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Jinnes Guadloup

94 pages
A.G.E.G. (Association Générale des Etudiants Guadeloupéens). Rapport du XIIIe congrès national 1978.
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(rapport sur la jeunesse guadeloupéenne)

13ème

CONGRES

NATIONAL

Paris.

du 27 au 31 decembre

1978

Librairie

- Éditions L'Harmattan 18, rue des Quatre-Vents 75006 Paris

Ouvrage de l'A.G.E.G. édité à l'Harmattan

-

Notre Combat (extraits du « Patriote Guadeloupéen» d'autres publications 1968-1976),84 pages.
L'émigration 152 pages.

et

travailleuse guodelouPéenne

en

Fronce,

Association Générale des Étudiants GuodelouPéens (AG.E.G.), 85, rue Beaubourg, 75003 Paris.
ISBN 2-85802-399-X

Introduction

En tant que jeunes intellectuels, les étudiants organisés au sein de l'A.G.E.G., se sont toujours fixés comme axe fondamental de réfléchir sur la situation de leur pays, afin de déterminer quelles tâches exigeait d'eux, à chaque étape de son développement, la lutte de libération nationale du peuple guadeloupéen. Cette juste façon d'agir s'est toujours concrétisée de façon positive. Dans le passé, les jeunes intellectuels de l'A.G.E.G., pnt porté une importante contribution au développement des idées révolutionnaires en Guadeloupe. Ils ont défini la ligne stratégique de la Révolution guadeloupéenne embrassant deux étapes: la Révolution Nationale Démocratique et Populaire et la Révolution Socialiste. Ils ont propagé de façon multiforme le mot d'ordre d'Indépendance Nationale, démasqué et combattu avec intransigeance les révisionnistes du P.« c ».G., ainsi que les opportunistes de tout acabit. Mais cela signifie-t-il que l'A.G.E.G. se tient pour quitte envers la lutte de libération? Bien sûr que Non! Le colonialisme français est encore présent chez nous. TI exploite, opprime et réprime notre peuple de manière sauvage. De nombreuses couches et catégories sociales de notre pays ne sont pas organisées et n'ont pas encore conscience de la situation sociale qui y prévaut. C'est notamment le cas de la jeunesse. En Guadeloupe, il n'existe pas à l'heure actuelle une organisation nationale de la jeunesse, capable de rassembler la grande majorité des jeunes en force unique et puissante; une organisation qui aurait pour rôle de mobiliser les jeunes sur la base de leurs revendications d'une part, et d'autre part de leur faire jouer pleinement le 5

rôle dynamique qui leur incombe dans le processus révolutionnaire. Aujourd'hui plus que jamais, la question de l'organisation de la jeunesse guadeloupéenne est devenue une question « posée et à résoudre». Comment ne pas l'admettre, quand on voit la façon dont notre pays se vide de ses forces vives, quand l'on se rend compte du génocide criminel perpétré par le colonialisme français contre notre peuple, quand l'on se rend compte de la rapide progression de la dégénérescence morale qui ronge, comme un cancer, nos frères et nos sœurs. La jeunesse représente la force vive, l'espoir et l'avenir d'un pays. Sans la mobilisation et la participation consciente des jeunes dans la lutte, la révolution ne peut triompher.

La jeunesse guadeloupéenne

doit être organisée

L'A.G.E.G. est une organisation de jeunes intellectuels émigrés. Sa caractéristique première est d'être une organisation de jeunes guadeloupéens. C'est en fonction de cela qu'elle se trouve directement concernée par la question de l'organisation de la jeunesse. Elle peut contribuer à ce que l'ensemble de la jeunesse guadeloupéenne sur le sol national s'unisse et se dote d'une organisation de combat contre le colonialisme. Comment comprendre cette contribution? C'est à cette question que notre 13e Congrès National s'est efforcé de porter une réponse. Nous nous sommes attachés durant toute la phase préparatoire du Congrés, puis durant les travaux, à aller plus loin, à dépasser la connaissance globale, générale des problèmes de la jeunesse, à laquelle nous nous arrêtions jusqu'alors, pour pousser plus loin notre analyse. Cela nous était indispensable si nous voulions parler réellement de contribution à l'organisation des jeunes. Il nous fallait pouvoir répondre à certaines questions précises: Qu'est-ce que la jeunesse guadeloupéenne? Quelles sont ses problèmes? Quelles sont ses aspirations? Quelles sont les contradictions 6

qui l'agitent? Son niveau politique? Son expérience d' organisation? C'est pourquoi, nous avons décidé d'entreprendre une enquête sur la jeunesse afin de mieux comprendre quelle situation matérielle et morale est la sienne. Une telle enquête nous est apparue nécessaire pour dégager au mieux la voie de son émancipation ainsi que notre contribution, la plus efficace, à son organisation. Cette enquête a été réalisée, sur le territoire National, en direction de différentes catégories de jeunes organisés et inorganisés, pendant les vacances universitaires 77-78. Nous avons rencontré plus de 25 associations de jeunes et eu contact avec près d'une quarantaine d'organisations. En outre, nous avons eu de nombreuses discussions et activités, particulièrement vivantes, avec diverses catégories de jeunes inorganisés. Quoique notre travail d'enquête ait connu de nombreuses insuffisances, nous pensons aujourd'hui, mieux cerner la réalité de la jeunesse Guadeloupéenne. Nous ne prétendons pas la connaître, à fond. Ce rapport doit être considéré non pas comme un texte exhaustif, mais comme contribution modeste des étudiants guadeloupéens, comme un premier matériau pour connaître la jeunesse, une première arme de combat permettant d'entamer le long travail qui aboutira, un jour, à la création de l'Organisation Nationale de la Jeunesse Guadeloupéenne et à son engagement dans l'action patriotique pour la Libération de la Guadeloupe. Se grinn sel an nou pou jinnes gwadloup ba chai a Ji gaz.

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1. Situation matérielle de la jeunesse guadeloupéenne
A - Définition de la jeunesse
Il importe tout d'abord de définir ce qu'est la jeunesse guadeloupéenne. Est-ce une classe sociale, un groupe social homogène, une catégorie sociale? On ne peut assimiler la jeunesse à une classe sociale.
« Les classes sociales sont des groupes d'hommes qui se

distinguent par la place qu'ils occupent dans un système historiquement défini de production sociale, par leur rapport, (la plupart du temps fixé et consacré par les lois) visà-vis des moyens de production, par leur rôle dans l' organisation sociale du travail, donc par les moyens d'obtention et l'importance de richesse sociale dont ils disposent. Les classes sont des groupes d'hommes dont l'un peut s'approprier le travail de l'autre à cause de la place différente qu'il occupe dans une structure déterminée, l'économie sociale» (Lénine, La Grande Initiative, Œuvres, tome 29, p. 425). La jeunesse ne répond manifestement pas à cette définition, car en son sein, on trouvera des groupes qui occupent une place différente par rapport aux moyens de production. Dans une société capitaliste de type occidental par exemple, on trouve une « jeuaesse bourgeoise», une {(une jeunesse ouvrière», « jeunesse petite-bourgeoise», « une jeunesse paysanne»... Dans l'actuelle société coloniale guadeloupéenne où prédominent les rapports de production capitaliste, on peut notamment distinguer des jeunes moyens-bourgeois, une jeunesse petite-bourgeoise, une jeunesse ouvrière, un nombre infime de jeunes paysans. Existe aussi une masse importante de ieunes chômeurs. Ainsi doit-on considérer la jeunesse comme étant une 8

vaste couche sociale non homogène, et dont les différentes fractions sont le reflet de la division en classes de la société. Le critère fondamental permettant de définir la jeunesse est celui de l'âge. Ce qui caractérise tout d'abord les jeunes, c'est le fait d'appartenir à une même tranche d'âge. Ceci leur confère généralement des caractéristiques particulières: des aspirations, des occupations, des besoins spécifiques; un état d'esprit et des potentialités particuliers. Ainsi par exemple, le sport, bien que n'étant pas l'apanage des jeunes, sera surtout pratiqué par des éléments jeunes, car objectivement sa pratique, nécessite généralement des dispositions physiques particulières (vigueur, rapidité, énergie, etc.), caractéristiques d'un corps biologiquement jeune. Les jeunes sont aussi généralement sensibles aux idées nouvelles, au progrès. Ils ont l'esprit ouvert; ils ont soif de connaissances; ils sont davantage dotés que leurs aînés (empreints souvent de conformisme et d'esprit traditionnaliste) d'un esprit critique. Ils sont porteurs du changement. Staline disait d'eux qu' « ils ont le sens du nouveau ». Ils sont en effet plus prompt à se mobiliser pour une idée nouvelle. Les jeunes constituent une force importante dans la révolution; ils représentent une force d'avenir; ce sont eux les principaux bâtisseurs de la nouvelle société; ils ont pour mission de la perpétuer et de l'améliorer. Un pays sans jeunesse est un pays sans forces vives; un pays sans forces vives est condamné à la mort. Aussi peut-on dire de façon globale que les jeunes ont un rôle qui leur est dévolu dans la société. Mais la jeunesse du fait de son âge, de sa pratique sociale limitée, est inexpérimentée. La conjugaison de ce dynamisme et de cette inexpérience peut faire que dans certaines conditions, la jeunesse se laisse entraîner momentanément, dans des actions ou des voies fausses et souvent dangereuses. L'exemple historique le plus marquant est celui des jeunesses fascistes, hitlériennes et autres. L'inexpérience des jeunes pose la nécessité de leur éducation, de leur organisation, sur de justes bases politiques et idéologiques. Concernant précisément la jeunesse guadeloupéenne, nous considérons qu'elle est composée des fils et des filles 9

du peuple guadeloupéen de la tranche d'âge allant grossomodo de 15 à 30 ans. Ces jeunes ont les caractéristiques générales suscitées des jeunes du monde entier, mais aussi des traits particuliers, propres à la jeunesse guadeloupéenne sur lesquels nous reviendrons plus loin.

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B - Importance

numérique

La Guadeloupe est un pays jeune: 52,9 % de la population a moins de 20 ans (Chiffre de 1974. Source INSEE Antilles-Guyane). Selon le recensement de 1974 (source INSEE Antilles-Guyane) sur une population totale estimée à 324530 habitants, la catégorie des jeunes (tranche d'âge allant de 15 à 29 ans) entre pour 24,30 % de la population totale, soit 78 849 jeunes (graphique n° 1). C'est cette catégorie de la population qui fera l'objet de notre réflexion. Nous y distingueront trois (3) grandes classes d'âges. - Les jeunes de 15 à 19 ans (37072 personnes); - Les jeunes de 20 à 24 ans (23 069 personnes) ; - Les jeunes de 25 à 29 ans (18 708 personnes). Le nombre important des jeunes est la caractéristique essentielle de la population, et ce, malgré toutes les tentatives entreprises par le colonialisme français depuis plus de 15 ans pour dépeupler la Guadeloupe et expatrier sa jeunesse. En effet, depuis les années 60 et en particulier depuis 1963, avec la création du BUMIDOM le colonialisme français a entrepris la déportation massive de notre jeunesse. Ainsi, entre 1967 et 1974, c'est-à-dire en l'espace de 7 années, l'émigration a été d'environ 39000 personnes, soit environ 12 % de la population Guadeloupéenne (estimation INSEE). A cette politique délibérée d'émigration (voir rapport sur l'émigration) est venue s'ajouter, dans les années 1970, une politique systématique

de limitation des naissances organisée par le « Planning
Familial» . Avec des phénomènes conjugués d'expatriation des jeunes en âge de procréer et de baisse de la fécondité (de 10000 en 1960, le nombre des naissances est passé à 9000 en 1970, puis à 7000 en 1976 - source INSEE). On a assisté à une stagnation de la population, phénomène sensible dès 1970, puis à une baisse régulière depuis 1974. (Voir graphique N° 2: Évolution de la population entre 1954 et 1974. Source INSEE Antilles-Guyane et Tableau IV. Source Bulletin CENADOM). 11