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L'Âge du Faire. Hacking, travail, anarchie

De
446 pages

De nouveaux lieux de conception, de production et de collaboration voient aujourd'hui le jour un peu partout dans le monde. Équipés de machines industrielles comme des plus récents équipements informatiques, les hackers inventent un nouveau modèle d'activité : le faire (make). À distance des exigences imposées par le marché et les grandes organisations bureaucratiques, les membres des hackerspaces et autres laboratoires de fabrication font du travail une fin en elle-même, sans que quiconque n'impose d'objectifs, de délais, de contraintes... Juste l'envie de faire pour soi.


Fruit d'une enquête ethnographique menée dans la région de San Francisco, là où les chantres de la contre-culture libertaire côtoient les entrepreneurs de la Silicon Valley, ce livre plonge au cœur du mouvement faire. Il en décrit les origines historiques ainsi que ses multiples impacts sur l'économie et la société. Michel Lallement a partagé la vie des hackers, les a regardé inventer, bidouiller et s'organiser au quotidien dans des communautés frottées, pour certaines d'entre elles, aux principes de l'anarchisme. Il les a fait raconter et expliquer leurs vie, leurs choix, leurs idées.


En expérimentant une utopie concrète, les hackers font plus qu'imaginer une autre manière de travailler. C'est une nouvelle grammaire du vivre ensemble que, sous nos yeux, ils sont en train de composer.



Michel Lallement est professeur du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), titulaire de la chaire d'Analyse sociologique du travail, de l'emploi et des organisations et membre du Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (CNRS). Il est l'auteur de nombreux ouvrages de sociologie du travail.


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LÂ G E D U FA I R E
Du même auteur
Des PME en chambre Travail et travailleurs à domicile dhier et daujourdhui L», 1990Logiques sociales Harmattan, «
Histoire des idées sociologiques e 2 vol., Armand Colin, « Circa », 1993, 4 éd. 2012
Sociologie des La Découverte, «
relations professionnelles e Repères », 1996, 2 éd. 2008
Les Gouvernances de lemploi Relations professionnelles et marchés du travail en France et en Allemagne Desclée de Brouwer, « Sociologie économique », 1999
Temps, travail et modes de vie PUF, « Sciences sociales et société », 2003
Le Travail Une sociologie contemporaine Gallimard, « Folio Essais », 2007
Le Travail de lutopie Godin et le Familistère de Guise Les Belles Lettres, « L», 2009histoire de profil
Le Travail sous tensions Auxerre, éditions Sciences Humaines, « La Petite Bibliothèque de Sciences Humaines », 2010
Tensions majeures Max Weber, léconomie, lérotisme Gallimard, « NRF Essais », 2013
M I C H E L L A L L E M E N T
LÂ G E
D U
FA I R E
H A C K I N G , T R AVA I L , A N A R C H I E
É D I T I O N S D U S E U I L e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
CET OUVRAGE EST PUBLIÉ DANS LA COLLECTION
« LA COULEUR DES IDÉES »
ISBN9782021190496
© Éditions du Seuil, janvier 2015
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de lauteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 3352 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
www.seuil.com
Remerciements
Ce livre est le fruit dune enquête menée dans le nord de la Californie durant lannée universitaire 20112012. Il doit avant tout aux hackers de la Bay Area qui mont accordé confiance, temps et disponibilité. Je les remercie toutes et tous. Cet ouvrage a aussi pu voir le jour grâce à laccueil dont jai pu bénéficier, au titre de professeur invité, au sein du département de sociologie de luniver sité de Californie à Berkeley et au sein de lInstitute for Research on Labor and Employment de luniversité de Californie à Los Angeles. Je remercie Michael Burawoy, Chris Tilly ainsi que la commission Fulbright, sans lesquels ce séjour de recherche naurait pas été possible. À Berkeley, Jonah Levy ma accompagné, conseillé, reçu et dépanné à plusieurs reprises. Alex Barnard ma servi de guide pour faire connaissance avec le monde touffu des organisations libertaires et anarchistes de lEast Bay. Je les remer cie chaleureusement, ainsi que toutes les personnes qui, à un titre ou à un autre, mont permis de préciser des intuitions, rectifier des erreurs, explorer de nouvelles pistes et finaliser mon projet. Je pense notamment à mes collègues du Lise (CNRSCnam), à Isabelle BerrebiHoffmann et MarieChristine Bureau tout particu lièrement avec lesquelles je poursuis lenquête et la réflexion sur le mouvement faire en France et en Europe. Il va de soi que je porte entièrement la responsabilité des limites du présent travail. Merci aussi à Katy Lafleur pour son aide matérielle tout à fait précieuse. Merci encore à Anne Sastourné pour sa lecture minutieuse de la première version du manuscrit et pour les multiples améliorations dont je lui suis redevable. Merci enfin à Corinne, Sofiane, Justine et Célestin pour leur soutien indéfectible, leurs conseils et pour leur accompagnement outreAtlantique.
« Une société ne peut ni se créer ni se recréer sans, du même coup, créer de lidéal. Cette création nest pas pour elle une sorte dacte surérogatoire par lequel elle se compléterait, une fois formée ; cest lacte par lequel elle se fait et se refait périodiquement. Aussi, quand on oppose la société idéale à la société réelle comme deux antagonistes qui nous entraî neraient en des sens contraires, on réalise et on oppose des abstractions. La société idéale nest pas en dehors de la société réelle ; elle en fait partie. »
Émile Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, Paris, Alcan, 1912, p. 603604.
I N T R O D U C T I O N
Depuis le milieu de la décennie 2000, une vague déferle sur les ÉtatsUnis et sur le reste du monde. Elle emporte avec elle un ensemble multiforme dindividus et de groupes qui se reconnaissent dans une philosophie du travail, celle du « faire » (make), caractérisée par un enthousiasme collec tif pour le bidouillage, les activités artisanales, le bricolageBien loin du taylorisme dantan comme de ses succédanés plus récents, elle bouscule nos conceptions habituelles, tou jours dominées par la conviction que, au sein de nos sociétés modernes, la pratique productive perd de sa matérialité, crée sans cesse davantage de souffrance, accuse un déficit de valorisation socialeCe début de siècle incite à réviser nos jugements. Lenvie de faire est en effet porteuse de nom breuses exigences susceptibles à terme de transformer les pratiques et de reconfigurer notre rapport collectif au travail. Lentrain ne se réduit pas à une simple revalorisation de lintelligence dont savent faire preuve les travailleurs de la 1 main . En découvrant ou en redécouvrant les joies duDo it
1. Le livre de Matthew B. CrawfordÉloge du carburateur. Essai sur le sens et la valeur du travail(2009), trad. fr. Marc SaintUpéry, Paris, La Découverte, 2010est symptomatique de la redécouverte récente des
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lf a i r ed u â g e
1 yourself, nombreux sont celles et ceux qui, dans la dyna mique du mouvement faire, recherchent avant tout des moyens et des espaces dactivité où le travail est à luimême sa propre fin, sans que quiconque nimpose dobjectifs, de délais, de contraintesJuste lenvie de faire pour soi.
Des hackers aux hackerspaces
Cette conception du faire doit beaucoup à léthique hacker ainsi quà lesprit qui anime les défenseurs du logiciel libre, autrement dit à la volonté de créer et de partager en se défai sant des contraintes imposées par le marché, la rentabilité, le droit de propriétéLoin de se réduire à des pratiques de nature informatique, le faire concerne aujourdhui toutes sortes dactivités, à linstar de celles quexercent les membres des hackerspaces, espaces collaboratifs auxquels est consacré le présent ouvrage. Incarnation de ce que cer tains analystes ont pu nommer un « communisme scienti 2 fique » , les hackerspaces proposent à leurs membres un lieu
vertus du travail manuel. Si lon accorde volontiers à lauteur le fait que laffrontement avec la matière nest jamais le produit dun geste dénué dintelligence et quà linverse certaines formes de travail intellectuel sont en fait peu enrichissantes, on voit mal en revanche pourquoi, en soi, le travail manuel serait nécessairement plus captivant que celui queffec tuent nombre de travailleurs du savoir, ou encore pourquoi « lorsque lactivité nest gouvernée par aucune tâche concrètepar un bien autonome visible aux yeux de tous, les rapports sociaux dans lentre prise sont dépourvus de base solide » (ibid., p. 180). De nombreuses études empiriques infligent un démenti à pareilles assertions. 1. Voir le glossaire en fin de volume. 2. Pascal Jollivet, « LÉthique hacker et lEsprit de lère de linforma tion de Pekka Himanen »,Multitudes. Revue politique, artistique, philo o sophique; disponible sur Multitudes.net.8, marsavril 2002 , n
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