Kriz, d'une crise à l'autre

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KRIZ est, après La Finance mondiale : tout va exploser (2008) et La Vérité sur la crise (2010), le troisième volet d’une série sur les causes et les conséquences de la crise mondiale qui se lit comme un véritable thriller. Il en récapitule les épisodes, analyse les derniers rebondissements, et annonce ceux qui vont suivre. Les spécialistes avaient trouvé les premiers volumes trop pessimistes. Depuis, les événements ont confirmé leur justesse, et tout le monde peut en juger, après plus de trois ans à entendre parler de ces sujets tous les jours.
Nous sommes passés d’une crise à l’autre et nous comprenons que cela va continuer pendant des années. KRIZ est le mot qu’on utiliserait pour désigner dans un sms ce phénomène devenu banal et quotidien, dans lequel s’enfoncent inéluctablement l’économie et la société actuelles.
Morad El Hattab est conseiller-expert en ingéniérie financière et en intelligence économique. Également écrivain et philosophe, il a publié Chroniques d’un buveur de lune (Albin Michel, 2006). Il est le lauréat du Prix littéraire pour la Paix et la Tolérance.
Philippe Jumel est professeur agrégé d’histoire. Il est notamment co-auteur de La Génération 68 au service de la mondialisation (Éditions David Reinharc, 2008).
Publié le : mercredi 2 septembre 2015
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EAN13 : 9782756109442
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Morad El Hattab et Philippe Jumel

Kriz : D’une crise à l’autre

 

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KRIZ est, après La Finance mondiale : tout va exploser (2008) et La Vérité sur la crise (2010), le troisième volet d’une série sur les causes et les conséquences de la crise mondiale qui se lit comme un véritable thriller. Il en récapitule les épisodes, analyse les derniers rebondissements, et annonce ceux qui vont suivre. Les spécialistes avaient trouvé les premiers volumes trop pessimistes. Depuis, les événements ont confirmé leur justesse, et tout le monde peut en juger, après plus de trois ans à entendre parler de ces sujets tous les jours.

Nous sommes passés d’une crise à l’autre et nous comprenons que cela va continuer pendant des années. KRIZ est le mot qu’on utiliserait pour désigner dans un sms ce phénomène devenu banal et quotidien, dans lequel s’enfoncent inéluctablement l’économie et la société actuelles.

 

Morad El Hattab est conseiller-expert en ingéniérie financière et en intelligence économique. Également écrivain et philosophe, il a publié Chroniques d’un buveur de lune (Albin Michel, 2006). Il est le lauréat du Prix littéraire pour la Paix et la Tolérance.

 

Philippe Jumel est professeur agrégé d’histoire. Il est notamment co-auteur de La Génération 68 au service de la mondialisation (Éditions David Reinharc, 2008).

 

EAN numérique : 978-2-7561-0944-2

 

EAN livre papier : 9782756103792

 

www.leoscheer.com

 
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© Éditions Léo Scheer, 2012

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Morad El Hattab

Philippe Jumel

 

 

Kriz

 

 

D’une crise à l’autre

 

 

Éditions Léo Scheer

 

« Si vous n’avez pas perdu la tête

alors que tous les autres l’ont perdue,

c’est que vous n’avez pas compris

la gravité de la situation. »

 

Plaisanterie anonyme de trader à la City.

 

« Je ne suis qu’un banquier faisant le travail de Dieu. »

 

Lloyd Blankfein, PDG de Goldman Sachs.

Résumé des épisodes précédents

D’après les articles de Laurent Pinsolle (diplômé de l’Essec, économiste citoyen et fondateur du blog www.gaullistelibre.com) sur La Finance mondiale. Tout va exploser et La Vérité sur la crise.

 

Les écrits de Morad El Hattab et Philippe Jumel sur la crise financière se lisent comme un thriller ou un feuilleton qui recense tous les incroyables excès de la finance.

Saison I. La Finance mondiale. Tout va exploser (19 novembre 2008)

1er épisode. Crises en séries. La genèse

 

Cela commence par une citation d’Alan Greenspan qui situe d’emblée le sujet : « Quand une banque est trop grosse pour faire faillite, c’est qu’elle est trop grosse. » Pourtant, rien n’a été fait pour changer cela. Au contraire, elles le sont davantage, à cause de l’effet de levier et du « hasard moral » qui caractérise cette crise qui a imposé aux contribuables de renflouer la finance, puis de subir des plans d’austérité pour restaurer l’équilibre des finances publiques.

Celle-ci remonte au 9 août 2007, quand BNP Paribas et Bear Stearns (en faillite quelques mois plus tard) ferment cinq fonds de gestion, imposant une injection massive de liquidités de 95 milliards d’euros par la BCE. Pour la déréglementation, « l’Homo œconomicus est un être parfaitement raisonnable qui, sur un marché transparent, alloue ses capitaux de façon toujours optimale en fonction des prises de risque qu’il sait pertinemment consentir ». La crise financière comporte deux phases. Dans la première, les spéculateurs achètent des actifs risqués à crédit, poussant leur valeur à la hausse, ce qui permet d’empocher de juteux bénéfices grâce à l’effet de levier. Mais dans la deuxième phase, « les actifs s’évaporent, les dettes s’accrochent », imposant un désendettement sauvage et donc une crise.

« Au-delà d’une certaine ampleur, seul un prêteur en dernier ressort peut arrêter la descente aux enfers. C’est une mission implicite des banques centrales. […] Lors d’une crise grave de crédit, l’émission de monnaie par la Banque centrale ne crée guère d’inflation [du fait de la] trappe à liquidités [théorisée par Keynes, où] quelle que soit l’ampleur de l’émission de liquidités, elles sont thésaurisées » par les banques.

Les plans de soutien se mettent alors en place : la hausse du bilan de la Fed de 867 à 2 300 milliards de dollars ou l’incroyable PPIP (Public-Private Investment Program for Legacy Assets) proposé par les banques aux États-Unis, où elles auraient fourni moins de 10 % des capitaux de ce fonds destiné à acheter puis revendre des actifs pourris, mais auraient récupéré la moitié des profits. Les stress tests et les « normes comptables » sont alors adaptés aux besoins des banques.

 

2e épisode : L’échec de la réglementation

 

Pendant cette première crise, la banque UBS a perdu 13 % et Merrill Lynch près de 20 %. « Il faut disposer de 25 % de fonds propres… comme les banques américaines des années 1880-1890. » Lors des discussions sur Bâle III, la Banque des règlements internationaux a proposé de définir plus étroitement les « capitaux propres », de limiter l’effet de levier, et d’augmenter la liquidité des banques. Paul Volcker a proposé d’interdire aux banques les activités de hedge funds ou de private equity et d’étendre le champ d’action de l’agence de régulation.

Pendant ce temps, le lobby bancaire a avancé ses pions, aboutissant, aux États-Unis, à un texte de loi de 1 500 pages noyant la réforme. Même l’institut Bruegel, par la voix de Nicolas Véron, affirme que « les dirigeants politiques, y compris en France et en Allemagne, ont été profondément capturés par leurs establishments bancaires nationaux ».

En fait, si les leçons de la crise de 1929 ont été en partie retenues, « l’intervention des États et surtout des banques centrales a permis d’empêcher une faillite systémique bancaire plus que menaçante. Toutefois, pour des raisons d’idéologie économique, l’occasion de nettoyer les systèmes bancaires et les marchés financiers a été rejetée ». Les causes de la crise demeurent donc masquées par le retour au bon vieux temps. Le système est « au service exclusif des intérêts personnels de leurs dirigeants [ ;] dès lors qu’elles sont trop grosses pour faire faillite, les grandes banques peuvent prendre tous les risques qu’elles estiment nécessaires pour doper leurs résultats ; et, en cas de déficience des modèles mathématiques informatisés, les États garantiront les passifs, reprendront les actifs toxiques aux frais du contribuable, tandis que les banques centrales fourniront les liquidités nécessaires aux marchés ».

Saison II. Les ingrédients d’un cocktail explosif La Vérité sur la crise (18 août 2010)

3e épisode : Les raisons d’un désastre – Le côté obscur de la réglementation

 

Globalement, les marchés ont un côté « procyclique » : la hausse nourrit la hausse (en augmentant le crédit des parieurs) et la baisse nourrit la baisse (en imposant de vendre pour retrouver des liquidités). Se forment alors d’incroyables pyramides de crédit : Lehman Brothers avait des positions de 9 000 milliards de dollars sur les produits dérivés. La couverture par un credit default swap (CDS) de l’assureur AIG réduisait la quantité de capitaux de 8 % à 2 % selon les normes Bâle II, permettant alors de prêter quatre fois plus… Grâce aux normes bancaires Bâle I et II, la couverture des crédits à raison de 8 % par les fonds propres est en réalité un maximum, puisque le besoin de couverture tombe à 1,6 % pour les banques ou les entreprises de l’OCDE, et même 0 % pour les États de l’OCDE ! Bâle II a conservé le même système en y introduisant les notes des agences (couverture de 1,6 % pour les entreprises notées AAA à AA-). Pire, il y a tout le hors-bilan…

En 2005, Alan Greenspan déclarait : « Alors qu’avant, beaucoup d’emprunteurs marginaux se voyaient refuser le crédit, les prêteurs sont maintenant capables d’évaluer efficacement le risque associé à ceux-ci. Ces améliorations ont conduit à une forte croissance du prêt hypothécaire à risque… » Parallèlement, Freddie Mac et Fannie Mae portaient 1 600 milliards de dollars de crédits hypothécaires (financés à 28 % à court terme) avec 90 milliards de dollars de fonds propres…

La France, où les caisses d’épargne ne deviennent des sociétés anonymes qu’en 1999, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne ont historiquement des systèmes assez hostiles à la spéculation. Malheureusement, « les déréglementations des années 1980 ont eu pour effet de jeter aux orties les vieilles règles de prudence bancaire ». Outre-Manche, dans les années 1960, 30 % des actifs des banques étaient liquides, 1 % seulement à présent.

 

4e épisode : La technique au service de la spéculation

 

Les dark pools et le high frequency trading s’opposent aux bonnes conditions de fonctionnement du marché. Ces nouvelles techniques facilitent les manipulations et camouflent les fraudes. Ils sont la cause du « flash krach » du 6 mai 2010, où le Dow Jones s’est effondré de 9,8 % en dix minutes et l’action Accenture est passée de 40 dollars à un cent ! Les CDS, qui « ne sont pas négociés sur des marchés ouverts », ont totalement été détournés de leur vocation première pour n’être plus que de nouveaux véhicules de la spéculation financière, leur montant étant « cinq fois plus élevé que les crédits assurés ». Le mécanisme pervers des prêts immobiliers, revendus ensuite par les banques (titrisation), ne se soucient pas de la capacité de remboursement des ménages auxquels elles prêtent.

Les transactions hors marché se développent (de « gré à gré » ou sur un « dark pool ») et créent d’importants déficits d’information. En se concentrant le secteur qui accentue l’« aléa moral » et permet une explosion des marges. Les aides publiques qui n’aboutissent pas à une nationalisation constituent « le stade suprême du hasard moral ».

Le marché des matières premières est envahi par des spéculateurs venus chercher une diversification : les fonds dédiés à ce marché sont passés de 10 à 250 milliards de dollars de 2001 à 2009, selon Barclays Capital. La spéculation dispose désormais d’une capacité auto-réalisatrice à faire monter les prix en achetant à terme en avançant à peine 15 % de la somme. Aujourd’hui, chaque baril de pétrole est échangé trente-cinq fois avant d’être consommé !

 

5e épisode : Comment on passe des banquiers tristes

aux esprits animaux des spéculateurs

 

On assiste alors à l’envolée des rémunérations de la finance, les bonus (145 milliards de dollars au titre de 2009) des hauts revenus : 1 % de la population concentre 24 % des revenus aux États-Unis. Pour eux, les banquiers prennent des risques inconsidérés pour empocher de juteux bénéfices à court terme. En 1929, les salaires de la finance pesaient 170 % des salaires moyens, puis sont revenus au même niveau de 1950 à 1980 avant d’atteindre 181 % des salaires moyens en 2007.

Certains traders poussent des entreprises à la faillite pour empocher les primes des CDS, ainsi, les « CDO Abacus » vendus par Goldman Sachs à ses clients alors que la banque d’affaires pariait contre… Cela démontre aussi l’impunité pénale des dirigeants des banques, alors que plus de trois mille cinq cents banquiers avaient été envoyés en prison pour des faits délictueux en liaison avec le scandale des caisses d’épargne il y a vingt ans.

« Le système financier a donc été ravagé par une culture de la cupidité qui a transformé les décideurs en mercenaires décidés à se payer sur la bête sans vraiment se préoccuper de leurs responsabilités. » Un système qui ne travaille plus que pour lui-même. « L’absence de régulation est très inférieure à la régulation par l’État » car elle transforme les marchés en marchés spéculatifs, déclare le professeur Samuelson. Les cercles vicieux des marchés se multiplient, « les esprits animaux », dirait Keynes, rejoignent la célèbre citation de l’ancien PDG de Citigroup, Charles Prince : « Tant que la musique joue, vous devez vous lever et danser. » Elle exprime une réalité qui s’impose à tous les gestionnaires : « Si vous restez assis devant une bulle que vous voyez trop risquée, vos clients sont furieux du manque à gagner et s’en vont. »

La déréglementation, les innovations de la finance et les ravages de la cupidité des spéculateurs créent un cocktail explosif qui n’est pas sans rappeler les crises passées.

Saison III. Des crises passées trop vite oubliées Flash-back

6e épisode : Le parallèle avec 1929

 

Tout le monde pense se souvenir des crises bancaires de la deuxième moitié du XIXe siècle dans toute l’Europe. Pourtant, certains exemples oubliés sont significatifs, comme les effets de la spéculation sur le guano (excrément d’oiseau utilisé comme engrais) de 1889, qui avait abouti à des règles prudentielles très strictes en France : « 80 % des dépôts à vue étaient affectés à des actifs réescomptables par la Banque de France », ce qui « explique en grande partie l’absence d’une faillite systémique bancaire française en 1931 ».

On peut établir un parallèle avec la Grande Dépression, conséquence de « la liquidation d’une bulle boursière financée par des pyramides de crédits ». Les cours de la bourse avaient progressé d’un tiers par an de mars 1926 à l’automne 1929, s’appuyant sur la promesse d’un « nouvel âge » économique, avec le développement de la radio, de l’aviation, etc. Mais cette bulle s’est aussi appuyée sur deux innovations. La première était les « call loans », qui ont financé jusqu’à 90 % des achats d’actions par des crédits à court terme (un mois au plus) à 12 ou 15 % et garantis par les actions. La deuxième innovation était les « investment funds », qui faisaient appel aux petits porteurs pour investir en bourse, mais qui utilisaient également l’effet de levier, souvent à court terme, et investissant d’autres fonds dans de dangereuses pyramides de crédits…

Au cours de l’été 1929, l’endettement privé étasunien atteint 230 % du PIB (176 % en 2007). Mais la baisse des cours impose de vendre pour trouver des liquidités, accentuant la baisse et provoquant l’effondrement de la bourse (le Dow Jones baisse de 90 %). Les faillites créent alors une crise bancaire. La dernière étape est l’effondrement de l’économie réelle. Des politiques de déflation sont alors menées, comme en France par Pierre Laval. Si « les actifs s’évaporent, les dettes s’accrochent ».

Pendant les Trente Glorieuses se met en place une nouvelle politique de crédit. « Le Trésor définissait un plancher de pourcentage des dépôts bancaires obligatoirement déposés auprès de lui et la Banque de France variait son plafond d’acceptation des billets réescomptables. » Ainsi, le crédit pouvait être freiné en cas de trop forte inflation et accéléré pour pousser la croissance. C’est ce que fait la Chine aujourd’hui, qui a fortement augmenté les dépôts des banques pour calmer la bulle immobilière.

 

7e épisode : Le précédent de 1987

 

Le krach de 1987 a provoqué par une bulle immobilière financée à crédit par les caisses d’épargne (déréglementées par les lois DIDMCA de 1980 et de 1982), qui se livraient à une concurrence effrénée et risquée. La hausse conjointe des taux de la Fed et de la Bundesbank, en septembre, a augmenté le coût de refinancement des banques. Le troisième lundi d’octobre, le Dow Jones baisse de 22,6 % en une séance, du fait de programmes de vente informatique.

En 1989, le Trésor reprend les sept cent cinquante établissements, rembourse les dépôts, et devient propriétaire de 450 milliards de dollars d’actifs pourris. Au final, la revente des actifs permettra de réduire des deux tiers le coût pour le contribuable. Les pays européens ont connu une crise bancaire plus limitée, mais « en Grande-Bretagne, les bénéfices des banques ont baissé de plus de 60 %, et en France, deux banques ont frôlé la faillite, le Crédit lyonnais et Paribas » avec la fin de la bulle immobilière.

Au Japon, « l’inflation correspondante des actifs, à la fois immobiliers et boursiers, atteint, de 1986 à 1989, le triple du PIB nippon. La déflation des actifs qui a suivi est presque symétrique », montrant que l’inflation des actifs doit être surveillée au même titre que celle des prix courants. Les autorités règlent l’insolvabilité cachée des banques en ayant recours à des astuces comptables.

Saison IV. Retour vers le futur. Les dettes

Le quatrième volet, La Vérité sur la crise (paru le 18 août 2010), anticipe d’un an la crise de l’Europe.

 

8e épisode : Un autre regard sur l’austérité et les dettes publiques

Les débats sur la dette peuvent être mis en perspective par de nombreux exemples historiques : en 1820 et en 1945, la Grande-Bretagne était endettée à hauteur de 240 % de son PIB (après être tombée à 40 % en 1910). Les États-Unis sortent de la seconde guerre mondiale avec une dette de 108 % du PIB (et des recettes fiscales alors nettement moins importantes). Et la dette de la France a culminé à 150 % du PIB dans l’entre-deux-guerres.

Ainsi, les plans du FMI dans les pays de l’Est fin 2008. En Hongrie, les fonctionnaires ont perdu leur treizième mois et leurs primes. En Roumanie, les salaires des fonctionnaires ont baissé de 25 %, les retraites de 15 % et 140 000 fonctionnaires ont été licenciés. En Lettonie, la réduction des dépenses budgétaires dépasse 7 % du PIB et les salaires du secteur public ont baissé de 20 %. En Estonie, la potion a été encore plus amère, mais l’impôt sur les sociétés est resté à 16 %…

Les interventions de la BCE pour racheter les dettes souveraines des pays en difficulté doivent être modérées, car la BCE stérilise automatiquement des sommes équivalentes en empruntant aux banques pour ne pas procéder à de la création monétaire, au contraire de la Fed. « Les plans de sauvetage ne sont pas destinés aux pays mais à leurs banques créancières. » Il faut observer dans le détail les manipulations orchestrées par Goldman Sachs sur la dette grecque.

Quant à l’Argentine, elle a fait défaut avec une dette publique de seulement 63 % du PIB (remboursée à 34 %). « Les problèmes de dettes publiques sont certainement des problèmes très sérieux et il ne faut point les prendre à la légère, mais, outre que les dettes passées étaient plus élevées sans détruire la confiance des investisseurs, il faut tenir le plus grand compte de l’état des économies. Pour la France, la désindustrialisation en cours représente la vraie menace mortelle. »

 

9e épisode : L’impasse européenne

 

Un rapport chiffre à 2 millions la perte d’emplois industriels de 1980 à 2007, dont 500 000 dus à l’externalisation, et 45 % des suppressions d’emplois sont la conséquence de la mondialisation. L’euro, qui a apporté la stabilité monétaire et des taux d’intérêt modérés pendant un temps, se « paie avec la disparition de la variable monétaire qui, en cas de crise, apporte une souplesse parfois bienvenue pour amortir les chocs économiques ».

La question se pose : « Peut-on se contenter de la sévère punition des États cigales ? Cela peut-il suffire pour rétablir les finances publiques ? » On ne peut écarter la responsabilité des surplus commerciaux allemands dans les déséquilibres actuels (70 % de la croissance du pays depuis dix ans, la part de marché de l’Allemagne dans la zone euro passant de 25 à 27 % de 1995 à 2009, contre 18,5 à 13 % pour la France et 17 à 10 % pour l’Italie). On connaît les effets de la surévaluation de l’euro.

Le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, a déclaré que « des conditions très strictes et un prix élevé doivent être liés à une telle aide (d’un fonds européen) afin qu’elle ne soit accordée que dans le cas d’urgences capables de présenter une menace à la stabilité financière de l’ensemble de la zone euro. Le pays concerné doit être exclu du processus de décision ». Un journaliste allemand du Financial Times affirme que « seul un petit nombre de pays sont capables de soutenir, politiquement et économiquement, une union monétaire avec l’Allemagne ».

Dès la mi-2010, on prévoyait déjà que le plan grec ne serait pas suffisant. Propos prophétiques, donnant de la crédibilité à ceux qui faisaient cette prévision. Un parallèle avec la Grande Dépression montre que « lors des années 1930, les pays qui ont quitté tôt l’étalon or ont, en moyenne, mieux réussi que ceux qui l’ont quitté plus tard » et qu’il vaut mieux dévaluer plutôt que de baisser les salaires, comme on l’impose à une partie de la zone euro.

Dans les années 1930, les pays du bloc or (France, Italie, Pays-Bas, Belgique, Suisse) avaient des monnaies surévaluées de 20 à 30 %, poussant Pierre Laval à mener une politique déflationniste. En 1935, la Belgique a fini par dévaluer de 28 %, faisant redémarrer son économie. Cette solution est bien plus sensée que les politiques de déflation qui oublient que « les dettes s’accrochent », et qui contribuent à augmenter le poids de la dette sur le PIB.

Ainsi, la Suède est en crise sévère en 1993, avec un déficit de 11,3 % du PIB. Le pays a réussi à le faire tomber à 1,7 % en 1997, non pas en coupant sauvagement les dépenses publiques (-0,5 % en 1995, -2 % en 1996, puis en croissance de 1 % par an), mais en relançant la croissance, qui a atteint 4 % (sauf en 1996, à seulement 1,5 %), du fait de la baisse de la couronne suédoise. L’exemple de l’ajustement irlandais en 1987 aboutit à la même conclusion.

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