L'altérité comme pratique culturelle

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La fréquentation de l'Institut du Monde Arabe (l'IMA), comme des différents centres étrangers à Paris, est une activité culturelle spécifique puisqu'elle confronte à une autre culture. Qui sont ces visiteurs ? Qu'est-ce qui caractérise leur fréquentation ? Quelles sont leurs caractéristiques sociodémographiques ? Quelles sont leurs motivations ? Ce livre cherche à montrer, à partir du sens donné par les visiteurs à leur pratique, que la visite à l'IMA est une sortie réfléchie, une demande de connaissance, une manière de "traiter l'altérité".
Publié le : mardi 15 mars 2016
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EAN13 : 9782140004186
Nombre de pages : 322
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Najia DOUTABAACHARIF
L’altérité comme pratique culturelle
Le cas des visiteurs de l’Institut du Monde Arabe
L O G I Q U E S S O C I A L E S
L’altérité comme pratique culturelle
Logiques sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions Nicole ROELENS, Manifeste pour la décolonisation de l’humanité femelle, Comment se fabrique l’hégémonie de l’humanité mâle ? (Tome 5), 2016 Gérard REGNAULT,Les jeunes et le monde du travail. Emploi et vie en entreprise, 2016. Fiorenza GAMBA,Mémoire et immortalité au numérique, l’enjeu de nouveaux rituels de commémoration, 2016 Anthony GLINOER,Le littéraire et le social, Bibliographie générale (1904-2014), 2015. Antoine DELCROIX, Jean-Yves CARIOU, Hervé FERRIERE, Béatrice JEANNOT-FOURCAUD (dir.),Apprentissages, éducation, socialisation et contextualisation didactique : approches plurielles, 2015. Claude GIRAUD,? Sociologie d’uneQu’est-ce que transmettre pratique, 2015. Martine SAS-BARONDEAU,La face cachée de la parentalité. Une approche sociologique de l’accompagnement de la fonction parentale, 2015. Emmanuel GARRIGUES,L’adolescence, sa culture et ses valeurs après Mai 68,2015. Gérard LAMBERT,Le mitard. Une approche sociologique de la discipline pénitentiaire, 2015. Sandrine GAYMARD et Teodor TIPLICA (dir.),Sécurité, éducation et mobilités, Maîtrise des risques et prévention 2, 2015. Sandrine GAYMARD et Teodor TIPLICA (dir.),Sécurité des déplacements, protection des usagers et de l’environnement, Maîtrise des risques et prévention 1 – Travel safety, user and environment protection. Risk control and prevention, 2015. Isabelle PAPIEAU,Les années 80, Miroirs de l’époque « Art déco », 2015. Yannick BRUN-PICARD,Agent territorial spécialisé des écoles maternelles (ATSEM). Personnification d’une interface éducative, 2015.
Najia DOUTABAA-CHARIF L’altérité comme pratique culturelleLe cas des visiteurs de l’Institut du Monde Arabe
© L'HARMATTAN, 2016 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06283-9 EAN : 9782343062839
« Ces chemins pluriels que la culture emprunte pour échapper à ces maîtres, rêver de bonheur, affronter la violence, habiter les formes sociales du savoir, donner forme neuve au savoir, et produire des voyages de l’esprit sans lesquels il n’est point de liberté. »Michel de Certeau, la culture au pluriel
INTRODUCTION
 La visite à l’Institut du Monde Arabe est une pratique culturelle, c’est-à-dire une activité culturelle avec une implication sociale. Les travaux de Pierre Bourdieu, comme de multiples enquêtes et travaux, ont montré que les déterminismes sociaux conditionnent la fréquentation du musée, du Théâtre ou du cinéma. D’autres catégories, comme l’âge et le sexe, peuvent aussi intervenir dans la consommation culturelle.  Plus récemment d’autres recherches ont renouvelé ces résultats en mettant en évidence le multi déterminisme de l’individu suite à ses multiples expériences sociales. Mais là aussi, l’âge et la position socioprofessionnelle, par exemple, restent déterminants.  Cependant la fréquentation de l’Institut du Monde Arabe, comme les différents centres culturels étrangers à Paris (la Maison du Japon, la Maison de l’Amérique Latine, les centres culturels de différents pays, etc.), est une activité culturelle spécifique puisqu’elle confronte à une autre culture, bien que la nature des activités proposées reste la même (musique, théâtre, cinéma, exposition, etc.) Qui sont donc ces visiteurs (âge, sexe, profession, connaissance de la langue arabe, d’un ou de plusieurs pays arabes) ? Qu’est-ce qui caractérise leur fréquentation de l’Institut ? Quelles sont leurs caractéristiques sociodémographiques ? S’agit-il d’un « public type » comme pour les autres pratiques culturelles en France ? Ou peut-on relever des spécificités des visiteurs de l’IMA ? Devant la variété des manifestations proposées par l’IMA, quels sont leurs choix ? Leurs centres d’intérêt ? Quelles sont les motivations de leur visite ? Leurs opinions ? Et leurs représentations ?  Tenter de répondre à ces questions, c’est-à-dire connaître et 1 identifier les publics ou les visiteurs de l’Institut du Monde Arabe (l’IMA) est un des objectifs de cette enquête. Cependant ce livre cherche également à montrer, à partir du sens donné par les visiteurs à leur pratique, que la visite à l’IMA est une demande de connaissance (connaître l’autre et sa culture), une manière de « traiter l’altérité ». Plusieurs études de la sociologie de l’art et de la culture insistent, en effet, sur le fait que les conduites culturelles telles que la visite au musée, aux monuments historiques ou aux expositions sont « des régulations de l’individualisme », « une médiatisation vers la cohésion sociale », «une recherche de référentiel et d’identité sociale» ou
1 Nous reviendrons plus loin sur le choix du terme approprié. 7
1 encore «un rituel de lien socialCes différentes études considèrent. » la pratique culturelle comme une forme de sociabilité, c’est-à-dire «principe des relations entre les personnes» selon la définition sociologique de ce terme.  Notre propos rejoint ces différentes publications puisqu’il considère la visite à l’Institut du Monde Arabe comme une demande de connaissance du monde arabe et des immigrés qui vivent sur le sol français. Il s’inscrit donc dans le sillage des différentes études qui montrent de manière globale qu’une attitude ou une conduite culturelle est en lien avec une réalité sociale.  Deux orientations sont donc données à cette étude. D’un point de vue méthodologique rendre compte d’une pratique ou d’une conduite culturelle spécifique à travers une enquête compréhensive auprès des visiteurs ou des différents publics de l’IMA. D’un point de vue théorique montrer que l’art est une connaissance. Tenter de montrer que si l’étude des pratiques culturelles est centrée sur la différentiation et l’identité, elle est aussi au cœur de l’identification et de la connaissance. La réception de la culture est une opération de communication. La perception et éventuellement la jouissance esthétique sont des mécanismes sociaux de participation et d’identification. Cette hypothèse théorique sous-entend une autre qui considère l’art ou l’expression artistique comme un nouveau support du traitement de l’altérité. Disons, pour donner une première définition succincte et schématique, que par « traitement de l’altérité », nous entendons ce besoin que chaque individu ou groupe d’individus a de définir le « nous » par rapport à « eux » pour les maîtriser, s’en protéger ou tout simplement pour rendre le monde, dans lequel il vit, plus intelligible. Le « traitement de l'altérité » est un principe qui consiste, pour un groupe ou une société, à coordonner un certain nombre de représentations en rapport avec ses attentes et ses intérêts, avec ses idéologies (dans le sens le plus large du terme) sur un autre groupe ou une autre société pour s'autodésigner et désigner l'autre.  Depuis l’antiquité grecque, « l’autre » est défini et « traité » par des supports adaptés aux siècles et adaptés aux besoins de l’époque. Le récit de voyage, la philosophie ou l’ethnologie, par exemple, qu’ils poursuivent des desseins religieux, politiques ou aient des préoccupations scientifiques, ont tous attribué une altérité en rapport avec les besoins qui animaient les sociétés qui les ont engendrés. De fait, ces supports, en se servant des représentations et des idéologies, 1 Notons entre autre le livre de Yonnet Paul,Travail, loisir. Temps libre et lien social, Editions Gallimard, NRF, Paris, 1999. Mottaz Baran Arlette,Public et musées en Suisse, Représentation emblématique et rituel social, Peter Lang Editions Scientifiques Européennes, Berne, 2005. Viard Jean (sous la direction de).La France des temps libre et des vacances, Editions de l’aube datar, Coll. Bibliothèque des territoires, Paris, 2002.8
ont construit l’altérité plus qu’ils ne l’ont « rapportée ». Dans le contexte d’échange que nous vivons, l’altérité ne peut plus s’attribuer, mais se déployer et émaner d’un matériau engendré par les sociétés et les groupes eux-mêmes. Un matériau comme l’art, qui donne accès à une singularité, car il raconte, illustre et rapporte une possibilité parmi d’autres de voir et d’aborder le monde ; un espace où s’affirment les différences et où se fait la communication ; une production qui a une portée cognitive et non pas seulement émotionnelle.  Il est important non pas de définir, mais de préciser, dans un premier temps, ce que nous entendons par le mot « art » que nous utilisons au singulier. En effet ce mot semble actuellement subir un glissement de sens, que ce soit dans le langage commun ou même chez certains auteurs, pour ne désigner que la peinture ou tout au moins les arts plastiques. L'acception que nous donnons à ce mot est celle qu'il avait à l'origine, c'est-à-dire l'expression par toutes les œuvres créatrices de l'Homme ou tous les modes de cette expression : peinture, musique, architecture, théâtre, cinéma, littérature, etc. Ce qui a été appelé à un certain moment les Beaux-arts. C'est aussi en vue de cette précision que nous utiliserons comme synonyme l'expression « la production artistique » ou le mot « œuvre ». Le mot « art » englobe pour nous toutes les formes de la création artistique, non pas dans le sens de métier ou de savoir-faire, mais dans celui d’une activité sociale. Cependant, nous ne voulons pas pour autant nier les formes et la spécificité de chacun des « arts ». Ce qui intéresse notre travail, c'est 1 cette « force motrice », selon la formule de Marcuse , commune à 2 toutes les créations de l'esprit .  Pour finir de poser le cadre général de ce livre, disons que notre intérêt principal est de contribuer à comprendre et à montrer la place et le sens que peut avoir la culture dans notre monde contemporain.  Par ses deux objectifs, théorique et empirique, cet ouvrage - comme plusieurs publications récentes de la sociologie de l’art et de la 3 culture - cherche à dépasser les limites des deux types de recherches proposés dans ce domaine : une sociologie de la consommation culturelle qui fait du recueil des données principalement chiffrées son principal but, d’une part, et une sociologie de la réception et de l’expérience esthétique centrée sur les motivations, d’autre part. Notre étude ne s’intéresse donc pas uniquement à la consommation dans cette pratique ou cette conduite culturelle, ni seulement aux motivations « primaires » qui régulent toute conduite, mais aussi à ce que la pratique culturelle renferme et ce qui lui donne sa propre
1 MARCUSE Hubert,la Permanence de l’art, Gallimard, Coll. NRF, Paris, 1977.2  Cette totalité est celle sur laquelle Roger Bastide a construit son « esthétique sociologique ».3 Notons entre autres, les travaux de B. Péquignot, Pascale Ancel, Florent Godez, C. Levy, ou encore Y. Neyrat, etc. 9
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