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L'activité psychique et la vie

De
373 pages
Fondateur de la psychoreflexologie, Wladimir Bechterew, a toujours maintenu que la psychologie objective ne rapetissait nullement la valeur du psychisme en tant que base des mobiles intérieurs des actes, ni le dynamisme subjectif des conduites normales ou morbides. Les phénomènes psychiques ne sont pas seulement nécessaires à l'adaptation de l'organisme aux conditions externes. Ils évaluent et transforment le milieu par rapport aux besoins internes, aux affects, aux désirs...
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t'ACTIVITÉ PSYCHIQUE
ET LA VIE

Psychanalyse et Civilisations Série Trouvailles et Retrouvailles dirigée par Jacques Chazaud Renouer avec les grandes œuvres, les grands thèmes, les grands moments, les grands débats de la Psychopathologie, de la Psychologie, de la Psychanalyse, telle est la finalité de cette série qui entend maintenir l'exigence de préserver, dans ces provinces de la Culture et des Sciences Humaines, la trace des origines. Mais place sera également donnée à des Essais montrant, dans leur perspective historique, l'impact d'ouverture et le potentiel de développement des grandes doctrines qui, pour faire date, continuent de nous faire signe et nous donnent la ressource nécessaire pour affronter les problèmes présents et à venIr. Déjà parus
Les grandes formes de la vie mentale, H. DELACROIX, 2008. L'aliéné, Albert LEMOINE, 2008. La neurophilosophie et la question de l'être, C. POIREL, 2008. Les névroses, P. JANET, 2008. Anomalies et perversions sexuelles, M. HIRSCHFELD, 2007. Elles. Les femmes dans l 'œuvre de Jean Genet, Caroline DA VIRON, 2007. Éléments pour une histoire de la psychiatrie occidentale, Jacques POSTEL, 2007. Les psychonévroses et leur traitement moral, Dr DUBOIS, 2007. Demifous et demiresponsables, J. GRASSET, 2007. La conscience humaine, Pierre MARCHAIS, 2007. Van Gogh sa vie, sa maladie et son œuvre, Dr F. MINKOWSKA, 2007. Écrits sur l'analyse existentielle, Roland KUHN, textes réunis et présentés par Jean-Claude Marceau, 2007 Les phénomènes d'autoscopie, Paul SOLUER, 2006. Vagabondages psy..., Albert LE DORZE, 2006. La théorie de l'émotion, William JAMES, 2006.

L'activité
Psychique

et la Vie
PAR

w.

BECHTEREW

PHOFESSEvn A L'AcADÉMIE IMPf;lUALE DE :V11~DECINE MILITAIHE DIHECTEUR DE LA CLINIQUE DES MALADIES NEHVEU,mS ET \lENTALES DE ST-Pf~TEnSBOUHG

TradUlt

et adapté
PAB

du russe

Le Dr P. KERAVAL
i\1[~Dr,.CI" EN CHEF DES ASILES DE LA SE['r~

...
PARIS LIBRAIRIE CH. BOULANGÉ, ALEX. COCCOZ SUCCESSEUR

11, RUE DE L'ANCIENNE COMÉDIE, VIe 1907

@
5-7,

L'HARMATTAN, 2008
75005
Paris

rue de l'École-Polytechnique;

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I@Wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07405-7 EAN: 9782296074057

PRÉFACE

Wladimir BECHTEREW et la question de la nature du psychisme*

Psychiatre fort illustre en son temps, BECHTEREW est le plus généralement tenu, de nos jours, sur la foi des quelques lignes qui lui sont encore parfois parcimonieusement accordées dans les manuels, pour être l'un des fondateurs de la « psychologie sans âme ». Cette grave erreur d'attribution tient d'abord, comme c'est si souvent le cas, à une connaissance incomplète de ses écrits. En témoigne l'ouvrage reproduit ici qui expose sa conception singulièrement originale du psychisme dans le cadre de la théorie (alors très vivante et même virulente dans son opposition à l'atomisme naissant) de l'énergétisme, lequel - après une éclipse marquée - est peut-être en train de renaître de ses cendres avec la physique, en cours de développement, des champs quantiques... Un des moindres paradoxes de celui qui a fondé la psychologie
objective est

- L'Activité

p.!Jchique et la Vie en témoigne

- qu'il était

en un certain sens « panpsychique », allant jusqu'à accorder une forme rudimentaire de subjectivité aux organismes unicellulaires les plus élémentaires... VLADIMIR MIKHAÏLOVITCH BEKHTEREF (ou BEKHTEREV, BECHTEREV BECHTEREW, et même BETCHEREV, selon l'impossible transposition de bEXTEPEB) fut l'un des plus illustres, sinon le plus illustre, neuro-anatomo-pl!Jsiologistes son de temps. Tous les étudiants en médecine de ma génération savaient localiser les nqyaux de Betcherew, comme on le disait le plus généralement alors, et comme on le fait encore trop souvent... W. BECHTERE'X', comme nous écrirons, désormais, pour suivre la graphie - qui était celle adoptée par « Wladimir» à l'usage des Occidentaux!, reprise par son traducteur de 1907, P. KERAVALfut un grand pionnier dont les neuropsychogues contemporains redécouvrent (sans le nommer, comme c'est devenu d'usage) la
Cette préface est une reprise * PSYCHIATRIQUE VOL. 83, N°S. John Libbey Eurotext, Paris. I D'abord traduit en Allemand, ou von BECHTEREW~e X russe du W, dans cette langue). modifiée de l'article paru dans L'INFORMATION MAI, 2007, pp 40S- 411, Avec l'autorisation de le savant russe signait: WLADIMIRBECHTEREW, se rapprochant phonétiquement du CH, et le B

II
pertinence de ce qu'il enseignait sur les noyaux gris centraux (particulièrement sur le striatum) en tant qu'impulseurs moteurs et expresseurs émotionnels. Mais cela restait subordonné, pour lui, à son exercice de neuropsychiatre, clinicien et thérapeute d'adultes et d'enfants, d'épileptologue, possédant une connaissance encyclopédique de toutes les doctrines physiologiques, psychologiques, psychopathologiques et philosophiques de son temps. Il appartenait à cette génération des « cérébralistes » qui, pour se refuser à dissocier les recherches psychiatriques de l'étude des centres de réalisation des fonctions psychiques, ne pratiquaient pas pour autant de « réductionnisme » linéaire et étaient, à des degrés divers (très marqué chez BECHlliREW), hypnotiseurs, suggestionneurs comme psychothérapeutes. Voire ne reculaient pas devant ce qu'un romancier, humoriste pataphysicien et très savant encyclopédiste et mathématicien, RAYMOND QUENEAU, baptisera poétiquement la « science des solutions imaginaires » (comme, sur le tard de sa vie, chez notre auteur, la « métapsychie »). W. BECHlliREW est né, en 1857, à Sorali dans la province de Viatka. Il est mort à Leningrad, en 1927, peu après son retour du Symposium international de psychologie de Springfield (Ohio), alors qu'il projetait la création d'un «panthéon» pour la conservation des cerveaux des hommes de génie. Il n'y a aucune raison de prêter foi, en l'état actuel de nos connaissances, aux rumeurs qui ont propagé que l'éminent savant, ne serait pas décédé d'une maladie infectieuse, mais d'un assassinat par le rIIY (Guépéou) pour avoir diagnostiqué une 'paranoïa sévère' chez STALINEqui l'avait consulté lors d'une dépression. Après avoir effectué (dès l'age de 16 ans !) ses études de médecine à l'illustre Académie militaire de Pétersbourg (le plus haut lieu d'enseignement médical du tsarisme), WLADIMIR les poursuivra en Allemagne, dans les services de FLECHSIG et de WESTPHALL, puis dans le laboratoire de Wundt avant de partir à Paris suivre l'enseignement de CHARCOT à la Salpêtrière. De retour en Russie, il dirigea (dès 1887) l'Institut de psychophysiologie de Kazan (Tatarstan) où il fonda la Société de neuropathologie et de psychiatrie. Nommé, en 1893, Titulaire de la chaire de Clinique des Maladies Mentales et Nerveuses de l'Académie impériale de médecine militaire, il créa, en 1907, l' Institut psychoneurologique de recherche sur le cerveau (qui porte aujourd'hui son nom) où il expérimenta en...psychochirurgie.

III
Anatomophysiologiste déjà mondialement réputé pour ses travaux sur les niveaux médullaire, bulbaire et basocérébraux de l'axe nerveux (dont on trouvera certains aspects en français dans les deux volumes, Les fonctions nerveuses et Les fonctions bulbomédullaires(paris, Doin, 1909 et 1910) et dans Les voies de condu..tiondu cerveauet de la moelle(paris, Lyon, Stork et Doin, 1913) ; neurologue descripteurd'une dizaine, au moins, de nouveaux réflexes; clinicien découvreur de la maladie à qui on donna son nom, mais de paternité désormais oubliée (la spon4Ylarthrite ankylosante) ; BECHTEREW va se distinguer par ses études sur les tâches, actions, épreuves et apprentissages moteurs, qui le conduiront à travailler, dans la postérité de SETCHENOV, sur les réflexes cérébraux2 comme il aimera à dire, «sf/onctifs (id est: conjonctifs) ou, p!Jchiques » et à élaborer, sur cette base, une psychologie empirique qu'il nommera psychoréflexologie en ce qu'elle intégrait aux réactions et conduites les idées, les évocations d'images, dans les phénomènesassociatifscérébraux3. Cela donnera lieu à deux ouvrages. L'un de 1903, traduit en 1907 chez Alcan, intitulé P!Jchologie Go/ective(réédité en 2007 chez L'Harmattan), où les partages sont clairement établis entre ce qui relève d'une position méthodologique (scientifique ou pratique), et ce qui représente une position métaprysique ; et surtout un second livre exposant, en 1917, Les
principes généraux de la Réflexologie: Une introduction à l'étude ol!jectivede la Personnalité. Plus tard viendra une Réflexologie collective (appliquant la méthode à la sociologie).

2 Terme extensif de toute « conduite» à cette époque,. Sans même évoquer GRISIENGER, rappelons que FREUD parlait du « réflexe verbal» de l'abréaction, que RICHET parlait de « réflexes psychiques », que RIBOT classait la Volonté dans les « réflexes idéo-moteurs », etc. Tout le XIXo et grande partie du XXo (à l'exception de BAIN) ont pris le réflexe comme paradigme fondamental, en psychophysiologie comme en psychologie: ainsi en va-t-il de WILLIAMJAMESluimême... 3 Il est devenu occulté que c'est WLADIMIRMICHAïLOVITSCHqui a mis en évidence les riflexes associatifs cérébraux, dix ans avant IVAN PÉTROVITCH, et employé le premier le terme générique de « riflexologie» Dans son ouvrage de 1903, BECHTEREW (qui avait déjà localisé les centres cérébraux des fonctions végétatives et organiques) citait avec faveur le « sérum psychique» de son collègue physiologiste, portant lui aussi l'uniforme, PAVLOV (qui recevra le Nobel, en 1904, pour ses travaux sur le « petit estomao) alors qu'il parlait encore de la « sécrétion psychique du suc gastrique »). Mais bientôt les deux savants devinrent rivaux et ennemis farouches, affIrmant chacun la supériorité de sa méthode (motrice vs salivaire).

IV Décrire des conduites diverses, et des techniques pragmatiques de régulation à visée correctrice (dite réflexothérapie) qui anticipaient largement sur ce que deviendront les thérapeutiques « cognitivo-compotementalistes » contemporaines, n'implique en rien la volontéde diminuer, et encoremoins de supprimer le
4J;namisme suo/ectif présent en arrièrefond des activités normales et morbides.4

On pourrait être tenté de penser que c'est pour avoir souffert des raccourcis confusionnels entre méthode et dogme dont ses écrits étaient l'objet que BECHTEREWa tenu à préciser sa philosophie sur l'assise et le rôle du mental dans l'Activité p.rychique et la VieS. Mais cela paraît d'abord absurde si on considère que l'ouvrage est antérieur à son tournant «objectiviste». S'agirait-il alors d'un moment dépassé, obsolète, de son parcours? Il n'en est cependant rien; sinon pourquoi tant tenir à le rééditer, en même temps que La P.rychologieo/ective,sous une forme améliorée? Aftn o d'éclaircir le mystère qui veut que le livre soit paru avant ce sur quoi il paraît faire offtce de mise au point, on est contraint de supposer que la préface de l'auteur, écriteen 1906 pour l'éditionfrançaise de 1907, n'est qu'un 'après-coup' estiné à affIrmer la permanence de d sa pensée fondamentale, en arrière-fond de sa nouvelle méthode de travail... Cela justifte d'autant l'importance que nous devons lui attribuer. Après avoir rappelé que lesprocessussuo/ectifs résentaienttous p un côtéoo/ectifdont l'étude permettait de faire rentrer la psychologie dans le cadre de la biologie (c'était déjà là le projet du Péripsukhé d'ARISTOTE 1),il déclarera fermement, dans sa préface, que « La psychologie objective ne rapetisse nullement la valeur subjective du psychisme en tant que base des mobiles intérieurs des actes ». Ce qu'il ne cessera de répéter tout au long de l'ouvrage: « L'ensemble indépendantde la vie tel qu'il se manifestedans les êtres organisés, depuis les plus inférieuresjusqu'aux plus élevés, est
inadmissible et irréalisable sans lep.rychisme [...] La manifestation ouverte de
4 Ce que cela implique a été fort bien explicité, en 1928, par A. MARIE lorsqu'il appelait la psychologie objective de BECHTEREWau secours de la psychanalyse (!), après avoir montré que le russe combattait l'épiphénoménisme de ZIEHEN, qu'il reconnaissait «l'illumination» des actes psychiques par la conscience, et même la valeur de point de départ de l'introspection, en tant que « pouvant se combiner avec l'étude des réactions neuropsychiques corticales».
S Die energie des lebenden Organismus und ibre p.rychologische Bedeutung (Berlin, Deuticke,

1903 ; Paris, Dain, 1907). On remarquera le glissement du titre original qui signifie textuellement: « L'énergie de l'Organisme vivant et son Interprétation psychologique ». Mais le reste de la traduction est fidèle.

v
la vie t'hez l'être organisé se traduit to1!fours,simultanément, par le relief de la manœuvre directrice du pJ)lchique dont la perte conduit itifailliblement l'organisme à sa ruine [...] Dans le monde animal, avec le développement des processus biologiques, nous rencontrons de pair et constamment les états suijectiJs de conscience. Ce sont eux, dans une certaine mesure, les ordonnateurs des relations des organismes vis-à-vis de la nature environnante [...] non seulement ils adaptent les rapports internes aux rapports externes, mais zis transforment les conditions externes: autrement dit ils adaptant comme il convient les rapports externes aux rapports internes6 [...] les phénomènes suijectiJs évaluent le milieu par rapport aux besoins. Les delatas suijectiJs Jont desphénomènes des signes d'appréciation de la 'valeur' vis-à-vis

de l'organisme (et permettent) de faire le thoix de ceux qui nous sont avantageux )), etc. On pourrait continuer de citer bien d'autres déclarations du même genre et, plus avant, montrer comment elles s'articulent naturellement (au sens le plus concret de l'expression) avec l'importance décisive que notre auteur attribuait au principe de plaisir/ déplaisir et au désir dans le fonctionnement mental et la conduite orientée. Mais notre seul but, à l'inverse de tous les contre-sens commis répétitivement sur ses intentions, est de mettre simplement en relief ici que le savant russe était ce qu'on appellerait aujourd'hui un « mentaliste » ! Ce qui ne signifie nullement que, comme défenseur de la réalité psychique, il fut un rêveur idéaliste. Il restait bien un neurophysiologiste, maintenant la structure qualitative des quantités distribuées dans le cadre d'une théorie générale. Théorie qu'il nous faut maintenant aborder puisqu'elle est celle sous l'angle de laquelle il considérait « l'éternel mystère» de l'union substantielle de l'âme et du corps, selon la formulation scolastique qui continue d'habiter, jusqu'à nos jours, la question piège des relations du corps et de l'esprit (dite, désormais, brainmind problem).

La vision de BECHTEREW repose sur un monisme énergétique. L'Activité pJ)lchique et la Vie nous enseigne que l'irritabilité de la matière vivante se résume en décharges d'énergies s'accompagnant d'états intérieurs, sous forme de « sens intime»
6 Cela est très important qui démontre que BECHTEREWne se contentait pas de la psychologie de réaction, mais qu'il considérait l'organisme comme créateur de son propre « umwelt», ce qui n'était pas si courant en un temps où l'organisme considéré, certes, comme un système complexe, restait néanmoins soumis sans initiative à son environnement. BECHREREW soulignait fortement la « transformation par l'individu des conditions ambiantes aux fins de son organisation.. .activité utilitaire.. .opportunisme pratique ».

VI plus ou moins élaboré, dont les formes les plus simples (celles de l'animalcule unicellulaire), ne vont pas sans un certain mode de subjectivité élémentaire. Dans le processus vital, le neurone, pris dans un ensemble de relations enchevêtrées, ne manifeste l'irritabilité qu'avec plus de vigueur et de netteté. Le subjectif, la conscience - ne serait-ce qu'en leurs prémices - sont le résultat direct de la «tension moléculaire» des corps organisés. Le système nerveux ne crée pas l'énergie; ill' élabore, la transforme en influx nerveux électrique, la distribue et la répartit en fonction de ses structures différentielles. Quoi qu'en dise BMb (ou VMB), il se montre, en cela, sinon un disciple, un penseur très proche de l'antimécanisme et de l'énergétisme de son contemporain, le fameux savant et philosophe de Leipzig, W. Oswald dont il tient fermement cependant à être différencié, en l'argumentant longuement7. Comme il tient à ce qu'on ne fasse aucune relation entre lui et les psychophysiologistes (Lasswitz, Sturm, Strump) de ses élèves. Il n'en reste pas moins qu'OS1WALD a été le premier à proclamer que seul l'énergétisme était susceptible de résoudre l'apparente incompatibilité du physique et du psychique. C'est que la notion d'énergie était plus vaste, pour lui, que celle classique de matière (qu'il ne concevait - à la manière de Leibniz - que comme un arrangement spatial des diverses formes et quantités d'énergieS). Elle incluait cependant des groupes définis de phénomènes pouvant se transformer l'un dans l'autre, dans des conditions déterminées; ces transformations réciproques formant elles-mêmes un « groupe ou complexe de faits dont le psychisme serait un aspect ». Un aspect des moins banals des divers enseignements d'Ostwald est qu'il considérait comme puéril de localiser les souvenirs Oa mémoire, dont le moi 1) dans les cellules nerveuses corticales, alors qu'ils correspondent à la reproduction de
7 La théorie d'OS1WALD, qui a pu paraître périmée, ressuscite de nos jours, sous une forme rajeunie depuis qu'ERICH Joas, théoricien de la décohérence quantique, aŒrme « qu'il n'existe pas de particules» et propose des modèles continuistes capables de rendre compte, plus économiquement, des apparences. MICHEL BITBOL n'hésite pas, quant à lui, à parler de la « défunte théorie corpusculaire ». Il a écrit une mise au point limpide sur la théorie quantique des champs, laquelle intègre dans son formalisme la « dématérialisation» impliquée par l'équation relativiste d'Einstein. 8 Cf. son remarquable ouvrage L'éne'l,étisme (Alcan, 1910, 2ème éd.), particulièrement dans les chapitres X Qa vie) et XI Qes phénomènes psychiques).

VII successions temporaires de réactions. De même que, selon lui, on ne peut éliminer le faux problème de la relation psychophysique qu'en ne situant pas la conscience dans l'espace, mais dans le temps (idée dont on retrouvera des analogons chez HENRI BERGSON, CONSTANTINvon MONAKOW, etc.)... Au-delà des divergences avec OSTWALD9, BECHTEREW n'en reste pas moins convaincu que lep.rychismeest consubstantielaux processuspf?ysicochimiques d'un .rystèmecapablede maintenir constantesa forme en se procurant lui-même ses énergies de remplacement, comme de se reproduire et de s'inscrire dans une histoire. Il aff1rme que toute action de l'organisme relève de l'énergie de conduction et de concentration électrochimique et procède du dégagement en force vive des provisions d'énergie résidant principalement dans le cerveau (ou dans des organes qui sont sous sa complète dépendance) en tant qu'accumulateur et volant coordinateur. Aussi bien, « l'activitéconsciente supérieurene se développe qu'à la conditiond'une tensionpotentiellede l'énergielatente dans les centres nerveux les plus élevés; ceux du cerveau ». À travers des détours complexes sur les conditions qui entraînent la tension spéciale de l'énergie dont résulte (ou qu'exprime) le psychique, BECHTEREW reconnaît qu'il entend ainsi « désobstruer la nature du psychisme de toute opinion mécanistico-matérialiste ». Car les mouvements de la matière sont l'expression mais non la nature de l'énergie. Celle-ci, dans son essence, ne peut être seulement une grandeur physique (?) mais embrasse aussi l'immatériel ou psychique à l'état potentiel. Quitte à préciser qu'il ne s'agit pas là, immédiatement, des états de conscience, mais qu'il s'agit de l'état latent qui, servi par les conditions conformes de pair avec les processus de l'état matériel, peut devenir la particularité si caractéristique du psychisme de l'ensemble des êtres organisés en
9 BECHTEREW se refuse, lui, à considérer l'énergie seule (<< dans le vide»). IlIa conçoit comme l'activité d'un milieu condensant de façon indécomposable l'énergie et la masse» (il est évident, qu'en 1903, il ne pouvait connaître EINSTEIN, mais il avait lu, en 1900, un certain SKVORTZOWidentifiant matière, énergie et lumière...). La matière (et ses aspects) est, pour lui, « la forme extérieure de la manifestation du milieu actif; la cause interne de l'état d'activité de ce milieu, nous l'appelons: énergie. Nous distinguons quelques aspects de cette énergie bien qu'au fond dans la nature il n 'y ait [...] qu'une seule et même énergie cosmique [...] sous l'aspect d'un seul milieu actif uruversel ». Là où apparaissaient des transformations, BECHTEREW ne voulait voir, lui, que des manifestations différentes, circonstancielles. On remarquera, en passant, que la molécule (dont notre auteur fera grand cas, sous forme de biomolécule) est un diminutif de « masse ». . .

VIII général, et en particulier des centres nerveux des anunaux supérieurs. Le finale de L'Activité prychique et la Vie y reviendra de façon insistante: la force qui s'exprime dans les mouvements moléculaires manifeste un «fondement X» qui ne peut être inclus dans le concept de matière. Cet X (symbolisant une énergie distinguée de la force proprement dite et qui est, d'une certaine façon, liée à la masse) pourrait nous sembler alors rééditer la vieille conception de « l'âme du monde» des anciens ou - ce qui revient au même - du panthéisme des moderneslo... Si l'option supposée panthéiste de WLADIMIR MIKHAÏLOVITCH reste une question des plus disputables, il n'en va pas de même avec la conviction - fondée sur ce qu'il exprime sans ambiguité - de son pan psychisme organiciste : Tout être vivant organisé,de l'animalculemicroscopique l'homme,possède,à son sens, selon à son niveau évolutif,unejàrme rudimentaireou complexede suijectivité. Pour étonnante que puisse nous paraître une telle aff1rmation, elle était prégnante dans l'air du temps, et bien avant... et ensuite! Elle existait déjà dans la substance simple de LEIBNIZ, la monade, ce point métaphysique doté d'un mode embryonnaire d'appétition et de perception (sinon d'« aperception ») et qui léguera son nom aux premiers protistes connus: de l'infusoire du chevalier de LAMARCK et d'HAECKEL au point, ou monade organique, de la théorie cellulaire d'OKEN, de CARUS, de RASPAIL et de leur postérité. Citons en ce sens, non systématiquement, le large éventail qui va du psychoplasma (ou de la cytopsyché) de E. HAECKEL, et de la mémoire cellulaire de E. HERING (1870), à la centralisation psychique de E. PFLÜGER (1877), à la psychobiologie inférée du comportement des organismes inférieurs selon H.S. JENNINGS (1904), et du pycho-Iamarckisme de A. PAULY (1905) au néomonadisme psychique cellulaire de W. Mc DOUGALL (1905) ; ou encore au vitalisme énergétique de E. RIGNANO (1922), au néoaristotélisme de P. VIGNON (1930) et à la conscience cellulaire de PIERREJEAN, alias G. BUIS (en 1935), etc. Cette opinion reste toujours présente dans certaines conceptions biologiques plus récentes qui se refusent à considérer le comportement des divers organismes élémentaires comme purement mécanique. Ainsi en va-t-il de l'intentionnalité du
10 On sait que, derrière
« flirtait» avec un panthéisme

sa célèbre formule
cosmologique.

E

= mc2,

EINSTEIN lui-même

IX comportement des organismes microscopiques les plus rudimentaires selon E. RUSSEL (1949), de F. J. J. BUYTENDI]K (1952) reprenant, en somme, l'affirmation de J. von UEXKÜLL qui n'hésitait pas à affirmer que « l'animal est un sujet» et que « l'amibe est moins machine que le cheval» ! On pourrait aussi évoquer les rebondissements philosophiques: On connaît le passage de L'évolution créatrice d'HENRI BERGSON (1907) où le philosophe déclare: « Il serait aussi absurde de refuser la conscience à un animal parce qu'il n'a pas de cerveau, que de le déclarer incapable de se nourrir parce qu'il n'a pas d'estomac [...J le système nerveux est né, comme les autres systèmes d'une division du travail, il ne crée pas la fonction, il la porte seulement à un plus haut degré d'intensité et de précision [...J là ou ne s'est pas encore produite [...J une concentration des éléments nerveux en un système, il y a quelque chose d'où sortiront, par voie de dédoublement et le réflexe et le volontaire, quelque chose qui n'a ni la précision du premier ni les hésitations intelligentes du second, mais qui, participant à dose infmitésimale de l'un et de l'autre, est une réaction indécise et par conséquent déjà vaguement consciente ». Quant au métaphysicien original des formes transpatiales et temporelles, RAYMOND RUYER, il affirmait encore en 1964, dans L'Animal, l'homme, lafonction .rymbolique(chez Gallimard) qu'il y avait « quelque chose de puéril à se croire bien hardi d"accorder, en théoricien, la conscience aux protozoaires ou aux êtres vivants les plus primitif, alors que ce sont eux qui, en fait, nous l'accordent ». Il poussait le paradoxe jusqu'à écrire qu' « un protozoaire n'est pas moins mais plus conscient qu'un homme, en ce sens [...J que la conscience est, en lui, coextensive à son organisme, dont elle est l'unité domaniale absolue; tandis que, chez l'homme, la conscience [...J n'est conservée pleine et entière que dans nos domaines cérébraux encore capables de liaisons improvisées comme les protozoaires en mouvement »... S'agissant d'un auteur russe, il nous est impossible de ne pas évoquer ce qu'écrivait A. CHEPTOULINE, l'un des derniers idéologues officiels du soviétisme sur son déclin. Nous pouvons lire dans les Catégorieset les lois de la dialectique(Ed. du Progrès, Moscou, 1978) que: « l'expérience prouvant que les liaisons temporaires existaient chez les protistes, on devait reconnaître un psychisme chez les organismes sans système nerveux ni cortex, quand bien même certains auteurs se refusent catégoriquement de

x
reconnaître l'existence du psychisme chez les arumaux qut ne possèdent pas [...] de cerveau ». BECHTEREW a bien marqué, quant à lui, la différence irréductible entre la fonctionnalité spécifique des cellulesdifférenciées mais non ((p!ychiques)) des organismes métazoaires (comme les cellules intestinales cependant porteuses de cils vibratiles), et le comportementadaptatifglobal, autofinalisédes animalcules...Chez l'animal « supérieur », seules l'organisation neuronale et sa complexification peuvent rendre compte des progrès de l'évolution psychologique dans le cadre des processus énergétiques. Après cette tentative d'exposition du psychoénergétisme moniste généralisé de BECHTEREW,il nous reste à apporter, peutêtre pas accessoirement, quelques compléments, comparaisons, voire interrogations. Nous n'avons pas à évoquer ici ce qui deviendra la psychologie objective que l'étude sur L'Activité p!ychique et la vie précède et à laquelle elle survit. Nous avons dit que la psychoréflexologie trouvera sa base dans la motricité. Cela se retrouve chez BERGSON, JANET, FREUD, comme chez PIAGET, VIKTOR von WEIZSAECKER, SPERRY,LÉONTlEV, VARELA, etc., pour qui, pour ainsi dire, toute psychologie cohérente relève d'une conception psychomotrice. Voyons à présent ce qu'il en est de ce que j'ai appelé le panpsychisme de BECHTEREW. Il me semble, je dois le confesser, difficile d'imaginer les moules douées de psychisme (même BERGSON pensait que celui-ci devait se trouver quelque peu assoupi chez les mollusques bivalves...). Certes, le psychisme de l'amibe comme « survol domanial absolu» d'un RUYER est une belle formule; mais s'agit-il alors d'autre chose que de poésie? Je vois difficilement, quant à moi, comment le psychisme peut être autre qu'une émergence évolutive liée à la complexification organisée, adaptative, et structurée par un système adéquat, de l'irritabilité cellulaire en général11. Son essor me paraît - malgré le conditionnement» (fort discutable) des paramécies lié aux
II

Comme aurait dit F. ENGELS, entre « irritabilité» et psychisme se produit un saut qualitatif. Le concept d'« émergence» est désormais largement reçu, avec ceux de complexification, de développement non linéaire, de bifurcations, etc. Il n'est pas spécifique de la psychobiologie. Je ne vois pas là d'atteinte (non plus que de support), au niveau macroscopique, à la transcription énergétique (au niveau quantique) de la matière.

XI progrès du développement du système nerveux central. C'est la raison pour laquelle je refuse (provisoirement ?) un psychisme, aussi élémentaire soit-il, aux unicellulaires. Notre Russe le refusait bien aux leucocytes malgré leur comportement amiboïde (sous prétexte, il est vrai, qu'ils n'étaient pas, comme le sont les amibes, des organismes complets...) ; il reste juste de remarquer qu'il a émis, à l'occasion, des doutes sur ce qu'il considérait comme «activité psychique élémentaire» soit autre chose qu'un réflexe. Mais laissons cela. Le noyau dur de la pensée de BECHTEREW, c'est le dégagement, sous forme d'activité psychique, de l'énergie latente accumulée dans les centres cérébraux qui en sont le volant coordinateur. Le rôle de la conscience, c'est d'adapter l'organisme au milieu et, surtout, de le traniformer pour satisfaire aux besoins énergétiques, perfus comme tensions ou désirs. Sur ce point fondamental, et pour dégager la ligne dominante de la pensée de notre auteur, je n'ai pas évoqué certaines de ses déclarations qui paraissent, pour le moins, prêter à discussion. Ainsi, écrira-t-il que le psychisme et le physique sont incommensurables mais sont, cependant, deux ordres de phénomènes d'une cause énergétique uniquel2, avant que d'écrire que la vie mentale, les phénomènes subjectifs, tiennent à « une énergie qui met aussi les modifications matérielles du ceroeau, qyant
parallèlement lieu, sous la dépendance desprocessus p!ychiques );13...

Cela n'est pas très clair car BECHTEREW a d'entrée condamné, comme plein d'obscurité, le parallélisme spinoziste où la substance (devenue, ici, énergie) est supposée se manifester sous les modes de la pensée et l'étendue (devenus la révélation simultanée des mondes intérieur et extérieur). De même a-t-il rejeté la merveille de l'harmonie préétablie d'un LEIBNIZ qui seule, pourtant, serait logiquement capable de subordonner idéalement, dans un cadre post-cartésien, le physique au psychique dans la « conspiration» psychophysique. De toute façon, le langage change dès la phrase suivante: « Les énergies physiques qui entrent en jeu à l'occasion de la nutrition du cerveau concourent, avec les énergies physiques qui agissent du dehors sur nos organes
12Cela n'est pas forcément du spinozisme et n'exclut pas, a priori, la coopération ou l'interférence des deux ordres. 13 Formulation assez inédite, puisqu'on dit, plus habituellement, que c'est le psychisme qui est « parallèle» aux événements nerveux et qui exclut, avec l'interaction, toute dépendance...

XII des sens, à l'approvisionnement [...] En l'un et l'autre cas, la

transformation des énergiesprysiques en énergie des centres, s'accompagne, de même que les décharges de celles-ci, des phénomènes sul?jectift de notre conscience. S'agit-il des énergies [...] métaboliques, les phénomènes sul?jectift revêtent l'aspect de sentiments généraux vagues ce qu'on appelle [...J la disposition d'esprit. S'agit-il des énergies d'origine extérieure, les sentiments généraux se doublent de sensations lomlisées... )).

Nous quittons ainsi le parallélisme, au sens le plus étroit, pour une sorte de « conditionnalisme fonctionnel» ; voire pour un genre de concordance, au sens où MAURICE MERLEAU-PON1Y l'exprimait en conclusion de sa célèbre thèse sur La Structure du comportement; ou, plus simplement, d'une « correspondance» non substantielle, mais phénoménale qui ne serait pas sans évoquer «l'occasionnalisme» de l'Abbé NICOLAS MALEBRANCHE... Le tout est de savoir si, dans une forme de pensée prédialectique, cette concordance / correspondance est univoque (cerveau ~ champ de conscience) ou réciproque cerveau ~~ expérience subjective14. À supposer que la solution du parallélisme phénoménal ou de l'organogénétisme soit désormais résolue sans séquelle dans la question des relations psychophysiques, une autre se présente immédiatement. BECH1EREW, plutôt que d'utiliser le terme d'« expression» de l'énergie potentielle des centres pour qualifier la fonction psychique, en parle comme de ce qui « dénonce» cette dernière. Ne tombons-nous pas alors dans une conception épiphénoméniste ? On peut d'autant plus le redouter que, au moins en un passage, notre Russe compare l'activité de la conscience à celle, apparente, de la flamme dont on dit qu'elle cause l'incendie, alors que c'est l'énergie calorique qui la produit à partir d'une certaine intensité qui en est responsable15. Position qui
14Pour m'enfoncer dans l'anachronisme, je ferai allusion (en dehors de la théorie engelsienne, déjà existante, de la rétroaction de l'effet sur sa cause) à la théorie de SPERRY qui considère le rôle régulateur des processus conscients comme réorganisant, de façon molaire, intégrative et configurationnelle, les événements dynamiques, biomoléculaires et cellulairesqui les engendrent. Autrement dit, Ic.r bénomènes p
propm à fensemble dominent

sansdualisme», implique des concepts comme celui d'" d'autode soutenir un ({mentalirme organisation» qui n'existaient pas encore en 1903 ! 15 Cette comparaison n'et pas, à mon sens, très pertinent, car la flamme (si j'en crois l'article épiphénomène exclusive. « Combustion» de L'Ençyc!opœdia Universalis) n'a rien d'un de cette dernière, mais en est une desformes fondamentale, mais non

et restructurentkr professu.rdont iL< sont frsus. Cette vue, qui permet

XIII semble renforcée en ce qu'il distingue le p.rychisme(que d'autres appelleront la cérébrationou l'idéation inconsciente)et la conscienœ, justement selon un rapport d'intensité de l'énergie potentielle. Mais comment comprendre, alors, que ces fameux delatas soient cependant considérés, en tant que conscients, comme exerçantune fonction biologiqued'adaptation,de survie, de direction,d'ordonnancement, e d transformation,etc. ; qu'en tant que subjectifs, ils soient faits signes d'appréciation de la valeur des phénomènes vis-à-vis de l'organisme et permettent de choisir ceux qui nous sont les plus avantageux? Non liquet! Par contre, si l'expression psychique qui guidera notre conservation provient (et se manifeste) grâce aux phénomènes métabolico-énergétiques complexes de notre physiologie nerveuse, il n'y a aucune difficulté à admettre que nous ignorons d'où nous viennent nos idées ou la première impulsion de notre volonté. Car la vie psychique n'a pas pour fonction, même dans l'introspection de ses états, de pratiquer l'endoscopie de ses fondements physicochimiques et énergétiques, mais de scruter ce qu'elle ressent ou « éprouve» (comme faim, désirs sexuels, etc.). Il faut bien arriver à conclure. Parti de la conviction, ici maintenue, que BETCHEREW n'était nullement réductionniste en
intention et qu'il n'entendait ôter au p.rychisme aucun de ses privilègesjusqu'à le considérer - sous sa forme consciente - comme le garant de notre existence;

convaincu aussi que ses méthodes objectivistes étaient un procédé méthodologico- pratique et non une position dogmatique; sa lecture peut cependant entraîner quelques embarras du fait qu'il puisse sembler que des points de vue ambigus ou contradictoires se chevauchent dans son argumentation. Ces divergences intrinsèques, difficiles à lever sans reste, sont possiblement l'une des raisons qui ont fait que les psychiatres français, ses contemporains, ont peu tenu compte, à l'exception près, de sa tentative pour définir les assises générales du psychisme, alors qu'ils ont fait grand cas de La p.rychologie oq'ectiveet des Principes généraux de réflexologie humaine. Soit pour s'en enthousiasmer, soit pour s'en indigner... Il reste d'ailleurs extrêmement mystérieux pour moi que les comportementalistes contemporains ne citent jamais, à ma connaissance, (EYSENK, WOLPE), ce véritable précurseur, psychiatre thérapeute polymorphe de talent, alors qu'ils se réclamèrent - au moins au début - du grand physiologiste 1. P. Pavlov, qui ne s'intéressa que fort tardivement à la psychiatrie, à l'occasion des troubles apparus

XIV lors du conditionnement salivaire canin, qu'il assimilait aux données de la clinique humaine« élémentarisée »16... Quoi qu'il en soit, pour nous en tenir à la conception de BECHTEREW (en l'admettant comme une donnée indiscutable, et à supposer qu'elle ne fasse aucune difficulté dans la façon dont ilIa formule) que le p!ychisme exprimait, ou correspondaità la dépense de l'énergiepotentielle accumulée dans les centres, alors nous sommes renvoyés inexorablement à la question. S'agit-il là d'une véritable explication du « grand mystère» ou seulement d'une simple constatation defacto? Dans le cas présent, la constatation du fait qu'il y a expression, ou correspondance, entre ce que notre homme maintient lui-même différentiellement comme les aspects extérieurs et intérieurs, objectifs et subjectifs du vivant. Ces deniers exerçant d'ailleurs une fonction biologique toute particulière (singulièrement chez l'homme, où ils vont se développer sous les formes de l'intellect et de la volonté)... WLADIMIR MICHAÏLOVITSCH n'a pas trouvé le Graal, mais peut-être est-ce simplement que celui-ci n'est qu'un mythe (ou, ici, une séquelle pernicieuse du dualisme) et que la science pure n'a pas d'autre but que d'appréhender les apparences manifestes pour en chercher, par la précision progressive de leurs conditions ou terrain d'apparition, les lois, relations et corrélations, comme l'ensemble des latences qui les soutiennent; quitte à pratiquer quelques décentrements et à émettre des hypothèses provisoires. Si l'on s'en tient à ce point de vue épistémologique, BECHTEREW n'aurait pas démérité en suivant - tel qu'on pouvait entrevoir les choses en son temps dans le contexte de l'hypothèse
16 Notre auteur, lui aussi, « parcellisait» certaines conduites de l'enfant supposées directement impulsives (onanisme, vol, énurésie...). II utilisait alors une méthode simple de conditionnement, plus ou moins aversif, ou une méthode jouant sur les conduites liées au principe du plaisir/déplaisir, mais dans le cadre d'une verbalisation d'accompagnement nous paraissant suggestivement « interdictricesurmoïque ». Ce qui explique, peut-être, qu'au lieu d'un petit choc électrique, le son banal d'une cloche puisse servir à la suppression de la mauvaise habitude (par son évocation de la désapprobation intimidante de l'adulte qui a proféré l'injonction?). II faudrait reprendre les protocoles de BECHTEREW et les soumettre à la réflexion des spécialistes contemporains de la thérapeutique cognitivo-comportementale. Ce qui, pour le moment, paraît un vœu utopique. ..
POffr les cas plus complexes, le même, bien que réticent devant la théorie de la libido, faisait (( grand cas de la méthode freudienne dite des associations libres » de la parole pour retrouver les enchaînements événementiels dont résultai/(( l'enrqyement » pathologique (( d'un désir par le complexus du moi » et le rendre à l'inhibition volontaire.

xv
métaboliques, les éléments électrochimiques qui contribuaient à l'entretien de la vie des centres, de leurs charges et décharges, en cherchant en quoi ils font fonction (au sens mathématique) avec la vie psychique dont ils sont à l'évidence le substrat.

énergétique - les transformations

JACQUES

CHAZAUD

PRÉFACE DE L'AUTEUR

Pendant longtemps et jusqu'à une époque qui n'est pas éloignée de nous, le psychique a constitué pour le naturaliste un phénomène inaccessible à toute recherche exacte. Par suite, les questions se rattachant à son étude n'étaient point entrées dans le domaine de la biologie; les biologistes se confinaient dans l'examen des phénomènes mécaniques de la vie. Par contre, la p.'3ychologie, faisant une large application d..e la méthode de l'auto-obse~'vation, était devenue la .science exclusive de la conscience, la science des phénO?nènes sub,jectifs, rigoureusement séparés des processus 1naté'i~iels de l'organisme. La biologie et la psychologie suivaient par conséquent des 'voies divergentes. Aussi les problèmes les plus essentiels de la vie étaient-ils jusqu'alol's demeurés insolubles. Et cependant les processus psychiques ne sont pas purement subjectifs; ils présentent tous un côté objectif. L'étude objective du psycltique, que J'ai traitée en détail dans mon travail « La psychologie objective et son but (1) »),incarne en réalité un pro(1/ Wicstnik psichologii, hipnütizma i criminalnoï 1905. Revue scientifique, 1906. antropologii,

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VI-

blème d'une importance (~onsiderable; elle élève la psychologie à la hauteul" d'une science natul~elle dans la veritable acception de ce mot; elle en fait une branche de la biologie. La psychologie objective ne rapetisse nullement la valeur des manifestations subjectives du psychique en tant que base des mobiles interieurs des actes; mais elle met en evidence le rôle de l'energie de l'organisme dont tout acte est la manirestation) dont toute action procède du degagement de l'ene1'gie en force vive. Elle montl~e que les provisions de l'energie organique résident principalement dans le cerveau et partiellement dans les muscles et les glandes. D'ailleurs muscles et glandes ne sont que des organes subalternes, sous la complète dependance du système nerveux; la preuve en est que lorsqu'ils sont sépares du système nerveux ils degénèrent et meurent. Il s'en suit que le système nerveu[J} est l'accumulateur de l'énergie (le reserve de l'organisme, qui se convertit en (01'ce vive; ill'en~prunte aU[J) organes récepteurs qui, eux, sont les véritables transformateur,,; des énergies extérieures de la nature. Sans doute la vie des O1'ganismes les plus simples qui, à l'intérieur de leur protoplasmade même que dans l'embryon phylogénétique,contien, nent les linéaments du développement /,utur des êtres organisés complexes, est possible sans l'intel~verl,uon du sy:)tème nerveux, ce qui du l'este n'exclut pw; chez eux la possibilité de manifestations psychiques; mais il n'en est pas moins indubitable que es organismes supérieurs, qui bénéficient du pl'incipe de la division du travail, de sa répartition entre les divers organes, ne peuvent vivre que grâce

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VII

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au système nel~t'eux. C'est lui qui, cumulant les fonctions de volant cOOl'dinateur du jeu des organes de l'économie et d'accumulateur sup1~ême de l'énergie de résel've, tient sous .'3a (Zépendance les relations de l'organisme avec le monde ambiant, l'opportunisme pl>atique de son acUvité, lui assurant ainsi les conditions les plus favorables el son existence. Laisserions-nous même de côté les questions du psychique des organismes rudi'mentaires, qui d'ailleurs s'évanouissent quand nous appl'enons à étudier les manifestations du psychique sous leur angle objectif, que nous serions malgl'é tout cont1~aints d'a'vouer l'extrême intimité des corrélations qui unissent entre eux la vie et le psychique, dérivés qu'ils sont de la provision d'énergie. C'est à l'éclaircissement des diverses questions conr::el~nant les rapports 'réciproques des phénomènes biologiques et des processus psychiques de l'organisme, dans la mesure où ces derniers peuvent êtJ'e évalu,:s par leur face objective, qu'e:-t consacr(J le présent ouvrage. Deux mots maintenant de l'édition française. En 1903 paraissait la ljremière édition russe et sa traduction en allemand (1); moins d'un an après eUe exigeait une seconde édition en langue r'/.,tsseconsidérablement augrnentée et même en certains passages corrigée, parce q'ue, par malheur) dans les deux "textes russe et allemand, il s'était glissé des inexactitudes dans l'exposé des idées de l'auteur,

(1) Die Enorgie des lebenden Organismus gische Bedentung.

und ihre psycholo-

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permettant une interprétation erronée de se.,; opinions. L'édition française actuelle complète elle-même et rectifie les développements de la seconde édition russe j très claif'ement rédigée pm' le Dr KERAAL, V elle laisse par conséquent bien loin derrière elle l'édition allemande dénuée désormais de toute valeur scientifique, je tiens à le proclamer.
W. BECRTEREW. Saint- Pétersbourg. Octobre 1906.

CHAPITRE PHEMlEH

Opinions philosophiques
de l'activité

sur la nature
mentale.

Le monde intérieur de l'homme, qu'on désigne en philosophie sous le nom d'âme ou d'esprit, que les philosophes appellent conscience ou communément sphère psychique, constitue un des phénomènes qui ont toujours eu le privilège de captiver la curiosité de l'intelligence humaineen quête d'investigation. C'est ainsi qu'on peut expliquer la multiplicité des opinions qui, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, se sont sans cesse créées Sur la nature de l'âme et sur ses rapports avec le corps; elles s'appuient presque exclusivement sur la méthode spéculative. Toutes ces opinions se ramènent en somme à deux principales; l'une que l~on peut qualifier de dualistique ou en un seul mot de dualisme; l'autre qui mérite le nom de monistique ou de monisme tout court. Le dualisme suppose l'existence de deux substances indivisibles subordonnées l'une à l'autre, qui représentent l'esprit et la matière. Le monisme dit qu'il n'existe
BECIITEREW j,ÉRA VAL 1

-2qu'une seule subslance qui se manifeste, soit comme esprit, soit comme matière, soit encore à l'étaL d'esprit et de matière simultanément. En ce dernier cas, l'esprit et la matière fusionnent indissolublement unies, ne forment qU'mie seule substance insécable. Ces distinctions entre la substance fondamentale de l'âme et du corps ou matièrè dissocient finalement la théorie du monisme en trois acceptions cosmiques séparées: l'une devient le monisme spiritualiste ou spiritualisme au sens étroit du mot; la seconde, c'est le matérialisme; la troisième est représentée par le monisme pur ou proprement dit.

Le dualisme, connu sous la dénomination de spiritualisme dualistique, considère l'esprit et la matière comme deux substances dont la nature est opposée. Le corps possède l'extensibilité, mais il n'est pas doué de connaissance. L'âme au contraire, privée d'étendue, est la substance sentante. Le corps est subordonné aux lois mécaniques; l'âme obéit aux lois psychologiques. Ces deux substances, qui n'ont entre elles rien de commun, ne sont liées que par la forme extérieure, et, sous cette forme, le corps est subordonné à l'âme, maîtresse de la volonté, qui, en tant qu'élément supérieur, indépendant, disposant de lui-même, gouverne le corps. PLATONapparaît comme le premier créateur de cette théorie; il doit être en même temps regardé comme le premier maître qui, s'affranchissant des opinions matérialistes de l'antiquité, professa pour la première fois que l'âme était un principe immatériel, dirigeant le corps.

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Parmi les représentants les plus en vedette, à une époque bien plus tardive, de cette doctrine, DESCAHTESmérite une attention particulièreJ en ce sens qu'au xvue siècle il l'éleva à la hauteur d'un système philosophique rlgoUt'eux. Non seulement le système de Descartes fut ultérieurement développé par ses suecesseurs immédiats, mais il reçut par la suite un inappréeiable appui de l'école de WOLF qui le propagea largement dans les classes cultivées.

Le spiritualisme émané du monisme dont il constitue une des variétés n'admet, nous l'avons vu, l'existence que d'une substance connue de nous composant J'âme ou esprit. La matière et le corps sont des apparences que nous ne percevons qu'en vertu J'états partieuliers de notre conscienee ou esprit. La matière, d'après cette manière de voir, n'est, par suite, que le produit de la création de la pensée ou de l'esprit; elle est le fruit de notre observation intérieure; elle ne nous apparaît, ne se manifeste à nous qu'en vertu d'une sorte d'illusion dont nous sommes le jouet. Cette théorie s'appuie prineipalement sur le earactère immédiat de notre apereeption ; nous obtenons immédiatement, direetement, la eonnaissanee de phénomènes, d'aspeets que nous trouvons en nous-mêmes, et qui seuls, si l'on en eroit les spiritualistes, peuvent être aeeeptés comme dignes de foi. Quelques-uns des représentants de eette opinion, comme LElBNITZ, lIEHBART,et les sueeesseurs de KANT, FICRTEet HEGEL, se sont efforcés de développer la notion

-4de l'essence ou substance, démontrant par là la réalité du monde incorpot'el en dehors de nous, d'une part, et d'autre part, la complète indépendancè du monde intérieur de chaque individu. A les entendre, l'univers a dû être composé d'un nombre déterminé de substances simples indivisibles qu'ils ont nommées monades. Parmi ces monades ou substances simples qui constituent le monde extérieur, l'âme forme une monade à part. Le représentant le plus marquant de cétte modalité du spiritualisme fut LEIBNITZ; pour lui, l'âme, en tant que monade, est incomparablement au-dessus des monades du corps qui lui sont subordonnées. En ce qui concerne les rapports de l'âme et du corps, ce fut, par,mi les spiritualistes, HERBART qui s'occupa le plus de cette question. De même que LElBNITZ, il admit que l'âme occupela première place entre les autres substances simples. Il expliqua en outre toutes les manifestations phénoménales du monde extérieur par l'action réciproque des substances simples, chacune d'elles tendant à sa propre conservation, en même temps qu'elle s'efforce d'agir sur les autres. De cette lutte entre l'âme qui s'efforce de maintenir son intégrité et les autres monades qui agissent sur elle résulteraient les conceptions, les représentations mentales. Des rapports affectés par les concepts entre eux, HERBART déduit tous les phénomènes a de notre monde intérieur. L'âme, d'après cette théorie, constituant une substance indivisible, il n'est pas difficile de s'imaginer pourquoi, sous l'intluence d'une telle doctrine, a surgi l'idée que l'âme devait être placée en quelque point du cerveau auquel se rendraient toutes les fibres de l'organe, et qui recevrait ainsi toutes les excitations parties de la périphérie du corps. Par suite d'on ne sait quelle étrange faveur,

-5on la 10ca1ise à une certaine époque dans la glande pi,néale (théorie de DESCARTES), our, à un autre moment, p non moins étrangement lui affecter le domicile de la glande pituitaire. Les recherches anatomiques et physiologiques ayant ultérieurement révélé l'absolue contradiction de cette localisation avec les résultats scientifiques, on adopta une manière de voir tout aussi bizarre: l'âme selon les besoins passait d'un endroit à un autre, prenant ainsi 'part aux diverses opérations qui s'accomplissaient en telle ou telle région du cerveau. KANT,taxant d'innées ou de transcendantales certaines idées qui forment pour lui la propriété inaliénable de notre esprit, fit de leur association dériver les autres idées abstraites. Bien que KANTne puisse être regardé comme un représentant du spiritualisme au sens strict du mot, quelques-

uns de ses disciples, comme FICHTE tire le « non moi» qui ou objet de la pensée de la nature du « moi )) ou sujet,
comme aussi HEGELqui identifie la cogitation, l'action de penser à l'existence, sont de purs spiritualistes: Sous l'influence de ces philosophes, la doctrine spiritualiste atteint son apogée; non seulement alors elle cesse d'emprunter la matière de ses spéculations aux données de l'observation et de l'expérience, mais elle en arrive à <.onsidérer tous les faits puisés à la source de l'observation et de l'expérience comme un lest inutile tout simplement nuisible à la méditation, qui, par suite, empêche de comprendre correctement les choses. Le professeur ZIEHEN(1) caractérise très justement les
(1) Ziehen. Otnoschénié mosga k clouschewnoï cliéiatelnosti. Saint-Pétcrsbourg, 1U02. Traduction russe. Rapport du cerveau avec l'actiYilé mentale.

.- aadeptes de cette philosophie. « Ce sont, dit-il, des philosophes qui actuellement encore se perdent en rêveries fantaisistes sur l'absolu et qui, pai' les tours dé passepasse de leurs raisonnements spécieux, tirent de lellr absolu le monde entier et quelque chose ehcore. Ce sont les dignes héritiers d'flEOcÉL qùi de ses spéculàtions fIvait dédùit qUe les astres sont non des corps célestes, mais des points liitnineux abstraits
«

ùne grandeùr mathéma-

tiqlle éclâifahtè » ; qUe les tffinias résultent d'un « relâcheIi1tHit})de l'organisme dont une partie se détache pcHir vivre indépendante; que lèS hénHrties stint de pûres inventions des physiologistes; qUe la sensibilité n'est que

le « frissotltlement iIitérieur tiu principE!vitâl »; que la
reprodtiëUtln est un ISlémenthégatif en tant que simple accident momentané de la sensibilité..., et tutti quanti. « De telles tendances rendent superflue torttè pbllSiuiqUé scieritifique; elles s'évanouiNmt :lUsouffle de la vUlgarisation des sciences naturellés. Il serait du l'èste ihjuste d'en faire ramoutel' la responsabilité à KAN'!'; l'his-

toire des étapes de la philosophie ne le permettrait pas. Elles n'ont avec lui rien de commun. C'est ce qti'a splendidement représenté uim vièillè grâvure : KANT€!St mort et monte àu ciel en balloh, tandis qtle HIWELet consorts, contemplant le ballon qui s'élève, tendent vers lui leurs mains supplÜwtes. Mais KANTne leur jette tièh qUé sa perruque, sa canhe etc... et en effet c'est là tout ce qu'ils ont retiré de la théorie de KANT.})

. Il est indispensable de rappeler en cet endroit une émanation particulière du spiritualisme qui mérite le nom d'idéalisme, Comme le spiritualisme proprement dit, la

-7doctrine idéaliste part de ce principe que nous n'avons été dotés que d'opérations, de processus psychiques, c'est-à.-dire de sensations dont le produit ultérieur a été le concept, la représentation mentale. Nous sommes, d'après cette doctrine, incapables d'aller plus avant dans la représentation du monde extérieur. En admettant
« l'existence de choses matérielles»)

qui constitueraient

la base des phénomènes ou aspects manifestés, Ihwl' commettait une faute de logique, pliisqu'il acceptait comme cause de ces phénomènes un élément sis en dehors d'eux, alors que le mental est dans l'impossibilité de constituer quoi que co soit d'absolument distinct de lui, c'est-à-dire de matériel. Celte théorie exige donc que nous « restions » toujours et uniquement dans la sphère psychique; aussi la philosophie de ce genre a-t-elle reçu le ham d'immanente. L'idéalisme repousse également la localisation de nos sehsations dans le cerveau, l'hypothèse de l'intrajection, comme disent les philosophes. D'après cette théorie, nos sensations et représentations ne dépendent de certaines parties du cerveau que sous le rapport de leurs propriétés, sans y occuper un espace matériellocalisé; point n'est besoin d'admettre que la sensation a lieu dans l'écorce cérébrale d'oÙ elle doit être de nouveau projetée dans l'espace, c'est-à-dire en dehors de nous. Il suffit de reconnaître que la sensation est toujours située en dehors de nous, à l'endroit même oÙ se trouvent les objets visibles, sonores, palpables. Nous vivons par conséquent dans la sphère de sensations qui, tout en dépendant exclusivement du cerveau, sont situées en dehors de nous; on est ainsi obligé d'admettre la réalité des mêmes sensations que la philosophie moderne soumet à l'analyse. Leur dépendance cérébrale a pu même être taxée de réaction, d'action en retour de l'écorce du oer-

-8veau sur la sphère des sensations. « Cette action en retour suit, d'après ZIEHEN, des lois définies, aussi absolues certainement que les lois natureHes. Mais elles se distinguent des lois naturelles en ce qu'elles échappent aux procédés d'enregistrement de la vitesse dans le temps et l'espace. )) « La théorie idéaliste, dit à un autre endroitZIEHEN (1), n'accepte pas sans réserves qu'il y ait opposition entre la matière et l'esprit. Elle pose la question préjudicielle que voici en manière de critique. A-t-on jamais surpris à l'état primordial une série matérielle et une série psychique à côté l'une de l'autre? L'idéalisme répond négativement, et il a grandement raison... C'est au demeurant une doctrine simpliste que celle qui, quand elle parle de feu, de bois ou de tout autre objet; conçoit toujours ce qu'eUe voit et sent, en un mot des sensations; et a par suite des choses une intuition vraiment bien plus étendue que ne veut l'avouer la métaphysique». La paternité de cette théorie doit être attribuée au philosophe anglais BERKELEY; son représentant moderne est SCHOUPPE; la psychiatre ZIEHENdoit être compté parmi ses adeptes.

-A côté du spiritualisme s'est développée une école qui en est tout le contraire; c'est l'école matérialiste, pour laquelle il n'y a pas d'esprit, pas ,d'âme ; il n'existe dans l'univers que matière ou substance pondérable. Le matérialisme est en somme une des vieilles opinions philosophiques. Les philosophes de l'antiquité tels
(1) Professem Th. Ziehen. Lococitalo, p. 56.

-9qU'ANAXIMÈNE, ANAXAGORE, DIOGÈNE d'ApOLLONIE, HÉRACLITE, etc. comprenaient subtile qui, contenue poumons avec dans

sous le nom d'âme une matière
la poitrine, pénétrait dans de la naissance. les moment D'après

l'air au

celte théorie, l'air chaud

qui est renfermé

dans la poitrine

ou pnewna constitue la base non seulement de la vie,mais de l'âme. Quant au siège de l'âme, on a admis tantôt les poumons, tantôt le cœur (ARISTOTE); on l'a aussi fixé, soit dans les cavités cérébrales (HÉRACLITEet après lui, GALIEN),soit dans les couches superficielles du cerveau (EIlASIS'fIlATE autres). Il convient au surplus de ne pas et oublier qu'entre le maté:.'ialisme de l'antiquité et les théories matérialistes postérieures il existe une différence considérable. Tandis que les anciens comprenaient sous le nom d'âme une matière subtile spéciale qu'ils ne distinguaient de la matièrfJ brute ou substance que par la quantité, et qui, pour eux, était unie à celle-ci d'une manièl'e toute extérieure, le matérialisme moderne revendique essentiellement l'existence d}un lien étroit entre les domaines corporel et incorporel de l'organisme; le second serait entièrement redevable au premier de son origine. L'âme dans cet ordre d'idées devient une dos manifestations de la matière organisée" voire le produit direct de l'activité cérébrale. Quant à sa nature, elle est le résultat du mouvement moléculaire des particules de la matière, de même que le son résulte des vibrations d'une corde. Au XVIIesiècle, le matérialisme trouve en la personne de HOUBSun de ses représentants avoués, il n'admettait de réel dans l'univers que les corps artificiels et naturels. Au xvme siècle, c'est, comme l'on sait, DE LAMETTRIE(1),
(1) De la Mettrie. Histoire de l'âme, 1745. Voy. aussi son ouvrage Sur l'Homme machine. 1.

- ibllELvETIUS, et HbLBACH,qui en sont les metteùrs en scène. Enfin au xixe. siècle, avec les derniers progrès de la physiologie moderne; le rhatérialisme fMt de nouvelles recrues autorisées, notamment en Allemagne, avec BUCHNER,'MOLESC1!o1"r, VOGT, ainsi qu'en d'autres pays civilisés. Il convient d'envis1iger que pour quelques matérialistes, le psychique, dérivant du physique, n'ajoute rien à ce dernier; le déterminisme des phénomènes dépend en effet exclusivement de lois physiques, tandis que les phéno. mènes psychiques se contentent d'accdlnpagner les phénothènes physiqrtes sans leur rieri ajouter de nouveau,sans y rien changer. Par suite en l'espèce, le psychique est tout bonnement un épiphénomène du physique. . Pour J. SOUHY(1), par exemple, « Descartes avait en somme raison: tous les êtres vivants ne sdnt que des automates. Son erreur a été de tirer l'homme de ia foule innombrable de ses frères inférieurs. Les processus psychiques inconscierits oh conscienls n'en sont pas moins toujours automatiques. La conscience qhand elle existe ,n'ajoute rien à ces processus, pas plus q~e l'ombre au corps. » Le monisme enfin, all seils propre du mot, admet l'existence de l'esprit comme de la matière j ce ne sont pas des principes opposés, comme l'enseigne le dualisme, au contraire, ils se montrent unis entre eux. Cette déclaration de t'unité, de l'union de l'esprit et de la matière implique qué la nature entière est imprégnée par l'esprit et c'est à ce titre que le monisme ci parfois été appelé panthéisme. C'est SPINOSAqui au XVIIesiècle a le mieux rendu cette opinion en prêchaIit l'unité de l'essence ou de la substànce.
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(1) J. Soury. Le système nerveux central. Piths, 1899, p. 1778.

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'On la retrouve au XVIIIe siècle dans les doctl'ines des déistes angJais et fl'ançais qui divinisent la nature; elle réappal'aît au XIX"siècle dans l'enseignemeIitde quelques philosophes de l'école de KANT, tels que SCHELLING avec son « sujet-objet », SCHOPENHAUER, HAR'l'l\IANN autres. et Parmi les. naturalistes~ HAECKEL avec ses « âme'3 cellulaires» incal'l1e le monisme pur. D'après lui, il n'existe que des atomes qui, doués d'extensibilité et de mémoire, contiennent par conséquent en enx l'élément dh physique et celui du psychique. Ces idées se réfléchissent sur bien d'autl'es auteurs et,

parmi eux, sur J. SOUHY « La question de l'origine et (1).
de la nature des phénomènes psychiques est, suivant lui, au fond réductible à celle 'de l'origine et de la nature de

là vie. » Le monisme a en, d'après SOURY,le grand :né.
rite d'avoir cherche à supprimer l'opposition traditionnelle du corps et de l'âme, de la matière et de l'esprit, paul' les considérer comme les deux aspects d'un seul et même fait, comme l'apparence subjective et objective d'un seul et même événement, comme les modes d'une seule et même substance qui ne nous paraissent autres que parce que nous les connaissons différemment. « Pour expliquer l'origine de la vie et celle de ses propriétés psychiques, on a dû étendre aux derniers éléments de la matière considérée comme la substance, comme l'être unique et universel, les propriétés supérieures que manifestent les êtres composés précisément des niêrhes éléments. Si l'agl'égat est sensible, cela signifie que la sensibilité était en puissance dans les parties qui le col1Stituent. On inclihe donc à admettt'e que toute matière set'ait au moins en puissance capable de sèbtir et que,
(l)J. Gamy. Lac. citat., p.IÎG3.

- 12dans certaines conditions, cette sensibilité latente passe à l'acte. » « Cette obscure tendance à sentir et à se mouvoir d'après certains choix inconscients se manifesterait dans les atomes, dans les molécules, et surtout dans les plastidules du protoplasma. » « C'est ainsi que, en outre qes propriété~ mécaniques, physiques eL chimiques, les dernières particules de la matière possèderaient aussi des propriétAs d'ordre biolog-ique telles que la faculté de sentir, de percevoir, dé se mouvoir.
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n faut remarquer que les opinions sus-désignées, encore qu'elles aient actuellement leurs représentants au sein de la philosophie pure, entrent sans exception, refoulées par une sévère critique, dans le domaine de l'histoire, car chacune d'elles se heurte à des obstacles insurmontables. Ainsi le dualisme ou spiritualisme dualistique éprouvA un embarras majeur à expliquer l'action de l'âme sur ]e corps et réciproquement. Il est évident que, si l'on pro~ fesse que la nature de l'esprit est opposée à celle de ]a matière, il est impossible d'admettre qu'ils puissent agir l'un sur l'autre, qu'il puisse y avoir réciprocité d'action entre eux. C'est pour cela que les spiritualistes à tendances dualistes ont édifié sur ce thème les hypothèses les plus bizarres. Par exemple; les Cartésiens ont dû aboutir à cette conclusion paradoxale que chaque acte de l'action réciproque de l'âme sur le corps et inversement s'accomplit par l'intervention de puissances surnaturelles ou de Dieu (occasionnalistes). Grâce au dualisme est

- 13apparue la singulière hypothèse de LEIBNITZ sur ['harmonie pçéétabtie, d'après laquelle en nous-mêmes est tracée d'avance une marche parallèle des opérations physiques et des opérations psychiques. Quant au monisme spiritualiste ou à l'idéalisme, nous avons déjà vu les innombrables difficultés que l'on l'en. contre quand, à raison de l'impossibilité de localiser l'âme, il s'agit d'admeW'e son déplacement. On a de plus émis des objections de poids contre la thèse que l'âme constitue une s).1bstance simple. D'autre part, la théorie spiritualiste qui ne reconnaît l'exist~nce dans la nature que du seul spirituel et nie l'existence de~ choses matérielles, d'après laquelle toutes nos représentations mentales sur le monde matériel se. raient de pures illusions résultant d'efl'eurs sensorielles, cette théorie est en telle contradiction avec les données fournies par l'observation et l'expérience qu'elle a toujours semblé erronée à l'immense majorité de ceux qui ne possèdent point un grand penchant à philosopher. En effet, de ce que nous ne percevons le monde extérieur que par des intermédiaires, il est assurément impossible de déduire l'idée que ce monde n'existe point; il serait plus acceptable de penser que nous ne percevons pas les manifestations du monde extérieur telles qu'elles sont en réalité. En ce qui concerne l'idéalisme immanent, si l'on s'en tient à l'asset,tion que les sensations sont situées en dehors de nous et qu'e11es ne dépendent que du cerveau, celte théorie laisse sans réponse la question de savoir comment et en quoi les sensations dépendent du cerveau. Il est n'est-ce pas impossible de s'imaginer cette dépendance sans une action exercée directement ou indirectement sur le cerveau d'une faç0!1 quelconque par les objets