//img.uscri.be/pth/093dcb9316cd7fdd3273661d4c0a2fea1d712f93
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

L'africanisme solidaire

De
248 pages
L'émergence de l'Afrique meurtrie est une responsabilité d'avenir. Malgré les immenses défis, pointent à l'horizon des signes annonciateurs d'une renaissance. Cela vise un seul objectif : le renforcement solidaire. L'usage, les contextes et les expériences réussies en Afrique en fixeront les règles et le mode de fonctionnement. Il constitue aux yeux de l'auteur une chance de porter solidairement une ambition novatrice mieux adaptée aux enjeux de notre époque.
Voir plus Voir moins

L'AFRICANISME

SOLIDAIRE
I

Sur les quais de l espérance

Points de vue Collection dirigée par Denis Pryen

Déjà parus Habib DEMBELE GUIMBA, Être... ou ne pas naître, 2008. reconstruction du Congo-

Edgard M'FOUMOU-NE, La Brazzaville: la synthèse, 2008.

Adjo SAABIE, Epouses et concubines de chefs d'Etat africains. Quand Cendrillon épouse Barbe-Bleue, 2008. Francine 2008. BITEE, La transition démocratique au Cameroun,

Gérard Bossolasco, L 'Ethiopie des voyageurs, 2008. Roland Ahouelete Yaovi HOLOU, intellectuels africains, 2008. La Faillite des cadres et vingt-cinq ans

Pierre Mithra TANG LIKUND, Cameroun: d'échec; les promesses manquées, 2008. Jean-Claude pas I, 2008. SHANDA TONME, Avancez,

ne nous attendez et droits

Jean-Claude SHANDA TONME, Droits de l'homme des peuples dans les relations internationales, 2008. Jean-Claude l'universalisme. Jean-Claude 2008. SHANDA 2005, 2008. TONME, Réflexions

sur
2004, qui

SHANDA TONME, Repenser la diplomatie.

Jean-Claude SHANDA TONME, Ces dinosaures politiques bouchent l 'horizon de l'Afrique. 2003, 2008.

Jean-Claude SHANDA TONME, Pensée unique et diplomatie de guerre. 2002, 2008. Jean-Claude 2001,2008. SHANDA TONME, L'Orée d'un nouveau siècle. sombre de la

Jean-Claude SHANDA TONME, Le Crépuscule fin d'un siècle tourmenté. 1999-2000,2008. Jean-Pierre MARA, Oser les changements Centrafrique, 2008.

en Afrique. Cas de la

Mohamed Salem MERZOUG

L'AFRICANISME SOLIDAIRE
Sur les quais de l'espérance

L'Harmattan

« L'eau au service du développement solidaire» M S MERZOUG Avril 2004.

« Agir solidairement Pour réussir ensemble» M S MERZOUG Juillet 2007.

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairiehannattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr hannattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06467-6 EAN:9782296064676

Abréviations ABN ACDI AFD AP APD AS BM CB CBLT CCEG CICOS CLC CM CNC CPE DI FMI GIRE GS HC OBK ffiN IDH Nile-Come Nile-TAC OCDE OMVG Autorité du Bassin du Niger Agence Canadienne pour le Développement International Agence Française de Développement Approche Participative Aide Publique au Développement Africanisme Solidaire Banque Mondiale Comité de Bassin Commission du Bassin du Lac Tchad Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement Commission Internationale du CongoOubangui-Sangha Comité Local de Coordination Conseil des Ministres Comité National de Coordination Commission Permanente des Eaux Démarche Inclusive Fonds Monétaire International Gestion Intégrée des Ressources en Eau Gestion Solidaire Haut Commissaire Organisation pour l'Aménagement et le Développement de la Rivière Kagera Initiative du Bassin du Nil Indice du Développement Humain Durable Conseil des Ministres du Nil Comité Consultatif du Nil Organisation de Coopération et de Développement Economique Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Gambie

OMVS

PAS
Pas PDA RAOB
RIOB RIOBT

SADCC UA UVDD

Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal Programme d'Ajustement Structurel Plan d'action stratégique Plan de Développement et d'Aménagement Réseau A:ITicaindes Organismes de Bassin Réseau International des Organismes de Bassin Réseau International des Commissions Internationales et des Organismes de Bassin TransITontaliers Conférence sur la Coordination du Développement de l'Afrique Australe Union A:ITicaine Unité Villageoise de Développement Durable

8

OUVERTURE Le but de ce livre est de susciter un débat de fond. L'exercice convoité est indispensable, au regard de la complexité des transformations de l' Mrique et du monde. La présente contribution, logique succédané de la précédente\ est une tentative d'identification des axes de réflexion aptes à fonder un modèle innovant porteur d'espérance. Débattre nous-mêmes, pour éclairer, nous éclairer et échanger, représente une démarche salutaire. Un jour, l'honorable Jan P.PRONK, répondant à la sempiternelle question de sortie de crise en Afrique, disait « les Africains, tout comme leurs partenaires au développement, s'accordent à dire que la réponse devra être donnée par les Africains eux-mêmes. Ils devront décider de quelle manière et dans quelle mesure, ils devront reformuler leurs politiques nationales et internationales et les adapter aux changements des années quatre vingt dix qui offrent à ce continent à lafois des défis et des opportunités >/. Le choix du repère temporel n'est pas arbitraire. Au contraire, cette décennie aura marqué, du sceau du changement et du renouveau, l'histoire africaine. L'onde de la démocratisation de la vie publique a traversé l'ensemble des pays. Ses sinuosités, bien différenciées, ont ébranlé les édifices existants. Les ruptures nécessaires à la modernisation des corps sociaux ont été localisées à cause de certaines failles dans le pacte du changement. Mais, l'ouverture ou
MERZOUG M.S. : L'Eau, l' Mrique, la Solidarité: Une Nouvelle Espérance. Présence Mricaine, Join 2005. 2 PRONK J.P : in L' Mrique maintenant de Stephen SMITH, Khartala 1995.
1

l'entrouverture du couvercle a mis en évidence l'ampleur du désastre et la lourdeur des héritages. La contestation populaire, par endroit, brutale et sismique, a persisté même si, par moment, elle s'est limitée à un délayage stérile. L'émergence, devenue urgente et nécessaire, doit tirer ses ressorts des héritages et des opportunités nouvelles. A cet effet, nous savons que le passé explique le présent et que ce dernier est le substrat du devenir. Comprendre pour expliquer et traiter, durablement, certaines questions centrales du continent, celles qui orientent le destin des grands peuples, passent par la mise en perspective intégrée d'une infinité de variables. Trois mots structurent et organisent la pensée consignée dans ce livre: diagnostic, résistance et adaptation. Jeter un regard, sans complaisance, sur notre histoire bardée de déboires et sur notre âme profonde, renvoie deux images contradictoires; d'une part, une image ogre et funeste restituée par les médias de masse, et d'autre part, celle porteuse d'espoir et empreinte de dignité inspirée d'un socle anthropologique structuré par les valeurs inspirées de la maât pharaonique et de la mogoya bambara (solidarité, partage, paix, cohésion etc ). Dans ce contexte, faire le bon choix ne peut découler que d'une analyse juste. A cet égard, nous devrions, davantage, nous intéresser aux forces souterraines qui plantent, jour après jour, le décor du théâtre tant atricain que mondial. Elles dessinent les contours de notre devenir et rendent mieux compte des dimensions les plus positives des vingt dernières années. Les avancées démocratiques, le recul de l'analphabétisme de masse, la scolarisation, les conquêtes pour l'égalité des sexes et le respect accru des droits des femmes, l'affirmation de nouveaux paradigmes de l' action 10

publique (décentralisation, démocratie participative etc..) sont les signes annonciateurs d'une renaissance africaine. Renaissance d'autant plus possible et plausible que la mondialisation, en dépit de ses effets négatifs, offie la possibilité de la construction d'un nouveau destin à condition de résister en s'adaptant. Cette double dynamique, en apparence, asymétrique, vise un seul objectif: le renforcement solidaire comme plateforme à laquelle seront embossés les quais de l'espérance. C'est le fond de ma pensée déclinée, ici, comme ailleurs. Peut-être aussi, en tout cas je m'y emploierai, la base d'un cadre conceptuel nouveau que j'appelle l' Mricanisme Solidaire. Face à la mondialisation qui est un fait et non une abstraction encore moins un gadget sémantique de l'occident et à nos innombrables difficultés, l'idée est de faire de la plateforme solidaire la clef de voûte de la prise en charge du binôme: pacte de changement et socle de prospérité. Que faire pour construire cette plateforme? La question est essentielle dans la mesure où le dernier quart du XXéme siècle a vu s'effriter un à un les mythes qui ont meublé toute cette longue période. La fameuse « construction nationale» s'est étiolée sur les murs de l'oligarchie, du patriotisme altéré par la flétrissure du néocolonialisme, du panafricanisme salvateur noyé dans le sang de la guerre froide, des archaïsmes résiduels plus vivaces que jamais, et, aujourd'hui, de l'Etat-nation impuissant devant la mondialisation marchande. Face aux immenses défis, chaque pays se cherche dans un système monde labyrinthique. Les leaders les plus audacieux tentent de briser l'élan de l'engrenage. Ainsi est né récemment le Nouveau Partenariat pour le 11

Développement de l' Mique portés par les Présidents A.Wade, O.Obasanjo, T.Mbeki, A.Bouteflika, HMoubarak; d'autres leaders, comme RMugabe au Zimbabwe, plongent leur pays dans un drame humain et une déconfiture économique durable; enfin, dans la majorité des cas on ne fait que gérer la crise. Personne n'a essayé, comme en Mique du Sud, de franchir le Rubicon, celui de la nécessaire adaptation aux enjeux de la croissance, du progrès social, de la bonne gouvernance et de la modernité. Certes, l'African National Congress est majoritaire et dispose de tous les pouvoirs mais, l'indépendance sans équivoque de l'institution judiciaire et le rôle éminemment positif et actif de la société civile garantissent le fonctionnement d'un véritable Etat de droit et l'épanouissement d'une société de liberté et de justice. Il s'agit là, d'un environnement où l'obligation de rendre des comptes et les débats contradictoires autorisent et favorisent des choix majeurs et partagés. Subséquemment, l'objet de l' Mi canisme Solidaire est de donner corps et un sens à notre ambition collective grâce au partage, à l'appropriation, à l'application et à l'implantation d'un cadre conceptuel adapté aux enjeux. Il ne s'agit ni d'une idéologie qui va se muer inéluctablement en un carcan encore moins d'un assemblage baroque de slogans ou de formules toutes faites. L'usage, les contextes spécifiques et les expériences réussies en Mique permettront d'en fixer les règles et le mode de fonctionnement. L'objectif est de voir dans quelles conditions et comment nos Etats en mettant en avant nos valeurs profondes d'humanitude et de solidarité peuvent construire des cadres institutionnels innovants et mieux 12

à même à servir de vecteurs et d'instruments solution à nos problèmes.

de

Faire ce choix implique une remise en cause de certains repères désuets découlant notamment, à l'échelle des territoires, de la notion de souveraineté nationale. Il s'agit d'un concept éculé, anachronique et hérité de l'époque des suzerains et des rois qui confinaient leurs sujets et leurs vassaux dans un cadre de soumission aveugle et de terreur. Néanmoins, l'idée n'est pas de bousculer cette donnée de base, source de stabilité mais surtout de la faire évoluer pour relever les nouveaux défis inhérents à un monde devenu structurellement interdépendant et à la forte tonalité transfrontalière de nombre de problématiques. Se développer, s'épanouir ou tout simplement survivre dans un contexte de mouvement continu deviennent des défis existentiels à relever. Dans « ce monde qui vient» 3, la mobilité est si forte que l'inertie est synonyme de mort certaine. C'est pourquoi les amis de l'Afrique ont raison de s'inquiéter de sa marginalisation croissante et de l'absence de perspectives balisées. Les années passées à la tête de l'Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal désormais, composée de quatre Etats, la Guinée, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal, m'ont permis de comprendre de quelle manière avec une pédagogie adaptée et de la persévérance il est possible de rebâtir des cadres nouveaux autrement plus solides et plus efficaces que nos outils actuels.

3

MINC A: Ce monde qui vient: essai. Grasset 2005. 13

Cette organisation, petite au double plan territorial et géostratégique mais, grande par ses idéaux et son bilan factuel, constitue l'une des plus belles aventures africaines, en tout cas de l' Aftique de l'Ouest. En effet, elle montre comment avec une ambition partagée des Etats souverains, des peuples aux identités nationales fortes et respectées ont pu cheminer ensemble sans esprit de domination pour arriver au résultat actuel: construire une maison commune au service d'un destin commun grâce à une esquisse d'un socle de prospérité en pleine expansion dans un environnement sécurisé et stabilisé. Les nouveaux repères qu'elle suggère mettant en avant des notions nouvelles comme la souveraineté partagée, la solidarité et le dialogue changent profondément les règles du jeu. Aujourd'hui, plus que jamais, face à la complexité du développement, l'Aftique se doit d'agir. Tôt ou tard, certaines orientations identifiées, ici, seront appliquées. En effet, sur les sables mouvants de la mondialisation, les vibrations sont si fortes que la réorientation de notre devenir devient un impératif face à l'histoire. Pour résister, l'Mrique doit puiser dans son âme les ressorts pour construire un nouveau destin porteur de trois volontés. D'abord, la solidarité, pour conduire, ensemble, un aggiornamento tout en évitant de laisser une partie des peuples au bord de la route. Ensuite, l'ancrage de nouveaux paradigmes de l'action publique, la souveraineté partagée, la gestion transfrontalière, la démarche participative, la décentralisation, le choix du dialogue et de la concertation pour chasser les démons de la haine entre les nations et en leur sein. 14

Enfin, la préparation de l'avenir, par la création de méga espaces de convergences, cadres de regroupements indispensables à la double dynamique, résistance et adaptation. Ce triptyque sus indiqué mettra un terme à l'exclusion à rebours dont nous avons tant souffert. La mise en mouvement des Etats, et bien au-delà, des sociétés, est source de richesse et de renouveau. Elle permet de réformer les formes d'autorités publiques actuelles pour les adapter aux inévitables évolutions. L'ambiguïté actuelle, synonyme de non choix, et l'attentisme témoignent de notre incapacité à inscrire notre action dans la durée et d'avoir de l'ambition. D'une rive à l'autre, chacun éprouve des difficultés à comprendre la 1Taîcheur des idées de l'intellectuel, à accepter les initiatives dynamisantes de l'entrepreneur, à encourager le travail d'alerte des ONG, à mieux diffuser le pouvoir et à niveler un corps social inapte à aflTonter les défis de la modernité. La sédimentation des problèmes et la fragilité structurelle des pays africains désorientent les citoyens face aux forces d'entraînement qui, si elles ne sont pas maîtrisées et régulées, conduisent dans le précipice. A cet effet, nous serons, collectivement inspirés, en partageant les conclusions de la Commission Mondiale sur la Dimension Sociale de la Mondialisation de 2004 qui soutient que «Le processus actuel de la mondialisation génère des déséquilibres, entre les pays et à l'intérieur des pays. Des richesses sont créées, mais elles ne sont d'aucun profit pour trop de pays et trop de personnes. Faute d'avoir suffisamment voix au chapitre, ils ne peuvent guère influer sur le processus. Pour la vaste majorité des femmes et des hommes, la 15

mondialisation n'a pas répondu à leurs aspirations, simples et légitimes, à un travail décent et à un meilleur pour leurs enfants. Beaucoup d'entre eux vivent de l'économie informelle, sans droits reconnus, et dans de nombreux pays pauvres qui subsistent de façon précaire en marge de l'économie mondiale. Même dans les pays dont l'économie est florissante, certains travailleurs et certaines collectivités ont souffert de la mondialisation Ces déséquilibres mondiaux sont moralement inacceptables et politiquement intenables ». Les traits indiqués dans ce document sont plus prononcés en Afrique subsaharienne qu'ailleurs. Le nombre absolu de pauvres est passé, entre 1981 et 2001, de 164 Millions à 316 (de cent soixante quatre millions à trois cent seize). Cette tendance haussière de la paupérisation est galvanisée, chez nous, par les famines endémiques, les pandémies, les conflits récurrents et la mal gouvernance. Elle fait de ce continent un concentré du pire de la condition humaine. Devant cette situation, réfléchir à la meilleure manière d'alléger le fardeau, et, surtout, d'assouplir l'étau qui se resserre inexorablement, incombe à tous. Le rôle des responsables politiques, des acteurs de la société civile naissante, des universitaires et des scientifiques est de proposer des solutions adaptées pour éviter de se mouvoir dans le brouillard et de se résigner face aux tempêtes. Par ce canal, germera, peut-être, le désir d'agir, de changer et de décider. La mondialisation remet à l'ordre du jour non plus le thème fondamental relatif au rôle de l'Etat et des marchés, interrogation, au demeurant stratégique, mais, celui aussi des équilibres territoriaux actuels en Mique. 16

Le succès de certains cadres d'une intégration plus vaste et plus structurée telle l'Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal amène beaucoup de décideurs politiques et de partenaires au développement à prendre conscience des limites des repères et stratégies actuels. Dans ce contexte, la question centrale est de trouver les voies et moyens à même de créer ces nouveaux mécanismes qui ont montré leur pertinence et leur efficacité. La présente réflexion essaie de définir certains repères utiles surtout dans un contexte où s'affirme l'absence de foi en un devenir meilleur. L'Afrique est cOnITontéeaux guerres à répétition, à la dépendance économique, à la marginalisation croissante, aux méfaits des démarches archaïsantes, à l'effritement constant de l'autorité publique malgré la légitimité retrouvée grâce aux récentes poussées démocratiques. Les populations afticaines ont toutes la sensation que les lendemains seront encore plus pires qu'hier et davantage qu' aujourd' hui. Le modèle développé ici, dont le cœur est l'intégration à travers l'eau et sa base conceptuelle, l'Afticanisme Solidaire, se résume en ceci: comment à travers les innombrables bassins transftontaliers fluviaux et lacustres ( 59 en tout), est-il possible d'enclencher une nouvelle dynamique plus positive, en rebâtissant de nouveaux ressorts plus porteurs? En revisitant les processus historiques du continent, on comprend mieux qu'il est urgent d'agir, de retrouver un autre chemin et d'inventer de nouveaux concepts qui répondent à une série d'exigences incontournables: la mondialisation, la paix et la stabilité, la réinvention de 17

nouvelles autorités publiques plus efficaces, l'ascension vers la modernité, la construction d'un socle de prospérité, la lutte contre les micro nationalismes toujours ravageurs. La réponse imaginée par nos aînés, le panafricanisme, s'est effacée de notre sémantique. L'Union Africaine, le Nouveau Partenariat pour le Développement de l' Mrique et, récemment, à Accra, le projet du Gouvernement de Etats-Unis d'Afrique comme tentatives de remise à l'ordre du jour de cette solution n'ont eu les effets escomptés. D'aucuns pensent que la notion fondatrice du «panafricanisme}} a été dévoyée par l'irréalisme qui l'a entourée au cours des dernières années. Son emballage, dans des constructions sans consistance aucune, l'a avilie. Les raisons du délaissement de ce concept sont diverses: les échecs récurrents des expériences mal préparées, les résurgences des courants nationalistes et intégristes, l'absence de repères, l'omnipotence de certains systèmes oligarchiques plus enclins à promouvoir l'autarcie et à privilégier la mainmise sur les ressources nationales qu'à choisir une voie salutaire pour leurs peuples. Or, il me semble que la renonciation au national protectionnisme destructeur aboutirait inévitablement à l'émergence de marchés plus vastes et plus viables. Ce qui, in fine, créera, stimulera et renforcera les échanges sur des bases territoriales novatrices et durables. S'esquissera ainsi, la base d'un socle de prospérité qui suscitera une massification de l'investissement grâce à l'établissement d'un environnement stabilisé et sécurisé et à des coûts compétitifs des circuits commerciaux et des approvisionnements. 18

Résoudre, par exemple, la question de l'énergie comme variable nécessaire à la modernisation de nos économies, dépasse les ITontières nationales. Les mieux avertis savent que chaque pays essaie de se connecter au réseau électrique de son et! ou de ses voisins mais, dans le désordre total. Le WAPP (West African Power Pool) se meut dans le brouillard total. De manière générale, l'inefficacité des services des inITastructures et leurs coûts prohibitifs constituent une contrainte majeure à la compétitivité économique tant individuelle que collective des états atricains. A cet égard, la naissance du marché commun européen est l'exemple éloquent de ce que nous devrions faire en Mique en l'adaptant aux spécificités du continent. Dans les premiers chapitres de ce livre, nous tenterons de comprendre pour évaluer les étapes ITanchies et la décomposition lente et cruelle de nos systèmes malgré la tendance lourde et irréversible vers plus de démocratie et de progrès. A cet effet, nous montrerons que malgré leurs effets pervers liés notamment à leur mise en œuvre idéologique, les Programmes de Stabilisation et d'Ajustement Structurel ont introduit des valeurs nouvelles, sources de modernité et de développement. Ils ont eu des implications positives dans le domaine des grands équilibres macroéconomiques, du retour à des normes fiscales et monétaires acceptables, au rééquilibrage du rapport de propriété et la libéralisation du commerce. Néanmoins, leur bilan global est fortement contesté. C'est le moins que l'on puisse dire. Les dernières parties du livre s'attacheront à expliquer comment la valorisation polycentrique et solidaire des eaux transITontalières, passerelles vivantes et territoires de grande productivité, s'il en est, peut servir à enclencher une dynamique de développement à effets 19

cumulatifs et multifactoriels de nature à favoriser l'émergence d'espaces économiques efficaces, sécurisés et stabilisés. Aussi déclinent-elles les principes, les valeurs structurantes, les piliers et l'application contingente de l'Africanisme Solidaire comme modèle de développement alternatif à l'atomisation et à la ftagmentation appauvrissantes actuelles. J'ai essayé de tirer ici, les enseignements de mon expérience et de la conftontation du modèle proposé à la réalité des faits. Non pas seulement parce que nous avons réussi au niveau du fleuve Sénégal. L'échec et la désillusion étaient possibles. Mais, en raison de la mise en ordre de plusieurs éléments et variables qui ont crée les conditions de nos succès et conquêtes et qui autorisent, à mon sens, de proposer au débat et à la réflexion une démarche nouvelle. Quatre fondamentaux en structurent la mécanique globale sous forme de modèle: la Nouvelle Territorialité, le Pacte de Changement, le Socle de Prospérité et la Gouvernance Réinventée et Légitimée.

20

Chapitre 1 L'AFRIQUE L'EXIGENCE L'engrenage « L'Afrique noire (est ou était) mal partie» écrivait avec prégnance René Dumont. Depuis, les images diffusées par les médias de masse sont bien plus funestes que ne le laissait présager cette prophétie. Les faits sont accablants pour l' Mrique, pour l'espèce humaine, pour tous. Le génocide rwandais, la survivance et l'antagonisme barbare des tribalismes résiduels, la déconfiture avancée de la Somalie, la prolifération des orphelinats, corollaires révulsifs de l'expansion du SIDA, le terrorisme de masse enfanté par le fondamentalisme obscurantiste et des résidus des syncrétismes religieux, la désintégration virtuelle de la Côte-d'Ivoire, la persistance de la crise au Zimbabwe et les récents événements tragiques au Kenya et en Afrique du Sud, ne sont pas des faits isolés. L'affaissement est généralisé. Néanmoins, beaucoup de femmes et d'hommes tentent de s'arracher de la pente de la misère. Leur combat téméraire, malgré les divisions et les temporalités différenciées, témoigne de cette marche forcée poUf entrevoir et pourquoi pas occuper une place au soleil ou ce qu'appelle doctement l'anthropologue américain James Fergusson sa« place-dans-Ie-monde » . Le ciel gris de l'Afrique a été illuminé par quatre événements de portée continentale: la fin de l'odieux système de l'apartheid en Afrique du sud, l'instauration graduelle de systèmes politiques à tonalité démocratique et libérale, la naissance de l'Union ECARTELEE ET GANGRENEE: DE RENAISSANCE

Africaine et le lancement du Nouveau Partenariat pour le Développement de l' Attique. S'agit -t-il de signes annonciateurs d'une possible renaissance afticaine ou la simple expression d'une rémission fugace d'un cancer métastasé ? Ma conviction est que l' Attique n'est jamais aussi grande que lorsqu'elle se tourne vers elle-même et puise, dans ses valeurs d'humanisme, force et espoir. A ce moment, elle sait se rassembler et bannir les démons de la haine. Continent pauvre, singulier, marginal et marginalisé, l'Afrique est l'un des berceaux sinon le berceau de l'humanité dans toute sa splendeur à partir de la découverte des australopithèques dans la Rift Valley et récemment toumai au Tchad en 2003 sans oublier I 'homo habilis et I 'homo erectus. De là, on le sait aujourd'hui, commença la longue et complexe aventure humaine. De fait, des gisements afticains recèlent les plus anciens Hominidés dont l'évolution s'est accompagnée de l'industrie acheuléenne avec l'homo errectus. En Europe, l'espèce appelée, l'homme du Neandertal, est un dérivé de I 'homo sapiens africain. Aussi loin que l'on puisse remonter dans le temps, à l'âge du fer, en l'occurrence, on observe que les peuples afticains auront ftanchi des étapes décisives associées aux mutations démographiques, aux altérations erratiques mais continues de l'environnement ainsi qu'aux effets associés aux multiples déflagrations des syncrétismes religieux et culturels. Néanmoins, c'est la raideur et la brutalité de l'ancrage de l'Attique au système mondial qui engendra les ruptures les plus profondes.

22

Sur cette terre, aujourd'hui, délaissée, locomotive du monde hier avec l'Egypte, naquirent esclaves et main d'œuvres serviles, sujets de la marchandisation d'une partie de l'espèce humaine. Les historiens ont relaté les étapes marquantes des mutations de l'homme afticain et de ses capacités. De Koush avec les Assyriens, Carthage et ses rapports heurtés avec Rome jusqu'à Aksoum, le Tekrour, le Ghana et le Kanem, les sociétés afticaines démontrèrent leurs capacités à se transformer. Plus tard, le continent connut des épopées avec les Fatimides, les Almoravides, les Almohades, le Mali, les royaumes y orubas, les empires du Bénin et Gao pour ne citer que ceux-cI. C'est pourquoi les afticains peuvent être considérés comme les bâtisseurs anonymes de grandes civilisations. Avec modestie, l' Mrique servit l'universel dominé, actuellement, par la puissance de l'argent. 1. Kizerbo écrit en substance qu'elle: « a
enfanté la civilisation humaine H.4

Le temps de la conquête par les armes est révolu. Les guerres coloniales, les vagues des djihads, les contextes guerriers, la spirale des coups de force militaires, en somme, le chaos d'antan s'est achevé. Mais, la violence perdure sous sa forme la plus pernicieuse. En effet, comme le dit J-P Sartre:« la violence n'est pas nécessairement un acte ...Elle est absente en tant qu'acte de nombreux processus...Elle n'est non plus un trait de Nature ou une virtualité cachée... Elle est l'inhumanité constante des conditions

4

KIZERBO, J : Repères pour l'Afrique, Panafrika,

SilexINouvelles du Sud, 2008 pp 20. 23

humaines en tant que rareté intériorisée, bref, ce qui fait que chacun voit en chacun l'Autre et le principe du Mal... Aussi n'est-il pas nécessaire pour que l'économie de la rareté soit violence qu'il y'ait des massacres et des emprisonnements, un usage visible de laforce... Il suffit que les relations de production soient établies et poursuivies dans un climat de crainte, de méfiance mutuelle, par des individus toujours prêts à croire que l'autre est un contre homme et qu'il appartient à l'espèce étrangère,- en d'autres termes que l'Autre, quel qu'il soit, puisse toujours se manifester aux Autres comme' 'celui qui a commencé "... Cela signifie que la rareté comme négation en l 'homme de l 'homme par la matière est un principe d'intelligibilité dialectique ».5 Cette réflexion renvoie à cette violence permanente, fuyante, indescriptible, mais toujours là, variable structurante de la nouvelle cosmogonie. Plus odieuse qu'un acte, elle étend sa sphère en Aftique où les populations désarmées se sentent abandonnées par tous les hommes qui ont abdiqué les éléments fondamentaux de la morale humaine. La situation dramatique requiert un nouveau combat, celui du courage pour la justice, contre la brutalité et la cruauté, au service de la solidarité agissante, pour l'éclosion d'une âme à un continent oublié, marginalisé et émietté. Aujourd'hui, pointent à l'horizon des signes annonciateurs d'une nouvelle ère. La marche vers la démocratie représentative est irréversible. Les résistances sont naturelles. Mais, les digues les plus solides céderont sous la pression des flots de

SSARTRE J P : Critique de la raison dialectique, Paris Gallimard, 1960 vol.1 pp 221 et 222. 24