L'Âge des low tech. Vers une civilisation techniquement soutenable

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Face aux signaux alarmants de la crise globale – croissance en berne, tensions sur l'énergie et les matières premières, effondrement de la biodiversité, dégradation et destruction des sols, changement climatique et pollution généralisée – on cherche à nous rassurer. Les technologies " vertes " seraient sur le point de sauver la planète et la croissance grâce à une quatrième révolution industrielle, celle des énergies renouvelables, des réseaux intelligents, de l'économie circulaire, des nano-bio-technologies et des imprimantes 3D.


Plus consommatrices de ressources rares, plus difficiles à recycler, trop complexes, ces nouvelles technologies tant vantées nous conduisent pourtant dans l'impasse. Ce livre démonte un à un les mirages des innovations high tech, et propose de prendre le contre-pied de la course en avant technologique en se tournant vers les low tech, les " basses technologies ". Il ne s'agit pas de revenir à la bougie, mais de conserver un niveau de confort et de civilisation agréables tout en évitant les chocs des pénuries à venir. S'il met à bas nos dernières illusions, c'est pour mieux explorer les voies possibles vers un système économique et industriel soutenable dans une planète finie.



Philippe Bihouix est ingénieur. Spécialiste de la finitude des ressources minières et de son étroite interaction avec la question énergétique, il est coauteur de l'ouvrage Quel futur pour les métaux ?, 2010.





PRIX DE LA FONDATION DE L'ECOLOGIE POLITIQUE 2014


Publié le : dimanche 25 mai 2014
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EAN13 : 9782021160741
Nombre de pages : 334
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L’ÂGE DESLOW TECH Vers une civilisation techniquement soutenable
Du même auteur
Quel futur pour les métaux ? Raréfaction des métaux : un nouveau défi pour la société EDP Sciences, 2010
Philippe Bihouix
L’ÂGE DESLOW TECH
Vers une civilisation techniquement soutenable
Éditions du Seuil e 25, bd Romain-Rolland, Paris XIV
978-2-02-116 0 73-4
© Éditions du Seuil, avril 2014
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Prologue LA FOLLE VALSE DES CREVETTES
Mai 1940. Les colonnes de blindés allemands ont enfoncé les lignes françaises et la population effrayée se jette en masse sur les routes qui s’encombrent rapidement. De son avion d’observation, envoyé en missions désespérées sur les lignes ennemies pour récolter des renseignements que personne n’exploitera, Antoine de Saint-Exupéry contemple le gâcis de la débâcle : « Les vieilles autos surtout sont pitoyables. Un ceval bien d’aplomb entre les brancards d’une carrette donne une sensation de santé. Un ceval n’exige point de piècesde recange. Une carrette, avec trois clous on la répare. Mais tous ces vestiges d’une ère mécanique, ces assemblages de pistons, de soupapes, de magnétos et d’engrenages, jusqu’à 1 quand fonctionneront-ils ? » Pardonnez-moi, mon cer « Saint-Ex », de vous propulser par cette unique réflexion, vous l’aviateur intrépide nécessai-rement confiant dans la tecnique de pointe, précurseur des low tech, desbasses technologies. Mais vous l’aurez cercé, en
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proposant d’abandonner ces autos ier pimpantes pour revenir à des carrettes à ceval ! Surtout, rien ne résume mieux, pour moi, la question cruciale qui se pose à notre société indus-trielle. Il suffirait de remplacer mécanique par électronique, pistons et soupapes par transistors et condensateurs… et votre vision fulgurante, si évidente, retrouverait toute sa fraîceur. Notre monde ultra-tecnicisé, spécialisé, globalisé pourrait-il résister à une débâcle, que celle-ci vienne de la raréfaction des réserves énergétiques et métalliques facilement accessibles, des conséquences de la pollution – cangement climatique en tête – ou d’une nouvelle crise financière et économique plus aiguë que celle en cours ? Cet ouvrage développe en effet la tèse, iconoclastej’en conviens, qu’au lieu de cercer une sortie « par le aut » aux impasses environnementales et sociétales actuelles avec toujours plus d’innovation, de autes tecnologies, de métiers à valeur ajoutée, de numérique, de compétitivité, de aute performance, de travail en réseau, bref, dedéveloppement durable, decroissance verteet d’économie 2.0, nous devonsau contraire nous orienter, au plus vite et à marce forcée, vers une société essentiellement basée sur des basses tecnologies, sans doute plus rudes et basiques, peut-être un peu moins performantes, mais nettement plus économes en ressources et maîtrisables localement. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, il me semble que je vous dois quelques explications sur ce qui m’a amené à de telles réflexions. Rien ne me prédestinaita priorià ruer
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dans les brancards de ma carrette à trois clous, ni à prendre à contre-pied la majorité de mes confrères ingénieurs, qui nejurent que par leshigh tech, la recerce et développement, l’innovation, bref, le progrès au sens où on l’entend aujourd’ui, et que l’on n’arrête d’ailleurs pas, comme le veut l’adage populaire. Né deux ans après le premier alunissage, mon enfance, comme tous ceux de cette génération, fut bercée d’exploits scientifiques ou tecnologiques divers, rytmée par les films de science-fiction et régulièrement abreuvée de produits « révolutionnaires » : l’année de mes dix ans, la navette spatiale Columbiadécollait de Cap Canaveral – le poster est encore afficé dans ma cambre d’enfant ! – et quelques mois plus tard Paris Matchpubliait les superbes images de Saturne transmises par la sondeVoyager 2. Au début des années 1980 commença le déferlement de l’électronique grand public, avec les calcu-latrices, les premières montres japonaises à afficage digital et leur pile bouton au litium, les jeux vidéo de poce. Les collégiens que nous étions passaient des eures à programmer d’improbables casse-briques et autresSpace Invadersà basse résolution, sur les premiers ordinateurs fournis par le ministère de l’Éducation nationale, dans le cadre, je suppose, d’un soutien à la tecnologie française et à la compagnie récemment natio-nalisée homson-Brandt (le processeur était un Motorola, mais bon) contre son grand rival de l’époque, Amstrad. Et, bientôt, des baladeurs Sony allaient nous faire connaître les premières joies de lamobilité.
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Bref, la vie suivait son cours et le progrès son cemi-nement forcément linéaire. Il y avait bien eu quelques désillu-sions tecnologiques. Les revues de vulgarisation scientifique des années 1950 avaient annoncé un peu vite l’électricité presque gratuite dans le futur, des voitures ou des grille-pain nucléaires, et même des élicoptères pour les déplace-ments urbains. Et contrairement aux prévisions, les avions Concorde ne sillonnaient pas les airs par centaines, les deux cocs pétroliers étant passés par là. Mais une information cassant l’autre, seuls quelques grinceux s’en souvenaientencore. Tout n’était pas parfait bien sûr sur la planète, les pays en voie de développement ne se développaient pas beaucoup, mais tout le monde suspectait que c’était un peu leurfaute quand même. La décolonisation était encore récente et les programmes de « transfert de tecnologie » battaient leur plein sur fond de fin de guerre froide. Les populations du bloc soviétique semblaient un peu à la peine, mais cela donnaitde formidables scénarios pour les films d’espionnage. Il y avait bien de la pollution, cependant elle restait encore localisée, en tout cas dans la perception des gens : oui, l’empoisonnement au mercure de la baie de Minamata était orrible, mais cela toucait finalement peu de personnes et c’était surtout bien loin. On aurait même dit que cette pollution locale, « cez nous », avait plutôt tendance à diminuer. Ce qui était parfois le cas, car apparaissait un pénomène promis à un bel avenir : la désindustrialisation. Voyante dans
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