Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

L'Afrique, berceau de l'écriture volume 2

De
512 pages
Ce livre collectif en 2 volumes est un cri d'alarme de l'Afrique pour éveiller ses dirigeants et le monde à la nécessité de sauver les manuscrits en péril de l'Afrique et de les tirer de l'oubli et de l'abandon. Ce deuxième volume représente un examen des contenus et principaux enjeux de la conservation à travers différents pays d'Afrique subsaharienne. Les enjeux géostratégiques sont passés en revue à la lumière des promesses des nouvelles technologies de l'information et de la communication.
Voir plus Voir moins

Conception de la couverture par Sati Penda Armah
Caractères par Natalia KanemL’AFRIQUE, BERCEAU DE
L’ECRITURE
Et ses manuscrits en péril
DAKAR
AIDE TRANSPARENCE et RESEAU AFRICAIN D’ECHANGES
D’INFORMATION ET ÉDUCATION POUR LA PRÉSERVATION DU
LIVRE MANUSCRIT
en collaboration avec les associations de bibliothécaires,
les bibliothèques publiques et privées et les chercheurs africains
2014Ce livre a été publié pour la première fois en trois volumes, en langues
française (volumes 1 et 2) et anglaise (volume 3).
Les contenus des volumes 1 et 2 ont été réalisés grâce au généreux
soutien fnancier de la Fondation Ford. Aide Transparence lui exprime
sa profonde gratitude à cet égard.
Publié par L’Harmattan et Aide Transparence (15 Cité SAGEF, ZAC
Mbao, Dakar, Sénégal) - BP 5409, Dakar-Fann, Sénégal
www.africanmanuscripts.org
Tous droits réservés. Aucune partie de cette publication ne doit être
reproduite ou transmise sous aucune forme ou moyen électronique ou
mécanique que ce soit, y compris la photocopie, l’enregistrement ou
l’usage de toute unité d’emmagasinage d’information ou de système de
retrait d’information, sans la permission préalable d’Aide Transparence.
Les opinions exprimées dans cette publication sont celles des auteurs.
Elles ne refètent nullement les idées ou vues politiques d’Aide
Transparence (AT) et n’indiquent en rien le soutien d’AT ou de
L’Harmattan par rapport aux idées des auteurs. Par conséquent, toute
citation émanant de cette publication doit être directement imputée à
l’auteur et non à AT ou à L’Harmattan.
Mise en page effectuée par Sati Penda Armah.
Distribué par L’HarmattanAide TrAnspArence
AssociATion pour lA sAuvegArde eT lA vAlorisATion des
mAnuscriTs eT lA défense de lA culTure islAmique
L’AFRIQUE, BERCEAU DE
L’ECRITURE
Et ses manuscrits en péril
Sous la direction de
Jacques Habib Sy
Volume 2
Contenus et défs de la conservation
(Cameroun, Maghreb, Mauritanie, Tombouctou)
© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN :978-2-296-99885-8
EAN : 9782296998858 Sommaire
volume ii
Presentation de l’ouvrage
Jacques Habib Sy 32
Troisième pArTie
Mauritanie, Maroc :
carrefours et creusets littéraires
Chapitre 11
Manuscrits de Mauritanie et échanges intellectuels en Afrique
du Nord-Ouest
Abdel Wedoud Ould Cheikh 44
Résumé
Les contours d’un patrimoine manuscrit saharo-sahélien
Le Muhtasar de Halīl et ses commentateurs
Chapitre 12
Les manuscrits mauritaniens de Chinguetti
Marco Sassetti 93
Résumé
Bibliothèques en exil dans le désert
Conserver l’objet, préserver le texte Le texte : nature, composition formelle et ordre généalogique
Circulation et typologies du papier
La reliure : typologie de constructions, matériaux et décor
Contexte géographique
Chinguetti
Le contexte de la conservation
Contenu et conditions actuelles des manuscrits de Chinguetti
Propriété et détention privée des fonds
Manuscrits de Mauritanie : perspectives actuelles
Les données des missions 1995 -1998
Valeur des bibliothèques pour les lignées de Chinguetti
Situation environnementale et examen des dommages
Méthodologie de la conservation
Défnitions
Le projet préliminaire
Le projet défnitif
Le projet exécutif
Projets comparés
Conservation
Valorisation
Historique du projet italien de sauvegarde des manuscrits en
Mauritanie
Interventions et actions déjà menées en faveur des manuscrits de
Chinguetti
Le patrimoine culturel manuscrit : objectifs spécifques
Standards de construction
Quelques exemples d’architecture traditionnelle compatible
Quelqemples d’architecture compatible
Standards d’ameublement interne
Equipement
Provenance des manuscrits de la salle des expositions
Interventions spécifques sur les manuscrits
Recensement et fche de diagnostic
Moyens d’exécution
Conservation
Mobilier, équipement et instrumentation du laboratoire de
restauration
Personnel et organigramme du laboratoire
Objectifs de la formation
Bénéfciaires Chapitre 13
Manuscrits anciens maghrébins et soudano-sahariens
Ahmed Chaouqui Benebine 165
Resumé
Kairouan, pionnière scripturaire du Maghreb
L’Algérie : un patrimoine ravagé par l’histoire
La Lybie : à la recherche de ses manuscrits ?
Le Maroc, site majeur de manuscrits anciens
Auteurs ouest-africains dans les bibliothèques marocaines
La conservation des manuscrits africains : un agenda, en gestation
Elements de codicologie ouest-africaine
quATrième pArTie
Tombouctou et ses siècles de lumière
Chapitre 14
Infuences interculturelles entre le Maroc, Tombouctou et
l’université de Sankoré
Ali Ould Sidi 189
Résumé
Infuences culturelles entre le Maroc et Tombouctou
L’arabe, ciment culturel
Le patrimoine musical
L’université de Sankoré et son rayonnement intellectuel
Chapitre 15
Quelques ouvrages manuscrits sur l’histoire de Tombouctou
Mahmoud Mohamed Dédéou 210
Résumé
Durar al Ihsâne
Tarikh el Fattach
Tarikh al Sudpaan r Cheikh Abdourrahmane Ben Abdallah Ben
‘Imrâne Ben’Âmir Al Sa’di. Tadzkirat al Nisyân
Taf al Shakûr fî Ma’rifat A’yân ‘Ulamâ’i al Takrûr
Minah al rabb al Ghafûr fî Dhikr Mâ Ahmala Sâhib Fath al sahakûr
Izalat Al Rayb Wa al Shak wa al Tafrît Fî Dhikri al Mou’allifîna Min
Ahl al Takrûr Wa al sahrâ Wa Ahl Shinghît
al Sa’âdat al abadiyya fî al Ta’rîf Bi ‘Ulamâ’i Tinbuktu al Bahiyya
Les Ijâzats
Les Rihlats
Nayl Al Ibtihâdj bi tatriz aldibây
Kifâyat al Muhtaj Fî Dhikr Man Laysa Fî al Dibâdj
Alwathâ’iqs (les nawâzils, les fatwas, les correspondances, etc.) Les
archives
Chapitre 16
Discours écrits et hégémonismes sociaux à Tombouctou
Jacques Habib Sy, Demba Tewe et Maïmouna Kane 219
Résumé
Bibliothèque de l’IHERIAB
Bibliothèque commémorative Mamma Haidara
Bibliothèque Al imam Ben Essayouti
Bibliothèque Al Wangari
Manuscrits de la Bibliothèque Sīdī Zayyān
Bibliothèque Moustapha Konaté
Chapitre 17
Tombouctou et ses gisements archivistiques
Jacques Habib Sy 264
Résumé
Bilan provisoire de l’action de la SAVAMA-DCI (2007-2011)
Traduction/Translitération
Classifcation des textes anciens/thématisations
Catalogage
Conservation/restauration
Strategie de communication sociale de la SAVAMA
Sensibilisation médiatique
Protection des manuscrits anciens et reforme scolaire et universitaire
Les droits de propriété intellectuelle sur les manuscrits de Tombouctou
Un renforcement de capacités institutionnelles à quelles fns ?Financements externes et rationalisation de l’action
Numérisation
Vers la mise en œuvre d’un plan compréhensif de sauvegarde et de
protection de l’héritage culturel tombouctien
Chapitre 18
Méthodologie d’analyse graphématique
Marcel Diki Kidiri 318
Résumé
Les unités minimales de l’écriture
Les formes de l’écrit
Conclusion
Chapitre 19
Composition du livre manuscrit arabo-islamique
Demba Tewe 337
Résumé
Caractères intrinsèques
Abréviations
Caractères extrinsèques
Ijāzāzāt ou licences
Conclusion
Chapitre 20
L’alphabet A Ka U Ku
Idrissou Njoya 366
Résumé
Naissance et évolution de l’écriture bamum
Evolution de l’écriture bamum
Echantillon de manuscrits bamum conservés au musée royal de
Foumban
Conclusion cinquième pArTie
Codicologie africaine : nouvelles frontières
Chapitre 21
Technologies de l’information, conservation et valorisation
des manuscrits anciens
Da-Mboa Obenga 389
Résumé
Le concept de numérisation
Interaction entre TI et processus de conservation
L’exploitation scientifque et la valorisation des manuscrits
Optimisation des procédés de numérisatioanuscrits anciens
Les TI dans la recherche liée aux manuscrits
Conclusion
Chapitre 22
Manuscrits et musées
Papa Toumané Ndiaye 422
Résumé
Etat de conservation et de protection des manuscrits en Afrique
subsaharienne
Manuscrits et patrimoine culturel africain
Rôle des musées dans la conservation des manuscrits
Numérisation des manuscrits dans les musées
Conclusion
Chapitre 23
eBibliothèques africaines et écueils du X sièXIcle
Nafssatou Bakhoum 443
Résumé
Les formats ouverts et la gestion de système d’information
documentaire
Les consortiums, une force de coopération pour les bibliothèques
scientifques africaines
Conclusion Annexes
468
Auteurs ayant contribué à cet ouvrage
Acronymes
Addis Abeba Declaration on Te African Manuscript Book Charters
International Conference on the Preservation of Ancient Manuscripts
in Africa
Final resolution on the preservation of heritage archives in
Africa
Final report
index
504Ce livre est dédié aux peuples africains
qui ont inventé l’écriture
et inscrit des pages immortelles de la pensée et de l’invention
au registre du patrimoine manuscrit de l’humanité
xivRemerciements
Jacques Habib Sy
Cet ouvrage collectif est une trace, un jalon parmi d’autres, dans la
redécouverte du passé africain et de sa réécriture. Il était, en effet,
devenu impératif de rétablir les faits historiques dans leur simplicité
et leur vérité éclatantes. L’objectif central de cette entreprise, qui suit
celle de l’Unesco dans son Histoire générale de l’Afrique en plusieurs
volumes, est plus précisément de déconstruire la fable d’une Afrique
«sans écriture » et, par conséquent, d’Africains « sans histoire »,
plongés dans la préhistoire depuis les origines les plus lointaines de
l’humanité.
Les vestiges du rôle non seulement pionnier, mais encore d’impulsion
des Africains dans l’élévation spirituelle et matérielle de l’humanité,
à travers l’invention de l’écriture et sa matérialisation, dans une
constellation de contenus et de supports médiatiques et cognitifs, sont
exposés dans cet ouvrage sous leurs aspects les plus divers.
Plusieurs auteurs, tous guidés par la volonté de contribuer au mouvement
de réinvention de la « nouvelle histoire » africaine et de préservation
des manuscrits anciens, témoins directs de l’aventure scripturaire,
intellectuelle et scientifque du foyer ancestral de l’humanité, ont
proposé une nouvelle chronologie de l’histoire de l’écriture, décrit
l’état désastreux des collections existantes de manuscrits anciens et
exposé l’importance capitale des contenus extraordinaires de vitalité
que recèlent les gisements archivistiques pluri-centenaires abandonnés
à l’activité destructrice du temps, des rongeurs, des hommes et des
circonstances souvent extrêmes de conservation.
Cet ouvrage témoigne, par ailleurs, de l’état de détresse extrême dans
lequel sont conservés les manuscrits africains.
xvAu Sénégal, au moment de notre passage en 2010, les fonds manuscrits
ecollectés au XIX siècle par les colons français et leurs chercheurs
de service, alors en fonction à l’Institut français d’Afrique noire,
sont conservés de façon inadéquate. La photothèque, avec des pièces
d’une très grande valeur, est dans un état de dénuement préoccupant,
cependant que la section des «notes et études documentaires » est
laissée à l’abandon dans un sous-sol des plus insalubres. Certaines
pièces archéologiques avec des signes graphiques qui datent du
néolithique sont jetées pêle-mêle dans un ancien hangar en décrépitude.
e eLa collection de manuscrits ajami rassemblée entre les XIX et XX
siècles a été pillée au fl du temps, en raison du laxisme avec lequel elle
a été gérée.
Au Kenya, et notamment dans la région de Mombassa, les collections
de manuscrits anciens en ajami, sont, pour la plupart, entre des
mains inexpertes, dans des malles en bois ou en fer, sans protection
particulière. A Lamu, en particulier, en fn 2009, les pièces les plus
intéressantes avaient disparu des étagères de la bibliothèque du musée
principal ou des abris provisoires où elles avaient été entassées. Il n’y
ereste plus que quelques exemplaires d’un Coran du XIX siècle et des
pièces manuscrites éparses, malheureusement attaquées par l’humidité
et les infections microbiennes. Dans l’arrière-pays proche de la côte de
l’Océan Indien, des archives anciennes écrites par des Africains depuis
ele XVII siècle sont restées aux mains des descendants d’anciens cadis,
d’imams et d’enseignants. Ces vieux ouvrages subissent l’outrage du
temps et de facteurs humains et environnementaux quand ils ne sont pas
simplement achetés pour des miettes par des collectionneurs publics
et privés d’Oman et du Moyen-Orient, à la recherche de livres rares
d’origine arabe dont la trace a été perdue depuis fort longtemps.
Au sous-sol des Archives nationales de Nairobi, l’état de délabrement
e edes documents anciens des XVIII et XIX siècles, au moment de notre
passage en 2010, était tout simplement hallucinant : les manuscrits
étaient dans une température ambiante contraire aux normes reconnues
et débordaient d’étagères vieillottes, ou étaient abandonnés à même le
sol et donc inaptes à leur utilisation par les chercheurs et les étudiants,
sans compter le grand public. Les pièces d’archives les plus importantes
ont été emportées par les colons anglais et transférées dans les musées
et bibliothèques de l’ancienne puissance coloniale.
xviLes archives anciennes du Nord Nigéria bien que mieux traitées,
notamment à l’université d’Ibadan, à Arewa House (Kaduna) et dans
une moindre mesure à Jos (où sont conservés des traités d’astronomie
écrits par des Africains, il y a plusieurs siècles), nécessitent encore des
efforts considérables de conservation, au-delà des budgets inadéquats
alloués aux universités locales. Il est vrai que le musée de Lagos
a récemment entrepris, sans succès, de réhabiliter les pièces d’art et
quelques manuscrits dont l’existence avait été malmenée par des
décennies de laisser-aller gouvernemental. La négligence coupable des
gouvernements successifs du Nigéria, concernant la gestion archivistique
de ce pays, pourtant doté de richesses considérables et de ressources
humaines de très grande qualité, donne à penser que les élites africaines
sont encore prisonnières d’une aliénation culturelle d’une telle intensité,
qu’elle les condamne à l’auto-fagellation et à la destruction matérielle
des derniers vestiges d’un passé pourtant glorieux.
En Mauritanie, l’Institut mauritanien pour la recherche scientifque
e e(IMRS) garde à grand peine des manuscrits des XVIII et XIX siècles
encore mal catalogués et conservés, malgré les efforts méritoires
d’experts étrangers et nationaux pour les protéger de la dépréciation et
d’une mauvaise gestion ainsi que du pillage caractérisé. Des dizaines
de manuscrits sont ainsi soustraits de leur fonds d’origine et peut-être
perdus à jamais. La récente expérience de coopération croisée entre
l’Italie et les villes historiques où sont conservés les plus importants
gisements de trésors manuscrits, est prometteuse en ce sens qu’elle
démocratise le savoir-faire de conservation exogène, et le met à la
disposition de l’IMRS et de mini-bibliothèques artisanales perdues dans
les océans sablonneux des anciennes pistes du savoir et du commerce
transsaharien.
A Tombouctou, épicentre du gisement écrit ancien le plus considérable
d’Afrique, et témoin de la place éminente occupée par ce foyer
intellectuel central de la zone soudano-saharienne, les défs de la
conservation des livres manuscrits anciens ont été récemment aggravés
par l’occupation militaire de hordes intégristes et pseudo-nationalistes
qui n’ont pas hésité à profaner des tombes de saints personnages
appartenant à une lignée d’illustres penseurs et d’hommes de foi, et
même, paraîtrait-il, à voler d’anciens manuscrits pour se procurer
l’argent liquide nécessaire à l’achat d’armes légères et au paiement
xviide bandes de mercenaires sans foi ni loi. Les manuscrits conservés à
l’Institut des hautes études et de recherches islamiques Ahmed Baba
(IHERIAB) et dans plusieurs dizaines de bibliothèques anciennes
réhabilitées grâce à l’action philanthropique bilatérale et multilatérale,
et aux efforts gouvernementaux n’ont jamais encouru d’aussi graves
edangers depuis l’occupation marocaine de cette ville à la fn du XVI
siècle.
Avant cette séquence malheureuse de son histoire, Tombouctou a
été prise d’assaut, au cours des décennies passées, par une foultitude
d’organisations et d’intérêts privés, à travers une ruée fulgurante vers
l’« or brun », chacun voulant sa part de copies ou d’originaux de trésors
manuscrits dont certains sont restés, pendant des siècles, introuvables
et inaccessibles aux collectionneurs occasionnels et aux chasseurs de
pièces rares. La législation et les mécanismes de traçage des manuscrits
et œuvres culturelles volés restent encore dérisoires et ineffcaces face
aux moyens fnanciers considérables mis en jeu par les contrebandiers
ou le pillage culturel couvert d’un manteau de respectabilité étatique
qui ne s’embarrasse d’aucune morale. C’est ainsi que sont gardés dans
les musées et les bibliothèques des anciennes puissances colonisatrices,
des ouvrages et des objets culturels, des monuments, des sculptures,
des vestiges écrits antiques volés à l’Afrique et aux Africains. Les
Africains doivent impérativement se mobiliser pour le rapatriement
1de ce patrimoine dans leur terre d’enfantement . Après les révélations
1. A titre d’illustration on peut citer les nombreux cas de vols des biens culturels
africains par des colons européens qui ont commis les pires atrocités, assimilées
aujourd’hui à des crimes contre l’humanité mais restés impunis et non suivis
d’effets pratiques opérationnels et visibles dans les musées et bibliothèques
européens. Et surtout, aucun acte de repentance ou de demande d’absolution
sincère face à ces crimes d’une cruauté inimaginable, n’a encore été enregistré.
Hassan Musa, recense ici quelques-uns des cas les plus épiques qui aient été
documentés :
Michel Leiris, dans L’Afrique fantôme, raconte comment, avec Marcel Griaule, ils
se sont introduits, contre la volonté des villageois, dans la case rituelle du Kono (un
masque sacrifciel) et comment ils ont volé des objets du culte sous le regard des
villageois ébahis : « Griaule et moi demandons que les hommes aillent chercher le
Kono. Tout le monde refusant, nous y allons nous-mêmes, emballons l’objet saint dans
la bâche et sortons comme des voleurs, cependant que le chef affolé s’enfuit.[...] Nous
traversons le village, devenu complètement désert et, dans un silence de mort, nous
arrivons aux véhicules.[...] Les 10 francs sont donnés au chef et nous partons en hâte,
au milieu de l’ébahissement général et parés d’une auréole de démons ou de salauds
particulièrement puissants et osés. »
xviiifort troublantes de l’intellectuel et artiste soudanais Hassan Musa,
montrant le célèbre Marcel Griaule, dont toute la réputation a été bâtie
sur le dos des Dogons, volant les reliques sacrées de ses grâcieux hôtes
dogons qui l’ont pourtant initié à leurs rites sacrés et leur philosophie.
De même, n’eut été la pugnacité du gouvernement de Nelson Mandela,
les Sud-Africains n’auraient jamais pu faire rapatrier, avec les honneurs
dus à son rang, les restes d’une de leurs princesses, empalée pendant
des siècles et exposée derrière une vitrine muséale, après avoir subi les
pires outrages de son vivant.
En Ethiopie, l’Empereur Hailé Sélassié, en raison de l’attention qu’il
eprêtait à l’importance des parchemins anciens dont certains datent du IV
siècle, avait réussi à protéger une grande partie des collections anciennes
dans une bibliothèque nationale et à l’Institut d’études éthiopiennes.
Mais cela n’a pas empêché le vol de pièces rares manuscrites et de
biens culturels par des institutions et des aventuriers occidentaux, à telle
enseigne qu’aujourd’hui, le patrimoine écrit éthiopien est dispersé dans
les musées et bibliothèques européens (français, italiens et allemands,
principalement) et nord-américains. Il n’est pas jusqu’aux grafftis très
anciens de l’Abyssinie qui n’aient été subtilisés frauduleusement, soit
par le clergé européen ou les missions diplomatiques et certaines des
congrégations religieuses étrangères. Il est heureux que le nouveau
Chef de l’Etat éthiopien, le Premier ministre Dessalegn ait décidé de
poursuivre l’œuvre de récupération du patrimoine culturel soustrait à
cette nation africaine, la seule qui n’ait jamais connu la colonisation
sur une longue période, et dont les plus anciens vestiges écrits en gé’éz,
econnus de la communauté scientifque, datent du IV siècle de notre ère,
c’est-à-dire, onze siècles avant la découverte de la machine à imprimer
de Gutenberg et la généralisation de l’écriture en Europe.
Hassan Musa évoque également les circonstances dans lesquelles, en septembre 1931,
Leiris et les membres de la Mission Dakar Djibouti tels Eric Lutten et Maracel Griaule
se sont livrés à des actes de pillage et de vol inqualifables. Musa rappelle également
l’horreur des hommes et des femmes africains empaillés et exposés jusque récemment
dans les musées européens, et ce, pendant des siècles, sans que l’opinion publique ne
s’en soit émue.
Cf. Musa Hassan, « Les fantômes d’Afrique dans les musées d’Europe »,
Africultures, n°70, 6 novembre 2008,
< http://www.indigenes-republique.fr/article.php3?id_article=204 >.
xixL’ancienne Egypte est généralement perçue comme un pays
extraafricain, tant est éclatante la portée de sa contribution à la culture
universelle, aux arts, aux sciences, à la pensée et à l’invention des
premiers fondements de l’innovation dans tous les domaines. Les
papyrus anciens en sa possession restent encore cloisonnés par rapport
au reste de l’Afrique noire qui est pourtant la terre nourricière de sa
culture et de ses traditions scripturaires, étincelantes de génie. Les
batailles épiques menées par Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, et,
avant eux, par une longue lignée d’intellectuels et de savants d’origine
africaine, ont permis de faire basculer le mur épais qui séparait les
Africains, des siècles durant, de leur passé littéraire, scripturaire et
artistique. Le plus dur reste peut-être à faire : intégrer complètement les
faits historiques africains – scripturaires et littéraires, en particulier –
dans la conscience historique de la majorité des Africains, dans les
programmes universitaires et scolaires, et dans le vécu quotidien des
populations.
En dehors de l’Egypte pharaonique classique, les plus anciennes
pièces littéraires rares d’Afrique sont ainsi menacées par le double
péril du délitement géographique et de la conspiration internationale
qui continuent de perpétuer l’idée que l’Afrique n’aurait pas inventé
l’écriture et qu’elle serait exclusivement la terre d’élection de l’oralité.
Le drame dans cet enchevêtrement de circonstances, c’est que la
très grande majorité des Africains, et, encore plus tragiquement des
intellectuels, sont maintenus dans l’ignorance totale des faits majeurs
ainsi décrits. Les gouvernements africains sont en très grande partie
responsables de cette situation alarmante et sont même coupables, dans
certains cas, d’avoir contribué au pillage des trésors manuscrits du
continent. L’ancien Président de la République du Sénégal, Abdoulaye
Wade, n’a pas hésité à théoriser l’indigence des Africains face aux défs
de la conservation des archives anciennes, son argument étant que les
manuscrits pourraient être mieux conservés pendant des siècles encore
par les Occidentaux. Il ne s’est évidemment guère préoccupé du fait
que, ce faisant, les Africains seraient sevrés pour des siècles encore de
la nourriture culturelle et de la sève nourricière de leur passé, passé
sans lequel leur avenir est condamné à être confné dans les marges de
l’histoire et du mouvement universel de renouveau et de progrès de la
pensée et de l’innovation scientifque et culturelle.
xxL’organisation non gouvernementale (ONG) Aide Transparence,
en coopération avec la SAVAMA-DCI et les bibliothèques privées
d’autres parties du continent africain, les chercheurs et une large
palette d’experts et de preneurs de décision venus d’horizons divers,
tient à remercier très sincèrement la Fondation Ford pour son appui
fnancier, appui sans lequel, il aurait été diffcile de tenir, dans des
conditions de confort opérationnel et de liberté intellectuelle totale, la
conférence internationale sur la Préservation des manuscrits anciens, à
Addis Abéba, du 17 au 19 décembre 2010, avec la participation de 15
pays d’Afrique et de la diaspora négro-africaine. Nos remerciements
vont, en particulier, à Luis Ubeñas, président de la Fondation Ford
qui s’est investi sans compter pour faire de la réhabilitation des
manuscrits anciens de Tombouctou, en particulier, une réalité palpable
que de tragiques évènements décrits dans l’introduction générale
de cet ouvrage viennent perturber, temporairement, il faut l’espérer.
Adhiambo Odaga, ancienne représentante de la Fondation Ford en
Afrique de l’Ouest, et, surtout, avant elle, Nathalia Kanem, ancienne
vice-présidente de la Fondation Ford ont posé les jalons administratifs
et opérationnels qui ont rendu possible le transfert de fonds importants
au proft des bibliothèques privées et des familles qui conservaient, dans
des conditions lamentables, jusque récemment, les trésors écrits légués
par leurs ancêtres depuis des siècles. Il convient de signaler qu’à part
la Fondation Ford, plusieurs institutions bilatérales et multilatérales
de fnancement du développement culturel, plus particulièrement
l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture
(Unesco), ont également prêté main forte aux Maliens et aux Africains
pour s’acquitter au mieux de la responsabilité historique d’allonger de
plusieurs siècles la préservation de leur patrimoine écrit, patrimoine le
plus ancien de l’humanité dont les vestiges sont gravement menacés
par la négligence et le mal-développement, à l’exception, peut-être, de
l’Egypte et de l’Afrique du Sud.
Les encouragements du regretté professeur Sékéné Mody Cissokho ne
m’ont jamais fait défaut chaque fois que je me suis rendu dans
l’arrièrepays malien en passant par Bamako où il avait construit une vaste école
d’enseignement secondaire baptisée Cheikh Anta Diop, son mentor du
temps où il enseignait à l’université de Dakar. A travers ses écrits et
ses cours que j’ai suivis au tout début des années 1970, il a été une
source vivifante d’informations de première main sur Tombouctou et
xxiles civilisations de la boucle du Niger. Les professeurs Bakari Kamian,
Ali Mazrui et Djibril Tamsir Niane n’ont pas hésité à m’encourager, et,
pour certains, à me prodiguer leurs conseils avisés, contribuant par
làmême, au fourmillement historique et idéel qui parcourt cet ouvrage.
Mes remerciements vont également aux nombreux contributeurs au
succès de la conférence d’Addis Abéba parmi lesquels le professeur
Ayele Bekerie de l’université de Mekelle en Ethiopie qui a grandement
contribué à l’implication des plus hautes autorités éthiopiennes dans
la tenue de la conférence en Ethiopie, l’ambassadeur Mohamed Saïd
Ould Hamody de la Mauritanie, président du panel de la conférence
citée sur les enjeux stratégiques de la préservation et de l’utilisation
des manuscrits anciens africains, pour son entregens et son immense
érudition, Papa Toumané NDiaye, spécialiste de programmes, direction
de la Culture et de la communication, Islamic, Educational, Scientifc and
Cultural Organization (ISESCO), rapporteur général de la conférence
et dont l’appui besogneux a été d’un grand concours, professeur
Boubacar Barry qui a dirigé avec brio le panel de la conférence d’Addis
Abéba sur l’analyse de contenu et la portée historique des manuscrits
anciens africains, professeur Aboubacry Moussa Lam du département
d’Histoire de l’université Cheikh Anta Diop pour sa participation et ses
encouragements en matière d’édition, professeur Mahmoud Hamman,
ancien directeur d’Arewa House, Kaduna, dont les encouragements ne
rnous ont jamais fait défaut, D Kabiru Chafe, directeur d’Arewa House,
qui a presidé le panel sur la radioscopie des collections de manuscrits
anciens africains, Mamitu, directrice du Musée national d’Addis Abéba
qui a joué un rôle clé dans l’organisation de l’exposition régionale
sur les manuscrits anciens africains, Demeka Berhane, anciennement
paléographe à l’Institut d’études éthiopiennes, Atakilt Assafe, ancien
directeur des Archives et de la bibliothèque nationale d’Ethiopie auquel
a succédé Ahmed Aden qui s’est, lui aussi, dépensé sans compter.
Mes remerciements vont également à Rita et Richard Pankhurst dont le
travail immense en matière d’études éthiopiennes et de bibliographies
anciennes a joué un rôle signifcatif dans le développement des études
éthiopiennes et du fonds de la bibliothèque de l’université d’Addis
Abéba.
xxiiAu Mali, je tiens à remercier l’ONG SAVAMA-DCI dont le président,
Abdel Kader Haïdara, nous a permis d’accéder à une partie des fonds
manuscrits de la SAVAMA-DCI et de Mamma Haïdara qu’il dirige avec
esprit de suite, et, à diverses personnes-ressources, au cours de mes
prestations de terrain en tant que conseiller technique de la
SAVAMADCI. Une mention particulière est due à mon vieil ami de barricades
estudiantines soixante-huidardes, Cheikh Cissokho, ancien ministre
de la Culture, durant mes pérégrinations fréquentes à Tombouctou,
rau D Mohamed Gallah Dicko, ancien directeur de l’Institut Ahmed
Baba de Tombouctou qui a toujours encouragé la coopération inclusive
entre les parties prenantes publiques et privées de la conservation du
patrimoine archivistique du Mali, et à tous les experts du ministère
de l’Enseignement supérieur du Mali, en particulier, à M. Diakité et
meM Siby Ginette Bellegarde, ministre de l’Enseignement supérieur
et de la recherche scientifque qui m’ont vivement encouragé, sans
la langue de bois caractéristique des preneurs de décision, dans
notre quête incessante de solutions pratiques pour développer la
conservation des archives anciennes africaines. Une mention spéciale
doit être faite de la discussion importante que mes collègues Mohamed
Saïd Ould Hamody, Papa Toumani Ndiaye et moi-même avons eue
avec le professeur Mahmoud Zouber, premier directeur du Centre
Ahmed Baba de Tombouctou et chercheur émérite, qui a grandement
contribué à l’expansion du portefeuille d’acquisitions livresques et
documentaires de ce pivot régional des archives anciennes africaines.
Je remercie également l’hospitalité et les marques d’attention d’Abdel
Kader Haïdara, directeur de la bibliothèque commémorative Mamma
Haïdara de Tombouctou, d’Es Sayouti, imam de la Grande mosquée de
Jinguiraber de Tombouctou, léguée à la postérité par le grand Kankan
Moussa, d’Ismaël Diadié Haïdara, directeur de la bibliothèque Fondo
Kati de Tombouctou, de Sidi Mokhtar, directeur de la bibliothèque Al
Wangari de Tombouctou, de l’imam Sidi Yahya de la mosquée historique
Sidi Yahya de Tombouctou, de Hadj ould Salem, érudit de Tombouctou,
de Mohamed Dédéou dit Hammou, érudit émérite de Tombouctou, de
l’équipe dévouée de chercheurs et de techniciens de grand mérite qui
ront tenu fermement avec le D Mohamed Gallah Dicko le gouvernail de
l’IHERIAB, et d’une longue liste d’amis et d’informateurs qu’il serait
fastidieux de tous énumérer ici, et qui poursuivent un travail admirable
de conservation, dans l’un des avant-postes les plus considérables du
complexe archivistique ouest-africain.
xxiiiLes encouragements et les informations circonstanciées à caratère
stratégique de notre doyen Amadou Makhtar Mbow, ancien directeur
général de l’Unesco, nous ont été d’un grand concours et une
source renouvelée d’optimisme, venant d’un artisan inlassable de la
communication égalitaire entre peuples et civilisations du monde et la
promotion de l’histoire africaine. C’est sous sa responsabilité que le
Centre d’études et de documentation (CEDRAB) du Mali, le Celtho de
Niamey, la réhabilitation des archives africaines et le projet d’Histoire
générale de l’Afrique ont pu être opérationnalisés dans des conditions
optimales de succès. Qu’il en soit remercié, car sans son œuvre pionnière
et politiquement courageuse, les auteurs de cet ouvrage n’auraient
pu avantageusement tirer parti de la moisson intellectuelle et
sociohistorique qui a servi de terreau à cette entreprise.
Je voudrais associer à cet hommage Cheikh Anta Diop et le professeur
Théophile Obenga qui ont été une source constante d’inspiration
pour nous. Le professeur Obenga a accepté, malgré un calendrier
congestionné par des urgences stratégiques et scientifques de tous
ordres, de prononcer le discours inaugural de la conférence d’Addis
Abéba et de participer au panel sur les défs stratégiques auxquels sont
confrontés les Africains dans la gestion de leur patrimoine archivistique.
Bien que regrettablement absent des assises d’Addis Abéba, Cheikh Anta
Diop a instruit ses débats puisqu’il a été l’un des pionniers émérites de la
restauration de la conscience historique africaine, notamment à travers
ses travaux sur la linguistique, l’histoire et l’apparition de l’écriture
en Afrique noire, en une période où la plupart des Africains peinaient
encore à croire que l’ancienne civilisation pharaonique classique est
partie intégrante de la culture et de la civilisation africaines. Durant mes
années de collaboration étroite avec ce savant d’une humilité qui force
le respect, j’ai beaucoup appris à ses côtés, grâce à une fréquentation
assidue de ses innombrables réunions scientifques ou politiques, et, de
discussions passionnantes en tête-à-tête. Cheikh Anta Diop a inspiré de
bout en bout ce projet d’ouvrage sur les manuscrits anciens africains et
l’invention de l’écriture par les Africains. Nous tenons, à titre posthume,
à lui rendre hommage et à le remercier pour le travail prométhéen qu’il
a accompli, dans des conditions d’adversité intellectuelle et politique
extrêmes.
xxivJe tiens particulièrement à remercier les correcteurs de cet ouvrage
qu’ont été mon vieil ami, le Professeur Dialo B. Diop du Centre
hospitalier universitaire de Fann, et le Professeur Falilou Ndiaye de
l’Université Cheikh Anta Diop, ainsi que Sati Penda Armah, virtuose
de la mise en page, qui ont laissé leur empreinte sur chacune des pages
de ce livre.
Je dois une dette de reconnaissance à Son Excellence, Monsieur Gilma
Wolde Giorgis, Président de la république démocratique fédérale
d’Ethiopie, qui nous a fait l’insigne honneur de présider la cérémonie de
clôture de la conférence, malgré les efforts physiques impressionnants
qu’il a dû consentir à cet égard, Son Excellence, Hailemariam
Dessalegn, alors Premier ministre et ministre des Affaires étrangères
de la république démocratique fédérale d’Ethiopie, Son Excellence, M.
Amin Abdelkader, ministre de la Culture et du tourisme d’Ethiopie et
l’ambassadeur Abdelkader, chef de la mission diplomatique éthiopienne
au Sénégal, qui ont tous généreusement contribué au succès de la
conférence et de l’exposition sur « L’Afrique, berceau de l’écriture », au
Centre international de conférences des Nations unies d’Addis Abéba.
Qu’ils trouvent ici l’expression de ma déférence et de ma gratitude
renouvelée.
A ma compagne de toujours, Yassine Fall, j’exprime toute ma gratitude
pour ses encouragements, son intrépidité intellectuelle et sa générosité,
et à mes enfants, Nafssatou, Biram Sobel, Sandjiri Ndjan Gana, Samori
Sombel et Sophie Nzinga je leur suis redevable de leur soutien affectueux
et de leur patience devant mes voyages répétés et mes pérégrinations
solitaires à travers la galaxie cognitive des manuscrits de nos ancêtres.
xxv31
20
24 17 6
2
21
2219 73025
283
1210 2723
13 5 811
426
16
149
29
18
1
15
Carte des principaux sites de manuscrits anciens dans des bibliothèques,
familles et institutions religieuses en Afrique, selon les estimations disponibles
1(détaillés ci-après)
xxvi1. Afrique du Sud : Cape Town University et communautés musulmanes
du Cap.
2. Algérie : Musée, Alger ; Rodoussi Qadour bin Mourad Tourki ; Fondation
Ghardaia - Médersas : Tlemcen ; Alger - Zawiyyas, Temacine ; Wargla ;
Adjadja ; al Hamel - Grande mosquée : Alger - Imprimerie Tha Alibi–
Annexes, Bibliothèque nationale : Frantz Fanon ; Bejaia (Ibn Khaldoun) ;
Tiaret (Jacques Berque) ; Adrar ; Annaba ; Constantine ; Tlemcen ; Lmuhub
Ulahbib ; Bejaia.
3. Burkina Faso : manuscrits de Dori, Djibo, Bobo-Dioulasso.
4. Cameroun : Bibliothèque royale de Foumban ; Bibliothèque nationale,
Yaoundé. Manuscrits Bagam, London School of Oriental Studies.
5. Côte d’Ivoire : manuscrits anciens du Nord de la Côte d’Ivoire ;
manuscrits de Bruly Bouabré (IFAN, université Cheikh Anta Diop, Dakar).
6. Egypte : Daar al Kutub ; Nag Hammady ; Bibliothèque nationale ;
bibliothèque d’Alexandrie ; Deir Al-Moharraq, près d’Assiout ; musée copte
du Caire et couvent Père Fidoul ; Zeidane, Caire ; Center for Documentation
of Cultural and Natural Heritage ; American University.
7. Erythrée : très peu d’informations et d’études de terrain récentes sont
disponibles ; voir Bibliothèque nationale de Paris, Aix-en-Provence, Oxford
et Rome.
8. Ethiopie : National Archives and Library of Ethiopia ; Institute of
Ethiopian Studies ; Ethiopian Orthodox Tewahdo Church Patriarchate
Library; Authority for Research and Conservation of Culture Heritage ;
Musée national ; liste des inventaires de manuscrits (<www.menestrel.fr/
spip.php?rubrique823&lang=en>); pour la facilitation d’accès aux manuscrits
en arabe ou ajami contacter Islamic Supreme Council, Addis Ababa). La
récente découverte de la collection de manuscrits appartenant à l’Ethiopian
Orthodox Tewahedo Church et gardée au monastère d’Abba Gärima près
d’Adwa a complètement bouleversé les données historiques concernant
l’apparition de l’écriture en Afrique. En effet, la technique de datation au
eCarbone 14 appliquée à ces manuscrits les fait remonter au IV siècle de
notre ère, ce qui semble suggérer que l’écriture gé’éz remonte à une période
encore plus ancienne dite « préhistorique ». Une révision en profondeur des
livres de l’histoire universelle s’impose à cet égard. De petites collections
de manuscrits en Amharic, Tigrinya, Tigre et d’autres langues des familles
sémitiques, couchitiques et nilotiques sont signalées ainsi que des manuscrits
e edatant de l’Etat chrétien de Nubie (VI -XII siècle).
xxvii9. Gabon : des manuscrits ont probablement été laissés par les résistants
à la guerre coloniale qui ont été exilés au Gabon comme Almamy Samori
Touré, empereur du Wassoulou et Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de la
Confrérie mouride.
e10. Gambie : plusieurs collections de manuscrits de qualité datant des XVIII
eet XIX siècles ont été signalés dans ce pays qui faisait partie du royaume du
Gabou et des principautés du Bour Sine.
11. Ghana : Institut d’études africaines de l’université d’Accra ; T amala ;
Kumasi ; Boigutantigo.
12. Guinée : d’anciennes fouilles ont été opérées en pays Toma qui a fourni
une écriture authentiquement africaine et au Fouta Djallon, centre d’impulsion
d’un vaste mouvement religieux et politique qui s’est étendu à travers tout le
Sahel africain. Manuscrits de Kankan.
e13. Guinée-Bissau : des manuscrits anciens (XIX siècle) ont été signalés
à Bafata et ailleurs. Les manuscrits restants en papier fligrané semblent peu
nombreux et mériteraient un traitement urgent.
14. Kenya : Bibliothèque nationale de Nairobi ; île de Lamu ; manuscrits
signalés dans tout le Zanzibar et les villages et villes secondaires limitrophes
de Mombassa.
15. Lesotho : alphabet authentiquement africain signalé par des missionnaires
européens.
16. Libéria : Bibliothèque nationale et certaines familles. La guerre civile
qui a déchiré ce pays pendant une longue période a favorisé la disparition ou
la destruction d’anciens manuscrits Vaï. Ce patrimoine est à reconstruire.
17. Libye : Bibliothèque nationale de Tripoli et Syrthe. A la faveur d’une
guerre récente, ce pays a été dévasté avec ses fonds bibliothécaires. Une
nouvelle évaluation est en cours.
18. Madagascar : d’anciens manuscrits royaux existent dans ce pays mais
sont mal connus. Certains manuscrits ont été conservés en France.
19. Mali : Institut des hautes études et de recherches islamiques Ahmad Baba,
Tombouctou ; Mouhamad bin Oumar Al Murji, Mourdja, cercle de Nara;
Ahmad Al Qari, Bamako ; Mouhamad Al Iraqui, Bamako ; Ahmad Baba
Bin Abil Abbas Al Husni, Tombouctou ; mosquée Sankoré, Tombouctou;
Mouhamad Mahmoud bin Cheikh Arouni, Tombouctou ; Binta Gongo ;
Gandame ; Touka Bango ; Imboua ; Kounta ; Sidy Aali ; Koul Ozza ; Koul
Souk, Gao ; Zeynia, Boujbeha ; imam Ben Es-Sayouti ; Al Gadi Mouhamad
xxviiiBin Cheikh al Aouni ; Ahmad Bin Arafa Atoukni le Tombouctien ; Qadi Ahmad
Baba bin Abil Abbas Al Husni ; Fondo Kati (Mohamad Ka-ati) ; Djingarey
Ber, Tombouctou ; Zeinia, village des Abu Jubeiha ; Mahamad Mahmoud,
village de Ber, Mama Haidara, Tombouctou (voir la carte détaillée des
manuscrits de Tombouctou et environs dans cet ouvrage). Une grande partie
des manuscrits en ajami ou en arabe sont dispersés en France (bibliothèques
nationale, d’Aix-en-Provence, de Richelieu etc.), au Niger, au Sénégal, en
Mauritanie, au Burkina Faso, au Bénin, au Togo, au Ghana, en Sierra Leone,
en Côte d’Ivoire, en République centrafricaine, au Tchad, à l’île Maurice, à
Madagascar, à Lamu, Kenya, en Tanzanie, au Cameroun, en Afrique du Sud,
au Soudan, en Somalie, aux Seychelles (pour plus de détails, voir les différents
chapitres de cet ouvrage, volumes 1 à 3).
20. Maroc : Voir les bibliothèques privées suivantes : Mohamed Ben Jaafar
El Kettani ; Abdel Hay El Kettani ; Thami El Glaoui ; Ibrahim El Glaoui ;
Mohamed Hassan El Hajoui ; Mohamed El Mokri. Cf. aussi la bibliothèque
des archives nationales et la bibliothèque Hassanya de Rabat. Plus loin,
Benebine passe en revue de façon détaillée l’évolution des bibliothèques et
des manuscrits au Maroc et au Maghreb plus largement
21. Mauritanie : manuscrits des villes historiques de Walata; Tichitt;
Wadane; Chinguetti ; Nouackchott ; collections de manuscrits anciens
signalés dans les campements, regroupements familiaux, mosques, médersas
suivants : Ideille, Hay Al Beitara, Hay Al Breij, Al Soukh, Al Safha, Ehl Babé,
Ehl Moulaye Abdallah, tous dans la région du Hodh Echargui ; des collections
sont également signalées dans les bibliothèques traditionnelles de Néma,
Djiguenni, Timbedra, Tamchekket, Oum Lemhar, Sed Al Talhayet, Aghweinit,
Al Marveg, Al Mebrouk, Kiffa, , Al Jedidé, Saguattar, Boulenouar, Assaba
Kankossa, Assaba Guérou, Kaédi, Brakna, Trarza,, Boutilimit, Mederdra,
Atar, Tagant Tidjika, Tiris Zemmour (Zoueiratt; Akjoujt) ; manuscrits des
e eXVIII et XIX siècles de Garag (Rosso).
22. Niger : Institut de recherche en sciences humaines, Département des
manuscrits arabes et ajami, Niamey ; Institut de recherche et d’histoire
des textes ; manuscrits des villes d’Agadez, Difta, Zinder, Maradi, Abalak,
Tahoua, Dosso, Téra.
23. Nigéria : Abdu Samad, Sokoto ; Mouhamad bin Mahjoub Al Murakuchi,
Sokoto ; université Ibadan ; Zaria ; Arewa House, Kaduna ; Jos ; Nasiru Kabara
Library, Kano ; voir aussi la collection détenue par la Melville J. Herskovits
Library of African Studies, Northwestern University, Etats-Unis, qui comprend
entre autres la Umar Falke Collection et la John Paden Collection rattachée
à Kano ; collections de manuscrits de Waziri Junaidu History and Culture
Bureau, Sokoto, des Archives nationales de Kaduna, de l’History Bureau,
xxixKano, de la collection privée de Waziri junaidu, Sokoto, du Center for
TransSaharan Studies, Maiduguri et du Centre for Islamic Studies, Sokoto.
24. République arabe sahraouie démocratique : dans ce pays en guerre,
la plupart des manuscrits anciens sont dispersés dans les zawyas et les enclos
privés de certains imams. Pour des sources récentes, voir les travaux d’Ahmed
Baba Miské.
25. Sénégal : Laboratoire d’islamologie de l’IFAN, université Cheikh
Anta Diop ; Daaray Kamil, Touba ; famille Cheikh Moussa Kamara,
Ganguel (Matam) ; famille Sy, Tivaouane ; Pire ; famille Niassènes ; famille
Limamoulaye, Yoff/Cambérène ; des manuscrits sont dispersés à Saint-Louis,
Rufsque, Thiès, Diourbel ; Madina, Kolda, Sédhiou, Matam, Podor, Ndioum,
Galoya, Cas-Cas, Mbouba, Bakel, Rosso, Linguère, Tambacounda et dans
plusieurs zawyas à travers le Sénégal, la Mauritanie, la Guinée Bissau et la
Gambie.
26. Sierra Leone : ce pays regorge de manuscrits mais ils ont été dispersés
ou détruits à la faveur d’une longue et brutale guerre civile. Des fouilles en
profondeur paraissent maintenant nécessaires pour sauver les fonds restants
de manuscrits en péril.
27. Somalie : manuscrits de Kismayu. On ne sait pas grand chose des
manuscrits conservés dans ce pays resté longtemps sans Etat et en guerre.
28. Soudan : Bibliothèque nationale de Khartoum ; manuscrits détenus dans
des familles à travers le pays.
29. Tanzanie : Archives nationales de Zanzibar (WNA), Zanzibar Stone
Town. Vaste fonds de manuscrits repertoriés en partie dans cet ouvrage. Voir
aussi les bibliothèques du Sultanat d’Oman qui avait conquis le Zanzibar
e eentre les XVIII et XIX siècles. Swahili Manuscripts Database de la School
of Oriental and African Studies, université de Londres.
30. Tchad : manuscrits d’Abéché (sud-est). En raison d’une longue guerre
civile les manuscrits anciens de ce pays ont été dévastés. Un travail de
conservation et de catalogage doit y être envisagé de toute urgence.
31. Tunisie : Al Manar ; Bibliothèque Atique Al Assali ; Nouri bin Mouhamad
Nouri ; Chazeli As Zawq ; Bibliothèque nationale, Tunis
J. H. S.
xxx______________
1. Les sources utilisées pour la compilation des informations contenues dans cette
carte proviennent principalement des résultats de recherche présentés par les
éminents auteurs de cet ouvrage et complétés par des recherches sur la toile
mondiale.
Le lecteur voudra bien noter que les bibliothèques et familles détentrices de
emanuscrits anciens africains (de 3500 avant notre ère au XX siècle) ou de statues
et de bas-reliefs avec des signes graphiques localisés en Europe (France, Grande
Bretagne, Espagne, Portugal, Pays-Bas, Italie, Vatican, Finlande), en Russie, en
Chine, en Amérique du Sud, au Canada, aux Etats-Unis, dans les pays arabes
(Oman, Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Quatar), etc. n’ont pas été prises
en compte ici.
Une telle entreprise, se situant hors de notre propos, aurait, en effet, nécessité
des compilations et des recherches menées à partir de sources primaires et
secondaires et s’étalant sur plusieurs siècles. Des efforts substantiels ont été
accomplis en ce domaine par des institutions plurilatérales comme l’Unesco ainsi
que des bibliothèques et institutions universitaires africaines et non africaines.
xxxiPresentation de l’ouvrage
Volume II
Les deux premiers volumes en français de cet ouvrage ainsi que le
troisième volume en langue originale anglaise sont le résultat de la
conférence internationale sur la Préservation des manuscrits anciens en
Afrique tenue à Addis Abéba du 17 au 19 décembre 2010, sous l’égide de
l’ONG Aide Transparence, de la SAVAMA-DCI de Tombouctou et des
ministères des Affaires étrangères et de la Culture d’Ethiopie, avec la
participation de bibliothécaires, d’historiens, d’administrateurs de
musée, de spécialistes du livre, d’institutions religieuses, de membres actifs
de la société civile et des représentants consulaires et d’organisations
régionales et internationales d’Afrique et d’autres parties du monde.
Une vingtaine de pays africains et de communautés de la diaspora
africaine ont débattu des problématiques liées : 1/ à la radioscopie des
principales collections africaines de manuscrits anciens datant pour
e el’essentiel du XII au XIX siècle ; 2/ à l’analyse du contenu de ces
manuscrits et aux conditions historiques et sociales dans lesquelles ils
ont été produits ; et, 3/ aux enjeux stratégiques, culturels et éducationnels
relatifs à leur utilisation par les systèmes scolaires et universitaires, les
industries culturelles et les artisans du livre, dans un continent en prise
avec le délitement de ses cadres sociaux, étatiques et de gouvernance.
Le volume 2 de « L’Afrique, berceau de l’écriture » couvre la zone
saharo-sahélienne englobant Tombouctou, ville lumière de la civilisation
négro-africaine, le Maghreb et la zone tampon mauritanienne que jouxte
le Maroc. Des manuscrits du Cameroun y sont décrits.
Cette zone immense par son étendue territoriale représente un creuset
d’excellence littéraire et artistique mais surtout un formidable réservoir
1scripturaire qui témoigne de la vitalité des activités intellectuelles et du
1. Cf. l’ouvrage repère cité par Ould Cheikh : Ulrich Rebstock et Ahmad W.
32 L’Afrique, berceau de l’écriture et ses manuscrits en péril Présentation de l’ouvragecorpus juridique inscrit dans les constructions étatiques islamiques du
terroir ouest-africain.
Le chapitre 11 est consacré à la bibliothèque ancienne mauritanienne
si riche et pourtant largement méconnue du public spécialisé. Abdel
Wedoud Ould Cheikh trace méticuleusement l’évolution du patrimoine
e emanuscrit mauritanien importé et autochtone du XII au XIX siècle,
en relevant au passage la tendance répétitive de cette production.
L’auteur observe minutieusement la production manuscrite confrérique
et les dynamiques socioreligieuses qui en instruisent l’évolution « entre
les deux rives du Sahara ». Décrivant la longue période d’incubation
graphique durant laquelle très peu de livres sont produits, l’auteur déplore
la pénurie de papier (comme dans toute la zone sahélo-saharienne) et
le caractère artisanal des instruments qui rendent possible l’écriture
(l’encre, le calame, l’ardoise en bois et les conditions matérielles,
surtout nomadiques, de la division du travail entre producteurs de
savoirs, copieurs, calligraphes et éducateurs), avant de passer en revue
les traditions savantes à Šhingiti (siège le plus ancien des manuscrits
autochtones) et Wadân, en commençant par le plus ancien manuscrit qui
date du 18 novembre 1605 et qui est écrit par Sidi b. A.mad b. .Umar
alTinbukti (Fat. al-.amad al-fard f ma.na mahabat Allah ta.ala li-l-.abd :
« L’inspiration de l’Eternel, l’Unique, relativement à la signifcation du
respect accordé par Allah à son esclave humain »). Malgré la proximité
de la Mauritanie avec le Maghreb et la communauté des liens culturels
qui les unissent, Abdel Wedoud rappelle, sur la base du catalogue
2établi par Rebstock et Wuld Mu.ammad Ya.ya , que les documents les
plus anciens se trouvent à Šhingiti et que l’essentiel de la littérature
emanuscrite date essentiellement du XIX siècle et « plus rarement
du XVIIIe siècle, mais guère au-delà ». Ce panorama de la littérature
manuscrite mauritanienne montre la permanence des liens entre ce
pays et le Moyen-Orient, et, d’autre part, son rôle de trait d’union entre
les deux rives du Sahara. Les mouvements réformistes et intellectuels
d’obédience islamique dans le reste de la zone soudano-sahélienne ont
très souvent été nourris par les ferments de la bibliothèque mauritanienne
Muhammad Yahya, Handlist of Manuscripts in Shinqît and Wadân, al-Furqân
Islamic Heritage Foundation, London, 1997.
2. Alessandro Giacomello, Alessandro Pesaro, avec la contribution de Carlo Federici,
Marcella Pellicano,... [et al.] Sauvegarde des bibliothèques du désert : matériaux
didactiques, LithoStampa, Udine (Italie) 2009, p. 13.
Présentation de l’ouvrage 33cependant que les mouvements confrériques mauritaniens ont pu être
infuencés par la vitalité intellectuelle et théocratique des « soudanais »,
de Tombouctou, notamment, et, du Sénégal.
Le chapitre 12 nourrit abondamment les ferments codicologiques que
renferme la recherche bien documentée d’Abdel Wedoud Ould Cheikh
sur les archives mauritaniennes anciennes. Son auteur, Marco Sassetti,
déroule un tapis méthodologique tissé selon les règles de l’art : prenant
comme spécifcité originelle le caractère nomadique et familial de la
production littéraire manuscrite, il passe en revue les caractéristiques
essentielles des « bibliothèques du désert » (micro-entités familiales ;
procès de production du livre manuscrit ; revêtement et manipulations
artisanaux auxquels ils se prêtent ; rapport des livres aux mosquées, aux
institutions confrériques et bibliothécaires et aux apprenants ; division
du travail entre auteurs, copieurs, docteurs de la foi, jurisconsultes et
détenteurs des pouvoirs centraux et locaux ; rapports entre l’offre et
e ela demande internes et externes de livres manuscrits du XII au XIX
siècle ; ateliers de copie et de fabrication; arts calligraphiques). Sassetti
observe ensuite la matière première littéraire elle-même (couverture et
étuis ; encre ; papier ; traditions littéraires avec leurs archétypes et le style
de narration et de composition écrite propre aux traditions islamiques
avec leurs inévitables variantes locales et culturelles). Sassetti complète
ces succédanés de la production livresque, en proposant, à grands
traits, des pistes de lecture concernant la production du papier durant
le Moyen Âge italien et européen et les conditions de son exploitation
commerciale. La piste typologique présentée par l’auteur pour retracer
l’histoire, maintenant obscurcie, de la route du papier durant l’antiquité
paraît féconde. Elle pourrait être utilement complétée par la proposition
d’Alessandro Giacomello qui note la présence, dans un manuscrit de
Wâlata, du papier fligrané italien de la papeterie « Al Masso » de Pescia
e(Toscane) fondée en 1783 et dont l’activité est signifcative au XIX
e siècle. Une autre source vénitienne de papier, daté du XVIII siècle, a
été trouvée dans les manuscrits de l’Institut mauritanien de recherche
3scientifque de Nouakchott . En tout état de cause, l’étude des sources,
de la qualité et des trajectoires du papier d’exportation européen en
direction de l’Afrique, et, plus particulièrement, en provenance d’Italie
et de l’Andalousie, reste une énigme qui demande à être élucidée par
des fouilles détaillées, dans les livres commerciaux des fabricants
3. Ibid.
34 L’Afrique, berceau de l’écriture et ses manuscrits en péril Présentation de l’ouvrageeuropéens et des grossistes et détaillants moyen-orientaux, juifs
d’Andalousie, arabes d’Egypte et du sud-marocain. Le chapitre d’Henri
Sène, traitant en partie du commerce du papier dans la zone
soudanosaharienne, montre, par défaut, que de telles recherches devraient être
menées de pair avec les mouvements sociaux et politiques qui ont
occasionné les premières purges anti-juives d’Andalousie et leur fuite
à travers le Sahara jusqu’aux confns de Gao, Tombouctou et Djenné.
Sassetti dresse aussi un état des lieux relatif à la conservation des livres
manuscrits à travers l’histoire mouvementée de ce fnistère
ouestafricain et propose des perspectives d’avenir largement basées sur la
conservation préventive.
Pour clore cette partie dédiée à la production littéraire mauritanienne
et avant d’aborder celle en provenance de Tombouctou, « ville des
Lumières et des 333 Saints », selon une mythologie persistante, le lecteur
voudra bien se reporter au le chapitre 13 d’Ahmed Chaouqui Benebine,
directeur de la bibliothèque royale Hassanya de Rabat, et, l’un des rares
codicologues émérites du Maghreb, qui donne une coupe transversale
de l’histoire du livre et des mosquées-universités du Maghreb et du
Moyen-Orient, en prenant soin de montrer l’antiquité des littératures et
des façonnements du livre « arabe » produit de la Tunisie à l’Iraq et à la
Turquie, sans que cette construction socio-historique ne vienne remettre
en cause la vision diachronique, archéo-linguistique et chronologique
suggérée au chapitre 2 par le professeur T. Obenga, en ce qui concerne
l’antériorité des systèmes d’écriture négro-africains.
Le chapitre 14 d’Ali Ould Sidi qui ouvre la quatrième partie de cet
ouvrage, est un rapide survol de l’ancienneté des infuences littéraires
réciproques entre le Maroc et Tombouctou, capitale intellectuelle et
carrefour du commerce à longue distance entre le Soudan sahélo-saharien,
le Maghreb et le Moyen-Orient. La conquête sa’adienne du Songhaï en
1591 ouvre la voie de la longue occupation marocaine de Tombouctou,
occupation précédée, comme l’indique le savant Ahmed Bàbà, dans son
Kifàyat al-muhtàj, par une tradition pluri-centenaire d’excellence dans
les sciences et la littérature, depuis la fondation de l’empire soninké
de Ghana auquel succède l’empire du Mali, sous les règnes successifs
e edes Mandingues (XIII -XIV siècle) et l’empire Songhoï (à partir de
ela fn du XIV siècle jusqu’à l’invasion puis l’occupation marocaines
Présentation de l’ouvrage 354sous l’Askia Ishàq II). L’ouvrage autobiographique d’Ahmed Bàbà et
5la revue de littérature arabo-africaine de Cuoq , puis Hunwick donnent
la mesure, quoi qu’incomplètement, de l’épanouissement culturel
et scientifque de Tombouctou, ville-carrefour et pôle d’infuence
littéraire et islamique dont les ondes de choc se sont fait sentir à
travers les principaux foyers littéraires et scientifques de la période
emédiévale au XVII siècle. L’affux massif de commerçants et de lettrés
« Andalousiens», de Juifs rejetés par l’Espagne se relevant de plusieurs
siècles d’occupations successives arabes et qui traversent les routes
sahariennes pour se protéger d’une persécution impitoyable, comme le
6décrit le philosophe Tombouctois Ismaël Diadié Haïdara , indique le rôle
important joué par cette intelligentsia surtout composée de théologiens
et de jurisconsultes. Ce brassage de sites d’infuences idéologiques,
religieuses et de préoccupations politiques et commerciales fnit par
« métisser » considérablement la production littéraire d’inspiration
islamique arabo-africaine, éclatée par la suite en plusieurs branches
7connues des sciences sociales et naturelles de l’époque . Ce mélange de
4. Zouber, op.cit.
5. Cuoq, op.cit.
6. Ismaël Diadié Haïdara, L’Espagne musulmane et l’Afrique subsaharienne,
Bamako, Donniya, 1997. Cet auteur apporte une contribution signifcative à une
meilleure compréhension du rôle joué par les lettrés andalous « dans la fécondation
de l’université de Tombouctou ». Cf. notamment les pages 9 à 88.
7. Ibid., voir notamment la liste des lettrés andalous biographiés dans le Nayl
d’Ahmed Bàbà (pp. 72-86). A partir des relevés biographiques de Bàbà, Ismaël
Haïdara conclut que les universitaires andalousiens en représentent 73,4 % du
e enombre total de savants listés entre les V et IX siècles et originaires notamment
de Grenade (27,4 %), Cordoue (6,3 %), Malaga (7,9 %) et Séville (3,7 %). Haïdara
note, en outre, que Tombouctou naît du refux des Almoravides sur l’Ifriqiya et le
Sahara méridional et grandit de l’essor du commerce transaharien et de la mort de
Walata, tué par les Mosi en 1480. Tous les savants, tous les commerçants
nordafricains ou d’ailleurs qui connurent la prospérité dans la ville mauritanienne se
replièrent là et vinrent grossir le foyer intellectuel qui prenait racine à Sankoré
avec les familles Akit et Anda (op.cit., p. 57). L’étude d’Ismël Haïdara soulève
une problématique essentielle qui n’a pas encore été élucidée par l’historiographie
africaine : comment se sont comportés les détenteurs des savoirs endogènes face à
la montée inexorable de l’islam dans leurs sociétés respectives ? En attendant que
des fouilles approfondies dans les bibliothèques de fortune de la zone
soudanosahélienne analysent le contenu des manuscrits anciens de la région africaine, ne
serait-il pas plus indiqué que la littérature orale (ou « orature ») soit davantage
investie en tant que champ paradigmatique constitutif de l’évolution de la pensée
négro-africaine et du discours philosophique qui le soutend et le nourrit depuis
l’Egypte pharaonique (voir à cet égard, l’ouvrage monumental de T. Obenga, La
36 L’Afrique, berceau de l’écriture et ses manuscrits en péril Présentation de l’ouvragecultures trouve à Tombouctou une solide tradition d’érudition scientifque
et scholastique profondément ancrée dans la pensée des praticiens du
droit, de la logique, de la pharmacopée, de la médecine, de l’astronomie,
des sciences botaniques, de l’architecture, etc., généralement
enveloppés dans une démarche méthodologique transdisciplinaire et
des paradigmes de la connaissance et de la logique qui ne séparent
pas artifciellement les sciences sociales des sciences naturelles et de
considérations spirituelles, préoccupation dominante du mouvement
8de pensée cartésien occidental . T. Obenga et Cheikh Anta Diop,
d’éminents historiens de la pensée et des sciences, suggèrent de façon
9précise et détaillée, les traditions paradigmatiques négro-africaines ,
malheureusement ossifées par les procédés mystico-religieux et élitistes
des prêtres et scribes négro-africains. On peut estimer cependant avec
Cheikh Anta Diop que jusqu’avant la traite esclavagiste transatlantique
de masse, et, le déclin progressif des empires ouest-africains, l’Afrique
10occidentale était à égalité avec l’Occident dans le mouvement général
des idées et des connaissances qui guidaient la marche du monde et de
11ses principaux centres d’excellence .
12Comme le note Constant Hamès , on ne pourra prendre la pleine mesure
de la contribution exceptionnelle de la littérature ouest-africaine en
langue ou graphie arabe, que lorsque la battue pour découvrir et identifer
exactement les gisements archivistiques manuscrits aura été menée à
terme, et, le travail minutieux de traitement codicologique et
sociohistorique abordé avec sérieux et professionnalisme par l’intelligentsia
africaine, décomplexée et libérée des travers de l’aliénation culturelle
philosophie africaine de la période pharaonique 2780-330 avant notre ère, op.
cit.) en passant par ses lointaines marraines nubiennes, éthiopiennes et de la zone
des Grands Lacs. La piste de la « théosophie », par opposition à la philosophie,
poursuivie par Haïdara, est indicative d’une sorte d’impasse intellectuelle dans
laquelle se sont aventurés tous ceux, philosophes professionnels ou de circonstance,
qui se sont engouffrés dans le débat stérile de l’existence ou non d’une philosophie
spécifquement « africaine ».
Sur la dichotomie artifcielle entre sciences sociales et sciences naturelles, voir
l’ouvrage de Charles Finch III, The Star of Deep Beginnings: The Genesis of
African Science and Technology, Khenti, Decatur, GA, 1998.
8. Finch, op.cit., p. XV à XX
9. Cf. les auteurs cités plus haut.
10. Diop, Civilisation ou barbarie, op.cit.
11. Op.cit.
12. Cf. Hamès, op.cit.
Présentation de l’ouvrage 37et idéologique, et, plus généralement, tous ceux qu’intéresse l’évolution
africaine. Ce faisant, on continuera de prêter la plus grande attention
à l’archéologie du savoir et des systèmes d’écriture produits par les
Négro-Africains au fl d’un temps qui s’étire des origines de l’humanité
pour plonger ses racines au cœur de l’histoire.
Le chapitre 15 de Mahmoud Mohamed Dédéou ouvre une fenêtre sur
la production laissée à la postérité par l’intelligentsia de Tombouctou au
fl des siècles. Cette élite intellectuelle islamisée, faudrait-il le rappeler,
est multiculturelle, trans-ethnique, surtout masculine, avec une présence
exceptionnelle de femmes friandes de belles-lettres, de poésie et de
théologie, et comprend essentiellement des jurisconsultes, des imams,
des théologiens, des grammairiens et philologistes, des bibliophiles, des
commis consulaires, des enseignants de différents niveaux, des écrivains,
des étudiants de différents cycles de l’enseignement secondaire et
universitaire, des pharmacologues, des médecins, des chirurgiens et
des spécialistes de diverses matières telles l’astronomie, les sciences
naturelles, la numérologie, le mysticisme, la métapsychologie, la
psychothérapie, l’histoire, la biographie, la géographie, etc. Au sommet
de la pyramide, trônent les jurisconsultes en raison de la protection et
des immunités de divers ordres que leur prodiguent généreusement les
e eAskyas, plus particulièrement entre les XV et XVIII siècles, compte
tenu de leur importance dans le système de gouvernance des biens
et des personnes et la levée des données statistiques indispensables à
une gestion équilibrée des greniers de l’Empereur ou de ses vassaux.
Les jurisconsultes ont souvent tenu la correspondance diplomatique
et consulaire, la gestion des impôts et ont été des fondés de pouvoir
très actifs dans la levée des impôts, les traitements judiciaires et le
règlement des confits familiaux et conjugaux ainsi que le traitement
des héritages et ceux relatifs à l’esclavage domestique. Fidèle aux
traditions confrériques ou théologico-politiques d’interprétation du
message coranique, l’intelligentsia africaine, utilisant l’arabe ou l’ajami
comme principal moyen de l’expression écrite, a invariablement pris
des positions parfois tranchées et tantôt subtiles dans les débats qui
agitent la société et la parcourent suivant les tendances centrifuges
et centripètes qui marquent la communauté islamique. Il est évident,
dans ces conditions, qu’ils ont dû être victimes des mêmes affres de
l’aliénation et de l’ambivalence culturelles que subissent, à l’époque
contemporaine, les intellectuels africains occidentalisés ou islamisés,
et, parfois prompts, dans des positions de pouvoir, à épouser la
38 L’Afrique, berceau de l’écriture et ses manuscrits en péril Présentation de l’ouvrageculture et les paradigmes assimilationnistes de la « francophonie », de
l’ « arabophonie », de l’ « anglophonie » ou de la « portugophonie »,
disons de l’ « europhonie » si l’utilisation d’un tel euphémisme est
permis, par opposition à l’ « africophonie », la somme de toutes les
langues africaines.
Sy, Tëwë, et Kane tentent, au chapitre 16, de donner une idée, certes
très limitée, mais signifcative de la valeur historique des manuscrits,
encore à l’état brut dans lequel ils ont survécu des siècles durant. Les
bibliothèques qui ont abrité les fouilles transversales des auteurs sont
les lointaines héritières de celles qu’utilisaient les auteurs dont les folios
gribouillés d’encre noire et rouge parfois demandent à être analysés et
leur portée socio-historique restituée dans sa plénitude. Elles sont décrites
succintement, en attendant que de nouvelles équipées codicologiques
en traduisent la quintessence, dans des langues accessibles aux non
arabophones. Les auteurs soudanais, maliens pour la plupart, dont les
œuvres sont synthétisées, et, qui se sont exprimés à partir des croyances
et des préoccupations de leur temps, sont tous dignes d’intérêt, et
montrent que la partie immergée de l’historiographie africaine reste
encore inaccessible, compte tenu des conditions d’extrême fragilité
auxquelles ils sont soumis, depuis des siècles. La liste la plus complète
des bibliothèques et collections de manuscrits anciens établie à ce jour,
par les soins de la SAVAMA-DCI, permettra sans doute de préparer
des missions ciblées, pour tirer de l’oubli l’or brun qui dort dans des
gisements archivistiques d’une densité considérable au nord du Mali,
mais malheureusement encore cachés, inexplorés et non analysés.
Il faut espérer que la tragédie sécessionniste qui a fracturé en
deux le pays, à travers un coup d’Etat suivi de l’invasion de hordes
belligérantes venues de l’Algérie, de la Libye et des communautés
pastorales dispersées à travers le Sahara, dans une vie sans lendemain,
s’estompera bientôt au proft d’une paix soutenable et durable. Les
richesses immenses, en pétrole et gaz notamment, enfouies dans le
soussol malien et le gigantisme territorial de ce pays dont les frontières ont
été artifciellement et scandaleusement tracées par les colons Européens
à Berlin, n’ont jamais milité en faveur du retour à des équilibres
sociohistoriques, ethniques et culturels brutalement rompus par l’aventure
coloniale, une décentralisation unijambiste et l’un des niveaux les plus
injustes de partage des richesses, dans un contexte de pauvreté des
plus extrêmes au monde. Or, depuis la nuit des temps, ces équilibres
Présentation de l’ouvrage 39fondamentaux ont été, et restent encore, les garants les plus sûrs de
l’essor des civilisations de la boucle du Niger.
Sur la base de fréquentes visites de terrain à Tombouctou et Bamako,
Jacques Habib Sy observe au chapitre 17 l’évolution du livre manuscrit
et des principaux acteurs passés et contemporains qui en assurent la
vitalité. Il attire l’attention sur les méthodes et les moyens de gestion
de la SAVAMA-DCI, ce consortium de bibliothèques anciennes et
plus récentes dotées de l’un des fonds manuscrits les plus riches du
continent africain, avec l’un des niveaux de densité de livres manuscrits
au kilomètre carré probablement les plus élevés d’Afrique et du monde.
Le chapitre 18 de Marcel Diki Kidiri participe d’une méthodologie
graphématique appliquée à « l’analyse systématique des éléments
formels constitutifs de l’écriture des langues basée sur l’observation
de nombreux systèmes d’écriture ». La méthode suggérée ici permet
surtout de mettre en évidence les spécifcités propres aux supports
électroniques et traditionnels tout en facilitant le traitement numérisé
des textes. Appliquée aux manuscrits anciens cette méthode ouvre un
passage fécond des méthodes traditionnelles de numérisation (caméras à
basse intensité de lumière ; scanners spécialisés dans la reproduction des
manuscrits) vers un traitement plus approprié des unités de manuscrits
anciens à encoder.
La composition du livre manuscrit arabo-islamique de Demba Tëwë
(chapitre 19) vient combler une lacune dont se sont souvent plaints les
étudiants en codicologie spécialisés dans les manuscrits arabo-africains.
L’auteur y examine les manuscrits du point de vue de leur contenu
(l’auteur, le titre, le copiste, le lieu et la date de production, l’incipit,
l’explicit et le sujet) et de leurs caractéristiques externes (supports
utilisés pour la transcription du texte, types d’écriture, couleurs
des encres, dorures, ornementations, réglures, reliures, marques de
possession, certifcats d’audition et de lecture, licences d’enseignement
et colophons).
e L’entreprise intellectuelle hors du commun du Sultan Njoya, au XIX
siècle, au centre de la tourmente génocidaire instrumentalisée par
les colons européens au Cameroun, est décrite, au chapitre 20, par
un éminent membre de la cour royale du Palais de Foumban où sont
gardés quelques-uns des vestiges de ce visionnaire hors-pair. Idrissou
40 L’Afrique, berceau de l’écriture et ses manuscrits en péril Présentation de l’ouvrageNjoya montre d’un point de vue calligraphique et graphématique le
cheminement intellectuel qui amène Njoya à inventer un nouveau
système d’écriture a ka u ku destiné à alphabétiser son peuple et à le
libérer des chaînes de l’esclavage colonial.
Da-Mboa Obenga convoque, au chapitre 21, l’utilisation des
technologies les plus récentes de l’information, pour apporter des
réponses durables tant au plan stratégique que du point de vue de la
recherche d’opérationnalités adaptées au champ de la conservation
des manuscrits anciens, des stades « de la collecte à l’accessibilité
en passant par la numérisation, le catalogage et le stockage
informatiques ». L’auteur, en ingénieur averti des enjeux stratégiques
liés à la préservation des manuscrits anciens en Afrique, élargit le
spectre de connaissances et d’innovations relatives à leur translittération
et l’analyse de leurs contenus. Ces domaines sont, à n’en pas douter,
l’un des plus grands chantiers qui attendent les intellectuels Africains
conscients de la prégnance de telles missions sur l’avenir du foyer
civilisationnel qui a inventé l’écriture et se voit sommé, par l’histoire
immédiate, de redéfnir de nouveaux paradigmes du futur planétaire et
de la cohabitation équilibrée des civilisations.
Papa Toumani NDiaye, en spécialiste chevronné de la gestion
culturelle, aborde l’étude des processus nécessaires de coopération
entre manuscrits et musées (chapitre 22), décrit l’état désastreux des
collections existantes de manuscrits en Afrique et propose des scenarii
de sortie de crise allant des instruments juridiques nécessaires à la
protection des manuscrits contre le trafc illicite et les facteurs humains
et naturels adverses, en passant par les inventaires numérisés circulant
avec toute la fuidité requise, à l’implication des musées dans l’éducation
du grand public au sujet de manuscrits anciens encore malheureusement
méconnus de larges couches des populations concernées dont leurs
propres élites les ont pourtant produites des siècles auparavant, mais en
ont perdu la mémoire, à présent.
Le chapitre 23 de Nafssatou Bakhoum complète le tableau stratégique
proposé dans les deux chapitres précédents, en se projetant dans les
méandres de la gestion intégrée, concertée et participative, liée à
la conservation des manuscrits anciens africains et aux défs d’un
archivage dynamique, ouvert aux pulsions cognitives de jeunesses
avides de nouveaux savoirs, certes intégrés à leur passé et à un avenir
Présentation de l’ouvrage 41enraciné dans l’immense héritage scientifque et culturel légué par leurs
ancêtres.
42 L’Afrique, berceau de l’écriture et ses manuscrits en péril Présentation de l’ouvrageTroisième
Partie
Mauritanie,
Maroc :
carrefours
et creusets
littéraires
Manuscrits de Mauritanie et échanges intellectuels en Afrique du Nord-Ouest 43CHAPITRE 11

Manuscrits de Mauritanie et
échanges intellectuels en Afrique
du Nord-Ouest
Abdel Wedoud Ould Cheikh
Résumé
L’espace mauritanien recèle une quantité signifcative de manuscrits
(une quarantaine de milliers dispersés entre les bibliothèques familiales
et les awqâf des anciens relais caravaniers transsahariens, les tribus
lettrées (zwâyä) et l’Institut mauritanien de recherche scientifque
e e(IMRS). Elles datent pour la plupart du XVIII - XIX siècle. Ce chapitre
donne un aperçu du patrimoine manuscrit mauritanien à partir de la
documentation disponible. Cette production très largement répétitive
rend compte d’une « rumination » textuelle et témoigne de la capacité de
reproduction des spécialistes du livre manuscrit. L’étude examine, par
ailleurs, les mouvements confrériques ainsi qu’une œuvre canonique
(le Mukhtasar de Khalîl b. Ishâq et ses commentateurs) et les réseaux
d’infuences intellectuelles entre les deux rives du Sahara, de même que
les apports originaux que véhicule la littérature manuscrite de l’espace
ouest-saharien.
44 L’Afrique, berceau de l’écriture et ses manuscrits en péril Manuscrits de Mauritanie et échanges intellectuels en Afrique du Nord-Ouestans l’exorde du quatrième volume du General Catalogue of
1DArabic Manuscripts at the IMRS , qu’il a réalisé avec Sīd Aḥmad
Wuld Aḥmad Sālim et Aḥmad Wuld Muḥammad Yaḥya, Charles Stewart
écrit : « One of the better kept secrets in the world of Islamic scolarship
and in the history of Muslim intellectual life in North and West Africa
is the tradition of study and writing in Mauritania during the past
three centuries. ». Il ajoute que cette forclusion pourrait bien être une
sorte de dommage collatéral de l’opinion ḫaldūnienne selon laquelle,
il n’y aurait pas, intellectuellement parlant, grand chose à attendre des
nomades parcourant les immensités vides du Sahara et qu’Ibn Ḫaldūn
situait, on le sait, du côté de la « sauvagerie » (al-waḥšiyya). Le généreux
crédit graphique accordé par l’auteur de Islam and Social Order in
Mauritania à cette culture de l’errance fait du reste écho à
l’autocélébration dont ne se sont pas privées, à l’occasion, certaines grandes
2fgures intellectuelles de l’espace ici envisagé . A regarder pourtant les
choses de près, il semble que le patrimoine écrit mauritanien, qui, à
ce jour, n’a fait l’objet que d’investigations partielles, soit, malgré son
intérêt, fortement prisonnier d’une « rumination » étroitement associée à
l’horreur théologique de « l’innovation » (bidˁa) dans une société coupée
de son arrière-monde arabo-islamique et soumise, par ailleurs, durant
des siècles, à un rythme d’évolution des plus atones antérieurement
à la toute récente colonisation française (1902-1960). Le savoir était
ici l’apanage de l’« ordre » quasi-clérical des äz-zwāyä. Et parmi eux,
seules les personnalités d’envergure disposaient en réalité des moyens
de s’offrir un patrimoine manuscrit de quelque importance. Nombre
d’enseignants et de détenteurs d’une documentation écrite étaient
3certes des nomades , mais le gros des bibliothèques était tout de même
1. Nouakchott et Champaign-Urbana, 1992., IV, p. 1.
2. Témoins, ces célèbres vers d’al-Muḫtār w. Būna (m. 1220/1804-5), la référence
en matière d’études grammaticales et d’enseignement de la logique du pays
maure :
Naḥnu rakbun min al-ašrāf muntaẓimun
Ağallu ḏa-l-ˁaṣri qadran dūna adnānā
Qad ittaḫaḏnā ẓuhūra al-ˁīsi madrasatan
Bihā nubīnu dīna Allāhi tibyānā
« Nous sommes certes un noble cortège de chameliers en ordre de marche
Et le plus majestueux de ce temps peine à égaler le plus modeste d’entre nous
Nous avons converti les échines de nos claires montures en établissements
Dévolus à la défense et à l’illustration de la religion d’Allāh. »
Cités in Ibn Aḥmad Zaydān : Šarḥ. p. 6.
3. Plutôt petits que grands nomades, comme les lettrés de la Giblä. Les groupes
Manuscrits de Mauritanie et échanges intellectuels en Afrique du Nord-Ouest 45concentré dans les anciens relais caravaniers (Wadān, Šingīṭi, Tišīt et
Walāta) du commerce transsaharien et dans quelques autres bourgades
à la renommée moins affrmée. Ce sont du reste les établissements
sédentaires, leurs enseignants et leurs bibliothèques qui vont susciter
4les premiers recueils de données bibliographiques sahariennes . Les
tentatives de recensement et d’évaluation de la documentation rurale
éparpillée à travers la Mauritanie ne remontent guère au-delà des efforts
engagés par l’Institut mauritanien de recherche scientifque (IMRS), à
5partir de sa création en 1975 .
Nous nous proposons ici de donner un aperçu du patrimoine manuscrit
mauritanien sur la base à la fois de l’expérience directe que nous en
6avons et des travaux qui l’ont pris pour objet. Les dimensions assignées
à cette contribution ainsi que les limites de la documentation disponible
rendent compte de l’ambition elle même limitée des indications qui
suivent. En même temps qu’un panorama succinct des productions
manuscrites mauritaniennes telles qu’elles se dessinent à travers
certains des principaux recensements réalisés à ce jour et dont nous
nous contenterons de traiter quelques exemples signifcatifs, nous nous
arrêterons sur la postérité d’un texte majeur — le célèbre Muḫtaṣar
de Ḫalīl b. Isḥāq (m.776/1374) — témoin essentiel s’il en est de la
« rumination » dont il a été question plus haut.
pratiquant des déplacements de grande amplitude comme ceux de la région
du Tīrəs (Ahl Bārikalla/Idayqəb, Ahl Muḥammad Sālim, etc.) n’étaient, à
notre connaissance, que très modestement représentés parmi les détenteurs de
bibliothèques signifcatives.
4. Cf. Fatḥ al-Šakūr. Y compris la bibliothèque d’al-Šayḫ Sidiyya à Boutilimit, la
première à notre connaissance à avoir été décrite par un observateur étranger
(Massignon, 1909). Bien qu’encore en partie nomades à l’époque, ses détenteurs,
qui se qualifaient eux-mêmes d’ Ah l-aḥwāš (littéralement : « ceux des enclos
permanents ») étaient en voie de sédentarisation. Du reste, son fondateur, al-Šayḫ
Sidiyya al-Kabīr (m. 1286/1868), avait bâti la première « maison » de la future
bourgade de Boutilimit dans les années 1830, principalement, semble-t-il, pour
entreposer ses livres, alors qu’il continuait à nomadiser.
5. Grâce avant tout aux efforts de son premier directeur, ˁAbd Allāh w. Babakkar,
qui a réussi à le soustraire à sa quasi exclusive vocation archéologique initiale.
6. L’auteur de ces lignes a été chercheur à l’IMRS (1978-1986), puis directeur
(1986-1989) de cet établissement détenteur du plus important fonds de manuscrits
mauritaniens, auxquels il a fait appel pour divers travaux, notamment pour sa
thèse. Cf. bibliographie…
46 L’Afrique, berceau de l’écriture et ses manuscrits en péril Manuscrits de Mauritanie et échanges intellectuels en Afrique du Nord-OuestFigure 1 : Carte administrative de la Mauritanie
Les contours d’un patrimoine manuscrit saharo-sahélien
Où sont les manuscrits et qui les possède ?
Au début des années 1960, le grand érudit mauritanien, al-Muḫtār wuld
Ḥāmidun (m. 1993), avait entrepris, en collaboration avec, l’orientaliste
suédois Adam Heymowski, de recenser les auteurs de l’espace
7mauritanien et leurs œuvres. Le fruit de cette enquête ft ressortir
un total de 2 054 œuvres dues à 394 auteurs. Ce travail n’indiquait
malheureusement pas l’emplacement des manuscrits, ni même s’ils
8existent effectivement quelque part . Tout ce que l’on peut dire, c’est
7. Heymowski et Ould Hamidoun : Catalogue… Partiellement repris dans
alNaḥwī : Bilād Šinqīṭ, p. 535-624.
8. Par ailleurs, et comme l’observe al-Naḥwī (ibidem, p. 535), le Catalogue…, qui
a omis certains auteurs de l’espace envisagé, a mentionné quelques ouvrages
imprimés.
Manuscrits de Mauritanie et échanges intellectuels en Afrique du Nord-Ouest 47 Photographie : IFAN
Figure 2 : Une vue de la « médersa » d’Atar construite en 1937.
que les manuscrits mauritaniens, encore observables en Mauritanie
même, qu’ils soient du reste locaux ou étrangers, se trouvent, pour
l’essentiel, aux mains de propriétaires privés, dans des bibliothèques
9familiales, parfois transformées en waqf (bien de mainmorte). Depuis
l’indépendance et la création d’établissements spécialisés et/ou
intéressés, quelques institutions publiques ont entrepris des collectes
au bénéfce des documentations qu’elles ont mises en place. A notre
connaissance, aucun recensement exhaustif de ce patrimoine n’est
disponible. Il est du reste sujet aux variations engendrées par toutes
sortes d’aléas : intempéries, conditions de conservation, changement
des modes de vie, mais aussi renouveau et transformations des formes
de reproduction, etc. L’éclairage que nous proposons ici concerne
évidemment les seules bibliothèques répertoriées où il puise ses
exemples. Il s’intéressera d’abord aux bibliothèques privées avant d’en
venir aux établissements publics.
Les bibliothèques privées
Les principales bibliothèques privées mauritaniennes connues sont
celles des vieilles cités caravanières. Les anciens relais du commerce
9. Une partie des productions manuscrites de l’espace mauritanien est présente
dans divers établissements à l’extérieur de la Mauritanie : au Maroc, au Niger, au
Mali, en France…
48 L’Afrique, berceau de l’écriture et ses manuscrits en péril Manuscrits de Mauritanie et échanges intellectuels en Afrique du Nord-Ouest10transsaharien que sont Wadān, Šingīṭi (arabisé dans les sources écrites
11 e earabes en Šinqīṭ ), Tišīt et Walāta, apparues entre le XI et le XIV siècle,
doivent sinon leur naissance, du moins leur image historique et culturelle
à des tribus zwāya parmi les plus réputées pour leur contribution aux
12productions intellectuelles du Sahara occidental . De nombreuses
familles, dans ces agglomérations, possédaient des bibliothèques de
quelque importance. Alimentées à la fois par les acquisitions effectuées
par le biais des échanges transsahariens, par l’apport des pèlerins partis
visiter les lieux saints de l’islam, et par l’activité des copistes locaux, ces
bibliothèques familiales n’ont évidemment pas échappé au processus
de déclin des relais caravaniers dont la prospérité avait naguère
accompagné leur expansion. En dépossédant l’éducation traditionnelle
— dont Wadān, Šingīṭi, Tišīt et Walāta constituaient des foyers majeurs
— de sa légitimité et de son autorité, la colonisation française a, en
même temps, précipité la marginalisation politique et administrative
de ces bourgades, détrônées par les capitales régionales instituées par
les nouvelles autorités. Et c’est dans de minuscules oasis, aux trois
quarts en ruine, que l’on peut encore aujourd’hui tenter, à partir de ce
qui en reste, de se faire une idée des ressources manuscrites naguère
entreposées dans certaines de leurs demeures. Nous nous arrêterons ici,
à titre d’exemples, sur les bibliothèques de Wadān et Šingīṭi, pour le
villes anciennes, et sur celle de Bu-tilimīt (Boutilimit) pour les fonds
familiaux plus périphériques.
Wadān et Šingīti
Parmi les bibliothèques de manuscrits des vieilles cités oasiennes,
celles de Wadān et Šingīṭi, ont fait l’objet des travaux descriptifs les plus
13précis . Elles refètent jusqu’à un certain point le cheminement culturel
aussi bien que l’état présent de ces agglomérations, fait d’isolement et de
10. Cf. Ibn al-Amīn : al-Wasīṭ., Norris : History, Osswald : Handelsstädte., Lydon :
Trails.
11. L’un des plus anciens textes connus sur Šingīṭi, Ṣaḥīḥat al-naql (1205/1790) de
Sīdi ˁAbd Allāh b. al-Ḥāğğ Brāhīm (m. 1233/1817), indique que ce nom signife,
dans un idiome qu’il ne précise pas, mais qui est selon toute vraisemblance le
soninké (si-n-gédé), « Les sources des chevaux » (ˁuyūn al-ḫayl), Norris : The
History, p. 399 de la trad. angl. et pl. III pour l’original arabe.
12. Idäwälḥāğ, Kənta, Aġlāl et Idäwaˁli, Šərvä, Äwlād Dāwūd, Mḥāğīb, Bārittayl,
etc.
13. Rebstock, Handlist., et son Arabischer Handschriften.
Manuscrits de Mauritanie et échanges intellectuels en Afrique du Nord-Ouest 49dégradation continue de leur environnement économique et écologique,
avec les conséquences que l’on sait.
Wadān, qui a davantage souffert que Šingīṭi au cours des deux siècles
derniers et qui fut abandonnée par nombre de ses habitants, ne possède
plus qu’une quantité très réduite de manuscrits, malgré son antériorité
dans ce domaine par rapport aux autres villes anciennes. Une grave crise
14interne, centrée sur le contrôle de la mosquée de la ville , a contribué,
eau tournant du XIX siècle, à l’amorce d’un déclin intellectuel défnitif
de l’agglomération et à son abandon par bon nombre de ses habitants.
On trouve, par exemple, des bibliothèques entières et de nombreuses
œuvres wadāniennes dans les de Tišīt, qui a accueilli
nombre de réfugiés issus de Wadān. Les deux copies recensées à ce jour
de Mawhūb al-ğalīl bi-šarḥ Ḫalīl, premier texte important (commentaire
en deux volumes du Muḫtaṣar de Ḫalīl dont il sera question plus loin)
rédigé par un auteur de l’espace mauritanien après les Almoravides,
e 15en l’occurrence un wadānien qui vivait au XVI siècle , se trouvent
à Tišīt. La plus complète dans la bibliothèque des Ahl Būya aš-Šrīv,
l’autre, beaucoup plus brève, dans la des awqâf. On sait,
par ailleurs, qu’il existe, dans la bibliothèque royale de Rabat, une copie
en deux volumes de cet ouvrage.
On trouve également à Tišīt la bibliothèque des Ahl Nāğim des
Idawalhāğ de Wadān, très riche en archives familiales particulièrement
précieuses pour la connaissance de l’organisation sociale et économique
des wadāniens (actes de vente, de cession, de succession, contrats de
toute nature…) et qui renferme aussi des œuvres des auteurs de Wadān
tels que : aṭ-Ṭālib Aḥmad b.Ṭwayr ağ-Ğanna (m. 1265/1849), Aḥmad
Sâlim b. al-Imām (m.1239/1823), son frère as-Sālik (m. 1245/1829),
Muḥammad al-Amīn b. Ḥamma Ḫattār et son frère Bānəmmu, aš-Šayḫ
16al-Amīn b. aṭ-Ṭālib b. Ḫṭūr , etc.
Wadān conserve encore cependant une partie des anciennes
bibliothèques de manuscrits qui s’y trouvaient jadis. Si les rapports
14. Ould Cheikh : Ouadane et Chinguetti.
15. al-Faqīh Sīdī Abū ˁAbd Allāh Muḥammad b. Aḥmad b. Abī Bakr al-Wadānī
alḤāğğī, vivant en 933/1526-27. Cf. Fatḥ al-šakūr, p. 112-3 ; Rebstock : Maurische
Literaturgeschichte (MLG) I, p. 21.
16. Cf. O. Cheikh : Ouadane et Chinguetti, 121-132.
50 L’Afrique, berceau de l’écriture et ses manuscrits en péril Manuscrits de Mauritanie et échanges intellectuels en Afrique du Nord-Ouest