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L'aide sociale à l'enfance

De
214 pages
Traiter le vaste domaine de l'Aide sociale à l'enfance, c'est naturellement questionner une longue aventure humaine qui, au travers d'histoires et d'époques diverses, a inscrit dans le coeur des consciences collectives comme dans l'encre des textes légaux les fondements de ce qui se nomme aujourd'hui la protection de l'enfance. A partir des quels modèles et sous quelles conditions pouvons-nous imaginer l'avenir ? Voici des informations essentielles facilitant la connaissance, la compréhension et le questionnement.
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l’aide

à

sociae

’enfance

Collection
« Enfance, ducation et socit »

Cette coectionregroupe desétudesetessaisconcernant
’enfance au traversd’approchesmutipes.
Etudes universitairesetessaisissusdumonde de ’éducation
oudu secteurdu travaisocia, ces travauxonten commun
a mêmepréoccupation : apporter un écairage diversifié
sur un domaine essentie de ’universdes scienceshumaines.

a liste des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr

Gérard lefebvre

l’aidesociae

à ’enfance

Du compassi

onnel au

professi

l’Harmattan

onnel

Du même auteur

Reconstruction identitaire et insertion
l’Harmattan, co.« Technoogiesde  actionsociae »,1988

Récit d’adoption – du désert à la source,
l’Harmattan, co.« Histoiresdevie etformation »,2008

Quelques considérations sur l’attente,
l’Harmattan, co.« Questionscontemporaines»,2010

© l’Harmattan,2012
5-7,rue de ’Écoe-Poytechnique; 75005 Paris

http://www.ibrairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96681-9
EAN : 9782296966819

•Introduction

Tevaste domaine de ’Aidesociae à ’enfance, c’estnatu-
reement questionner une ongue aventure humainequi, au tra-
versd’histoiresetd’époquesdiverses, a inscritdanse cœurdes
consciencescoectivescomme dans’encre des texteségauxesfon-
dementsde cequi aujourd’huise nomme : Protection de ’enfance.
Maisdanscevaste champ subsistentesgrandeursetesaspérités
de notresociété; unpeucommeunœitoujoursouvert surdes
souffrancesjamais vraiment refermées,surdesmaentendus persis-
tants,surdesdoutes réciproqueset surdesévoutions paradoxae-
mentconséquenteset pourtant toujours peu signifiantes.l’ensembe
étant portépar un crédit toujoursenrecherche dereconnaissance,
soumisauxaffres récurrentesdes stigmatesetde asanction, de a
compassion etdujugement.
Et sitoutcea demeuresi fragie et réactif, c’estbienparcequ’i
s’agitde nous, de notre Histoire coective, de noscroyances, de
notrerapportà a famie, de notre idée de  enfance etde nosem-

preintes tenacesissuesde nos propresexpériencesd’enfants, de nos
incertitudesd’adutesetdeparents.Toutcecisetraduisantenune
mutitude dequestions permanentes qui nourrissentcetart subti
etdéicatde ’être etdudevenir parent, eta condition et’avenir
incertain de ’enfant.
Etreparentexige-t-i de fonder une famie oude composer, négo-
cierouaccepter pusieursentités structurant une forme originae et
diversifiée de a famie?la «parentaité » est-eeune affaire coec-
tive et partagée oubien est-ceune démarche étrange, fruitdune in-

trospectionquisanscessepose et repose d’anciennes questionsavec
pourécho ancinant’évidence d’une compexité impressionnante
qui n’en finitjamaisde nous.Etreparent, être enfant peut-i enfin
se concevoircommeunrisque immense noyé dans’inconscience
d’une aventurequerien neprépare;c’est pourquoipeut-être,sisou-
vent, esaides setransformenten eçonsetesconseisen jugements.
7

Maisc’estaussipeut-être araisonpouraquee esmétiers
d’« accompagnants»peinentàs’affranchirde modesanciens pour
seréfugierdansdesespacesincertainsetflousinscritsen équiibre
précaire entre apensée et’action, entre asécurité eterisque.
lorsque ’immensité de ce magmase dessine et se conjugue dans
esméandresentrecroisésde ’Histoire etdesbabutiementsde nais-
sances professionnees successives qui ont progressivementbâti e
contourde ’Aidesociae à ’enfance, nousapprochonsdiscrtement
de nosfondementsavec ’asnce impérieusequ’i faudraiten
sura
changer pourenfin évouer, maisaussi avec e doute incessant que
ce nesoitjamaisni ’heure ni etemps.
Traiterevaste domaine de ’Aidesociae à ’enfancerécame
’énoncé de certains partis pris, de certains préaabesetde certains
rappescontextues qui accompagnentetencadrentdes question-
nementsdurabesconcretsetdeshypothsesinnovantes risquées.
l’ASE n’est pas unesimpequestion depauvreté, de matraitance
etdesouffrance, c’estbienpusencore etc’est peut-êtrepus que
tout ;c’est unequestion d’attentionsetderéciprocitéshumaines
qui osenten construisantet quiréussissenten agissant.Ce n’est
pasnonpus uneseuequestion d’argent, de budgetetde dépenses,
c’estaussi a décinaison de nos responsabiitésindividuees, co-
ectiveset poitiquesde choisiretde décider,pournepas seue-
ment répondre ouéviter unequestion,un besoin ou une attente,
mais pour sesurprendre à construire etàprogresser,simpement
parceque c est peut-être aseue chanceque nousayonsd’avancer

ensemberéeement.
l’ASE enfin, ce n’est pasjusteunequestion de chiffres, destatis-
tiquesetde comparaisons,tantnousesavonsa cause desenfants
demeure juste etnécessairesans qu’isoit utiequ’eese imite
simpementau refletd’un nombre, à a froideurd’ourbe, à
une c
’expression brute d’une croissance oud’un histogramme.Tout
comme ce n’est pas seuement unequestion de « droits»tant, nous
esavonségaement, avictoire encourageantepermettant’écriture
de conventionsetdeprotocoesencadre et prépare ’action, a justi-
fie maisne arempace jamais.
Nousesavons tous, i fautcomprendre epassépourinventer
e futuretmêmesi cette évidencepeut paraîtresurfaite, ee doit

nousinciterà aprudencetantnoseffetset voontésde change-
ment,ycomprisceux reevantd’unetotaerupture d’avec epassé,
sontd’autant pusdéicatsà définir qu’isinterrogente creuset qui
nousfonde enunesociété de droitsetderesponsabiités qu’i nous
appartientde fairevivre etdesauvegarder.
Travaierau sein des servicesdeprotection de ’enfance, ce n’est
pas seuement travaieravec esautres, maisc’est pus subtiement,
pusdifficiement peut-être,travaieravecsoi-même, dansesience
deredoutabes soitudeset sousesfracasinjurieuxderévoteset
de jugements.C’estégaement travaierav aec dutres profession-

nes,partagésentre de magnifiquescoaborationsetde discrtes
concurrences.C’estaussisouvent,presque machinaement,setrou-
verface à cet« autre » désigné,tantôt parent,tantôtenfant,qui
nous préoccupe, nousattend, nous redoute, nousinquite, etavec
qui nousdevonsconstruireune aide,proposer unsoutien, oser un
projet ; prisonniers que nous sommes, danse miroirdéformé de
nosappartenances.
Cetouvrage nourrit uneseue ambition, cee de comprendre cer-
tainsmécanismeset phénomnes qui nousincitentauchangement
touten maintenantcurieusement son otdestabiitésétranges.Est-
ceune destinée incontournabe ou unepeurcoective de changer ?
Est-ce ’affluxde cheminscroisés qui inassabement renouentet re-
produisentceque nouscroyonsavoir patiemmentdénoué, ouest-ce
epoidsdémesuré d’une Histoireteementanciennequis’i ose
mp
sanscesse etnousconduità nepasdépasseresfrontiresinvisibes
des segmentationsetdesdifférences utiiséescomme ajustements
éphémresde nosévoutions sociétaes ?
Enfin, ce ivre interroge àsa manire e flotderéponses sanscesse
adaptéesau rée etdont’usage nouséoignesymétriquementde
cerée, au pointde nepusavoir vraimentdeprisesur’évoution,
sureschangements,suresmutations,voiresuresévidences.Au
pointmême de composererée àpartirde ceque nous percevons
danses prismesaéatoiresetflousde ’approximatif etde ’ambi-
gu.Dans quesjeux sommes-nous tousenfermés ?Dans quees
issues,sous quesmodeset sous queesconditions,pouvons-nous
espérerécrire notre avenir ?Comment un jour, enfin, dissipere
maentenduhistorique eta controversepermanente entre ’aide et

asanction, a oi, ’institution ete droit (e faut-i etesouhaitons-
nous ?)au traversd’un acte coectif nousaffranchissantdéfiniti-
vementde nos tracesetde nosempreintesmiénaires pournous
permettre d’inventernotre21esice?
Famies, enfants, éducation imparfaite etdangersatents…
Enfants, famies, contrôeset surveiancesdiscrtesetavouées...
Pouvons-nousimaginerde nouvees voiesmoinsconvention-
nees,pus soupes, composéesderendez-vousambitieuxetde
rges réécrites, afin d’éaborerensembeune certaine idée de a
protection de ’enfance?



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remièreParl’





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o

•Chapitre 1

Enfants et familles :
quels destins, quelles considérations ?
(de l’Antiquité jusqu’au 16esiècle)

Eetfamies, entitéshumainesembarquéesdans un même
destin,œuvresétranges, fruitsde créationsinscritesdans un conti-
nuum de décisions, de choix, de croyancesetde ois qui organisent
depuisa nuitdes tempsesespacesde chacun.
Commentet surtoutdepuis quands’estconstituée cettestruc-
ture famiiae?
l’anthropoogue Caude lévi-Straussdéfinitastructure de a
famie commel’expression d’un compromis entre la culture et l exi-

gence biologique de la reproduction.
l’étude des termesdeparentéutiisésdanses pusanciens textes
connus permetdesupposer qu’à a fin de apréhistoire, danse
monde indo-européen, existait unesociétépatriarcae.
En Grce, e motoikosdésignaità a foisa ceue famiiae et
epatrimoine.I n’existait quepeud’intimité entre esépoux.la
femme nese mariait pas, ee étaitmariéepar sonpre ou sontu-
teur.Pour’aiderà bienrempir sesfonctionsd’épouse etde mre,
unevéritabe initiation ui était réservée.Cette initiation existaiten
Inde, danses temps védiques1, oùa femme était prêtresse à ’aute
domestique.En Egypte, eeremonte auxmystresd’Isis.Orphée
’organisa en Grce.Jusqu’à ’extinction du paganisme, nousa
voyonsfleurirdansesmystresdionysiaques, ainsique danses
tempesde Junon, de Diane, de Minerve etde Cérs.Ee consistait
en des rites symboiques, en descérémoniesetdesfêtesnocturnes,
puisenun enseignement spécia assurépardes prêtressesâgéesou

1.Védisme : formeprimitive de areigion brahmanique.



pare grandprêtre, et qui avait traitauxchosesde avie conjugae.
On enseignaitainsi ascience de avie conjugae et’artde a ma-
ternité.Cetenseignement s’étendaitbien au-deà de a naissance.
Jusqu’àseptans, esenfants restaientdanse gynécée1, oùe mari ne
pénétrait pas,sousa direction excusive de a mre.Durant’Anti-
quité, on comparait’enfantàunepante déicate,qui avaitbesoin,
pournepas s’atrophier, de a chaude atmosphre maternee.C’est
parcequ’ee accompissaitceshautesfonctions, considéréesà cette
époque comme divines,que a femme était vraimentaprêtresse de
a famie, a gardienne dufeu sacré de avie, a Vesta dufoyer
A Rome, e ien de fiiation entre epre ete fisétaitavant tout
voontaire.leprepouvaitabandonner son enfant ;a fiiationpar
adoption étaitaussi natureequepara naissance.lepre gardait
sur sesenfants,quequesoiteurâge, droitdevie etde mort.I était
difficie àun coupe devoir pusdetroisenfants parvenirà ’âge
adute, maisesnotabescontractaienten moyennetrois unions,
suite au veuvage ouaudivorce.le mariageromain,pas pus que
e mariage grec, n’étaitfondésur’amour.I avait pourfonction de
perpétuerarace descitoyens romains.
Etaucoursde cesdeuxciviisations,queepace et quesort
étaient réservésà ’enfant ?
Depuisongtemps, certainsenfants sontconsidérés (parfoisds
eurnaissance)comme devant subir unsort particuier, enraison
de eur sexe, de eurfiiation, de eurcomportement, d’une mafor-
mationqueconque, etc.On observe à eurégard esattitudeses
puscontradictoires: ’arriéréparexempe, apparaît tantôtcomme
e dépositaire duma,tantôtcomme e détenteurdepouvoirshors
ducommun;ipeutêtre ’objetde mesuresextrêmes: certaines
cuturesevénrent, d’autrese fontdisparaître…
leshistoriensde ’fance abandonnée(B.B.Remace, Ernest
en
Semichon, H.-I.Marrou)ontmisen évidence a dureté dumode
grec et romainpour« cesenfants-à ».A Sparte, d’aprsPutarque,
«quandun enfantui naissait, epre n’était pasmaître de ’éever:
i eportaitdans un ieuappeé lesch où siégeaientes pusanciens
de atribu.Isexaminaiente nouveau-né.S’i étaitmavenuet

1.lieu, appartement réservé auxfemmes.



difforme, isaaiente déposerenun ieuappeé esApothtes,
qui était unprécipice duTaygte.Isjugeaienten effet qu’ivaait
mieux pourui et pour’Etatnepase aisser vivre, dumoment
qu’i étaitma doué ds sa naissancepourasanté et poura force.»
A bes,si a oi défendaite meurtre ou’exposition de ’enfant,
ee autorisait savente eti devenaitaorsescave.l’enfantexposé
ouabandonné est unpersonnageque ’onrencontre fréquemment
dansa ittérature(parexempe DaphnisetChoé)eta mythoogie
(Œdipe, Pâris, Priape).
Pouresenfants quiseraient venusavecqueque difformité, Pa-
tonproposeunesoutionqui n’est pas sansévoquercertainsaspects
de « ’enfermement» : cesenfants serontcachéscomme i convient
dans un endroit secretetdérobé aux regards (cetype deréponse
est resté ancré dansnosmodesde faire jusqu’iya bienpeude
temps ;en effeti est utie derappeerapropension de notresociété
à créerdesieux« fermés» et« discretsau regard desautres»pour
accueiircesenfantsdifférents,stigmatisés sociaementou porteurs
de handicaps).
Aristote est quantà uitrsdéterminé : « a oi devra défendre
d’éeveraucun enfant qui apporteraiten naissant queque difformi-
té ouimperfection corporee »(déjà cerefusoucette impossibiité
d accepteretde géreresdifférences).

Précisant une onguetradition, a oi desdouzetabes (450av.
Jésus-Christ), à Rome,veut que : « epretue immédiatement’en-
fant qui estdifforme »;obigationquis’inscritdanse cadre du
pouvoiriimité du presur son enfant, etdu peude cas que ’on
faitde avie de ’enfant.
Rappeonsici a définition ete contexte dupater familias1: i
était’homme depushaut rang dans une maisonnéeromaine et
détenaitapuissancepaterneesur sa femme,sesenfantset ses
escaves.Cepouvoirdétenu parepre de a famies’appeaitpa-
tria potestas, c’est-à-dire : epouvoir paterne.la oi ui accordait
epouvoirdevie etde mort sur son entourage.Sousarépubique
romaine,siun enfantn’était pasdésiré, epater familiasavaite
pouvoird’ordonner qu’isoitmisà mort ; s’i e déposait par terre

1.Pre de a famie en atin.



’enfantétaitcondamné, enrevanches’i eprenaitdans sesbras,
c’est qu’i ereconnaissaitet acceptait.Nous retrouvonsici asym-

boique consistantà « éever»un enfant ;nousaretrouvonsau
sens propre(prendre ’enfant qui est par terre et éever physique-

ment)etau sensfiguré(éever un enfanten uipermettantdese
hisserau rang desêtres reconnus).Cette conception de apuissance
paterneetraversera esépoquesetes régimes, eeserasoumise
auxinfluencesde areigion, auxévoutionsdes régimes poitiques,
auxinfluences sociaes, auxguerres.Cette conception bien ébranée
paresois révoutionnairesfut réinstaurée àsapeine mesurepare
Code civi napoéonienquirenditaupater familiasson entire auto-
rité C’est seuementen1970 que cettepuissancepaternee égae
fut rempacéeparl’autorité parentale.
Ce bref détourhistorique nous permetaisémentde comprendre
pourquoitantde famiesaujourd’hui encores’inquitentdumain-
tien de apermanence de eursdroits vis-à-visde eursenfantsds
ors qu’un accompagnementdanse cadre de ’ASE estmisen
œuvre.C estégaementcette « empreinte » forte etdéterminante

de ’évoution des responsabiitésfamiiaes quipsetoujoursau
cœurde cette notion diffuse etambiguë consistantàrappeer
que es parents sontmaîtresde eursenfantsetdécident seusdes
modesd’éducationqu’iseur transmettent (infligent).liberté et
autonomiequ’is partagentavec ’Etat qui conserveson exigence
(hégémonie?)ancestraevisantà instruire, éduquer, contrôer seon
une formue de coéducationsanscesserevisitée et pourtant per-
manente.Enfin, a disparitionrécente de cepater familiasatteste
de a difficuté etde a compexité à conquérir unepace deparents
dans unsystme famiia en constante évoutionqui maintient tou-
jourscette déicaterépartition des rôesetdesfonctionsentrepre
etmre, homme etfemme.

Les coles monastiques au 6esiècle
l’affaibissementde ’Empireromain etdesonsystme
d’enseignemententraîneuneperte de créditde ’éducationqu’i
déivre, en mêmetemps que esinvasionsdéstructurentetfont



disparaître eréseaud’écoes que esmunicipaitésontcréé.
S’appuyant surdiverses traditions spirituees, esmaîtreschrétiens
fondentes premiresécoesmonastiques,presbytéraesetépiscopa-
es.Cesécoes vont progressivementdessinereprofi d’e édu
un ca-
tionque ’ontrouvera durantesdix sicesduMoyen-Age
Sous’influence desaintBenoît (480– 543)oud’autres per-
sonnaitéscomme e moine irandaisCoomban(543–615)etde
eursdiscipes, ’éducation monastique introduite en Gauesembe
prendrepourmode cequi estdéjàréaisé dansesmonastres
d’Orient.C’estaors quevontêtre construitsde nombreuxmonas-
tresdontes pusconnus serontentre autresceuxdesîesde lérins,
de Marseie, d’Ares, d’Uzs.Tousgénéraementaccueierontdes
enfantsdonton estimequ’is pourrontentrerdansesordres.la
popuation desécoesmonastiquesn’est pasconnue avec grande
précision, maisPierre Richérapportequeseonun chroniqueur
furentinstituées«des écoles où étaient dispensés gratuitement les bien-
faits de l’ instruction à tous ceux qui venaient au monastère soumis à
son autorité ; nul n en était écarté. Tant s’en faut, serfs ou libres, riches

ou pauvres bénéficiaient sans distinction de cette marque de charité.
Plusieurs même, en raison de leur indigence, recevaient leur nourriture
des monastères. »
Outre cesécoesmonastiquesnaissentesécoes presbytéraes
que ’onpeutconsidérercomme nos premiresécoes ruraes.Pierre
Richésouigneque cesécoesexercent unrôeque nousdirions
«préprofessionnaisant», enseignantauxévescequ’i faut savoir
pourêtre « ecteur» orsdesofficesiturgiqueset pour poursuivre
a mission d’évangéisationrurae.A cepropos,si cette «prépro-
fessionnaisation » demeureun but principa, iserapeuàpeuais-
sé auxenfantsapossibiité de nepasdevenirmembre ducorps
eccésiastique, cequi,poure même auteur,seraita marque du
débutd’un enseignement quise généraiseraiten ne mettant pas
uniquement’accent sur’aspect professionne.Toutd’abordréser-
véesauxfuturscercs, cesécoes vontfinirégaement par s’ouvrirà
desaïcschez quise fait sentir un besoin d’instruction éémentaire.
Ees s’ouvrirontdepusenpuset préfigurerontesfutures«petites
écoes» de ’Ancien Régime.Nous trouvonsdanscesécoes une
sévérité marquée, exceptésansdoutepouresenfants pusjeunes.

7

C’est que, dansareprésentation chrétienne,panesur’enfant
’bre du péché origine.
om
lasévérité des parentsn’en est pasmoindre.Danseurs sermons,
eshommesd’Egise ne manquent pasderappeereurdevoird’édu-
cation aux parents, etd’une façonpriviégiée au prequi doit se faire
unerge d’éever sesenfantsavectoute arigueuretasévérité indis-
pensabes, afin de nepasen faire des pécheurs risquantd’êtreprivés
àterme du royaume céeste.Cetterigueur vasouvent passer par une
surveiance étroite de ’enfant que ’onva contraindre à abandonner
ses penchantsdangereux.Pusgénéraement, nous sommesface àune
sociétéqui ne ménage gure ’enfance,qui ne manifestequepeud’in-
dugence etd’attendrissementàson égard.Onpeutici faire e ien
avec es travauxde Miche Foucaut traitantdes« micro-pouvoirs»,
etde avoonté de «savoir»,qui a deseffets sure corps ;’investisse-
ment poitique ducorps qui, écrit-i, nous pétritd’obigationscorpo-
rees qui nousincitentà nousconformerà a norme et«produitdes
corpsdocies»(cf. troisimepartie de ’ouvrage, chapitre2).
l’enfance est souvent un monde detragédies,se débarrasserd’un
enfantétantfréquemment unesoution desurviepourdesfamies
du peupe assumantdifficiementeur subsistance.Quand esavor-
tementsn’ont puêtre effectués, abandonsouinfanticides sontfré-
quents, àtepoint que desois,tant reigieuses que civies, doivent
souvent réaffirmereurinterdiction.la condition d’enfantn’est
donc gure enviabe.Pouréchapperà a misre de cetétat, e mo-
nastre et son écoe monastiqueproposentnourriture,vêtements ;
mieux, is proposentavoie du saut pour enfantet ses parents.On

ne connaît pasavecprécision e nombre d’enfants setrouvantdans
esmonastres, maisceux quiyentraiente faisaient trsjeunes,
aprsavoirété offertsà Dieu pareurs parentsà asuite de divers
évnementsfamiiauxou personnes.lesenfantsdesmonastres
sontdetousesâges, mêmes’i est souvent prescritde esaccueiir
entresixetonze ans.l’enfantainsi destinétrs tôtà ’éducation
puisà avie monastiquesne connaîtrapasd’autresinfluencesinte-
ectuees que cee de a chrétienté.
Concr ement,’oine appeé(formarius, senioroude-
tc est un m
canus)qui assure ’éducation de chaque enfanten ’instruisantde
argerégissante monastre.Cetterge, d’une façon générae,



définitesmodesdevie communequi doiventêtresuivis poura
bonne marche,pour’observation de aprire etde aviereigieuse,
poures travauxmanueségaement.Sous’autorité de ’abbé, edé-
canusétaitchargé de ’éducation de dixenfantsmoines,son activité
s’assimiantdavantage à cee d’un maître d’internat putôt qu’à cee
d’unvéritabeprofesseur.C’est sansdoute ici ’origine d’un ongpro-
cessusconduisantà ’institutionnaisationpour protéger’enfantet
assurer son éducation.l’impactdu reigieuxestconsidérabe et sera
déterminant pour pusieurs sices.Nous pouvonsmêmey voir un
desmécanismesd’ancrage des systmesdeprotection de ’enfance
proposant une institution d’accueipour paieres vioences, aban-
donsetautresmatraitancesdont’enfant peutêtre avictime.

Du 5eau 12esiècle, un bien curieux usage : la vente des enfants

lapremiretrace historiqd’une création d’hospicesd’enfants
ue
trouvés remonte en634 à Angers, où’onrapportequesaintMa-
beufyavaitfondéun hospice desenfants trouvés.Or, is’avreque
cepréatn’avait pascréé cetype d’étabissementmais qu’i avait
maintenuen étatesétabissementsdesonprédécesseur,saintlé-
zin.Is’agissaitdemaisons de repospoures voyageurs (xenodochia)
etd’asiles pour les mendiants(bioptochia).Cependant, e contexte de
’époque aurait sansdoutepujustifier unetee initiative.
« En ces temps-à,rapportenteshistoriensetesactesdesconcies,
a misre était si grandeque es pauvresgensfaisaient trafic de eurs
enfants, dansesîesbritanniques, en Aemagne etdans toute Nord,
e désordre était poussé encorepusoin.C’était un commercepar-
faitementétabi chezesgensdequaité commeparmi es pauvres:
isaaienteux-mêmesexposerenventeseursenfants surescôtesde
France etd’Itaie, esmenantaumarché comme desbestiaux.Dans
un contexte fortement reigieux, a charité chrétienneva au-devant
de ce fléau, de nombreux personnages sevouaientà miepéris pour
arracherd’innocentes victimesdesmainsde cesbarbares.»1

1.Extraitduivre : Deshospicesd’enfants trouvésen Europe, et principaement
en France,pubié en1838parBernard-BenoîtRemace.

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Muratori apubié ’acte de fondation d’un hospice d’enfants
trouvésà Mian, au8esice.I estfort probabeque d’autreséta-
bissementsde cetype aientété créésen Itaie à cette époque.
Siunesorte deprééminencesembese déterminer pour’Itaie
surces questionsde mœursetde oisouvrant versdavantage d’at-
tention enverses pus pauvresetesdémunis, i apparaîtcependant
au regard de ’Histoireque a Frances’estmontréeparticuirement
ambitieusesurcettequestion dse12esice.
Avantd entrer pusavantdanse12esice, arrêtons-nous un

instant sur un ieuet une écoe : ’écoe de ’abbaye normande de
Notre-Dame-du-Bec, fondée en1045 et quivas’imposercomme
’un des pusgrandscentresinteectuesduMoyen-Age, cébre
pour sesméthodes pédagogiques révoutionnaireset son esprit
d’ouverture.A ’échee de a Normandie maisaussi de a France
toutentire, c’était un centre incontournabe de formation des
éites.I n’était pas ra’ rse ’Europepour venir yétudier.
requontrave
l’écoe duBec formaitaorsaussi bien desacteursdumonarchisme
normandque des réformateursde ’Egise d’Angeterre.On compte
parmisesévese futur pape Aexandre II, Guiaume Bonne-
Ame, archevêque de Rouen, ’iustre Yvesde Chartrequi joueraun
rôe majeurdanse conflit qui opposera apapauté auSaintEmpire
romain germanique,unepéiade d’évêquesetd’abbésouencore
des théoogienscomme Anseme de laon etGuimond d’Aversa.
De futursmoines, maisaussi desfisd’aristocrates, destinésàune
carrire eccésiastique.
le Bec doit sonsuccsàuntripeparrainage, ceui d’Heruin,
de lanfranc etd’Anseme,troiseccésiastiques quisurent, chacun
à eur tour, apportereur pierre à ’édifice.« Onse ivraità ’ensei-
gnementéémentaire des septartsibéraux– grammaire,rhétorique
etdiaectique formaientetrivium;musique ouchantd’égise,
arithmétique, géométrie, astronomie formaientequadrivium– en
faveurdesenfantsoudesjeunesgensenvoyésà ’abbayepour y
recevoir une éducation convenabe », assure eDictionnaire histo-
rique de toutes les communes du département de l’Eure1.A cesensei-
gnements s’ajoutaienta chairespéciae dethéoogie, cee consacrée

1.M.Charpion, éd.Decroix,1868.



à ’Ecrituresainte, ainsique cee de droitcanonique etcivi.Mais
auBec, on découvraitaussi Aristote, on apprenaità ire Patonpar
’intermédiaire de Cicéron etdesaintAugustin,puis pus tard de
saintBernard, e fondateurde ’ordre cistercien.
Anseme,un des troisfondateursde ’écoe, charismatiquepro-
fesseur, aissera esouvenird’unpédagoguerespectueuxde ’étu-
diant,soucieuxde nepase contraindrepardesméthodesbru-
taes… Anseme inaugure ainsiune manire moinsautoritaire et
punitivd’nseigneret sepaîtà en confieres secretsauxabbés qui
e e
ui demandentconsei.Ainsi cette ettre édifiante citéeparPierre
Riché dans un artice intitué « laviescoaire etapédagogie au
Bec au tempsde lanfranc etdesaintAnseme » :« Dis-moi, Sei-
gneur l’Abbé, si tu plantes un arbre dans ton jardin et si, par suite, tu
l’enfermes de telle sorte que ses rameaux seront recourbés et enchevêtrés,
à qui la faute, sinon à toi qui l’as contraint avec excès ? »Vousfaitesde
même avecvosenfants, écritAnseme.Etd’expiquer:« Les parents
qui les ont offerts au monastère les ont plantés dans le champ de l’Eglise
pour qu’ ils croissent et fructifient en Dieu et vous les contraignez par
la terreur, les menaces et les coups de fouet. »En digne héritierde
saintBenoît,qui avaitétabiune écoe « au service de Dieu» dans
aqueerien neserait tropdurnitrop pénibe, Ansemeprône donc
auBecune attitude douce etmodérée.
Une Sorbonne, deux sicesavant’heure?Certesnon, maise
Becsera, avec Chartres, ’un desfoyersgénérateursde ’université
médiévae, notammentcee de Paris.Pourtant, comme erappee
e médiéviste Pierre Riché : « avie inteectuee connaît partout
à cette époqueuneprofonde mutation.Nousassistonsà a fin des
écoesmonastiquesdetype caroingien ».lesgrandsmonastres,
qui jusqu’aorsavaientdispensé a cuture et s’étaient vouésà ’édu-
cation desenfantsetdesadoescents,se consacrentdorénavant sur-
toutà aviereigieuse.
leprestige de ’écoepasse.CertesAnsemesera canonisé au 15e
sice.Considéré comme ’un des pusgrandsmystiquesduMoyen-
Age, eprofesseurduBecsera nommé Pre de ’Egise en1720.
Maise Bec-Heouin n’est pusaors qu’une abbaye en déshérence.
l’essorde ’université, fie de ’urbanisation,puise déveoppement
des prébendesetdeschargesontcausésaperte.

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