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JFK

De
551 pages
Une enquête perspicace menée sur l'assassinat du Président John Fitzgerald Kennedy à Dallas le 22 novembre 1963 Enquêteur indépendant passionné par l'Histoire des Etats-Unis, Pierre Nau s'intéresse depuis plus de trente ans à l'assassinat du Président Kennedy. Après des années d'étude, un voyage à Dallas et des rencontres avec des témoins de l'assassinat, l'auteur livre ici le résultat de son investigation. Plus qu'une thèse sur le sujet, l'ouvrage est une invitation à la réflexion. La culpabilité de l'assassin présumé est amplement démontrée à ses yeux et les efforts doivent maintenant porter sur la recherche des complices d'Oswald et des membres du complot local à l'origine de cet assassinat.
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ESSAIS ET DOCUMENTS










Le Manuscrit
www.manuscrit.com













© Éditions Le Manuscrit, 2005
20, rue des Petits Champs
75002 Paris
Téléphone : 08 90 71 10 18
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
communication@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-5793-1 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-5792-3 (livre imprimé)





Remerciements,



Mes remerciements les plus vifs iront à Marie Martine
mon épouse qui a toujours été là pour m’encourager.
Sans elle, ce livre n’aurait jamais vu le jour.

Je tiens également à remercier James T. Tague pour son
accueil chaleureux chez lui lors de mon séjour à Dallas
en novembre 2003 et pour l’aide précieuse apportée.

Enfin, mes remerciements vont à tous les visiteurs et
contributeurs du forum de mon site Internet
http://www.jfk-assassinat.com. Ce livre leur est dédié.


A Olivier, Frédéric et Benjamin,





9
10 PIERRE NAU







PROLOGUE


L’assassinat du Président John Fitzgerald Kennedy
le 22 novembre 1963 à Dallas est encore présent dans
toutes les mémoires. Aucune disparition d’un chef d’état
n’aura été aussi durement ressentie. Sa mort brutale, le
charisme de l’individu et l’espoir qu’avait fait naître sa
présidence ont laissé tout d’un coup le peuple américain
désemparé dans sa grande majorité. Le choc dépassa
largement le seul cadre des Etats-Unis, il fut planétaire.
Des larmes seront même versées au sein de la
population moscovite et dans toute l’URSS l’ennemi
juré de l’époque.
Pourquoi avons-nous tant de mal à accepter cette
disparition ? Pourquoi la mort d’un jeune Président qui
n’avait pas encore eu le temps de faire ses preuves
occupe t-elle encore les esprits, deux générations après
le drame ? Pourquoi la vieille Europe est-elle si prompte
à s’intéresser à la dernière hypothèse en cours ? Difficile
de répondre à cette triple interrogation, tant l’irrationnel
et le réel se côtoient dans cette mystérieuse affaire.

Cet ouvrage n’a pas l’ambition de refaire ce que
d’autres ont déjà fait avant moi, en livrant la dernière
thèse définitive sur le sujet. Ces quelques lignes
11 JFK
racontent l’histoire d’une passion pour l’un des épisodes
les plus marquants de l’histoire du vingtième siècle.
Au moment où John Fitzgerald Kennedy trouvait la
mort à Dallas, je vivais en Guadeloupe. Mon père,
aujourd’hui disparu, était alors en poste dans ce
département attachant, pour le plus grand bonheur de
sa famille. Nul doute que la proximité des Etats Unis a
joué un grand rôle sur le garçonnet que j'étais. Ma
perception de l’évènement en a été grandement
influencée, d’autant que le hasard de la vie m’avait
conduit dans ce pays fascinant en 1961, deux ans avant
l’attentat.
Passé le premier choc, les moyens mis en oeuvre
par le gouvernement américain pour faire toute la
lumière sur l’attentat, permettaient d’espérer. Aucun
doute ne planait dans les premiers instants. La
puissance, les outils considérables du FBI et des
Services Secrets mis à la disposition de la Commission
Présidentielle, l’enquête présidée par le Président de la
Cour Suprême en personne ferait toute la lumière. Les
indices et preuves matérielles ne manquaient pas, tout
n’était qu’une question de patience.
Hélas, les conclusions de la commission Warren
rassurantes en apparence, firent place aux doutes et à
une frustration bien palpable au sein de l’opinion.
Comment Lee Harvey Oswald, ce looser qui n’avait rien
réussi de bon dans sa vie pouvait-il être à l’origine de
cette tragédie ? Toute cette débauche de moyens et
d’argent aboutissait en définitive à la conclusion
donnée, un peu rapidement il est vrai, par le District
Attorney Henry Wade le soir du 22 novembre, dans les
locaux de la police de Dallas, devant tout le gotha de la
presse nationale et internationale. N’avait-on pas trop
12 PIERRE NAU

spéculé sur les résultats de la Commission
Présidentielle ? Avait-elle vraiment eu le temps de
boucler son enquête en dix petits mois seulement ? Ne
s’était-on pas trompé sur la Commission d’enquête
ellemême, en surestimant son pouvoir d’investigation ? Ne
s’était-elle pas au fond contentée de valider une
hypothèse, en lui donnant l’habillage de respectabilité
conférée par la réputation de ses membres, tous des
hauts dignitaires de l’establishment américain ?
Jeter le discrédit sur la seule Commission serait par
trop injuste, tant les contraintes d’exercice auxquelles
elle fut confrontée étaient nombreuses. A la lecture du
rapport, de ses annexes et des auditions des témoins, il
est difficile de ne pas être impressionné par le volume et
la qualité des documents. En dépit des omissions
coupables, la rédaction de l’ensemble est remarquable et
de qualité.
Malgré tout, le rapport est incomplet et critiquable.
Trop de points ont été négligés. Des témoins
intéressants n’ont pas été questionnés et des
conclusions hâtives dans des domaines essentiels ont été
tirées. Au crédit de la Commission et contrairement à ce
qui a été trop souvent prétendu, une étude de la
possibilité de l’existence d’une conspiration a même été
faite. Mais elle l’a fait partiellement, de telle sorte, qu’en
définitive, la thèse du tireur isolé Lee Harvey Oswald
prévale.
Il faut laisser le temps au temps, c’est
particulièrement vrai dans une affaire telle que
l’assassinat de JFK. Plus de quarante ans après cette
tragique après-midi de novembre 1963, les passions
sont toujours aussi vives. La célébration du quarantième
anniversaire à Dallas en 2003 était l’occasion de bien
13 JFK
sentir les sensibilités des uns et des autres et les
oppositions des deux tendances, celle de la thèse
officielle, minoritaire mais bien présente sur la scène
médiatique et celle majoritaire de la conspiration, moins
organisée dans sa démarche et empoisonnée par
l’omniprésence de chercheurs plus ou moins crédibles.

Un dénominateur commun liait cette communauté
hétérogène : la passion pour un Président et cette
difficulté d’admettre sa mort brutale par une belle
aprèsmidi d’automne de 1963. Pour les défenseurs de la thèse
officielle, il est dur de se faire à l’idée de cette
disparition brutale par la faute d’un psychopathe, armé
de son fusil à 12 $ tout droit sorti d’un des trop
nombreux surplus d’armes du pays. Les partisans de la
thèse du complot admettent difficilement que les
membres de la conspiration encore en vie continuent de
couler des jours paisibles, sans être inquiétés le moins
du monde.

Pour ma part, maintenir encore aujourd’hui la seule
culpabilité d’Oswald comme vérité officielle est une
injustice. Acteur de cette fusillade, sans aucun doute,
Lee Harvey Oswald avait des complices.

Ma seule motivation dans cette recherche de plus
de trente ans est d’essayer d’y voir plus clair et à défaut
de désigner les autres coupables, d’imaginer un scénario
des évènements aussi proche que possible de la vérité.
Une étape essentielle manquait à mon parcours : la
visite des lieux, cette indispensable confrontation à la
réalité. Loin des ouvrages plus ou moins crédibles, des
films ou autres clichés altérés par l’usure du temps, la
14 PIERRE NAU

vue des lieux et la rencontre de témoins de l’époque
encore en vie permettent de se ressourcer et de
relativiser les certitudes d’hier ou de reconsidérer avec
plus d’objectivité les conclusions trop hâtives faites sur
des points essentiels.
15 JFK
16 PIERRE NAU







DALLAS 2003


Plus de quarante deux ans se sont écoulés depuis
ma première visite à Dallas. L’opportunité d’un voyage
en famille m’avait permis de faire la connaissance de
cette ville mythique du Texas. C’était en mai 1961, deux
ans avant la terrible tragédie auquel le nom de la ville
restera à jamais lié : l’assassinat de John Fitzgerald
Kennedy.

Il est 9h40 ce mardi 17 novembre 2003 au moment
où les roues du Boeing 757 d’American Airlines touche
le tarmac de Dallas-Fort Worth au Texas. Il fait un
temps splendide. J’aurais préféré arriver à Love Field,
plus proche du centre ville de Dallas, là où le Président
et sa suite s’étaient posés quatre décennies auparavant.
Les aléas des réservations me privaient de cette
opportunité, dommage. Cette légère frustration était
oubliée, à la vue de la skyline de la ville. Le but était
proche.

A la fin de la semaine, les cérémonies de
commémoration du quarantième anniversaire de
l’assassinat du Président Kennedy allaient être célébrées,
sur Dealey Plaza. Chaque décennie est l’occasion de
célébrations plus solennelles. Celle-ci échappait encore
17 JFK
moins à la règle. L’opportunité de me confronter à la
réalité des lieux de cette mystérieuse affaire était enfin
arrivée. Les longs moments passés à étudier cette
énigme aux multiples pistes sans solution vraiment
satisfaisante, allaient être avantageusement complétés
par cette immersion dans Big-D. A cet instant, les
souvenirs des premières lectures reviennent à l’esprit.
Comment oublier les hypothèses échafaudées et rejetées
mille et une fois, les moments passés à arpenter les
libraires, brocantes ou autres vides-greniers ? Le coup
de fil providentiel de ma femme ou de ma belle-soeur
m’avertissant de la présence chez un brocanteur du
bouquin intéressant ou de la revue introuvable depuis
des années et les moments de doutes reviennent en
mémoire. Tout passionné de cette affaire a le sentiment
de prendre part à une course de fond, aux limites sans
cesse repoussées. Passion quand tu nous tiens…

A l’arrivée dans Big D, l’excitation est à son
comble, avec cette angoisse déjà présente de passer
peut-être à côté de choses importantes. Pour l’heure, je
suis décidé à essayer de mettre ma visite à profit pour
mieux comprendre. C’est du moins ce que j’espère.

A l’intérieur du taxi, le long des quarante kilomètres
qui séparent l’aéroport de Dallas Fort Worth du centre
de Dallas, je repense à cette année 1966 où je dévorais
d’une traite mon premier livre, "l’Amérique fait appel",
de Mark Lane. En passant à côté de l’aéroport de Love
field et du Parkland Hospital, les images me renvoyaient
à mes lectures. En empruntant la Stemmons freeway, le
centre ville approchait. Essayer d’apercevoir les lieux et
les emplacements mentionnés dans les ouvrages
18 PIERRE NAU

occupaient mon attention. Tout allait trop vite. Moins
d’une demi-heure après le départ de Dallas Fort Worth,
mon taxi me déposait dans Main street devant la porte
de mon hôtel.
Peu de temps après avoir emménagé dans ma
chambre, je décidais de me rendre sur Dealey Plaza,
distante d’un mile et tristement célèbre depuis un
certain jour de novembre 1963.

En descendant Main street, il est impossible de
s’empêcher de penser à ce défilé présidentiel, 40 ans
plus tôt, dans cette artère principale de la ville. Un
succès depuis le départ, le Président ravi de l’accueil
avait eu raison de ne pas tenir compte des
recommandations de prudence de ceux qui lui
demandaient de ne pas se rendre à Dallas. Il avait même
réussi à réconcilier, pour un temps, les factions rivales
de son parti et à faire asseoir John Connally devant lui,
dans sa voiture. Il y avait bien eu les tracts du matin
indiquant clairement qu’il n’était pas le bienvenu. Un
drapeau sudiste à son arrivée à l’aéroport lui rappelait
aussi que lui, le yankee, n’était pas en terrain ami. Mais
toute cette foule dense et enthousiaste, massée dans
Main street, était la meilleure réponse à ces
provocations. Souriant et détendu, il savourait son
triomphe et son coup de poker. Cette étape importante
de la campagne pour sa réélection était un succès et de
bonne augure pour le futur.

La dernière partie de ce défilé en ville s’achevait. La
fin de la vie de John Fitzgerald Kennedy, trente
cinquième Président des Etats-Unis, enfant de Boston
et du Massachusetts approchait.
19 JFK

Un vent vif balaye Main street, tempéré par le soleil
éclatant de l’automne texan. Au fur et à mesure de ma
progression dans Main street, la vue de la bâtisse rouge
de l’ancienne prison du Comté me signale la proximité
1de Dealey Plaza . La première de mes surprises parmi
tant d’autres, est de distinguer très clairement la voie de
chemin de fer sur le passage triple sous-terrain, très
proche de cette même bâtisse. Illusion d’optique me
disais-je en moi-même….
Arrivé à la fin de Main street, descendue sur le
trottoir de droite, je pénètre dans Houston et le Texas
School Book Depository me fait face, proche, vraiment
très proche de cette intersection, entre Main et Houston
street. Les mots manquent pour décrire le choc ressenti
par le visiteur s’y rendant pour la première fois…

Outre l’émotion naturelle, c’est également pour moi
une énorme surprise de constater à quel point cette
place est particulièrement petite, presque intime. Aucun
cliché photographique n’est capable de rendre
l’impression d’étroitesse des lieux qui se dégage. Aucune
photo ne rend perceptible l’inclinaison importante des
trois rues qui traversent cette place : Main, Commerce
2et Elm street . A l’aplomb du passage triple sous-terrain,
la pente est encore plus visible. Ce paramètre important
ne peut être apprécié sans se rendre sur place.

Il est 10h30. Dealey Plaza est très peu fréquentée à
cet instant de la journée. Des touristes çà et là, des
passionnés de l’affaire sont là comme moi, une petite

1. La scène de l’assassinat.
2. La rue où John Fitzgerald Kennedy a été assassiné.
20 PIERRE NAU

vingtaine tout au plus. Un japonais a pris la place de
Zapruder. On devine la signification de sa gestuelle.
Personne ne le dérange.

Après avoir fait le tour de la place et m’être
imprégné de la topographie des lieux, je me dirigeais
vers le n°411 d’Elm street. L’édifice abritait en 1963 le
Texas School Book Depository. L’immeuble a subi des
transformations depuis. Un musée a élu domicile au
1sixième plancher : le Sixth Floor Museum . De cet
étage, des coups de feu ont claqué à 12h30, quarante
ans plus tôt. Les services de la ville occupent désormais
le reste du bâtiment. Seuls les deux derniers étages sont
occupés par le Sixth Floor Museum, principalement
consacré à la promotion de la thèse officielle…L’étape
suivante était toute trouvée et me voilà à l’intérieur du
musée.
L’atmosphère feutrée du musée est bien différente
de celle du dépôt de l’époque. Le plancher était en train
d’être changé et les cartons de livres étaient accumulés
et déplacés, au fur et à mesure, pour permettre aux
ouvriers de travailler. La poussière, le bruit, la crasse
environnante et le déplacement difficile entre les piles
de cartons, ne facilitaient pas la tâche des employés de
l’époque. Parmi eux se trouvaient Lee Harvey Oswald.

Garry Mack, le conservateur du musée, est
désormais le maître des lieux. Tout y est réglé comme

1. Nom donné au musée qui se trouve au sixième plancher ( le
cinquième étage pour nous) du bâtiment de briques rouges qui
abritait autrefois le dépôt de livres scolaires du Texas (Texas
School Book Depository). Dans le texte il sera souvent fait
référence à ce building sous son abréviation de TSBD.
21 JFK
du papier à musique, aseptisé et adapté au message à
1délivrer. Le film de Zapruder s’arrête à l’image 312, de
sorte que le rejet de la tête du Président, au moment du
coup de feu fatal, ne soit pas visible. Pour éviter de
heurter les âmes sensibles, nous dit-on. En revanche,
ces mêmes âmes ne doivent pas l’être, en regardant
2l’exécution d’Oswald par Ruby qui passe également en
continu. C’est une affaire d’appréciation.

Première frustration en s’approchant du coin
sudest de l’étage, il est impossible de s’approcher de la
fenêtre du tireur. Cette dernière est prisonnière d’une
enceinte en plexiglas, à l’intérieur de laquelle, une
disposition sommaire de cartons de livres d’époque est
censée reconstituer l’environnement de la fenêtre, tel
qu’il était en 1963. Inutile d’essayer de prendre une
photo des lieux. L’emploi d’appareils et de caméras est
strictement interdit. Des photos ou cartes postales,
soigneusement sélectionnées, sont à la disposition des
visiteurs dans la boutique du musée. Celle-ci occupe la
place de l’ancien entrepôt de la compagnie du Texas
School Book Depository, à l’arrière du bâtiment, au
rezde-chaussée.

La fenêtre adjacente à celle du coin sud-est est
accessible. Elle permet de bien apprécier
l’environnement de la place. Immédiatement, les
impressions nées de l’observation des photos et des

1. Cinéaste amateur qui filma l’intégralité de l’assassinat à l’aide
d’une caméra de 8 mm.
2. De son vrai nom Jack Leon Rubinstein. Tenancier de cabarets
de Dallas, proche de la police. Il assassina Oswald le 24 novembre
1963.
22 PIERRE NAU

documents de l’époque se confirment. En particulier
celle liée aux conditions de tir. La tâche du tireur
solitaire était bien plus aisée en direction de Houston
street que vers Elm street. C’est dans cette rue que Lee
1Harvey Oswald a choisi de tirer. Tout était pourtant
plus difficile. Un arbre gênait le tireur, au point de le
contraindre à débuter le tir, aussitôt après que la voiture
ait entamé sa descente dans Elm street. Passé cette
fenêtre de tir, le coup de feu suivant ne pouvait
intervenir que 50 mètres après, une fois la voiture à
nouveau visible. Ce fut le moment choisi par Oswald
pour tirer le deuxième coup de feu. Le troisième et
dernier, le tir fatal est intervenu à une distance de 90
mètres, au moment où la voiture était la plus éloignée
de la fenêtre du tireur. Autre circonstance aggravante,
visible que si l’on se rend sur place, la pente de la rue
obligeait le tireur à effectuer une double correction en
site et en azimut. Autrement dit, il devait tenir compte,
non seulement de l’éloignement de la limousine, mais
également, de l’inclinaison de la rue et de sa variation de
position par rapport à l’horizontale.
En clair, Oswald a réussi le tir le plus délicat pour
un tireur. En se remémorant la piètre performance de ce
2dernier quand il rata le Général Edwin Walker , assis à
son bureau et qui offrait une cible à la fois proche et
immobile, on ne peut être que perplexe devant une telle
performance. C’est pourtant la version officielle, celle
dont le Sixth floor Museum assure la promotion. A sa
décharge, il n’a guère les moyens de faire autrement ?

1. L’assassin présumé de John Fitzgerald Kennedy.
2. Général en retraite, connu pour ses opinions d’extrême droite.
Oswald aurait tenté de l’assassiner dans la nuit du 6 au 7 avril
1963.
23 JFK
S’opposer à la thèse officielle conduirait à la disparition
de la majeure partie de ses sponsors et membres
bienfaiteurs. Garry Mack ne tient pas à voir son musée
subir le même sort que celui de son « concurrent », à
quelques centaines de mètres de là, près du « JFK
memorial ».
C’est la contribution de Dallas, en souvenir de
èmel’assassinat du 35 Président des Etats-Unis. L’âme du
Président qui s’élève de l’intérieur de l’ouvrage vers les
cieux, constitue la symbolique de cet ouvrage. Non loin
du mémorial, un bâtiment abrite le Conspiracy Museum.
Malheureusement pour lui, son mécène a disparu. Les
enfants de ce dernier ne voulaient pas prendre la suite.
Le musée a définitivement fermé ses portes à la fin de
l’année 2003. C’est regrettable. Il offrait l’autre point de
vue et l’accueil, bon enfant et simple, était apprécié du
visiteur.

Le besoin de revenir sur Dealey Plaza se fait déjà
sentir. Le désir de graver dans sa mémoire la géométrie
des lieux est plus fort que tout. Nombreux sont les
visiteurs à y passer de longs moments. Pour s’y
recueillir, essayer de se replacer dans le contexte de
1l’époque en prenant la place de Zapruder, de Moorman
d’Altgens de James Tague et d’autres témoins clés de
l’évènement. La place n’a pratiquement pas changé
depuis l’époque. Se replonger dans le passé se fait
aisément. C’est un excellent moyen de balayer ou de
remettre en cause certaines idées reçues ou certitudes.
L’exercice n’est pas simple et réclame beaucoup
d’humilité.

1. Mary Moorman a pris une photo de l’instant où JFK était
atteint à la tête. Elle se trouvait du côté gauche d’Elm street.
24 PIERRE NAU

1En prenant la place d’Howard Brennan le
19/11/03 à 12h30, je me rends compte qu’il n’est pas
impossible d’identifier la tête d’un individu à la fenêtre
du coin sud-est du cinquième étage, même si le reflet du
soleil, à ce moment de la journée, est un handicap. La
hauteur de la fenêtre, par rapport à l’emplacement de
Brennan, n’est pas aussi importante que le suggèrent les
clichés à la disposition des chercheurs. Il en de même de
2l’emplacement d’Altgens . En se plaçant à l’endroit où il
se trouvait, au moment où il a pris sa photo célèbre,
l’effet de grand angulaire a encore une fois tendance à
augmenter les distances.


Pour mieux apprécier encore le volume de la place
et juger de sa dimension réduite, il faut prendre de la
3hauteur. En se rendant au sommet de Reunion Tower
à quelques encablures de là, Dealey Plaza paraît
disposée dans un écrin. Témoin rescapé d’une
architecture d’une époque révolue, la place, devenue
« landsmark » en 1993, restera à jamais à l’identique
d’aujourd’hui. La plaque qui atteste du classement du
lieu a été d’ailleurs curieusement disposée, sur la
pelouse, au même niveau et à l’endroit d’Elm street où

1. De tous les témoins ayant aperçu un tireur à la fenêtre du coin
Sud Est du cinquième étage du TSBD, Brennan fut le seul à
l’identifier comme étant Lee Harvey Oswald.
2. Photographe de l’Associated Press qui prit une photo de
l’instant où le Président est touché pour la première fois. Il se
trouvait du même côté que Mary Moorman, plus en amont d’Elm
Street.
3. Tour qui surplombe Dealey Plaza. De son sommet, on a la
vision globale de la scène de l’assassinat et de ses abords (voir
photo en fin d’ouvrage).
25 JFK
JFK a été atteint par la balle fatale. Au grand
étonnement du visiteur, aucune référence à JFK
n’apparaît sur la plaque. Tout ce passe comme si la ville
voulait exorciser cet acte lâche, à l’héritage un peu
difficile à porter.
Vu du sommet de Reunion Tower, la partie de
1« Downtown Dallas » a bien changé depuis 1963.
L’immeuble, qui trônait en maître à l’époque et au
sommet duquel se dressait le cheval de Pégase de la
Mobil Oil, existe toujours, écrasé et pratiquement
submergé par la nouvelle « Skyline », par ailleurs très
réussie. De cette place de choix, la cinématique du
cortège est facile à reconstituer. La circulation des
automobiles dans Elm street permet de se faire une idée
de l’allure du cortège. La tour d’aiguillage, au sommet de
laquelle se trouvait Bowers, est vraiment proche du
tertre gazonné. En faisant le tour de l’étage, il est
possible de voir l’itinéraire emprunté par le taxi qui a
ramené Oswald à son domicile. Visite riche
d’enseignements, c’est un point de passage
incontournable.

A peine descendu de la Reunion Tower, il est
naturel de rejoindre Commerce street et de se rendre à
la gare routière de la compagnie Greyhound. C’est de là
qu’Oswald a pris le taxi pour se rendre chez lui, peu
après avoir quitté le TSBD.
La station est restée pratiquement la même depuis
l’époque. La file des taxis garés devant le bâtiment, aux
modèles prés, est toujours là. La tentation de refaire le
trajet d’Oswald est trop forte. Xavier, un français
rencontré au hasard des surfs sur Internet

1. Le centre ville de Dallas.
26 PIERRE NAU

m’accompagne. Nous nous sommes retrouvés devant
l’entrée du TSBD, il y a un peu moins de deux heures.
Depuis le début, nous essayons de replacer nos
déplacements, dans le contexte horaire des évènements.
Dans ce cadre, nous faisons appel à un chauffeur de
1taxi, à l’heure dite : 13h50. Will Whaley a quitté les
lieux à cette heure là, le 22 novembre 1963, avec
Oswald à son bord. Will Whaley a aujourd’hui disparu.
Il est mort au volant, dans l’exercice de son métier. Une
vieille dame de 80 ans l’a percuté de plein fouet, le 23
septembre 1964. Il est mort sur le coup. La vieille dame
s’en est tirée. Sa disparition est souvent rangée, de façon
abusive, dans la liste des morts suspectes intervenues
après l’assassinat. C’est une erreur. Sa disparition est à
mettre sur le compte de la fatalité. Whaley a eu du mal à
entamer une conversation avec son passager. Plongé
dans un certain mutisme, Whaley s’est vite rendu
compte du refus d’Oswald de parler de la pluie et du
beau temps.
Notre chauffeur est bien différent. Originaire du
Nigeria, il arrive à localiser Zangs Boulevard sans
problème, mais ignore tout de North Beckley. La
chambre meuble louée par Oswald en 1963 est au
n°1026 de cette rue.
Après quelques palabres avec ses collègues présents,
il recueille suffisamment de renseignements pour nous
conduire à proximité. La chance aidant et les
connaissances acquises sur divers documents me
2permettent de localiser le n°1026 de North Beckley . A
notre demande, le chauffeur du taxi arrête son véhicule

1. Auditions de la Commission Warren : Testimony of William
Whaley Vol.II p.253
2. L’adresse de la dernière résidence d’Oswald.
27 JFK
face au pavillon, de l’autre côté de la rue, à l’endroit où
Earlene Roberts, sa logeuse, a aperçu Oswald pour la
dernière fois.
A partir de là et pour la suite de la visite, notre
chauffeur restera avec nous. La structure géométrique et
simple des rues permet de se rendre, sans difficulté, aux
différents endroits où Oswald et sa femme ont habité, à
1l’emplacement où Tippit a trouvé la mort et à celui où
Oswald a fini par être arrêté.

C’était ensuite le passage par West Neely street où
vécurent Marina et Lee, avant de partir pour la Nouvelle
Orléans, en avril 1963. La maison n’a pratiquement pas
changé.
Il en est de même de l’arrière cour où Marina a pris
les célèbres photos de Lee tenant des journaux d’une
2main et le Mannlicher Carcano de l’autre. On a un peu
l’impression de pénétrer leur intimité, en se retrouvant
seul, au milieu de cette petite cour…
Non loin de là, à moins de 2 miles, le croisement de
10th street et de Patton Boulevard, là où Tippit trouva
la mort, n’est pas très loin. Suffisamment cependant
pour être perplexe sur la possibilité matérielle de réaliser
la performance de se rendre, du meublé à l’intersection,
en moins d’un quart d’heure. Comme dans beaucoup
d’endroits concernés par l’assassinat, on est à nouveau
frappé par les dimensions réduites de l’espace à

1. Tippit est le policier abattu par Oswald sur la 10ème rue à
13h04 le 22 novembre 1963.
2. Carabine de marque italienne retrouvée au cinquième étage du
TSBD par les officiers de police, peu de temps après l’attentat. Ce
fusil était celui de Lee Harvey Oswald. Il l’avait acquis au
printemps 1963, par l’intermédiaire d’une maison de ventes par
correspondance de Chicago (Illinois).
28 PIERRE NAU

l’intérieur duquel la scène du meurtre est intervenue.
Que ce soit William Scoggins, le chauffeur de taxi, en
train de se restaurer à son volant et qui stationnait à
l’angle de Patton et de 10 th street, que ce soit Barbara
Jeanette Davis et sa belle sœur Virginia Davis, dans leur
appartement respectif, situé dans la maison aujourd’hui
disparue et qui se trouvait à l’angle de 10th street et de
Patton street, tous étaient très proches des lieux du
crime. Même Madame Markham était suffisamment
proche de la scène pour observer tous les détails. Le
problème avec cette dernière est d’avoir porté très vite
les deux mains sur son visage, pour ne pas voir la scène
d’horreur dont elle était le témoin. Que dire de
Benavides, encore plus proche de la scène ? Toutefois,
1pour ce dernier, certains, comme Dale K. Mayers dans
son livre Lee Harvey Oswald and the murder of J.D. Tippit
with malice mettent en avant le fait que Benavides,
craignant d’être touché par une balle, s’était rapidement
tapi au fond du plancher de son véhicule et n’avait donc
pas été en mesure de voir toute la scène. Au crédit de
cet argument, le fait que Benavides, pourtant le plus
proche de la scène, ne fut pas en mesure d’identifier
Oswald, au moment de sa première déposition.
Il est également troublant de constater qu’Oswald,
Tippit et Ruby, habitaient très prés les uns des autres.
Cette coïncidence est si troublante, qu’en se laissant
aller, on pourrait la trouver presque suspecte. Pour le
moins et pour ce qui concerne Oswald et Ruby, ces
deux là ont du se rencontrer une paire de fois à la

1. Dale K Myers est écrivain et informaticien. Outre ses ouvrages,
il est particulièrement connu pour ses travaux de modélisation par
l’image de la séquence des coups de feu. Il fait partie des
défenseurs de la thèse officielle.
29 JFK
Wacheterria (pressing situé à l’angle de Zangs Boulevard
et de North Beckley). Peut-être ont-ils même échangé, à
l’occasion, quelques monnaies ou propos divers.
Arrêtons là la fiction.

En descendant Patton en direction de Jefferson
Boulevard, une allée apparaît sur la droite. Celle-ci,
thparallèle à Jefferson Boulevard et à 10 street, permet
1de rejoindre directement l’arrière du Texas Theater ,
distant de 500 mètres environ. Si l’on cherche un moyen
de passer inaperçu, c’est l’itinéraire à prendre. C’est celui
qu’aurait du emprunter l’assassin de Tippit. Rien
n’indique qu’Oswald l’ait pris, si l’on se réfère aux
témoignages de Sam Guinyard et de Ted Callaway. A
mi-chemin de cette allée se trouvait le parc de voitures
où Oswald s’est débarrassé de son blouson.

Après ce passage sur les lieux de l’assassinat de
Tippit, il est naturel de poursuivre vers le Texas
Theater, là où Oswald a été arrêté. L’édifice n’a pas fière
allure. Après bien des tractations, il a été enfin décidé de
restaurer ce lieu devenu historique, depuis une certaine
après-midi de 1963. Au moment de notre visite, les
travaux étaient en cours. En faisant le tour du Texas
Theater, on se retrouve dans l’allée qui mène
directement à Patton street, puis à l’endroit du meurtre
de Tippit.
A quelques cinquante mètres de l’entrée du Texas
Theater, sur le même trottoir, le magasin de chaussures
où se trouvait Johnny Brewer a aujourd’hui disparu.
C’est Brewer qui, intrigué par le comportement d’un

1. Salle de cinéma à l’intérieur de laquelle Oswald fut arrêté à
13h50 le 22 novembre 1963.
30 PIERRE NAU

individu qui s’était glissé dans l’entrée du magasin au
passage des voitures de police, toutes sirènes hurlantes,
sortit de son magasin, pour observer l’homme au
comportement étrange. En le voyant entrer sans payer
dans le cinéma, il demanda à l’ouvreuse qui, distraite par
les allées et venues des voitures de police ne l’avait pas
vu entrer, de donner l’alerte. Brewer identifia
formellement l’individu comme étant Lee Harvey
Oswald.
Il n’est malheureusement pas possible de pénétrer à
l’intérieur du Texas Theater pour observer l’endroit où
Oswald a été appréhendé par Mc Donald. Les travaux
de réhabilitation de l’établissement empêchent, pour
l’instant, les visiteurs d’y accéder. Ce sera donc pour une
prochaine fois. Dommage ! Après cette visite, la suite
logique commandait de se rendre au City Hall où
Oswald fut incarcéré et où il trouva finalement la mort,
le 24 novembre 1963.

Extérieurement, l’imposante bâtisse de style
néoclassique qui abritait à l’époque, le Département de la
Police de Dallas (DPD), n’a pas changé depuis 1963.
C’est l’occasion pour moi de me rendre compte qu’il se
trouve en face de mon hôtel. Pressé de me rendre sur
Dealey Plaza en le quittant le matin, je ne m’en étais pas
aperçu. Une différence cependant, le commissariat
actuel se trouve ailleurs et la vieille bâtisse, préservée
elle aussi, n’est plus qu’un témoin supplémentaire de ce
1funeste week-end de 1963 . La rampe par laquelle Ruby
est entré donne sur Main street. Il ne faut pas la
confondre avec celle qui se trouve à l’opposé de celle-ci

1. Depuis la fin de l’année 2004, il est possible de visiter la cellule
où Oswald fut incarcéré.
31 JFK
et qui communique avec Commerce street. C’est par
cette autre rampe que l’ambulance qui transportait
1Oswald vers le Parkland Hospital est sortie du sous-sol.
C’est également de cette rampe que la voiture balisée
qui devait transporter Oswald vers la prison du Comté
aurait du déboucher.
Un vieil homme était assis sur la partie de gauche
du muret de l’entrée, au moment de ma visite. A en
juger par sa taille, rapportée à celle de la largeur de
l’entrée de la rampe, on se demande comment un
homme de la police de Dallas, en faction devant cette
porte, a fait pour ne pas apercevoir Ruby entrer. Il faut
presque y mettre de la bonne volonté. A moins que ce
dernier soit passé par un autre accès. D’autant plus que
la corpulence de Ruby facilitait son repérage. Ou alors,
ce même homme en faction connaissait Ruby et n’a rien
trouvé d’anormal à ce qu’il emprunte cette voie. C’était
pourtant contraire aux consignes qui lui avaient été
données. Mais restons-en à la version officielle, même
s’il est difficile d’y adhérer.

Après avoir contourné le bâtiment et constaté la
parfaite symétrie des deux rampes d’accès au sous-sol de
l’ex DPD, ma progression se poursuit sur Commerce
street, vers l’emplacement où se dressait autrefois le
Carrousel, l’un des deux cabarets de Jack Ruby.
L’établissement a aujourd'hui disparu. Un petit jardin,
derrière un arrêt de bus, occupe désormais l’espace
laissé libre.

1. Hôpital où fut transporté JFK et où il cessa de vivre. Oswald y
fut également transporté le dimanche 24 novembre 1963, après
avoir été abattu par Jack Ruby. Pour l’un et l’autre, les efforts des
médecins furent vains.
32 PIERRE NAU

1Le Carroussel en 1963 avait une particularité. Il
était un des rares établissements de la ville où l’on
pouvait boire de l’alcool. Dallas, à l’époque, si tolérante
en matière de possession d’armes à feu, l’était beaucoup
moins pour la consommation de spiritueux. Par suite, le
Carroussel avait une clientèle très diversifiée et pas
seulement des policiers, comme on se plaît trop souvent
à le répéter, même si la proximité du DPD le facilitait.
C’était encore plus aisé de le faire pour les
pensionnaires de l’Adolfuss, le plus grand et le plus chic
hôtel de Dallas de l’époque et qui se dresse toujours
aujourd’hui, en face de l’emplacement du Carroussel.
Du beau monde fréquentait l’établissement de Jack
Ruby. Pour boire un verre d’alcool ou pour
s’encanailler, en admirant les charmes des
stripteaseuses de Jack Ruby. Qui sait, peut-être Johnson
lui2même, quand il descendait à l’Aldolfuss , se rendait au
Carroussel, pour boire une bonne bière. Peut-être même
s’y est-il rendu en compagnie de sa maîtresse, Madeleine
Duncan Brown, auteur de l’ouvrage controversé Texas
in the morning.
En quittant l’emplacement du Carroussel, le jour
commençait à décliner. Au terme de cette journée
marathon, riche en émotions et particulièrement
instructive, j’avais besoin de prendre du recul et de
réfléchir. Eprouvé par cette confrontation avec les lieux
liés à l’assassinat de JFK et aux évènements qui l’ont
suivi, je me rendais à nouveau sur Dealey Plaza qui offre
une atmosphère si différente, au coucher du soleil.

1. Un des deux cabarets de Jack Ruby. L’autre cabaret de Ruby
était le Vegas.
2. Hôtel luxueux de Dallas situé dans Commerce street et vis à vis
le Carroussel de Jack Ruby.
33 JFK
Nombreux sont ceux qui, comme moi, vont et
viennent. Que font-ils, à quoi pensent-ils ? Moments de
doute, certitudes renforcées ? Qui sait ? Je ne
communique pas avec eux, je n’en ai pas envie et eux
non plus probablement. Xavier qui m’accompagne
depuis le début de l’après midi fait de même. Nous
prenons juste le temps de prendre congé et de fixer
l’heure de notre prochain rendez-vous. Demain est un
autre jour.

Le lendemain et les jours suivants serviront à
compléter les découvertes du premier jour. Seul dans un
premier temps, puis rejoint par d’autres français, pour se
retrouver finalement à cinq le 22 novembre sur Dealey
Plaza, jour de la commémoration de l’assassinat du
ème35 Président des Etats-Unis. Xavier, Nicolas
accompagné de Heather, son amie texane, agréablement
surprise d’un tel engouement des Français pour cette
affaire, Hervé et William notre guide qui, par sa
connaissance très complète des lieux et sa disponibilité,
nous permettra à tous de bénéficier pleinement de notre
séjour. C’est aussi pour chacun d’entre nous l’occasion
de découvrir, de mieux connaître et d’apprécier des
personnages jusqu’alors virtuels, par Internet interposé.
Ce ne fut pas le moindre des intérêts de ce voyage, bien
au contraire. Outre la visite des lieux et de la ville,
l’occasion d’assister à certaines conférences organisées
par la JFK Lancer m’était offerte. De qualités variables,
mais dignes d’intérêt pour certaines, c’était aussi
l’occasion, pour Hervé et moi-même, les deux seuls
Français de l’assemblée, de découvrir d’autres
passionnés venus de tous les coins de la planète.
Quarante pour cent de l’assistance était étrangère,
34 PIERRE NAU

témoignage manifeste de l’intérêt mondial pour cet
évènement du vingtième siècle. Au bilan, l’impression
reste mitigée. Certes, certaines conférences valaient le
déplacement, en particulier celle de James P. Hosty, une
des figures marquantes de l’affaire. Mais l’organisation, à
force de présence et par manque de renouvellement de
ses cadres, s’essouffle quelque peu. Il est clair que
l’assemblée pour un quarantième anniversaire était par
trop réduite et n’était pas à la hauteur de l’événement.
Mais peut-être ne suis-je pas tout à fait objectif, tant
l’attitude de JFK Lancer au moment de la
commémoration me paru, à un moment donné,
complètement déplacée.

Dealey Plaza est envahie par tous ceux qui, 40 ans
après, se souviennent et veulent apporter leur
témoignage.
La multitude des drapeaux et des bouquets déposés
à l’endroit précis d’Elm street où JFK trouva la mort,
témoignent une nouvelle fois de l’intérêt planétaire
porté à l’évènement. Cette constatation va à l’encontre
de celle que l’on peut faire pour les officiels et les
médias dans une moindre mesure. Les absences du
Gouverneur du Texas, du maire de Dallas et de certains
médias internationaux, comme ceux de mon pays,
étaient déplacées pour les deux premiers nommés et
regrettables pour les derniers cités.

Les attitudes dans l’assistance variaient en fonction
des motivations de chacun. Il y avait ceux qui étaient
venus pour se recueillir. D'autres satisfaisaient leur
curiosité. Les habitués du business se trouvaient là
également et n'étaient pas les moins actifs. Rivalisant de
35 JFK
slogans, ils chercahient à vendre le fruit de leurs
recherches personnelles, plus ou moins sérieuses
d’ailleurs. C’était l’opportunité pour chacun d’entre
nous de rencontrer la communauté des chercheurs et
des auteurs d’ouvrages qui font autorité, comme Dale K
Myers. On y trouvait aussi des figures pour le moins
1controversées comme Jack White et Berveley Oliver
qui prétend être avec une insistance quasi pathétique la
2célèbre « Babushka Lady », officiellement toujours non
identifiée. Quoiqu’il en soit, Beverley Oliver ne manque
pas de dons. A chaque commémoration, de façon
rituelle, elle entonne le chant traditionnel An Amazing
Grace, en y mettant toute sa conviction. L’assistance
reprend derrière elle, de façon plus ou moins soutenue.
C’est l’occasion pour Beverley de faire valoir son bel
organe et rien que pour çà elle doit être satisfaite. Plus
condamnable en revanche est l’attitude de JFK Lancer
et de son égérie Debra Conway. Même si on peut
comprendre la place de choix qui leur est réservée, tant
leur constance et leur présence à chaque
commémoration la légitime, promouvoir leur site et leur
association, en pleine minute de silence, fut
particulièrement déplacé et condamnable. On voit là à
quel point le business peut faire déraper des gens, à
priori bien intentionnés au départ. Rien que pour çà, je
ne regrette pas de m’être désolidarisé la veille de

1. Figure emblématique et très controversée de la communauté
des chercheurs intéressés par l’affaire Kennedy.
2. Ex danseuse de cabaret employée par Jack Ruby. Beverley
Oliver a toujours affirmé être cette femme ressemblant à une biba
russe que l’on voit sur Dealey Plaza, en train de filmer l’assassinat.
Beverley Oliver s’est trop contredite pour être crédible. Une chose
est certaine : le film de la Babushka Lady n’a jamais été diffusé.
Qu’est-il devenu ? Le mystère reste entier.
36 PIERRE NAU

l’association, en décidant de suivre la cérémonie de la
commémoration en compagnie des quatre autres
Français qui se trouvaient là.
Les médias américains et locaux s’étaient déplacés
en nombre pour l’occasion. Debra Conway les a
d’ailleurs interpellés pendant son intervention, en leur
demandant où ils se trouvaient pendant ces quarante
dernières années, tant certains avaient brillé par leur
absence, les années précédentes. Les médias avaient
d’ailleurs investi les lieux depuis le 20 novembre, pour
être les mieux placés possible. Se faisant, ils
contribuaient à dénaturer la place et à créer une
ambiance de kermesse médiatique plutôt agaçante. Cà
nous a tout de même valu à Xavier et à moi d’être
interviewés par l’antenne locale de la chaîne Fox News.
En mal de sujet et très intrigué par la présence de deux
français, un journaliste nous posa quelques questions.
Ce fut l’occasion pour nous de livrer nos impressions
personnelles. Juste de quoi meubler dix secondes
d’antenne à 20h45 le soir même.
Pour éviter de quitter Dealey Plaza sur une fausse
note, j’y retournais le dimanche 23 novembre, quelques
heures avant de partir. La kermesse avait plié boutique,
nous étions à peine 10 personnes. L’instant était au
recueillement. Enfin…

Cette semaine passée à Dallas s'est déroulée trop
vite. Trop riche en évènements, rencontres et
documentations accumulés. De longues semaines et de
longs mois seront nécessaires pour assimiler un
moment d’une rare intensité. Dés mon départ, la
décision est prise. Je reviendrai. C’est nécessaire pour
comprendre et surtout, j’ai besoin de me conforter à
37 JFK
nouveau, avec la réalité du terrain. Je ne saurais que trop
le recommander, à ceux qui n’ont pas eu encore la
chance de faire le déplacement. Surprises, déceptions,
étonnements et doutes jalonneront votre venue à
Dallas, mais croyez-moi, vous ne le regretterez pas.
Le drame de Dallas c’est aussi une histoire de
témoins qui, de prés ou de loin, ont été mêlés à cet
événement. Quarante ans après, nombreux sont ceux
qui ont disparu ou qui, pour les survivants, répugnent à
parler de leur aventure personnelle.
Heureusement, certains acceptent de répondre
gentiment aux questions qu’on leur pose. C’est le cas de
James Tague que nous découvrirons plus tard. Comme
d’autres présents ce jour là sur Dealey Plaza, Jim se
souvient de ces moments tragiques. C’était le 22
novembre 1963, il faisait un temps magnifique, l’horloge
au sommet du Texas School Book Depository indiquait
12h30.
38 PIERRE NAU







FLASH BACK


Le cortège Présidentiel, parti de l’aéroport de Love
Field, termine son parcours dans le centre de Dallas. Il
est 12h30, au moment où il pénètre dans Dealey Plaza.
Le défilé a été un succès total. Il va se transformer en
tragédie.

Oswald attend patiemment depuis quelques
minutes, à la fenêtre du coin sud-est du cinquième étage
du dépôt de livres scolaires. A plusieurs reprises, il a jeté
un coup d’œil par la fenêtre. Des témoins l’ont aperçu.
Rien d’anormal pour eux. Pour être aussi visible, cet
homme appartient certainement aux Services Secrets.
C’est ce que pense Arnold Rowland. Brennan est plus
sceptique. L’expression du visage de l’homme lui paraît
différente de celle des autres curieux que l’on peut voir
aux fenêtres du bâtiment. L’expression de cet homme
tranche avec celle de Victoria Adams au quatrième
étage, d’Elsie Dorman tenant sa caméra à la main au
niveau inférieur, d’Harold Norman et de Bonnie Ray
Williams, à la fenêtre située au-dessous de celle
d’Oswald. Mais son attention se porte sur l’arrivée
imminente du cortège. Il oublie l’homme pour l’instant.

39 JFK
De sa fenêtre, Oswald entend les clameurs de la
foule au moment où, venant de Main street, le cortège
s’engouffre dans Houston street. Il ne le voit pas. Il ne
tient pas à se faire repérer. Son corps caché par le mur,
il s’est agenouillé, l’arme pointée en direction d’Elm
street. Le canon du fusil repose sur un affût, fait d’un
empilement de cartons de livres. Il se concentre. Il
dispose de très peu de temps, quelques petites secondes
à peine, pour tirer le premier coup de feu. Passé ce
délai, la voiture sera cachée par un arbre et il devra
attendre qu’elle ressorte pour faire feu à nouveau, si
nécessaire. Un coup de feu doit suffire. La limousine
sera si proche. Pour un fusil de forte puissance comme
son Mannlicher Carcano, la distance est ridiculement
faible. L’arme est faite pour tuer son homme à plus de
deux cent mètres. A une distance de 50 mètres, aidé
d’une lunette de grossissement 4, pour Oswald, le tir est
quasi immanquable. Par ailleurs, la détonation est si
forte qu’il vaut mieux éviter de se faire repérer, en
faisant feu à plusieurs reprises du même endroit.
Oswald le sait. Il est concentré à l’extrême. Il attend que
la voiture apparaisse dans le réticule de sa lunette de
visée.

La Lincoln Continental va bientôt virer à gauche et
entamer la descente d’Elm street. La foule de part et
d’autre de la rue est enthousiaste et bon enfant. « Vous
ne pourrez pas dire désormais que le Texas ne vous
aime pas, Monsieur le Président », lui lance Nelly
Connally, l’épouse du gouverneur du Texas Certes ! lui
répond le Président, arborant un sourire radieux que
souligne un soleil éclatant d’automne. La magie est au
rendez-vous. Tout est réuni pour la pleine réussite de
40 PIERRE NAU

l’étape de Dallas de ce voyage préélectoral. N’oublions
pas que les élections présidentielles ont lieu dans un an,
à l’automne 1964 et que John Fitzgerald Kennedy n’a
pas fait mystère de son intention de briguer un second
mandat. La limousine passe devant la porte d’entrée du
dépôt de livres scolaires. Will Greer, le chauffeur, a du
mal à négocier le virage de 120° sur la gauche, pour
s’engager dans Elm street. Bientôt, un banquet
réunissant le « Tout Dallas » attend le Président et sa
suite. D’ici là, il reste à peine 200 mètres, avant
d’atteindre le passage triple sous-terrain. Une fois sur
place, la limousine empruntera la Stemmons Freeway
pour se rendre au Trade Mart, le lieu de la réception.
Les occupants de la Lincoln ont hâte d’arriver au
passage sous-terrain pour avoir un peu de fraîcheur. Il
fait chaud et Jackie Kennedy étouffe un peu dans son
tailleur rose de chez Chanel.


Pendant ce temps, Oswald, l’œil droit rivé sur la
lunette de visée de son Mannlicher Carcano italien,
attend le moment opportun. Le fusil bien calé sur la pile
de livres coincée à l’aplomb de la fenêtre, il retient son
souffle.

Soudain, la Lincoln apparaît dans la lunette. Il aligne
la croix sur la tête du Président et fait feu. La voiture, un
instant cachée par un arbre, réapparaît. Rapidement, il
constate qu’il a raté la cible. La balle s’est perdue. A
telle ricoché sur une bordure de trottoir, avant de blesser
superficiellement à la joue un certain James T. Tague
qui observe le cortège du passage sous-terrain dans
Main street ? C'est possible. Très rapidement, un autre
41 JFK
coup de feu claque, puis un deuxième. Tout va si vite
que personne ne comprend ni ne réalise. Tous les
agents des Services Secrets chargés de la sécurité du
Président restent pétrifiés, à l’exception de Clinton Hill
qui se précipite vers la limousine. Que s’est-il passé ?
Après enquête, la commission d’enquête lève le voile.

Le deuxième coup de feu atteint le Président dans le
dos. Puis, ressortant par la gorge, la balle poursuit sa
folle trajectoire meurtrière. Kennedy porte les deux
mains à la gorge. Jackie, sa femme, l’observe
interloquée. Alerté par la première détonation, le
Gouverneur du Texas, placé juste devant le Président
sur un strapontin, légèrement décalé sur sa gauche et en
contrebas, se retourne. Il essaye de voir ce qui se passe
derrière lui, en jetant un regard par-dessus son épaule
droite. Ne pouvant apercevoir complètement Kennedy,
il décide de se retourner vers la gauche. Il n’aura jamais
le temps de terminer son mouvement. Ressortant de la
gorge du Président, la balle l’atteint dans le dos à son
tour. Elle ressort par la poitrine, avant de traverser le
poignet droit et de se loger définitivement dans la cuisse
gauche. Sérieusement atteints tous les deux, leurs
blessures ne sont pas mortelles.

Oswald s’en rend compte et fait feu une dernière
fois. La tête du Président est violemment projetée en
arrière et sur la gauche C’est la balle fatale, celle qui le
condamne définitivement. La scène est immortalisée à
tout jamais par la caméra Bell&Howell 8 mm
d’Abraham Zapruder, un commerçant de Dallas. Cette
scène est encore insoutenable, plus de quarante ans
42 PIERRE NAU

après les faits. A l’intérieur de la limousine, l’horreur est
à son comble.

Effrayé, Connally hurle, avant de s’effondrer,
inconscient, sur les genoux de sa femme qui cherche à
le protéger. Jackie jette un regard en direction du
Gouverneur. Elle ne comprend pas. « Pourquoi crie
til » se demande t-elle ? Elle n’a pas conscience de la
gravité de la situation. Will Greer le chauffeur et Roy
Kellerman, assis à côté de lui, tardent à réagir. Pire,
Greer ralentit au moment du troisième tir. Le tireur n’en
demandait pas tant…

Il est trop tard au moment où, prenant enfin
conscience de la gravité de la situation, il accélère et
fonce vers l’hôpital de Parkland. A cet instant, Clinton
Hill atteint le marchepied de la voiture du Président.
Seul à tenter quelque chose, il préserve Jackie, en train
de ramper sur le coffre de la limousine, d’une chute
certaine.
La Lincoln file vers le Parkland hospital. John
Fitzgerald Kennedy a moins d’une demi-heure à vivre...
Oswald, s’assure d’avoir atteint sa cible, avant de
ramener son arme à l’intérieur. Brennan observe la
scène. Dés le deuxième coup de feu, son regard s’est
porté en direction de la fenêtre du coin sud-est du
cinquième étage. L’homme qu’il avait observé à deux
reprises à cette fenêtre, avant l’arrivée du cortège, fait
feu délibérément sur la limousine. Il note le sourire de
satisfaction du tueur, avant que ce dernier ne ramène
son arme et disparaisse. Pour lui, il n’y a aucun doute. Il
s’agit bien du même homme. Dans quelques heures, il le
43 JFK
reconnaîtra lors d’un « line-up » effectué dans les locaux
de la police.
Pour le moment, Oswald doit rapidement quitter
les lieux. Il cache soigneusement le Mannlicher Carcano
entre deux piles de cartons et descend calmement, sans
s’affoler, les escaliers jusqu’au premier étage où il est
surpris, à proximité d’un distributeur automatique de
boissons, par le policier Marrion Baker, bientôt rejoint
par Roy Truly, le superintendant du dépôt de livres.
Interpellé par Baker qui lui pointe son arme sur le
ventre, Truly rassure le policier et lui dit connaître cet
homme qui est un de ses employés. Oswald reste de
marbre ou presque. Peu après, il quitte tranquillement
les lieux. La dernière à le croiser dans le bâtiment est
madame Robert Reid. Il sort calmement par la porte
d’entrée principale du bâtiment. Après quoi, il gagne
son meublé, pour en ressortir peu de temps après.
Quelques minutes plus tard, un policier, patrouillant en
voiture dans le quartier d’Oak Cliff, l’aperçoit.
Correspondant au signalement que la police de Dallas
vient de diffuser, il se porte à la hauteur de Lee Harvey
Oswald. Une brève discussion s’engage entre J.D.Tippit
et Oswald, accoudé à la portière droite du véhicule. La
discussion tourne court. A peine débutée, Tippit sort du
véhicule, et gagne l’avant de la voiture. A hauteur de la
roue avant gauche, Oswald lui loge plusieurs balles dans
le corps, à l’aide de son P38. Puis, pour s’assurer de la
parfaite mise à mort de sa victime, il fait le tour du
véhicule par l’avant et tire, à bout portant, une balle
dans la tête de l’infortuné Tippit. Aussitôt, Oswald
s’enfuit, tout en prenant soin de recharger son revolver.
Peu après, il se débarrasse de sa veste qu’il laisse sur un
parking. Poursuivant sa route, il s’attarde quelques
44 PIERRE NAU

instants devant un magasin de chaussures, cachant son
visage, alors qu’une voiture de police, sirène hurlante,
passe devant la devanture du magasin, à grande vitesse.
Il semble agité et soucieux, au point que son attitude
suspecte attire et intrigue le propriétaire du magasin, un
certain Johnny Brewer. Il sort de sa boutique et suit
Oswald des yeux. Ce dernier se glisse à l’intérieur du
Texas Theater sans payer. Brewer en fait part à
l’ouvreuse, Julia Postal et il lui demande de prévenir la
police.

Aussitôt dit aussitôt fait, les policiers de Dallas qui,
entre temps, ont été prévenus par un témoin, du meurtre
de leur collègue, foncent vers le Texas Theater, pour
arrêter Oswald. En attendant, ce dernier change plusieurs
fois de place. Il se trouve au milieu de la salle quand la
police de Dallas arrive et fait irruption à l’intérieur.
Après une lutte brève avec les policiers qui
l’interpellent, Oswald est maîtrisé. Il dit alors :
« Maintenant tout est fini… ». Cette phrase ressemble
étrangement à un aveu. C’est une sorte d’auto
accusation. Conduit dans les locaux de la police, il est
rapidement inculpé du meurtre de l’agent J.D.Tippit. Ce
n’est que bien plus tard qu’il sera informé qu’il est
également accusé de l’assassinat de John Fitzgerald
Kennedy. Curieusement et en contradiction avec la
procédure habituelle, c’est par la presse qu’il l’apprend.
A l’annonce de l’assassinat du Président, les médias ont
investi les locaux de la police de Dallas. Une grande
confusion règne alors à l’intérieur du bâtiment. Le
traumatisme créé par l’assassinat du Président et
l’enchaînement des événements y contribuent. Avant
l’arrestation d’Oswald, la police, progressant dans son
45 JFK
enquête, a retrouvé l’arme du crime, cachée derrière une
pile de livres. C’est le policier Seymour Weitzman qui la
découvre. On dira de ce dernier qu’il s’agit d’un des
éléments les plus brillants de la compagnie « Rubie
Love » du Shérif de Dallas. Aussi, sa découverte de
l’arme n’a rien de surprenant.
Ce point particulier est contesté par un journaliste,
Tom Alyea, qui accompagnait la police et qui a pris les
premiers clichés de l’arme, au moment de sa découverte.
Pour lui c’est le Deputy Sherif Boone qui a découvert
l’arme et doute même de la présence de Weitzman, à ce
moment là. Quoiqu’il en soit, la découverte de l’arme
est bien réelle.
En manipulant la culasse, les détectives
s’aperçoivent de la présence d’une balle dans le
chargeur. L’assassin avait encore la possibilité de faire
feu. Les trois douilles des balles responsables de la mort
du Président et des blessures du Gouverneur du Texas,
sont retrouvées à proximité de la fenêtre du coin sud-est
du cinquième étage. Dans un premier temps, il est fait
état de la découverte d’une carabine de type Mauser et
non d’un Mannlicher Carcano italien. Cette information
est rapidement démentie. Confirmation est faite qu’il
s’agit bien d’une carabine italienne, à culasse mobile, de
la marque Mannlicher Carcano.

Une perquisition est effectuée, au domicile des
Paine, à Irving. Ruth et Michael Paine hébergent
momentanément, Marina Oswald et ses deux enfants.
La fouille permet de mettre en évidence que l’arme,
achetée quelques mois plus tôt par Oswald, ne se trouve
plus à l’intérieur de la couverture où il l’avait
enveloppée. Le sol se dérobe sous les pieds de Marina.
46 PIERRE NAU

Les policiers ne sont pas au bout de leurs surprises.
Poursuivant leur perquisition, ils découvrent une photo
prise quelques semaines auparavant par Marina, au
moment où le couple vivait à West Neely street, dans le
quartier d’Oak Cliff.
Sur cette photo, Oswald tient un fusil d’une main,
deux journaux de l’autre et, accroché à la ceinture du
pantalon, le P 38. A l’œil nu, le fusil ressemble à s’y
méprendre à l’arme retrouvée au cinquième étage du
dépôt de livres.
Cette photo compromettante est une pièce à
charge. Elle permet, avec l’absence de l’arme chez les
Paine, de faire le lien entre le fusil du même type
découvert au cinquième étage du dépôt de livre et Lee
Harvey Oswald.
Cette double découverte, aggravée par son absence
au Texas School Book Depository au moment de
l’appel des employés après l’attentat, permet à la police
de Dallas de l’inculper officiellement de l’assassinat du
Président Kennedy. Il est 2 heures du matin à Dallas et
nous sommes le 23 novembre.

Oswald ne perd pas pour autant son calme. Au cours
des différents interrogatoires qui ont lieu du vendredi
soir au dimanche matin, il rejette tout en bloc et répond
point par point. A toutes les accusations, il répond
calmement qu’il n’a pas tué et qu’il ne comprend pas
pourquoi on l’accuse. Il déclare n’être qu’un «pigeon» et
réclame l’assistance d’un avocat, avant d’en dire
davantage et d'apporter les preuves nécessaires de son
innocence.
A la photographie retrouvée chez les Paine et qu’on
lui montre, il répond qu’il s’agit d’un faux et qu’il le
47 JFK
démontrera plus tard. Il est vrai qu’Oswald possède des
compétences dans ce domaine. Au cours de l’année 1963,
il a travaillé chez un photographe et appris les bases
suffisantes pour démontrer que la photographie qu’on lui
présente est un faux. Il n’en aura pas l’occasion, faute de
temps. Son destin bascule le dimanche 24 novembre,
vers 11 heures du matin.

Le samedi 23 novembre, en fin de soirée, le transfert
d’Oswald des locaux de la police de Dallas vers la prison
du Comté est décidé. Cette procédure classique doit
intervenir le lendemain, en fin de matinée. Planifié
initialement vers 10 heures du matin, le transfert démarre
à 11 heures 24. Un fourgon blindé a été placé dans le
sous-sol pour faire diversion. C’est dans une voiture
banalisée qu’Oswald doit prendre place. Il aura quelques
mètres à franchir à pied pour se rendre de la porte de
l’ascenseur à la voiture. Le transfert est public, en
présence des journalistes et de la télévision qui
retransmet l’événement en direct. C’est la décision de la
police de Dallas et la satisfaction du droit élémentaire à
l’information qui a prévalu. Rétrospectivement, cette
décision sera lourde de conséquences.
A 11 heures 26, Oswald, solidement encadré par 2
détectives, prend l’ascenseur qui le conduit vers le
soussol. « Si quelqu’un veut te tuer j’espère qu’il sera aussi
bon tireur que toi ! » lui dit l’un d’eux. Réflexion
prémonitoire ? Oswald pénètre dans le sous-sol, aveuglé
par les flash des photographes et les projecteurs de
télévision. Soudain, surgissant de la meute des
journalistes, un petit homme râblé, coiffé d’un chapeau
mou, pointe son arme de poing vers l’abdomen de
l’assassin présumé et fait feu. Un seul coup est tiré.
48 PIERRE NAU

Oswald gémit, il est mortellement atteint. Il ne s’en
remettra pas. Transporté au Parkland Hospital, il
décèdera vers 12h50, sans avoir repris connaissance.
Jamais une seule balle n’aura été aussi efficace. L’autopsie
1pratiquée par le Docteur Earl Rose , celui qui aurait du
pratiquer celle du Président deux jours plus tôt, révèlera
la section de l’aorte, une perforation du foie et le décès
par hémorragie interne. Oswald s’en allait à jamais avec
son secret.

Une fois maîtrisé, le tireur est immédiatement
reconnu. Il s’agit d’un certain Jack Rubinstein, dit Ruby,
un tenancier de cabarets bien connu de la police de
Dallas qui a l’habitude de fréquenter ses établissements.
Il déclare peu après avoir agi pour venger Jackie
Kennedy et lui éviter un procès pénible. Poursuivant ses
déclarations, il ajoute avoir agi sous l’emprise d’une
pulsion incontrôlée.
Peu après le coup de feu, on transporte Oswald à
l’hopital de Parkland où, 48 heures plus tôt, John
Fitzgerald Kennedy avait cessé de vivre. Il décèdera vers
13 heures, sans avoir jamais repris connaissance. Ainsi
s’achevait la vie misérable de Lee Harvey Oswald. Le
lendemain, pratiquement au même instant que le

1. Rapport de la Commission Warren : Annexe VII page 234. Earl
Rose, conformément à la loi de l’Etat du Texas devait pratiquer
l’autopsie du Président. Les Services Secrets ont littéralement
kidnappé le corps du Président, par la force, pour le ramener au
plus vite à Washington. En 1963, la notion de crime fédéral ne
s’appliquait pas à l’assassinat du Président et relevait de la
juridiction de l’Etat où le meurtre intervenait. Désormais, une
modification de la constitution est intervenue. Le meurtre d’un
Président relève de l’autorité fédérale.
49 JFK
Président, il est enterré discrètement au Rose Hill
Cemetery, dans la banlieue de Fort Worth.

L’assassin présumé est assassiné, il n’y aura pas de
procès pour Oswald. Le seul jury restera à jamais le
peuple américain. En attendant, la Commission désignée
par le nouveau Président en exercice, Lyndon Baines
Johnson, en sera réduite à émettre des hypothèses sur les
mobiles qui ont conduit Oswald à assassiner John
Fitzgerald Kennedy.
Près d’un an après avoir débuté le vaste travail, la
Commission en arriva à la même conclusion que la police
de Dallas, neuf mois plus tôt, moins de 24 heures après
l’assassinat du Président Kennedy et le meurtre du
policier J.D. Tippit.
Lee Harvey Oswald avait tué le Président seul et sans
l’aide de quiconque. Au cours de sa fuite, il avait abattu
Tippit, avant de disparaître à son tour, abattu par Ruby.
Ce dernier ne connaissait pas Oswald et toute idée de
complot devait être écartée.

Très vite, des critiques s’opposeront à cette
conclusion. Les détracteurs du rapport Warren
estimeront qu’il était impossible au seul Oswald d’avoir
réussi un tir aussi délicat, dans le peu de temps imparti.
L’hypothèse du complot était évoquée. Suggérée sans
être approfondie en 1978 par la commission d’enquête
du congrès, le HSCA, cette hypothèse est aujourd’hui au
centre de vives polémiques entre adversaires et partisans.
Ces derniers sont les plus nombreux et de loin. En
l’absence d’éléments nouveaux, la polémique n’est pas
prête de cesser.
50 PIERRE NAU

Lee Harvey Oswald n’a pas eu le temps de parler.
Ruby l’en a empêché. Qui était celui qui restera à jamais
l’assassin présumé du Président ? Avait-il l’envergure
suffisante pour manigancer un tel meurtre ? Il est temps
de faire la connaissance de ce personnage énigmatique et
secret.
51 PIERRE NAU







LEE HARVEY OSWALD


Rien n’a changé, en apparence, au 214 West Neely
street, dans le quartier d’OakCliff. La maison où
vécurent Marina et Lee Harvey Oswald est toujours
bien là. Elle semble même avoir été repeinte
récemment. Ce n’est certainement pas le fait du
quarantième anniversaire de l’attentat de JFK, mais une
simple coïncidence. Le quartier préfère oublier et se
1passer de cette publicité un peu gênante. Les « buffs »
qui viennent en nombre chaque année toutes les
avantdernières semaines de novembre, ne sont pas les
bienvenus. Pourtant, tout est calme en apparence et
notre passage passe presque inaperçu. Notre chauffeur
de taxi nous prévient tout de même de nous méfier. Le
quartier est plein de junkies, agressifs à l’occasion. Notre
enthousiasme est à peine freiné, au moment où nous
entrons dans l’arrière-cour. C’est à cet endroit que par
une belle après midi de dimanche du printemps de
1963, Marina Oswald avait pris les photos de son mari
tenant l’arme du crime à la main. Le fantôme de
l’assassin présumé rode par-là. On a l’impression qu’il
va descendre les escaliers qui mènent à son appartement

1. Nom donné aux passionnés de l’affaire Kennedy. Ce terme
revêt une connotation péjorative dans la bouche des défenseurs de
la thèse officielle.
53 JFK
du premier étage. Cette impression s’intensifie au
moment où l’on approche de l’endroit où il a pris la
pose, quelques quarante ans plus tôt. On aimerait tant
lui poser les questions obsessionnelles qui nous
habitent : pourquoi et avec qui ? Pourquoi une telle
1folie, pourquoi avoir laissé Marina, June et Rachel ,
alors âgée de quelques semaines, dans une effroyable
situation ? Pourquoi tant d’égoïsme et d’aveuglement ?
Saurait-il l’expliquer avec le recul ? Peut-être, mais ce
2n’est pas certain. Tous les jours, Robert Oswald a ce
dialogue imaginaire avec son jeune frère.
Invariablement, ce dernier lui répond : « Frérot, je ne
sais pas pourquoi ? » Cette question hante Robert et il
3ne peut se défaire de ce fardeau . Pourquoi ? Il se
remémore la vie de son jeune frère et sa quête
désespérée et obstinée d’un idéal dont il n’avait
peutêtre pas pleinement conscience. Désillusion et
frustration s’y entremêlent. Tout ce que Lee
entreprenait échouait le plus souvent et sa vie semblait
le conduire vers une impasse. Il en souffrait d’autant
plus qu’il avait une très haute opinion de lui-même. De
cinq ans son aîné, Robert se souvient de la naissance de

1. Marina et Lee ont eu deux filles: June née en URSS et Rachel
née 15 jours à peine avant l’assassinat. Elles vivent aujourd’hui
sous des identités tenues secrètes.
2. Robert est né en 1934. Robert et Lee avaient un frère aîné John
Pic, né d’un premier mariage de leur mère Marguerite. John Pic est
décédé en 1999. Robert Oswald vit à Wichita Texas et a toujours
pleinement assumé le fait d’être le frère de l’assassin présumé du
Président. Son comportement fait l’admiration de tous ceux qui le
connaissent ou qui ont eu l’occasion de le rencontrer. Il a
également écrit un livre : « Lee : a portrait of Lee Harvey
Oswald ».
3. Lire l’article suivant : « A brother burden » (Wichita Herald)
54 PIERRE NAU

1son jeune frère en octobre 1939 et de leur enfance .
Cette première partie de sa vie a profondément marqué
Lee.

Une enfance difficile, marquée par l’absence d’un
père, mort deux mois avant sa naissance. Cette carence
affective ne sera pas comblée par sa mère Marguerite,
possessive et instable. Etre fragile et sensible, il ne
trouvera jamais auprès d’elle, l’équilibre nécessaire à son
épanouissement. Très tôt, des séjours dans une
institution spécialisée émailleront son parcours, pour
essayer de corriger une inadaptation sociale, illustrée par
une tendance certaine à l’isolement, à l’école
buissonnière et au repli sur lui-même. C’est pourtant un
enfant vif et plutôt gai, comme l’attestent des clichés de
l’époque. Mais il ne parvient pas à s’intégrer dans un
tissu social. Le jeune Lee recherche l’isolement et
manifeste un goût prononcé pour la solitude. Cette
tendance au repli sur lui-même lui pose des problèmes
relationnels avec ses camarades de classe.
C’est un élève au demeurant sans histoire qui se
situe dans la moyenne. Son désir d’être reconnu et de
faire parler de lui apparaît très tôt dans sa vie. Cette
crise d’identité est sûrement liée au déséquilibre affectif
de sa prime enfance et à l’absence d’un père véritable
qui lui aurait apporté peut-être le soutien nécessaire.

A peine sorti de l’adolescence, Oswald rejoint les
Marines. Sa démarche est pour le moins étonnante. Lui
qui a toujours montré des difficultés à s’intégrer dans
une société, choisit de rejoindre une collectivité où

1. Auditions de la Commission Warren Vol I p 264 – 329 :
Testimony of Robert Oswald.
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