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Jeunesses citoyenneté violences

De
308 pages
Cette publication porte sur les modalités de construction identitaire et les pratiques de citoyenneté mises en oeuvre par des jeunes réfugiés en Wallonie et à Bruxelles, ainsi que dans différentes régions de la Province du Québec. La communauté ciblée est principalement liée aux populations d'origine albanaise et kosovare. Cet ouvrage vise à mieux faire connaître qui sont ces jeunes réfugiés et leurs familles, quels sont leurs projets d'insertion, comment ils mettent en oeuvre des pratiques de socialisation et de citoyenneté, ainsi que des expressions identitaires.
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Jeunesses, citoyennetés, violences
Réfugiés albanais en Belgique et au Québec

Jeunesses,

M. Vatz Laaroussi citoyennetés, violences:

et A. A. Manço (éds.) des Albanais en Belgique

et au Québec

«Compétences Interculturelles» est une collection destinée à présenter les travaux théoriques, empiriques et pratiques des chercheurs scientifiques et des acteurs sociaux qui ont pour but d'identifier, de modéliser et de valoriser les ressources et les compétences interculturelles des populations et des institutions confrontées à la multiplicité des référents socioculturels et aux contacts entre différentes cultures. Les compétences interculturelles se révèlent capitales, notamment dans le double effort d'intégration positive des personnes issues de migrations, qui doivent à tout le moins se positionner à la fois par rapport à la société d'accueil et par rapport aux milieux d'origine, eux-mêmes en constante transformation. Les travailleurs sociaux au sens large, les enseignants, d'autres intervenants, mais également les décideurs chargés des politiques d'accueil et d'intégration des migrants et des minorités culturelles sont concernés par ce type de compétences professionnelles pour mener à destination de ces publics des actions de développement social et pédagogique efficaces. Même si l'objectif de la présente collection est prioritairement de faire connaître les travaux de l'Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations (IRF AM) et de ses nombreux partenaires internationaux, cet espace d'expression est ouvert aux équipes pluridisciplinaires qui souhaitent contribuer à l'approfondissement des savoirs et des savoirfaire en matière de développement interculturel. Les publications en préparation couvrent divers domaines: - L'emploi et les jeunes femmes issues de l'immigration musulmane en Europe,. - L'intégration locale de la diversité musulmane en Europe et Amérique du Nord,. - La vie associative immigrée et issue de l'immigration dans ses rapports au pouvoir,. - Les nouveaux horizons migratoires de et vers la Turquie,. - Les outils d'intervention sociopédagogiques contre les discriminations. La collection bénéficie des apports d'un Comité scientifique international qui a pour rôle d'évaluer les ouvrages et les chapitres d'ouvrage proposés pour publication, ainsi que d'initier des thèmes nouveaux. Le Comité participe à l'orientation de la politique d'édition, de diffusion et de promotion de la collection. Les membres du Comité Scientifique International de la collection sont: Barras Christine, Université de Mons-Hainaut Bilge Sirma, Université de Montréal Bolzman Claudio, Université de Genève Bultot Alain, Conseil de l'Education et de la Formation, Bruxelles Cohen-Emerique Margalit, Paris Coslin Pierre, Université de Paris V Dehalu Pierre, Haute Ecole Namuroise Catholique Enrique Raya Lozano, Université de Grenade Etienne Caroline, Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix de Namur Franchi Vijé, Université de Lyon II Gatugu Joseph, Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations, Liège Germain Annick, Institut National de Recherche Scientifique, Montréal Gjeloshaj Kolë, Université Libre de Bruxelles Helly Denise, Institut National de Recherche Scientifique, Montréal Jacques Paul, Institut Wallon de Santé Mentale, Namur Kesteloot Christian, Université Catholique de Leuven Koukponou Charles, Association Paysanne d'Entraide, d'Info. et de Forma., Bohicon Lahlou Mohamed, Université de Lyon II Louis Vincent, Université de Liège Manço Ural, Facultés Universitaires Saint-Louis de Bruxelles Ogay Tania, Université de Genève Rigoni Isabelle, Université de Warwick Tisserant Pascal, Université de Metz Villan Michel, Direction Générale de l'Action Sociale et de la Santé, Namur Vulbeau Alain, Université de Paris VIII Zemni Sami, Université de Gand

Collection fondée

« Compétences

Interculturelles

»

et dirigée par Altay A. Manço

(Ç)L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-4923-2

Michèle VATZ LAAROUSSI et Altay A. MANÇO (éds.)

Jeunesses, citoyennetés,

violences

Réfugiés albanais en Belgique et au Québec

Préface de Monsieur Thierry Detienne, Ministre des Affaires sociales et de la Santé de la Région wallonne, Belgique.
Postface de Monsieur Bruno-Marie Béchard, Recteur de l'Université de Sherbrooke, Québec, Canada.

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

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Des mêmes auteurs
M. POINSOT, Y. AHI-GRÜNDLER et P. COSLIN, A. MANÇO (éds.) Les violences exercées sur les jeunes filles dans les familles d'origine étrangère et de culture musulmane: le développement des capacités de négociation interculturelle et de la prévention (Allemagne, Belgique et France), Paris, Agence pour le Développement des Relations Interculturelles (A.D.R.I.), 2002, 110 p. Traduit en allemand.

A. MANÇO et S. AMORANITIS (éds.) Diversité, jeunesse et développement social. L'insertion des jeunes d'origine étrangère à l'aube du XXIème s., Bruxelles, Communauté Wallonie-Bruxelles, 2002, 79 p.
F. OUELLET et M. V ATZ LAAROUSSI (éds.), Les enjeux 11 septembre, Sherbrooke, Ed. du CRP, 2002, 127 p. interculturels des événements du

M. V ATZ LAAROUSSI, Le familial au cœur de l'immigration: familles immigrantes au Québec et en France, Paris, Interculturels", 2001, 279 p.

stratégies de citoyenneté des L'Harmattan, coll. "Espaces

1. GATUGU, A. MANÇO et S. AMORANITIS, Valorisation et transfert des compétences: l'intégration des migrants au service du co-développement. La population africaine de Wallonie, Paris, Turin, Budapest, L'Harmattan, colI. "Logiques sociales", 2001, 165 p.
A. MANÇO, Sociographie de la population turque et d'origine turque: 40 ans de présence en Belgique (1960-2000). Dynamiques, problèmes, perspectives, Bruxelles, Centre des Relations Européennes, Ed. Européennes, 2000, 230 p. Traduit en turc et en néerlandais.

S. FELD et A. MANÇO, L'intégration des jeunes d'origine étrangère dans une société en mutation. L'insertion scolaire, socioculturelle et professionnelle en Belgique francophone, Paris, Montréal, L'Harmattan, colI. "Logiques sociales", 2000, 218 p.
A. MANÇO et S. AMORANITIS (éds.), Délégation Sociales, 1999, 128 p. Traduit en espagnol. A. MANÇO, Intégration et identités. Stratégies Bruxelles, Paris, De Boeck-Université, par abandon, Mons, Ed. Les Politiques

et positions des jeunes issus de l'immigration, coll. "L'Homme/L'Etranger", 1999, 245 p.

A. MANÇO, Valeurs et projets des jeunes issus de l'immigration. L'exemple des Turcs en Belgique, Paris, Montréal, L'Harmattan, coll. "Logiques sociales", 1998, 158 p.
M. V ATZ LAAROUSSI, N. BACCOUCHE et M. SIMARD locales, Chicoutimi, CERII, 1997, 247 p. (éds.), Immigration et dynamiques

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Dans la même collection
D. CRUTZEN et A. MANÇO, Compétences linguistiques et sociocognitives des enfants de migrants. Turcs et Marocains en Belgique, Paris, Turin, Budapest, L'Harmattan, coll. "Compétences interculturelles", 2003, 126 p.
A. MANÇO, Compétences interculturelles des jeunes issus de l'immigration. Perspectives théoriques et pratiques, Paris, Turin, Budapest, L'Harmattan, colI. "Compétences interculturelles ", 2002, 182 p.

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Sommaire

Remerciements
Préface. T. Detienne

Il 13

Introduction: Une entrée en dialogue interculturel. M. Vatz Laaroussi Première Contextes partie: généraux
A. Manço

19

25 27 approches diachronique et 35

Jeunes, violences et citoyenneté.

Jeunes et rapports à la citoyenneté: synchronique en Belgique. A. Manço

Diversités socioculturelles et violences à l'école: cas œ l'enseignement secondaire en Communauté française de Belgique. S. Petit, M. Born et A. Manço L'école, sa mission d'intégration des immigrants et la position de ses acteurs en milieu québécois. S. Patriciu et M. Vatz Laaroussi Deuxième partie: Jeunes albanais, violences

55 81

et pratiques

de citoyenneté de Belgique.

113

Sociodémographie de la population «al banophone» A. Manço, K. Merbah et L. Abedinaj

115

Albanais, Kosovars et structures de jeunesse en Communauté Wallonie-Bruxelles: identités, pratiques de citoyenneté, lutte contre les violences. A. Manço, K. Merbah, S. Roufart, M. Koksal et B. œ Hey

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Violences et exploitation des jeunes femmes: mobilité et montée en puissance des réseaux du proxénétisme albanais. P. Chassagne et K. Gjeloshaj La violence et la citoyenneté chez les jeunes immigrants et réfugiés: une question de contexte? M. Vatz Laaroussi et A. Zeneli Conclusions: Structures macro et micro politiques en conflits: albanophones en occident post-industriel. P. Verjans
Postface de B.-M. Béchard Présentation des auteurs

221 235

l'exemple des 271 303 307 309

Présentation de l'IRFAM

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Remerciements

Cet ouvrage est le résultat d'un travail collectif finalisé grâce au soutien du Ministère des Affaires sociales et de la Santé du Gouvernement de la Région wallonne, partie fédérative francophone au sud de la Belgique. Nous remercions vivement les membres du Cabinet et de l'Administration de ce Ministère pour nous avoir donné l'occasion de développer nos recherches dans le domaine encore peu exploré des difficultés et ressources d'intégration des jeunes issus de familles réfugiées de guerre. La dimension comparative internationale de cette recherche n'aurait pas pu être déployée sans les encouragements du programme de coopération scientifique entre la Région wallonne, Belgique et la Province du Québec, Canada. Nos plus sincères remerciements vont également aux membres de la Direction Générale des Relations Extérieures du Ministère de la Région wallonne. L'aide du Centre «Immigration et Métropoles» de Montréal et de l'Université de Sherbrooke a permis à l'équipe québécoise de mener des recherches avec les immigrants du Québec. Qu'ils en soient remerciés. Notre gratitude va également au Ministère de la Famille et de l'Enfance du Québec pour avoir subventionné l'investigation auprès des réfugiés des guerres en Estrie. Enfin, le soutien de l'organisme « Rencontre Interculturelle des Familles de l'Estrie» (Sherbrooke) fut décisif pour l'encadrement de ces recherches et le contact avec des familles réfugiées. Sans ce soutien important, bien des réalités seraient sans doute restées dans l'ombre.
Nous remercions chaleureusement Madame Sophie contri bué à la revision finale de l'ouvrage. Tyou qui a grandement

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Préface

Thierry

Detienne,

Ministre des Affaires sociales et de la Santé de la Région wallonne

Je suis particulièrement heureux de préfacer ce nouvel ouvrage coordonné par l'équipe de l'Institut de Recherche Formation et Action sur les Migrations (IRFAM), situé en Wallonie, ainsi que divers partenaires universitaires du Québec.

Diverses raisons m'ont poussé à soutenir le travail de recherche présenté dans ce volume consacré à la population albanophone, une population immigrée jusqu'à présent peu étudiée dans nos pays. L'IRFAM fait partie des organisations importantes de notre région qui oeuvrent à une politique d'ensemble d'accueil et d'intégration de populations immigrées et issues de l'immigration. Cette association spécialisée et indépendante ne manque pas d'illustrer par son dynamisme, ses travaux originaux et sa participation active aux réseaux et autres fédérations en matière d'interculturalité, l'importance et la spécificité des initiatives de la société civile aux côtés de celles des organisations gouvernementales, parapubliques ou encore des centres universitaires qui oeuvrent également dans le même domaine. Le travail des associations privées de terrain qui interviennent auprès des personnes étrangères et d'origine étrangère doit absolument être soutenu, encadré et étudié dans une visée de développement et de coordination. De fait, l'intégration des personnes d'origine étrangère nécessite une démarche en rupture par rapport aux politiques antérieures qui

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présentaient les migrations comme un «problème ». Si les situations qui mettent les personnes d'origine étrangère en échec sont en effet encore trop nombreuses (fermeture des frontières, pratiques administratives humiliantes, obstacles dans l'accès au travail, difficultés dans la recherche d'un logement, etc.), si elles leur renvoient encore une image négative d'elles-mêmes, nous avons pour devoir de promouvoir une réelle politique de citoyenneté et de participation valorisante pour tous les résidents de notre région. Ainsi, les associations de «première ligne» qui oeuvrent, par exemple, à l'accueil extrascolaire ou socio-sanitaire des personnes immigrées sont autant de postes avancés d'une importance stratégique majeure pour créer des liens sociaux et des liens de solidarité entre la société wallonne dans ses diverses composantes et les publics fraîchement installés dans notre région. Dans ce cadre, l'importance de travailler spécifiquement avec le public des jeunes migrants se révèle d'elle-même, dans la mesure où les actions socio-éducatives se conçoivent comme un investissement indispensable pour que l'avenir régional se décline en termes de cohésion sociale, de déploiement des ressources de chacun et, également, en termes de développement interculturel. En fonction de ces objectifs politiques, le travail de l'IRFAM nous offre précisément la possibilité d'allier la rigueur scientifique à un souci constant de contribuer à l'épanouissement professionnel des services et des acteurs sociaux qui travaillent au quotidien avec des publics de toute origine. La diversité et la qualité des contributeurs à cette publication illustrent parfaitement la méthode de l'IRFAM qui laisse tour à tour la parole aux experts universitaires et aux acteurs spécialistes du «terrain» dans une préoccupation d'expression de tous et d'applications concrètes. L'ensemble est de plus enrichi par une comparaison internationale avec le Québec. Je m'en réjouis vivement. En tant que Ministre des Mfaires sociales et de la Santé de la Région wallonne, j'accorde d'autant plus d'intérêt à cette 14

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démarche qu'elle vient occuper une place vacante dans le contexte de la politique d'intégration en Wallonie et donc parmi les dispositifs existant en Région wallonne. Rappelons que ceux-ci reposent essentiellement sur le décret du 4 juillet 1996. Je citerai parmi les dispositifs centraux existant en Région wallonne les Centres régionaux d'intégration (CRI) situés dans sept villes (Verviers, Liège, Namur, Charleroi, La Louvière, Mons, Tubize). Ces centres ont un rôle de seconde ligne et d'interface entre les activités développées par la vie associative et les pouvoirs publics locaux, les partenaires sociaux, les institutions liées au logement, à la santé, voire à l'enseignement et à l'accueil de loisirs. Les CRI assurent également des formations en matière interculturelle et coordonnent des actions en matière d'insertion socioprofessionnelle des publics d'origine étrangère. Ces centres sont gérés de manière paritaire par le monde associatif et les responsables publics locaux. Un lieu de concertation et de propositions de politiques locales en matière d'intégration est également inscrit dans chaque centre sous le nom de Conseil représentatif. Chaque centre développe ses propres activités en fonction de son environnement local. La vie associative qui concerne ici l'ensemble du territoire wallon est également actrice dans l'application du décret d'intégration. A ce titre, elle est, de même que les CRI, soutenue par la Région wallonne pour des actions de première ligne concernant, par exemple, la médiation sociale et interculturelle, les cours d'alphabétisation et de français deuxième langue, la lutte contre les discriminations, la mise en place de services sociaux, les créations de lieux communautaires, d'écoles de devoirs, de structures d'animation pour jeunes, de garderies d'enfants, la mise sur pied de rencontres interculturelles, de conférences, de débats, ... Bref, il s'agit là d'une multitude de services et d'activités de base dans une logique de discrimination positive et d'égalité des chances favorisant l'accès de chacun aux droits définis par les pouvoirs publics. C'est donc à travers cette diversité d'initiatives locales et des centres régionaux d'intégration que se développe et se construit la politique d'intégration des personnes étrangères ou d'origine étrangère en Wallonie.

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Pour qu'elle ait tout son sens, cette politique doit pouvoir évoluer en fonction de l'actualité et des nouvelles migrations. Un des objectifs principaux poursuivis par la Région wallonne est de promouvoir la possibilité pour les personnes étrangères ou d'origine étrangère d'être actrices de leur propre intégration. La mise en place de services de médiations interculturelles et d'interprétariat social, l'éclosion de nouvelles associations portées par les nouveaux migrants et les nouvelles générations entraînent de nouvelles niches d'emploi pour les personnes d'origine étrangère, les impliquant professionnellement dans une politique d'intégration. Ces initiatives permettent, à tout le moins, de faire entendre la voix des nouveaux venus. Mais ce qui me semble surtout nouveau et encourageant, c'est la reconnaissance de l'interculturalité dans nos cités et institutions, et l'ouverture à des pratiques interculturelles valorisantes, qui semblent rompre avec la politique axée uniquement sur la discrimination positive pourtant indispensable pour les personnes fragilisées. Je voudrais toutefois nuancer. Si les avancées d'une approche interculturelle se fait jour concrètement dans des initiatives de terrain et dans le cadre de services publics, il ne faut pas ignorer que celle-ci n'a pas que des partisans. Le climat sécuritaire, parfois virant à la xénophobie, est un terreau toujours vivace qui résiste à cette nouvelle approche où il est question «d'être acteur de sa propre intégration ». La question est particulièrement sensible lorsqu'il s'agit de politiques de jeunesse touchant notamment certaines populations nouvellement installées en Belgique. Il faut ici rendre hommage aux contributeurs du livre d'avoir su introduire, contextualiser et débattre avec intelligence et nuance de la question de la «violence» à partir et autour du public des adolescents albanais installés dans notre pays. Seuls la bonne information et le discernement démocratique doivent guider nos actes politiques en matière interculturelle comme dans d'autres matières. Pour nous aider dans cette tâche de gouvernance, et sur ma proposition, le Gouvernement wallon a opté pour la création du Carrefour lnterculturel Wallon (CIW) réunissant les
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représentants des pouvoirs publics, les universités, les CRI, les forces vives de la société civile, ainsi que diverses personnalités et spécialistes en matière d'accueil et d'intégration des populations d'origine étrangère, de développement interculturel et de lutte contre les discriminations. Cette association fédérative est ainsi créée en vue de : Promouvoir la dynamique entre les acteurs et les opérateurs locaux et régionaux, publics et privés et favoriser la participation de ceux-ci par l'émergence d'outils en vue d'assurer la transversalité des actions; Soutenir les initiatives visant à promouvoir la valorisation des ressources interculturelles, et les échanges intra et inter-régionaux et internationaux; Promouvoir des outils d'évaluation de l'ensemble des actions et favoriser l'émergence d'indicateurs; Produire et diffuser une information large, notamment par l'édition. Comme on le voit, l'initiative résumée par cette publication est parfaitement exemplaire des politiques que nous développons et souhaitons encore approfondir à l'avenir en matière d'intégration et d'interculturalité. Gageons que cette lecture soit enrichissante et dynamisante notamment pour les intervenants sociaux et responsables d'associations qui, au jour le jour, contribuent à concrétiser les objectifs essentiels de citoyenneté et de participation sociale de tous.

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Introduction:

Une entrée en dialogue interculturel
Michèle Vatz Laaroussi

Cet ouvrage s'est construit des deux côtés de l'Atlantique, dans deux sociétés francophones, la Wallonie en Belgique et le Québec au Canada. Dans les deux cas, l'immigration d'une population de jeunes Albanais et Kosovars est venue à l'ordre du jour dans la dernière décennie. En effet, bien que cette immigration ait des racines plus anciennes tant en Belgique qu'au Canada, elle a été renforcée de manière importante lors de la guerre du Kosovo en 1999 et c'est depuis cette période que nos sociétés se posent la question de l'intégration de ces populations. Nous avons fait le choix ici de proposer une entrée en dialogue interculturel entre nos deux sociétés au travers de plusieurs chapitres qui articulent des perspectives wallonnes et québécoises autour de la place prise par et donnée à ces populations dans nos sociétés. Si la question de la violence est souvent centrale dans le discours des praticiens belges, la perspective québécoise nous permet de la nuancer et surtout de la contextualiser dans des relations internationales et régionales. C'est pourquoi, en tant que collaborateurs de recherche et éditeurs scientifiques de cet ouvrage, nous avons pris le parti d'aborder la question des jeunes Kosovars et Albanais au travers de leurs stratégies de citoyenneté. En effet, nous avons eu la chance de développer des collaborations depuis quelques années et c'est au travers d'un fonds de coopération Québec-Wallonie que ces intérêts communs se sont concrétisés. Plus spécifiquement, nous avons réalisé en parallèle

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deux recherches auprès de populations de mêmes origines, des jeunes Albanais et Kosovars, en posant la même problématique de base: quelles sont leurs stratégies de (re)construction de soi dans une nouvelle société où ils s'installent? Quelles sont les modalités de citoyenneté mises en œuvre au quotidien lors de leur insertion? En plus de la visibilité accrue de ces jeunes immigrants, depuis la guerre de 1999, nous posions l'hypothèse qu'étant donné les spécificités de leur histoire nationale et le chaos dans lequel ils avaient vécu leur petite enfance, ils auraient à reconstruire des repères identitaires dans leur nouvelle société. Nous comptions donc analyser finement ces repères pour mieux saisir comment ils pouvaient se transformer en stratégies de participation sociale, voire de citoyenneté ou comment, au contraire, ils pouvaient être perçus comme des faits parasites, des limites à l'insertion et à la vie en société dans le nouvel espace investi. C'est en particulier de Belgique que provenait cette perspective: en effet la question de la violence portée par ces jeunes semblait être une source d'irritation majeure dans leurs rapports avec les institutions sociales de leurs quartiers et localités d'installation. Des maisons de jeunes signalaient leur difficulté à travailler avec ces jeunes, certaines allant jusqu'à fermer leurs portes; l'école, les structures de loisirs se plaignaient des comportements violents récurrents dans ces populations et avaient le plus souvent tendance à les corréler à la culture d'origine, d'une part, à la fermeture du groupe sur lui-même, d'autre part, et à la reproduction de modèles guerriers valorisés dans la trajectoire migratoire, finalement. Dès le début de la recherche, la situation de ces jeunes au Québec semblait beaucoup moins problématique: la violence n'était pas perçue comme une caractéristique majeure de leurs comportements et ils paraissaient peu dérangeants dans les institutions sociales et scolaires. Par contre, on signalait chez ces jeunes, dans la ville de Québec, quelques troubles du comportement, et ce plus particulièrement à l'école primaire. Le plus souvent, les intervenants les décrivaient comme passifs, peu intéressés par l'école, pas suffisamment ou pas encore en projet. ..

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Plusieurs éléments de compréhension de ces attitudes ont été apportés dans la recherche conjointe menée par Bourgeois et ReIly (2000) sur l'installation des réfugiés du Kosovo au Québec et, principalement, à Montréal, d'une part et à Lyon, d'autre part. L'accueil collectif en foyers de travailleurs réservé à ces familles à Lyon, ainsi que leur insertion rapide sur le marché du travail semblent leur avoir permis de tisser des réseaux de soutien tant dans leur communauté d'origine qu'avec les Français qu'ils ont été amenés à côtoyer. De manière paradoxale, une forme de concentration communautaire paraît leur avoir ouvert des portes de sociabilité dans leur nouvelle société. Au contraire, les Kosovars de Montréal se sont vu attribuer des logements individuels et sont entrés dans un processus de francisation (cours de français) sans pénétrer le marché de l'emploi durant au moins la première année de leur installation. Leur dispersion sur le territoire et l'aide qu'ils ont reçue de divers organismes québécois semblent avoir favorisé un sentiment d'anonymat et le manque de réseaux de soutien ethnique. C'est donc sur la famille nucléaire que ces réfugiés se sont finalement repliés, vivant, semble-t-il, plus de nostalgie et de solitude que leurs compatriotes installés à Lyon. Il est vrai que cette tendance à l'individualisation et à l'anonymat est caractéristique des sociétés nord-américaines alors que les «vieux pays », ceux de l'Europe et des Balkans, permettraient encore, sur le plan des mentalités, si ce n'est sur celui des lois, des stratégies plus collectives ou communautaires. Toutefois, ces éléments de contextualisation ne suffisaient pas pour expliquer pourquoi la violence représenterait un «enjeu» pour ces populations en Wallonie et en Belgique alors que c'est plutôt leur « passivité» qui semble caractériser leur installation au Québec, selon des intervenants de cette province. Quelles que soient les explications potentielles à ces divergences individuelles et sociales, il nous paraissait dès lors intéressant d'aller les chercher tant auprès des premiers acteurs de ces migrations, les jeunes Albanais et Kosovars, qu'auprès des intervenants de différents milieux qui les côtoient quotidiennement.

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En effet, et c'est un point de convergence important dans nos diverses recherches, nos deux équipes favorisent des études qui débouchent sur des actions, qui enrichissent l'intervention et qui fournissent des outils aux acteurs locaux du social, migrants et intervenants de tous ordres. C'est dans cette perspective que cet ouvrage a été conçu de manière collective pour donner des éléments d'analyse et des repères aux intervenants tout comme aux décideurs politiques. Il représente aussi un espace de parole pour ces jeunes que nos sociétés côtoient sans vraiment les connaître ni les reconnaître. Afin de remplir ces missions, le présent volume comporte une première partie qui a pour but de présenter des recherches et réflexions exploratoires: la première concerne le domaine des comportements et attitudes de citoyenneté des adolescents; la seconde, les violences juvéniles dans des contextes de diversité socioculturelle. En parallèle avec ces textes produits en Belgique, une description du contexte scolaire québécois et de son rapport à la diversité ethnique, culturelle et linguistique, permet de poser les premiers termes de la mise en dialogue intercontinentale. La deuxième partie de l'ouvrage est consacrée d'abord à la description de la population albanophone de Belgique, ainsi qu'à la présentation de la jeunesse issue de cette communauté dans ses rapports aux structures de jeunesse en tant que lieux d'exercice de rapports de citoyenneté et de participation sociale. Un dernier texte, dans cette partie, en provenance de Belgique, introduit finalement la question des violences criminelles organisées attribuées aux groupes albanais en Europe occidentale, en particulier au travers de l'exploitation des jeunes femmes et de la montée en puissance des réseaux du proxénétisme albanais. Plutôt que de souscrire ici à la thèse d'une violence culturelle attribuée d'office au groupe albanophone, nous voulons circonscrire le type de violence le plus souvent médiatisé en Europe, pour permettre ensuite de mieux comprendre les pratiques et stratégies de citoyenneté et d'insertion des jeunes albanophones rencontrés dans nos recherches.

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L'étude réalisée au Québec offre, dans un second temps, l'occasion de comparer les contextes institutionnels et sociaux des deux sociétés d'accueil dans leurs effets respectifs sur les processus de développement psychosocial des groupes de jeunes réfugiés. Enfin, une proposition d'analyse globale des discours et comportements de citoyenneté des jeunes réfugiés dans les pays occidentaux conclut ce livre.

Bibliographie
Bourgeois F. et Helly D. (2000), Une Recherche comparative: politique d'accueil, insertion sociale et circulation migratoire. Les réfugiés kosovars évacués à Lyon et Montréal au printemps 1999, Lyon, Montréal: Fonds d'Action Sociale pour les travailleurs immigrés et leurs familles.

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Première

partie:

Contextes généraux

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Jeunes, violences et citoyenneté!
Altay A. Manço

La présente recherche porte sur les modalités de construction identitaire et les pratiques de citoyenneté mises en œuvre par des jeunes réfugiés en Wallonie et à Bruxelles, ainsi que dans différentes régions de la Province du Québec. La communauté ciblée, parmi les groupes réfugiés ces dernières années en Belgique et au Canada, est principalement les populations d'origine albanaise et kosovare. Le choix de ces groupes s'impose tant par la taille relativement importante de cette population dans les régions d'étude que par le manque de données à leur propos.
Par ailleurs, dans le cas de la Belgique, tant la presse que les impressions de nombreux travailleurs du social et de la justice signalent des faits graves d'inadaptation sociale et de violence à propos de ce groupe arrivé dans le pays principalement dans les années 90.

Ces migrations, assez nouvelles et peu étudiées, sont la conséquence de crises et de conflits importants dans les pays d'origine. Il s'agit d'une population particulière par son histoire nationale et familiale comportant pour beaucoup de nombreuses facettes dramatiques. De plus, pour diverses raisons politiques internes à la Belgique et au Québec, ces familles réfugiées sont installées, outre dans de
A vec la collaboration de Messieurs Sebahattin Bilir et Suavi Tuncay.

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grandes villes comme Montréal, Bruxelles et Liège, dans un certain nombre de centres d'accueil ou de quartiers de petites villes et de villages qui comptent traditionnellement peu d'immigrants et dont les ressources sociales et éducatives travaillent rarement avec des publics porteurs de valeurs et de normes différentes. Notre projet vise ainsi à mieux faire connaître qui sont ces jeunes réfugiés et leur famille, quels sont leurs projets d'insertion et comment ils mettent en œuvre des pratiques de socialisation et de citoyenneté, ainsi que des expressions identitaires. Notre but est d'améliorer la connaissance et la compréhension de ces personnes d'origine étrangère. Nous voulons ainsi comprendre également les raisons de certaines déviances et incivilités attribuées à ces groupes. Il s'agit aussi d'identifier quels types d'interventions sociales et culturelles sont utiles, à travers, notamment, les structures d'accueil, d'aide et d'éducation des jeunes, pour mieux les accompagner dans leur cheminement en Belgique ou au Canada. Dans cette tâche, la démarche comparative internationale est particulièrement prometteuse.
Nous souhaitons mener l'opération dans une perspective de participation, de développement social et citoyen, ainsi qu'une perspective de prévention et de lutte contre les violences agies et subies par ces jeunes demandeurs d'asile ou leur famille.

1. Les violences: une approche dialectique
La violence est une réalité inhérente à la vie. Objet d'une analyse dialectique, elle entraîne plusieurs hypothèses quant à son statut positif ou négatif dans la société. Force menaçante pour la nature profonde de l'être, elle s'avère souvent négative, mais elle peut s'envisager aussi autrement si nous la considérons comme moteur d'évolutions nécessaires à l'équilibre entre l'être et son environnement, comme moyen d'expression, comme dernier
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recours. Il n'est donc pas question d'envisager toute violence péjorativement: dès l'Antiquité, les penseurs ont aussi identifié des côtés positifs à la violence, même si aucune violence ne vaut la peine d'être glorifiée. Du point du vue étymologique, violence provient du latin violenta qui signifie «force ». Dans le haut moyen âge, également, les vengeances familiales et les guerres fratricides appartenaient à la vie quotidienne; ce n'est qu'à partir du XIIIèmeiècle que la culture s occidentale commencera à disserter sur la violence (Domenach, 1980, 32 ; Beski, 1997, 1). Il est difficile encore aujourd'hui de définir le sens de la violence. Surchargée par plusieurs contenus, elle fait depuis longtemps l'objet d'une analyse méthodique par les sciences humaines. Si pour le dictionnaire, la violence est l'usage de la force (Robert), selon Domenach (1980,32) ce recours a pour but de s'emparer du pouvoir ou de le détourner. Incontestablement, toute forme de violence n'implique pas l'agression physique. Parfois la violence peut être occulte ou diffuse, telle une violence symbolique. Institutionnalisée, la violence a pour but d'empêcher la liberté de certaines catégories de personnes (Beski, 1997, 1). Brutalité ici, la violence s'exprimera là par la domination, le déni, l'indifférence. La souffrance qu'elle engendrepeut conduireà des « contre-agressions ». Dans les Etats modernes, la violence entretient un lien abstrait avec la démocratie et la citoyenneté. Ce rapport est l'aboutissement inachevé d'une évolution de sens qui lui donne sa définition moderne, ordinaire et surtout péjorative. Liée aux angoisses générées par la rapidité du changement social, l'acception négative de la violence vise à fustiger ce qui est ressenti comme mal ou source de désordre. On sait pourtant que la violence est avant tout un mode de rapports sociaux. Maillon d'une chaîne hégélienne d'actions-réactions, souvent la moins appropriée des réponses, ne pouvant prétendre à une positivité intrinsèque et première, la violence relève tout de même d'une forme de créativité et d'expression puisée au cœur de la dialectique 29

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destruction-reconstruction. Ainsi, elle peut permettre l'affirmation de l'être, souvent empêché de s'exprimer autrement (MugnerPollet, 1968, 28).

A travers l'exemple des révolutions des temps modernes et de l'époque contemporaine, souvent destructrices, mais toujours

annonciatricesde renouveau,la pensée sociale - et en particulier
l'apport épistémologique de Hegel - a bien intégré la violence au développement, dans la mesure où elle apparaît comme un préalable courant à l'équilibration des relations interpersonnelles et intergroupales: le sens des violences se précise dans le procès d'une analyse dialectique et systémique. Il est dès lors impossible de prétendre à une analyse objective des phénomènes de violence à partir d'un seul angle d'attaque. Encore faut-il interroger les diverses formes de déterminants historiques, économiques, politiques, sociaux et culturels qui agissent sur le développement social et psychique des groupes à la base de comportements violents ou identifiés comme tels. S'agissant de l'étude d'une population précipitée hors de son cadre de vie, violée et spoliée, cette injonction méthodologique a tout son sens. Le cas des jeunes face à la violence est par ailleurs rendu plus complexe encore par les transformations psychologiques et physiologiques qui caractérisent toute adolescence, ainsi que par les difficultés de se construire en tant qu'adulte dans un contexte d'injustices, d'exclusions, de désolation, de dépouillement, de déracinement, voire dans un contexte migratoire de tensions culturelles. Envisager la violence sous plusieurs angles permet alors de repérer et de comprendre précisément les valeurs dont ces jeunes réfugiés sont porteurs. L'adolescent non valorisé par l'ordre social peut ainsi manifester des désirs morbides et recourir à des actes violents et inadéquats pour se construire en tant qu'individu au sein de son groupe de référence (Manço, 1999). La délinquance et la transgression des normes dominantes qui sont ainsi générées contribuent, en retour, à exclure davantage les jeunes marginaux de la société d'accueil. 30

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Or, le développement et la valorisation de certaines des valeurs propres de la communauté immigrée influenceront plus que d'autres l'épanouissement d'un citoyen en résilience avec un passé lourd et capable de lien positif avec la société d'installation (Cyrulnik, 1999).

2. La citoyenneté comme construction contre les violences

permanente

et lutte

La citoyenneté c'est la place de chaque individu (et groupe) dans la société. Souvent, on l'entend réduite à son expression basique de citoyenneté politique qui conditionne la participation aux suffrages électoraux. L'expression citoyenneté sociale va bien au-delà de cette première définition. Elle englobe l'égalité des droits et des devoirs de tous les résidents, quelles que soient leurs nationalités ou origine: une «citoyenneté de résidence », en quelque sorte (Carles-Brekowitz, 2002)1. Les valeurs associées à cette citoyenneté ouverte sont multiples: participation, reconnaissance, engagement, solidarité, responsabilité, autonomie, communication, expression, etc. Encore faut-il pouvoir les exercer. En effet, les obstacles administratifs, sociologiques, économiques et discriminatoires sont multiples et rendent aléatoire, voire tout à fait impossible l'exercice de la citoyenneté pour de très nombreux groupes sociaux et en particulier les groupes de réfugiés récemment installés en Belgique ou au Canada, en attente d'une stabilisation de leurs droit et conditions de séjour.

Réduction là encore. La «citoyenneté de résidence» envisagée dans notre approche laisse en effet de côté la question brûlante du droit d'accès au territoire et du droit aux libres déplacements à travers des espaces géopolitiques mondialisés et de plus en plus interconnectés. La question du droit d'asile et du droit à la recherche de conditions de vie humaines, bien qu'extrêmement urgente et importante, ne sera pas abordée dans ce travail. 31

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En revanche, les médias et l'opinion publique retiennent précisément les actes de déviance, les incivilités et les comportements asociaux des jeunes et plus spécifiquement des jeunes d'origine étrangère sans nécessairement analyser ces faits dans leur contexte global. L' hypothèse sur laquelle se fonde cette étude est précisément le lien entre:
la possibilité de l'exercice de la citoyenneté et la satisfaction que procure cette reconnaissance sociale auprès des jeunes réfugiés, d'une part,

et la lutte contre les violences subies ou agies par les jeunes réfugiés, de l'autre. La recherche qui vise à définir les comportements identificatoires et les pratiques d'expression des jeunes réfugiés originaires des Balkans tente également de placer cette observation sur le terrain des structures d'éducation, d'animation et d'aide destinées aux jeunes publics. En effet, quels sont les rôles de ces dispositifs et de leurs personnels dans la lutte contre les violences subies et générées par les jeunes, ainsi que dans le contournement des obstacles à la participation sociale et à la reconnaissance culturelle de ceux-ci? En un mot, quelle est leur part dans la «citoyennisation» des jeunes immigrants? Cette responsabilité est certainement grande, même si elle doit être partagée également avec l'école, la famille, les médias, les associations et autres espaces publics. Elle se décline en termes de construction du «vivre ensemble» (Rojzman et Pillods, 2001), en termes de construction d'un sens critique du dialogue et de l'expression et, enfin, en termes de construction d'une action personnelle et collective pour le changement social (Commission Consultative des Centres de Jeunes, 1998). Cette tâche socio32