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Jung

De
91 pages
Carl Gustav Jung (1875-1961) fut d'emblée désigné par Freud comme son héritier, celui qui devait poursuivre et défendre son œuvre. Bien après leur rupture, Jung définira sa démarche comme la voie psychologique d'un retour à l'expérience du Sacré. Le malentendu s'installe ainsi d'emblée de jeu dans cette relation passionnelle, alors que le projet jungien, dès avant la rencontre avec Freud, mène forcément à une féconde révision critique du matérialisme freudien et de la théorie sexuelle.
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EXAMEN

DES FONDEMENTS

DE LA PSYCHANAL

YSE

Paul BERCHERIE

JUNG
Au fond, on ne doit tendre qu'à une chose, être soi-même. 1916, Sermo I, Sept sermons aux morts. Cela ne fait-il pas partie du véritable art de vivre que de savoir parfois outrepasser toute raison et toute convenance, pour attirer dans le domaine du possible ce que l'on qualifie de déraisonnable et d'inconvenant? 1946, Psychologie du transfert, p. 117.

L'Harmattan 5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Hongrie Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Misti, 15 10124 Torino ITALIE

FRANCE

Ouvrages du même auteur:

Dans la série Les grandes fondations post-freudiennes chez L'Harmattan: -JUNG -REICH -Mélanie KLEIN -FERENCZI- WINNICOTT -LA CAN

Les fondements de la clinique: Histoire et structure du savoir psychiatrique (1980), L'Harmattan, 2004. Genèse des concepts freudiens.Les fondements clinique 2 (1983), L'Harmattan, 2004. de la

Géographie du champ psychanalytique, Navarin, Paris, 1988. Examen des Fondements L'Harmattan, 2004. de la Psychanalyse,

te)L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-7473-3 EAN : 9782747574730

3

PRESENTATION

L'idée de cette petite série de fascicules, extraits de mon étude d'ensemble du champ psychanalytique (Examen des Fondements de la Psychanalyse) et consacrés aux grandes fondations post- freudiennes, ne me revient pas. C'est Denis Pryen, directeur de l'Harmattan - que je tiens ici à remercier pour son soutien - qui m'a convaincu de l'intérêt de mettre à la disposition d'un public plus large les analyses réunies dans mon livre, ouvrage d'un volume déjà imposant, nécessitant donc du lecteur un gros investissement de temps et un certain coût. J'y aurais d'autant moins pensé de moi-même que je recommandais dans ma préface «de suivre cette enquête dans l'ordre de ses chapitres: elle progresse en effet par étapes et les fréquents renvois en arrière l'approfondissent à chaque étage de l'édifice qui constitue un tout organique ». Je n'ai pas changé d'avis sur ce point et espère que ces fascicules auront plutôt l'effet d'une mise en bouche qui donnerait au lecteur l'appétit de prendre connaissance de l'ouvrage dans son ensemble. Je me suis par ailleurs efforcé de fournir chaque fois, sous forme d'un prologue, les éléments de référence indispensables, mais le cadre théorique et les références épistémologiques de cette recherche ne sont réellement accessibles que par la lecture de mon livre, en particulier des chapitres de l'Ouverture.

5

Prologue:

l'éthique freudienne et le dispositif classique de la cure psychanalytique

10) La première des conséquences, des retombées de la posture de
Freud, dès ses premiers pas dans la pratique du procédé psychanalytique, est bien significativement la notion de résistance, et le concept de défense (de refoulement) qui en découle aussitôt et qui démarque décisivement Freud de Breuer. Le lien entre la posture freudienne (son «insistance ») et l'expérience de la résistance est d'une claire évidence. « Quand, à la première entrevue, je demandais à mes malades s'ils se souvenaient de ce qui avait d'abord provoqué le symptôme considéré, les uns prétendaient n'en rien savoir, les autres me rapportaient un fait dont le souvenir, disaient-ils, était vague et auquel ils ne pouvaient rien ajouter. Suivant l'exemple de Bernheim quand, pendant une séance d'hypnotisme, il évoquait les souvenirs soidisant oubliés, j'insistais auprès des malades des deux catégories pour qu'ils fassent appel à leurs souvenirs et leur affirmais qu'ils les connaissaient, qu'ils s'en souviendraient, les uns déclaraient avoir eu une idée et chez d'autres le souvenir se précisait un peu. Je devenais alors plus pressant encore et j'invitais les malades à s'allonger, à fermer volontairement les yeux et à se "concentrer", ce qui présentait au moins une certaine ressemblance à l'hypnose. Je constatais ainsi que, sans la moindre hypnose, de nouveaux souvenirs s'étendant plus loin dans le passé et qui avaient probablement quelque connexion avec le sujet dont nous parlions, faisaient leur apparition. Ces expériences me donnèrent l'impression qu'il devait effectivement être possible de faire apparaître, simplement en insistant, la série de représentations pathogènes existantes. Comme cette insistance me coûtait beaucoup d'efforts, je ne tardais pas à penser qu'il y avait là une résistance à vaincre, fait dont je tirais la conclusion suivante: par mon travail psychique je devais vaincre chez le malade une force psychique qui

6 s'opposait à la prise de conscience (au retour du souvenir) des représentations pathogènes. Des perspectives nouvelles semblaient ainsi s'offrir à moi. Sans doute s'agissait-il justement de la force psychique qui avait elle-même concouru à la formation du symptôme hystérique en entravant, à ce moment-là, la prise de conscience de la représentation pathogène» (Etudes sur I 'Hystérie, p. 216). On mesurera dans ce passage, qu'il m'a semblé crucial de citer in extenso, la clarté et l'immédiateté de la séquence insistancerésistance-défense. Freud vient ici de forger le premier concept qui lui soit strictement personnel et dont on peut dire qu'il passera le reste de sa vie à en explorer l'extension d'une part, à tenter d'en produire la théorie d'autre part, le concept, donc, du refoulement. Comme il le dit lui-même, « la théorie du refoulement est à présent le pilier sur lequel repose l'édifice de la psychanalyse, autrement dit son élément le plus essentiel, qui n'est lui-même rien d'autre que l'expression théorique d'une expérience [...] (celle de la) résistance» (Sur l'histoire du mouvement psychanalytique, p. 29). Immédiatement associée au concept de défense puisqu'elle en est en quelque sorte le corollaire, la thèse centrale du refoulement pathogène qui guidera désormais l'action de Freud et la conception éthique de la névrose et de la cure qui lui est directement rattachée. En effet, « l'analyse de cas analogues m'avait appris [...] qu'il faut qu'une certaine représentation ait été intentionnellement chassée du conscient et exclue de l'élaboration associative. C'est dans ce refoulement intentionnel que gît, à mon avis, le motif de la conversion» (Etudes, p. 91) ; «le clivage de la conscience dans ces cas d'hystérie acquise est [...] un clivage voulu, intentionnel, ou du moins il est souvent introduit par un acte de libre volonté» (ibid., p. 96). Or cette dynamique intentionnelle, Freud la désigne de la manière suivante: «le mécanisme qui provoque l'hystérie correspond à un acte de pusillanimité morale et, par ailleurs, apparaît comme un acte de protection dont le Moi dispose» (ibid. - c'est moi qui souligne). Ainsi la défense se présente-t-elle certes comme un geste de protection, mais d'abord et avant tout comme une reculade, un manque de fermeté éthique, un acte qu'à la limite on pourrait qualifier de lâcheté morale. Et c'est là précisément que viennent s'inscrire et prendre sens l'activité du thérapeute et le programme de la cure psychanalytique,

7 puisque c'est le nom dont Freud baptise désormais sa technique. Activité et programme qui s'investissent dans ce qu'on peut sans risque d'erreur désigner comme la position enseignante du psychanalyste, de Freud en l'occurrence, puisqu'il en est encore l'unique représentant - on se souviendra d'ailleurs à cet endroit qu'il lui fut si souvent reproché d'endoctriner ses patients. «Nous agissons, autant que faire se peut, en instructeur là où l'ignorance a provoqué quelques craintes, en professeur, en représentant d'une conception du monde libre, élevée et mûrement réfléchie, enfin en confesseur qui, grâce à la persistance de sa sympathie et de son estime une fois l'aveu fait, donne une sorte d'absolution» (ibid., p. 228). Si le mécanisme de formation du symptôme est lié au refoulement, reculade éthique, fuite devant le conflit, la cure suppose que le sujet revienne sur son « geste de pusillanimité morale », et affronte ce qu'il a voulu oublier, chasser de sa conscience. C'est ce traj et que l'analyste désire lui faire accomplir et à quoi son «insistance» et son enseignement doivent l'amener et le préparer. D'où, quatrième et dernière conséquence logique de la posture freudienne, l'importance cruciale des relations, bilatérales bien entendu, entre le patient et le thérapeute analyste. «Le procédé en question est fatiguant pour le médecin, lui prend un temps considérable et présuppose chez lui un grand intérêt pour les faits psychologiques et beaucoup de sympathie personnelle pour les malades qu'il traite. Je ne saurais m'imaginer étudiant dans le détaille mécanisme psychique d'une hystérie chez un sujet qui me semblerait méprisable et répugnant et qui, une fois mieux connu, s'avérerait
incapable d'inspirer quelque sympathie humaine» (ibid. p. 123

- on

aura reconnu dans cette dernière phrase le thème que Freud épingle du concept de dégénérescence). En contrepartie, «bien des malades, parmi ceux auxquels le traitement se prêterait le mieux, échappent au médecin dès qu'ils ont le moindre soupçon de la voie où va les entraîner cette investigation. Pour ceux-là, le médecin est demeuré un étranger. D'autres se décident à se livrer au médecin, à lui témoigner une confiance que l'on n'accorde généralement que par choix libre et sans qu'elle soit jamais exigible. Pour ces patients-là, il est presque inévitable que les rapports personnels avec leur médecin prennent, tout au moins pendant un certain temps, une importance capitale»

8 (ibid., p. 214). Aussi, «quand les relations du malade avec son médecin sont troublées, ce dernier se trouve devant le plus grand des obstacles à vaincre» (ibid., p. 244). Freud cite trois cas possibles, de gravité croissante, d'une telle occurrence: lorsque « le malade se croit négligé, humilié ou offensé ou encore quand il a pris connaissance de propos défavorables sur son médecin ou sur la méthode de traitement» (pp. 244 -245) ; « quand la malade est saisie d'une crainte de trop s'attacher à son médecin, de perdre à l'égard de celui-ci son indépendance et même d'être sexuellement asservie à lui» (p. 245) ; enfin, si « le transfert au médecin se réalise par une fausse association [...], le désir actuel se trouva(nt) rattaché, par une compulsion associative, à ma personne» (ibid. - Freud parle alors aussi de mésalliance, de faux rapport). Ainsi la totalité du procès d'engendrement de la psychanalyse, dans cette phase cruciale d'émergence des thèmes
fondamentaux du champ freudien

- de

l'expérience

de la résistance

et

du concept de défense-refoulement à la conception générale de la névrose et de la cure et à la dialectique de la relation transférentielle apparaît comme directement entée sur le désir de Freud, qui soutient finalement une forte éthique. En cerner les contours ne paraît pas une entreprise impossible. Le noyau en est constitué par un fier idéal de connaissance et de maîtrise de soi, de lucidité et de courage moral, tant devant les expériences et les conflits de l'existence qu'en face de la division subjective. Ainsi le dernier paragraphe des Etudes sur l'hystérie restitue-t-il un dialogue (très fréquent au dire de Freud) avec son patient où ce n'est certes pas le bonheur qui figure au programme de la cure: « vous pouvez vous convaincre d'une chose, c'est que vous trouverez grand avantage, en cas de réussite, à transformer votre misère hystérique en malheur banal» (ibid., p. 247). Sur ce sujet, Freud ne variera jamais puisqu'il y fonde l'entreprise d'émancipation que constitue la cure analytique émancipation, non de la condition humaine bien sûr, mais de l'aliénation qui engendre la névrose et dont la consistance lui paraît foncièrement d'ordre éthique - qui ne se propose rien de moins que de faire accéder le sujet à la liberté du choix conscient de son destin, c'est-à-dire au privilège unique que constitue l'émergence humaine dans l'ordre vital. « Ou bien la personnalité du malade est amenée à la

9 conviction qu'elle a repoussé à tort le désir pathogène et elle est conduite à l'accepter en totalité ou en partie, ou bien ce désir est luimême conduit à un but plus élevé et par là soustrait aux objections (ce qu'on appelle sa sublimation); ou bien on reconnaît son rejet comme légitime, mais on remplace le mécanisme automatique, et par là insuffisant, du refoulement par une condamnation avec l'aide des plus hautes réalisations spirituelles de l'homme: on obtient sa maîtrise consciente» (Cinq conférences, 1909, pp. 63-64, c'est moi qui souligne) - «ce n'est qu'en faisant usage de nos énergies psychiques les plus élevées, toujours liées à l'état de conscience, que nous pouvons maîtriser nos pulsions» (<< la psychothérapie », 1904, in De La technique, p. 20 - je souligne). Cette terminologie très frappante témoigne significativement du rôle moteur, dans l'élaboration du programme de la cure, d'un ingrédient idéal ou, pour mieux dire, d'un

référenttranscendant - sur lequel il faut le souligner,la théorie restera
muette. Ce que propose en tout cas Freud ici au patient, c'est sa conception de l'existence et de ce qui lui donne sens. Qu'il se soit luimême efforcé de régler sa vie sur ces principes est hors de doute et donne son souffle et sa puissance à son trajet, à sa geste faudrait-il dire. Aussi s'est-il exprimé sur ce thème à d'autres occasions qu'en ce qui concerne la cure analytique - au terme de son examen de la statue du Moïse de Michel-Ange par exemple, dans cet étrange texte non signé de 1914 qui n'a au premier abord rien à voir avec la psychanalyse, où il évoque donc «l'accomplissement psychique le plus formidable dont un homme soit capable: vaincre sa propre passion au nom d'une mission et d'une destinée auxquelles on s'est voué» (Essais de psychanalyse appliquée, p. 36). Rappelons qu'il vient alors juste de traverser l'épisode douloureux de sa rupture avec Adler, et surtout avec Jung, et que l'épisode biblique auquel se rattache à son sens la statue, la colère de Moise devant la relapse idolâtre des Hébreux (le Veau d'or), a d'incontestables affinités avec la défection de certains de ses plus éminents disciples, du moins dans le vécu de Freud. Ces principes éthiques, qui pointent clairement le chemin de ce qu'on ne peut désigner que comme une certaine conception de la
sagesse, fondent la posture de Freud comme « thérapeute»

- on

voit à