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L'AMOUR EN ISLAM

De
198 pages
Sur la base de recherches menées sur les différentes formes de la mémoire, ce travail expose une psychanalyse de l'amoureux, en se posant les questions suivantes : est-ce que l'amoureux choisit de l'être ? Est-ce qu'il choisit l'objet de son amour ? En faisant une comparaison entre l'amour profane et sacré, l'auteur tente d'expliquer la psychologie individuelle et collective de l'intégrisme.
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@ L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-0985-0

Héchmi DHAOUI

L'amour en Islam
La mémoire et fe cerveau

Collection Psychanalyse et Civilisations dirigée par Jean Nadal

L'histoire de la découverte de la psychanalyse témoigne que démarche clinique et théorie issues de champs voisins ont concouru, par étayage réciproque à élaborer le concept d'inconscient, à éclairer les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les liens entre le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation. Dans cette perspective, la collection "Psychanalyse et Civilisations" tend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour maintenir en éveil la créativité que Freud y a trouvée pour étayer, repenser et élargir la théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter l'enfermement dans une attitude solipsiste, qui en voulant protéger un territoire et préserver une identité, coupe en réalité la recherche psychanalytique de ses racines les plus profondes. Dernières parutions
La structure de la pensée (livre II), CLAUDEBRODEUR La vie de l'esprit (livre III), CLAUDEBRODEUR Essai sur les phénomènes transgénérationnels, J.P. DUTROIT Le corps et l'écriture, CLAUDEJAMARTet VANNI DELLAGIUSTINA(eds). Travail culturel de la pulsion et rapport à l'altérité, H. BENDARMAN (sous la direction de), 2000. Autisme, Naissance, Séparations. Avec Thibaut sur le chemin. Chronique d'un parcours psychanalytique avec une enfant de quatre ans, B. ALGRANTI-FILDIER,2000. Critique littéraire occidentale, critique littéraire arabe, « textes croisés », MOHAMEDOULD BOULEIBA, 2000. Tentation paranoïaque et démocratie, Jean-Pierre BÉNARD, 2000. Bilan personnel et insertion professionnelle, Florian SALA, 2000. MALDAVSKY DAVID, Lignages abouliques, processus toxiques et traumatiques dans des structures intersubjectives, 2000. PORRET Jean-Michel, Temps psychiques et transferts, 2000. MOREAU DU BELLAING Louis, La fonction du libre-arbitre. Légitimation II,2000. GUYON Robert, Fragments d'une passion, 2001. DANJOU Marie-Noëlle, Raison et folie, 2001. OLINDO-WEBERSilvana, Suicides au singulier, 2001.

Héchmi DHAOUI

L'amour en Islam
La mémoire et fe cerveau

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique FRANCE 75005 Paris

-

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest - HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

-

Coauteur des ouvrages suivants

«L'individu archétypal au Maghreb», in L'individu au Maghreb, sous la direction de Hamadi Redissi, T. S. Editions, Tunis, Juillet 1993, pp.145-158. «Dieu, Lui, l'Unique», in Monéthéismes et Modernités, O.R.O.C. sous la direction de Mohamed Kerrou, Tunis, Editions O.R.O.C., Avril 1996, pp. 295-317. «Psicologia deI profondo, Psicologia cognitiva ; il Corano, La Bibbia, la scena primaria», in Radici Della Cura Laïca, sous la direction d'Antonio Vitolo, Roma, Borla Editions, 1997, pp.165-186. - Le Rêve Tunisien de Carl Gustav Jung, ouvrage collectif présenté et dirigé par l'auteur, Tunis, Afanine Editions, 1998.

Auteur de :

- Pour une Psychanalyse

Maghrébine,

L'Harmattan,

Paris 2000.

«La foi qui aurait une voie, nlest certainement

pas lafoi».

Le TAO. Et les soufis répliquent: «Il y a autant de foi que de fils dIAdam». Quant à C.G. Jung, il répond:
«Je n lai pas besoin de croire, je sais».

Prologue
Un fait. Il n'y a pas de clinicien qui ne tienne compte du fait religieux, dans sa pratique quotidienne de prise en charge psychothérapique. C'est même un élément fondamental dans la constitution de la personnalité maghrébine qui sera développée plus tard. Pourtant la question se repose à chaque fois qu'un psychothérapeute maghrébin est confronté à une situation très particulière qu'il n'arrive pas à élucider. En effet, on a tous remarqué que les alcooliques chroniques tunisiens répondant à la définition que l'OMS donne à cette pathologiel de l'alcoolisme chronique, réagissent différemment de leurs équivalents que nous avons suivi personnellement en France, voire différemment d'eux-mêmes, quand il s'agit d'une abstinence due au mois de Ramadan (mois du jeûne où le musulman ordinaire arrête systématiquement la consommation des boissons alcoolisées). On ne constate pas le tableau de déshydratation avec délire (Delirium tremens) qui devrait apparaître systématiquement et
1- O.M.S. Organisation Mondiale de la Santé, pour qui l'alcoolisme est la dépendance aux boissons alcoolisées.
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nécessiter une réanimation, mais bien au contraire, ils sont en bonne forme physique et psychologique et ne présentent même pas de signes de manque. C'est à partir de là que la question de l'impact du fait religieux se pose: l'information du fait religieux (interdiction musulmane, véhiculée par la stimulation qui serait l'ambiance culturelle et spirituelle. Cette stimulation correspond à la communication avec l'environnement culturel, amplifié par la conviction religieuse) va-t-elle pouvoir passer au premier plan et donc effacer cette information biologique du corps universel, dite mémoire biologique ou neurologique2, ou plutôt provoquer son oubli? Or, on sait que l'origine du mot homme en arabe (Al Insan) est l'oubli (Annisyan); selon Abou Mandour «L'homme était à l'origine Oubli»3. D'ailleurs, l'oubli est l'une des fonctions fondamentales de la mémoire, qui nous permet de continuer à vivre selon le principe de plaisir en psychanalyse, ce qui a poussé plusieurs équipes de chercheurs à choisir de travailler sur la mémoire comme objet des sciences cognitives. Ces sciences cognitives sont apparues vers les années cinquante consécutivement au recul du behaviorisme comme modèle d'explication du fonctionnement humain, mais surtout depuis la diffusion des ordinateurs et de l'informatique (l'intelligence artificielle). En fait, les sciences cognitives regroupent les disciplines qui s'intéressent à l'intelligence, la pensée et la mémoire, qui tirent profit des contributions de la linguistique, de la psychologie cognitive, de la formalisation mathématique et de la biologie. Il s'agit donc ds sciences qui sont à l'origine de l'explosion de la communication dont on parle actuellement et auxquelles nous reviendrons souvent.
2- Fridlnan W.H., Le Cerveau mobile, de l'imfnunité au systèfne ifnmunitaire, Collection Savoir/Sciences, Hermann, Editeurs des Sciences et des Arts, 1991, qui nous dit à la page 14 : «Le système immunitaire doit garder la mémoire de ses connaissances et de ses rencontres». 3- Abou Mandour, Lissan Al Arab, Dar El Jil et Dar Lissan Al Arab, Beyrouth, 1988, T.1, p. 112.
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Notre objectif est de réfléchir sur le rapport entre la mémoire et la communication interpersonnelle ainsi que la communication intrapersonnelle, que nous appellerons autocommunication, les deux sont très liées au stress, tout comme la mémoire telle qu'elle est définie par Jean-Pol Tassin4. Etudier l'autocommunication revient à analyser la gestion des émotions propres de l'individu, qui est la base de toute communication avec l'environnement. L'axe fondamental autour duquel s'articuleront toutes nos démonstrations, sera donc le stress qui, pour Robert Dantzer5, résulte des petits ennuis quotidiens. Le stress est effectivement la réaction physiologique de l'organisme, qui accompagne toute nouvelle situation. Il est donc plus ou moins important en fonction de nos mécanismes de défense, donc en fonction de la structure de notre personnalité, et est donc en rapport étroit avec la biographie de tout individu. En outre, notre intérêt s'est porté sur l'évolution du stress au cours de la phylogenèse, autrement dit au cours de l'évolution des espèces et surtout celle qui concerne en premier lieu notre approche de l'évolution de l'homme, dont la spécificité par rapport aux autres êtres vivants d'après lean-Pol Tassin «est la mémorisation du savoir»6. C'est peut-être pourquoi on parle maintenant de l'art de la mémoire qui remonte d'après Jacques le Goff7 au poète grec Simonide de Céos8 (v. 556-468 avant J.C.). Il s'est surtout basé dans son travail sur l'ontogenèse humaine correspondant à la formation et au développement des organes et du cerveau en particulier, en le comparant à celui des animaux.
4- Tassin J.P., «Biologie et inconscient», in Le Cerveau dans tous ses états, entretiens avec Sicard M., Presses du CNRS, Paris, 1991, p. 161. 5- Dantzer R., L'illusion psychosomatique, Points, Odile Jacob, Paris, 1989, p.28. 6- Tassin J.P., op. cit., p. 155. 7- Le Goff J., Histoire et mémoire, folio-histoire, Gallimard, 1988, p. 127. 8- Simonide de Céos est un poète lyrique grec, qui est à l'origine de l'expression (en premier lieu, en second lieu...) qu'utilisent les orateurs. Il est -11-

En fait, jusqu'au début du XIVe siècle, c'est dans le cœur que les anciens situaient la raison et les sentiments. Aussi ne s'intéresse-t-on au cerveau que depuis le xye siècle, depuis que Léonard de Yinci a osé observer à l'intérieur de la boite crânienne, qui était considérée comme étant le siège de l'âme. Michel Foucault écrit à propos de la folie au xve sièclece qui suit: «La tête est déjà vide, qui deviendra crâne. La folie c'est le déjà-là de la mort»9. Mais ce n'est qu'au début du XIXe siècle qu'a vu le jour «le concept moderne du cerveau, siège de la pensée et récepteur des sensations» 10.En 1860, les constatations expérimentales du Français Paul Broca apportent une conception nouvelle, c'est l'asymétrie fonctionnelle des hémisphères cérébraux: «la Dominance». Ce concept n'a en fait été que fictif, puisqu'au milieu du XXe siècle a été confirmée l'idée des deux hémisphères cérébraux en intercommunication permanente pour permettre le plein rendement du cerveau. Cette confirmation expérimentale porte actuellement le nom de split-brain réalisée aux Etats-Unis au début des années 1950 par le neuro-chirurgien J.E. Bogen et le psychologue R.W. Scperryll. Ils cherchaient en fait à soulager des patients épileptiques, c'est pourquoi ils ont

surtout considéré comme celui qui a mis en place les premières bases de l'Art de la mémoire. Effectivement, au cours d'un banquet donné par un noble de Thessalie, nommé Scopas, le poète chante un poème en l'honneur de son hôte, mais y inclut un passage à la gloire de Castor et Pollux. Scopas décide de ne payer que la moitié de la somme convenue, et que Simonide devait réclamer le reste aux dieux jumeaux Castor et Pollux. A ce moment-là, on avertit Simonide que deux jeunes gens voulaient le voir dehors. Simonide sort et ne trouve personne. En même temps, le toit de la salle s'effondre, écrasant Scopas et tous les invités. Seul Simonide s'est rappelé la ~lace que les invités occupaient. II put donc identifier les corps des victImes, d où la méthode des Loci: visualiser - localiser - ordonner, p. 39. 9- Foucault M., Histoire de la folie à l'âge classique, Tel Gallimard. 1972. pp. 26-27. 10- Boulu Ph., La dynamique du cerveau, Tel Gallimard. 1972. pp. 26-27. 11- Le Cours A.R. et Lhermitte F., L'aphasie, Flammarion, les Presses de l'Université de Montréal, 1979, pp. 625-626.
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opté pour la section du corps calleux (ensemble de fibres nerveuses reliant les deux hémisphères) ainsi que d'autres commissures, aboutissant à la déconnection des deux hémisphères, qui sont devenus indépendants dans leurs activités. Ils ont constaté qu'il n'y avait pas de troubles évidents dans la vie quotidienne, mais voilà que lorsque ces patients avaient les yeux fermés, ils pouvaient nommer un objet placé dans la main droite (pour les droitiers), alors que ce n'était pas possible pour le même objet dans la main gauche. Ceci s'explique par le fait que les informations qui arrivent de la main droite, par effet de croisement, sont décodées par l'hémisphère gauche donc là où se trouvent les centres de la parole. Sachant que par ailleurs, d'après Philippe Boulu12, l'hémisphère gauche est plus concerné par tout ce qui est analytique; alors que l'hémisphère droit est spécialisé dans tout ce qui est synthétique. On peut d'ores et déjà demander à l'être humain de faire comme le cerveau, c'est-à-dire d'aspirer à utiliser toutes ses capacités, aussi bien son cerveau gauche avec sa rationalité logique que son cerveau droit avec sa créativité, son approche synthétique, globale et analogique. Il pourrait ainsi éviter de trop axer sur la rationalité et de faire table rase du passé, comme a fait la modernité pour aboutir à une situation où elle tente actuellement de résoudre ses propres problèmes par ce qu'on appelle la <<post-modernité». Ce concept, les hypermodernes l'utilisent pour aller de l'avant ignorant la responsabilité de la modernité qui a souvent ignoré l'apport qui l'a précédé basé sur l'analogie, l'intuition et la créativité. Certains ont développé le concept de post-modernité alors que c'est d'antémodernité que l'on aurait dû parler. Charles Jenks 13 (qui se prévaut d'avoir été le premier à utiliser ce terme), a constaté que
12- Boulu Ph., op. cit. 13- Jencks Ch., The langage oj post-modern architecture, Academy éditions, London, 1977, p. 6.
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l'architecture moderne aurait oublié de tenir compte de l'état émotionnel et affectif de l'humain dans sa manière de concevoir l'espace, en exagérant sa rationalité. D'ailleurs, l'exemple du split-brain cité n'est pas fortuit, mais vise plutôt répondre aux hypermodernes qui deviennent de plus en plus écologiques en oubliant de tenir d'abord compte de l'écologie intérieure de l'homme. En effet, la nature (à travers cet exemple) donne une leçon à ces défenseurs de la modernité excessive, en leur montrant que l'activité cohérente du cerveau nécessite une intercommunication permanente entre ses deux hémisphères. Cette même dominance inter-hémisphérique a été à l'origine de la question du sexe du cerveau (pour les femmes le cerveau droit est très développé contrairement aux hommes, chez qui c'est le cerveau gauche qui est plus développé) à laquelle Philippe Boulu 14 a répondu par un oui démontré. Notre propos serait plutôt une reprise des reproches faits par C.G. Jung15 aux préjugés de la pensée occidentale (qui ne pense que rationnellement), tout en critiquant ceux qui dans nos pays font appel à une régression totale refusant la modernité en bloc en amplifiant les mérites d'un passé auquel ils retournèrent de manière obscurantiste (refusant la modernité en la confondant avec la comtemporanité). En effet, pour C.G. Jungl6, la pensée occidentale ne tient compte que de la logique et de la causalité qui n'est qu'une vérité statistique et non absolue. Il considère la synchronicité comme étant indépendante des événements objectifs comme des états

14- Boulu Ph., op cit., p. 32. 15- Jung C. G., qui a présenté la version anglaise du livre Yi King en disant: «La méthode de Yi king prend en considération la qualité individuelle cachée des choses et des hommes dans l'inconscient de chacun». Princetown University Press, 1967, p. XXXVIII. 16- Jung C.G., op. cit., p. XXII. -14-

subjectifs (qui correspondent

à ce qu'on appelle actuellement

l'effet de l'observateur), elle est plutôt liée au sens supérieur de la vie. Dès lors, on peut comprendre pourquoi il a été mis dans les oubliettes par les modernes du début du siècle parmi lesquels Emile Durkheim et Sigmund Freud qui ont écrit, la même année que lui, leurs ouvrages sur le <<jait religieux». Effectivement, c'est en 1912 qu'ont vu le jour les trois ouvrages suivants: d'abord celui d'Emile Durkheim intitulé17 Les formes élémentaires de la vie religieuse où il considère «qu'une société a tout ce qu'il faut pour éveiller dans les esprits, par la seule action qu'elle exerce mieux, le sentiment du divin car elle est à ses membres ce que Dieu est à ses fidèles». Puis Sigmund Freud 18 écrit Totem et Tabou; il y cite très souvent E. Durkheim, père de la sociologie en tant que science qui respecte la psychologie individuelle. Freud lui rend hommage en critiquant e.G. Jung19 dans sa tentative d'appliquer sa science de la psychologie collective au fait social2o tel qu'il a été défini par E. Durkheim. Effectivement, dans son livre Métamorphose de l'âme et ses symboles, édité la première fois en Allemagne en 1912, e.G. Jung remet en cause la théorie de E. Durkheim, considérant la sociologie comme faisant partie de la psychologie
17- Durkheim E., Les formes élémentaires de la vie religieuse, PUF, Paris, 1960, p. 285. 18- Freud S., Totem et Tabou, Petite Bibliothèque Payot. Paris, 1975. Il cite Durkheim dans les pages 96, 134, 139, 140 et 144. 19- Jung C. G., Métamorphoses de l'âme et ses symboles, Georg Editeur S.A., Genève, 1989, sans aucune référence à Durkheim. 20- Durkheim E., Les règles de la méthode sociologique, Champs/Flammarion, 1988, p. 107 : «Est fait social toute manière de faire, fixée ou non, susceptible d'exercer sur l'individu une contrainte extérieure,. ou bien encore, qui est générale dans l'étendue d'une société donnée tout en ayant une existence propre, indépendante de ses manifestations individuelles». Or il est social parce qu'il est obligatoire d'après Durkheim. Il nous dit par ailleurs, à la page 98 : «Il n'y a de fait social que là où il y a organisation définie» , ce qui revient à dire, une communauté avec des normes, qui sont d'après Carl Gustav Jung intégrées au niveau du Soi qui est l'ensemble de l'inconscient collectif et de l'inconscient personnel. -15-

collective, conforté en cela par les travaux du neuropharmacologue Alain Prochiantz21. Celui-ci, en comparant le comportement des abeilles et des humains, aboutit à la conclusion que les abeilles évoluent vers le clonage, alors que les humains évoluent vers la diversité culturelle, en fonction des histoires spécifiques de chacun, ce que Rufié signera 22. L'homme est différent de l'animal dans la mesure où il est capable d'agir et de réagir sans tenir compte du clan auquel il appartient, voire contre l'intérêt de sa propre collectivité. Ceci n'est d'ailleurs pas en rapport avec ses capacités cérébrales, si on tient compte des recherches présentées par lean-Pol Tassin23 qui a constaté que les différences neuro-biologiques étaient minimes. Ce qui confirme la grande question posée par le neurologue anglais lean Lorber en 1980, lors d'un congrès de pédiatrie, à savoir: le cerveau était-il vraiment nécessaire à l'intelligence? Il s'est basé à ce moment-là sur les travaux qu'il poursuivait depuis 1960 sur les hydrocéphales (individus ayant 95 % de liquide et 5 % de cellules nerveuses dans le crâne) qui possédaient une intelligence normale. Ce qui remet à l'ordre du jour la question du support de notre pensée, de notre intelligence et de notre mémoire. Puisque la question du support de la pensée s'est posée, car c'est l'objectif de cet ouvrage, il s'agira pour nous de démontrer que le cerveau n'est qu'un simple décodeur (comme celui de Canal +) des stimulations qui sont perçues par le corps, tout en étant un encodeur des messages ou comportements décidés par notre pensée. Certains chercheurs ont même baptisé les années 90 «années du cerveau» pour démontrer entre autres choses que c'est le corps qui commande le cerveau par le biais
21- Tassin J.P., op. cit., p. 155. 22- Rufié J., Traité du vivant, Editions Fayard, Paris, 1982, p. 715. 23-Tassin J.P., op. cit. -16-

des perceptions24. Mais ce que nous essayerons surtout de comprendre, c'est le rôle que joue l'eau dans le fonctionnement de l'homme, et ce après avoir cherché quelques éléments de réponses à un certain nombre de coïncidences qui ne sont certainement pas de l'ordre du hasard. Ainsi nous essayerons d'élucider cette énigme: d'une part l'enfant découvre parallèlement ses organes génitaux (stade phallique avec son mécanisme de défense fondamental qu'est le refoulement) et accède au langage (outil de la rationalité) et d'autre part il quitte en même temps le fonctionnement inconscient pour le remplacer par la conscience et ce dès l'âge de deux ans25. Nous aborderons dans cet ouvrage le fait religieux à travers l'Amour qui est bien la question à laquelle nous nous sommes heurtés depuis le jour où nous avons eu à choisir entre le modèle freudien du clivage de l'être (Moi, Surmoi et Ça) et celui de l'être uni et archétypal de Jung. Tout au long de la dernière partie du livre, nous essayerons d'aborder les textes

fondateurs, comme objet de savoir, avec une lecture moderne.
Effectivement, l'idée qui nous a toujours accompagné a été la suivante: les outils modernes des sciences humaines et naturelles nous permettront peut-être la mise à jour de nouvelles approches (interprétations) qui étaient sans doute inconscientes chez leurs

24- BouIu Ph., op. cit., p.31 : <<Laroissance cérébrale dépend chez l'homme, c plus que chez tout autre mammifère, de l'environnement, de l'alimentation, de l'éducation et des stimulations extérieures ». 25- BouIu Ph., op. cit. p. 30 : <<Le développement cérébral débute au milieu de la troisième semaine de gestation, pour se terminer environ deux ans après la naissance». - Tassin J.P., op. cit., p. 168 : «Le langage, qui apparaît précisément pendant cette période charnière (2 ans) où apparaissent les premiers souvenirs conscients, sert d'interface entre ces deux modes de fonctionnement (inconscient avant, conscient après). Il prend ses racines dans l'inconscient et participe de façon primordiale au développement du conscient».. -17-

auteurs. Sachant surtout que l'objet de toute recherche est le réel, et que ce réel a toujours précédé la méthode. Pour élucider laquelle problématique, nous prendrons l'exemple de l'application des outils linguistiques à la biologie. Nous nous poserons alors la question suivante: A-t-on pensé, en créant le mot religion, que Emile Benvéniste26 le décomposerait d'une part en re-legere qui veut dire reprendre, ou relire les signes, les oracles, les textes, les rites... et d'autre part en re-ligare qui veut dire relier les phénomènes? Maintenant une deuxième question s'impose: tous les deux étaient-ils conscients du fait que nous puissions penser que re-legere veut dire reprendre ou relire les textes fondateurs en leur appliquant les outils logiques et rationnels des sciences modernes, donc en utilisant le cerveau gauche, et que re-ligare voudrait dire relier les phénomènes par l'activité synthétique globale et analogique du cerveau droit? Autrement dit, la religion nous pousserait à tenir compte de toutes nos capacités pour pouvoir rationaliser même ce qu'il y a d'irrationnel chez l'homme, c'est à dire être à l'écoute de ses sensations. Sachant que la mémoire est aussi bien le centre du fonctionnement du cerveau droit et gauche, que le moteur de notre vie matérielle et spirituelle. C'est pourquoi elle sera toujours au centre de nos intérêts. Mais comme on ne peut pas parler de mémoire sans raconter d'histoires, peut-être, une parabole universelle pourra-t-elle nous éclairer sur le fonctionnement métaphorique de notre mémoire. Il s'agit d'un promeneur dans une forêt qui se rend compte qu'un tigre le guette. Il stresse, s'angoisse et se fige sur place, avant de
26- Benvéniste E., Le vocabulaire des institutions indo-européennes, Editions de Minuit, Paris, Tome 2, p. 265. -18-

reprendre ses moyens et de partir en courant dans une direction quelconque. Le tigre continue à le poursuivre, quand soudain l'homme glisse sur le bord d'une falaise. En chutant, il parvient à s'accrocher à une liane. Il est dans un état de panique avancé, ses mains sont froides, son corps secoué de tremblements se crispe sur la liane providentielle. Il regarde au fond du ravin, et s'aperçoit qu'un autre tigre l'attend en bas. Son état d'angoisse s'amplifie, il est à la limite de perdre ses moyens. Regardant de côté, il remarque une fraise sauvage toute proche. Il tend la main, cueille le fruit, le déguste et le trouve délicieux. Cette parabole nous intéresse à plus d'un titre, et permet plusieurs interprétations. Celle que nous retiendrons est relative à la mémoire et à la communication. On constate que cet individu construit son futur en fonction de son passé, ce passé étant représenté par le tigre du haut et le futur par le tigre du bas. C'est ainsi qu'il faudrait comprendre la phrase d'une des références culturelles de l'Extrême-Orient à savoir, Toukârâm qui a dit à Déhou en 1640 : «Je suis venu de loin, j'ai souffert des maux effrayants et j'ignore ce que me réserve mon passé». L'acte de manger la fraise symbolise le présent, nous nous permettons de tirer l'enseignement suivant: l'être humain appréhende son avenir en fonction des expériences qu'il a vécues et voilà que cet homme s'abandonne, en toute confiance, à un état de passivité active résultant de sa propre gestion émotionnelle, d'où l'importance de la mémoire. Elle s'impose involontairement pour colorer à tout moment notre manière d'être. Effectivement, cet instant présent auquel est arrivé notre individu, tout être y aspire, car il lui permettra de mieux vivre son futur. Par ailleurs, pour bien vivre l'instant présent, il a bien fallu à cet homme gérer ses émotions
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