//img.uscri.be/pth/aae3ec453722e845a87d405ebe4b690e1bc917a9
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

L'administration face au développement

De
295 pages
Grâce à l'ascendant exercé sur l'ensemble des populations placées sous leurs ordres, les chefs d'unités administratives camerounaises sont capables de mobiliser, sensibiliser et mettre les hommes debout pour le travail de production des richesses. Ils disposent des capacités non seulement pour transformer la vie et le milieu, mais encore transporter les villes vers les campagnes. Malheureusement, cet énorme potentiel est inexploré et négligé des pouvoirs publics dans les états en développement.
Voir plus Voir moins

INTRODUCTION

Il est difficile auxhommesdans lescités, de parlerde
la pauvretérurale avec aisance.Généralement, lescitoyens
issusdes villagesmaisdésormaisinstallésdansles villes,
évitentd'évoquercesujetparcomplexesetpudeur,
attachés qu'ils sont àl'émancipation et àl'affranchissement
pour s'intégrerdanslamodernité.
Adjoint aupréfetpuis sous-préfet, j'ai eule privilège
d'exercerpendant une dizaine d'annéesdans ces
circonscriptions qualifiées souventde moindre
importance, et secaractérisantparl’éloignementde la
ville.
Dansles villagesdisséminésdanslaforêtetlasavane,
desdizainesde milliersde femmesetd’hommesàl'aspect
négligé etl’allure effacée,viventdans une misère
indescriptible.
Au quotidien, ilsfontfaceàl’enclavementet ses
corollaires, l'habitatdélabré etl'insalubrité dumilieude
vie, le manque d'eaupotable etd'électricité, la
malnutrition, lafamine etlesépidémies, la courte
espérance devie...;letoutcouronné parle manque ou
l'insuffisance deressourcesfinancières, pourjouird’un
mode devieconformeauxcanonsdumodernisme.
Prisdetouscotésetaumême momentparces
nombreusesdifficultés, les rurauxapparaissent
généralementdésespérés, inférieurs,vulnérableset
impuissants.Aussi, desfoulesde jeunesdesdeux sexes se
dirigent-ellesàl'exodeversles villes, pourfuir un
phénomène dontlaprincipalecaractéristique estdesaper

ladignité de l'homme,touten freinant son
épanouissement.
Qu'est-cequisauraitbien justifierlapersistance de
tellesmisèresdansdesmilieux regorgeantpourtant
d'immenses richessesnaturelles, etdansdespaysoù tout
estencoreàgagnerdeshommes,à créeretà construire;
pourquoi lesactionsd'envergureconduitesaussibien par
lespouvoirspublics que parla communauté internationale
tardent-ellesàproduire leseffetsescomptés surleterrain?
L’examen des stratégiesderéduction de lapauvreté
élaboréesetmisesen exécution parlaplupartdesEtatsen
développement, démontreque les ruraux quiconstituent
pourtantlaplusgrandetranche despopulationsnationales,
ne jouentmalheureusement qu’unrôle de figurants surla
scène ducombatcontre lesmisères.
En effet, marginalisésetpeuécoutés, ilsnesontpoint
considéréscomme lesacteursetlesleviersde la création
des richessesetde latransformation dumilieu.Ils sont
davantageregardéscomme deséternelsassistésetdes
simplesbénéficiairesdesbontésdespouvoirspublicset
desautresgénérositésintérieuresetextérieures.
Dece fait, le développementde nosEtatsest
considérécomme l'apanage despouvoirspublics, des
institutionsfinancièresinternationales, desorganisations
non gouvernementales, desopérateurséconomiquesetdes
élites.Aussi le progrèsetlechangementapparaissent-ils
aux yeuxdespopulations rurales,commeun miraclequi
transformerapar une nuitles villagesen debelles villes, et
lespistesenautoroutesencombréesdevéhicules.
Or,si lesmillionsd'hommes qui peuplentnos
campagnes sont tirésde lasomnolence habituelle,s'ils
sont soulagésdespesanteurs socialesetpsychologiques

6

qui les tiennent cloués au sol,s'ils sontenfin mobilisés,
organisés,structuréset transforméspourlibérerparle
travail lesénormespotentialitésde progrès confisquées
dansles bras,...alorsils se lèverontpour contribuerde
manièresignificative,aux côtésde l'Etatetdesautres
acteursdudéveloppement.
Organiséesetorientées, lespopulationspourrontainsi
s'engager résolumentdanslavoie desproductionsde
marché propicesàla constitution desfortunes
individuelles,collectivesetnationales.L’on passera ainsi
de l'étatde pauvretéà celui dubien-être.
Atraversdesmorceauxchoisisdes tournées
agrémentésd'aventurescroustillantes, monbictremblant
encore d’une grande émotionàl'évocation detousces
souvenirsdu terrain, j’ouvre lesportes surlapauvreté.
C’esticiquechacun de nous,reconnaissantcelle de
sonvillage, découvriraégalementcespistesde proximité
longtempsnégligéesaussibien desdécideurs que des
populationsmêmes, maisadaptéespourpermettreànos
campagnesderattraperenuntemps réduit, leretard
accumulé etaccuséauplan dudéveloppement.
«Commandementetpauvretpé »résente dansle
premierchapitre lescaractéristiquesduphénomène,ses
causesétantexaminéesdansles trois suivants,tandis que
les troisderniersoffrentdesesquissesdesolutions.
Parceques'inspirantdesobservationsetdes
expériencesconduites surleterrain d'une part, etd'autre
partdes témoignagesdes vieillards, despaysansetdes
différentsacteurs rurauxen général, le livre nesaurait
offrirlesgrandes théoriesclassiquesauxquellescertains se
seraientattendus.

7

Le lecteur avisévoudrapar conséquentme pardonner
de ne pas trouvericiunebibliographiedense et variée, ou
encoreundébatnourriàpartirdesgrandes théories
classiques que leséconomistes rompus, les chercheurset
les théoriciensde la question présententgénéralement.
Convaincu, en effet,que les solutionsdesmisères
dépendent aussi en grande partie despauvres, ma
préoccupationaportésurla collecteàpartirde l'intérieur,
des clichéspour alimenterla réflexion desdécideursetdes
spécialistesdes questionsde pauvretérurale.Dans
l’optique de la création des richessesetdudéveloppement
en général, ils’estagi de proposer unestratégie pratique
qui favorise lamise encohésion desdynamismesetdes
forceslocauxjusqu’icisomnolents, pourle jaillissement
de l’économie etl’expansion de laprospérité dansles
milieux rurauxpauvres.
L’originalité de l’idée, lestylesimple etles
abondantesillustrations qui permettent une lecture digeste
de l’ouvrage, peuvent s’avérercommeunecontribution
majeure.Puissealorsmamodeste expérience permettre
auxgouvernantsde prendre lesmesuresadaptées,
comportantaussi les travauxdeschercheursetdes
éminents théoriciensde laquestion.

8

CHAPITRE I:

LES CARACTERISTIQUESDELA
PAUVRETERURALE

Lesfoulesexcitées quinousenvahissentdansles
villages au coursdes tournées administratives, ont
parfaitement conscience d'accueillirnonseulementles
oreilles, les yeuxetles bouchesindiquéspourporterleurs
doléances au sommetde l'Etat, maisaussi des
fonctionnairescapablesdetransformerleursconditionsde
vie enapportantdes solutionslocalesauxmisères qui les
tiennent.
Al’observation, lespaysans quise pressentauxportes
deschapellesdansles villages sontaussi,au-delàdes
promessesde gain d'une félicitéaprèslamort,àla
recherchesecrète dumiraclequi lesdégageradujoug de la
pauvreté.
L'encyclopédieEncarta, dans son édition de l'année
2004, définitlapauvretécomme étantlasituation dans
laquellesetrouveune personne ne disposantpasde
ressources suffisantes, pourconserver un mode devie
normal ou yaccéder.Le petitLarousse pour sapartdit
qu'un homme pauvre, estceluiqui estdépourvuoumal
pourvudunécessaire.
A côté decesdéfinitions s'inspirantdes sociétés
développéesouencore desmilieux urbainsoùles
territoiresétantdéjà aménagésetlaprospéritérépandueà
lamajorité, desminorités qui ontmanqué d'aptitudesetde
dynamismeviventen marge de l'épanouissementgénéral,

la pauvretérurale par contre est unesituation particulière
et bien grave.
Plutôt que d'impliquerdes catégories, elleconcerne
desmillionsd'individus,souventplusde lamoitié des
populationsgénéralesdespaysen développement.Ils'agit
particulièrementdespaysans sortis brutalement, parle
biaisde la colonisation, de leurs sociétés ancestrales
marquéesparletroc, lesdonationsetle partage, pour
s'intégrerdans unecivilisation importéequi leurimpose
devivre différemment.
Ici, ilconvientd’acheter, produireabondammentpour
vendre,créer,aménagerle milieudevie, organiseret
construireàgrands coupsd'argent, pour avoirdroit à une
existenceaisée.
C'est un mode de pensée etd'actionquitranche
nettement aveclespratiqueshabituellesetles conceptions
originelles.Alorsinexpérimentés, inadaptéset très souvent
nonavisésdesméthodes à utiliserpour s'intégrer, les
ruraux sontdéphasésetdésespérés,vivant ainsi, en marge
desgrandes réalisationsetdesmutations quis’opèrent
danslesensdudéveloppement ailleurs.
Enquoi distingue-t-on pratiquementlapauvreté
rurale?Lesdifficultésde l'existence danslesmilieux
pauvres,sontentouteschoses semblablesàun hôpital.
Vous ycourezpour unaccèsde fièvre, maisàlavue des
accidentésdéchiquetésainsique lescitoyensen proieaux
affectionsgravesetchroniques traînantdansles salles
d'hospitalisation,votre malsetransforme enunsimple
capricequi pousseàfuirce milieu rempli de misères
humaines.
D’une manière générale, lapauvreté dansnospaysest
vécue différemment,selonque l'onsetrouve dansles

1

0

villes,àlapériphérie ou auloin danslesenclaves.Dans
notrecontexte,c’estlasituation des zones rurales
proprementdites qui nousintéresse.
I. LESCARACTERISTIQUES PORTANT SUR
LES INDIVIDUS
A. L'ANXIETE ET UN SENTIMENT DE
PRECARITE DE L'EXISTENCE
1. LADEMUNITION
Dans une économie libéralecomme lanôtre, etmalgré
le fait que lespaysansbénéficientde lagratuité des terres,
de l’eau, desaliments(dans unecertaine proportion)ainsi
que decertainséléments vitaux,cesderniers sontastreints
àlapossession enqualité etenquantité de l’argentetdes
biens, pouravoirdroitàune existenceconvenable,
s’arrimantdece faitàlamodernitéverslaquelle nous
courrons tous.
Malheureusementl’argent,qui est source
d’épanouissementàtraversle monde,serencontre
rarementdansnos villages, les rurauxétantentout temps
et toutescirconstancesdémunisetincapablesnon
seulementde faire faceàleursbesoinsd’existence et
d’épanouissement, maisencore d’engagerlechangement
que nousappelonsdetoutesnosforces.
Depuisla baissecontinue d'uneannéeàl'autre, ensuite
lamévente de nosproductionsderente (cacao etcafé),
c'est unetrèsgrande prouesse pourchaque paysan
aujourd'hui, deréunirdes revenuscumulésdecinquante
mille francsCFAenunan.
Aussi,semblableàunebelle fillequi disparaîtaprèsla
premièrerencontre laissantl'homme mélancolique,
désespéré et rempli desouvenirs vagues, l'argentdansles

1

1

villagesnes'arrête-t-iltouteslesfois qu'au seuil des
portes.Arrivéenéchange d'un petit colisdevivres, des
produitsde la chasse, lapêche oula cueillette,souventil
disparaît aussitôtdansl'achatd'un morceaudesavon oude
quelquesgrammesdesel.
C'est unvéritable miragequine leurlaissesouvent
qu'uneillusion debonheur, maisdavantage desoucisdus à
de nombreusesinsatisfactions.En effet, les sollicitations
desmembresde lafamille etde lasociété en général, les
besoinspersonnelsetlesnombreusesautresinterpellations
les remplissentchaque jourd'amertume etde désespoir, en
raison de leurincapacitéàyfaire face.
2EXISTENCE PRECAIRE. UNE
Parle manque etlarareté de l'argentdansles
ménages, etmême desoccasionsd'empruntpour répondre
àleursmultiplesbesoins, les ruraux sont touslesjours
anxieuxet surlequi-vive, inquietsethabitéspar un
sentimentde précarité de l'existence etd'imminence d’une
mortcertaine.Aussisesont-ilsinstallésprogressivement
dansle découragement, lapeur, larésignation etle
désespoir total.
A Ngambé-Tikar, lesPygméesparleurmode devie
traduisentde fortbelle manière l'incertitude etce
sentiment.Nonseulementilsconstruisentleurshabitations
de manièresommaireàl'aide desbranchages,comme des
hommesenattente dudépart verslaterre promise, mais
encore les sommesd'argentoulesaliments qu'ils reçoivent
encontrepartie de leur travail dansleschampsdesTikar,
sontdépenséesetépuiséesle jourmêmesans réserves,
pourdisent-ils se prémunirdeslendemainsincertains.
Enfin, laprécarité de l'existencetient sur une
alimentation pauvre, monotone, déséquilibrée etaléatoire

1

2

provenantde la récolte dansles champs, la cueillette, la
pêche etla chasse.
D'une manière générale, l'homme ici ne mange pasce
quiconvientoului plaît selon le désirdujour, mais se
contente desopportunitésprovenantaux trois quartsde la
nature,àsavoirceque lamain etles yeux rencontrent.Les
metsne faisantpasl’objetd'une programmation, ils
tiennentdavantage des saisons, la chance pourla chasse et
lapêche.
Lesalimentsdequalitésont siraresdansles villages,
queceuxdeshabitants qui entrouventdeviennentavares
etlesconsommentgénéralementencachette,àl’abri du
regard desautres.Illustronscettesituation de misère dans
lescampagnespar uneanecdote.
Okongavait tuéun grosaulacodeàun piège,à côté du
champ d'arachidesdesafemme.Le jourmême, il fit
mangerle gibierauxmembresde lafamilleseréservantla
tête, lesboyauxetlecœurdontla consommationselon les
vieillardsetlesinitiés, multiplieraitleschancesdu
chasseurpourentuerdavantage.Aussi,revenue duchamp
l'après-midi,son épouseavait-ellerempli deuxassiettes,
l'une d'uncouscousbien étuvé etl'autre de la bonne
viande.
Caché derrière lebattantde laporte, et surveillantle
passage desautrespaysans,unecalebasse devin de palme
àportée, ilsavouraitle délicieuxmetspartagéavecBikoul,
sonchien.Couchésouslesiège ethappantlesmorceaux
que lui lançaitle maître, ilaccompagnaitaussi d'unregard
impatientlesmouvements répétésde lamain plongeant
danslesassiettespour remonter versla bouche.
Mais, par surprise, les silhouettesde deuxélèves
aidantàla construction de la casechapelle du villageà

1

3

quelquespasde la case du vieilOkongs’étaientdessinées
au seuil de laporte,sanslui laisserl'opportunité decacher
les assiettes à un endroit sûr.
Alors rongeantle frein, il poussadu talon les assiettes
quiallèrent rejoindre lechienqui, pensantlerepasdu
maîtreachevé,s’ensaisit avalantd'untraitla chairmolle,
pour s'attaquerensuiteàlagrossetête de l’aulacode posée
surlespattes avant, etdontilse mit à broyerlesosd'une
manièrebruyante.
A cause du couscousfumant sousle lit, lebruitdesos
brisésetles coupsdetalonque levieillard luiassénait
pourimposerl'arrêtde l'ouvragesadique d'une part, et
d'autre partlesflammesdecolère etd'impatience
jaillissantdes yeux,Hilarion etGérardqui étaient venus
boire de l'eau àlagrande jarreappuyéeàl'un desmursde
la cuisine,avaientparfaitement comprisla situation.
Aussi décidèrent-ilsde punirl'avare en prolongeant
leurprésence dansla case.Apeineavaient-ils alors
franchi leseuilqueOkongs'était ruésurBikoul, l'accusant
de perturber sa sieste faceaux voisins accourus.Etle
lendemain debonne heure, il futpenduetmangé.
B. L'IMPUISSANCE ET LA VULNERABILITE
1. L'IMPUISSANCE
Elisabeth estcette naine etattardée mentale négligée
detous,qui dépensait sesjournéesàlaflânerie dansles
ruellesetlescuisinesdu village, enquête d'alimentsetde
boissons.
Avrai direcette femmequ'on disaitâgée d'une
quarantaine d'annéesne pouvaitprovoqueraucunautre
sentimentà côté d'un homme,sinon lapitié, etlarévolte

1

4

contre letrèshaut quiaura affublésa créature d'autantde
déficits.
Pourtant unerumeurpersistante etfaisantétatdesa
situation de femme enceinte,couraitles ruesetles
concessionsetpourla confirmer, lapetitecuriosité
n'hésitaitpas à soulever chaque foisle petit corsage, pour
présenter à ceux qui le désiraient, leventrearrondi etles
lourds seinspendants au-dessus.
Ce fut unvéritablescandale, etleslangues s'étaient
alorsdéliéespour rapporter que, profitantdes ténèbres, des
calebassesdevinslocauxetdesfondsdebièrequ'ilslui
offraient, deshommesl'avaient toujours attirée derrière les
casesoudansles buissons.
Lagrossesse étaitdéjà à sonterme, maislesprésumés
auteurs s'enhardissaient ànierlesfaits,tandis que les
membresde famille ne manifestaient aucun intérêt à ce
sujet.Aussi le pasteurdu village était-ilvenu solliciter
mon intervention,carlesmédecinsde l'hôpital
confessionnel deFoumban étaientformels :à cause de
l'étroitesse du bassin,Elisabeth ne pouvaitaccoucher que
parcésarienne,àdéfautlamort.
NguinicheGaston, lechef de famille, futconvoquéà
monbureau.Maisle lendemain etaulieudesmoyens
attendus, il étaitarrivé entraînantpar unecordeunbeau
boucqu'il fitattacheràlavérandade lasous-préfecture.
Sérieuxetcyniqueàlafois, ilavaitalorsprislaparole
pourdéclarer:« notre famillequi est trèspauvresetrouve
incapable deréunirles quatre-vingtmille francs
nécessairesàl'opération.Aussiavons-nousdécidé d'offrir
cebouc, pour servirde dernier repasà Elisabeth, en
attendant que lavolonté deDieu s'accomplisse ».

1

5

Ma colèreétaitmontée etje le fisenfermerdansla
chambre desûreté de la brigade degendarmerie,
provoquant ainsi le déblocage dequarante mille francs qui
vinrent s'ajouter aux contributionsdes autres bonnes
volontés.EtJean putainsiveniraumonde.
Unsoirdumoisde janvier1995, je descendaisaussi
enurgenceaucampementdesPygméesdeNditam, pour
vivre lascène douloureuse de l'inhumation, d'une dizaine
d'enfantsdécédésle jourmême des suitesderougeole.
Trèséplorésetimpuissants, lesparents, pourfaire faceàla
situation n'avaient trouvéutileque de fuirlecampement,
pour s'installer sur un nouveau site.
Très souventaussi, il nousétaitarrivé desurprendre
dansles villages, desfoulesmasséesaux vérandaset sous
leshangarsdésemparées, impuissantes,résignéeset
attendantensilence le dernier soupird'un parentmalade et
enagonie,qui n'aurapointétéconduitàl'hôpital faute
d'argent, etmême d'occasionsd'empruntpourle faire.
C'estainsique nouspûmes sauverlechef deINA,ainsi
que desfemmesen proieauxdifficultésd'accouchement.
Combien de malades sont soustraitsdeshôpitauxde
nuit, parlesparents qui ne peuvent supporterlecoûtdes
ordonnances quisesuivent.En effet, faceàtouscescas
qui exigentdes solutionspécuniairesdansles villages, les
chefsdesfamillesouencore lesparents se montrent
toujoursdésemparés, désarmésetadoptantchaque foisdes
attitudes stoïquesoupassives selon lecas, pour se
consolerde leurincapacitéày remédier.
Pour se mettre parexempleàl'abri desmultiples
charges que lascolarité desenfantsimpose, de nombreux
parents regardentl'écoleavecmépris,sesaisissant souvent
desexpériencesmalheureuses vécuesautour(leséchecs,

1

6

lesdéperditions, oulesgrossessesprécoces), pour se
déroberetdécouragerles autres.
De même, lescentresdesanté dontlesinterventions
s'accompagnent toujoursd'un prix,sont systématiquement
contournésouévités.Enfin,bienque plongeantles
famillesdansladouleuretladésolation, lamortdansnos
campagnesest vécueavecdignité et stoïcisme, enraison
de lapauvretéqui empêche de prendre lesmesures qui
s'imposent.
2. LAVULNERABILITE
Depuisleurentrée dansl'ère de lamodernité, les
ruraux sontexposéset vulnérablesaussibienauxplans
physique, moral, matériel ou spirituel,que de
l'environnementfaceauxgravesmenacesactuelles.
Ils'agitdetouscesévénements quiarriventà
l'improviste etpourlesquelsilsne disposentpasde
moyenspourlesprévoir, lesprévenirou y remédierà
temps, lesalutgénéral ne provenant souvent que des
pouvoirspublics, la communauté internationale oudes
autresbonnes volontés.
Il en estainsi descultivateursdecacaoyeretdecaféier
qui, ne maîtrisantpasleshumeursdumarché etincapables
de fixerlesprixoulescontrôler, ont subi la baisse
continue desprix qui lesaurapoussésàl'abandon des
plantations.C'estde lamême manièrequ'ils subissentet
viventlasécheresse, lafamine, l'invasion descriquets, les
catastrophesnaturellesouencore l'expansion
duVIHSIDA, lesguerresetleursconséquencesmultiples.
Chezlesnantis,cesévénementsetfaits sont très vite
circonscritset réduitsgrâceàl'organisationrapide des
secours, l'abondance de moyensinternes, l'éducation etla
préventionàtraverslesmédiasetd'autrespuissants

1

7

moyensdecommunication;enfin laprospérité
individuelle et collective.
Maisici, par une pauvreté généralisée, etdonc,
l'incapacité desmillionsd'individus à yfaire face, ils
atteignentgénéralementlestade decrises, de pandémieset
des situationshorsde portée nécessitantl'appelàl'aide et
les secoursextérieurs.
De même, ladétresse humaine liéeauxmisères vécues
despopulationsaétéàl'origine dudéchirementdu rideau
moral et spirituelqui protégeaitnos traditions, nos valeurs
etnous-mêmescontre lesagressions, la compromission et
lesmenacesextérieures.
Etles ruraux viventébahislamontéevertigineuse etla
multiplication desaffections telleslafolie et
l'hypertensionartérielle, lestressetl'angoisse d'une part,
d'autre partlesuicide, levol, laviolence, l'envahissement
des sectesoulecrimetrès raresdansnos sociétésantiques.
C. L'INFERIORITE ET LES COMPLEXES
D'unerégionàuneautre, l'infériorité etlescomplexes
sontliésàl'analphabétisme etàune faiblescolarisation,
ensuiteaucloisonnementdûàl'enclavement.
1. L'ANALPHABETISME ET LE
CLOISONNEMENT.
De nombreuxpaysansàtraversle pays sont
analphabètes,tandis que leursenfantsàlasuite des
pressions socialesetdesautorités, dépassentàpeine le
niveauducycle de l'enseignementprimaire.En effet,une
foislecertificatd'étudesprimairesobtenuoupointdu
tout, lesjeunesdesdeux sexes sontmaintenusdansles
villages, destinésàremplacerlesparents.

1

8

Sachant àpeine lire etécrire lesfilles se préparent au
mariage,tandis que lesgarçons seconsacrent aux travaux
agricoles,se préoccupant aussi de prendre femmespour
fonder une famille.Aussirencontrons-nous régulièrement
desjeunesde moinsdevingt ans qui ne peuventni lire, ni
écrire,s'aidant à ceteffetde leursjeunes cadetspourla
lecture desmissivesenvoyéesparlesfiancés.
Jusqu'en 1995à Ina,Pockyandji etd'autres villagesdu
secteurnord de l'arrondissementdeNgambé-Tikar, les
jeunesnaissaient, grandissaient, et se mariaientpour se
consacrer aux activitéspaysannes,sansjamais avoirétéà
l'école.Etles révoltés s'enfuyaient souvent verslespetites
cités voisines(Bankim,Magba,Banyo) oùinscritsà
l'école de larue, ilsparvenaientàparler un français usuel,
destinéàsoutenir toutjuste le dialogue.
Peuinstruitsetcultivés, ilsne lisentpaslesjournaux,
n'écoutentpaslaradio, latélévision étant un instrument
inconnuicià cause de l'éloignement, lapauvreté pour son
acquisition etenfin le manque d'électricité.
Dansles villagesdumêmesecteur, etaucoursde la
même période lesenfantsneconnaissaientlevéhiculeque
dansleslivresetlesbrochures, etnevenaient souventle
découvrirconcrètement qu’après quinzeannées révolues,
àlasuite d'une évasionverslescités voisines.
Dansles villagesAbutu,Marah ouAkwanchadans
l'arrondissementd'Ako, je fuslapremière personne depuis
notre entrée danslamodernité,àyconduire deux
véhiculesàlasuite des travauxd'investissementhumain
exécutésparlespopulationspendant un mois.L’accueil
était tellementémouvant que lesfemmesdanscevillage
frontalierpleuraientd'émotion, déployantleurspagnesau
solcommeuntapispournouspousseràmarcherdessus.

1

9

Toujoursdansles villages Ina,Pocklay,Pockyandji et
bienavantl'ouverture d'une piste forestière, les
populations vivaientdanslecloisonnementgénéral,sans
poste deradio etnesuivant querarementle
vrombissementde l'avionau-dessusde leurs têtesdansles
nuages.
Ensaison despluies,ceinturésparleseauxen furie,
lesherbesetlesbuissons, ils s'emprisonnaientpendant
quatre mois, passantlajournée entre lavérandaetle fond
de la case oùils se nourrissaientde provisionsentassées
surlesclés:lechampignon, les termitesetlespiècesde
gibier,...
L'analphabétisme etlecloisonnementontdeseffets
destructeurs surlespaysanscondamnéspourtantà
s'intégrerdanslamodernité.En effet,commentdes
hommesignorants,sousinforméset souventfermésau
monde et sesgrandesmutations, pourraient–ils se
transformerou sestructurerpourengagerle nécessaire
changement ?
2COMPLEXES D. LES'INFERIORITE
Demeurésdansles villagespendantde longuesannées
etabsorbésparletrain deviequotidien, les ruraux sont
alorsinférieursetcomplexésdevantlescitadins, ou tous
ceux qui incarnentlamodernité.Ils sontgénéralement
incapablesde discuteroude faire prévaloirleurpointde
vue,toutàleurs yeuxétantnouveauetincompréhensible.
Aussi les réunions que lesfonctionnaires, leshommes
politiquesoulesmembresde lasociétéciviletiennent
dansles villages se déroulent-ellesgénéralementàsens
unique, lespaysansavalant servilementlesconceptsetles
donnéesimposés, faute d'uneculture etdesconnaissances
appropriéespourdébattre.

2

0

Etcetteincapacitéàfaire prévaloir son pointdevue
estàla base de nombreusesfrustrations, etdecomplexes
divers qui lespoussentàlanégligence de l'aspect
physique, l'effacement, l'alcoolisme, l'effronterie etla
violence.
En effet,très souvent simplesd'espritetàlarecherche
derefugespour seconsolerdesdifficultés, ouencore des
artificespour se donner quelquecontenance etexprimer
leurspointsdevue devantl'étranger, faire enfin faceaux
situationscourantesde lavie, les ruraux se livrentalorsà
une grandeconsommation des vinslocauxetdesalcools
en général, d'autresayant recoursauchanvre,au tabacetà
d'autres stupéfiantsconnus.
L'hommequiatoujoursététimide, etleregard fuyant
se lèvealors,brusque danslesgestes, enclinàla
démonstration etlaviolence, impulsif etbruyantpour
agresser,se défaisantpour quelquetempsdeson
infériorité.C'estpour s'en prémunir,qu'il estd'ailleurspeu
recommandé detenirles réunionspubliquesdansles
villageslesaprès-midi.
En effet, leclimatetl'atmosphèresetrouvent
généralement surchauffésetpolluésparleséthyliquesou
lesdroguésdevenusdésinvoltesetdécidés,à affronterdes
hommesdontilsne pourraientpourtant supporterleregard
danslesmomentsde lucidité.Carlesalcoolsbusàde
grandesdoseset quantitésdanslesmilieuxpaysans,
constituent unartifice indiqué poureffacerlapeuretles
complexes.
Par unsoirà Berabe etpouravoirignoré monavis, le
préfetde la Donga-Mantungaucoursdesatournée
manquad'être molesté, pardesgroupesde jeunesdrogués
etdécidésàfaire entendre leurs voixau sommetde l'Etat,
à cause de l'enclavementetdumauvaisétatdes routes.Les

2

1

interventionsénergétiquesdesfon, les chefs traditionnels,
pour réduire l'ardeurdeseffrontésne produisirent aucun
effet, et c'est chaque membre de ladélégationqui prit ses
jambes au coudanslapénombre, pourgagnerles
véhicules.
Al'occasion d'uneautretournée effectuée pendant
troisjoursàpied parlesentier, nousétionsarrivésà
Samafouàl'aube, dégoulinantset unebotte de feuillesde
bananier séchéesnous servantdeboucliercontre larosée
surlapoitrine.C'est un hameaud'unequinzaine de huttes
couvertesdechaumequiseconfondent,avecla savane
danslaquelle elles sontéparpillées.
Les adultes, lespiedsnusetenroulésdansdes vieilles
couverturesportéesenbandoulière,se dirigeaientd'un pas
hésitant versla chefferie oùla vue desgendarmesde la
délégation les avait recroquevillés.
Alorsils setenaientàdistance etprêtsà bondir,tandis
que lesfemmesétaientassises surles talonsau seuil de la
cuisine, épiantnosmouvements.C'estdepuis quatre
années qu'uneautorité n'estpas arrivée ici, etles
populationsétaientpartagéesentre lapeur, etl'envie dese
frotter aumondeàtraversnous.
Rassurésparmontonconciliantetlesinformationsdu
paysetdumondeque je déverse, lespaysans sesontalors
ébroués,venant se plierensigne derespectpourengager
ensuiteuneconversation discrèteaveclesTikarde la
délégation.Ceux-ci leur tendentlesfondsdecalebassesde
vin de palmequ'ilsavalentaccroupis, etle dos tournéà
l'assistance.
Mais, latrentainerévolue et unvolumineuxcigare
traditionnelvisséauxlèvres,complètementivre et
affichant toute ladésinvolturequicaractérise lesjeunes

2

2

révoltésdes villages,Mbouang est venu romprecettebelle
ambiance.
En effetilcouvre leGouvernementet ses
représentantsd'insultesà cause de l'enclavement,sourd
aux réprimandesduchef duhameau, etapparemmentdes
parentsaccourusletirer sans succèsde laplace.Alorsles
gendarmesSoukaetNyamoros'ensontbruyamment saisis
etontprovoqué lapanique parmi lesfemmes,qui fendant
lasavane, lesmains surlatête, pleuraient.
Parl'analphabétisme,
lecloisonnementetlasousinformation, les ruraux sont très souventignorantsde leurs
droits,qu'ils viennentgénéralementdécouvrirde manière
fortuiteàlal'occasion d'uneréunion publique oud'un
procès.Carla communication etla connaissancerelèvent
davantage de larumeuretducommérage dansles villages.
3. UNFAUX COMPLEXE DE SUPERIORITE
Dansles villagesdesservispardebelles routes
bituméesetoùlespouvoirspublicsont réaliséun nombre
considérable d'infrastructures socialesdebase,
l'électrification, l'hydraulique, lescasesdesanté, les
écoles,... lespopulationsnotammentlesjeunespensent
s’être émancipés, et sont souventenclinsàsecomparerà
leurscompatriotesdes villes.
Généralement, ilspassentdesjournéesoisiveset
contemplatives,à admirerlesbelles voituresetles
cortègesde passage,à alleret veniràtraverslevillage,
considérantletravail de productioncommeunesouillure
ducorpsetde l'esprit.De plus, enraison de laproximité
descentres urbains qui leurpermetd'accéderà
l'informationsurlesévènements régionauxetnationaux
marquants, etde lafacilité desmouvements versles villes,
ilsnagent, pensantêtre intégrésdansle progrès.

2

3

C'est unmirage,carlorsqueconfrontés aux
nombreusesdifficultésde la viedontlecoût s'élèvetous
lesjours, ilsnetrouventpointdesolutions, les tâches
salariéesdanslevillagese faisant rares,alorsils se
révoltentàtortcontre lesparents, leschefs traditionnelset
lesautorités.Très souvent réfractairesauxordreset
désobéissants, ilsontperdulesensdu respectenversles
hommesetles traditions.
En effet,aucoursdes réunions que
jetiensàlasouspréfecture, leschefsdes villages sesituant surl'axe
bituméereliantBélaboà Bertouase lèventdésespéréset
inquiets, pour solliciterleconcoursdesgendarmesenvue
derappeleràl'ordrecesnombreuxjeunesdélinquantset
oisifs, les voleurs, lesjoueursdecartes,tousparesseuxet
opposésàleurautorité dansles villages.
C'estégalementiciqu'àl'observation, le mouvement
d'urbanisation etde modernisation deslocalitésnes'est
pasdéclenché.En effet, descentainesde jeunes qui ne
disposentpasde moyenspourconstruire leurspropres
maisonsetassurerlarelève desparentsdanslesensdu
redéploiementde l'habitatetlamodernisation des villages,
continuentàhabiterla case parentaleavecfemmeset
enfants,attendantpatiemmentle décèsdesgéniteurspour
hériterde leursconcessions.
S'ilse ditcheznous que «làoùlaroute passe, le
développement suit»,cetteaffirmation n'ason importance
que làoùleshommesétantdanslesdispositionsdu
développement, leslocalitésàdesservirpar unebelle
route,viventdéjàunbouillonnementinterne d'initiatives,
de productionsagricolesetpastorales qu'ilconvient
d'encourageretde libérer, parl’octroi desinfrastructures
d’évacuation deces richesses.

2

4

Parcontre, lorsquecelles-ciarriventaumilieudes
hommesparesseux, désoeuvrésetimproductifs,ces
derniers s'extasient surlesartificesetlesdélicesdu
modernisme, pensantainsiavoiratteintle développement.
Aussi leurs villagesévoluent-ilsdifficilementdanslesens
duprogrès.
D. LAFAIBLESSE DE LA PRODUCTION, LE
DESOEUVREMENT ET LA DEPENDANCE
1. UNEFAIBLE PRODUCTION
Qu'ils'agisse des vivriers, desmaraîchersoudes
culturesderente,seuls quelqueshommesdansnos
villages, et un petitnombreàtraversnoscampagnes,
travaillentdansl'objectif desproductionsde
marché,c'està-dire parl'ouverture desexploitationsde grandes
dimensions.
Lamajorité étantengagée dansle processusdesurvie,
lesmaigres récoltespaysannes serventgénéralementà
nourrirlesmembresde lafamille,tandis que les surplus
sont vendusàlavérandaoùàquelquesplacesdansle
village pourl'acquisition desbiensde première nécessité
telslesavon, lesel oulesallumettes.
L'activité économique estinexistante enraison du
manque d'une productionabondante et variée pourle
fonctionnementdesmarchés, la circulation desflux
financiers,ainsique deshommesetdesbiens.De plus, les
paysanspratiquentchacuntouteslesculturesconnues,
maisen detrèspetites quantités.
A Ngambé-Tikaretbienavantladensification de
l'activité économique etle développementdumarché
hebdomadaire de lalocalité, lesenfantsdesfonctionnaires
affectéslà-basparcourraientlescasesdu village l'une
aprèsl'autreaujourbaissant,àlarecherche des vivreset

2

5

des alimentsà acheter. Certains se mirent alorsà créer
leurspropreschamps, pour s'alimenterconvenablement.
De même,à Minta àune époque peuéloignée etfaute
d'une productionabondante pourapprovisionner
quotidiennementle marché, lesallogènes souffraient
régulièrementde famine,bienque disposantde moyens
financierspour se nourrir.
Entreautres, les raisonsliéesàlafaiblesse de la
productionrurale portent surl'indiscipline,
l'inorganisation, le manque d'ambition etd'engagementau
travail.En effet,contrairementaux villesoùlescitoyens
seruentdèsle jourlevéverslesbureauxetles usines,
parcequesoumisàune obligation derendementetde
résultatparl'employeur, les rurauxcheznous se meuventà
leursgré ethumeurdujour.
2. LEDESOEUVREMENT
Ici,chaque homme estmaître deson destin etdesa
vie, nerendantpointcompteà autrui.Etl'absence d'une
obligation derésultatsconduitparconséquentàune
paresse généralisée etaudésoeuvrement.
Dansdes villagescommeKanda,Ndoumbi,MbethII,
Bouam ouDiang, leshabitantsdépensentlajournéeàla
consommation des vinslocaux sousleshangars, le jeudes
cartesetlesdivertissements, ouencoreàlaflânerieaux
heuresdetravail.
Al'occasion, ilscultiventetdéveloppentces
nombreuses toxines quisontàl'origine de la
multiplication desconflitsdansnos sociétésàsavoir:le
mensonge, la calomnie, la circulation des rumeursetdes
faussesnouvelles, lajalousie etlahaine.

2

6

De même, le peud'engagementau travail pourles
grandesproductionsetla création des richesses
individuellesetcollectives,conduitparconséquentàune
dépendance deshommesaussibien entre euxàl’intérieur
quevis-à-visdesautresàl’extérieur.
3. LADEPENDANCE
Ay regarderde près, l'entassementdescasesdansles
villagesles unescolléesauxautres, etaboutissantàla
promiscuité etl'étouffement,s'expliqueau-delàde la
solidaritécaractéristiqueauxAfricains, parlapauvreté.
Incapablesen effetdesubveniràleursnombreux
besoinsd'existence de manièreautonome, les ruraux,très
souvent,se fondent surlesnotionsdetutelle, de parenté et
de partage prédominantesdansnotreculture pour se
mettreauxdépensdesautres.Aussi est-ilrare detrouver
que leshommes s'installentisolémentdanslesbosquets,
pourgérerindividuellementl’existence etle destin,
l’isolement supposant unecertaine indépendance.
Par untype d’habitatet unevie fortement solitaire et
de dépendance, lecélibataire, le paresseuxet tousces
hommesimproductifsdu villagesontassurésde partager
les repasdesmariés, desparentsoudesnombreusesautres
relations,àproximité de lamaison ouàtraverslalocalité.
En effet,cheznous, ilse dit qu’un homme ne peut se
convaincre d’avoirdormiaffaméque lorsqu’ilafermé la
porte.Caràtoutmoment,un frère ou unvoisin peut s’y
glisserpour tendreunbol de nourriture.
Une maladie,un procèsou un litige menaçantla
liberté oulasanté entraînent unecotisation parmi les
membresde lafamille, etl'oisifs'entireratoujoursàde
trèsbonscomptes,auxnomsde laparenté etde la
solidarité.Celuià courtderessources rase lesmurspour

2

7

obtenir quelquesgouttesde pétrole, oudes bûchettes
d'allumettes auprèsd’un parent.
D'unautrecôté etfaute de produire leurspropres
richesses, les rurauxcomptentétroitement surlespouvoirs
publicsauprèsdesquelsilsattendentlesaides, lesdons, les
infrastructures socialesdebase.Tandis que les regardset
lesespoirs sontdirigés versles villes,surlesenfantsou
desparents quiyexercent quelquesactivités.Etnos tables
des valeurs s'entrouvent renversées.
En effet, dansleur quête dubonheuroudubien-être,
ainsique lahargneàsavourerlesdélicesdumodernisme,
lesparentsdemeurésau villagebénissentetcélèbrentles
prostituées, lesbrigandsetlesmalfaiteurs qui, exerçant
danslescitésoùàtraverslespaysetle monde,reviennent
périodiquement résoudre lescasdesanté, offrirles
aliments, les vêtementsouconstruireune maisonaux
membresde lafamille.
E. L'INSTABILITE CONJUGALE, LA
PROMISCUITE SEXUELLE ET UNE
PROCREATION DESORDONNEE.
1. UNEPROCREATION DE
SOUSDEVELOPPEMENT
Parl'analphabétisme, l'ignorance, lapauvreté et
l'attachementànoscultures, lesjeunesdesdeux sexes
dansles villages sont trèsprécocesen matière de
procréation.
En effet, il est souvent rare derencontrerici,une jeune
fillecélibataire dontl'âgesesitue entrequatorze et vingt
ans, et qui nesoitdéjàmère d'un oude plusieursenfants.
Très souventattiréesparles villespourfuirles travaux
péniblesdescampagnes, elles se dirigenten exode en
abandonnant toujoursplusieursenfantsauxparents.

2

8

Dansles villagesde l'arrondissementdeDiang, oùje
mesuisatteléàunrecensementdesjeunesde plusde
vingtans quicontinuentàhabiterle domicile paternel,
l'opérationafaitdes révélations troublantes.En effet,sur
dixjeunesfillesetgarçonsde moinsdevingt-cinqans,
sans situation et revenus stables, huit sontdéjàgéniteurs
de deuxou troisenfants quivivent sousle mêmetoit,àla
charge des vieillards.
Laprocréation dansnos sociétésestintimementliéeà
la culture etaux traditions.L'enfantici estconsidéré
commeun don deDieu,une preuve devirilité pourle
garçon etde fécondité pourlafille.Dansles tribusbantou,
uneadolescentequiaborde lecap devingtans sans
procréer, inquiètesérieusementlesparents qui oeuvrent
alorsactivementàlajeterdanslesbrasd'un jeuneàla
féconditéattestée.
Aussi lesenfantsnaissent-ilspartoutetàtousles
coups,sans que lesgens s'en offusquent.D'ailleurs, les
méthodesde limitation oudecontrôle desnaissances que
lesmodernes veulent répandresont regardéesiciavec
mépris,une femmequia aligné dixaccouchements
successifsainsique le père d'unevingtaine d'enfants,ayant
généralementdroitàune grandeconsidérationau sein de
lasociété.
Maisaujourd'hui,cette poussée démographique
incontrôlée hypothèqueàlafoisl'épanouissementdes
chefsde famille dépassés souventparla charge de
l'encadrementd'une part, etd'autre partl'avenirmême de
cette nombreuse progéniturequisecréeavantle mariage
desparents.S’ensuiventde nombreuxconflits, des
tensionsau sein desfamilles, lestress, l'épuisementliéàla
rareté desmoyens, enfinune foule de difficultés
d'existencequi fragilisentle moral, le physique etlasanté.

2

9