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Journal d'un ministre

De
431 pages

A compter d’aujourd’hui, je veux tenir note des principaux faits qui se passeront dans le conseil, soit à nos réunions particulières, soit en présence du Roi.

J’ai remis ce matin au président du conseil une note sur mes sentiments politiques et les doctrines qui serviront de règle à ma conduite ; le travail que j’entreprends maintenant sera, tout à la fois, un memento intéressant pour moi, et le moyen de me rappeler constamment à la ligne que je me suis tracée.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
SE VEND A PARIS :
Chez MM. FONTAINE, passage des Panoramas. HENRY, au Palais-Royal, Galerie d’Orléans. LEMERRE, passage Choiseul, 27, 29.
Martial Côme Annibal Perpétue Magloire de Guernon-Ranville
Journal d'un ministre
Œuvre posthume
PRÉFACE
M. le comte de Guernon-Ranville, né à Caen, le 2 mai 1787, mort dans son château de Ranville, le 28 avril 1866, était le second fils de Messire Roger-François-Barnabé, comte de Guernon-Ranville, et de noble dame Henriette-Louise Durand. Élève en droit à Paris, le jeune et bouillant de Guernon se fit remarquer par une égale ardeur pour le plaisir et pour le travail. Reçu docteur, il s’établit à Caen comme avocat en 1813. Le 20 août 1814, il était nommé sous-lieutenant dans la seconde compagnie de la première cohorte du centre (garde nationale). En 1815, à la nouvelle du débarquement de Napoléon et au premier appel de Louis XVIII, il s’enrôla comme volontaire, et partit, le 19 mars, en qualité de capitaine de grenadiers avec un détachement commandé par le chef de bataillon Alexis Dumesnil ; cet Alexis Dumesnil, si connu par ses duels insensé s, par ses livres d’histoire et de philosophie religieuse, et par des brochures et des pamphlets où le mysticisme s’allie avec talent à la politique. L’entrée de l’Empereur à Paris ne permit pas aux vo lontaires royaux du Calvados de dépasser Évreux ; ils revinrent le 24 à Moult, où ils furent licenciés sur un ordre du duc d’Aumont, à l’état-major duquel M. de Guernon fut a ttaché quand le duc entreprit de descendre, au commencement de juillet, sur les côtes de la Basse-Normandie. Cette hasardeuse expédition pouvait être le commencement d’une Vendée, qu’arrêta la fin des Cent-Jours, et que l’esprit de parti voulut travestir en une échauffourée ridicule. Un manuscrit que nous avons sous les yeux, et dont la rédaction est de M. de Guernon lui-même, fait connaître la part qu’il prit au coup de main sur Arromanches, le 7 juillet 1815. Ce manuscrit est intitulé :Débarquement du duc d’Aumont à Arromanches ; faits qui l’ont précédé et suivi, racontés par un témoin oculaire.Nous lui emprunterons un fait 1 de guerre que l’histoire locale doit recueillir . La carrière militaire de M. le comte de Guernon-Ran ville se termina par le grade de chef de bataillon de la garde urbaine de Caen, et, le 20 décembre 1820, sa carrière dans la magistrature commença par la présidence du tribunal civil de Bayeux. Avocat général près la cour de Colmar le 11 décembre 1822, procure ur général à Limoges le 16 avril 1823, procureur général à Grenoble le 21 juillet 18 26, il était procureur général à Lyon, depuis le 26 août 1829, quand il fut appelé au rang des conseillers de la couronne, le 18 novembre de la même année : rare exemple de rapide élévation et de chute encore plus rapide ! M. de Guernon-Ranville n’entra qu’avec répugnance, comme ministre des affaires ecclésiastiques et de l’instruction publique, dans le cabinet dont le chef était M. le prince de Polignac. Dévoué aux Bourbons, il avait des opinions arrêtées : il était royaliste ardent et libéral modéré ; il tenait au maintien des préro gatives de la couronne et à celui de la charte de 1814. Appelé au pouvoir contre son vœu, il ne tarda pas à comprendre combien son poste était périlleux, et il résolut detenir note de ce qui se passerait dans le conseil, soitaux réunions particulières des ministres, soiten présence du Roi. L’avenir lui semblait gros d’orages ; il voulait en étudier les phénomènes, et consigner par écrit, pendant cette étude, ses principales impressions. Il pressentait les consolations que donne l’incontestable témoignage du devoir accompli. Telle est l’origine duJournal d’un ministre, rédigé par lui-même ou plutôt jeté, au courant de la plume, sur le papier officiel des bur eaux, presque au sortir de chaque séance du conseil.
Le manuscrit a peu de ratures ; tout y est de premier jet, et l’auteur, sans y faire depuis aucun changement, s’est contenté d’ajouter en marge quelques notes sans dates, mais de dates plus ou moins éloignées de la rédaction duJournal. Nous publions ceJournal tel apidesqu’il est sorti des impressions vives et des r improvisations de l’auteur après les séances du con seil ; nous le publions comme un document d’une haute importance pour l’histoire de 1830. Qu’on se garde de nous accuser d’indiscrétion en no us voyant mettre au jour des secrets de cabinet qui auraient. fait tant de bruit , il y a quarante ans. A ce reproche irréfléchi nous répondrions : que l’auteur, satisfait de son œuvre, et la conscience forte de sa bonne foi, désirait publier son manuscrit dès 18 33 ; qu’il s’adressa, dans ce but, à Charles X pour obtenir son assentiment, que l’entou rage du roi exilé fit ajourner une réponse favorable, et que M. le comte de Guernon-Ra nville nourrit jusqu’à sa mort l’espérance d’une publication posthume. C’est dans cette espérance qu’il a légué son manuscrit, non à son vieil ami, M. Boullée (il ne lui en a laissé que la jouissance, sa vie durante), mais à la bibliothèque publique de la ville de Caen. Ainsi, dans l’intention manifeste du testateur, tous seraient appelés à prendre connaissance de ce qu’il avait primitivement écrit pour lui seul, tous pourraient le copier, tous sans doute aussi le publier. Une intention si légitime a failli échouer : l’ouvr age a été perdu pendant le siége de Paris, et voici l’histoire du danger qu’il a couru. On sait qu’il devait entrer dans la bibliothèque de Caen après la mort de M. Boullée. Celui-ci décéda au printemps de 1870. On écrivit le ttres sur lettres pour obtenir la délivrance du legs. Les scellés étaient pour trois mois chez le défunt : il fallut attendre. Dès qu’ils furent levés, on s’adressa au jeune héritier, M. Portalis, qui promit d’envoyer prochainement le manuscrit. Bientôt la guerre éclata, et l’on réitéra les demandes avec d’autant plus d’instances que les Prussiens ne tard èrent pas à marcher sur Paris. M. Portalis crut faire cesser les inquiétudes en assur ant que l’ouvrage ne courrait aucun risque, puisque le détenteur le cacherait en même t emps que ses objets les plus précieux. Nouvelles instances de la bibliothèque de Caen, de plus en plus alarmée : M. Portalis était-il certain de survivre au siége ? Pouvait-on savoir ce qui serait perdu, ce qui serait sauvé, si les Allemands entraient de force dans la capitale ? Vers le 15 septembre, on écrivit à M. Portalis avec plus d’instance que j amais ; on le priait de mettre immédiatement à la poste le précieux manuscrit. M. Portalis s’empressa de le faire : c’était le 17, et le 18 les portes de Paris se ferm aient, et tout ce que recevait la poste s’entassait, s’amoncelait en attendant les jours de la délivrance. Ils vinrent enfin, et dans le courant d’avril 1871, M. Colmiche, neveu par alliance et exécuteur testamentaire de M. le comte de Guernon-R anville, reçut leJournal d’un ministre,sous ficelles brisées et bandes déchirées, laissant voir à peine la fin du nom du destinataire. Ainsi, le manuscrit avait subi une détention plus longue que le siège ; il était resté sept mois entiers à la poste, et, chose étran ge, il arrivait à sa destination sous l’odieux régime de la Commune. Chargé de le mettre au jour dans toute son intégrité par l’Académie de Caen dont M. de Guernon était membre, le secrétaire a suivi la division de l’auteur en deux parties : la première contenant les notes du 16 décembre 1829 au 28 juillet 1830 ; la seconde, les er notes écrites au donjon de Vincennes, du 1 septembre au 19 décembre 1830. Une troisième partie se compose de pièces empruntées la plupart à un troisièmeJournal fait au fort de Ham, du 16 février 1834 au 24 novembre 1 836, autographe comme les deux premiers. UnAppendicedes pièces complémentaires qui ne sont pa s sans renferme intérêt.
On trouvera unfac-similed’un double autographe sur un même feuillet, en regard de la page 51. C’est la reproduction fidèle du projet de réponse de Charles X à la chambre des députés, que le Roi composa, séance tenante, dans son conseil du 17 mars, et qui ne fut point adopté. M. de Guernon-Ranville ramassa le brouillon, et en attesta l’authenticité au bas de la page en l’annexant à son Journal. Voici c ette réponse, que l’on ne lit pas couramment dans l’original :
« MESSIEURS, J’ai rempli mon devoir de Roi, en recevant l’adresse que vous venez de me présenter. Vous avez connu mes intentions et mon discours d’ouverture dans ma réponse à l’adresse de la chambre des pairs ; je n’en varierai jamais. Retournez, MM., dans la salle de vos séances. Mes ministres vous feront connaître mes volontés. »
Nous n’ajouterons qu’un mot à ce qui précède, et ce ne sera point pour combattre certaines opinions qui ne sont point les nôtres, ni pour attirer l’attention sur la valeur morale d’un caractère aussi honorable que celui de M. le comte de Guernon-Ranville (il se peint assez dans son livre, modèle de franchise et miroir d’une belle et grande âme) : ce sera pour rendre hommage à la loyauté de ce livre sincère, et pour dire, sans crainte e d’être démenti, que toute collection de Mémoires sur l’histoire du XIX siècle, à laquelle il manquera, sera incomplète de l’un de ses plus précieux, de ses plus véridiques volumes. JULIEN TRAVERS.
1 « 154 hommes, réunis à Jersey sous les ordres du d uc d’Aumont et du maréchal-de-camp, vicomte de Saint-Simon, formaient tout le noyau de l’armée royale ; un drapeau, me brodé des mains de M la duchesse d’Angoulême, était le signe de ralliement. « La petite troupe s’embarqua le 5 juillet ; le duc d’Aumont montait le brickLa Bermuda avec son état-major et quelques autres officiers fo rmant en tout 25 hommes ; le reste était réparti sur deux petits bâtiments de transport. « On arriva en vue des côtes dans la nuit du 6 au 7 ; un pêcheur saisi par le brick rapporta que la redoute d’Arromanches, vis-à-vis de laquelle on se trouvait, était défendue par plusieurs canons de gros calibre, et q ue, sur ce même point, la côte était e gardée par de nombreux postes de douaniers et 400 chasseurs à cheval du 7 régiment, qui faisait partie de la garnison de Caen. « Ces détails démontraient l’impossibilité d’un débarquement immédiat, et il fut décidé que M. de G.... et deux autres officiers seraient j etés à terre pour aller disposer dans l’intérieur un mouvement qui appuierait le débarquement. « Cette mesure allait s’exécuter, lorsqu’une forte brise du nord s’éleva et poussa le brick sur les rochers du Calvados, où il échoua le 7 juillet, à à heures du matin, à demi-portée du canon de la redoute d’Arromanches. Cette redoute commença alors un feu bien nourri, et ses premiers boulets portant sur le s amures et les haubans rendirent la position excessivement périlleuse. L’équipage fit p endant deux heures des efforts prodigieux pour remettre à flot le bâtiment ; la ma rée qui descendait le laissa bientôt engagé sur toute la longueur de sa quille. Dans une telle position, il ne restait d’espoir de salut que dans une attaque désespérée sur la redout e qui les foudroyait, et les 25 hommes qui accompagnaient le duc d’Aumont le pressèrent de les autoriser à faire cette
tentative dans laquelle ils pouvaient du moins réus sir à enclouer les canons de la batterie. Le duc y consentit et voulut diriger lui- même cette hasardeuse entreprise : à l’instant on se jette dans deux chaloupes, on s’éla nce droit vers la côte, à la vue des chasseurs qui couronnaient les falaises, et l’on aborde sous le feu même du canon ; la petite troupe est divisée en deux pelotons de chacun 12 hommes : l’un, sous les ordres du vicomte de Saint-Simon, suit le rivage ; l’autre , conduit par le colonel Eugène d’Hautereuille, gravit les falaises afin de prendre la redoute à revers ; M. de G.... faisait partie de ce second détachement. Plus leste que ses camarades, il s’élance, franchit les revêtements de la redoute et tombe au milieu de la batterie en poussant le cri deVive le Roi !Les canonniers surpris abandonnent leurs pièces et toute la petite garnison prend la fuite. Encouragés par ce premier succès, les royalistes s’établissent et toute l’expédition opère son débarquement. » Le jour même la petite troupe entrait à Bayeux.
PREMIÈRE PARTIE
JOURNAL DES SÉANCES DU MINISTÈRE
16 DÉCEMBRE 1829
A compter d’aujourd’hui, je veux tenir note des principaux faits qui se passeront dans le conseil, soit à nos réunions particulières, soit en présence du Roi. J’ai remis ce matin au président du conseil une note sur mes sentiments politiques et 1 les doctrines qui serviront de règle à ma conduite ; le travail que j’entreprends maintenant sera, tout à la fois, unmemento intéressant pour moi, et le moyen de me rappeler constamment à la ligne que je me suis tracée. Nous avons quatre réunions par semaine, les mardi e t samedi chez l’un de nous alternativement, et les mercredi et dimanche au châ teau, sous la présidence du Roi. Monseigneur le Dauphin assiste à ces deux derniers conseils, en sa qualité de chef suprême du personnel de la guerre. Les travaux les plus importants de chaque ministère et les objets d’intérêt général sont discutés dans les réunions des mardi et samedi. Les conseils présidés par le Roi s’ouvrent ordinairemen t par une causerie générale provoquée par Sa Majesté sur la matière la plus à l’ordre du jour, puis chaque ministre présente à la signature du Roi les ordonnances qu’i l a préparées, ou donne communication à Sa Majesté des faits importants qui se rattachent à son ministère, et souvent ces faits ou les ordonnances elles-mêmes do nnent lieu à des discussions générales. Les travaux de portefeuille se font dans cet ordre : Président du Conseil, ministre des affaires étrangères, Le garde-des-sceaux, Le ministre de la guerre, Le ministre de l’intérieur, Le ministre de la marine, Le ministre des finances, Le ministre des affaires ecclésiastiques et de l’instruction publique. Le conseil finit par une causerie générale comme il a commencé, ou par la discussion de quelque grande question à l’ordre du jour. Aujourd’hui mardi, M. de Chabrol nous a entretenus du projet de conversion de rentes dont voici les bases principales. On donnerait aux créanciers l’option entre le rembo ursement au pair et la conversion de leurs rentes 5 en 4 % (ou 4 1/2, c’est à examine r) en fixant un délai pour la déclaration, et ceux qui, dans ce délai, n’auraient pas opté pour le remboursement seraient de plein droit censés préférer la conversion. On donnerait d’ailleurs une prime de 5 par chaque 5 fr. de rente convertie pour compenser l’élévation du taux actuel. L’opération faite, on répartirait la masse actuelle de l’amortissement entre les diverses natures de rente à raison de 1 % de leurs capitaux respectifs. La partie restée libre de la masse actuelle affectée à l’amortissement, et la somme des rentes provenant,en bénéfice pour l’état,de la conversion, au lieu d’être immédiatement annulées, seraient réservées pendant cinq années, e t ce revenu serait consacré à réparer nos places fortes, achever les routes et le s canaux, terminer quelques grands travaux commencés et augmenter notre marine. Pour satisfaire aux demandes de remboursement, on ferait un emprunt au taux adopté pour la conversion, si toutefois la faculté d’émettre des bons royaux ne fournissait pas une ressource suffisante. Ce plan me parait très-bien conçu, sauf l’augmentation de capital par la prime.