Jules César Oeuvres Complètes LCI/42

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Ce volume contient les Oeuvres de Jules César.

Version : 1.2 (21/03/2016)

CONTENU DE CE VOLUME


VIE DE JULES CÉSAR

ŒUVRES

LA GUERRE DES GAULES

LA GUERRE CIVILE

CORPUS CÉSARIEN (Aulus Hirtius ou Gaius Oppius)

GUERRE D’ALEXANDRIE

GUERRE D’AFRIQUE

GUERRE D’ESPAGNE

ANNEXES

VIE DE CÉSAR PAR SUÉTONE


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Publié le : vendredi 18 mars 2016
Lecture(s) : 2
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782918042112
Nombre de pages : non-communiqué
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JULES CÉSAR
ŒUVRES COMPLÈTES LCI/42

 

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MENTIONS

 

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ISBN : 978-2-918042-11-2

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VERSION

 

Version de cet eBook : 1.3 (30/03/2016), 1.2 (21/03/2016), 1.1 (26/01/2015)

 

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SOURCES

– Le texte est celui de Salluste, Jules César, C. Velléius Paterculus et A. Florus. Œuvres Complètes, publié sous la direction de M. Nisard, 1837.

– Les textes (sans les notes ni la vie) sont issus du site Wikisource, eux-mêmes issus apparemment du site Bibliotheca Classica Selecta.

– Les Notes ainsi que la Vie en tête de l’ouvrage ont été réinsérées à leur emplacement d’origine pour cette édition numérique à l’aide de fichiers images numérisés et mis à disposition par le projet Google Books.

 

– Couverture :  Buste en marbre dit « de Jules César », découvert en 2007 dans le Rhône à Arles (France). Seul portrait, avec celui du musée de Turin, considéré comme réalisé de son vivant. Authenticité contestée. IRPA. Musée Arles Antique/Wikimedia Commons/Mcleclat (2009).

– Première page : Buste en marbre de Jules César conservé au Musée archéologique national de Naples. Photographié par Andreas Wahra en mars 1997. Andreas Wahra. Wikimedia Commons.

– Images Pré et Post Sommaire : Points de vue du buste d’Arles. Flickr/fr.zil. CC BY-SA 2.0

 

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LISTE DES TITRES

Caius Iulius Cæsar (-100 – -44)

img3.pngVIE DE JULES CÉSAR

img4.pngŒUVRES

img3.pngLA GUERRE DES GAULES

img3.pngLA GUERRE CIVILE

img4.pngCORPUS CÉSARIEN (Aulus Hirtius ou Gaius Oppius)

img3.pngGUERRE D’ALEXANDRIE

img3.pngGUERRE D’AFRIQUE

img3.pngGUERRE D’ESPAGNE

img4.pngANNEXES

img3.pngVIE DE CÉSAR PAR SUÉTONE

PAGINATION

Ce volume contient 220 264 mots et 642 pages

1. VIE DE JULES CÉSAR : 37 pages

2. LA GUERRE DES GAULES : 260 pages

3. LA GUERRE CIVILE : 146 pages

4. GUERRE D’ALEXANDRIE : 52 pages

5. GUERRE D’AFRIQUE : 58 pages

6. GUERRE D’ESPAGNE : 28 pages

7. VIE DE CÉSAR PAR SUÉTONE : 52 pages

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VIE DE JULES CÉSAR.

37 pages

César (Caius Julius), descendant de l’illustre famille Julia, qui rapportait son origine à Énée et à Vénus, naquit cent ans avant J.-C. (an de Rome 654). Il fut témoin, dans sa jeunesse, des guerres civiles de Sylla et de Marius, son oncle maternel. Il était âgé de seize ans, déjà marié, et avait perdu son père, quand l’histoire nous le fait connaître, et le montre répudiant sa femme Cossutia, fille d’un riche chevalier romain, pour épouser Cornélie, fille de Cinna. Sylla, que commençoit à inquiéter ce jeune homme à ceinture lâche, ainsi qu’il le désignait à Pompée, voulut, pour se l’attacher, lui faire répudier Cornélie, et lui donner sa fille en mariage. César fut inébranlable dans son refus ; Sylla confisqua la dot de sa femme. Bientôt César, loin de chercher à se faire oublier, se présenta devant le peuple pour briguer le sacerdoce ; l’opposition du dictateur fit rejeter sa demande. Enfin, soupçonné d’être du parti de Marius, il fut proscrit, obligé de fuir, de changer toutes les nuits de retraite, de corrompre, à force d’argent, les satellites envoyés à sa poursuite. Il fallut, pour le sauver, la puissante, intercession des vestales, le crédit de la famille Julia, et les prières même des amis du dictateur qui leur dit : « Celui dont les intérêts vous sont si chers ruinera un jour la république ; je vois en lui plus d’un Marius. »

César se tint prudemment éloigné de Rome, fit ses premières armes en Asie, sous le préteur Thermos, mérita la couronne civique à la prise de Mitylène, passa en Cilicie, et séjourna à la cour du roi Nicomède, en Bithynie, où il acquit une honteuse célébrité, dont plus tard ses ennemis devaient l’accabler dans leurs sarcasmes amers. Après la mort de Sylla, il accourt à Rome, résolu de profiter des troubles excités par Lépide, mais qui sont presque aussitôt apaisés. Trois principaux moyens de domination étoient, à cette époque, offerts à l’ambition : l’éloquence, la gloire militaire, les largesses. César, qui devait les employer tous, voulut d’abord se signaler dans le barreau, où, de l’aveu même de ses rivaux, il eût mérité le premier rang, si la guerre ne l’eût empêché de le conquérir. Il accusa de malversations dans son gouvernement Cn. C. Dolabella, personnage consulaire, et décoré d’un triomphe, et trouva, dans les villes de la Grèce, un grand nombre de témoins qui le soutinrent de leurs dépositions ; mais il échoua dans sa poursuite. Il plaida ensuite contre Antoine, accusé du même crime, et qui ne crut pouvoir détourner les effets de son éloquence que par un appel subit aux tribuns du peuple. L’envie que cette éloquence excita le contraignit à fuir. Mais pour que son exil même lui servit à en augmenter les ressources, il se rendit à Rhodes, et y prit des leçons du célèbre professeur grec Apollonius Molon, qui avait eu Cicéron pour auditeur. Il fut surpris, dans la traversée, par des corsaires ciliciens, dont la puissance formidable obligeait la république à déployer des forces extraordinaires. Ceux-ci lui demandèrent vingt talents pour sa rançon ; César leur en promit cinquante (250,000 livres), pour qu’elle fût plus digne du prisonnier, et resta trente-huit jours au milieu d’eux, leur imposant par son regard, les traitant avec mépris, leur commandant le silence, quand il voulait travailler ou dormir. « Il semblait moins, dit Plutarque, qu’il fût leur captif que leur maître. » Il leur lisait les poèmes et les harangues qu’il composait, les traitait, s’ils ne l’applaudissaient pas, d’ignorants et de barbares, et les menaçait en riant de les faire pendre. Il leur tint parole, quand racheté par les habitants de Milet, et devenu possesseur de quelques vaisseaux, il les eut atteints et dépouillés. Quelques historiens citent comme un trait de clémence qu’avant de les faire mettre en croix il permit de les étrangler.

Pendant son séjour à Rhodes, apprenant que Mithridate avait attaqué des provinces alliées de Rome, il rassemble, quoique sans mission, des troupes auxiliaires, met en déroute les généraux du roi de Pont, et rend à la république les villes qu’il avait envahies. Il reparaît à Rome, mais cette fois pour y jeter sûrement les bases de sa puissance. Sa naissance illustre le plaçait dans le parti des patriciens ; neveu de Marius et gendre de Cinna, il pouvait relever celui du peuple ; dans le premier il lui eût fallu subir l’autorité de Pompée ; elle lui était nécessaire pour se fortifier dans le second, en l’aidant à parvenir aux dignités ; il s’attacha à Pompée. Nommé tribun militaire, premier témoignage qu’il reçut de la faveur du peuple, il travailla à raffermir la puissance tribunitienne ébranlée par Sylla, et contribua au rappel des partisans de Lépide et de L. Cinna, frère de sa femme. Peu de temps après, déjà questeur, il osa, après avoir prononcé à la tribune l’éloge funèbre de sa tante Julie, femme de Marius, faire paraître en public, au milieu des images des Jules, celles du vainqueur des Cimbres, qu’on n’avait pas vues depuis la dictature de Sylla, associant ainsi son propre nom à un nom encore cher au peuple. La multitude applaudit à son audace. Sa femme Cornélie meurt à la fleur de son âge. L’usage à Rome voulait qu’on ne fit l’oraison funèbre que des femmes qui mouraient âgées : César prononce celle de Cornélie, pour avoir une occasion d’apprendre solennellement au peuple, en lui rappelant ses ancêtres, quel nom il mettait dans son parti. Il les fait descendre du roi Ancus Martius et de Vénus, mère d’Énée ; « Ainsi, dit-il, on trouve dans ma famille la sainteté des rois, qui sont les maîtres du monde, et la majesté à des dieux qui sont les maîtres des rois. »

Au retour de sa questure sans importance en Espagne, qu’il abandonna, sans permission, avant le temps, et qui n’est célèbre que par les larmes ambitieuses que lui fit répandre la vue d’une statue d’Alexandre, selon les uns, ou selon les autres, la lecture d’une histoire de ce prince, il épousa la fille de Pompée, encore tout puissant, et, d’accord avec Cicéron, il fit donner à son beau-père des pouvoirs extraordinaires, le proconsulat des mers, et le commandement général des armées. Bientôt il s’offre pour chef aux peuples du Latium qui réclamaient le droit de citoyens dans Rome, et les pousse secrètement à une rébellion ouverte, que prévinrent les mesures énergiques des consuls. Il entre ensuite avec Crassus dans une vaste conspiration, dont le but était de donner, la dictature à ce personnage, qui trembla ou se repentit au moment d’agir, et la dignité de maître de la cavalerie à César lui-même, qui, ne se voyant pas soutenu, ne voulut pas donner le signal ; puis il s’engage avec Pison, gouverneur de l’Espagne, à exciter une sédition dans Rome, si celui-ci peut soulever sa province. La mort de Pison empêche ce complot. Plus tard encore il sera initié, sans y jouer un grand rôle, dans la conjuration de Catilina. Son discours adroit et pathétique, roulant sur des lieux communs de clémence et d’humanité, avait entraîné tous les esprits ; Caton, par un dernier effort, les ramena aux mesures de rigueur, et les poussa à une telle exaltation que des épées furent tirées contre César. Il ne put contempler ce mouvement sans pâlir ; et il sortit du sénat sous la protection de Cicéron, qui s’exposa ainsi à ce qu’on l’accusât un jour d’avoir souffert que César vécût, quand il pouvait le laisser tuer.

Sa turbulence, son affabilité, ses profusions, ses dangers, le désignaient sans cesse à l’attention et à la faveur de la multitude ; il l’eut dès lors pour cortège quand il se rendait au sénat, ce qu’il ne faisait plus que rarement ; elle redemandait César à grands cris quand elle croyait qu’il y était en péril ; elle l’accoutuma ainsi à compter sur elle.

Il voulut savoir jusqu’où irait ce dévouement. C. Metellus, tribun du peuple, avait porté quelques lois d’où pouvaient naître de grands troubles. Vigoureusement appuyées par César, elles furent combattues par le sénat, qui, en outre, interdit à ces deux magistrats l’exercice de leurs fonctions. César continua de remplir les siennes ; mais voyant s’avancer contre lui, l’épée à la main, ceux que les consuls avaient chargés de l’exécution de leur décret, il congédia ses licteurs, se dépouilla des insignes de sa dignité et se retira dans une de ses maisons, espérant que le peuple ne l’y laisserait pas longtemps. En effet, César ne reparaissant pas en public, la multitude s’assembla tumultueusement autour de sa maison, et voulut le rétablir de vive force dans sa charge ; César refusa cet appui dont il lui suffisait d’avoir provoqué l’offre, et se donna ainsi auprès du sénat même le mérite de la modération. Le décret d’interdiction fut annulé ; celui qui le rétablissait dans sa dignité lui fut apporté par une députation solennelle, et César, avec les dehors d’une noble résignation ; consentit à faire à sa patrie le sacrifice de ses ressentiments.

La maladresse de ses ennemis lui prépara bientôt un nouveau triomphe. Vettius l’accusa, sans preuves, d’avoir favorisé les desseins de Catilina qui avait cessé de vivre ; César repoussa facilement cette tardive accusation ; et il ne parvint à en soustraire l’auteur à la fureur populaire qu’en le faisant mettre en prison. Nommé édile, César se hâta de profiter des nouveaux moyens que cette charge lui donnait de plaire au peuple, sans que son collègue, qu’il faisait contribuer à ses dépenses, en partageât avec lui le mérite aux yeux de la multitude. Il embellit Rome, fit creuser un vaste cirque, donna des jeux où il avait fait préparer des sièges pour la commodité des spectateurs, des repas splendides où presque toute la ville était conviée, des combats où tant de gladiateurs devaient paraître (cent vingt paires), que le sénat en prit l’alarme et en limita le nombre par un décret. On connaissait aussi la magnificence de ses libéralités particulières ; on savait qu’il donnait des palais à ses partisans, que le présent d’une perle qui valait six millions de sesterces coûtait peu à sa générosité, qu’il suffisait qu’une maison construite à grands frais ne lui convint pas pour qu’il la fit abattre ; et tant de faste dans ses profusions éblouissait la multitude. Ses envieux même le voyaient s’y livrer avec un secret plaisir, persuadés qu’il achetait chèrement une popularité éphémère, et que, faute de pouvoir suffire à cette dépense excessive, il verrait bientôt s’éclipser sa puissance. Ses dettes, il est vrai, augmentaient chaque jour ; on assure qu’avant d’avoir obtenu aucune charge elles se montaient à treize cents talents (plus de cinq millions) ; et il disait de lui-même, vers cette époque, « qu’il lui faudrait vingt-cinq millions de sesterces pour ne rien avoir. » Mais l’usage qu’il faisait de ces richesses d’emprunt devait le mettre à même d’en acquérir d’autres en propre, en lui créant un parti toujours prêt à l’appuyer dans ses brigues et dans ses actes.

Il était impatient d’en essayer la force. Une nuit, on plaça par ses ordres dans le Capitole les statues de Marius abattues par le sénat. Il les avait fait couvrir d’or et charger d’inscriptions à la louange du vainqueur des Cimbres ; le lendemain toute la ville accourut à ce spectacle ; les vieux partisans de Marius versèrent des larmes de joie ; la multitude étouffa par ses applaudissements les voix qui osèrent s’élever contre l’édile audacieux, et associa, dans ses cris, ce nom de César à celui de Marius. Le sénat inquiet s’assemble ; on y accuse César d’aspirer à la tyrannie : « Ce n’est plus par les mines secrètes, mais à force ouverte qu’il attaque la république. » Le peuple, au dehors, manifeste énergiquement son amour pour lui. César, dans le sénat, fait tomber sur ses ennemis sa foudroyante éloquence, et sort triomphant de cette épreuve.

Cependant au milieu de ses projets d’ambition, dès qu’il sortait de charge, il affectait, pour les mieux cacher, de vivre dans les plaisirs, vers les quels l’entraînait d’ailleurs un penchant irrésistible, menait en même temps plusieurs intrigues de galanterie, ne paraissait occupé que du soin de sa toilette, et par ce moyen, servait à la fois sa politique et ses goûts. Il réussit ainsi pendant longtemps à tromper les plus clairvoyants, Caton excepté, et Cicéron, ne sachant qu’en penser, disait : « J’aperçois dans ses projets des vues tyranniques ; mais quand je regarde ses cheveux si artistement arrangés, quand je le vois se caresser la tête du bout du doigt, je ne puis croire qu’il songe à renverser la république. »

César, à qui les patriciens étaient parvenus à faire refuser le gouvernement de l’Egypte, où une guerre à terminer pouvait donner à son nom un éclat nouveau, demanda la place de souverain-pontife, laissée vacante par la mort de Métellus. Il avait deux hommes puissants pour compétiteurs ; l’un d’eux lui fit offrir secrètement des sommes considérables pour qu’il se désistât de sa poursuite ; César répondit qu’il en emprunterait de plus grandes encore pour soutenir sa brigue ; et il acheta assez de suffrages pour l’emporter ; car c’est ainsi que la plupart des charges s’acquéraient alors. Les candidats faisaient, au mépris des lois, porter des comptoirs dans la place publique et y achetaient les voix à beaux deniers comptants. L’épreuve était décisive pour César. Accablé de dettes, il ne lui restait plus, s’il ne réussissait pas, qu’à sortir de Rome pour échapper à ses créanciers. Il y était résolu ; le jour de l’élection, voyant sa mère en pleurs, il lui dit en l’embrassant : « Vous ne me reverrez aujourd’hui que souverain pontife. »

Peu de temps après éclata le scandale de l’entrée de Clodius, sous un déguisement de musicienne, chez Pompéia, femme de César, pendant la célébration des mystères de la Bonne-Déesse, ce qui ajoutait l’impiété au scandale. Clodius, jeune patricien très-populaire, fut, pour ce fait, cité en justice par un tribun du peuple, et Cicéron témoigna contre lui. La multitude prit hautement sa défense ; César, appelé en témoignage, se garda de déposer contre un citoyen influent que le peuple mettait sous sa protection, et se contenta de répudier Pompéia, alléguant « que la femme de César ne devait pas même être soupçonnée. »

Après sa préture, le sort lui assigna le gouvernement de l’Espagne ultérieure. Retenu à Rome par ses nombreux créanciers, il eut besoin que Crassus, le plus riche des Romains, qui voulait se faire de César un appui contre Pompée, se déclarât sa caution pour des sommes immenses. Il partit alors, sans même attendre que le sénat eût fait les arrangements relatifs à l’administration de sa province, tant il avait hâte de se signaler et d’exercer seul quelque part un pouvoir unique ; car c’est à ce voyage que se rapporte ce mot d’ambitieux, resté célèbre « qu’il aimerait mieux être le premier dans un hameau que le second dans Rome. » En Espagne, il ne donna ses soins ni aux travaux réguliers des fonctions civiles ni aux détails obscurs de l’administration de la justice. « Il méprisa tout cela, dit un historien, comme inutile au but qu’il se proposait, » et il employa le temps qu’il resta dans son gouvernement à en étendre les frontières. À la tête de trente cohortes, il porta la guerre dans la Galice et dans la Lusitanie, qu’il soumit aux Romains, reçut de ses soldats le titre pompeux et recherché d’Imperator, qui créait un lien nouveau entre le général et son armée, envoya à Rome beaucoup d’argent pour le trésor public, et parvint, avec celui qu’il prélevait sur les contributions arbitrairement imposées par ses ordres, à éteindre ses dettes qui s’élevaient, dit-on, à trente-huit millions de notre monnaie. Il sera même plus tard assez riche pour payer celles de ses partisans.

Il quitta l’Espagne avant qu’on lui eût nommé un successeur, et il se présenta à Rome, demandant à la fois le triomphe et le consulat, deux prétentions incompatibles et vivement combattues par Caton. Il renonça au triomphe, honneur d’un jour, et opta pour le consulat, pouvoir durable. Il songea à se l’assurer ; les richesses qui lui restaient suffirent pour lui acheter un grand nombre de créatures ; de plus, voulant se servir du crédit de Crassus et de Pompée, ennemis et rivaux dans le gouvernement, et conquérir d’un seul coup à son parti un double appui, il les réconcilia tous deux, fut, pour cette action utile à lui seul, proclamé le sauveur de l’état qu’elle devait perdre, s’unit à eux par serment, et forma ce premier triumvirat qui fit dire si justement à Caton ; « que ce n’était pas leur inimitié qui avait perdu la république, mais leur union » Il fut consul ; mais il se découvrit en essayant de s’assurer d’avance, à prix d’argent, l’approbation aveugle de L. Luceius qu’il voulait se faire donner pour collègue. Le sénat crut avoir assez fait pour déjouer cette manœuvre en se déclarant pour Bibulus, dévoué aux intérêts de ce corps, et en puisant dans le trésor public de quoi lui acheter les suffrages.

César, pendant son consulat, se comporta comme un tribun, publia des lois agraires, distribua des terres aux pauvres, se mit ouvertement à la tête du parti de Marius et mérita par tous ses actes l’opposition du sénat. Celle de Bibulus le gênait ; il s’en débarrassa par des violences où il trouva moyen d’associer Pompée, qu’il rendit ainsi suspect au sénat, dont Pompée tirait toute sa puissance. Il avait proposé une loi par laquelle on devait distribuer à vingt mille citoyens pauvres les terres de la Campanie ; Bibulus et tout le sénat s’y opposèrent avec force. César, menacé par des poignards, s’écria qu’on le contraignait d’avoir recours à l’autorité du peuple ; il en convoqua l’assemblée, amena Pompée à la tribune et lui demanda à haute voix s’il approuvait sa loi et s’engageait à la défendre. « À ceux qui nous menacent de l’épée, répondit Pompée, j’opposerai l’épée et le bouclier ; » paroles imprudentes qui le rendirent odieux aux sénateurs sans le rendre plus cher au peuple, reconnaissant de cette loi envers le seul César, son auteur. Le sénat, sur les menaces du peuple en armes, fut forcé de l’adopter et d’en consacrer la perpétuité par serment. Mais la querelle à ce sujet avait été si vive que Bibulus fut chassé de l’assemblée ; ses faisceaux furent brisés, ses licteurs et deux tribuns blessés. Lui-même, poursuivi par le peuple ameuté, deux fois arraché de la tribune, mais se voyant sans appui dans le sénat intimidé, s’enferma dans sa maison, et y passa les huit mois qui restaient encore jusqu’à l’expiration de sa charge, lançant de là quelques édite sans autorité, et faisant afficher des placards pleins d’invectives contre son collègue. Il n’était point César ; on ne lui envoya pas de députation suppliante. César ne convoqua pas le sénat de toute l’année, et habitua ainsi le peuple à le voir seul maître.

Tout, jusqu’aux plaisanteries auxquelles cette usurpation donna lieu, fait foi qu’elle réussit. Beaucoup de lettres au lieu d’être datées ainsi : César et Bibulus étant consuls, l’étaient de cette manière : Jules et César étant consuls. On protestait par des sarcasmes contre cette puissance absolue. Déjà on ne pouvait plus attaquer César ; on attaqua ses mœurs, et l’indignation s’exhalait en bons mots : « Nous avons pour maître, disait un sénateur, le mari de toutes les femmes et la femme de tous les maris. » « Il ne sera pas facile à une femme d’exercer sa tyrannie sur des hommes, » disait Biulus pour se consoler. « Ne vous étonnez pas, ajoutait Cicéron, qu’après avoir aimé un roi, il aime la royauté ; » allusions sanglantes à son commerce de débauche avec le roi de Bithynie. César laissa dire et poursuivit son but. Il gagna l’amitié des chevaliers en leur accordant une part dans les impôts, celle des étrangers en les faisant déclarer amis du peuple romain ; il donna des repas publics, des spectacles, des combats de gladiateurs, et emprunta de nouveau pour ajouter à ses largesses et à sa puissance. Sûr de l’impunité, il fit enlever du temple de Jupiter, au Capitule, 5,000 livres pesant d’or, et y substitua du cuivre doré, exemple que Crassus ne manqua pas de suivre dans son troisième consulat ; il vendit, en son nom, à des particuliers des villes et des royaumes, et à Ptolémée le droit d’hériter du trône de son père, au prix de plusieurs millions.

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