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Journal et souvenirs sur l'expédition d'Égypte

De
396 pages

Préliminaires de l’expédition. — La diligence de Lyon-Le Rhône. — Toulon. — A bord du Franklin.

Le 5 mars 1798 (15 ventôse an VI) l’expédition d’Égypte fut résolue par le Directoire.

Peu à peu le bruit se répandit dans Paris qu’il se préparait une nouvelle campagne. De suite, je ne sais trop pourquoi, on la supposa lointaine, bien que son but fût un mystère pour tout le monde.

On laissait entendre qu’il s’agissait d’une descente en Angleterre, mais peu de personnes le crurent, malgré l’ordre qu’envoya le Directoire à Bonaparte de se rendre à Brest.

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ÉDOUARD DE VILLIERS DU TERRAGE

 

Dessiné par DU TERTRE, au Caire, en 1800.

Édouard de Villiers du Terrage

Journal et souvenirs sur l'expédition d'Égypte

1798-1801

AVANT-PROPOS

*
**

Le titre de Journal et Souvenirs, placé en tête de ce volume, résulte de l’assemblage un peu complexe du manuscrit d’Édouard de Villiers, simple document qui, dans sa pensée, n’était nullement destiné à être un jour publié.

Primitivement, son journal de voyage fut, pendant la campagne d’Égypte, tantôt écrit sur de simples feuilles volantes, tantôt sur de petits carnets à dessin.

Ce ne fut qu’au moment de revenir en France, pendant les mois d’inaction qui précédèrent l’évacuation, qu’avec l’aide de ces mémento il rédigea un véritable journal. Çà et là, de courtes lacunes semblent indiquer la perte de quelques feuillets.

Plus tard, lorsqu’il rédigea dans la célèbre Description de l’Égypte, publiée par les ordres de Napoléon, la description des antiquités de Syout, de Kous, de Dendérah, de Thèbes, d’Esné, et de l’isthme de Suez, les pages relatives aux séjours qu’il fit sur les emplacements de ces anciennes villes furent considérablement développées et devinrent en quelque sorte un court et léger canevas des savantes et minutieuses monographies des villes que nous venons de nommer.

Vers 18351, le journal subit une dernière transformation, et son auteur le recopia entièrement.

Dans cette revision, une courte introduction et quelques observations générales furent intercalées, ainsi qu’un certain nombre de lettres ou de pièces écrites ou reçues par lui en Égypte. A la même époque, il supprima la plupart des additions relatives à la description architecturale des monuments qu’il avait particulièrement étudiés, se bornant à renvoyer au grand ouvrage d’Égypte. Malheureusement, alors il retrancha aussi beaucoup de « petits faits » qu’il « jugea personnels et sans importance », mais qui, au bout d’un siècle, auraient sans doute pu présenter quelque intérêt.

Nous avons intercalé dans le texte tout ce qui n’avait pas été recopié et se trouvait dans l’unique carnet et les quelques feuilles volantes que le hasard a conservés.

La plupart des lettres qu’Édouard de Villiers avait adressées à sa famille ne sont point parvenues, perdues ou interceptées par les Anglais. Quelques autres, arrivées à destination, mais seulement après avoir mariné dans les bains de vinaigre des lazarets, sont restées presque indéchiffrables malgré les efforts du savant chimiste Berthollet qui chercha à raviver les encres.

Heureusement, un membre de l’Institut d’Égypte, M. Ripault, revenu en France dès l’an VIII, avait reçu de mon grand-père d’abord au Caire, ensuite à Paris, un assez grand nombre de lettres, qui avaient eu le bonheur d’échapper au visa de la santé.

Apprenant que la famille de son collègue n’avait reçu, depuis plus d’un an, aucune nouvelle directe d’Égypte, M. Ripault lui envoya immédiatement toute cette correspondance..

Voilà comment ces lettres se retrouvèrent dans la possession de l’auteur, et ainsi se trouve expliqué qu’il ait pu dans la suite les intercaler dans le corps de son journal.

René-Édouard de Villiers du Terrage naquit à Versailles, le 26 avril 1780.

Son père, Marc-Étienne, premier commis des Finances, fut emprisonné au commencement de la Terreur et condamné à mort par le tribunal révolutionnaire ; il ne dut son salut qu’à la reconnaissance d’un agent du Comité de salut public, appelé Romainville, qui, au lieu de le faire écrouer à la Conciergerie, comme il en avait l’ordre, le fit enfermer à l’hôtel du Dresneux2, où il fut oublié.

Sa mère était morte en 1788 ; ses deux sœurs aînées se trouvaient à Versailles, recueillies par leur tante, madame de Chateaubrun ; son frère3 se battait sous les murs de Landrecies.

Agé seulement de treize ans, Édouard de Villiers se trouva passer à Paris, seul avec sa plus jeune sœur, la période la plus troublée et la plus sanglante de la Révolution4.

Voici, sur son enfance et sur sa vie durant la terreur, quelques pages curieuses de ses Souvenirs :

« ... Lors de la prise de la Bastille, j’avais vu passer du faubourg Saint-Antoine, où se trouvait mon collège, les habitants du quartier, hommes, femmes, enfants et jusqu’à des prêtres armés de toutes sortes d’instruments meurtriers. J’ai vu ensuite de bien près le 20 juin, le 10 août, les massacres des 2 et 3 septembre, le 21 janvier et toutes les horreurs du tribunal révolutionnaire...

J’avais passé quatre ans dans la pension de M. Coutier. Il me reconnaissait, dans les lettres qu’il écrivait à mon père, de la franchise et de l’ingéniosité, mais il me trouvait lent, distrait et parfois peu appliqué. Je n’ai jamais démenti la première partie de ce jugement, et j’avoue que j’en ai mérité la seconde tant que j’ai été sous sa direction. J’y ai pourtant obtenu deux prix dans un temps où on n’en était pas si prodigue qu’aujourd’hui : j’étais toujours des premiers en calcul et en version, mais des derniers en thème.

Cette institution avait une certaine réputation. Elle a eu le bonheur de donner la première instruction à deux hommes remarquables que j’ai retrouvés en Égypte, Malus le physicien et celui qui devait devenir le prince Eugène, et que je vois encore mon compagnon d’infirmerie pendant une maladie, bien grave à cette époque et bien contagieuse, dont la vaccine a délivré l’humanité. Que d’heures Mme de Beauharnais a passées entre nos deux lits à soigner son fils et à nous amuser !..

 

A la fin de l’année 1791, j’avais été retiré de pension par la seule autorité de ma sœur âgée de quinze ans simplement, qui trouva qu’on soignait mal des maux de jambes qui m’étaient venus à la suite d’engelures.

Nous sommes restés seuls à Paris, ma plus jeune sœur et moi, car nous n’avions pas l’âge de l’exil. Nous pûmes voir durant de longs mois mon père dans sa prison, où, du reste, il retrouva d’anciennes connaissances. Le motif de son arrestation était la présence, dans un volumineux paquet expédié par lui, d’une complainte sur la mort de la Reine (pièce qui, du reste, avait été mise par celui qui le dénonça).

Nous vivions de ce qui restait d’un prêt que nous avait consenti mon oncle dé Chateaubrun, au moment où il s’était enfui de Paris, des débris de notre argenterie et surtout de la vente des livres précieux que mon père avait achetés durant sa prospérité.

Le 9 thermidor mit fin à nos angoisses. J’allais tous les décadis voir, à pied, mes sœurs à Versailles ; comme de coutume, je partis le lendemain, mais à la pointe du jour. Je fis diligence et j’annonçais à mes sœurs et à toute la ville les événements de la veille. On m’écoutait encore en tremblant d’être compromis. »

Mis en liberté quelque temps après, le 9 thermidor, à la suite de nombreuses démarches de son fils, Marc de Villiers trouva pour vivre un emploi au bureau de triage des titres déposés aux Archives nationales. Accompagné de son fils, qu’il avait fait recevoir surnuméraire5, chaque jour il était forcé de se rendre à pied de la rue du Mont-Blanc6 qu’il habitait au dépôt qui se trouvait alors à l’abbaye de Saint-Denis.

Ce travail assujettissant ne permettait pas à Édouard de Villiers de continuer ses études, et cet emploi modeste ne l’aurait sans doute pas mené à une bien haute situation, quand, heureusement pour lui, son oncle de Villantroys, frère de sa mère, alors commandant d’artillerie, revint en 1795 des pontons d’Angleterre où depuis dix-huit mois il se trouvait en captivité.

Prisonnier de guerre sur parole et, par suite, libre de son temps, il s’occupa avec le plus grand dévouement de l’éducation de ses neveux7 et, en cinq mois, les mit à même d’être reçus à l’École des ponts et chaussées (23 avril 1796) et peu après à l’École polytechnique. (4 décembre 1796).

Mon grand-père était depuis quinze mois à cette école quand le bruit se répandit que l’on acceptait des volontaires pour une expédition à la fois scientifique et militaire, que l’on supposait lointaine, bien que son but restât complètement mystérieux. Il demanda et obtint de partir, et c’est ainsi que le 30 floréal de l’an VI (19 mai 1798) il s’embarquait pour l’Égypte en qualité d’attaché à la commission scientifique qui faisait partie de l’état-major.

Ce fut au Caire qu’il passa ses examens de sortie de l’École polytechnique8, devant une commission où se trouvaient rassemblés Monge, Berthollet et Fourier, et le 3 novembre 1798 (13 brumaire) il était nommé par Bonaparte ingénieur des ponts et chaussées.

Quelque temps avant le départ de l’expédition de Syrie, la direction du Génie le chargea de reconnaître les points d’atterrissement qui pouvaient exister dans les environs de Péluse.

A peine de retour au Caire, Édouard de Villiers partit pour rejoindre le corps d’armée de Desaix en train de conquérir la haute Égypte.

Pendant un séjour de quelques semaines à Syout, on lui donna pour mission de lever avec quelques-uns de ses collègues les profils de la vallée du Nil et préparer les éléments nécessaires au calcul du débit du fleuve.

Dans cette ville se resserra son amitié pour un de ses camarades, M. Jollois, l’homme qui allait devenir son fidèle ami et son inséparable collaborateur.

Durant les mois qui suivirent, pendant plusieurs séjours qu’ils firent à Syout, Dendérah, Esné et Thèbes, ils réunirent à eux deux les nombreux dessins et notes qui, plus tard, devaient leur servir à la rédaction de la description des monuments de ces villes.

Il faut remarquer que partis les premiers pour la haute Égypte, quinze jours seulement après Denon, alors que tout le pays était encore soulevé, ils avaient par leur propre zèle devancé les deux commissions que Bonaparte envoya quelques mois plus tard.

Ce furent eux qui, les premiers, dessinèrent avec précision le fameux Zodiaque de Dendérah, et découvrirent le tombeau d’Aménophis III.

L’égyptologie, depuis cent ans, grâce surtout à la lecture des hiéroglyphes, a fait de tels progrès que les plus beaux travaux d’alors, les plus étonnants pour l’époque, sont un peu oubliés aujourd’hui ; aussi n’est-il pas sans intérêt de citer ici ce qu’écrivait Champollion en 1829 :

« La description de Thèbes a été déjà faite, et avec bien plus de détails encore, par MM. Jollois et de Villiers dans un important travail auquel je me plais de donner de justes éloges, parce que j’ai vu les lieux et que j’ai pu juger par moi-même de l’exactitude de leur excellente des cription. »

Voici également un passage d’une notice de M. Saint-Martin, lue à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, le 8 février 1822, peu de temps après l’arrivée à Paris du Zodiaque de Dendérah : « Si, dans notre examen, nous sommes obligés de relever quelques erreurs dans le dessin du Zodiaque, que nous devons à MM. Jollois et de Villiers, ces savants et habiles artistes, ce n’est pas que nous voulions affaiblir en aucune manière les justes éloges qu’ils méritent ; on ne peut être qu’extrêmement étonné qu’au milieu des difficultés sans nombre qui s’opposaient à leur entreprise, ils soient parvenus à nous donner un travail tel que celui dont nous pouvons aujourd’hui apprécier les résultats... Il nous semble extraordinaire qu’ils n’aient pas commis un plus grand nombre d’erreurs. Il était impossible de faire mieux dans un local incommode et ma éclairé, où il fallait, dans une position verticale, copier des figures et des signes de très petite dimension et d’un relief trop bas pour être bien distingués sur un fond noirâtre... Certainement si un hasard, impossible à prévoir, n’avait pas amené le planisphère en Europe, jamais on n’aurait pu obtenir une meilleure copie... « 

Ces témoignages qui montrent les difficultés qu’ils eurent à surmonter prouvent aussi la conscience qu’ils mirent dans tous leurs travaux.

De retour au Caire, après un séjour de plus de sept mois dans la haute Égypte, pendant les mois les plus chauds de l’année, Édouard de Villiers ne resta pas longtemps dans l’inaction ; il prit part à quatre expéditions qui parcoururent la région de l’isthme de Suez pour faire un nivellement entre les deux mers. Il en profita pour dresser la carte de la vallée de l’Égarement et pour étudier les antiquités, alors fort peu connues, de cette région.

Sur la fin de l’occupation française, Menou le chargea d’établir la carte et d’inspecter les canaux et les digues de la province de Belbeis.

Lors de la capitulation d’Alexandrie, l’énergique protestation des membres de l’Institut d’Égypte et de la Commission des sciences et des arts, jurant de jeter tous leurs manuscrits à la mer plutôt que de les livrer à l’Angleterre, avait conservé à la France les précieuses collections qui allaient permettre la publication de la Description de l’Égypte.

De retour en France, pendant cinq ans mon grand-père s’occupa uniquement de la rédaction d’une partie de cet ouvrage, puis en 1806, rentré dans la carrière des Ponts et Chaussées, il fut désigné pour le service des travaux de la ville de Paris et eut à s’occuper du percement de la rue de la Paix et de la reconstruction des quais Desaix et Napoléon9.

Il continuait toujours à s’occuper de l’ouvrage d’Égypte, et en 1811 l’assemblée des auteurs le nomma membre de la commission de publication. Ses collègues étaient : Berthollet, Monge, Costaz, Desgenettes, Fourier, Girard, Jomard, Jollois et Delile.

La même année il entreprit les études, puis les travaux du canal Saint-Denis ; mais bientôt l’invasion arriva : attaché comme chef de bataillon du génie au corps d’armée du général Marmont, il assista aux batailles de Montereau, Vertus, La Fère-Champenoise et enfin à la bataille de Paris, après laquelle il fut appelé au commandement de la place de Beaugency.

Ces services militaires lui valurent, sur la proposition du ministre de la guerre, la décoration de la Légion d’honneur, alors que, le même jour, elle lui était également accordée par le ministre de l’intérieur pour ses travaux dans la commission d’Égypte.

Pendant la période des Cent-Jours, requis de nouveau pour faire le service d’officier du génie, sous les ordres des généraux Haxo et de Ponthon, il fit exécuter sur toute la ligne du canal Saint-Denis des travaux considérables de fortification, dont bientôt il dut faire disparaître jusqu’au dernier vestige.

Voici quelques extraits de son journal du mois de juin 1815 :

« ...J’étais en train de faire construire une redoute sur la route de Flandre. Un jour, arrivant à quatre heures du matin pour surveiller mes ouvriers, je trouvai l’Empereur examinant les travaux. Il voulait que les batteries de cette redoute pussent battre Saint-Denis, et il évaluait la distance à quinze cents mètres. Je savais qu’il y en avait deux mille, et je le soutins jusqu’au moment où Moline de Sain-Yon, frère de mon camarade d’Égypte, son officier d’ordonnance, me fit signe de ne pas insister davantage..... J’étais tellement fatigué et accablé de visites des officiers de toutes armes, la nuit aussi bien que le jour, que je n’ai trouvé d’autre moyen pour me reposer que de m’enfoncer dans un champ de blé, à l’insu de tout le monde, et d’y dormir chaque jour quelques heures

Le 19 juin, le général Davoust, ministre de la guerre, me pria de venir dîner chez lui pour l’entretenir de mes travaux. Ce dîner fut triste. Le maréchal me dit qu’il avait de sinistres pressentiments ; je pense aussi qu’il avait déjà de mauvaises nouvelles.....

Le compte de ces travaux de fortification fut arrêté le 7 septembre. Il s’élevait à la somme de 108,314 francs. Je les présentai aussitôt, ils furent acceptés, et le général de Ponthon m’adressa des félicitations... »

Promu ingénieur en chef le 29 janvier 1819, Édouard de Villiers continua à s’occuper de la direction des travaux de construction des canaux Saint-Denis et Saint-Martin. C’est là qu’il fit les premières applications de fondation sur le sable.

Il rentra de nouveau en 1826 au service des travaux de Paris comme directeur.

Inspecteur divisionnaire en 1830, il eut successivement les inspections de Marseille, de Lyon et de Paris.

En 1842, mon grand-père fut nommé inspecteur général, et, trois ans après, envoyé en mission teour visiter les ports de l’Algérie. Un peu plus tard, il s’occupa activement des questions du nivellement de l’isthme de Suez et des barrages du Nil.

Officier de la Légion d’honneur depuis 1834, Édouard de Villiers fut promu commandeur en 1847. On lui doit la création des Annales des ponts et chaussées ; jusqu’à sa mort, qui survint le 19 avril 1855, il fit partie de la commission chargée d’en surveiller la publication10.

Dans les dernières années de sa vie, la recherche des connaissances astronomiques des anciens Égyptiens avait été son étude favorite. A soixante-dix ans, il partageait ses loisirs entre les travaux de la Société des antiquaires de France et les cours de langue hiéroglyphique que M. de Rougé professait au Collège de France.

En collaboration avec M. Jollois, il a publié dans la Description de l’Égypte les mémoires suivants :

Description des monuments et des antiquités de Thèbes ;

Description des monuments et des antiquités d’Esné ;

Description des monuments et des antiquités d’Apollinaris ;

Description des monuments et des antiquités de Coptos ;

Description des monuments et des antiquités de Dendérah ;

Recherches sur les bas-reliefs astronomiques des Égyptiens ;

Description des monuments astronomiques en Égypte ;

Et, seul, la Description des antiquités de l’isthme de Suez.

Il était en train de préparer pour le même ouvrage deux autres études : l’une sur l’architecture égyptienne, l’autre sur les meubles, armes et costumes des Égyptiens, quand le ministre de l’intérieur décida brusquement qu’il ne serait plus accepté aucun travail après le 1er janvier 1816. Ces mémoires n’étaient point achevés et ont été détruits.

il a publié en outre :

Description des canaux Saint-Denis et Saint-Martin (1826) ;

Projet de chemin de fer de Paris à Versailles (1825-1835)11 ;

Recherchés sur la quantité d’action développée par les chevaux de roulage montant des rampes diversement inclinées (1839) ;

Sur une ancienne construction découverte à Cherchell (1855) ;

Notices biographiques sur MM. Jollois, de Villantroys et Héricart de Thury ;

Opinion sur les bas-reliefs astronomiques, des anciens Égyptiens (1822) ;

Appendice aux recherches sur les bas-reliefs astronomiques des Égyptiens (1834) ;

Notice sur les calendriers astronomiques (1834) ;

Globès à pôles et méridiens mobiles (1853) ;

Astronomie élémentaire appliquée à la chronologie égyptienne (1853) ;

Exàmen de deux mémoires de M. Biot (1854) ;

Interprétation nouvelle donnée du calendrier astronomique sculpté sur le tombeau de Ramsès IX.

On vient de lire déjà plusieurs fois le nom de M. Jollois ; comme il sera souvent question dans le cours de ce volume de cet ami fidèle et constant collaborateur de mon grand père, voici sur lui quelques détails biographiques.

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Jollois12.

Jean-Baptiste-Prosper Jollois naquit dans l’Yonne, à Brienon, le 24 janvier 1776.

Brillant élève de la première promotion de l’École. polytechnique, il y resta une troisième année en qualité de chef de brigade. C’est au moment où il venait d’être nommé ingénieur des Ponts et Chaussées qu’il s’embarqua pour l’Egypte.

Au Caire, il fut dans les premiers temps chargé de rechercher et de réunir les objets précieux dispersés dans les palais des mamelouks.

Il n’y a rien à dire ici de son voyage dans la haute Égypte ; il est trop facile de le suivre dans celui de mon grand-père.

Les dernières occupations de Jollois en Égypte furent d’importants travaux hydrauliques dans les provinces du Delta, qui lui permirent d’étudier et plus tard de publier la description des antiquités des environs de Rosette.

De retourà Paris, Jollois fut nommé secrétaire de la commission chargée de la publication de la Description de l’Égypte, puis rentra dans la carrière des Ponts et Chaussées et fut promu ingénieur en chef en 1819.

Dans les différentes villes où il eut à résider, il s’occupa toujours activement d’histoire et d’archéologie locale.

Dans les Vosges, il étudie les antiquités du Donon et de Gran, surveille à Domrémy l’élévation d’un monument à la mémoire de Jeanne d’Arc et fait paraître un splendide ouvrage en l’honneur de la grande héroïne.

A Orléans, où il habita ensuite, il publia un grand nombre de mémoires sur les antiquités du Loiret, continua à s’occuperde l’histoire de Jeanne d’Arc et fit imprimer un travail très estimé sur le siège d’Orléans.

Nommé directeur des travaux des Ponts et Chaussées du département de la Seine, il rédigea alors un important travail sur les antiquités gallo-romaines de Paris, ouvrage que l’Académie des inscriptions et belles-lettres, dont il était membre correspondant, a couronné et fait publier.

Lorsqu’il mourut au mois de juin de l’année 1842, M. Alfred Maury, de l’Institut, prononça sur sa tombe les paroles suivantes :

« ... L’amitié de M. Jollois pour M. de Villiers a été si vive, si constante, elle a occupé une telle place dans sa vie, la preuve en ressort si visiblement de vingt années de travaux communs que je vous tracerais une biographie incomplète de notre confrère (M. Maury parlait au nom de la Société des antiquaires de France), si je ne vous faisais en même temps connaître celui qui fut en quelque sorte comme un second lui-même. Mêmes goûts, même talent de dessin, même dévouement à la science, même admiration pour les monuments antiques, voilà ce qui a caractérisé ces deux hommes, qui, une fois le pied sur le sol égyptien, semblent n’avoir plus fait qu’un seul homme...

M. Jollois avait trouvé dans M. de Villiers un homme digne de lui ; ou plutôt ces deux hommes avaient appris, par l’amitié, à se connaître et à s’apprécier mutuellement, et l’harmonie de leurs idées donnait à leurs travaux une. aisance et une unité qu’on rencontre bien rarement dans de pareilles collaborations... »

De son côte, M. Jomard, de l’institut de France, le 21 avril 1855, dans son discours sur la tombe de son ami de Villiers, crut devoir aussi parler de l’amitié qui avait tellement uni ces deux hommes :

« Deux jeunes gens se sont rencontrés un jour dans la mémorable expédition d’Égypte ; ils se sont liés par une vive affection fondée sur l’estime ; ils sont devenus inséparables ; leurs noms ne faisaient qu’un seul nom ; la mort seule pouvait les séparer.

Jollois le premier a payé le tribut que chacun doit à la nature ; aujourd’hui de Villiers le rejoint dans la tombe : les voilà donc encore réunis pour ne plus se quitter... »

Il ajoutait plus loin

« ... C’était à qui d’entre nous découvrirait une cité oubliée, un monument de plus, une ruine nouvelle. Qui pourrait décrire l’enthousiasme de la jeune phalange de la grande École13 soutenue, animée par tout ce qui exalte l’imagination : le spectacle des grandes choses, la passion du beau, le sentiment national, le désir de surpasser ses émules ?

Adieu, Édouard de Villiers ; adieu, Jollois et vous tous, nos compagnons de voyage, qui nous avez précédés de quelques jours au rendez-vous commun ; vous avez servi la patrie, votre vie a été bien remplie, vous avez laissé des noms qui ne périront pas. Chacun de vous a pu se dire en quittant la terre : Non omnis moriar, multaque pars mei vitabit Libitinam. »

CHAPITRE PREMIER

DE PARIS A MALTE

Préliminaires de l’expédition. — La diligence de Lyon-Le Rhône. — Toulon. — A bord du Franklin.

Le 5 mars 1798 (15 ventôse an VI) l’expédition d’Égypte fut résolue par le Directoire.

Peu à peu le bruit se répandit dans Paris qu’il se préparait une nouvelle campagne. De suite, je ne sais trop pourquoi, on la supposa lointaine, bien que son but fût un mystère pour tout le monde.

On laissait entendre qu’il s’agissait d’une descente en Angleterre, mais peu de personnes le crurent, malgré l’ordre qu’envoya le Directoire à Bonaparte de se rendre à Brest.

On sut bientôt que Monge, Berthollet, Fourier et bien d’autres savants allaient accompagner lé général en chef dans cette campagne qui s’annonçait ainsi scientifique1 presque autant que militaire.

Trois autres arrêtés, pris le 15 ventôse, et adressés aux ministres de la guerre, de la marine et des finances, prescrivaient de mettre à la disposition de Bonaparte tout ce qu’il pourrait demander.

Quelque pût être la destinée de cette expédition, on comprendra que son mystère, et surtout les grands noms que je viens de citer, devaient facilement monter la tête à des jeunes gens qui ne rêvaient que de se signaler.

Je n’avais pas encore alors dix-huit ans et j’étais élève à l’École polytechnique.

Du Bois-Aymé et moi, ou moi et Du Bois-Aymé, car je ne me souviens plus lequel de nous deux prit cette initiative, nous demandâmes, avec plusieurs de nos camarades2, à faire partie de cette expédition.

Le 16 avril 1798, je reçus du Ministre de l’Intérieur Letourneur une espèce de mise en exécution au nom du Directoire exécutif où l’on me prévenait que j’allais avoir à partir pour Bordeaux.

Je la copie :

5° DIVISION
BUREAU
DES MUSÉES, ETC.

 

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

LIBERTÉ-ÉGALITÉ

 

Paris le 27 germinal an 6e de la République Française, une et indivisible.

 

Le Ministre de l’Intérieur
au citoyen De Villiers.

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