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L'Adamaoua Trésors culturels et patrimoniaux Tome 2

De
242 pages
Détaillé et documenté, cet ouvrage constitue une invite à un voyage à travers cette partie du Cameroun, pour découvrir le mystérieux lac Tison, dans les environs de Ngaoundéré, le lac sacré Sem-Sem des rois tikar à Bankim, les gigantesques et tumultueuses chutes de Lancrenon, la source thermale de Wouldé, les sources de la Sanaga près de Meiganga, le "fauteuil des singes" à Tignère, etc, une "malle au trésors" naturels et culturels avec ses personnages de légende.
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Adala Hermenegildo
L’ADAMAOUA
TRÉSORS CULTURELS ET PATRIMONIAUX
Sites naturels et culturels, personnages de légende
L’ADAMAOUA Détaillé et documenté, cet ouvrage constitue une invite à un voyage
à travers cette partie du Cameroun, pour découvrir le mystérieux lac
TRÉSORS CULTURELS ET PATRIMONIAUXTison, dans les environs de Ngaoundéré, le non moins lac « magique »
Mbella Assom, près de Tibati, le lac sacré Sem-Sem des rois tikar à
Sites naturels et culturels, personnages de légende Bankim, les gigantesques et tumultueuses chutes de Lancrenon à une
centaine de kilomètres de Meiganga, la source thermale de Wouldé
sur la route de Mayo-Baleo-Kontcha, les sources de la Sanaga près de Tome 2
Meiganga, de la Bénoué au lieudit « grande falaise » de Ngaoundéré,
le « fauteuil des singes » à Tignère, les célèbres grottes nyem-nyem du
Mont Djim à Galim-Tignère, les fabuleuses grottes de la chaîne Ngaw
Mboum et le siège de la reine Mavoulougou (la seule et unique femme
ayant commandé pendant un certain temps la communauté mboum) à
Ngan-Ha, la vallée du Yim dans le massif Tchabbal Mbabo, considérée
comme la zone « la plus enclavée » du Triangle national etc.
Cette région ne fascine pas seulement par sa fastueuse « malle aux
trésors » naturels et culturels, mais également par ses personnages de
légende, qui ont, chacun dans un registre qui lui est propre, écrit de belles
et somptueuses pages de l’histoire et de la chronique évènementielle de
l’Adamaoua…
Adala Hermenegildo est un ancien directeur de la
promotion culturelle et artistique et un ancien délégué
provincial (régional) de l’information et de la culture, puis
de la culture, pour l’Adamaoua. Il est coauteur du livre
Peuples et cultures de l’Adamaoua, paru aux éditions
ORSTOM, en 1993.
Illustration de couverture :
paysage de l’Adamaoua, Photo Mincom, 1990.
ISBN : 978-2-336-30974-3
25 €
L’ADAMAOUA
Adala Hermenegildo
TRÉSORS CULTURELS ET PATRIMONIAUX
Sites naturels et culturels, personnages de légende






L’ADAMOUA
Trésors culturels et patrimoniaux
Tome 2





















Adala Hermegildo











L’ADAMOUA
Trésors culturels et patrimoniaux


Sites naturels et culturels, personnages de légende

Tome 2
























Du même auteur



L’Adamoua. Trésors culturels et patrimoniaux. Peuples, traditions et identités
culturelles. Tome 1, L’Harmattan, 2015.
Peuples et cultures de l’Adamoua (dir.), ORSTOM, 1993.






























© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-30974-3
EAN : 9782336309743
INTRODUCTION
L’Adamaoua est une région de mille et un sites, naturels et culturels, les uns
étant aussi fabuleux que les autres. C’est ça, en tout cas, l’essentiel, en ce qui
concerne le contenu du présent volume. Mieux : les sites officiellement
identifiés ou recensés jusqu’à ce jour ne représentant en réalité que la face
visible de l’iceberg, nos multiples et incessants voyages à travers un peu plus
de neuf cent cinquante villages et localités dans l’immensité adamaouaïenne,
nous auront ainsi permis de voir, de contempler, d’admirer, de toucher du doigt,
certaines de ces « nouvelles » merveilles, inconnues, inexploitées, voire
inexplorées…
D’où l’invite dans les pages qui suivent à ce voyage-découverte à travers
paysages, monts et vaux, lacs et rivières, grottes, failles et falaises, bleds,
localités, villages, bourgs, cités urbaines, disséminés dans toutes les unités
administratives de l’Adamaoua.
On l’aura compris : dans l’Adamaoua, les trésors culturels reposent sur un
patrimoine riche et varié. Le mot patrimoine renvoie ici, aux sites naturels :
montagnes, grottes, cours d’eau, villages, cités urbaines…
Sans oublier les acteurs culturels : artistes, hommes de culture, gardiens de la
tradition, figures historiques, et la liste est vraiment loin d’être exhaustive… Et
si l’on ajoute le patrimoine culturel dit « matériel », avec tous les monuments
historiques disséminés à travers cette vaste région, dont les palais royaux, et les
édifices ou bâtiments coloniaux ayant une « histoire », la « chasse » aux trésors
peut paraître longue, difficile, épuisante, mais en fin de compte, très excitante !
Heureusement, toutes les merveilles révélées par le patrimoine culturel
« matériel », « immatériel » et naturel de l’Adamaoua, tout cela, et c’est notre
intime conviction, mérite beaucoup mieux qu’une « présentation » sommaire,
rapide, certes utile mais quelque peu « fade ».
Ici, les géographes sont unanimes. A commencer par Jean Bosco YET
GANG qui décrit l’Adamaoua, comme un « cadre géographique unique au
2Cameroun parce que regroupant sur 62405 km plus de 60 sites touristiques
1dont 45 sont des sites naturels* Et son collègue Michel TSOTSOUA
d’enfoncer le clou : les « sites touristiques » susmentionnés précise-t-il sont
constitués de « plateaux, montagnes et plaines couvertes de forêts et de savane
arborée, d’escarpements, de grottes dont certaines à l’instar de la grotte
nyemnyem (10 km de long) ont guidé l’installation des peuples et ont façonné leur

1 Jean Bosco YETGANG, in : « CHALLENGE-HEBDO » -Cameroun au laser - Dossier
l’ADAMAOUA : Hier, Aujourd’hui et Demain - Numéro spécial-août-septembre 1977.
5 culture. A ces macro formes, il faut ajouter les chutes, les monts aux blocs
rocheux de formes curieuses superposées les uns sur les autres et les cônes
volcaniques aux lacs de cratères pittoresques à l’instar de l’île lacustre de
2Mballang »*
D’où cette invite pressante à se mettre en route pour ce long voyage à travers
les différents coins et recoins de l’Adamaoua. Et l’occasion nous sera ainsi
donnée de visiter tour à tour : les départements de la Vina, du Faro et Déo, du
Mayo-Banyo, du Djerem, et du Mbéré, soit en tout cinq départements.



2 Michel TSOTSOUA : « Paysages géomorphologiques et Tourisme dans l’Adamaoua » -
Communication au Colloque du FENAC NGAOUNDERE 96 - Université de Ngaoundéré -
Département de Géographie - Décembre 1996.
6 CHAPITRE I

LA VINA- A TRAVERS SITES, PAYSAGES, TRESORS
CULTURELS- « MONTS & MERVEILLES … »
Les Mboum sont passés maîtres dans l’art de désigner les noms des sites
naturels, montagnes, cours d’eau etc. La force des mots y est telle qu’à leur
simple évocation, on comprend toute la symbolique intrinsèquement liée à leur
histoire… On connait d’ores et déjà le poids et la densité du mot « Birnwi »,
(« tourner la femme »), un cours d’eau baptisé ainsi, à la suite de la noyade de la
femme de l’un des leaders mboum, lors de leur mouvement migratoire, en
direction du plateau de l’Adamaoua. Lequel cours d’eau n’est autre que la
Bénoué, qui descend tout droit de « Birnwi », étymologie du mot « Bénoué ».
Présentement, nous avons affaire à la « Vina », nom du cours d’eau qui
donnera son nom au département du même nom. Et l’histoire des migrations y
est toujours pour quelque chose.
Une fois établis, en effet, sur le plateau de l’Adamaoua, deux frères mboum
tous chefs, dans le souci de préserver la paix, la fraternité et la convivialité entre
eux et les populations placées sous leur autorité respective, vont fixer de
commun accord, une limite à leurs deux royaumes. Et cette limite naturelle sera
matérialisée par un cours d’eau à qui on donnera le nom de « Vina Kaywa »,
c’est-à-dire « Vina limite du pays ». La Vina servira donc de limite entre le
royaume du Bélaka Nyassara-Mboum, appelé tout simplement « Mboum », et
3 celui de son frère Mbéré.*
Le département de la Vina s’étend sur une superficie de l’ordre de 18 420
2km , pour une population dépassant largement 300 000 âmes. Son chef-lieu
Ngaoundéré jouit également d’un statut privilégié de capitale régionale. Mieux :
sa prodigieuse évolution administrative, socio-économique, culturelle et
infrastructurelle, et ce, depuis une vingtaine d’années, lui donne le reluisant
visage d’une véritable métropole, celle du Cameroun Central, située d’une part,
entre Yaoundé et Garoua, sur l’axe nord-sud, et d’autre part, entre Bertoua et
Bafoussam, sur l’axe est-ouest.

3 Quelle que soit la dénomination : Mboum, Mbéré, Mana, Mboussa, tous les clans et lignages
issus ou descendants des quatre frères Mboum, appartiennent au groupe ethnique mboum. Et
aujourd’hui, l’Association « DYNAMIQUE CULTURELLE MBOUM » (DCM) s’active à
promouvoir la culture et l’unité du peuple mboum dont les éléments sont « dispersés et
disséminés », notamment à travers les trois régions de l’Adamaoua du Nord et de l’Est.
7 I- NGAOUNDERE : UNE VILLE REMPLIE D’HISTOIRE !
1- EVOLUTION, VESTIGES ET ATTRACTIONS…
Ngaoundéré, c’est d’abord une montagne : la montagne du « nombril ». Le
mot « Ngaoundéré vient, en effet, de « Nyâ-a-Ndéré », le père au gros nombril,
du fait de la malformation dont il était affecté. Son village était situé au pied
d’une montagne à laquelle il donna son nom, « Ngâw-a-Ndéré » ou «
NgawNdéré » : montagne de Ndéré ; « entendez, la montagne du nombril », son
appellation actuelle, passée à la postérité !
Verdoyant petit village mboum à l’origine, le chef peul Ardo NDJOBDI et
ses successeurs l’ont petit à petit, transformé en une cité luxuriante devenue
plus d’un demi-siècle durant, la capitale d’un vaste territoire qui s’étendait de la
Bénoué jusqu’à l’Oubangui et qui, au moment de son apogée, sous le lamido
ISSA, cavalier intrépide et guerrier insaisissable, frôlait quasiment les faubourgs
de Bangui, l’actuelle capitale de la République sœur et voisine de la
4Centrafrique* .
ePour l’expansion de la ville, l’action du lamido MAIGARI au début du XX
siècle a été on ne peut plus déterminante. Ce dernier a demandé et exigé de tous
ses notables et chefs de village habitant l’arrière-pays, d’avoir un pied-à-terre à
Ngaoundéré, pour pouvoir s’y loger lors de grandes fêtes officielles, réligieuses
et traditionnelles (fête nationale, fêtes de fin du Ramadan, fête du mouton,
grande Faada etc.). C’est ainsi que sont créés de toutes pièces, entre autres, les
quartiers Bélaka Ngan-Ha, Bélaka Mbang-Mboum, etc. (voir plus loin). A
l’époque, Ngaoundéré revêtait le visage d’une ville de guerre, avec son
« bunker » constitué autour du palais royal, et ses tranchées, profondes de dix
mètres, sur une longueur autour de dix mètres également bien gardées de
dixhuit heures au petit matin, et ne s’ouvrant que sur quatre portes : AOUDI, ou
« porte de l’Est », TONGO (pastorale) ou « porte de l’Ouest », carrefour
MBIBAL dit « MBIBAR », ou « porte du Nord » et MBOUMDJERE ou « porte
du Sud ». Ces tranchées dont les vestiges sont encore visibles dans certains
endroits de la ville, seront enterrées sur l’ordre de l’administration coloniale. Et
la ville va continuer à grandir « extra-muros »…
Les principaux quartiers restent cependant à l’intérieur de ce qu’on pourrait
appeler, la « vieille ville » de Ngaoundéré :
« YARBANG » est le plus vieux quartier, celui du lamido, d’où l’on a une
belle vue des quatre autres quartiers environnants. Et certains de dire non sans
un humour teinté de malice : YARBANG, c’est tout simplement, « là où on se

4 D’après E. MOHAMMADOU, le territoire du lamidat de Ngaoundéré, s’étendait de Bardnaké
au nord de la Bénoué, jusqu’au sud de Batouri, à Gamboula, soit 650 km à vol d’oiseau (cf. E.
eMOHAMMADOU : les Royaumes Fulbé du Plateau de l’Adamaoua au XIX
siècle-ILCAATokyo 1978).
8 tient, debout, pour surveiller le quartier Mbang » (celui du Bélaka de
« MBANG-MBOUM » !). Plus noblement on l’appelle, le quartier des princes :
la plupart des nombreux prétendants au trône y sont établis, le quartier Bélaka
Ngan-Ha comme nous l’avons déjà signalé, c’est le quartier qui a été réservé au
Bélaka Mboum de Ngan-Ha, qui, par la même occasion était investi dans les
fonctions de « chef de quartier » à Ngaoundéré. « YOKO » était l’ancien nom
de ce quartier.
Quartier Bélaka-MBANG-MBOUM C’est un quartier voisin de celui du
Bélaka Ngan-Ha, aujourd’hui son appellation populaire, est « AOUDI », (près
du carrefour CIFAN).
« DAMARI » : à l’origine de ce quartier, le grand notable GAMBARA,
guerrier « sans peur et sans reproche », âme sensible et romantique, qui, parti
délivrer sa femme en captivité, dans la région de Rey-Bouba, a réussi à gagner à
sa cause, de nombreux Damas qui ont créé le quartier Damari. Et ils y sont
restés (les Dama sont apparentés aux Dii).
« MALOUMRI » : Quartier des marabouts, situé à l’emplacement actuel du
« Grand Marché ».
Quartier « MBOUMDJERE » : c’est le quartier typique mboum, situé tout
juste à côté du quartier Bélaka Ngan-Ha.
« BALI » : nom mboum qui veut dire tronc d’arbre à tisser les nattes. Il y
avait donc à l’emplacement actuel du quartier BALI, beaucoup de troncs
d’arbres (sorte de palmiers) dont on se servait pour tisser des nattes.
« TROUA-MALA » : Ici, étaient parqués les esclaves de MALA
(MBIBAR).
« TONGO » : délimité en TONGO FEKE (l’actuel « carrefour-Ministre »),
le nouveau TONGO, « TONGO-GALDIMA » etc.
Parmi les nouveaux quartiers, on peut signaler :
«SABONGARI » (le quartier de la gare)
« MADAGASCAR »
« BALADJI » (quartier des allogènes) où « les nuits sont vraiment
chaudes ! »
« Joli Soir »
« MBIDENG (nom de cours d’eau)
« MBAMIYANGA »
« NDELBE »
9 Hauts plateaux, avec ses villas cossues et résidences de très haut standing
dont le « LE PALAIS DES MILLE ET UNE NUITS »d’un grand et célèbre
administrateur de sociétés de la place, devenu une véritable attraction et un
objet de curiosité…
Quartier « NORVEGIEN » autour de l’Eglise évangélique luthérienne du
Cameroun
STUDIO ou « BURKINA-FASO », situé non loin du quartier norvégien
« MARDOCK », « MABANGA » (au-delà de la gare), ces deux quartiers
ont hérité leur nom des cours d’eau qui les arrosent etc.
Un fait surprend l’observateur d’aujourd’hui : la ville de Ngaoundéré a
grandi, de façon continue, harmonieusement, les calamités socio-urbaines telles
que les incendies ayant été relativement bien maîtrisées.
L’explication qu’on nous adonnée, la voici : le lamido MOHAMADOU
ABBO dit KOULANYA qui a régné à deux reprises (chose courante à l’époque
coloniale, voire après !) préoccupé par le boom démographique et l’évolution
on ne peut plus rapide de sa ville, a demandé à ses notables et chefs de quartier,
de prendre des mesures les plus appropriées, pour lutter contre les incendies.
Les maisons à l’époque, étaient construites en terre battue. Aucun problème,
làdessus. Mais, le danger venait des toitures. Et l’exemple qui vient d’en haut
(c’est-à-dire du chef et de ses notables) est le suivant : les toitures des « saré »,
montées avec des brindilles et des piquets tressés, étaient systématiquement
recouvertes de terre, avant qu’on y posât la paille. C’est donc cette couche de
terre répandue sur la toiture, qui a permis aux habitants de Ngaoundéré de lutter
avec efficacité contre les incendies. Qui dit mieux ?
Avec ce trait de génie des habitants de Ngaoundéré et de son chef, la ville ne
pouvait que poursuivre normalement son petit bonhomme de chemin. Et sa
croissance, en âme et épaisseur…
Puis, vinrent les années cinquante, marquées par deux grands évènements
dans la vie de la cité.
Premier évènement : l’administrateur-maire, un Blanc, cède son fauteuil au
tout premier Maire « indigène », en la personne de DOUMBE OUMAR, dans le
cadre de la Commune Mixte. Ce dernier se lance dans un vaste programme
d’urbanisation et de lotissement, avec notamment, la création du nouveau
quartier SABONGARI, où le prix du mètre carré de terrain, n’excède pas les
150 francs CFA. L’embellissement de la ville est à l’ordre du jour, travail
poursuivi avec des fortunes diverses par ses successeurs, avec dans l’ordre :
BOBBO MOUSSA, HAMOA HAMATOUKOUR, MALLAM OUSMANOU
et MOHAMAN TOUKOUR etc. Aujourd’hui, l’exécutif municipal est présidé
par un délégué du gouvernement nommé par le chef de l’Etat. Et le tout premier
10 Délégué du Gouvernement, nommé en fin janvier ou début février 2009 a pour
nom : HAMADOU DAWA
Résultat : la tôle ondulée fait des ravages, et la paille recule. On casse de
plus en plus les murs en pisé, et on les remplace par des briques de terre, ou en
ciment pour les plus fortunés. Heureusement, Ngaoundéré a su garder son
« look » qui fait d’elle, une « ville pas comme les autres », fidèle à sa tradition
ancestrale, que reflète sa physionomie actuelle…
Deuxième grand évènement : la Foire-Exposition de Ngaoundéré, des 10, 11
et 12 novembre 1956.
Grande première à Ngaoundéré, chef-lieu de la région de l’Adamaoua, qui
accueille en grande pompe, le Haut-commissaire de la République française au
Cameroun, accompagné pour la circonstance, d’une brochette de personnalités
politiques Camerounaises de premier plan, dont Paul SOPPO PRISO, président
de l’ATCAM (Assemblée Territoriale du Cameroun) et les sénateurs NJOYA
AROUNA et KOTOUO Pierre etc. Laissons parler, « l’Avenir de l’Adamaoua »
(organe de liaison et d’information des chefferies et villages de l’Adamaoua)
qui nous replonge dans l’ambiance tonitruante de ce grand festival : « chaque
région et chaque grande compagnie ou société était là : la région de Bamoun
faisait ouvrir des arabesques planchers gravées des bustes bizarres, taillés en
bois du pays, des figures ou têtes des grands rois d’autrefois des pays inconnus,
façonnées en métal faisaient le plaisir et attiraient l’attention de tout passant…
Des régions : Bénoué, Margui Wandala, Diamaré, Logone et Chari et
l’Adamaoua faisaient exposer des objets de tout genre, objets artisanaux, des
produits agricoles et divers. Le Service des eaux et forêts faisait montrer les
crânes des animaux des espèces inconnues. Le Service agricole exposait
d’autres produits étonnants.
Le soir, le champ de foire, sillonné par les fils électriques, éclairait les stands
où quelques ouvriers de chaque exposant faisaient la sentinelle… A l’entrée de
chaque saré, les statues habillées en gens, effrayaient tout passant. On voyait à
la porte principale des saré, toutes sortes d’objets d’art, les tisserands, les
tresseurs, les potiers et plusieurs artisans faisaient leur métier… La même
animation continuait jusqu’au soir. La nuit, on voyait le feu d’artifice qui faisait
le miracle en s’épanouissant en plusieurs couleurs d’air… » (cf. « Avenir de
l’Adamaoua » N°3, novembre 1956).
La deuxième grande manifestation de cette envergure, hormis la fête de
erl’Indépendance célébrée le 1 janvier 1960 dans une allégresse toute
patriotique, n’aura lieu qu’en… 1974, où un grand comice agropastoral fut
organisé à Ngaoundéré, à l’occasion de l’inauguration de la fameuse ligne de
chemin de fer, le Transcamerounais, et en présence des chefs d’Etat de l’Union
Douanière et Economique de l’Afrique Centrale (UDEAC), hôte de leur
homologue camerounais AHMADOU AHIDJO.
11 Depuis lors, Ngaoundéré s’est transformée en une métropole régionale de
« moyenne importance », mais de dimension humaine, cosmopolite, où il fait
bon vivre… Déjà, commerçants ambulants haoussa et bornouans, sédentarisés
par la suite, vivaient en bonne camaraderie et concitoyenneté avec les Mboum,
Fulbé et d’autres peuples de l’Adamaoua. Tchadiens et surtout Centrafricains
s’établiront petit à petit à Ngaoundéré. Prendront également la route de
Ngaoundéré, des nationaux, en provenance d’autres régions du pays, de l’ouest,
du sud, de l’est etc., tous ces mouvements migratoires conférant à la ville de la
« montagne du nombril », son cachet de ville-carrefour et de zone de transition
par excellence. Et, avec la venue du chemin de fer dans les années soixante-dix,
comme nous venons de le voir, Ngaoundéré est véritablement devenue, une
ville de rupture de charge entre le rail et la route…
Monuments, vestiges et attractions :
Les vestiges encore visibles à Ngaoundéré, sont ceux des tranchées situées
derrière le cinéma le Nord et la défunte Compagnie pastorale.
Le Palais du lamido, de par son passé et la légende qui l’entoure, est
considéré comme le tout premier monument historique de Ngaoundéré. Aussi
vieux que la ville, plusieurs fois reconstruit, agrandi et réaménagé, où le style
« moderne » côtoie le style traditionnel, le Palais royal comprend deux grands
ensembles touchant les deux quartiers Yarbang et Mboumdjere, cinq
« quartiers » à l’intérieur du palais, plus d’une cinquantaine de pièces, trois
entrées, une principale et deux secondaires etc.
Non loin du palais du lamido, on peut admirer l’arbre historique de la ville.
Deux fois centenaire, cet arbre, appelé « litay » ou « litahi », (en langue locale)
est le seul « survivant » parmi les quatre arbres plantés par les fondateurs de la
ville. Il se dresse, avec la fière allure d’un baobab de Kontcha, devant le
« Grand-marché ». Blotti sous son ombre, les barbiers de la ville l’ont
transformé, non pas en arbre à palabre, mais en leur « QG », qui ne désemplit
jamais avec chaque jour, de dizaines de cartons de cheveux, tombant sous le
cliquetis des ciseaux et destinés à la poubelle. On raconte que sous la
colonisation allemande, ses branches servaient pour les pendaisons publiques
des condamnés à mort.
Le deuxième arbre « survivant » nous a-t-on fait savoir, est mort il n’y a pas
longtemps, à TONGO ? Mille cinq cents mètres environ, séparent ‘l’arbre
historique » du « quartier des colons » : c’est le bloc des maisons autour de la
résidence du Gouverneur, en briques de terre cuite, rouges, style ancien, les
tôles ayant remplacé les tuiles, se cachant sous de grands manguiers. A cinq
cents mètres de là, se trouve le quartier administratif, dont le bâtiment phare,
n’est autre que la « région » qui est en fait, le bureau du chef de région,
construit sous l’administration française, en 1941. Quelques pas en direction de
Meiganga, et nous voici devant l’Ecole de l’Hôtellerie et du Tourisme de la
12 CEMAC, ancien centre de repos de l’armée française (le camp militaire
occupait l’actuel emplacement de l’école publique de MABANGA),
entièrement restauré.
Parmi les nouveautés et attractions post indépendance, qui sautent aux yeux
et crèvent le plafond, ce sont tour à tour : la gare de Ngaoundéré, grouillant de
monde et de victuailles, surtout aux départs et arrivées des trains, la grande
5mosquée, la cathédrale catholique et l’église protestante du centre-ville* , le
Centre d’Instruction des Forces Armées Nationales (CIFAN) implanté au
sudest de la ville, le quartier ONADEF, avec sa « forêt artificielle » destinée à
arrêter l’avancée du sahel, le campus universitaire de Dang, dans la banlieue
nord de la ville, dans un bel ensemble architectural, aux néons impressionnants,
érigé en pleine savane, avec à ses côtés, lacs pittoresques et grasses prairies.
Sans oublier mille et une autres petites attractions qui ne manqueront pas de
charmer tout nouveau venu dans la cité…
II- TRADITION, ORGANISATION ET COMPOSANTES SOCIALES
2-1- VISAGE, COULEUR ET PARFUMS DE LA TRADITION
Le visiteur étranger ou observateur qui arrive pour la première fois à
Ngaoundéré est frappé par une cité fortement marquée par l’empreinte de la
tradition. C’est donc dire que son « art de vivre » a, pour utiliser une expression
à la mode, le « Ngaoundéré way of life », été façonné au fil des temps, par une
civilisation de type traditionnel à forte coloration islamique. Même si l’entrée
en action ou l'« offensive » des églises chrétiennes catholiques et protestantes,
en direction de certaines populations autochtones, aura contribué à apporter un
peu de diversification et de différenciation , dans la manière d’être, de faire ou
de sentir…
Et, en ce qui concerne par exemple l’habillement et les costumes, voici ce
qu’écrivait en 1896, Henri DERMAIS : « les hommes sont habillés à la mode
musulmane. Les femmes déploient toute l’ingéniosité de leur imagination dans
les ajustements de coiffure élégante et bien savante… Les chevaux sont
arrangés d’une manière originale : leur tête est surmontée de coussinets de
cheveux, hauts à la main, épais de deux doigts et rectangulaires. Des rubans
colorés bleus, jaunes et rouges, sont enroulés autour … » (Henri DERMAIS, in
: Journal de la nature du 18/1/1896). Henri DERMAIS a vu juste, et ses propos
sont plus d’un siècle après, toujours d’actualité. C’est que, en dépit d’une
certaine et nécessaire évolution, sur le plan intellectuel, socio-économique et
infrastructurel, Ngaoundéré reste et demeure une ville où la tradition garde toute
sa force. On peut donc, à juste titre, parler de l’existence à Ngaoundéré d’une

5 Les Eglises chrétiennes, Cathédrale catholique et Temple protestant ont été construites avant
l’Indépendance, avec cependant des aménagements et réaménagements ultérieurs.
13 « société traditionnelle », dirigée et régulée par le lamidat, dont le personnage
central n’est autre que le souverain lamido.
2-2- LAMIDO – FAADA ET COMPAGNIE
Personnage doté d’un très fort charisme, le lamido est à la fois, chef
temporel et chef spirituel. Et à ce double titre, il administre le lamidat, rend la
justice et s’occupe des questions religieuses : dans son lamidat, c’est lui le
« commandeur des croyants ».
Et comme le veut la tradition islamique, en tant que chef religieux, le lamido
est le véritable imam. Mais en fait, il délègue ses pouvoirs à un iman nommé
par lui. Le staff religieux du lamidat est complété par des « modibbé » (modibo
au singulier), maîtres du droit musulman, et « malloum » animateurs des écoles
coraniques. Il en est également de la religion comme de la justice. Cette
dernière, fondée à la fois sur le droit coranique et les coutumes locales, est
rendue par le souverain qui bénéficie pour la circonstance, de la compétence
d’un expert en la matière, nommé par lui, à savoir : un juge appelé « Alkali ».
Pour le reste des affaires relevant de l’administration courante du lamidat, le
roi peut compter sur le dévouement, le savoir-faire et la disponibilité de ses
« ministres ». Qui constituent la « Faada », c’est–à-dire : conseil des notables et
dignitaires de la cour, dont douze de ses membres désignés par la tradition,
jouent le rôle de « faiseurs de roi », en élisant le nouveau lamido.
Dans l’organisation de la Faada, on distingue deux catégories de dignitaires
et notables, l’une composée de Peuls et l’autre de « Matchubé » ; « Matchudo »
(singulier de Matchubé) veut tout simplement dire « esclave ». Cela peut donc
paraître curieux, voire insolite, d’avoir affaire, aujourd’hui, à des mots ou
terminologies d’une autre époque ! Explication : traditionnellement, chaque
lamidat peul est composé d’hommes libres et d’esclaves.
Les hommes libres ou « Rimbé » (au singulier « Dimo »), ce sont les Peuls,
plus les musulmans établis dans le lamidat : Haoussa, Kanouri et Arabes Choa,
ceux-là mêmes qui ont accompagné les Peuls dans leur « djihad », et ce dès le
début dudit mouvement.
Quant aux esclaves, appelés « matchubé », ce sont les autochtones dont le
pays a été conquis, dans le cadre de la « guerre sainte » islamo-peule. Et comme
l’explique fort opportunément le professeur Martin NJEUMA, la notion
d’esclave est ici, fort différente de celle en usage dans le contexte européen. La
fonction d’esclave variait considérablement d’un lamidat à l’autre. Aussi,
pouvait-il leur arriver d’être promus dans l’administration publique, et leur
statut n’avait rien à voir avec les libertés civiles. En fait, la plupart du temps, on
distinguait les esclaves par la simplicité de leur habillement et l’absence de
chéchia ou chapeau à la tête. Les « ministres » hauts dignitaires et conseillers
14 peuls attendaient des lamibé qu’ils contrôlent toute l’influence des « esclaves »
6dans la conduite des affaires publiques* .
L’esclavage ayant officiellement disparu, et ce depuis au moins un
demi7siècle* , la dénomination « matchubé », qui a vraiment la peau très dure, revêt
donc une nouvelle signification, celle consistant à définir et à identifier les
dignitaires et notables non-Peuls, descendants des peuples autochtones,
d’origine païenne ou animiste, appartenant au lamidat concerné.
C’est le cas notamment des Mboum, considérés comme peuple « allié » et
« protégé », dont l’influence n’ira que grandissant dans le lamidat de
Ngaoundéré, au point où le Kaïgama « matchudo » Mboum, ayant le rang de
vice-lamido (il assure souvent l’intérim du lamido, sans pourtant avoir droit à la
succession) de par sa personnalité et la position qu’il occupe au sein de la
Faada, n’a vraiment rien à envier aux dignitaires Peuls les plus en vue et
« puissants » tels que : Galdima et Kaïgama Peuls, ces deux dignitaires, l’un
marquant fortement l’autre à la culotte, jouent souvent les premiers rôles (l’un
étant considéré comme le « premier ministre » et l’autre le « premier ministre
bis »), Imam, Alkali, Wadjiri, Sarki Sanou (chef des troupeaux), Sarki Yaki
(chef de guerre, devenu aujourd’hui le chef de la cavalerie)
De manière concrète ?, les Mboum disposent au moins du tiers des
dignitaires, notables et grands commis « matchubé » (sur la trentaine de ces
hautes notabilités) que compte le lamidat de Ngaoundéré. Ce statut de
« tributaires privilégiés » comme le souligne Eldridge MOHAMMADOU, a
dispensé les Mboum de Ngaoundéré, de l’humiliation de la condition d’esclaves
qu’ils n’ont jamais connue. Et cet éminent historien et chercheur de poursuivre :
« sujets du lamido de Ngaoundéré, ce dernier prenait femme parmi eux (pas
seulement des concubines) et procréait rapidement au point que sa lignée
8comporta autant de sang mboum que de sang peul* . Sans oublier que la langue
mboum est la langue « officieuse » du palais du lamido, celle qui est parlée à
l’intérieur de ce monument historique. Idem pour le ballet permanent appelé
« Ndza’a lamido » ou « Balafon du lamido » d’essence mboum, logé dans une
salle « spéciale » à l’intérieur du palais royal, faisant office d’auditorium…
Tous ces faits et considérations ont abondamment alimenté la chronique, au
point de décrire le lamidat de Ngaoundéré comme un « royaume
mboumopeul », caractérisé par la coexistence de deux cultures, mais qui vont fusionner

6 Martin Z. NJEUMA : « les lamidats du Nord-Cameroun (1800-1894) » in « Histoire du
e eCameroun (XIX -début XX siècle), Sous la direction de M .Z. NJEUMA »-Ed l’ Harmattan Paris
1989.On lira également dans cet ouvrage collectif, la partie tout spécialement consacrée au
« Lamidat de Ngaoundéré de1915 à1945 du Professeur Daniel ABWA.
7 L’historien norvégien Kare LODE signale encore quelques poches de résistance dans certaines
localités de l’Adamaoua, au début des années soixante… (op. cit.).
8 E. MOHAMMADOU : Traditions historiques des Peuples du Cameroun Central - Vol I –
ILCAA – Tokyo, 1990.
15 progressivement (une frange importante de la population mboum se convertira
9de son propre gré à l’islam) et harmonieusement* .
eA l’aurore de cette deuxième décennie du III millénaire, le lamidat de
Ngaoundéré a visiblement dépassé le cadre d’un inqualifiable « royaume
mboumo-peul », pour devenir une grande chefferie à dimension pluriethnique et
pluriconfessionnelle, regroupant en son sein environ une dizaine de groupes
ethniques autochtones (Peuls, Mboum, Dii, Gbaya, Kaka, Laka, Haoussa,
Kanouri, Arabes Choa ou tout simplement Choa etc.) de confession musulmane,
chrétienne, païenne ou animiste.
D’où le rôle irremplaçable et incontournable qu’il est appelé à jouer, en tant
qu’élément constituant l’identité culturelle de toutes ces composantes ethniques
représentées au sein de la Faada, l’assemblée des notables et dignitaires de la
Cour. Qui se réunit deux fois par semaine : conseil ponctué par le rituel du
grand salut au lamido au cours duquel chaque ministre, dignitaire, notable,
grand commis, etc, brandit fermement en l’air son épée ou son sabre, et
s’incline devant le roi en guise d’allégeance. Dans une chaude ambiance
musicale entretenue par des griots, jouant qui, de la trompette géante ou
« Gagashi », qui de la flûte « Algaïta », et qui encore de la trompe ou « Paaré »,
le soutien rythmique étant assuré par des membranophones : « Ganga »,
« Mbaggu » et compagnie...
2-3- LE « G16 » DE BORONGO
« G16 » ou « 16 DB », du pareil au même ? Oui, certainement. Car, parler du
groupe formé par les seize rois de la dynastie de Borongo, ou, en d’autres
termes, les seize rois ayant posé leur fessier sur le trône de Borongo, cela
revient tout simplement à dire que, de ses origines à aujourd’hui, seize rois, ou
lamibé ont dirigé ce lamidat. Avec, toutefois, des fortunes diverses : les deux
homonymes ARDO ISSA et ISSA YAYA ont accompli le règne le plus long de
ce lamidat, chacun totalisant vingt-quatre années pleines sur le trône, le règne le
plus court étant celui d’IYA GAROU, qui n’a duré qu’un seul jour, en
1961.Heureusement, pourrait-on ajouter, ce dernier avait déjà goûté aux délices
èdu pouvoir, avec un premier règne comme 9 lamido de la dynastie, de 1922 à
1924.
Et parmi les autres lamibé, il y’en a qui ont été destitués : MOHAMAN
DALIL, IYA GAROU (durant son premier règne), KOULA NYA etc. L’un des
lamibé du « G16 », MOHAMMADOU ABBO a été froidement abattu par
l’armée coloniale allemande. Et le destin a, par ailleurs, voulu que le lamido
MAYGARI ISSA partage son long règne de 18 ans, entre les deux
administrations coloniales allemande et française, avec à peu près la même
durée de 9 ans au trône, pour chaque période.

9 Ibid-
16 Voici donc, pour un peu plus de visibilité, une esquisse de la riche fresque de
cette dynastie de Borongo, qui a façonné l’histoire du lamidat de Ngaoundéré.
C’est dans la dynamique mouvance d’expansion et d’organisation
territoriale, conçue par MODIBO ADAMA établi dans la nouvelle capitale du
« Fombina », Yola, que sera fondé vers les années 1830, le lamidat de
Ngaoundéré, par le chef du clan Wollarbé ARDO NDJOBDI, originaire de
BOUNDANG, une localité située un peu plus au nord dans les environs de
Tourwa, à l’extrême-ouest de Garoua.
Celui que ses homologues de Tibati et de Rey, compte tenu de son esprit
plutôt conciliant, appelaient affectueusement « chef de troupeau », refusant
ainsi de lui coller l’étiquette de « chef de guerre » comme eux, ARDO
NDJOBDI s’est employé tout au long de sa vie, à gagner, non par la force mais
par la voie pacifique, l’amitié et la confiance des Mboum, considérés à juste
titre comme les premiers occupants de Ngaoundéré, de toutes les localités
périphériques et environnantes. La preuve ? Il plaida avec succès pour la
nonexécution du chef de guerre mboum, un haut dignitaire, assumant par ailleurs
les fonctions de premier ministre, vaincu lors du siège de Ngaw-Kor par la
coalition peule, composée par les armées de Tibati, de Rey et de Ngaoundéré.
S’appuyant sur la loi islamique, la « Sharia », interdisant la mise à mort d’un
ennemi qui, lors d’une guerre ou bataille, décide de se rendre. Et le chef de
guerre mboum eût donc la vie sauve, échappant ainsi à l’exécution souhaitée par
Tibati et Rey !
Nous présenterons un peu plus loin, le site magnifique de cette bataille
mémorable, la seule et unique ayant opposé les Mboum dépendant du
Bélakariat de Ngan-Ha, aux Peuls de Ngaoundéré .Ce geste d’Ardo Ndjobdi,
magnanime pour l’époque, les Mboum ne l’oublieront jamais. Qui le lui
rendront par « centuple » ! Toujours est-il que, son fils ARDO ISSA, comme
nous le verrons par la suite, engrangera toutes les retombées positives
conséquentes.
Considéré comme le « premier grand éleveur » de Ngaoundéré, voire de
l’Adamaoua (HAMA GABDO dit « HAMAN DANDI » de Kontcha a aussi
commencé comme grand éleveur ; d’où son sobriquet « d’HAMAN DANDI »,
mais il a fini comme un très grand chef de guerre !), ARDO NDJOBDI, en
véritable « chef de troupeau », s’est vigoureusement employé à développer cette
activité, en favorisant l’expansion des « colonies » d’éleveurs un peu partout
dans le secteur ou « région » de Ngaoundéré, et même au-delà, et en
l’occurrence, sur une partie du territoire placé sous l’autorité de Tibati, et avec
la bénédiction du souverain dudit territoire. Et cerise sur le gâteau : la main
d’Allah, le « Tout-Puissant et Miséricordieux » est intervenue, en aidant cette
opération à faire flores. Grâce à la manne tombée du ciel sous forme de source
natronnée, appelée aujourd’hui « lahoré de la Vina », découverte à une bonne
17 quinzaine de kilomètres de Ngaoundéré, à Wakwa. Ce ballon d’oxygène a
donné à ses bœufs : tonus, bonne mine, santé, vigueur, embonpoint…
Rien à signaler sur le règne « sans problème » de son fils ainé qui lui a
succédé au trône, le nommé LAWAN HAMAN, s’inscrivant dans la stricte
continuité de celui de son regretté père. Mais cela ne sera pas le cas avec ARDO
è ISSA, 3 roi de la dynastie de Borongo, qui fera vraiment bouger les choses,
avec notamment l’opération « marche vers l’Est »…
Bénéficiant des retombées positives des relations d’amitié et de confiance
scellées par l’entremise de son père, entre Peuls et Mboum, ARDO ISSA,
guerrier intrépide, « sans peur et sans reproche », va consacrer tout son long
règne de vingt-quatre ans, à faire la… guerre ! Et avec le renfort des Mboum,
ralliés en masse à sa cause ,devenus de véritables fers de lance de son armée, il
conquiert tour à tour, une grande partie de l’Est-Cameroun, le Nord de l’actuelle
République centrafricaine (Bouar et sa région), et grignote petit à petit du
terrain, sur le territoire de son « cousin » et non moins rival, le souverain de
Tibati, NYA – MBOULA, et finit même par la suite ,à remporter une bataille
décisive sur ce dernier, près de LIKOP, une localité située à environ trente-cinq
kilomètres de Ngaoundéré. Et comme les trompettes de Jéricho, les balafons
d’ANAM (un village Mboum des environs, célèbre grâce au talent et la
virtuosité de ses balafongistes) ont résonné et célébré cette victoire plusieurs
jours durant ! Résultat : la nouvelle limite entre Tibati et Ngaoundéré est
repoussée jusqu’au Mayo Mahor, un cours d’eau coulant à un peu plus de 100
km de Ngaoundéré !
Le lamido ISSA, chef de guerre, trouvera la mort, selon ses propres vœux, en
combattant...
Après sa mort, son successeur, HAMA GABDO, fils de LAWAN HAMAN,
n’aura aucun mal à étendre le lamidat de Ngaoundéré. Ce travail de conquête et
d’expansion territoriale sera méticuleusement mené par le fils du lamido,
YERIMA (prince) BELLO, formé à l’école de son oncle, le défunt lamido
ISSA, surnommé le « grand conquérant ». On raconte même que notre prince
conquérant était tellement occupé par ses activités guerrières qu’il oublia de
retourner à temps à Ngaoundéré, pour se faire élire lamido, alors qu’il avait les
faveurs de la plupart des notables « faiseurs » de roi ! Quoi qu’il en soit son
nom est resté gravé en lettres d’or, dans les annales des grands conquérants de
ce lamidat. Qui réussiront pratiquement à atteindre les faubourgs de BANGUI,
stoppés par le fleuve Oubangui. Et pour tout dire, dans les années 1880, sous le
lamido HAMA GABDO et son conquérant de fils YERIMA BELLO, le lamidat
de Ngaoundéré couvrait un vaste territoire s’étendant sur 650 km à vol
10d’oiseau*

10 Ibid-
18 Le lamido qui accédera au trône après HAMA GABDO, aura moins de
chance que ses prédécesseurs. Nous sommes déjà en 1887. Et les Allemands ne
sont pas loin : la « Wute–Adamaoua – Expedition » (1889-1902) dont parle
abondamment le « philosophe africain » Jean-Baptiste OBAMA, dans ses
chroniques du Centenaire de Yaoundé, aura raison du lamido
MOHAMMADOU ABBO. Ce dernier, en effet, sera fusillé pour « refus de
collaboration », non sans avoir opposé aux Allemands une résistance héroïque,
réussissant même à transpercer mortellement de sa lance, le cœur de l’officier
commandant du corps expéditionnaire allemand. Ladite lance est par ailleurs
jalousement conservée, à la fois comme un objet culturel d’une valeur
inestimable, et comme une sorte de « relique », par tous les lamibé qui vont
accéder au trône après lui.
Passons sur les huit autres lamibé ayant régné sous l’administration coloniale
allemande puis française (HAMAYADJI, MAÏ, MOHAMAN DALIL,
MAYGARI, IYA GAROU, YAYA DANDI, KOULANYA et ALIYOU etc.). A
l’évidence, une autre époque avait commencé : ce n’étaient plus, ni la même
furia guerrière du temps du lamido ISSA et de son neveu façonné à son image,
YERIMA BELLO, ni l’ambiance euphorique et triomphaliste de la période de
la « guerre sainte ». Et l’autorité coloniale, selon le vieux précepte de « diviser
pour régner », procéda à un remodelage du vaste territoire de ce royaume, en
créant de nouveaux lamidats, au nord (chez les Dii) et à l’est (dans les cantons
Gbaya), chez des peuples restés jusque-là animistes ou païens, mais dont les
chefs venaient de se convertir à l’islam.
Et ce n’est pas tout. Autre grande frustration non moins terrible pour le
lamidat de Ngaoundéré : son trône jusqu’ alors sacré et inviolable, ressemblait,
désormais à un siège éjectable. Tout dépendait désormais de l’autorité coloniale
qui selon son bon vouloir, pouvait destituer le lamido et l’exiler loin de ses
terres. Epée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête, la menace de
destitution du lamido, a constitué une arme redoutable entre les mains de
11l’administration coloniale, notamment française*
La fresque de Ngaoundéré se poursuit avec BABBA DJELANI (1957-1961),
qui eut l’heureux et redoutable privilège, de devenir le lamido ayant fêté
l’Indépendance du Cameroun sur le trône. Peut-être, a-t-il un peu trop confondu
l’Ice du pays avec la sienne propre (liberté de faire tout ce qu’il
voulait et en toute impunité) ? Quoi qu’il en soit, il sera destitué quelque temps
après en 1961, année de la Réunification des deux entités territoriales ayant
12jadis constitué le « Kamerun » allemand*

11 Daniel ABWA op. cit.
12 Les « réalités du terrain » peuvent, dans une certaine mesure, expliquer l’expansion territoriale
du « Kamerun » par les Allemands, (800 km² en 1908) ayant été notamment marquée par les
conquêtes des lamibé de Ngaoundéré (partie centrale et méridionale, couvrant les pays gbaya,
19 ePuis, repetita avec le 9 lamido de la dynastie : IYA GAROU, pour un règne
d’à peine un… jour.
Après DJELLANI, 13è lamido de la dynastie, le 14è lamido de Ngaoundéré
a pour nom : HALILOU TAFIDA, qui règne pendant onze ans avant de
s’éteindre.
Ayant eu la chance et le privilège de travailler avec le 15è lamido, et ce,
pendant environ une dizaine d’années, nous avons pu découvrir, en ISSA
MAYGARI YAYA, lamido de Ngaoundéré de 1973 à 1997, un homme
sémillant sur toute la ligne, affable et courtois. Pour ce souverain à qui on
pourrait affectueusement donner le sobriquet de « lamido résolument
cultureux », nous esquisserons un peu plus loin, un portrait reflétant son
engagement personnel et implication sans faille, dans les activités culturelles et
artistiques de son lamidat.
Depuis le 10 avril 1997, le trône de ce lamidat est occupé par Sa Majesté
MOHAMMADOU HAYATOU ISSA 16è lamido de la dynastie, fils aîné et
successeur de son illustre prédécesseur de père. Dynamique et polyvalent, ce
lamido fait feu de tout bois, en s’activant avec un certain succès dans l’élevage,
l’agriculture, la santé, l’éducation, l’action culturelle, sans oublier
l’entreprenariat et les grands travaux, notamment ceux relatifs au
réaménagement et à l’embellissement du Palais royal et de ses environs. À
l’évidence, l’actuel lamido de Ngaoundéré est vraiment dans la peau du digne
successeur et continuateur de son regretté géniteur, le lamido ISSA.
Ainsi va le lamidat de Ngaoundéré avec son histoire, ses mythes et légendes,
ses traditions, ses hauts faits d’armes, ses tribulations quotidiennes…
III- VIE CULTURELLE ET ARTISTIQUE
3-1- LE PALAIS ROYAL COMME ESPACE D’ANIMATION DE
CONSERVATION ET DE DIFFUSION CULTURELLE
3-2- GRANDES COURS EXTERIEURE ET INTERIEURE ET UN
AUDITORIUM POUR L’ANIMATION.
L’animation culturelle et artistique se déploie en journée dans la grande cour
extérieure, en soirée dans la grande cour intérieure, et dans l’après-midi dans
l’auditorium de la « salle du Ndza’a » ou « salle du Balafon ».
La grande cour extérieure couvre à la fois, l’esplanade du palais, la cour de
la mosquée, jouxtant le « saré » royal, et s’étend jusqu’à l’arbre « litahi », le
« QG » des barbiers à l’une des entrées du grand marché. Au milieu de cet

sango, etc.) et de Rey (partie septentrionale couvrant les pays laka, sara, mousgoum, et autres
peuples du « Bec de canard…). Mais aujourd’hui, tout cela ressemble à de l’histoire ancienne, et
il n’y a plus moyen de revendiquer quoi que ce soit…
20 espace pouvant contenir une vingtaine de milliers de spectateurs voire
davantage, passe une route, qui, par ailleurs, est souvent fermée à la circulation
lors des méga-spectacles, les véhicules devant emprunter, à partir du grand
Marché, un certain nombre de voies secondaires coupant perpendiculairement
cet espace en plusieurs endroits, pour atteindre les quartiers Yarbang,
Mboumdjere, Haoussa, et le carrefour Aoudi, situé de l’autre côté du palais. Ce
petit « désagrément » est pris avec philosophie et sans saute d’humeur, ni
froncement de sourcils. Au contraire, le public ne s’en prend souvent qu’à
quelque « chauffard » frimeur, n’hésitant pas à rouler sur une bonne distance,
pour s’offrir en spectacle avant de bifurquer à droite ou à gauche…
Le lamidat étant l’expression de l’identité culturelle de tous les groupes
ethniques peuplant le territoire de cette grande chefferie traditionnelle,
l’occasion est donc donnée aux uns et aux autres, de manifester leur talent,
génie et savoir-faire, à travers l’exécution des danses patrimoniales, rituelles et
de réjouissances populaires, les musiques de cour, l.a fantasia, les jeux de
société, de cirque et jongleries diverses etc..
La grande cour intérieure est comme son nom l’indique, située à l’intérieur
du palais, sur son aile droite. Sa contena.nce normale est de l’ordre de sept cents
places. Mais en se serrant un peu plus, on atteint facilement le plein d’œuf, avec
mille spectateurs.
Dans cet espace, qui s’illumine dans la nuit sous les célestes lambris, à l’aide
de lampadaires et projecteurs bien réglés et proportionnés, on privilégie les
spectacles à dimension concertante, moins bruyants mais plus expressifs,
articulés autour de : musiques de chambre, ballets de cour, humour et
fantaisie… C’est ici, le lieu de prédilection pour les galas culturels, organisés à
intervalles réguliers par le souverain avec banquet, où l’on sert des mets on ne
peut plus délicieux. Cependant, les convives mangent avec art. Délicatement, en
écoutant une brochette d’artistes de renom, et en admirant des pas de danses et
mouvements chorégraphiques bien rythmés, synchronisés, cadencés,
endiablés… Cet espace accueille de temps à autre, des chanteurs-vedettes et
groupes musicaux de renom, nationaux et étrangers.
Enfin, le troisième espace d’animation, c’est l’auditorium exclusivement
réservé au « Ndza’a-lamido », le « balafon du lamido ». Qui distille une
musique de cour d’origine mboum, émise par des balafons, soutenus par
quelques idiophones par percussion (cloche et gong), le tout débouchant sur le
ballet exécuté par des dames de cour.
Le récital de « Ndza’a-lamido » a lieu chaque vendredi, dans l’après-midi.
Dans cette salle à petite contenance (moins de cent personnes), le grand public
n’est pas admis (le « Ndza’a-lamido » se produit également dans tous les autres
espaces). Ici, il n’y a que le lamido, accompagné de quelques amis et proches
triés sur le volet, plus éventuellement des invités spéciaux, pour assister à ce
21 récital de « Ndza’a-lamido ».Qui peut être programmé, un autre jour, en dehors
de celui « institutionnalisé » du vendredi après-midi, et avoir lieu plus d’une
fois par semaine ; mais tout dépend du bon vouloir du chef…
3-3- ESPACE MUSEE POUR LA CONSERVATION
Disons-le tout de go : il ne s’agit pas ici (tout comme dans la suite de ce
livre) à véritablement parler, de musée de type « classique », avec son système
méticuleux d’identification, de notation, de présentation et d’exposition
d’objets.
Dans le Palais royal de Ngaoundéré, on a affaire à un grand local ne payant
pas de mine (et ce, en comparaison avec les autres compartiments de ce grand et
vaste ensemble architectural traditionnel visiblement bien entretenus), qui fait
office de musée, où sont conservés la plupart d’objets culturels, anciens ou
« antiquités » du palais.
Comme principaux objets culturels et « antiquités » identifiés dans cet
espace de conservation, figurent en bonne place, les instruments de guerre et les
instruments de musique.
Les instruments de guerre, sont, entre autres, composés de :
- Lances, sabres, longues épées, arcs à flèches, carquois et flèches,
armement, cuirasse, couteaux de jet, arbalètes et cottes de maille
- Tenues vestimentaires en tissu ou en cuir, pantalon en cuir
(« pangarde »), gilet pare-balles en cuir ou en tissu, ceinturons,
protègebras, vieux fusils de chasse, trophées de guerre etc.
- Equipements du cheval : parure multicolore (« tindjimi ») recouvrant tout
son corps, parure de guerre recouvrant tout le corps du cheval
(« ponkoumbal » et « tiberewol »), des coussinets, protège-balles etc.
Et ce n’est pas tout : certains objets ayant une importance toute particulière,
sont conservés dans le salon dit « traditionnel », situé tout juste à côté du grand
local-musée que nous venons de visiter. D’une valeur inestimable, la lance du
lamido ABBO (avec laquelle il a transpercé le cœur d’un officier du corps
expéditionnaire allemand) constitue donc l’un des dits objets jalousement
gardés dans ce salon traditionnel, cette lance est plantée débout tout juste à côté
du siège du lamido.
S’agissant d’instruments de musique, les vieux idiophones figurent en bonne
place. Il s’agit notamment de tam-tams géants, fabriqués à l’aide d’une seule
pièce, en l’occurrence, du bois. Outil de communication par excellence, le
tamtam servait à transmettre des messages : appel au rassemblement des guerriers,
annonce d’une victoire, d’une défaite, signalisation de la position de l’ennemi,
demande de renfort, etc. Des métallophones et lamellophones (gongs, cloches,
22 balafons et compagnie) complètent cette collection d’idiophones du palais, dont
certains ont plus de cent cinquante ans d’âge.
Une place de choix revient également aux cordophones : violon traditionnel
à une corde appelé suivant sa dimension, en langue locale, « Gogué » ou
« Guéguérou » et « kukuma », de taille plus petite que le « Gogué » (un peu
comme violon et viola). La deuxième catégorie des cordophones est constituée
par la famille des « guitares » traditionnelles : « Garaya », à deux cordes,
« Gourmi » à deux ou trois cordes ; les « molloru » (harpes traditionnelles),
complètent la série de cordophones.
Dans la collection des aérophones, dominent les trompettes géantes
appelées : « Gagashi » ou « Gagaki » ; à côté de cet instrument fabriqué avec du
métal, existe une autre catégorie de trompette, le « Paré », moins long que le
précédent, plus pittoresque, fabriqué en bambou (de Chine), et recouvert de
peau de petit taureau. Diverses flûtes à bec, « Algaïta », « Boussau » (corne à
souffler en dents d’éléphant) complètent cette gamme variée d’instruments à
vent.
Voici enfin, les membranophones. Et il y en a de toutes les dimensions : des
tambours à membrane de grand et de très grand format « Ganga », jusqu’aux
tambourins « Kounkoutouroung » et autres, en passant par des tambours de
moyen format, « Mbaggu » et percussions dites « appropriées » : « Talking
drums », « Kalangou », « Dankarabi », « Kanzagui » etc.
3-4- LE GRIOT : PERSONNAGE CENTRAL DE LA CULTURE
TRADITIONNELLE
La mythologie traditionnelle fait du griot un personnage vraiment à part.
Déclamateur patenté, il débite à satiété : messages et louanges à l’endroit du roi,
des dignitaires et notables de la Cour, et des personnalités haut placées dans la
société. « Historien », « bibliothécaire », il conserve dans un petit coin de sa
tête, tout un pan des connaissances sur le passé de sa localité. Et en « cliquant »
sur une partie de son cerveau, qui fonctionne comme un ordinateur, on pourra
ainsi « télécharger » une série de biographies exhaustives et pertinentes sur les
hommes et femmes célèbres de la cité : souverains, guerriers, dignitaires et
notables, lettrés et marabouts etc. Moraliste, il n’hésite pas à mettre le doigt
dans la plaie, en dénonçant toutes sortes de déviances sociales. Artiste
polyvalent, il manie avec art, un ou plusieurs instruments de musique (la voix
en est un !) ; sur scène il danse, sautille, gesticule, amuse et provoque les
spectateurs. Brûlant animateur, il sait communiquer son feu à tout son public.
Sa tenue de spectacle est des plus chatoyantes. Voilà donc pour le côté reluisant
du bonhomme : un personnage très sollicité, admiré, voire adulé, et parfois
craint, redouté, détesté ou vomis, mais incontournable, car très bien ancré dans
la société qui ne peut absolument pas se passer de lui. Mais, aujourd’hui, et ce,
en comparaison avec l’époque ancienne, les choses ont beaucoup évolué. Et
23