KLB 58907

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KLB 58907 est le matricule auquel les nazis ont réduit Gabriel Lampel en mai 1944 au Konzentration Lager (« camp de concentration ») de Buchenwald. Gabriel connaît toujours par cœur et en six langues ces cinq chiffres. Ils ne lui ont pas été tatoués sur le bras gauche comme cela se faisait alors à Auschwitz. C’est pourtant là que le 27 mai 1944, sa mère et lui sont précipités du seul fait d’être nés juifs. Sa mère disparaîtra dans ce monde invraisemblable où la mort côtoyait l’horreur. Gabriel est l’un des 440 000 Juifs déportés de Hongrie en seulement deux mois. Au préalable, Gabriel eut une enfance heureuse à Cluj en Transylvanie (sur le territoire de l’actuelle Roumanie) dans un monde qui a disparu en 1940 avec le séisme de la guerre.
Publié le : lundi 20 juin 2011
Lecture(s) : 74
EAN13 : 9782304029680
Nombre de pages : 161
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ERICH ALTMANN
2ERICH ALTMANN

KLB 58907
4ERICH ALTMANN
Gabriel Lampel
KLB 58907




Préface d’Élisabeth Cousin


Texte établi avec le concours d’Élisabeth Chombart




COLLECTION
TÉMOIGNAGES DE LA SHOAH



Le Manuscrit
www.manuscrit.com
7 © Éditions Le Manuscrit, 2009
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02968-0 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304029680 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02969-7 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304029697 (livre numérique) 8BIOGRAPHIE DE GABRIEL LAMPEL
Présentation de la collection
« Témoignages de la Shoah » de la
Fondation pour la Mémoire de la Shoah

En lançant sa collection « Témoignages de la Shoah » avec
les éditions Le Manuscrit, et grâce aux nouvelles technolo-
gies de communication, la Fondation souhaite conserver
et transmettre vers un large public la mémoire des victi-
mes et des témoins des années noires des persécutions an-
tisémites, de 1933 à 1945.
Aux nombreux ouvrages déjà parus, la Fondation es-
père ainsi ajouter les récits de celles et ceux dont les voix
sont restées jusqu’ici sans écho : souvenirs souvent en-
fouis au plus profond des mémoires individuelles ou fami-
liales, récits parfois écrits mais jamais diffusés, témoigna-
ges publiés au sortir de l’enfer des camps, mais disparus
depuis trop longtemps des rayons des bibliothèques.
Si quelqu’un seul ne peut décrire l’indicible, la multi-
plicité des récits peut s’en approcher.
En tout cas, c’est l’objectif que s’assigne cette collec-
tion à laquelle la Fondation, grâce à son Comité de lec-
ture composé d’historiens et de témoins, apporte sa
caution morale et historique.
Face à une actualité où l’instrumentalisation des
conflits divers tend à obscurcir, confondre et banaliser
ce que fut la Shoah, cette collection permettra aux lec-
teurs, chercheurs et étudiants de mesurer la spécificité
d’une persécution extrême dont les uns furent acteurs,
les autres complices, et face à laquelle certains restèrent
indifférents et les autres héroïques.
Puissent ces ouvrages inspirer à leurs lecteurs le rejet
de l’antisémitisme et de toute autre forme d’exclusion,
et l’esprit de fraternité.


Consultez le site Internet de la FMS : www.fondationshoah.org
7 Comité de lecture de la collection

Président : Serge Klarsfeld.

Membres : Henri Borlant,
Isabelle Choko,
Olivier Coquard,
Katy Hazan (OSE),
Dominique Missika,
Denis Peschanski,
Paul Schaffer,
Annette Zaidman.

Responsable de la collection : Philippe Weyl.

















Voir les autres titres de la collection en fin de
volume, page 157.
8BIOGRAPHIE DE GABRIEL LAMPEL



Biographie
de Gabriel Lampel







1927 22 mars : naissance de Gabriel Lampel à Cluj
(Transylvanie, Roumanie) dans une famille
juive hongroise. Son père, Étienne, né à Kis-
doba le 30 septembre 1893 est commerçant.
Sa mère, Élisabeth Hollo née à Cluj en 1893
est devenue son épouse en 1922. La famille
proche habite la ville et se compose de son
grand-père et de sa grand-mère, ancienne di-
rectrice de l’école de jeunes filles.

1930 Son père, Étienne, part pour Paris à la recher-
che d’une situation meilleure pour la famille.

1933 Début de la scolarisation, dans une école
primaire juive où l’instruction était dispen-
sée en hongrois.

1935 Changement d’école : Gabriel, qui ne maîtrise
pas le roumain, est placé dans une école
d’État laïque roumaine. Premières difficultés.
9 BIOGRAPHIE DE GABRIEL LAMPEL
1938 Gabriel entre au lycée roumain George-
Baritiu à Cluj.

Séparation officielle de ses parents.

1939 3 septembre : la France et le Royaume-Uni
déclarent la guerre à l’Allemagne nazie suite
à son invasion de la Pologne deux jours plus
tôt. Début de la Seconde Guerre mondiale
en Europe.

1940 30 août : suite aux arbitrages ou diktat de
Vienne (Autriche), – règlement pacifique de
revendications des territoires perdus par la
Hongrie par le traité du Trianon (1920) sous
l’égide de l’Allemagne nazie et de l’Italie fas-
ciste – la partie nord de la Transylvanie est
annexée par la Hongrie (dont Cluj, rebaptisé
Kolozsvar en hongrois).

Gabriel fait son entrée dans un nouveau col-
lège dirigé par des enseignants religieux ré-
formés. On y parle le hongrois.

1942 Les lois antijuives obligent les collégiens
juifs à quitter les lycées hongrois. Sous
l’impulsion d’un héros de la Première
Guerre mondiale, un lycée juif est créé : le
lycée Antal-Mark.

1943 Fin : arrestation des Juifs de Cluj, et de sa ré-
gion. Ils sont constitués en bataillons disci-
plinaires et envoyés en Ukraine pour réaliser
10BIOGRAPHIE DE GABRIEL LAMPEL
des travaux de terrassement pénibles dans
des conditions inhumaines.

1944 19 mars : les armées allemandes envahissent
la Hongrie.

Les Allemands arrivent à Cluj. Port de
l’étoile jaune obligatoire pour les Juifs.

Fin avril : toute la population juive de Cluj
et de sa région est raflée, y compris Gabriel
et sa mère. Ils sont internés dans une bri-
quetterie désaffectée avec de nombreuses
familles juives.

Mai : Gabriel et sa mère sont déportés dans
à destination du camp d’extermination
d’Auschwitz (Haute-Silésie, Pologne). Le 27,
Gabriel est séparé de sa mère au moment de
la sélection sur la rampe d’Auschwitz II-
Birkenau. Il ne la reverra jamais.

6 juin : Gabriel est transféré en train au
camp de concentration de Buchenwald et
intégre le « petit camp » ou Zeltlager.

Juillet : il est blessé lors d’un bombardement
de l’usine où il travaillait, au camp de Mag-
debourg, dépendant de Buchenwald. Rame-
né à ce dernier, il est mis au Block 55 des in-
valides du « petit camp ».

11 BIOGRAPHIE DE GABRIEL LAMPEL
1945 11 avril : libération du camp de Buchenwald
par les détenus quelques heures avant
l’arrivée des troupes américaines. Gabriel n’a
pas conscience de ces événements.

20 avril : Gabriel est blessé lors de
l’évacuation du camp. Il est amputé du bras
gauche dans un hôpital de campagne de
l’armée américaine sous les bombardements.

8 mai : fin de la Seconde Guerre mondiale
en Europe.

Juin : après de nombreux séjours dans dif-
férents hôpitaux civils allemands (Weimar,
Bad-Berka, Blankenheim), transfert en tant
que mineur par la Croix-Rouge en Suisse.
Puis la tuberculose l’oblige à une longue
convalescence à Davos, au sanatorium
Etania.

Novembre : Gabriel reçoit la visite de son
père à Davos.

1946 18 juillet : Gabriel arrive à Paris.

Il s’inscrit à l’Alliance française pour acqué-
rir la langue.

Gabriel abandonne ses études pour aider
son père à son magasin d’électricité.

12BIOGRAPHIE DE GABRIEL LAMPEL
1961 Décès à Paris de Jeanne Lacaze, seconde
épouse du père de Gabriel, seconde mère
pour lui.

1962 6 avril : décès d’Étienne Lampel, le père de
Gabriel.

Gabriel se marie avec une française, Jacque-
line Depaul. De cette union naîtra une fille,
Éva Élisabeth, qui donnera la vie à cinq pe-
tits-enfants : Judith, Yossi, Nissim, Hélène et
Nadine, tous les cinq nés en Israël.

1964 Divorce de Gabriel et Jacqueline.

1968 Gabriel rencontre Nadine Oudry, française.

1971 10 avril : ils se marient à Taizé (Deux-
Sèvres). Pour Gabriel, Nadine est la femme
et la chance de sa vie, son ange gardien de-
puis quarante ans. Elle veille avec une infi-
nie patience et beaucoup d’amour sur sa
santé fragile. Les années de privation et de
mauvais traitements sont responsables, en-
tre autres, d’un sévère diabète et d’une
grande faiblesse du cœur.

1978 Gabriel et Nadine s’installent à Bath Yam
(Israël), où ils retrouvent des survivants de
la famille. Ils veulent découvrir les possibili-
tés de ce jeune pays.

13 BIOGRAPHIE DE GABRIEL LAMPEL
2001 Ils reviennent habiter en France afin de soi-
gner le père de Nadine, très âgé et grave-
ment malade. Ils s’intallent à Hazebrouck
(département du Nord), où ils connaissent
toujours, en 2009, des jours heureux.


14PRÉFACE



Préface







« Ils ne nous croiront pas. » Telle était la conviction
des victimes de la Shoah à la sortie des camps nazis.
C’est pourquoi beaucoup ont préféré se taire, com-
prenant d’emblée que rare serait le public prêt à en-
tendre ce qu’ils avaient à dire. Quelques-uns témoi-
gnèrent, mais ils furent peu entendus. En France, la
question de la persécution des Juifs ne fut abordée
publiquement qu’à la fin des années 70. Plusieurs
décennies après la Libération, les enfants des victi-
mes de la Shoah – ceux que nous appelons « la
deuxième génération » – exigèrent la vérité sur le
sort qui avait été réservé à leurs parents. Serge et
Beate Klarsfeld durent mener à cet égard un long et
difficile combat pour accéder à la vérité nationale et
traduire en justice Klaus Barbie, Paul Touvier et
Maurice Papon. Pourquoi avoir attendu tant
d’années pour clarifier les forfaits de ces criminels, et
ce dans une nation qui se targuait d’être la « patrie
edes droits de l’Homme » depuis le XVIII siècle ?
C’est que les Français n’ont pas compris tout de
suite le sort particulier réservé aux Juifs par le nazisme.
15 PRÉFACE
À la Libération, les Juifs furent considérés comme
des victimes parmi d’autres de la Déportation. Il a
fallu la farouche détermination et la recherche opi-
niâtre des fils et filles de déportés juifs pour que la
spécificité de leur sort apparaisse au grand jour.
Par ailleurs, la nation française eut beaucoup de
mal, comme tant d’autres, à se confronter à son
passé. Après la découverte des camps, l’heure était
à la mauvaise conscience un peu partout en Eu-
rope et la France se sentait concernée, car, s’il n’a
jamais partagé l’idéal exterminationniste des nazis,
le régime de Vichy avait néanmoins entrepris
d’éloigner les Juifs de la nation. Dès octobre 1940,
Pétain avait concrétisé son idéal éliminationniste
par le Statut des Juifs. Alors le passé honteux de
collaboration avec les nazis, l’existence de la Mi-
lice, le soutien des notables au maréchal Pétain,
tout cela fut refoulé parce que insupportable.

Dans l’histoire de la Shoah, le procès d’Eichmann
à Jérusalem en 1960 a marqué l’entrée en scène du
témoin. Contrairement au procès de Nuremberg, où
la condamnation des responsables nazis reposa sur
l’analyse de très nombreux documents, l’accusation
d’Eichmann à Jérusalem reposa sur la déposition
orale d’innombrables témoins. Ce procès suscita une
énorme émotion dans la communauté internatio-
nale. Depuis, le corps social a chargé les témoins de
construire la mémoire de la Shoah. Le procès
d’Eichmann a libéré la parole des survivants. En
France, à partir des années 80, nous sommes entrés
dans ce que l’historienne Annette Wieviorka a appe-
lé « l’ère du témoin ». D’innombrables témoignages
16

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