L’Amour, la guerre, la vie !

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De l'année 1938 à 1962, ce roman évoque la vie d'une petite fille de douze ans, dont le parcours ne sera pas facile ni pour elle ni pour sa famille. Cet ouvrage permet aux lecteurs de se remémorer les faits vécus sur cette même période, qu'ils soient civils ou militaires. Le destin des personnages leur réserve bien des surprises.


Publié le : mercredi 1 juillet 2015
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EAN13 : 9782332898043
Nombre de pages : 264
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ISBN numérique : 978-2-332-89802-9
© Edilivre, 2016
L’amour, là guerre, là vie !
Nous sommes en mille neuf cent trente huit, par une belle matinée d’automne. Lucie, une belle jeune fille de 12 ans, brune aux yeux bleus lagon, avec deux nattes embellies à leur extrémité par un flot de tissu de soie blanche accompagnait sa mère, une femme très élégante, blonde aux yeux verts, en robe de lin gris perle qui lui cache les jambes, la robe lui tombe sur des chaussures à hauts talons de couleur beige, elle arbore sur sa tête, un magnifique chapeau à grands bords, recouvert de dentelle très fine, de couleur blanc cassé, ce qui lui donne une belle prestance ; au bras, un sac de cuir blanc très élégant avec une fermeture dorée.
Elles vont toutes les deux dans un magasin d’habillement, acheter une robe pour Lucie.
Elles sont accompagnées par l’homme de leur vie, le père de Lucie, un homme d’une taille moyenne, brun aux yeux bleus pervenche, très élégant avec un sourire permanent sur les lèvres, et des cheveux gominés coiffés en arrière.
Lucie choisit une robe de soie rose avec un petit caraco très fin, rose lui aussi ; puis ils se rendent chez le chausseur pour une paire de mocassins roses pâle avec une bride fermée par un bouton rouge.
Le lendemain dimanche, ils sont tous trois de sortie pour le cinéma, où l’on joue le dernier film tiré d’un roman de Pierre Mac Oran « Le Quai Des Brumes », avec comme acteurs, Jean Gabin, Michel Simon, Michel Morgan, Marcel Carné, avec les dialogues de Jacques Prévert.
Puis pour Lucie la prochaine sortie de « Blanche neige et les sept nains », d’après le conte de Grimm par Walt Disney.
Son père aimait beaucoup la littérature, il lisait les romans d’un individualiste, André Malraux (l’Espoir), ou encore Jean Paul Sartre, (la nausée), lui qui trouve les mots justes pour exprimer une pensée !
Lucie quant à elle, écoutait la radio, surtout les chanteurs comme : Maurice Chevalier, Mistinguett, et elle aimait particulièrement le (fou chantant), Charles Trenet, Boum, ou la route enchantée, ses chansons très poétiques.
La maison de Lucie se trouve dans une petite ville de 5 000 habitants, adossée à une colline appelée les Capucins, une promenade où l’on se rend par des escaliers en passant sous la voûte d’une maison, au sommet, l’on y trouve une longue allée bordée d’arbres centenaires, au bout de celle-ci, un grand tilleul plusieurs fois centenaire au pied duquel se trouve un banc de pierre qui en fait le tour ! Tous les amoureux y viennent pour s’embrasser et rêver de leur vie future.
A chaque automne, en ville il y a une foire avec toute sorte d’animaux de la ferme, du matériel agricole moderne, et bien sûr les forains ; le soir un bal populaire autour du kiosque, animé par l’harmonie municipale, et un feu d’artifice magnifique en bordure du canal, face à la promenade des dragons bordée de marronniers centenaires. La vie est belle, les mois passent paisiblement, avec l’insouciance de la jeunesse, Lucie est heureuse.
Hélas, les nouvelles sont très mauvaises dans les journaux, l’Allemagne a envahi la Tchécoslovaquie, l’Italie attaque l’Albanie, agression de la Pologne par les Allemands, signature de l’alliance germano-italienne, les Soviétiques attaquent la Pologne et la Finlande ; l’Allemagne et l’U.R.S.S. signent un pacte de non agression !
La France et l’Angleterre en état de guerre contre l’Allemagne !
Alors Hitler propose le plan de paix à ces deux pays, aux conditions fixées par lui ! S’il ne revendique pas sur l’Alsace et la Lorraine, il demande le retour de ses anciennes colonies ! Et prend le monde à témoin qu’un refus de Londres et Paris rendait ses deux capitales responsables de la poursuite de la guerre !
* * *
Revenons à Lucie, ah je ne vous ai pas donné les prénoms de ses parents : alors sa mère se prénomme Apolline, et son père : René.
* * *
Année 1940
Début mai, Hitler a lancé une grande offensive à l’ ouest. Les forces terrestres Allemandes violent la neutralité de la Hollande, de la Belgique, et du Luxembourg, l a Luftwaffe bombarde des aérodromes et des nœuds ferroviaires, jusqu’à 400 km en arrière du front. L es bases Françaises visées, Calais Dunkerque, Metz, Essey-lés-Nancy, Bron, Châteauroux, et les camps du Valdahon. Des bombes sont même tombées prés du pont de Ponto ise à 30 km de Paris !
Le 29 mai : Passant outre aux avis de son gouvernement, le roi Léopold 3 de Belgique a entamé de sa propre autorit é des pourparlers avec les Allemands. Il a signé la capit ulation de ses armées. Le gouvernement belge, soule vé de er dégoût devant cette trahison, a proclamé la déchéan ce du fils indigne d’Albert 1 , le roi chevalier. La trahison du roi des Belges prive les armées des Flandres de cen t mille combattants et livre aux Allemands le port d’Ostende. Cette situation difficile et imprévue remet en caus e la survie de nos armées et impose une évacuation par le seul port désormais disponible : Dunkerque.
Le 5 juin : L’armée du nord est évacuée par Dunkerque, après av oir vécu l’horreur de l’attente sur les plages bombardées ! 350 000 hommes purent quitter le sol F rançais pour l’Angleterre ; ces hommes plus précieu x en temps de guerre que le matériel lourd abandonné.
Le 7 juin : Après deux jours de violents combats sur la Somme, les forces engagées cèdent devant la poussée des se pt divisions blindées Allemandes venues des Ardennes e t qui viennent d’atteindre Rouen.
En Champagne, l’offensive perce nos défenses à Chât eau-Thierry, les Allemands avancent sur Paris, que le gouvernement vient de quitter, pour Bordeaux.
Le10 juin : L’Italie sans prétexte, déclare la guerre à la France, le Duce Mussolini, poignarde dans le dos la « sœur latine ».
* * *
le père de Lucie, « René, qui fut mobilisé le 18 av ril de cette même année à Auxerre dans l’Yonne, au 83 ° dépôt d’infanterie, (régiment qui avant de devenir le 83 ° RI, était le 120°RI qui appartenait à la 71 ° division d’infanterie, s’est reconstitué à partir du 20 mais 1940, après les combats sur la Meuse, il change de dénomination le28 mai 1940, pour devenir le 83° RI, à ce moment, il appartient à la 59°DLI), (division légère d’infanterie).
Les jours suivants, il est de sortie sur le terrain , en direction du nord Est, car les Allemands progr essent à vitesse grand v, ils ont contourné les fortifications de la ligne Maginot, et de ce faits encerclent les Français qui son fait prisonniers près du petit village de Cornant d ans L’Yonne le 15 juin de cette même année ; ils du rent marcher sous la pluie 70 km, afin de rejoindre le confineme nt d’un Fronstalag Français, avant d’être embarqués à bord d’un train à bestiaux pour être dispersés dans des camps de prisonniers français dont celui de René, situé dans les faubourgs, à 20 km de Vienne en Autriche, à Krems g neixendorf, au STALAG 17 B, sous le n°matricule (26 196).
* * *
À partir de là ; la vie de Lucie et de sa mère Apolline allait changer.
* * *
En France, la population commença son exode sur les routes pour fuir l’avancée Allemande et les bombardements. Colette, une amie de Lucie : (Voici la véritable histoire d’une petite fille de 10 ans chassée par l’exode.) « Vite, vite c’est le dernier train, vous devez le prendre avant d’être bombardés, ils bombardent tout es les usines ! ».
Nous habitions un petit village Meusien où il y ava it une fonderie. Comme tous les gosses, nous ne pen sions qu’à rire et à jouer et pour nous, prendre le train était une vraie fête, même si c’était un train à b estiaux. Nous n’étions jamais montés dans un train. Nous voilà à la gare, tous les habitants du village, avec tout c e que les parents avaient pu prendre : couvertures, édredons qu’ils avaient empilés dans un coin du wagon. Quelle joie pour les enfants ! Nous étions montés sur ce monticule p our jouer et regarder par le barreau du wagon, nous ne nous doutions pas de ce qui nous attendait, nous entendi ons bien des avions, mais nous les voyons à peine p lus gros qu’un oiseau, et nous voilà partis. Je crois bien que nous chantions, mais nos parents étaient très inquiets de devoir laisser tout derrière eux, leurs
maisons, leurs biens, tout ce qu’ils avaient acquis par le travail de toute une vie, sans savoir s’ils retrouveraient tout cela un jour. Le train transportait, en tête, des soldats Français, je crois en avoir aperçu un e n montant dans ce train. Nous les enfants, étions très heureux, ma is les parents restaient très inquiets ; plus le train avançait, plus nous entendions les avions ; nos parents avaient sûrement très peur alors que nous étions sans inquiétude. Arrivés à une cinquantaine de km du point de départ , nous devions passer dans un tunnel. A ce moment-l à, nous avons entendu les parents hurler : « couchez-v ous vite ! » les avions passaient tout en longueur en lâchant des bombes et en mitraillant sans cesse. Nous, les gosses n’avions toujours pas réalisé ce qui arrivai t en entendant tous ces hurlements qui venaient de toute s parts et que les avions couvraient. Tous ces gens affolés qui sortaient des wagons et couraient en tous sens pour se réfugier dans la forêt qui nous entourait. Le t rain continua sa course pour se réfugier dans ce tunnel. Ce fut u ne chance pour nous, les avions étaient retenus par la hauteur des arbres, mais ils étaient très bas, tout le mond e sautait, hurlait, appelait les siens, c’était la panique, nous sautions n’importe comment ! Je me suis évanouie et quand je suis revenue à moi, je pleurais, je voyais des cadavres et des gens blessés qui hurlaient, des gens que je connaissais bien. J’ai a lors vu ma mère, ma petite sœur d’un an dans ses br as, évanouies toutes les deux, j’ai pensé qu’elles étaient mortes, je me suis enfuie dans la forêt en hurl ant « Maman, maman ! », je crois qu’à ce moment là, j’ai perdu l a tête dans cette belle forêt, où il y avait d’énor mes saules pleureurs. Les avions continuaient leur sale besogn e quand soudain, je me suis sentie attrapée par le bras, c’était un de mes oncles qui me disait, « reste avec nous, ta maman, nous la rechercherons plus tard ». J’ai réalisé que je me trouvais sous un arbre avec plein de gens que je connaissais : des tantes, des oncles, cousins et d es gens du village. Nous étions un peu à l’abri des avions. No us sommes restés sous ces arbres une heure ou plus peut-être, en attendant que cette horreur se calme, ce massacre à vrai dire, car cela fut un vrai massacre. Au bout d’un certain temps, le train s’est mis à siffler pour appeler les gens qui étaient dispersés u n peu partout. Mes oncles et tantes ont décidé de ne pas remonter dans ce maudit train de la mort, nous ne savions pa s où nous étions, en pleine forêt. Alors nous avons marché au hasard, jusqu’au moment où nous avons entendu des roulements de camions. Il y avait donc une route qu elque part, nous avons compris que cela venait d’un e grande côte et nous sommes montés avec beaucoup de difficu ltés, nous étions tous très fatigués et cette côte était très longue et pas facile, enfin nous voilà arrivés sur cette route, et là il y avait un convoi de camions militaires. Les soldats ont bien voulu nous prendre tous en cha rge, nous étions une trentaine de personnes adultes et enfants de tous âges. Nous, les enfants, étions à n ouveau heureux de monter dans ces camions, en plus, avec des soldats qui étaient gentils avec nous. Nous voi là repartis pour où ? Nous ne savions rien, l’essen tiel était de partir loin de cet endroit maudit. J’étais seule, n e sachant rien de mes parents, frères et sœurs, mai s un peu rassurée parmi mes oncles et tantes. Mais le calme n’a pas duré longtemps, le cauchemar revenait, les camions militaires furent aussi bomba rdés, mitraillés prés de Bourg les dames. Nous nous somme s mis à l’abri sous les camions à chaque attaque, d ans les bois ou les talus, nous courions avec, à chaque fois, une peur terrible au ventre. Nous avions repris la route pendant ce qui me sembl ait une éternité, nous n’avions plus d’eau, plus ri en à manger, nous passions dans les villages français où quelquefois nous étions accueillis avec joie et br as ouverts : paniers remplis de victuailles, et d’eau par seaux, ce qui nous avait permis de reprendre des forces. Par contre, dans d’autres villages, les gens nous attendaient a vec hargne, nous jetaient des seaux d’eau à la figu re en criant : « foutez le camp, boches de l’Est, vous allez nous faire bombarder ! », et cela en France !!! Je n’ava is que 10 ans, mais je n’oublierai jamais ces instants. Nous avons quitté ce convoi je ne sais plus où, ni comment, nous avons trouvé un car militaire qui nou s a repris en charge, mais pas sans danger.
Nous roulions dans les montagnes sur des routes trè s étroites, d’un côté nous ne voyions pas la hauteu r des rochers, mais de l’autre côté, nous apercevions un village tout petit. Les Allemands continuaient à no us bombarder au-dessus des grands rochers qui nous protégeaient un peu, quand il n’y en avait pas un qui se détacha it et qui roulait jusqu’à nous ; nous étions tous réfugiés so us le car, ce n’était vraiment pas évident. Un cousin, de deux ans plus vieux que moi, par la peur, se croyant sous le car a été heurté par un rocher qui l’a fait rouler de 3 à 4 mètres en contrebas, nous avons eu tous très peur. (Il est mort quelques mois après notre retour au village, ses parents ont toujours dit que c’était à cause de ce rocher). Tout au long de la route, ce n’était que bombardem ents et mitrailles.
Enfin nous sommes déposés dans un hangar à cinq km de la Suisse. Je ne vous dis pas ! Tout le long de ce voyage, nous n’avions rien à manger, ni à boire, ni de quoi faire notre toilette. Alors quelle joie qu and nous sommes arrivés dans ce village ! Nous avons été ins tallés dans ce hangar en haut de la montagne où ava ient séjourné des soldats ; il y avait de la paille pour nous coucher, des sacs de biscuits et d’orges lais sés par les soldats, nous avions de l’eau et étions à l’abri. Q uelle était bonne la soupe à l’orge avec des biscuits dedans, cela fut pour nous un repas de roi, en plus chaud ! ce h angar, perché en haut des montagnes, assez isolé, m ais pour nous c’était un château, il y faisait froid, mais t ous serrés les uns contre les autres dans la paille , nous nous tenions chaud. Je me suis aperçue que j’avais mal dans un genou, m ais je n’ai rien dit pour ne pas inquiéter mes oncl es et tantes qui avaient assez de soucis comme cela, comm e de pouvoir nous nourrir tous les jours. Et voilà qu’un jour,
je ne pouvais plus marcher, mon genou était enflé ; c’est ce jour là que des religieuses sont venues, peut-être pour nous aider ; je me souviens qu’une de mes tantes a montré mon genou, elles m’ont soignées en mettant d es compresses chaudes tous les jours et elles se sont aperçues que j’avais un corps étranger à l’intérieu r ! Elles ont retiré un plomb de fusil de chasse, j’ai eu mal enc ore quelques jours et puis cela s’est arrangé, je n e les remercierai jamais assez ; à part tous nos malheurs, personne n’était gravement atteint.
C’est ainsi qu’une semaine après, nous sommes desce ndus à Pontarlier au moment de l’arrivée des soldat s Allemands, quand mitraillette au poing, ils sont en trés pour les fouilles, nous avons cru à notre dern ière heure, nous entendions leurs sommations d’une montagne à l ’autre « rendez vous où nous mettons le feu à la vi lle ! ». Une dame, nous ayant vus dans la rue, nous a crié : « venez vite vous cacher » elle nous a mis à l’abr i dans une cave où, d’une lucarne, nous avons pu voir des char s et des soldats Allemands, qui fouillaient toutes les maisons de la rue, nous avons vu cette dame aller au devant des soldats et leur parler, nous avons cru à ce mo ment là notre dernière heure arrivée, mais, en fait, cette dame nous a sauvés, car les Allemands sont passés d evant la maison sans y entrer, je ne vous dis pas le soupir de soulagement ! Quelques heures après, nous avons été hébergés dans un collège grâce à la bonté de cette dame. Nous avions des lits avec draps et couvertures, ou étaient passés des soldats Français, de l’eau, donc grande toilette et changement de vêtements, mais nous devions laver les nôtres. Je me souviens, j’étais la plus grande des filles, une tante attendait un bébé dans les jours suivants , donc c’est moi qui faisais les corvées, lavais le linge. Cela m’a beaucoup marquée, car il y avait un immense lav oir très sombre, j’avais très peur, j’étais toujours toute s eule dans ce lavoir. C’était affreux et je devais p asser devant un camp allemand, il y avait des sentinelles, je me so uviens qu’une de mes tantes m’avait dit : « surtout , si les Allemands te donnent quelque chose à manger, même d u chocolat, ne le mange pas, ils mettent des hameço ns dedans et du poison ». Et en passant tous les jours devant cette sentinelle, je voyais toujours ce même garde, à un moment, i l m’a fait signe de m’approcher, j’avais très peur, il me tend it des plaques de chocolat que j’ai mis dans mes po ches mais il devait être au courant que nous étions bien méfiants, car il me prit une plaque de chocolat, la cassa et en mangea pour me faire comprendre que je pouvais la manger e t tous les jours, il me donnait plein de bonnes cho ses que nous étions tous heureux de manger, car à part notr e soupe d’orge et des biscuits de soldats, il n’y a vait rien d’autre. Aujourd’hui, en y pensant, ce militaire devait avoir une fille qui me ressemblait, j’étais blonde aux yeux clairs, il me caressait les cheveux, chaque jour il était heur eux de me voir et je repartais souvent les bras ple ins de victuailles, mes tantes étaient très heureuses car cela changeait de l’ordinaire, comme quoi, il y a d es bons partout ! J’avais trouvé un livre de catéchisme dans un tiroi r d’une commode dans notre maison, avant de prendre le train je l’avais emporté avec moi. Je ne savais pas beaucoup lire, l’aînée de sept enfants, je n’allais pas souvent à l’école, pas obligatoire dans ce temps là, mais j’a rrivais à lire, les questions et réponses dans ce c atéchisme lors de nos parcours en camion ou en car de soldats, je l’ai lu et relu, peut-être que Dieu m’a entendue ! Les soldats Allemands et Français, au-dessus de Pon tarlier, se tiraient dessus, nous entendions les sommations de « rendez-vous », nous avons aussi eu très peur qu’ils mettent le feu à la ville. Malheureusement, cette dame n’est certainement plus là aujourd’hui pour que je puisse la remercier de ses bontés. Voilà les Allemands qui occupaient la France, donc nous pouvions repartir pour rejoindre notre village , et moi, surtout, retrouver ma mère et ma sœur mortes puisqu e je les avais vues allongées sans connaissance, ma is mon père et mes sœurs, qu’étaient-il devenus ? Je pleurais et prier tous les jours pour les retrouver.
Nous sommes restés une dizaine de jours à cet endro it et nous avons décidé de redescendre vers notre village, et quand nous rencontrions des gens qui venaient de notre région, nous leur demandions ce qu’était dev enu notre village. Nous sommes arrivés à Joinville (en Meuse) chez des gens que mes oncles connaissaient, nous avons cherché à en savoir un peu plus, Joinville n’étant pas loin de chez nous et nous avons appris que notr e village était intact et que l’on nous y attendait. Personne ne savait ce que nous étions devenus, nous n’avons pas attendu longtemps pour reprendre la route à pied. Quelques jours après, et à pied, nous sommes arrivés dans no tre village. Vous ne saurez pas à quel point ce jour là la joie était dans nos cœurs ! C’est alors que j’ai aperçu un homme sur un petit pont : Mon père qui m’attendait ! Il a vait la main bandée. Quelles retrouvailles ; il me croyait morte, il m’a emmenée chez nous où j’ai retrouvé ma mère et m a sœur en bonne santé, à part mon père avec sa bles sure, mais nous étions tous en vie. Je n’oublierai jamais ce grand moment. Pour la blessure de mon père, il avait reçu un éclat d’obus qui lui avait ouvert la main qui ne tenait plus que par les nerfs, là c’est encore les Allemands qui l’ont soigné et sauvé sa main. J’ai aussi appris que dans le bombardement du train, je m’étais bel et bien évanouie, mon père, le seul qui était conscient voyant ma mère et ma petite sœur inconscientes, s’est occupé de mes autres sœurs, les prenant une par une pour les mettre à l’abri sous un arbre où une voisine l’attendait ; La pauvre femme était paniquée en voyant mon père blessé à la main, il saignait beaucoup et chaque enfant était taché de sang, jamais au même endroit ; cette voisine criait : « m on Dieu encore un blessé ! ». Mais après vérificati on : « merci
mon Dieu, personne n’était blessé ! », c’était le s ang que perdait mon père. En revenant de mon évanou issement, j’ai sauté du train, oui mais du mauvais côté, c’es t-à-dire pas là où mon père venait chercher ses enf ants. C’est comme cela que je me suis perdue et que mes parents m’ont crue morte pendant un mois. Moi-même, j’ai c ru qu’ils étaient morts. Dans notre village, on compta it à peu prés 100 personnes, 14 d’entre elles sont mortes et 17 blessées. Dans notre malheur, nous avons eu beaucou p de chance, peut être due à mes prières, merci mon Dieu.
La guerre n’était pas finie, nous avons encore vécu de drôles de moments comme la chute d’avions, j’ai donc été longtemps terrorisée par le bruit des avions. L a nuit, je les entendais, à chaque fois j’appelais papa qui me rassurait en me disant : « mais non il n’y a rien ! » et 10 minutes plus tard, ils étaient là et nous étions obligés de descendre dans les abris. J’entens encore mon père me dire : « c’est pas possible ! Tu les entends déc oller ; même encore aujourd’hui quand j’entends un avion trop bruyant, je baisse les épaules. C’est vrai qu’en cette guerre, nous avions faim, no us étions une grande famille, mais nous étions tous ensemble. Quand je pense aux familles qui ont perdu , soit leurs parents, soit un enfant, à 10 ans on n e peut pas oublier. Aujourd’hui quand je regarde un film de gu erre à la télé, je me cache pour pleurer, car je re vis cette époque comme si j’y étais, je m’y retrouve souvent.
* * *
L’occupation Allemande avec l’armistice du 22 juin 1940, et l’entrevue du Maréchal Pétain, chef de l’é tat, avec Hitler, donne le signal de la collaboration ! La France est de se fait inféodée à l’Allemagne Nazie !
Le 18 juin : un homme que l’on peut prendre pour un visionnaire, le Générale De Gaulle, qui a rejoint l’Angleterre quelques jours auparavant, parlant au micro de la B.B.C., incite les Français de tous horizons à poursuivre le combat.
La France a perdu une bataille ! Mais la France n’a pas perdu la guerre ! Des gouvernements de rencontre ont pu Capituler, cédant à la panique, oubliant L’honneur, livrant le pays à la servitude. Cependant, rien n’est perdu !
A TOUS LES FRANÇAIS
Rien n’est perdu, parce que cette guerre est Une guerre mondiale. Dans l’univers libre, Des forces immenses n’ont pas encore donné. Un jour, ces forces écraseront l’ennemi. Il faut Que la France, ce jour-la, soit présente à la Victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa Grandeur. Tel est mon but, mon seul but !
Voilà pourquoi je convie tous les Français, Où qu’ils se trouvent, à s’unir à moi dans L’action, dans le sacrifice et dans l’espérance.
Notre patrie est en péril de mort. Luttons tous pour la sauver !
VIVE LA FRANCE !
GENERAL DE GAULLE
Quartier général 4, carlton gardens london
* * *
Après trois mois sans nouvelles, la première lettre arrive enfin chez Lucie, elle est triste bien entendu, René leur donne en premier son adresse, et décrit, ses deux m ois de captivité derrière les barbelés !
Mes femmes chéries
Comment vas-tu ma chère Apolline ! et toi Lucie ma petite fille chérie, vous me manquez énormément, je ne dors pas très bien, nous sommes très nombreux dans cette baraque où il fait froid, le matin les carrea ux sont givrés et nous n’avons qu’une couverture chacun ! L a nourriture n’est pas fameuse hélas, heureusement vous allez pouvoir m’envoyer des petits colis à conditio n que les Allemands nous en laissent !! Et que vous ne vous priviez pas.
J’espère que pour vous la vie d’occupation n’est pa s trop dure ! nous n’avons pas beaucoup de nouvelle s de l’extérieur, les Allemands ouvrent le courrier !
René explique qu’ils sont très nombreux, il y a des Polonais, des Belges, des Yougoslaves, des Britann iques, des Italiens, quelques Roumains et Slovaques, et de s Américains, surtout des aviateurs ! Et des frança is de tous horizons et de toutes couches sociales ; A leur arrivée au camp, au terme d’un voyage ferrov iaire éprouvant, ils sont douchés, tondus, fouillés , et doté chacun, d’une plaque métallique numérotée et affecté à une baraque de 300 hommes, selon leur cas, inte llectuels, prêtres, sous officiers, etc… Les Allemands sont très administratifs.
Il y a aussi la faim, il manque pas mal de choses, mais il faut faire avec !
Le Stalag 17b est l’un des plus grands camps de prisonniers de guerre du 3 me Reich, la plus grande pa rtie des prisonniers est ainsi dispersée dans des commandos de travail, en dehors du camp, René lui est affecté dans une petite usine où il fabrique des produits chimiques, pas très loin du camp, Comme beaucoup de ses camar ades de captivité ! Il reçoit, un passeport rouge frappé de l’aigle et de la croix nazis, on peut lire « DEUTSCHES REICH » (empire allemand), et « VORLAUFIGER FREMDENPASS », (passepo rt étranger provisoire) ; passeport pratiquement sa ns valeur ; par contre l’ausweis, petite carte remise par l’employeur à l’embauche, constitue, plus qu’un laisser passer, la seule piéce d’identité reconnue
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