Journalismes dans l'océan indien

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Cet ouvrage s'intéresse aux producteurs, journalistes, réunionnais, mauriciens, malgaches, comoriens et seychellois. Il témoigne d'une rencontre qui a permis de réunir des chercheurs de plusieurs universités et des professionnels des médias venus rendre compte de leurs analyses pour les uns et de leurs pratiques pour les autres. L'ensemble des journalistes se réfèrent à une conception normative de leur profession, dans une volonté d'ouverture démocratique de leurs aires d'exercice.
Publié le : samedi 1 novembre 2008
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EAN13 : 9782296206649
Nombre de pages : 245
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Journalismes dans 1'océan Indien
Espaces publics en questions

MAQUETTE: BTCR Sabine T ANGAPRlGANIN, Katia DICK et Marie-Pierre RiVIERE MAQUETIE DE COUVERTURE ET ILLUSTRATIONS CARTOGRAPHIQUES: Laboratoire de CartograIilie Appliquée et Traitement de l'Image Emmanuel MARCADE, Bernard REMY

@ RÉALISATION: BUREAU TRANSVERSAL DES COLLOQUES, DE LA RECHERCHE ET DES PUBLICATIONS

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UNIVERSITE DE LA REUNION, 2008
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DIFFUSION

ISBN: 978-2-296-06397-6 EAN:9782296063976

La loi du I I mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute reproduction, intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de j'auteur ou de ses ayants cause, est illicite.

Sous la direction de

Bernard IDELSON

Journalismes dans 1'océan Indien
Espaces publics en questions

L'Harmattan

Communication et Civilisation Collection dirigée par Nicolas Pelissier
La collection Communication et Civilisation, créée en septembre 1996, s'est donné un double objectif. D'une part, promouvoir des recherches originales menées sur l'information et la communication en France, en publiant notamment les travaux de jeunes chercheurs dont les découvertes gagnent à connaître une diffusion plus large. D'autre part, valoriser les études portant sur l'internationalisation de la communication et ses interactions avec les cultures locales. Information et communication sont ici envisagées dans leur acception la plus large, celle qui motive le statut d'interdiscipline des sciences qui les étudient. Que l'on se réfère à l'anthropologie, aux technosciences, à la philosophie ou à l'histoire, il s'agit de révéler la très grande diversité de l'approche communicationnelle des phénomènes humains. Cependant, ni l'information, ni la communication ne doivent être envisagées comme des objets autonomes et autosuffisants.

Dernières parutions Stéphane HOEBEKE, Sexe et stéréotypes dans les médias, 2008. P. RASSE, C. MASONI LACROIX, J. ARASZKIEWIEZ (dir.), Réseaux d'innovation. Enjeux de la communication au sein d'une technopole, Le cas Sophia Antipolis, 2008. C. LAVILLE, L. LEVENEUR, A. ROUGER (dir.), Construire son parcours de thèse. Manuel réflexif et pratique, 2008. C. LACROIX, N. PELISSIER (dir.) Les Intermittents du spectacle, de la culture aux médias, 2008. Arlette BOUZON et Vincent MEYER (dir.), La Communication des organisations. Entre recherche et action, 2008. Annabelle KLEIN (dir.), Objectif Blogs! Explorations dynamiques de la blogosphère, 2007. Yannick ESTIENNE et Erik NEVEU, Le journalisme après Internet,2007. Eric DACHEUX, Communiquer l'utopie, 2007. Joëlle Le MAREC, Publics et musées, la confiance éprouvée, 2007.

Remerciements

Cet ouvrage est un travail collectif: que soit remercié ici l'ensemble de ses contributeurs, universitaires ou professionnels des médias. Notre reconnaissance va également à Jacky Simonin, initiateur à l'université de La Réunion des recherches sur les médias de l'océan Indien, à Gudrun Ledegen pour ses relectures attentives et à Valérie Magdelaine-Andrianjafitrimo pour ses conseils avisés 1.

Cette recherche a pu être menée grâce au soutien de la Région Réunion dans le cadre d'un programme de recherche du Laboratoire LCF-UMR 8143/CNRS de l'Université de La Réunion. À ces remerciements, il faut associer Nicolas Pélissier, directeur de la collection «Communication et Civilisation », qui a bien voulu accueillir cet ouvrage.

Liste des auteurs
Nathalie Almar
LCF-UMR 8143 du CNRS/Université nathali e.almar@univ-reunion.fr de La Réunion

Laurent Decloitre Chargé d'enseignement Université de La Réunion Correspondant de Libération laurent.decloitre@univ-reunion.fr

Gérard Govinden Journaliste,SeychellesNation gerard_govinden@yahoo.com Bernard Idelson
Maître de conférences en Sciences de l'information LCF-UMR 8143 CNRS/Université de La Réunion bernard.idel son@univ-reunion.fr et de la communication

Saphira Kallee-Idelson
Ancienne journaliste (l'express kalleesaphira@yahoo.fr de Maurice)

Gudrun Ledegen Maître de conférences en Sciences du langage LCF-UMR 8143 CNRS/Université de La Réunion gudrun.ledegen@univ-reunion.fr

Henri Marimootoo
Journaliste, président de l'association hmarimootoo@intnet.mu des journalistes de Maurice

Jean-Louis Rabou Ancien rédacteur en chef du Quotidien de la Réunion Président et directeur de la publication du Journal de l '!le de la Réunion jlrabou@jir.fr Adelson Razafy Journaliste Président du comité éditorial La Gazette de la Grande !le adelson@lagazette-dgi.com

Journalismes dans l'océan Indien Denis Ruellan
Professeur en Sciences de l'information et de la communication Université de Rennes 1 Centre de recherches sur l'action politique en Europe (CRAPE, UMR CNRS 6051 ) denis.ruellan@univ-rennesl.fr

Kamal Ecldine Saindou
Journaliste, directeur de Kashk11zi kamalsaindou@yahoo.fr Jacky Simonin Professeur en Sciences de l'information et de la communication LCF-UMR 8143 du CNRS/Université de La Réunion jacky .simonin@univ-reunion.fr Jean-François Tétu Professeur en Sciences de l'information et de la communication Université de Lyon 2
jean-francoi s.tetu@univ-Iyon2.fr

Jean-Michel

Utard

Professeur en Sciences de l'information et de la communication Groupe de sociologie politique européenne, UMR Prisme 7012, CNRS/Université Robert Schuman, Strasbourg. jean -miche!. u tard@urs.u-strasbg.fr

Éliane Wolff Maître de conférences en Sciences de l'information et de la communication LCF-UMR 8143 du CNRS/ Université de La Réunion ewolff@univ-reunion.fr

8

Sommaire

Liste des auteurs ... Introduction: Journalisme(s) dans l'océan Indien, pratiques mosaïques Bernard ldelson

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II

Regards de chercheurs

Des journalistes et des Îles Bernard ldelson Médias indo-océaniques et ethnogénéricité Jacky Simonin Publics, réception médiatique et contexte d'usage: retour sur dix années de recherches Éliane Wolff. Quand des journalistes entrent en communication. Une étude de cas à La Réunion, l'émission ChikAction Gudrun Ledegen, Jacky Simonin Réunion, Maurice, Madagascar. Le journalisme, entre l'influence des structures et les logiques d'acteurs Nathal ie Almar Le « deuxième sexe» du journalisme à Maurice
Saphira Kallee- ldelson

19 .37

53

69

91

107

Le journalisme comme invention permanente et collective Denis Ruellan 125

Journalismes dans l'océan Indien

Le journalisme de la Gazette à Internet Jean-Francois Tétu Information, communication et médias en Europe Jean-Michel Utard

135 151

Témoignages

de professionnels

Comores/Mayotte: une presse en invention Kamal Eddine Saindou Le mythe de la liberté du journaliste mauricien Henri Marimootoo Journaliste, communicant, correspondant: d'un territoire à l'autre Laurent Decloitre
Le Quotidien: un air de liberté Jean-Louis Rabou

165

... 177

191

211

Vingt-cinq ans de journalisme à Madagascar Adelson Razafy Parcours d'un journaliste sportif seychellois Gérard Govinden.

231

237

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Introduction Journalisme(s) dans l'océan Indien: Pratiques mosaïques1
«Sans doute faut-il enlever le "s" et ne parler que de journalisme de l'océan Indien au singulier» suggérait Denis Ruellan à la fin du colloque « Journalismes dans l'océan Indien» qui s'est tenu à l'Université de La Réunion, les 28 et 29 mars 2007, et dont nous livrons ici les actes2. Remarque ô combien pertinente de la part d'un sociologue du journalisme qui, avec d'autres de ses collègues du Réseau d'Études sur le Journalisme, était venu échanger avec des professionnels journalistes de La Réunion, Madagascar, Maurice, Comores-Mayotte et Seychelles. Car la question reste posée: le journalisme dans l'océan Indien qui s'exerce dans des contextes socio-historiques, économiques, politiques, tellement hétérogènes, poursuit-il les mêmes desseins? Est-il pratiqué par des femmes et des hommes animés par les mêmes objectifs, les mêmes conceptions et représentations de leur profession? Ce ou ces journalisme(s) participe(nt)-il(s) au même processus d'émergence d'espaces publics médiatiques? La presse de ces îles est issue d'une tradition d'opinion. Elle participe au débat, à l'ouverture, même si elle est encore parfois marquée par le sceau de la censure: en décembre 2007, « Reporters sans frontières» dénonçait les menaces d'emprisonnement qui pesaient à Anjouan sur un journaliste de l'ORTC, la radio télévision nationale comorienne. Si les environnements actuels apparaissent disparates, une histoire commune relie - réunit? - ces différents territoires. À
Nous empruntons la métaphore à François B. & Neveu É. (dir.), 1999, Espaces publics mosaïques. Acteurs, arènes et rhétoriques des débats publics contemporains, PUR, Rennes. Colloque organisé à l'initiative du Laboratoire LCF-UMR 8143 du CNRS et du département Sciences de l'information et de la communication de l'Université de La Réunion.

Journalismes dans l'océan Indien

Maurice, Madagascar, aux Comores, à Mayotte, aux Seychelles, à La Réunion, les médias viennent de la presse politique. Ils se sont souvent engagés dans le débat sur l'avenir statutaire et constitutionnel des îles. Ils appartiennent à des sociétés qui ont pour caractéristique commune d'être périphériques d'un centre européen (dont elles ont été en dépendance au temps des colonisations françaises et/ou britanniques). Dès lors, on peut sans doute parler de pratiques, voire d'espaces publics médiatiques mosaïques4, pour désigner ce journalisme (au singulier) indo-océanique. Les conditions d'exercice s'avèrent différentes d'un territoire à l'autre. Mais en s'impliquant dans le débat démocratique, les journalistes de l'océan Indien partagent une certaine conception, normative, de leur profession. Certes, deux journées d'échanges, de confrontations, de contributions n'auront guère suffi à apporter des réponses définitives à ce questionnement. Mais le pari de cette rencontre était de réunir des professionnels, journalistes de la zone sud-ouest de l'océan Indien, et des chercheurs issus de l'Université de La Réunion ou de métropole. Les configurations géographiques de ces îles, ainsi que leurs statuts, constituent déjà des obstacles importants dans l'organisation de ce type de manifestation. Cette réunion de praticiens et de chercheurs autour de l'objet «journalismes dans l'océan Indien» a donc représenté en soi une avancée supplémentaire dans la compréhension des médias de ces territoires insulaires. Les témoignages, retraçant des parcours professionnels souvent denses et engagés, confrontés aux analyses des chercheurs, ont par exemple permis de se rendre compte des processus de changement, de mutations, permanents au fil de l'histoire. L'arrivée des technologies numériques a, dans certains lieux, accéléré ces transformations, ce qui ne signifie pas qu'elle les a déterminées: les histoires locales et le contexte international de décolonisation de la seconde partie du XXe siècle en ont été le véritable moteur.
4

Op. cil., note 1. 12

Introduction

L'ouvrage comprend deux parties. La première intitulée « regards de chercheurs» présente des contributions académiques d'universitaires en poste dans l'océan Indien ou en métropole. La seconde réunit les « témoignages des professionnels ». Regards de chercheurs En ouverture, Bernard Idelson (Université de La Réunion) souligne quelques éléments du contexte géographique des différents lieux d'exercice du journalisme, en évoquant les travaux menés au sein du Pôle Réunion du REJ et du Laboratoire LCFUMR 8143 du CNRS de l'Université de La Réunion. L'histoire des médias, les récits de vie professionnelle, ou les comparaisons entre les îles constituent quelques-unes des approches qu'il a développées. Jacky Simonin (Université de La Réunion) fait partie des principaux initiateurs de la recherche sur les médias indoocéaniques. Il est donc bien placé pour retracer les différentes étapes descriptives et théoriques liées aux «discours d'information » produits dans ces sociétés insulaires. Il est important de souligner que la réflexion théorique sur cet objet date d'une vingtaine d'années, dans le cadre de ce laboratoire LCF. J. Simonin livre un état des lieux de cette connaissance qui se construit pas à pas dans la région. Éliane Wolff (Université de La Réunion) aborde un territoire de la recherche peu sollicité lorsqu'il est question d'études sur le journalisme: celui des publics, de la réception médiatique et du contexte d'usage. Elle propose un retour sur «dix ans de recherche» et lance des perspectives d'études qui vont permettre de s'intéresser aux lecteurs (et aux communautés auxquelles ils appartiennent) de presse, qu'elle soit traditionnelle ou en ligne. L'émission «Chikaction », destinée à lutter contre l'épidémie du chikungunya, et réunissant journalistes, animateurs, experts, sur un plateau de télévision réunionnais, constitue un «objet d'étude» significatif pour Gudrun Ledegen (Université de La Réunion) et Jacky Simonin. À l'aide d'outils empruntés à la 13

Journalismes dans l'océan Indien linguistique et aux sciences de l'information et de la communication, les deux chercheurs montrent comment les genres informationnels et communicationnels peuvent, en certaines occasions, se mélanger allégrement... Nathalie Almar (Université de La Réunion) procède à une comparaison entre les pratiques journalistiques malgaches, mauriciennes et réunionnaises. À l'aide d'entretiens de professionnels de l'information des trois îles et de corpus de presse, en observant également le passage en ligne de certains titres de la presse quotidienne, elle essaie de dégager les différentes logiques économiques, politiques et territoriales -logiques d'acteurs et de structures - qui président à cette production médiatique. Saphira Kallee-Idelson (ancienne journaliste à l'express de Maurice) analyse le discours de cinq femmes journalistes mauriciennes. Il est question du «deuxième sexe» du journalisme à Maurice, un journalisme qui serait, ici comme ailleurs, « sexué» (rubriques particulières, salaires moindres, etc.), mais également produit par son contexte sociétal et culturel. Les contributions de trois spécialistes d'études sur le journalisme enrichissent et élargissent la réflexion; regards « décentrés» - par rapport à l'océan Indien - qui permettent d'inverser, une fois n'est pas coutume, le rapport centre/ périphérie... Denis Ruellan (Université de Rennes 1) propose de poursuivre une réflexion entamée depuis quelques années avec les chercheurs du Réseau d'Études sur le Journalisme (REJ). Pour lui, l'activité journalistique est pensée comme une «invention permanente et collective ». Elle est construite par les sociétés, est indissociable de la culture, et concerne également d'autres secteurs que ceux de la seule sphère des journalistes professionnels « encartés». Jean-François Tétu, (Université de Lyon II) a entraîné l'auditoire du colloque dans un dynamique récit situé également aux confins de l'Europe, avec pour objectif de montrer comment, in fine, depuis la Gazette de Renaudot, jusqu'à la presse en ligne et les blogs, les régimes de l'information n'avaient cessé de se transformer, de changer, en même temps que la nature du lien social qu'ils créaient. Son intervention est ici transcrite. 14

Introduction

Jean-Michel Utard (Université de Strasbourg) évoque la situation des médias en Europe, qui ne constitue, guère plus que celle de l'océan Indien, un espace unifié. Sa réflexion sur cette non-existence d'un journalisme européen et la présentation du cadre théorique de son approche nourrissent la problématique de cet ouvrage. Témoignages de professionnels

Kamal Eddine Saindou, directeur du journal Kashkazï, relate l'expérience de cette publication inédite, couvrant et traitant de l'actualité de l'Archipel des Comores, aussi bien à Mayotte que dans l'Union des Comores, transcendant les barrières, les frontières qui séparent des lecteurs pourtant liés à une même histoire et à une même culture. Henri Marimootoo, fort d'une expérience de 30 années dans la presse écrite mauricienne, entend mettre à mal ce qu'il appelle le « mythe de la liberté de la presse à Maurice» qui reste selon lui, et malgré les bons points distribués par les observateurs internationaux, sous contrôle des responsables éditoriaux. Laurent Decloitre, correspondant local du journal Libération et enseignant en journalisme à l'Université de La Réunion, évoque ce passage de territoires, géographiques (Métropole/Réunion) et professionnels (de la communication/de l'information), proposant un angle de vision élargi par des expériences variées. Jean-Louis Rabou, ancien rédacteur en chef du Quotidien de la Réunion, se livre à l'exercice d'un éditorial étoffé, et virulent..., retraçant une trentaine d'années de l 'histoire d'un journal qui a joué un rôle majeur dans l'ouverture du paysage médiatique réunionnais à partir de 1976. Adelson Razafy, président du comité éditorial de la Gazette de la Grande /le, retrace 25 années de journalisme à Madagascar. Il témoigne des pressions quotidiennes, exercées par différents régimes en place, et auxquelles il a été souvent soumis au cours de cette période.

15

Journalismes dans l'océan Indien Gérard Govinden, responsable des sports à Seychelles Nation, décrit sa pratique de jeune journaliste au sein d'un organe de presse gouvernemental, unique quotidien de l'archipel, qui fut fondé au moment de l'indépendance de cette République en 1976. Cet ouvrage propose ainsi de prendre acte de ces rencontres, communications, travaux, comptes rendus, perspectives de recherche. Il a pour objet de participer au développement d'une dynamique d'échanges professionnels comme de recherche sur les médias indo-océaniques. Il caresse enfin l'ambition de montrer qu'il est possible d'établir des ponts, virtuels, humains, scientifiques, entre journalistes et chercheurs, de l'océan Indien comme d'ailleurs. Bernard IDELSON

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Partie I
Regards de chercheurs

Des journalistes et des îles
Bernard Idelson
Le terme «indiaocéanique» renvoie à un questionnement aussi vaste qu'un océan. Ce néologisme forgé dans les années 60 par le poète mauricien Camille de Rauville (cité par Lucas, 2003 : 2), souligne à la fois l 'hétérogénéité géographique de ces îles et la volonté de leur trouver un dénominateur commun. Sous la focale de la carte, l'indiaocéanie comprend les archipels des Comores (Anjouan, Mohelli, Grande Comore, Mayotte), des Mascareignes (La Réunion, Maurice et ses dépendances, dont Rodrigues), des Seychelles et la grande île de Madagascar. Mais bien évidemment, l'indiaocéanie s'inscrit dans un contexte encore plus étendu aux carrefours (maritime et culturel) de civilisations aux origines arabo-persane, indienne, indonésienne, africaine, et plus récemment, à partir des conquêtes navales, européenne. Dans certaines de ces îles, l 'histoire de la presse remonte au XVIIIe siècle (le premier journal de l'ancienne He de France/He Maurice date de 1769), mais l'apparition des journalistes professionnels est très récente (50 ans tout au plus). À partir des années 80, quelques tentatives de regroupement associatif visent à structurer la profession; il s'agit toutefois d'initiatives propres à chaque territoire. Malgré quelques «envoyés spéciaux» et l'apparition de pages «Région océan Indien », il n'existe pas aujourd'hui de fédération constituée de journalistes de cette zone géographiquel. Les projets correspondant à des demandes (renouvelées lors de ce colloque) d'école de journalisme régionale tardent à se concrétiser. Quant aux recherches sur les médias dans l'océan Indien, elles datent de moins de vingt ans. Évoquons, en illustration, l'étude, initiée par Jacky Simonin (2002), de corpus de

Quelques tentatives fédératives ont parfois lieu lors de manifestations institutionnelles, comme l'Université de la communication de l'océan Indien, mais elles se heurtent assez rapidement aux contraintes économiques et géographiques (voir hors-texte).

Regards de chercheurs

presse sur le voyage du pape lean-Paul II, en 1989, dans la région, ou encore le colloque Media and démocracy in an age of transition à l'université de Maurice en 2004 (Kasenally & Bunwaree,2005)2. Quelques réflexions sont donc proposées sur la profession de journalistes - et sur leur pratique du journalisme - dans l'océan Indien. Notre approche prend en compte trois aspects: le contexte socio-historique de l'exercice et des parcours, la pertinence de la récolte de récits de vie professionnels, et la présentation de quelques « terrains» de recherche.

«L'angle»

historique comme ressource d'analyse

L'approche problématisante des médias indiaocéaniques et de leurs acteurs doit être attentive au cadre socio-historique local et régional. Les témoignages des journalistes recueillis dans ces actes se réfèrent, à chaque propos, à l 'histoire récente des sociétés dans lesquelles ces professionnels évoluent. Les journalistes de La Réunion (ainsi que ceux des autres îles) mettent en parallèle leurs pratiques professionnelles avec leur propre représentation sociétale. Par exemple, lean-Louis Rabou, rédacteur en chef du Quotidien de la Réunion pendant plusieurs années, introduit son exposé de la sorte: «Si l'abolition de l'esclavage incluait le droit à l'information et à la libre formation des opinions, on pourrait affirmer que l'affranchissement de la Réunion a tout juste une trentaine d'années. Cette entrée en matière peut paraître brutale, voire simpliste, concernant un

Un séminaire annuel « Médias et TIC dans l'océan Indien» se tient à
l'université de La Réunion depuis 2000 (cf. actes publiés. Éd. LCF/UMR 8143 du CNRS/Université de La Réunion). Un pôle « Océan Indien» du Réseau d'Etudes sur le Journalisme (REJ) réunit également plusieurs chercheurs autour de l'objet «journalismes dans l'océan Indien» ; voir l'historique des recherches (Simonin, dans cet ouvrage). 20

Bernard ldelson

-

Des journalistes et des îles

département français, mais c'est bien une dictature à deux têtes antagonistes qui sévissait dans l'île jusqu'à l'orée des années 1980. Sur les deux bords, politiques et journalistes traitaient de coquins à coquins, journaux et population de maîtres à esclaves. Avec la bénédiction de l'église, jamais absente, jusque dans ses propres déchirements, du débat politique» (Rabou, dans cet ouvrage). La référence à I'histoire constitue ici «l'un des principes matriciels forts» (Simonin, Idelson, 1995: 43). Les acteurs de la scène politico-médiatique s'y réfèrent, convoquant le « poids» du passé à longueur d'argument, et l'on pourrait ajouter d'opinion. Les différents médias des îles concernées apparaissent bien comme des supports issus d'une tradition d'opinion - souvent liés à des partis politiques -, ce qui constitue un premier point commun. Les sociétés insulaires du sud-ouest de l'océan Indien ont connu de profonds changements structurels ces cinquante dernières années3. Sur les six espaces insulaires concernés par cette étude (Maurice, Madagascar, Seychelles, Comores, Mayotte, Réunion), les quatre premiers ont progressivement accédé à l'indépendance à partir de la période de la guerre froide. La Réunion s'est orientée vers une autre voie statutaire, la départementalisation ; Mayotte est une collectivité d'outremer. Ces différents choix ne se sont pas effectués dans le consensus. La presse d'opposition contrôlée, voire muselée ici, ou a contrario accompagnant là, les partis nationaux vers les indépendances, s'est toujours engagée au sein de la sphère politique. L'État gardait alors (garde toujours ?) la mainmise sur l'audiovisuel. L'arrivée des TIC (Technologies de l'information et de la communication) n'a constitué qu'une nouvelle étape du processus de mutations des médias. Ce ne fut pas la plus radicale, contrairement au point de vue déterministe de certains décideurs

Ce sont des sociétés « périphériques» d'un centre européen, et qui en empruntent les modèles, par exemple journalistiques, mais avec toujours, in fine, une appropriation locale. 21

Regards de chercheurs

politiques. Mais, ce qui apparaît récurrent, c'est la conception prévalente du rôle des médias par les pouvoirs en place, comme par les opposants: chez les différents protagonistes politiques, on peut souvent observer la perception de l'influence déterminante de la radio et de la télévision et de sa toute puissance. Ainsi, à La Réunion, au moment de la création de l'ORTF en 1964 - qui prône dans ses statuts le «pluralisme des différents courants de pensée» - le contrôle des stations domiennes apparaît efficient. Il s'effectue néanmoins subtilement par le biais des nominations dans les stations régionales (Bourdon, 1991). La presse ne suscite pas moins d'attention: à Maurice, le gouvernement travailliste qui vient de mener le pays à l'indépendance, met en place un état d'urgence qui impose une censure sans nuance à la presse écrite au début des années 70 (Colom, 1994: 163). Il ne s'agit que de quelques exemples parmi tant d'autres, mais qui confortent cette idée que I'histoire peut constituer le fil d'Ariane de l'analyse de ces médias si hétérogènes au premier abord. Cependant, cette Histoire, au sens générique, n'appartient pas aux seuls historiens. Les journalistes eux-mêmes peuvent représenter un «foyer de connaissance historique », pour reprendre l'expression de Marc Ferro (1997: 107). Ce troisième foyer (les sources « officielles» et les productions de ceux qui les contestent constituent les deux premiers) émane de collecteurs de souvenirs, de récits, de documents ou de témoins ou rapporteurs de I'histoire immédiate. Par ailleurs, I'historien « légitime» aura lui-même recours à la production médiatique (les corpus de presse écrite ou parlée) comme sources et donc ressources de travail. La démarche des chercheurs en Sciences de l'information et de la communication qui s'intéressent aux médias de l'océan Indien emprunte donc certains procédés de récolte de données à l'histoire contemporaine, et plus précisément «à l'histoire du temps présent ». En recueillant les récits biographiques des journalistes, en travaillant sur des corpus de presse, ils tentent d'éviter certains écueils inhérents au genre: absence de distanciation, subjectivité, etc. Mais les grilles méthodologiques de 22

Bernard Idelson - Des journalistes et des îles décryptage des discours - de presse et d'acteurs de pressepermettent in fine de considérer la forte implication des témoins comme significative des contextes. L'essentiel de cette observation diachronique qui se révèle particulièrement heuristique, reste ainsi sa dimension compréhensive. L'ambition serait de suivre une voie identique à celle des historiens de l'école des Annales (Marc Block, Lucien Febvre puis Fernand Braudel) qui s'attachent davantage à comprendre certaines «logiques» de l'histoire qu'à fournir une simple énumération de données descriptives. L'analyse des contenus produits par les journalistes est complétée de la sorte par le recueil des récits de vie professionnelle de ces producteurs d'information. Il s'agira ensuite d'enquêter auprès des publics de presse (Wolff dans cet ouvrage).

Recueillir des récits de vie de journalistes de l'océan Indien
L'approche biographique, le récit de vie professionnelle de journalistes de l'océan Indien, s'insère donc dans les contextes sociopolitiques des îles; on observe l'ensemble en suivant un axe diachronique depuis l'après-guerre jusqu'à aujourd'hui. On postule, selon un « choix de paradigme entre objectivisme et phénoménologie» (Simonin, Idelson, 1995: 51), que les témoignages des journalistes qui retracent leur itinéraire et celui des médias de leurs régions, permettent de mieux comprendre la production des médias insulaires. De ces discours, il ressort des « allants de soi », représentatifs des structures sociales dans lesquelles les journalistes évoluent. Ces allants de soi du quotidien professionnel des acteurs interrogés permettent de faire ressortir les règles, ou grammaires professionnelles (par exemple celle maintes fois évoquée de l'indépendance rédactionnelle) qui renseignent sur leur propre représentation de l'action journalistique (Lemieux, 2000). Parallèlement, le journal est lui aussi envisagé comme un acteur social, local pour La Réunion (Idelson, 1999) et Mayotte (dans une certaine mesure), et national pour les autres îles. On entend par acteur (au singulier) la désignation du journal comme

23

Regards de chercheurs

entité abstraite, ensemble collectif, indivisible, mais composé de plusieurs individualités (directeur de la publication, rédacteur en chef, journalistes, etc.) évoluant au sein de contextes historiques particuliers4. Structures sociales et acteurs sont donc appréhendés ensemble, comme interagissant. Les profonds changements structurels, politiques, économiques, statutaires, survenus depuis les années soixante/soixante-dix sont perceptibles à travers les discours des producteurs d'information. Ces producteurs en sont partie prenante et contribuent à l'émergence, à des tempo différents, d'espaces publics médiatiques dans l'ensemble de ces îles. En recueillant les récits de journalistes, on peut ainsi découvrir, et c'est un autre point commun, ces médias d'information comme «un réseau d'acteurs qui forme un système dynamique en interaction avec un contexte local (ou national pour les îles indépendantes), lui-même en transformation» (Simon, Idelson, 1995 : 42). Ces réseaux sont en grande partie liés au fonctionnement de sociétés insulaires « d'interconnaissance ». En complément d'études de contenus des médias ou des pratiques des publics, l'approche biographique guide ainsi les travaux entrepris depuis une quinzaine d'années (Simonin, Idelson, 1995, Idelson, 2006). Présentation de quelques terrains de recherche

Ces recherches entreprises visent à comparer les médias du sud-ouest de l'océan Indien. Elles concernent essentiellement Maurice, Madagascar, La Réunion, mais quelques enquêtes exploratoires ont pu être conduites dans l'archipel des Comores et aux Seychelles.

4

Gérard Imbert évoque le journal comme «doté d'un faire [et relevant] d'une totalité partitive, collectif d'hommes dont la pratique obéit à un "faire programmé" (Greimas) », Le discours du journal à propos de El Païs, Paris, Éd. du CNRS, (colI. De la Maison des Pays Ibériques), 1998, p. 44. 24

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