du Conseil Permanent de la Jeunesse, à propos duquel j'avais fait part à l'époque de mes préventions, inquiet de voir éventuellement se succéder des consultations aux modalités discutables. Le Conseil Permanent de la Jeunesse rassemble périodiquement quelques 80 jeunes, choisis de manière complexe dans un souci de représentation de la diversité! . Ce qui est explicitement attendu de cette instance, c'est que des jeunes donnent leurs points de vue (le pluriel est consubstantiel du projet) sur les mesures existantes ou à venir dont ils sont les destinataires. Il leur est proposé d'en débattre, d'imaginer des
1 Le CPJ est constitué de représentants des mouvements nationaux politiques. syndicaux et associatifs; de représentants d'associations locales. de "personnalités qualifiées" (24 jeunes de 18 à 27 ans reconnus pour leurs compétences et leur engagement personnel dans les questions de jeunesse).

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société. C'est sans doute la conscience de cette responsabilité partagée largement par la droite et par la gauche, et le fait que, faute d'avoir pu trouver ailleurs les solutions espérées, les analyses un peu dérangeant es de quelques chercheurs et intellectuels semblent trouver un regain d'intérêt, qui amènent aujourd'hui

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nombre de responsables politiques et administratifs à questionner ouvertement l'incohérence d'ensemble de ces mesures et dispositifs spécifiques qui s'accumulent et se sédimentent d'année en année sans modifier profondément l'état de la jeunesse. Un des aspects les plus évidents de cette problématique vaste concernant la jeunesse, c'est le caractère exogène de la production de ces mesures: les jeunes n'ont pas été associés à l'analyse des problèmes et à la construction des solutions. D'ailleurs, globalement, le système

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amendements souhaitables, d'émettre des idées nouvelles pouvant aller dans le sens de l'amélioration générale de la situation de leurs pairs et d'eux-mêmes, bref de "faire de la politique autrement". Ils sont invités aussi plus banalement - mais est-ce si banal? - à témoigner de leur "concret-vécu". Marie-George Buffet, Ministre de la Jeunesse et des Sports, attend indubitablement beaucoup de cet espace d'expression d'un type nouveau, institué dans le prolongement immédiat des rencontres de jeunes à l'occasion desquelles des jeunes avaient dit partout qu'ils souhaitaient être écoutés et entendus et qu'ils revendiquaient un droit de regard et de décision là où se joue leur avenir. Ce défi fut relevé par Marie-George Buffet qui, en appelant à Jaurès, avait encouragé les jeunes à "bousculer la société". Lionel Jospin lui-même avait prôné une méthode nouvelle pour instaurer un dialogue constructif avec les jeunes, ce qui fût entendu. Pourtant, et pour avoir l'avantage de participer à ce Conseil Permanent national, ce n'est pas tant le regard des intéressés sur les politiques publiques de jeunesse qui, en soi, m'a semblé le plus intéressant et le plus porteur de promesses. Sur ce point, les jeunes présents tiennent le rôle que l'on attend d'eux. Un certain pragmatisme juvénile, comme la référence parfois inattendue à des systèmes de valeurs affirmés, génèrent souvent des critiques salutairement décapantes. Mais, comme je le viens de le dire, c'est grosso modo ce qui était postulé par les initiateurs de ce conseil. Non, ce qui m'est apparu peu à peu comme particulièrement digne d'intérêt, c'est la peinture, d'abord impressionniste, puis de plus en plus réaliste, qu'ils dressent des modes de vie, des problèmes sociaux, des pratiques culturelles, des valeurs qui sont les leurs. Le tout s'imposant

doucement mais radicalement en rupture avec une autre représentation de la jeunesse, probablement plus proche de l'image d'Épinal, et qui sert communément de référence aux médias, à la grande majorité des responsables politiques et administratifs, voire à un certain nombre de sociologues (qui furent d'ailleurs la cible facile de quelques piques lors de cette dernière réunion). Ce tableau, dressé par les jeunes euxmêmes, démontre et de manière éclatante, sans intention particulière de démolir quoi que ce fût, l'obsolescence de ces représentations "historiques" qui restent massivement attachées à la catégorie" jeunesse". Ces jeunes adultes, puisque pour la plupart l'adolescence n'est déjà plus qu'un souvenir, très différents les uns des autres mais très unis dans une même conviction de l'intérêt de leur mission, nous obligent en permanence, nous les adultes patentés, à questionner les fondements mêmes de toutes nos constructions. Ils le font sans complexes, mais sans complaisance, remettant probablement les choses à l'endroit, incidemment. ')

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En disant que le problème qu'ils rencontrent à se loger dans une résidence universitaire où le loyer est de 2800 francs mensuels pour un tout petit appartement, en en décrivant le contexte et les conséquences, ils nous parlent d'une part d'étudiants, qui ne sont pas tous les jeunes et qui ne sont pas là tous les étudiants, d'autre part de leur sentiment qu'il s'agit là essentiellement d'un problème social qui déborde largement ce que nous aurions tendance à affecter rapidement à la catégorie jeunesse. De même, quand ils posent le problème du coût des formations d'animateurs en centre de vacances et de loisirs, ils nous parlent bien des difficultés de nombreux jeunes à se payer le droit de gagner un peu d'argent pendant les congés scolaires, mais ils n'oublient pas de nous faire remarquer que la difficulté qu'ils rencontrent c'est aussi celle de se payer un ticket d'entrée dans le monde du travail. Citons encore le travail que certains se sont fixé d'améliorer l'information des jeunes sur leurs droits et leurs devoirs et qui pointent en permanence les déficits de l'information civique de bien d'autres catégories de la population, dont on ne voit plus bien alors en quoi le fait d'être un jeune de 25 ans serait surdéterminant dans les difficultés qu'il rencontre. Les exemples pourraient être multipliés qui montrent comment, en refusant de construire leur discours à partir des catégories politicoadministratives existantes, et en ignorant délibérément les frontières de compétences des institutions, ils ne disent pas seulement de manière administrative leur souhait primaire d'une prise en compte interministérielle de leurs propositions, mais ils expriment plus fondamentalement leur conscience du fait que le projet politique ambitieux concernant la jeunesse qu'ils sont en droit d'exiger du pays est encore globalement

impensé. Manière de dire "à vous de relever le défis, à vous de bousculer la société, nous maintenant nous sommes là pour cela! ". Il serait naïf de penser ne serait-ce qu'un moment que tout pourrait venir des jeunes euxmêmes. ils sont d'ailleurs très soucieux de pouvoir confronter leurs manière de voir avec celle des" adultes", de pouvoir bénéficier des compétences de personnes-ressources, sans démagogie de part et d'autre. Nous verrons dans la durée ce que donnera cette expérience d'animation d'un espace citoyen original, mais il est probablement réaliste de fonder dans cette instance quelques espoirs, les premiers travaux sont en tous cas encourageants. Il faudrait parallèlement que les conseils départementaux tiennent eux aussi leurs promesses. L'expérience démontre aussi incidemment que, quand les conditions sont réunies, les jeunes peuvent occuper la place que trop souvent les adultes désespèrent de leur voir occuper, sans mesurer que les espaces d'expression qui leurs sont accessibles sont aujourd'hui très peu nombreux et que l'hyper-institutionnalisation progressive de notre société produit paradoxalement le déficit de citoyenneté dont elle souffre. Alors sans verser dans un jeunisme condamnable, encourageons toutes les initiatives, du niveau national à l'échelon le plus micro-local (comme le quartier ou l'établissement scolaire), qui permettront de dégager des espaces d'expression des jeunes. Il s'avère que c'est dans leur diversité d'âges, d'origine sociale, d'attaches culturelles, d'implantation géographique, de pratiques, de projets, que se forge dès maintenant la société de demain. Mais il est clair que ce sont les adultes aux commandes aujourd'hui qui détiennent la possibilité qu'ils auront ou pas d'en faire un monde meilleur. Olivier DOUARD

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Jpunps

pt mobilités urbainps
par Jean-Pierre

AUGUSTIN

Jean-Pierre Augustin, professeur à l'Université Michel
de Montaigne-Bordeaux au Centre d'étude Maison Domaine E-mail: III et chercheur urbains (CESURB),

Jamais les jeunes n'ont été aussi nombreux à se déplacer aussi bien sur de courtes que de grandes distances. Navettes quotidiennes entre le domicile et les équipements scolaires, déplacements de fin de semaine pour les loisirs, voyages scolaires et voyages touristiques mais aussi migrations d'un pays à l'autre, voire d'un continent à l'autre, s'ajoutent et se superposent. Les mobilités accélérées qui favorisent des changements dans les conceptions que les jeunes se font du monde et qui remettent en question la distance physique comme indice de proximité ou de distance sociale ne peuvent être étudiées isolément car elles sont liées à un ensemble de processus agissant sur les pratiques des jeunes. Sans les développer plus avant, il est possible d'en retenir quatre. Celui de la rétraction du social qui correspond au délitement de l'organisation traditionnelle : l'espace social perd de sa consistance et devient un espace de parcours entre de multiples lieux. Celui de la multiplication des moyens de communication liés à la publicité et à l'informatique qui agit sur l'espace public non physique au détriment des relations personnelles directes.

des espaces

des sciences universitaire,

de l'homme

d'Aquitaine, cedex

33405 Talence

jpaugust@msha.u-bordeaux.fr.

Les mobilités urbaines des jeunes dont il est question ici concernent les mobilités géographiques et laissent de côté les mobilités sociales, professionnelles ou de travail qui correspondent à d'autres approches. Il va sans dire que ces formes de mobilité alimentent les premières, et les villes, notamment les plus grandes, doivent faire face à des migrations de plus en plus nombreuses. Le thème des mouvements intra-urbains est d'une grande actualité, et beaucoup affirment que les déplacements des jeunes leur sont bénéfiques. Les situations sont en réalité plus complexes et entre l'errance et la sédentarisation forcée, il reste à réfléchir à l'organisation de villes à la fois plus ouvertes et plus mobiles.

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Celui de la remise en cause de l'intégration par le travail qui a été une des bases de l'organisation urbaine: la société fondée sur le travail et l'emploi productif de proximité pour tous se défait et même la croissance n'est plus susceptible de recréer sur place les emplois disparus car elle accélère le remplacement de l'homme par la machine informatisée. Enfin, celui de l'individuation qui devient un principe fondateur se distinguant de l'individualisme qui est un repli sur soi: la société holiste, qui donnait une cohésion aux espaces urbains et assignait à chacun son statut et son rôle en dictant des comportements et des croyances, s'est affaiblie progressivement laissant la place à une société d'individuation manifestant une conscience élargie d'appartenance, une multi-appartenance, amènant l'individu à chercher dans des groupes et des lieux divers un sens à son existence. Les mobilités sont à la fois des ressources et des risques pour les jeunes. Le sens commun ne s'y est pas trompé, l'expression: " les voyages forment la jeunesse" reste la plus employée et chacun mesure les apports que les déplacements permettent en terme d'ouverture au monde, de contacts avec les sociétés et d'apprentissage des différences. Mais les mobilités ont aussi leurs limites et le dicton: " pierre qui roule n'amasse pas mousse" rappelle le risque de perdre son temps et son énergie dans des parcours incessants et improvisés, voire le sens même des déplacements. Le choix éditorial effectué par le comité de rédaction d'Agora a été de centrer les débats de ce numéro sur les jeunes et les mobilités urbaines, laissant pour plus tard d'autres

orientations

sur les vacances, les voyages ou

les échanges internationaux. De fait, la question des mobilités urbaines est d'une grande actualité et les rapports que les jeunes entretiennent avec la ville se sont largement modifiés en même temps que la ville et les pratiques sociales se transformaient!. Les jeunes et la ville mobile Dans les années soixante, les jeunes de plus de quinze ans se déplacent de trois kilomètres par jour, cette moyenne passe à dix kilomètres en 1995. Comme toute moyenne, ces chiffres cachent de grandes diversités; nombreux sont ceux qui parcourent quotidiennement plus de cinquante kilomètres alors que d'autres restent stables dans leur quartier, mais ils soulignent une tendance forte dont tous les indicateurs montrent qu'elle va s'accentuer encore2. À l'évidence, les jeunes se déplacent plus souvent et plus loin, mais au-delà de cet accroissement, ce sont les implications sociales et spatiales de la mobilité qui sont décisives pour comprendre les changements en cours3. La notion de quartier a changé avec l'émergence de la ville mobile. L'affaiblissement des liens entre les jeunes d'un secteur se mesure à la plus faible fréquentation des commerces, des cinémas et des équipements, et la socialité de voisinage fondée sur les relations de proximité cède la place à d'autres échanges issus d'affinités électives sur un territoire plus
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de la Recherche urbaine. 59-60, 1993, et en particulier l'article de KOKOREFF. M., L'espace des jeunes ". p. 17H79. " Voir aussi Vi ART. J., La société d'archipel ou les territoires du village global, Éditions de l'Aube, 1994. 2 ORFEUIL, J.-P., L'analyse de la mobiiité ", in La ville, " Le courrier du CNRS, n° 61, 1994, p. 69-70. 3 DUBOIS-TAINE, Édition de l'Aube, G. et CHALAS, 1997. Y., La ville émergente,

Voir le n° spécial" Mobilités .. de la revue Les Annales

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vaste. Les mobilités transforment l'échelle des territoires dans la mesure où les moyens de transport raccourcissent les distances. La proximité n'est plus seulement une affaire d'espace mais de temps et les jeunes comme les adultes ont intégré cette dimension en jouant avec la " chrono carte " de leur région urbaine. La distance entre les lieux se compte plus en minutes qu'en kilomètres. Métro, RER, TGV, mais aussi autoroutes, rocades, pénétrantes, modifient l'accessibilité des sites qui sont à une heure, une demiheure ou un quart d'heure de la résidence. Le choix des destinations s'est élargi, diversifié, et augmente les possibles. En région parisienne, les jeunes des banlieues se retrouvent dans les gares, les stations de métro ou de RER; à Toulouse, ceux du Mirail sont à dix minutes du centre grâce au métro Val, et les exemples se multiplient, notamment à Strasbourg, Grenoble, Nantes avec le tramway, comme dans la plupart des villes françaises à partir de nouveaux moyens de transport. On assiste à un changement de nature et d'échelle de la proximité registre spatial au registre qui passe du temporel et la

l' appartenance4. Se déplacer et habiter ne sont plus dissociés mais fonctionnent en interaction étroite. L'accessibilité généralisée devient une composante de l'organisation des villes, mais cette mobilité a aussi ses laissés pour compte et une des exclusions majeures reste la relégation dans des quartiers enclavés5 amenant à parler de droit aux transports au même titre que l'on parle de droit au logement. Les enquêtes dans les quartiers fragiles6 soulignent que le désir des jeunes n'est pas de tout avoir au pied des immeubles mais de pouvoir se bouger et accéder facilement aux lieux divers de la ville éclatée. L'ensemble de ces tendances a favorisé l'inversion des modèles concernant non seulement l'analyse des pratiques mais aussi celle de l'aménagement des équipements et des espaces urbains destinés aux jeunes. Équipements de proximité et espaces publics Le modèle dominant concernant l'organisation des institutions de jeunes a longtemps été centré sur l'attraction gravitaire. Les théories d'économie spatiale proposent une interprétation dans laquelle la distance aux équipements doit être limitée par rapport au logement: une maison des jeunes et un équipement sportif dans chaque quartier. Ces théories ont été utilisées par les promoteurs et les urbanistes qui ont proposé une réparti-

mobilité permet de rendre contigus les espaces éclatés. Ces évolutions amènent à renouveler les approches concernant les mobilités urbaines et à aborder la ville par son mouvement autant que par ses lieux. Grâce à cette mobilité, les jeunes circulent d'un lieu à un autre, mais ils vivent aussi dans les espaces même de la mobilité, parkings, arrêts d'autobus, trains et gares. L'apparition de ces espaces de flux contraint les urbanistes, aménageurs et gestionnaires de la RATP et de la SNCF à réfléchir aux moyens de favoriser à la fois le déplacement et

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4 VULBEAU,

A., "La RATP invente un autre espace J.-P. et Callède, J.-P. (eds.) de socialisation ", in AUGUSTIN, Sports, relations sociales et actions collectives, MSHA, Bordeaux, 1995, p. 379-381. 5 DUBET, F. et LAPEYRONIE, D., Les quartiers d'exil, Le Seuil, Paris, 1992. 6 AUGUSTIN, J.-P. et GILLET, J.-C., Quartiers fragiles, développement urbain et animation, PUB, Bordeaux, 1996.

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DE' fait... lE's rapports

qUE'lE's jE'unE's E'ntrE'tiE'nnE'ntavE'C E'n mÊ'mE' tE'mps SE'transformaiE'nt.

la villE' SE' sont largE'mE'nt modifiés qUE'la villE' E'tlE's pratiquE's socialE's
tion relativement

induit par le nomadisme urbain des jeunes et leur fréquentation, voire

régulière des services afin

de limiter les mobilités et de faciliter leur accessibilité. La programmation des grilles d'équipements publics de 1961 à 1975 a tenu compte de ces données en favorisant les lieux de proximité, mais les faits ont rapidement montré l'inadaptation du système aux tendances actuelles. L'augmentation des mobilités intraurbaines liée à l'efficacité des transports en commun ou à la multiplication des véhicules individuels, et à la plus grande dissociation entre les espaces de résidences, de loisirs ou de travail, a transformé le rôle de la distance. De plus, le modèle gravitaire ne tient pas compte de la distribution des pratiques qui est fortement influencée par la place des groupes sociaux dans la ville. En se fondant sur le postulat de l'égalité spatiale, il présente des faiblesses puisque la plupart du temps l'espace enregistre des perturbations structurelIes qui diversifient le contenu géographique, physique et humain de chacun de ces lieux. L'accroissement des mobilités, le dysfonctionnement des équipements d'accueiF et les nouvelles formes de sociabilités hors équipement ont amené à considérer que les espaces publics de la ville sont susceptibles de favoriser la socialisation et l'insertion des jeunes dans la cité. Hier, on pensait qu'il fallait sortir les jeunes de la rue ; aujourd'hui, certains considèrent que la rue peut les socialiser. Ce renversement d'interprétation est largement

leur appropriation de certains espaces ouverts. Les rues et les places ne sont plus seulement les corridors reliant les institutions où les jeunes sont pris en charge, mais existent comme des espaces de vie en tant que tels8. Une vision de l'organisation et de l'aménagement urbains s'affirme progressivement, refusant de considérer la ville comme un ensemble d'espaces fonctionnels qui obéiraient à de simples déterminants socio-économiques renforcés par les maillages institutionnels. Elle souligne que la ville reste un monde poreux où les jeunes ne sont pas en marge d'une société en mouvement et enfermés dans des espaces clos, isolés par des barrières infranchissables9. On parle de sociabilités informelles se développant entre villes et banlieues, en marge des institutions, et de micro-cultures où se négocient des identités sociales incertaineslO. D'une manière générale, c'est le mode d'entrée dans la vie adulte qui se trouve transformé avec le passage d'un modèle de " l'identification" fondé sur l'héritage assumé de l'identité sociale à un modèle de " l'expérimentation" où cette identité se

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7 AUGUSTIN, J.-P. et ION, J., Les équipements de jeunes ", " la fin des illusions, in Les cahiers de l'animation, n' 61-62, 1987, p. 183-202. Voir aussi des mêmes auteurs, Des loisirs et des jeunes, Éd. ouvrières, Paris, 1993. 8 VULBEAU, A. et BARREYRE, J.-Y., La jeunesse Desclée de Brouwer, Paris, 1994. 9 AUGUSTIN, J.-P., Les jeunes dans la ville, PUB, Bordeaux, 1991. 10 ROULLEAU-BERGER, et la rue,

L., La ville intervalle, jeunes entre centre et banlieue. Méridiens Klincksieck, Paris, 1991.

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construirait

par approximations

successives,

au gré des diverses expériences sociales qui suivent la décohabitation familialell. Les mobilités urbaines des jeunes ne peuvent pas être dissociées de l'aménagement des lieux qui leur sont destinés. L'histoire de ces lieux est riche d'enseignements et deux faits majeurs ressortent de leur évolution. Le premier est lié à la multiplication des équipements et des espaces qui forment un véritable maillage dans les villes comme dans l'ensemble du territoire. Les processus d'individuation, de délocalisation et de segmentation modifient l'utilisation des installations qui sont prises dans un système incessant de transformations, de modifications, de réhabilitations tentant de répondre aux besoins changeants de la société. Le second concerne l'évolution tiques des jeunes et les relations des praqu'elles

Des pistes de recherches et d'actions Les articles retenus dans la rubrique « Débats" de ce numéro n'apportent pas de solutions définitives mais offrent une perspective de recherche-action qui peut être utile aux acteurs de terrain. L'analyse des déplacements sportifs auto-organisés dans la ville souligne avec force la nécessité de repenser l'aménagement sportif urbain; Pascal Chantelat, Michel Fodimbi et Jean Camy étudient les pratiques des jeunes dans plusieurs sites de la région lyonnaise et montrent la diversité des usages de la ville qui y sont associés. Les jeunes issus des banlieues ont contribué à stigmatiser certains espaces périphériques et les politiques sociales formulées dans les années quatre-vingt ont renforcé une identité territoriale à partir de dispositifs autour des logements, de la formation et des loisirs14.Certaines actions tentent de favoriser la mobilité des jeunes en partant du principe qu'elle peut participer à la construction de leur identité, La reprise du proverbe: " Je sais qui je suis lorsque je suis loin de chez moi" permet de retrouver des repères et des appartenances à une culture spécifique. L'exemple des jeunes de la banlieue bordelaise engagés dans une opération de solidarité africaine présentée par Michel Jay et Bernard Pionka montre le rôle formateur de ce type de projet. De son côté, Bernard Vrignon s'intéresse à l'appropria11 GAllAND. O., Sociologie de la jeunesse. L'enlrée dans la vie active, Armand Colin, Paris, 1991. 12 HANNERZ, U., Explorer la ville, Èd. Minuit, Paris, 1983, (traduit par I. Jacob). 13ADAMKIEWICZ, E., Nouvelles pratiques et sports " autonomes dans la ville" in DEWAlll Y, J.-M. et SOBRY, C. Récréalion, re-création: tourisme et sport dans te Nord-Pas-de-Calais, Èd, l'Harmattan, Paris, 1997, p. 81-101. Voir aussi, ADAMKIEWICZ, E., les usages sportifs autonomes " de la ville ", Thèse de l'Université de lyon Il, 1998. '4 BLOSS, T., " la ville et les jeunes ", in la ville, Le courrier du CNRS, n' 81, p. 65-66.

entretiennent avec la ville. En favorisant un ensemble d'activités multiples, elles contribuent à la création d'une urbanité flexible laissant à chacun la possibilité d'accéder à des lieux diversifiés, d'entrer en relation avec des groupes variés et de participer à des occasions de rencontres programmées ou non programmées. Comme le remarque U. Hannerz12, l'accessibilité urbaine nécessite d'être partiellement planifiée et partiellement aléatoire. Permettre à chacun de s'inscrire dans des démarches organisées ou libres13 devient un moyen de faciliter les relations et les expériences, et dans cette perspective, à côté des infrastructures indispensables aux pratiques institutionnalisées, d'autres aménagements doivent être plus ouverts pour laisser à la ville et à ses habitants capacité à créer de l'urbanité. leur propre

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tion de l'espace public par les jeunes issus de l'immigration dans une cité proche de Nantes; il souligne la nécessité de trouver une place dans le quartier et de se bouger dans la ville. Les équipements mobiles, bus d'animation culturelle ou sociale, constituent de nouveaux modes de gestion de la mobilité des jeunes et initient des pratiques d'animation qui diversifient le paysage de l'animation professionnelle comme le montre Jean-Luc Richelle. Analysant les relations entre jeunes, réseaux de transports et lien social en région parisienne, Alain Vulbeau aborde la question des espaces caractérisés par la jonction de plusieurs modes de transports et rappelle le besoin d'y mener des actions spécifiques. Une autre tendance liée à l'émergence de formes nouvelles d'exclusion sociale apparaît avec les jeunes itinérants et sans domicile fixe. Son expansion est forte dans les villes nord-américaines où l'on parle de " jeunes sans abri" - homelessyouth - qui tendent à se constituer

D'abord complexité des groupes de jeunes en fonction de demandes et de situations extrêmement variables: pour certains, il semble utile de favoriser le mouvement afin de les amener à s'approprier les espaces de la ville et ne pas rester enfermés dans leurs lieux résidentiels; pour d'autres qui sont en mobilités forcées, itinérants à la recherche de niches, c'est plutôt la quête de lieux de sédentarités qui s'impose. Par ailleurs, les différences entre groupes sociaux, entre garçons et filles et entre classes d'âge sont loin d'être négligeables16. Complexité des villes ensuite qui selon leur taille, leur organisation et leurs systèmes de transport se trouvent confrontées à des choix difficiles17. Complexité des politiques vis-à-vis des jeunes enfin qui doivent faire face à des logiques de nomadisme ou de sédentarité18. Au total, les stratégies d'action concernant les mobilités urbaines des jeunes ne peuvent pas être univoques car les jeunes, les villes et les dispositifs sont plus ou moins mobiles; il reste donc dans ce contexte de mouvement généralisé et de villes émergentes, à inventer des politiques adaptées à chaque situation. Les débats sont loin d'être clos, tant les processus en cours sont multiples et la revue Agora, qui a déjà consacré une série d'articles à ces questions, est attentive à d'autres approches qui alimenteront les numéros à venir.
15 FAGET, J., "Violence urbaine: faire la part du feu ", in Libération. 15 janvier 1998. 16 BAUX-POCIELLO, E., La fugue comme "enfance de " l'aventure" ", Agora débats/jeunesses, 11, 1998, p. 49-64. Voir aussi, GUILLOU, J., Circuler, accéder, consommer, un enjeu " 3, 1996, p. 57-68. de citoyenneté? ", Agora débats/jeunesses, 17 TARACENA, E., Mexico: les enfants qui travaillent dans la " 11, 1998, p. 127-138. rue ", Agora débats/jeunesses, 18 CHOBEAUX, F., Les jeunes en errance ", Agora " débats/jeunesses, 3, 1996, p. 69-78. Voir aussi, MIGNON, P., Lorsque la galère des banlieues s'échoue sur les plages ", " Agora débats/jeunesses, 8, 1997, p. 67-79.

en une catégoriede déshérités- under-class. Ces
jeunes s'inscrivent dans une logique de déterritorialisation s'accompagnant de mobilités forcées. Michel Parazelli observe les trajectoires géosociales des jeunes de la rue à Montréal en soulignant la nécessité de prendre en compte le

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potentiel de socialisation dont ils sont porteurs. Enfin, Jacques Faget s'interroge sur les mobilités et les violences urbaines des jeunes 15; il insiste sur les liens d'alternances et de complémentarités entre les phases statiques et dynamiques de la vie des adolescents et considère qu'il faut penser le contrôle social sur le même modèle. Ainsi, les modes d'expérimentation et d'interprétation se complètent à partir d'articles ouverts face à la diversité des phénomènes étudiés. C'est l'idée de complexité qui ressort de ces analyses et ces eXpérimentations.

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Young people
and urban
Thispaper

mobilities
mobilities, leaving out

Jugendliche und stadtische Mobilitaten
Die stadtischen Mobilitaten der Jugendlichen, wovon hier die Rede ist, betreffen die geographischen Mobilitaten und beschaftigen sich nicht mit den die

concerns young people urban mobilities

and focuses on the geographical the social, professional corresponding

and work mobilities Of course these

to other approaches

sozialen, beruflichen oder Arbeitsmobilitaten, anderen Vorgehensweisen Mobilitatsarten entsprechen. Diese

forms of mobility supply the former ones and the cities, including the largest ones, are confronted to more and more migrations. Urban mobility is a topical question

versorgen eindeutig die ersten und die die grosseren, werden mil immer konfrontiert ist Das

Stadte, insbesondere zahlreicheren

and many people maintain that young people benefit from these movements. But in fact the situations are

Volkerwanderungen

Thema der innerstadtischen hochaktue//

Bewegungen dass die

more complex and between a wandering or a forced sedentary life, the planning of the towns must be thought in terms of openness and mobility.

und viele behaupten,

Ortsveranderungen

der Jugendlichen

für sie positiv

sind Die Siluationen sind in Wirklichkeil komplexer und zwischen einem Umherirren und einer gezwungenen sowohloffenere Ortsgebundenheit muss noch an eine

wie auch mobilere Organisation von

Jovenes y modalidades urbanas
Las movilidades urbanas de los jovenes tratadas aqu' geograficas y dejan de 0 se refieren a las movilidades lado a las movilidades

Stadten gedacht werden.

sociales, profesionales a otros tipos de

laborales que corresponden acercamientos. de movilidades especialmente migraciones movimientos

Queda obvio que estas I1ftimas formas alimentan las primeras, y las ciudades, las mas grandes, deben hacer frente a cada vez mas numerosas. El tema de los

intramuros es de gran actualidad, y de los

muchos afirman que los desplazamientos jovenes les resuftan beneficiosos.

Las situaciones

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estan en realidad mas camp lejas y, entre el vagabundeo y el asentamiento sobre la organizacion y mas moviles. forzoso, cabe ref/exionar

de ciudades a la vez mas abiertas

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Les jeunes et la mobilité en Europe Les données de l'enquête Eurobaromètre jeunes

1997*

Plus de la moitié des jeunes européens (57 %) ont voyagé dans un autre pays de " l'Union Européenne durant les deux ans qui ont précédé le sondage. Que ce soit pour les loisirs, les études ou pour y exercer un emploi, les jeunes aiment bouger librement d'un pays à l'autre. Cette question, pour eux, est centrale. Interrogés sur la signification qu'ils donnent à la " citoyenneté européenne" la plupart des jeunes mettent en avant cette notion de mobilité. Les trois propositions auxquelles ils accordent le plus de suffrages sont en effet: 1. Pouvoir travailler n'importe où dans l'Union (62,4 %) 2. Pouvoir s'installer de manière permanente n'importe où dans l'Union (51,5 %) 3. Pouvoir étudier dans n'importe quel pays de l'Union (45,7%) À leurs yeux, l'Union européenne représente avant tout" la liberté de mouvement" (34,8 %). Et quand ils doivent imaginer pour le futur les apports prévisibles de pour voyager, l'Union, ils citent à nouveau en première place: " plus de facilités étudier, travailler et vivre partout en Europe" (47,7%). "
C'est

cette

image

d'ensemble

positive

qu'il

faut

garder

à l'esprit.

Cependant,

il faut

14

souligner que 43 % des jeunes interrogés n'ont pas voyagé dans un autre pays membre de l'Europe durant les deux ans précédant le sondage. Le sexe ainsi que l'âge (à travers un échantillon de jeunes de 15 à 24 ans) ne sont pas révélateurs alors que le niveau d'éducation est significatif. 58 % des jeunes qui ont arrêté leurs études à l'âge de 15 ans ne sont pas allés à l'étranger durant la période de sondage. Les jeunes grecs, suivis par les jeunes espagnols ont le moins voyagé; plus de la moitié des jeunes italiens, portugais et anglais déclarent qu'ils n'ont pas voyagé alors que les jeunes danois, hollandais et luxembourgeois sont les plus nombreux à avoir voyagé en Europe. L'enquête montre aussi que les vacances sont la principale raison pour entreprendre un voyage à l'étranger, et il n'est donc pas surprenant que les destinations les plus fréquentes aient été l'Espagne et la France. La mobilité pour d'autres raisons (linguistiques, études ou dans le cadre de programmes d'échanges de jeunes) est statistiquement peu élevée, mais significative pour les jeunes danois, suivis par les Français, Italiens, Autrichiens et Suédois interrogés Partir travailler à l'étranger est peu fréquent sauf en ce qui concerne les jeunes portugais interrogés. En moyenne, 37 % des jeunes considèrent que le problème de la langue reste la majeure difficulté qu'ils rencontreront lors de leurs voyages dans d'autres pays d'Europe. Les jeunes des pays nordiques sont les moins nombreux à considérer les langues comme un problème potentiel, quand aux jeunes luxembourgeois interrogés, la majorité considère qu'il n'y a pas de problème, quel qu'il soit, pour voyager à l'étranger. Cela n'est pas surprenant car l'enquête montre que les trois quarts des jeunes luxembourgeois parlent au moins trois langues. Les jeunes luxembourgeois tout comme les jeunes hollandais interrogés manifestent un vif intérêt à apprendre d'autres langues notamment les langues moins pratiquées des pays d'Europe (danois, finnois, suédois, grec ...). En même temps, trois jeunes européens sur dix sont unilingues et cela représente plus de la moitié des jeunes britanniques.
47.2, INRA (Europe) pour la Commission Européenne, Bruxelles (doc. ré!. XXI1/1 B3/97) 'Les jeunes européens - Eurobaromètre 1997 Source: "Les jeunes à l'aube de l'an 2000" CECA-Ce -CEEA, Bruxelles-Luxembourg,

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Lieux et déplacements sportifs auto-organisés
dans la ville
par Pascal CHANTELAI; Michel FODIMBI et Jean CAMY
Pascal Chantelat,

Depuis la seconde guerre mondiale on a pu assister à une extraordinaire croissance et à une diversification remarquable des activités sportives. Leur inscription dans l'espace urbain en a été profondément modifiée. Tout d'abord, parce que la nature des équipements a changé: stades, piscines et gymnases produits de façon industrielle ne sont plus les constructions exclusives, et l'on voit se développer à la fois des installations prestigieuses destinées au sport spectacle ou au sport loisir, et des équipements plus modestes et innovants pour occuper les" délaissés urbains". Mais ce sont aussi les usages des espaces qui se sont modifiés. En particulier on a pu observer un retour des pratiquants ou du moins de certains d'entre eux dans l'espace public (skaters,joggers, rollers) et la présence de collectifs auto-organisés sur les équipements ouverts. On considère souvent que les pratiquants entretiennent avec ces espaces des rapports caractérisés par la répétition et la régularité. En nous intéressant particulièrement aux pratiques auto-organisées des jeunes, nous voudrions monter la diversité des usages de la ville qui y sont associés. 15

maîtrede
conférences STAPS à l'Université

J. Fourier, Grenoble 1.
Claude Bernard, Lyon 1.

Michel Fodimbi, maître de conférences STAPS
à l'université

Jean Carny professeur à l'Université Claude Bernard, Lyon 1

Les pratiques sportives auto-organisées développent années

se

dans les villes françaises à partir des relèvent de manières d'être,

1980. Contrairement à ce qui a été dit, les

sports auto-organisés

d'agir et de se représenter le monde communes aux jeunes. Il s'agit d'une manifestation de la culture jeunes, qui se caractérise entre autres par le passage d'une activité à l'autre, par le ", par la recherche du partage des " émotions ensemble dans un même lieu. La ville devient un enchevêtrement de territoires dans sur tel et et lesquels s'organisent les déplacements tel lieu de pratique. Les aménagements /'implantation d'équipements voir des équipements totalement désertés. présentéisme

sportifs se doivent ou

d'être en phase avec cette logique sous peine de sous-occupés

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Les pratiques sportives auto-organisées Les sports dits" informels" ou " sauvages " (termes inadaptés) apparaissent dans les villes françaises au début des années 1980 (Camy, Chantelat, Adamkiewicz, 1993). Présentant une dimension auto-organisationnelle, il est préférable de les appeler" sports auto-organisés" plutôt que" sports informels ", formes et organisations existant bien. Les sports auto-organisés prennent deux formes principales, ils peuvent correspondre à des usages sportifs de la ville qui procèdent d'une requalification d'espaces urbains (les rues, les places, les squares, les parkings...) ou bien il s'agit d'usages sportifs d'espaces spécialisés (les équipements sportifs) dans la ville. C'est cette seconde catégorie de pratiques sportives qui sera présentée ici. Les municipalités et les organisations sportives traditionnelles apprécient de manière négative les pratiques sportives auto-organisées parce qu'elles sont difficilement contrôlables et parce qu'elles sont généralement perçues comme relevant de formes" inférieures" ou " primitives" du lien social. Les modèles sociologiques fonctionnalistes dominants dans les études sur ces pratiques sportives, insistent sur la mise en place d'un lien social communautaire, venant se substituer au lien sociétaire en déliquescence dans un contexte anomique. Dans cette optique le cadre de vie auquel les sports auto-organisés appartiennent, est considéré comme" dédoublant" les effets de l'exclusion sociale (Callède 1992). Dans ces conceptions les sports auto-organisés sont conçus comme des formes à dépasser, en construisant des passerelles entre ce monde" sous-socialisé" l'association sportive. et le monde de

En rupture avec ces analyses d'inspiration fonctionnaliste, normative et éducationnelle, nous avons eu pour objectif de rendre compte des compétences des jeunes pratiquants sportifs par la description des formes de sociabilités et de citoyenneté liées aux sports auto-organisés. Des groupes sportifs hétérogènes Les sportifs auto-organisés dans les DSUl que nous avons étudiés sont des jeunes de sexe masculin. Les filles sont absentes (à quelques rares exceptions près pour le basket-ball) de ces formes de jeu. Ils sont originaires du Maghreb pour la plupart, appartiennent aux classes populaires (parents ouvriers ou employés) et sont scolarisés dans le premier cycle du secondaire (scolarité obligatoire). Il ne s'agit donc pas des populations juvéniles les plus en difficulté (sortie du système scolaire, nie,...). chômage, toxicoma-

La plupart d'entre eux sont des pratiquants réguliers (pratiquant depuis plus de 2 ans, plus de 2 fois par semaine et sur une durée de plus de 2 heures). Les pratiques sportives les plus fréquentes sont le football et le basketball. La pratique du tennis s'avère plus occasionnelle. Le plus souvent les regroupements des jeunes autour de la pratique sportive autoorganisée se réalisent à partir de l'espace du quartier. Il s'agit de deux, trois ou quatre jeunes garçons qui ont construit des relations amicales quartier. en faisant connaissance Certains sont scolarisés dans le dans la

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même école, d'autres non.

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Pour les caractéristiques

socio.économiques
voir annexe.

et socio-démographiques

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