JUIF DE BIÉLORUSSIE DE LIDA À KARAGANDA

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Joseph Kuszelewicz est passé du ghetto hitlérien de Lida (Biélorussie) au goulag stalinien de Karaganda (Kazakhstan). Mais entre ces deux enfers, dont l’un débouchait sur la Solution Finale à la « Question Juive », et l’autre entreprenait la déchéance des Zeks ou déportés soviétiques, le jeune Joseph a connu la résurrection dans la résistance armée à la mort programmée, au sein du Maquis juif des frères Bielski en Biélorussie. Les rescapés juifs des ghettos et des camps de travail forcé ont contribué à la défaite des nazis et de leurs collaborateurs locaux.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
Lecture(s) : 220
EAN13 : 9782296266834
Nombre de pages : 60
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Joseph Kuszelewicz

Un Juif de Biélorussie de Lida à Karaganda
Cheffo-Maqu~-Cou~g

Préfacé par Claire lE FOll

5-7

L' Harmattan rue de l'EcalePo Iyt e c h n i que

75005

- Paris

L'auteur

Joseph KUSZELEWICZ est né en 1925 à Lida, partie de la Pologne orientale après les accords de Brest-Litovsk (1 91 8). En 1939, suite au acte germano-russe de non agression, l'URSS récupère momentanément cette zone jusqu'à l'occupation de la Biélorussie soviétique par les Allemands nazis (été 1941 ). L'auteur a vécu ces événements dramatiques qui l'ont conduit du ghetto de Lida au maquis de la résistance Bielski, puis dans les rangs de l'Armée rouge victorieuse jusqu'au goulag du Kazakhstan. Emigré avec sa famille en Israël en 1957, il s'est définitivement installé à Paris en 195 8 0 ù il est mort le 22 j a nvie r 200.

En couverture: La stèle aux saints martyrs de Lida (Israël). En dernière de couverture: Lida (Biélorussie). Le mémorial de l'Holocauste à

La plupart des clichés du hors-texte photos, pour la partie historique, sont tirés du Livre de Lida (Tel A viv, 7970).

Tous droits de traduction réservés aux descendants de l'auteur. Copyright L'Harmattan, 2002 ISBN: 2-7475-1308-4

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Note technique

et remerciements

de l'éditrice

joseph Kuszelewicz était un conteur. Il a écrit ses mémoires comme il les disait: le caractère oral prédomine donc dans le manuscrit original. Sa langue maternelle était le yiddish, qu'il parlait avec l'accent local dit « Iitvak » à l' intonation différente du yidd ish de la Pologne centrale. Il a rédigé ses souvenirs dans un français fortement marqué par les tournures et les expressions de la mame/ochèn (la langue de la mère). En fait, il pensait toujours en yiddish ou en hébreu qu'il avait étudié avec passion à l'école juive de Lida et qu'il se targuait de connaÎtre et de parler mieux qu'un sabra (Israélien-né). Le lecteur lira ici un texte remanié à diverses repris es et pa r plu sie u rs mai ns , pou r plu s de cIa rté, mai s où le sel de joseph est espérons-nous encore présent. Lors de ces corrections formelles, s'est posé le problème de la restitution des émotions si fortes grâce au style oral. Nous croyons ne pas avoir terni l'intégrité du témoignage en corrigeant ses syntaxe et conjugaison. Una ut re pro b Iè me, to uta us s i imp 0 rta nt, est Ia véracité de l'histoire rapportée par l'un de ses acteurs. Peut-on être partie et juge à la fois? Y a-t-il un rapport

conflictuel entre Mémoire et Histoire? Entre « acteurs du
dedans» et spécialistes « du dehors» ? Quelle est la « vraie Histoire» : celle que les gens ont ressentie comme la leur et qu'ils transmettent vaille que vaille aux générations suivantes, ou celle qui serait « vraiment» advenue et qu'on lit dans des livres faisant autorité? Vaste question! Mais dans le cas de joseph Kuszelewicz,

il se trouve que « son histoire» de l'extermination juive à Lida et dans ses environs est corroborée, dans sa généralité
comme dans son détail, par les minutes du procès des bourreaux nazis de Lida, qui figurent en annexe.

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je remercie jean-Paul Michard de m'avoir permis de rencontrer joseph I<uszelewicz qui cherchait un éditeur pour son manuscrit autobiographique depuis 1987. Très vite, de par nos origines communes, j'ai établi avec joseph une amitié sol ide, parfois orageuse du fait de son caractère trempé, mais fructueuse jusqu'au bout. joseph n'a pas contrôlé l'édition finale de son texte. Il est décédé du cancer le 22 janvier 2001, à Paris, où il résidait. Qu'il me soit autorisé de lui dire « BONVENT! »Ià où il se trouve, puisqu'il n'a pas pu éviter le dernier écueil d'une existence mouvementée dans un siècle de grandes turbulences. je rends hommage à son courage dans la vie et face à la mort et le remercie de la confiance qu'il m'a accordée.

Monique CHAjMOWIEZ Paris, mars 2002

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Rencontre

En route pour Prague en cet agréable mois de septembre 1997, je ne me doutais pas que je croiserais le che min d' un « pe rs 0 nnag e ». Lui et moi fa ision s pa rt ie du même voyage organisé dans la capitale tchèque et ses environs. Ayant rapidement sympathisé, nous avons décid é, dès lep rem iers 0 ir, des 0 rt ir pre nd re un ve rre ensemble. Après avoir échangé quelques propos, Joseph

commença à me dire:

« Je suis originaire d'un pays, la

Biélorussie, que vous ne devez sûrement pas connaître ». Et il me raconta les phases principales de sa vie: son enfance polonaise, l'occupation allemande, sa survie au ghetto, son entrée dans les partisans, le cam pd' internement de Karaganda, et enfin son arrivée en France... J'en suis resté interdit, me demandant si je n'étais pas devant un autre Soljenitsyne! Puis il me parla de ses enfants: «... ma fille est dentiste et mon fils, ingénieur... ». A mon étonnement teinté d'admiration, il répliqua immédiatement: « Vous savez, je n'y suis pour rien! Tout cela, c'est grâce à la France, avec son système éducatif gratuit et obligatoire: il leur a suffi de bien travailler... ». Joseph Kuszelewicz a eu d'autres occasions, devant des amis communs, de manifester son attachement à notre pays, devenu le sien, et notamment lorsqu'il nous fit lire un reportage, dans un hebdomadaire populaire, sur la bombe française à neutrons, dont l'un des« pères» n'était autre que son cousin germain, arrivé en France encore gamin et dont le nom, « trop étranger» sans doute, avait été francisé pour l'occasion. « Mon cousin a même été cité dans le livre d'un ministre du temps de de Gaulle! 1» Comment oublier Joseph K., qui non content d'avoir fait preuve d'un magnifique entêtement à survivre et à 7

transmettre la vie - se permettait d'avoir, sur les grands problèmes du monde, une hauteur de vue peu commune! Je ne suis pas peu fier d'avoir pu contribuer à faire connaÎtre son histoire, lui qui avait déjà rédigé ses mémoires et qui désespérait de trouver un éditeur.

jean-Paul

MICHARD

Note1: Il faut savoir que pour les« petits» Juifs, les humbles, émigrés d'Europe centrale avant 1939 ou d'Afrique du Nord après 1954 (début de la décolonisation), l'intégration sociale en France s'est réalisée grâce aux lois de la République. Leurs enfants ont pu accéder aux carrières les plus prestigieuses: médecins, avocats, professeurs, chercheurs... Passer de la misère du shtetl à une classe sociale privilégiée dans le« pays d'accueil », être connu et reconnu pour ses compétences comme n'importe quel autre citoyen français et ce, dès la première génération éduquée ou nee sur le sol français, voilà un fait inédit! D'où la reconnaissance et l'attachement de l'auteur, comme la plupart de ses congénères, pour le pays qui leur a enfin tout accordé: l'égalité, la citoyenneté, la liberté (ndé).

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