L'ADOLESCENT ET LA PSYCHOLOGIE

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Ce livre s'efforce, avec l'aide de quelques notations cliniques concrètes, de permettre à l'adolescent d'en savoir plus sur lui-même, d'apaiser ses inquiétudes, bien souvent imaginaires, en particulier dans le domaine de la sexualité. Il est une introduction à la réflexion sur l'être, sur la violence et l'amour.
Publié le : mercredi 1 janvier 1997
Lecture(s) : 73
EAN13 : 9782296346093
Nombre de pages : 127
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DU MÊJ\1E AUTEUR
CHEZ LE MÊME EDITEUR

Collection Psycho-Logique

Initiation à la Psychopathologie des gens comme vous et moi... 1996 Conduites pathologiques et Société 1996

L'ADOLESCENT ET LA PSYCHOLOGIE

Collection Psycho-Logiques dirigée par Philippe Brenot et Alain Brun

Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho-Logiques.

Déjà parus
Sylvie PORTNOY-LANZENBERG, Le pouvoir infantile en chacun, Source de l'intolérance au quotidien. André DURANDEAV, Charlyne VASSEUR-FAUCONNET (sous la dir. de), Sexualité, mythes et culture. Claire SALVY, Jumeaux de sexe différent. Maurice RINGLER, La création du monde par le tout-petit. Loick M. VILLERBU, Psychologues et thérapeutes, sciences et techniques cliniques en psychologie. Michel LARROQUE, Hypnose, suggestion et autosuggestion. Sylvie PORTNOY, L'abus de pouvoir rend malade. Rapports dominantdominé. Raymonde WEIL-NATHAN (sous la dir. de), La méthode éleuthérienne. Une thérapie de la liberté. Patricia MERCADER, L'illusion transsexuelle. Alain BRUN, De la créativité projective à la relation humaine. Pierre BENGHOZI, Cultures et systèmes humains. Dr POUQUET, Initiation à la psychopathologie. Dr POUQUET, Conduites pathologiques et société. Geneviève VINSONNEAU, L'identité des Françaisesface au sexe masculin. Paul BOUSQUIÉ, Le corps cet inconnu. Roseline DAVIDO, Le DAVIDO-CHaD, Le nouveau test pschologique : du dépistage à la thérapie. Sylvie PORTNOY, Création ou destruction, autodestruction. Jacques BRIL, Regard et connaissance. Avatars de la pulsion scopique.

@ Éditions ISBN:

l'Harn1attan, 2-7384-5704-5

1997

Docteur Michel POUQUET
Psyc/liatre

L'ADOLESCENT ET LA PSYCHOLOGIE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École- Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

INTRODUCTION
Comment te dire, adolescent, quelque chose d'un peu vrai sur toi-même, sur la vie qui bouillonne au plus intime de ton être? C'est cette tâche difficile que je me propose dans ce livre. De la vie, ton expérience t'a déjà dit beaucoup. L'héritage des générations passées, l'apport de la science, complètent ton expérience personnelle. Mais celle-ci, aussi riche soit-elle, demeure forcément limitée. Et au centre de la vie, il y a ta vie, et les questions qu'elle te pose, à commencer par celle-ci: qui es-tu? Peut-être ne t'es-tu pas posé explicitement la question. Mais très certainement, au fond de toi, elle te travaille. Tes études t'ont appris beaucoup de choses, en particulier sur le fonctionnement de ton corps: la biologie, peu ou prou, tu connais. Mais l'être humain ne se réduit pas à un corps - et dès qu'il s'agit du reste, de ce que tu es réellement, il est peu probable que quelqu'un t'en ait parlé vraiment. C'est traditionnellement au philosophe que revient cette tâche. Au-delà de ce que les sciences permettent d'enseigner, dans une démarche de connaissance rationnelle, le philosophe est celui qui réfléchit aux questions qui se posent ensuite: après la physique vient la métaphysique. L'avancée des sciences a progressivement restreint le domaine du philosophe, qui autrefois concernait un peu tout, même la musique... Comme personne d'autre n'en est chargé dans le cursus universitaire, c'est habituellement au philosophe qu'échoit la charge de parler de psychologie. Mais malheureusement la philosophie n'est pas enseignée à tous. Elle est souvent réduite à la portion congrue, voire carrément supprimée dans certaines branches de l'enseignement. 7

De surcroît, dans ce domaine, une approche rationnelle de la connaissance de l'âme humaine existe, hors tout présupposé religieux: le domaine du philosophe se réduit encore un peu plus aujourd'hui. C'est au psychanalyste que revient cette approche très particulière. Pourquoi ne s'adresserait-il pas à toi, directement? En commençant par se présenter: par situer la place et la nature du psy. Ensuite, c'est tout ce qu'un psy peut dire aujourd'hui qui sera l'objet de ces lignes, d'une manière évidemment rapide, mais en essayant de cerner l'essentiel. Et en demeurant concret, en illustrant le comportement de l'être humain par des "vignettes" cliniques, rapportant en quelques lignes les faits ou le discours de l'homme, dit normal, ou pathologique (tout ce qui ne tourne pas rond). C'est donc reprendre ici, d'une manière concrète, directement issue de la pratique, tout ce que pouvaient enseigner les manuels de psychologie, et de psychopathologie, d'autrefois. Le grand défaut d'une psychologie "à la papa" (modèle La Bruyère, si pittoresque soit-il) est de patauger dans un charabia descriptif sans disposer des modèles qu'a permis de dégager la pratique psychanalytique, ni des concepts qui permettent de comprendre quelque chose au fonctionnement de l'être humain. Ces modèles et ces concepts seront donc introduits, progressivement, tels qu'ont pu les établir ,Freud et Lacan. Cela demande, certes, un peu d'attention. Mais la découverte de ce monde mystérieux que chacun porte en soi, des "démons" qui nous agitent, est un chemin plein de surprises et d'émotions, passionnant. Et qui n'est pas sans retombées utiles: cela peut aider par exemple à dédramatiser certaines peurs, ou encore à mieux affronter les tempêtes amoureuses... "Connais-toi toi-même", telle était la maxime de Chilon de Sparte, inscrite au fronton du temple d'Apollon, à Delphes. Tel est mon projet, avec toi, adolescent d'aujourd'hui, si tu veux bien m'accompagner dans ce chemin vers toi-même...

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CHAPITRE I

QU'EST-CE QU'UN PSY ?
La connaissance de l'homme s'effectue par divers chemins, diverses approches scientifiques, qui ont chacune leur spécificité, leur langage, leur utilité. De tout temps, l'homme s'est penché sur luimême, et sur le monde qui l'entourait, en essayant d'y comprendre quelque chose. Les mythes antiques sont le fruit de ces interrogations et débouchent parfois sur des vérités toujours actuelles sur l'homme et sur le monde. Que l'on songe au mythe de Narcisse, sur lequel nous aurons à revenir. Plus proches, mieux connus, ce sont les poètes qui nous parlent de nous, à leur façon: les tragédies de Sophocle ont mis en scène quelqu'un dont le nom est aujourd'hui sur les bouches de bien des psy : Oedipe. Mais c'est avec les philosophes que s'ébauchent les premières constructions théoriques, dès la Grèce antique: Heraclite, Empédocle, Socrate, Platon, Aristote... Les philosophes, aujourd'hui, ont toujours leur place dans ce cheminement vers la connaissance de l'être humain, mais le développement de la connaissance scientifique a restreint progressivement leur domaine. Il leur reste en revanche à débattre des questions qui se posent (et se poseront toujours) au-delà des données de la science, préparant ainsi souvent les avancées ultérieures des scientifiques: les convergences entre Nietzsche et Freud, comme plus tard entre Heidegger et Lacan, ont été soulignées. Les biologistes (Aristote fut le premier d'entre eux) étudient le corps, avec toutes les ressources des sciences de la nature: physique, chimie, etc... Ils ont permis à la médecine les progrès spectaculaires qu'elle a connus depuis un siècle ou deux. 9

Les sociologues étudient les groupes humains, et s'intéressent beaucoup à la politique (à la vie de la cité). Ils ont développé une vision de l'homme-produit-de-Ia-société, qui a marqué profondément les esprits, et imprègne toujours la pensée contemporaine, comme l'illustre par exemple le mot fameux de Simone de Beauvoir: "On ne naît pas ~femme, on le devient"... Leur discours est assez facilement admis par le "sens commun", qui en saisit parfaitement le principe (même s'il n'en suit pas les détours évidemment compliqués) . Avec Marx, on sait que ce mode de pensée, voulant voir dans l'homme uniquement le produit de la société, a conduit à quelques déboires... Nous rencontrons là cette plaie qui infeste si facilement la pensée humaine, le réductionnisme* : la tendance de chaque chercheur à penser qu'il détient à son seul niveau LA clef des conduites humaines... Alors qu'il y en a tout un trousseau. Certes, l'homme est bien, pour une part, le produit de la société, et Simone de Beauvoir n'a pas tort de penser qu'il ne suffit pas de naître avec un corps de femme po~r pouvoir devenir une femme. Mais elle passe sous silence qu'être femme, c'est d'abord vivre avec un corps de femme, et que cela, sans que la société s'en mêle, n'est pas toujours simple. Napoléon répond à Simone de Beauvoir: "L'anatomie, c'est le destin... " Les biologistes de leur côté ont tendance à ne voir dans l'homme que le jeu de ses divers organes. Biologistes et sociologues sont assez portés à ignorer (1), méconnaître, quand ils ne le nient pas délibérément, le discours tenu par les psy: ceux-ci se réfèrent, grosso modo, à une tradition très ancienne, qui voyait dans les conduites humaines le produit d'une "nature humaine", indépendante de l'époque, et très étroitement liée au biologique. Là encore, Aristote, loin de tout réductionnisme, savait fort bien définir l'homme comme un "animal politique", fait de biologique et de social. Il n'est plus question aujourd'hui d'envisager, comme au temps de La Bruyère, une psychologie qui ne soit pas en même temps relationnelle, avec l'entourage immédiat de l'enfant. Mais pour le psy en effet, les enfants naissant toujours des mères, et rencontrant sur leur chemin un père, nous sommes tous des hommes de Cro-Magnon, et il n'y a aucun espoir que cela change (2). Tout le reste a changé, les sociétés, les moeurs, mais la nature humaine, elle, ne change pas. Seules les sociétés peuvent
* Les concepts essentiels sont indiqués en caractères gras.

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évoluer - et c'est déjà quelque chose. Mais pour celui qui rêve de temps meilleurs, le discours des psy est plutôt pessimiste, et fort mal vu. Ce pessimisme n'est certainement pas pour rien dans le rejet, l'oubli dans lequel est tombée la "nature humaine" à mesure que le discours des sociologues s'est développé jusqu'à occuper, avec celui des médecins, tout l'horizon médiatique, bien avant l'invention de la télévision, qui n'a fait que renforcer la tendance. Parmi les psy, il y a deux grandes catégories professionnelles: les psychologues et les psychiatres. Le psychiatre est un médecin, spécialisé en psychiatrie. Il exerce une fonction d'autorité, il sait ce qui est bop. pour vous (du moins est-ce ainsi qu'il est perçu par son patient, qu'on appelle en général un malade, même si, nous le verrons, il n'en est le plus souvent rien). Le psychiatre, parce qu'il est médecin, soigne avec des médicaments, des prescriptions diverses, des arrêts de travail~ des conseils, etc... Il écoute, mais le plus souvent pour arriver à formuler un diagnostic, et parfois pour soutenir son patient dans une visée psychothérapique. Parfois seulement: car la psychiatrie nouvelle importée des USA, a tendance à réduire l'écoute au minimum de questionnement nécessaire à l'établissement d'un diagnostic, après quoi le traitement médicamenteux s'en suit, sans qu'il soit plus question ni d'écouter, ni de comprendre: régression vétérinaire qui n'est pas encore pratiquée par tous, mais qui se veut le fin du fin de la pratique psychiatrique moderne. Le psychiatre enfin a des comptes à rendre à la société, d'autant plus que la médecine, même sous sa forme libérale, dépend des subsides de la collectivité. Inutile d'insister: la médecine est familière à tous, et c'est selon le modèle médical que fonctionne le psychiatre - sauf s'il est psychanalyste, nous parlerons de celui-ci plus loin. Le psychologue, n'étant pas médecin, est à l'écart de cette ambiance médicale (même s'il travaille en hôpital). Il intervient, dans la relation d'aide, en général comme psychothérapeute, c'est à dire par la parole - comme peut le faire de son côté le psychiatre, s'il veut bien sortir de son rôle de distributeur de médicaments. Par ailleurs.. et ceci a une importance pratique, il n'est pas question chez le psychologue de se voir rembourser par la Secu, qui l'ignore. Mais le clivage entre les psy ne se réduit pas à cette distinction professionnelle: nombre d'entre eux n'ont rien à voir avec la fonction d'aide, et se consacrent à d'autres activités: expertise, bilan évaluatifs Il

dans une perspective de sélection ou d'orientation, manipulations publicitaires, formation professionnelle dans les entreprises, recherche, etc... Seuls nous intéressent ici ceux qui honorent leur titre de psy, et ont affaire avec l'âme ('''vuXll If, c'est l'âme, en grec). Un mot qu'on n'entend plus guère aujourd'hui, sauf dans les églises, alors que les "psy" pullulent. Et pourtant, le psychiatre, à la différence des autres médecins, n'a pas affaire à un organe du corps malade. Même si tout passe par le cerveau (dans une perspective bien éloignée de toute croyance, et strictement matérialiste). Celui-ci est le support matériel de l'âme humaine, c'est à dire de ce qui anime l'homme, dans la globalité de sa conduite, dans sa manière de gérer sa vie. L'âme humaine, dans la perspective de l'idéalisme platonicien, puis de la tradition chrétienne, a été conçue comme détachable du corps, pouvant mener une vie indépendante de celui-ci, soit avant la naissance (Platon) soit après la mort (au paradis des chrétiens, où elle serait rejointe par un corps "new look"...). Cette conception dualiste a entravé la recherche, et se retrouve par exemple chez Descartes, opposant la pensée (= l'esprit, l'âme) à l'étendue (= le corps). Pourtant, contemporain de Platon, Aristote voyait déjà dans l'âme seulement "ce qui anime" un corps vivant, disparaissant avec la vie. Cela demeurait sans doute très vague: Aristote attribuait une âme aux animaux, aux végétaux... Aujourd'hui, dans la filiation d'Aristote, on peut s'approcher de l'âme en décelant les traces de celle-ci dans la parole d'un sujet, produite par des neurones porteurs de sens. Et l'introduction du sens, d'une pensée réflexive, qui sait qu'elle pense, qui sait qu'elle est (d'où le mot de Descartes: ''Jepense, donc je suis '), change tout, crée un fossé entre l'homme et l'animal. Et n'est pas sans effet sur les conduites humaines: on sait qu'une parole peut tuer - ou guérir. Mais la parole n'est pas le discours de celui qui sait ce qu'il dit, et ce peut être fort savant, mais sans dire rien de son être. La parole, c'est ce qui vient à côté du discours (c'est l'étymologie du mot, 1tapaf3oÀl1, parabole), sans qu'on l'ait toujours voulu, ce que l'on se surprend à dire, ou encore ce qui se dit au rebours de ce que l'on voulait dire, dans les lapsus, dans les jeux de mots, dans le double ou triple sens de certains mots ou fragments de phrases. Tous ces rebuts de la pensée claire et logique témoignent, comme les rêves, de l'existence d'une pensée inconsciente, cachée, mais qui permet de s'approcher au 12

plus près de l'être d'un .sujet : car c'est là que va se nicher l'âme, du côté de l'inconscient, qui constitue, selon la comparaison souvent utilisée, "le gros bout de l'iceberg", supportant le petit bout conscient, mais lui donnant toute sa vitalité, son dynamisme. C'est le psychanalyste qui est le spécialiste de l'inconscient, de l'être au plus intime de lui-même, de l'âme donc. Psychanalyste, ce n'est pas une profession (avec ce que le mot comporte de références socio-professionnelles, de diplômes, etc...). C'est un métier, un peu comme d'être père ou mère, dont aucun diplôme ne peut rendre compte, mais qui pourtant s'apprend, pour lequel on peut être plus ou moins doué, etc... C'est un métier "de seconde main", que l'on exerce en général à partir des professions de psychologue ou de psychiatre. Mais ceci n'est pas exclusif d'autres approches professionnelles: il y a des psychanalystes issus de l'enseignement, des professions paramédicales, etc... Freud, contrairement à ce que l'on croit souvent, n'a pas découvert l'inconscient: depuis toujours les forces obscures qui agitent l'homme (ses "démons", disait Socrate) ont été repérées. Mais on voyait dans leurs méfaits une sorte de ratage de la maîtrise qu'exerce nonnalement la pensée consciente, qui demeurait prépondérante et devait pouvoir en venir à bout (le même Socrate disait "nul n'est méchant volontairement..." : on peut s'appeler Socrate et dire des bêtises...). La trouvaille de Freud, c'est d'avoir vu dans l'inconscient le moteur véritable de toutes nos conduites. La conscience est détrônée, sa maîtrise devient un leurre. Il y a là un décentrement, une révolution dans la perspective, analogue à celle qu'introduisit Copernic lorsqu'il révéla que la terre tournait autour du soleil et n'était pas le centre du monde. Ou plus tard Darwin lorsqu'il situa l'homme dans la filiation des séries animales. On conçoit que la découverte freudienne ait du mal à passer: elle heurte le "bon sens" qui se fie aux apparences et aime bien, naïvement, croire à ses possibilités de maîtrise sur soimême; elle irrite le philosophe qui, disposant des seules ressources de la conscience, voit brusquement son outil de travail fortement dévalorisé... On sait que les philosophes, tel Sartre, n'apprécient guère. Ils s'efforcent en général d'annexer Freud, et plus tard Lacan, dans leurs rangs, pour mieux les critiquer ensuite. Or le psychanalyste n'est aucunement un philosophe: c'est un scientifique (mais pas sur le modèle des sciences physico-chimiques), 13

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