L'analyse psycho-organique

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À notre époque, l'individu sur-sollicité, entraîné dans des mondes virtuels réclame un retour bienfaisant vers le corps. Retrouver l'amour de soi, être vivant, en lien avec les autres, telle est la proposition conceptuelle puis pratique des analystes psycho-organiques. Ils nous proposent ici une présentation complète des concepts et des outils spécifiques de leur méthode. Ils invitent aussi à une réflexion enrichissant la pratique psychothérapeutique grâce à l'intégration d'outils corporels originaux à un processus analytique.
Publié le : dimanche 1 février 2015
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EAN13 : 9782336368856
Nombre de pages : 510
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L’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
Éric Champ
Les voies corporelles d’une psychanalyse
Anne Fraisse
À notre époque où l’individu se trouve sur-sollicité, projeté en dehors de lui-même, Marc Tocquet
entraîné souvent dans des mondes virtuels, le retour vers le corps et les pratiques
psycho-corporelles apparaît comme particulièrement bienfaisant, régulateur, ouvrant
la voie vers la proximité d’avec nous-même et le sens de notre existence.
Se développant depuis quarante ans, l’Analyse Psycho-Organique se révèle être
une pratique psychothérapeutique précisément adaptée à ce temps, capable d’intégrer
une approche psycho-corporelle à une clinique du sujet, portant en particulier son L’ANALYSE attention sur les articulations entre la sensation, le sentiment et le sens.
Respirer, ressentir, bouger, s’exprimer, penser, rêver, toucher, être touché autant PSYCHO-ORGANIQUEde modalités qui trouvent ici leurs places, ouvrant des accès souvent surprenants aux
souffrances cachées, mais aussi, ce qui est important en Analyse Psycho-Organique,
à nos ressources naturelles de guérison. Les voies corporelles
Retrouver l’amour de soi-même, être vivant, en lien avec les autres est le chemin
d’une psychanalyseproposé.
Des analystes psycho-organiques vous proposent dans cet ouvrage une présentation
complète des concepts et des outils spécifques de leur méthode. Ils vous invitent
aussi à une réfexion enrichissant la pratique psychothérapeutique grâce à l’intégration
d’outils corporels originaux à un processus analytique.
Éric Champ Psychologue clinicien, analyste psycho-organique, il a enseigné en institut
universitaire de l’Éducation nationale et à l’IPC de l’Université Paris Diderot Paris-7. Il a
écrit dans plusieurs ouvrages sur la psychothérapie (Dunod) et intervient régulièrement dans
des colloques et congrès. Il est co-dirigeant de l’École Française d’Analyse
PsychoOrganique.
rPréface du D Robert NeuburgerAnne Fraisse Cofondatrice de l’École Française d’Analyse Psycho-Organique, elle
participe à sa structuration et à son développement. Analyste psycho-organique, formatrice,
elle enseigne en France et à l’étranger. Elle a publié de nombreux articles sur la méthode.
Marc Tocquet Psychologue clinicien, psychothérapeute, analyste psycho-organique.
Il a enseigné la psychologie clinique et la psychanalyse à l’Université Paris Diderot Paris-7
et dans de nombreuses autres institutions. Il est formateur afflié à l’École Française d’Analyse
Psycho-Organique.
Ont participé à cet ouvrage :
G. Blineau-Perdon, A. Boutet, J. Boyesen, C. Chiquet, A.-S. Courau, C. d’Hennezel,
Y. Desbrosses, D. Dreux-Boucard, M. Jan, M.C. Marion, E. Petit-Lizop.
Études psychanalytiques Études psychanalytiquesEP
© Illustration de couverture : Robert Delaunay (1885-1941) : Rythme sans fn.
Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Jacqueline Hyde.
ISBN : 978-2-343-05355-4
38 e
Éric Champ
Anne Fraisse
L’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
Marc TocquetL’ANALYSE
PSYCHO-ORGANIQUE
Les voies corporelles
d’une psychanalyseÉtudes Psychanalytiques
Collection dirigée par Alain Brun et Joël Bernat

La collection Études Psychanalytiques veut proposer un pas de côté
et non de plus, en invitant tous ceux que la praxis (théorie et pratique)
pousse à écrire, ce, « hors chapelle », « hors école », dans la
psychanalyse.

Dernières parutions

Valérie BLANCO, L’effet divan, 2014.
Frédérique F. BERGER, Symptôme de l’enfant, Enfant symptôme,
2014.
Soti GRIVA, Crimes en Psychothérapie. A-Voros, 2014.
Jacques PONNIER, Adler avec Freud. Repenser le sexuel, l’amour et
le souci de soi, 2014.
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la Shoah. La psychanalyse face à l’effacement des noms, 2014.
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par la psychanalyse, 2014.
Christiane ANGLÉS MOUNOUD, Aimer = jouir, l’équation
impossible ?, 2014.
Christophe SOLIOZ, Psychanalyse engagée : entre dissidence et
orthodoxie, 2014.
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Vanessa BRASSIER, Le ravage du lien maternel, 2013.
Christian FUCHS, Il n’y a pas de rapport homosexuel, ou de
l’homosexualité comme générique de l’intrusion, 2013.
Thomas GINDELE, Le Moïse de Freud au-delà des religions et des
nations. Déchiffrage d’une énigme, 2013.
Touria MIGNOTTE, La cruauté. Le corps du vide, 2013.
Pierre POISSON, Traitement actuel de la souffrance psychique et
atteinte à la dignité. « Bien n’être » et déshumanisation, 2013.
Gérard GASQUET, Lacan poète du réel, 2012.


L’ANALYSE
PSYCHO-ORGANIQUE
Les voies corporelles
d’une psychanalyse
• •éric champ anne fraisse marc tocquet
rPréface du D Robert Neuburger
























































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05355-4
EAN : 9782343053554
présentation Des auteurs
Ouvrage dirigé par :
éric c hamp
Trois maîtres ont balisé la construction de son parcours : Tobie Nathan, Max
Pagès et Paul Boyesen. De cet héritage spirituel, il développe ses propres
conceptions à la base de sa pratique clinique, de son enseignement d’analyste
psycho-organique et de psychothérapeute en France et à l’étranger. Il a écrit dans plusieurs
ouvrages sur la psychothérapie (Dunod) et intervient régulièrement dans des
colloques et congrès. Psychologue clinicien, il a enseigné en institut universitaire
de l’Éducation nationale et à l’IPC de l’Université Paris Diderot Paris-7. Il est co-
dirigeant de l’École Française d’Analyse Psycho-Organique.
a nne f raisse
Cofondatrice de l’Ecole Française d’Analyse Psycho-Organique, elle participe
à sa structuration et à son développement. Analyste psycho-organique, formatrice,
elle enseigne en France et à l’étranger. Elle a écrit une trentaine d’articles sur
l’Analyse Psycho-Organique, a participé à plusieurs ouvrages sur la
psychothérapie, publiés chez Albin Michel et chez Dunod. Elle est l’auteur de « La Fontaine
de Feu. Enseignement et initiation avec Elie Humbert ». (Collection l’Être et le
corps - Albin Michel - Paris 1994). Aujourd’hui elle se consacre à la supervision.
marc t ocquet
Psychologue clinicien, psychothérapeute. Titulaire d’un DEA de psychanalyse.
Il a enseigné la psychologie clinique et la psychanalyse à l’Université Paris
Diderot Paris-7 et dans de nombreuses autres institutions. Analyste psycho-
organique, il reçoit des adultes, des enfants, des adolescents en séances
individuelles et en groupes, ainsi que durant des stages résidentiels. Titulaire du CEP
(Certificat Européen de Psychothérapie). Praticien EMDR Europe certifié.
Formateur à l’Ecole Française d’Analyse Psycho-Organique.
∙ ∙5L’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
Auteurs ayant collaboré à l’ouvrage :
Guylaine Blineau- p er Don
Analyste psycho-organique, psychothérapeute, titulaire du DU de sexologie
et santé publique, elle exerce en cabinet libéral auprès d’adultes en séances
individuelles ou de couple. Sa profession initiale de sage-femme et son processus
personnel analytique l’ont conduite à s’intéresser aux interactions qui s’établissent
dès la naissance entre le corps et le psychisme. Superviseure en Analyse
Psycho-Organique, titulaire du CEP (Certifcat Européen de Psychothérapie) et
membre de la SOFRAPSY (Société Française des Analystes Psycho-Organiques).
alain Boutet 
Formé d’abord à la psychothérapie par J. de Panafeu dont il a été l’assistant, il
est analyste psycho-organique et titulaire du CEP (Certifcat Européen de Psycho -
thérapie). Il s’intéresse de longue date à la respiration et aux possibilités qu’elle
offre dans le cadre d’une psychothérapie intégrant le corps, les émotions et le sens.
Joëlle Boyesen
Analyste psycho-organique, psychothérapeute, formatrice en Analyse
Psycho-Organique. Entre 1975 et 1985 elle élabore avec son mari Paul Boyesen le
programme de formation à la psychologie biodynamique et à l’Analyse Psycho-
Organique de l’Institut Boyesen. Depuis 1985, cofondatrice de l’Ecole Française
d’Analyse Psycho-Organique elle développe dans sa pratique clinique une
phénoménologie de la régression thérapeutique dans un cadre analytique.
c hristine c hiquet
Analyste psycho-organique et superviseure. Spécialiste des troubles des
conduites alimentaires (TCA : anorexie, boulimie), elle anime des groupes
d’entraide pour les personnes souffrant de TCA et pour leurs proches. Elle a fondé en
2007 la Fédération Nationale des Associations concernées par les TCA (FNA-TCA)
qui a pour objet de faire mieux connaître ces troubles et d’en améliorer la prise
en charge thérapeutique.
∙ ∙6PRÉSENTATION DES AUTEURS
a nne-s ophie c ourau
Ingénieur civil des Ponts et Chaussées, la recherche d’approfondissement du
sens dans sa vie professionnelle l’amène à devenir psychologue et
psychothérapeute en Analyse Psycho-Organique. Elle reçoit aujourd’hui à Paris des adultes
et des couples, ainsi que des enfants et des adolescents.
yann Des Brosses
Analyste psycho-organique, il pratique la psychothérapie à
Champs-surMarne et à Paris, avec un public d’adultes, d’adolescents et d’enfants. Formé
également à la thérapie EMDR, il est titulaire du CEP (Certifcat Européen
de Psychothérapie), adhère à la SOFRAPSY (Société Française des Analystes
Psycho-Organiques) et à la FF2P (Fédération Française de Psychothérapie et
Psychanalyse). Il co-anime des groupes psychothérapeutiques sur des thèmes
spécifques comme la colère ou la naissance.
c laire D ’henne el
Psychosociologue et sémiologue, elle est devenue analyste psycho-organique,
et exerce la psychothérapie en individuel et en groupe. Elle s’est formée à la
Psychanalyse transgénérationnelle avec Didier Dumas et au Psychodrame analytique.
Auteure de « Au nom de la vie, Raconte-moi la mort.» (2003, Ed. du Rocher) et
« Raconte-moi ta naissance, pour connaître ta vie…» (2008, Ed. Alphee).
Formatrice et superviseure en Analyse Psycho-Organique.
Danièle Dreux-Boucar D
Analyste psycho-organique, psychologue clinicienne, psychanalyste, membre
titulaire du GIREP (Groupe International du Rêve Éveillé en Psychanalyse), ancienne
rédactrice en chef de la revue d’Analyse Psycho-Organique Adire, superviseure.
muriel Jan
Psychologue, analyste psycho-organique, titulaire d’un DU de
psychopathologie du bébé, formée au psychodrame analytique. Elle enseigne à l’Ecole
∙ ∙7
zL’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
Française d’Analyse Psycho-Organique, à la Sigmund Freud Université et à l’Ecole
de sophrologie de Bordeaux. Elle reçoit des bébés, des enfants, des adultes et
des couples et anime des psychothérapies en groupes. Elle a collaboré à « Au
nom de la vie, raconte-moi ta naissance… » Ed. Alphée, 2008. Superviseure en
Analyse Psycho-Organique.
marie- c hristine m arion
Psychothérapeute formée en Analyse Psycho-Organique, thérapeute familiale,
diplômée en psychopathologie périnatale, elle reçoit des adolescents et des adultes
en psychothérapie individuelle et en groupe.
elisa Beth p etit- liop
Analyste psycho-organique, formatrice et superviseure.
Une carrière de danseuse et des années de vie et d’études en Inde, antérieures
à sa pratique de la psychothérapie, forment le socle sensible et philosophique de
son écoute.
Elle exerce à Paris où elle reçoit des adultes pour des thérapies individuelles
ou de couple.
∙ ∙8
zpréface
Le corps pense
e corps pense », ce titre que j’avais proposé au biologiste Francisco Va-«
rela pour un de ses articles consacré au système immunitaire me paraît L adéquat pour introduire cet ouvrage consacré à la pensée
psycho-organique. Cette aventure a commencé avec Paul Boyesen dans les années 1975.
Paul Boyesen a posé une question majeure : quels rapports entretient le corps
avec la psyché et en particulier avec l’inconscient et, c’est là son originalité, dans
les deux sens, de la psyché vers le corps et du corps vers la psyché. Citons Anne
Fraisse : « Cette méthode étudie comment d’un mot, en passant par une image
et une pré-image, le corps est touché. Elle analyse aussi le phénomène dans le
cheminement inverse : comment à partir de l’inconscient corporel peut se former
une image et se dire une parole ».
On doit souligner la modestie dont font preuve les auteurs de cet ouvrage en
qualifant leur démarche de « méthode ». En effet, une méthode est avant tout
la proposition d’une voie d’exploration et non l’énoncé d’une théorie aboutie. Par
ailleurs, on retiendra la loyauté des auteurs qui tous font référence de façon
respectueuse aux auteurs qui les ont précédés dans cette voie, Freud, Jung, Reich
et bien d’autres : comme disait Einstein, « Nous sommes assis sur les épaules de
géants ». Ce respect des apports antérieurs souligne le souci de faire lien avec le
passé tout en ouvrant vers le futur au travers d’une approche particulièrement
originale et riche de propositions. On peut et doit donc considérer leur travail ici
proposé dans un style clair, comme une invitation à la recherche. En témoigne
le foisonnement de propositions, d’hypothèses que contient ce livre. Il m’a
semblé pouvoir retenir plusieurs voies mais la plus importante semble-t-il est la
sensologie qu’Anne Fraisse défnit comme « l’attention portée sur les articulations
∙ ∙9L’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
ou les dysfonctionnements entre la sensation, le sentiment et le sens va permettre
une profonde connexion ou communion entre le sens que l’on donne à sa vie et
la manière dont on la ressent et dont on l’incarne ». Les techniques thérapeutiques
proposées découlent de ce projet : elles combinent abord verbal et abord
corporel. C’est là que des questions peuvent se poser qui concernent les limites entre
le « toucher », les « massages » et autres pratiques qui peuvent se montrer
invasives, mais pas plus que ne le sont des interventions verbales maladroites. Mais
la question des limites des interventions qu’elles soient corporelles ou verbales
n’est pas ignorée. Elle est au contraire centrale, en particulier dans le processus
de formation des futurs thérapeutes, c’est celle de l’éthique qui fait l’objet d’écrits
importants dans cet ouvrage dont celui tout à fait remarquable d’Éric Champ.
Au total, on retiendra la volonté d’un abord le plus large possible, une
philosophie ouverte à la fois sur les théories traditionnelles et également le souci de
laisser une place importante au corps, aux émotions, voire à la spiritualité dont
Marc Tocquet rend compte.
Cette jeune science mérite sa place dans l’arsenal des psychothérapies par son
originalité, sa volonté intégratrice, ainsi qu’une transparence dont témoigne cet
ouvrage qui rend accessibles des concepts complexes et souvent débattus.
Dr. Robert Neuburger
∙ ∙10préamBule
e livre est né de la volonté de présenter en France l’Analyse
Psycho-Organique et du désir de transmettre les connaissances rassemblées dans cette Cméthode qui porte nos pratiques cliniques depuis de nombreuses années
et nous passionne.
La rencontre de nous trois, analystes psycho-organiques de différentes
générations, Anne Fraisse, co-fondatrice de l’École Française d’Analyse
Psycho-Organique, Éric Champ formateur et chercheur dans cette méthode, Marc Tocquet
analyste psycho-organique plus récemment formé et apportant un regard
nouveau, nous a permis de croiser nos points de vue et d’enrichir nos réfexions.
Nous avons voulu que ce livre soit un collectif, à l’image de la méthode. Cet
ouvrage refète à la fois la puissance de la pensée créatrice de Paul Boyesen,
fondateur de l’Analyse Psycho-Organique et témoigne du développement et de
l’évolution de nos concepts et de nos outils thérapeutiques jusqu’à ce jour.
Enracinement et ouverture, fliation et innovation, spécifcité et complexité
ont constitué le fl de cet ouvrage.
Pour illustrer la construction de cette méthode à partir de la pensée du
fondateur, nous avons fait appel à onze autres auteurs, analystes psycho-organiques,
et leur avons demandé de mettre en évidence dans chacun de leurs articles la
spécifcité de l’Analyse Psycho-Organique, ce qu’ils ont fait avec rigueur et
générosité. Qu’ils en soient ici remerciés.
Par cet ouvrage, nous tenons à rendre hommage à Paul Boyesen pour sa
pensée fécondante, la richesse de ses intuitions et l’effcacité des outils thérapeutiques
qu’il a créés.
Un glossaire en fn d’ouvrage présente les principaux concepts de notre
méthode. Dans chaque article des astérisques renvoient aux défnitions du glossaire.
Nous souhaitons au lecteur de percevoir, chemin faisant, l’unité du corps et
de l’esprit, de ressentir en lui le dialogue entre la sensation, le sentiment et le
sens si cher à l’Analyse Psycho-Organique, méthode porteuse de connaissances,
de valeurs et d’espérances sur la transformation possible de l’être humain.
∙ ∙111
LA mÉTHODE & LA v ISION
DE L’HOmmE
15 L’historique de l’Analyse Psycho-Organique
anne fraisse
25 Les fondements de l’Analyse Psycho-Organique
anne fraisse & marc tocquet
39 L’inconscient en Analyse Psycho-Organique
marc tocquet
65 Le corps en Analyse Psycho-Organique
Un voyage de retour vers soi
elisabeth petit- lizop
∙ ∙13La m e & L a v n de L ’
L’historique de l’Analyse
Psycho-Organique
anne fraisse
analyse Psycho-Organique est une méthode née dans les années 1975 qui
fait le pont entre la psychanalyse et les approches psycho-corporelles. L’Elle propose des modèles qui rendent compte à la fois des processus
psychiques, organiques, émotionnels et énergétiques.
Sa dénomination est composée de trois termes ; d’une part « analyse » car elle
est héritière de la psychanalyse s’appuyant sur des concepts majeurs tels que
l’inconscient, le transfert et le contre-transfert, les pulsions, les processus
primaires et secondaires, le symbolique, l’imaginaire, le réel… D’autre part,
« psycho » car elle a pour objet la pratique de la psyché, tant sur le plan intrapsychique
que sur le plan inter-relationnel et transgénérationnel. Enfn « organique » qui
est un qualifcatif plus large que celui de corporel. L’adjectif organique a un double
sens ; il signife ce qui a rapport aux organes, ce qui provient des tissus vivants,
le contraire étant l’inorganique, c’est-à-dire, ce qui n’est pas constitué en un
organisme susceptible de vie. Il qualife aussi les êtres organisés, ainsi que
l’essentiel de l’organisation d’un système, l’antonyme, étant alors inorganisé. Ce
n’est pas sans rappeler ce que Reich nomme la « sensation d’organe ». En effet
pour nous, la pensée est vécue dans le corps et nous pouvons sentir les pensées,
l’esprit et la chair ne faisant qu’un : « l’Analyse Psycho-Organique ne donne pas
∙ ∙15
héoomtdishimoeL’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
seulement de l’importance au sens de l’expérience et à la sensation de
l’expérience, mais aussi au verbe qui les lie » écrit Paul Boyesen.
Cette méthode étudie comment d’un mot, en passant par une image et une
pré-image, le corps est touché. Elle analyse aussi le phénomène dans le
cheminement inverse : comment à partir de l’inconscient corporel peut se former une
image et se dire une parole. Elle permet, par une approche en fnesse de l’in -
conscient, de comprendre comment se font blocages et distorsions et de voir
comment se libère l’énergie. Quelle qu’en soit la voie d’accès : corps, sentiments,
images ou mots, l’Analyse Psycho-Organique aide à établir une bonne circulation
entre ces différentes instances et un dialogue entre conscient et inconscient. Cette
rigueur dans l’analyse permet au thérapisant de prendre en responsabilité son
changement tout au long de sa psychothérapie.
les hérita Ges
L’Analyse Psycho-Organique a été élaborée par Paul Boyesen à partir des années
1975. Mais, une méthode ne naît pas à partir d’une « tabula rasa », elle est
indissociable de l’inspiration d’une époque marquée par l’extrême richesse de la
création psychothérapeutique. Elle est donc le fruit d’une créativité personnelle et
d’un développement collectif.
Wilhelm reich (1897-1951)
Né en 1897 en Autriche, Reich se passionna très jeune pour la psychanalyse ;
il prit une place importante dans le mouvement psychanalytique viennois et fut
fort apprécié par Freud. Passionné par la biologie et par la vie psychique, à trente
ans, il publia un premier ouvrage : « La fonction de l’orgasme », insistant sur
l’importance d’une sexualité naturelle, sur la responsabilité et la liberté sexuelle
de chacun, sur l’éducation sexuelle des jeunes, suivi d’un deuxième ouvrage du
même titre publié en 1942.
Mais dès la fn des années 1930, la seconde théorie freudienne sur l’étiologie
des névroses, introduisant l’instinct de mort comme pulsion interne faisant le
pendant à la pulsion de vie, signa la rupture entre Freud et Reich.
∙ ∙16La m e & L a v n de L ’
En effet, Reich qui soutenait l’origine sociale des névroses, resta fdèle à la
première théorie freudienne de 1905 sur le primat de la sexualité dans la
formation des névroses.
Reich développa une œuvre considérable et originale dans des directions fort
variées : celle de l’action politique et sociale, celle de l’éducation des enfants et
des jeunes, celle des recherches scientifques et des techniques dans le domaine
de l’énergie et bien sûr celle de la psychothérapie.
Dans le champ de la psychothérapie, la pensée de Reich fut très féconde ; elle
est fondée sur le principe que la vie est mouvement, pulsation, que tout arrêt de
ce mouvement crée des désordres psychiques, sociaux et cosmiques.
Il a ouvert une perspective importante à la psychanalyse, en montrant que
l’on peut aussi atteindre l’inconscient à travers le corps. Il utilise le concept de
« cuirasse caractérielle » pour décrire comment les muscles gardent les tensions,
la mémoire des évènements passés et comment à travers eux, on peut agir sur la
névrose. Pour Reich, là où il y a cuirasse caractérielle, il y a cuirasse musculaire.
Cette découverte amena un bouleversement dans la cure analytique. Puisque,
désormais, on peut atteindre la névrose en passant directement par le corps, le
corps devient un langage.
Ger Da B oyesen (1922-2005)
A partir des recherches reichiennes va naître, dans les années soixante, un
mouvement de pensée faisant une large place au corps en psychothérapie. Il va
ainsi se créer de nombreuses méthodes et techniques psycho-corporelles dont
celle pratiquée dès 1952 par Gerda Boyesen et qui prendra le nom de Psychologie
Biodynamique en 1975.
En effet, face à la montée du nazisme, Reich se réfugia dans les pays
scandinaves et vécut en Norvège de 1934 à 1937 où il eut de nombreux disciples dont Ola
Rakness avec lequel Gerda Boyesen, qui est norvégienne, travailla. La Psychologie
Biodynamique est née de la rencontre entre la physiothérapie suédoise,
particulièrement les massages de Büllow Hansen et de l’orgonomie reichienne ; Gerda
Boyesen, physiothérapeute et psychologue, montra les soubassements végétatifs
du processus de résolution des névroses, voire des psychoses. Elle met l’accent
sur l’approche de la psyché par le travail organique, particulièrement par les
massages. Sa contribution personnelle est de montrer que l’effet thérapeutique
∙ ∙17
déomotohihsmieL’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
se passe essentiellement pendant le « défux » de la circulation énergétique. Son
travail consiste donc à favoriser la dissolution des névroses par des massages
appropriés et à travailler pendant la phase parasympathique du cycle énergétique.
Ceci l’amène à défnir l’action autorégulatrice du psycho-péristaltisme, les mas -
sages donnant accès au fonctionnement du péristaltisme et à spécifer aussi les
protections organiques à respecter.
À partir de 1968, Gerda Boyesen intégra dans sa pratique le courant
bioénergétique favorisant le travail thérapeutique par la catharsis émotionnelle et la
régression primale. Ses trois enfants : Ebba, Paul et Mona-Lisa Boyesen sont
devenus ses collaborateurs apportant chacun leur pierre à la constitution de la
Psychologie Biodynamique.
l e fon Dateur D e l’ a nalyse p sycho- o r Ganique :
paul B oyesen (1948)
Norvégien d’origine, ayant pris la nationalité française, de culture
anglo-saxonne et parlant cinq langues, Paul Boyesen est né en 1948 à Oslo, fls de
Carl Christian Boyesen, directeur d’une entreprise familiale de chimie, musicien
et compositeur et de Gerda Boyesen physiothérapeute et psychologue. Partagé
entre des études de médecine puis de cinéma et une pratique intensive de
méditation, de musique et de théâtre, Paul Boyesen connut un chemin atypique qui
le conduisit à l’âge de 23 ans à devenir psychothérapeute dans l’enthousiasme
humaniste de son époque. Dans les années 70, il entreprit à Londres une
psychanalyse jungienne avec le docteur Guy Michel. Paul Boyesen co-produisit et
produisit deux flms : « La maison de poupée » en 1971 et « L’été du silence » en 1972 ;
il hésita donc entre un métier artistique consacré au cinéma ou à la musique et
celui de psychothérapeute. Il est à noter que la musique garde une place
importante dans sa vie ; il joue du piano, compose, écrit et interprète ses chansons.
En 1972, il propose à sa mère Gerda Boyesen, à sa sœur Ebba Boyesen,
psychothérapeute et chercheur dans le domaine psycho-énergétique ainsi qu’à sa sœur
Mona Lisa Boyesen, praticienne en bio-release, de regrouper leurs différentes
recherches et d’ouvrir le centre de Bio-énergie à Londres. En 1975, Paul Boyesen
fonde à Paris avec celle qui allait devenir sa femme, Joëlle Boyesen, née Faguet,
ainsi qu’avec Gerda et Ebba Boyesen un centre de psychothérapie et de formation
pour transmettre leurs approches spécifques, qui après un brainstorming
mé∙ ∙18La m e & L a v n de L ’
morable avec des collègues parisiens fut baptisé « Psychologie Biodynamique ».
De 1975 à 1985, suivant son chemin d’individuation, se différenciant de plus en
plus de l’héritage familial, Paul Boyesen développe ses propres concepts : le Cercle
psycho-organique, l’inconscient situationnel, le PIT élémentaire (travail sur
l’impulse primaire, la réaction secondaire, le compromis et l’interconnection des
trois niveaux : le concept, la connexion organique et l’organique profond), le PIT
avancé (mère symbolique et mère réelle, père symbolique et père réel,
amantamante, moi névrotique et Soi), les contrats dans l’inconscient, les contrats
familiaux et les contrats relationnels, le corps des mots, la sensologie, le choix et
la qualité de l’expérience, les Cinq phases de la naissance, les Cinq pas vers la
réalité… Ce qui conduit l’Analyse Psycho-Organique à devenir une méthode
complète et différente de la Psychologie Biodynamique.
En effet, Paul Boyesen, héritier et co-créateur de la Psychologie Biodynamique
connaît le bien fondé du travail corporel, mais il en perçoit aussi les limites ; par
exemple il ne croit pas que l’on puisse soigner une névrose seulement par un
processus de massage. Il se démarque très tôt des mouvements néo-reichiens,
notamment des techniques qui favorisent les catharsis et les décharges
émotionnelles ; il ne s’agit pas à chaque séance de vider la bouteille qui se remplira au
cours de la semaine, mais de travailler sur la forme même de celle-ci.
Si Gerda Boyesen consacra la majeure partie de son travail à l’écoute du corps,
de l’autorégulation, de la micro-régulation, de la compréhension de l’infniment
petit, il fut nécessaire pour Paul Boyesen de replacer l’homme dans l’univers par
la création d’un modèle phénoménologique : « le Cercle psycho-organique », la
spirale de circulation de la vie, l’approche psychologique, corporelle,
émotionnelle, énergétique et relationnelle de l’homme dans son environnement.
Là où l’un et l’autre se rejoignent, c’est sur l’affrmation de l’unité du corps et
de l’esprit, sur l’idée que la vie est mouvement et sur l’infni respect de la personne.
Mais Paul Boyesen se tourna vers la psychanalyse, développa sa propre vision
et modélisation de l’inconscient et, dans les années 1990, il entreprit un nouveau
parcours psychanalytique avec Joël Dor, psychanalyste lacanien.
Si les conceptions reichiennes de la psychothérapie ont longtemps été mises
en opposition avec celles de Freud, la fracture entre les deux hommes est quelque
peu réduite grâce aux travaux de Paul Boyesen qui tente de faire le pont entre les
théories corporelles et la psychanalyse, le développement de l’Analyse
Psycho-Organique témoignant du besoin grandissant de notre société à lier le corps et la
∙ ∙19
héoomtdishimoeL’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
psyché. Il affrme : « je considère l’Analyse Psycho-Organique comme la tendance
principale qui relie le travail psychanalytique aux thérapies corporelles depuis
les vingt-cinq dernières années ».
les quatre axes
De l’ analyse psycho- orG anique
La fgure ci-dessous fait mieux comprendre les quatre axes de la
psychothérapie actuelle sur lesquels s’appuie l’Analyse Psycho-Organique.
L’axe La psychologie
psycho-énergétique humaniste
et et
psycho-corporel existentielle
La psychanalyse La sensologie
l a psychanalyse
L’Analyse Psycho-Organique, de façon singulière et originale, s’inspire des
approches freudienne, jungienne et reichienne. Ce qui reste commun à ces
références, c’est le travail avec le transfert et le contre-transfert, l’attention portée
à ce qui se joue dans la relation thérapeutique ainsi que les différentes voies
d’accès à l’inconscient.
Une des lignes de pensée de Paul Boyesen est d’affrmer que « l’inconscient
est situationnel ». Si l’inconscient ignore le temps linéaire, il se réfère aux
situations vécues : c’est donc à ces situations retenues dans l’inconscient qu’il faut
permettre d’accéder.
∙ ∙20La m e & L a v n de L ’
l ’axe psycho-éner Gétique et psycho-corporel
Il est inspiré de diverses pratiques élaborées essentiellement par W. Reich, A.
Lowen et G. Boyesen. Le travail reichien de décharge émotionnelle est
accueilli mais, en Analyse Psycho-Organique, il n’est pas forcément recherché
car l’attention se porte plutôt sur la situation passée ou actuelle qui sous-tend la
charge et sur son élaboration. Une attention particulière est donnée à la
circulation énergétique dans le corps ce dont rend compte le Cercle psycho-
organique.
En Analyse Psycho-Organique, l’approche corporelle pourrait se dire ainsi :
ce n’est plus un travail sur le corps, mais un travail avec le corps. Le corps très
présent n’est plus « objet » d’attention particulière, il est partie intégrante du
« sujet parlant ». C’est pourquoi en Analyse Psycho-Organique, la question se
pose non seulement comme chez Reich de libérer l’énergie mais aussi de la
libérer pour créer un sens.
l a psycholo Gie humaniste et existentielle
L’apport de la psychologie humaniste à partir des travaux de Rogers, Perls
et Maslow est d’avoir porté son attention sur le dialogue qu’entretiennent le
thérapeute et son client, chacun étant vu comme une personne consciente et
sensible, engagée et responsabilisée dans la relation. Les valeurs
d’authenticité, de créativité et d’humanité sont stimulées et soutenues, la relation
thérapeutique ne se limitant pas aux dynamiques transférentielles et
contre-transférentielles.
l a sensolo Gie
La sensologie est un aspect fondamental de l’Analyse Psycho-Organique.
Développée par Paul Boyesen, elle éclaire, illumine l’action et l’expérience de vie à
la lumière du sens (direction et signifcation) et des sens (le ressenti) et marque
par là, la profonde connexion entre le sens que l’on donne à sa vie et la manière
dont on la ressent, dont on l’incarne. Elle conceptualise le choix et la qualité de
l’expérience et elle fait appel aussi aux valeurs spirituelles de la personne. La
sensologie est une approche philosophique de l’être.
∙ ∙21
otdoohméshimieL’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
le Développement
De l’ analyse psycho- orG anique
Héritière des travaux conjugués de Freud, Jung, Reich et Gerda Boyesen,
l’Analyse Psycho-Organique s’est enrichie depuis trente ans des apports des écoles
françaises et allemandes. Nombreux sont les formateurs qui ont suivi, à la fois
un parcours psychothérapeutique, une formation en Analyse Psycho-Organique
et une psychanalyse freudienne, jungienne ou lacanienne. L’alchimie de ces
différentes démarches, en chacun d’eux, débouche sur une créativité féconde sans
pour autant qu’ils perdent leur référence identitaire. L’École Française d’Analyse
Psycho-Organique fut fondée en 1985.
Cette effervescence créatrice a largement contribué à l’enrichissement de
la pensée du fondateur. Sa femme, Joëlle Boyesen, depuis quarante ans à ses
côtés, participe au développement et à la structuration de la méthode. Dans
l’École Française d’Analyse Psycho-Organique (EFAPO), Joëlle Boyesen,
Jacqueline Besson, Yves Brault, Anne Fraisse, Jean-Pierre Magnant, Éric Champ,
Claudie Mothe, Sophie Garnier, Ruth Leibelt, Maryse Tissinié, Elsa Vaudaine, Anne
Veillet, Christine Zürcher, Jacques Vaissac, Michèle Guicharnaud, Chantal
Vaglio, Paolo Malvarosa, Martine Chaptal, Martine Papinot et une dizaine de jeunes
formateurs, Muriel Jan, Claire d’Hennezel, Elisabeth Petit-Lizop, Patrick
Marcin, Eric Chalançon, Marie Legros, Marie-Christine Marion, Irène Bouchaud,
Véronique Knapnougel, Joëlle Frisoni, Huguette Delforges, ont participé à son
rayonnement. Ils ont écrit de nombreux articles dans les manuels
d’enseignement, dans la revue Adire et dans des publications nationales dans le champ
de la psychothérapie. Ainsi, de nouveaux concepts et outils ont été introduits
dans la formation par :
〉❱ Joëlle Boyesen, le « Non Joyeux », la psychothérapie par la profondeur et la
psychothérapie de couple, en collaboration avec Paul Boyesen,
〉❱ Jacqueline Besson et Yves Brault, la théorie des trois formes,
〉❱ Éric Champ, le diagnostic et le choix des interventions, le statut du
symptôme, l’application de l’Analyse Psycho-Organique à la psychothérapie de l’enfant
et de l’adolescent,
〉❱ Anne Fraisse, le Cercle psycho-énergétique, une réfexion sur la mort et le
deuil, sur la dynamique de groupe et sur la supervision,
∙ ∙22La m e & L a v n de L ’
〉❱ Claudie Mothe, une réfexion sur les articulations entre l’Analyse Psycho-
Organique et l’approche systémique,
〉❱ Claudie Mothe, Éric Champ, Paul Boyesen, Joëlle Boyesen, Jacqueline Besson,
Yves Brault et Muriel Jan, une pédagogie très originale de l’enseignement de la
psychopathologie pour les psychothérapeutes.
Cette méthode est aujourd’hui pratiquée ou enseignée dans plusieurs pays
d’Europe : France, Allemagne, Belgique, Luxembourg, Lettonie, Russie et Suisse.
Dans le monde, l’Analyse Psycho-Organique connaît un certain développement
au Liban et au Brésil.
L’Analyse Psycho-Organique a été reconnue en Europe par l’Association
Européenne de Psychothérapie (EAP) en tant que méthode spécifque de psycho -
thérapie.
Le développement de l’Analyse Psycho-Organique est à la fois modeste et
profond. L’évolution de la méthode s’est faite dans une croissance organique soucieuse
de cohérence et d’éthique.
∙ ∙23
hioéomdsihomteLA mÉTHODE & LA v ISION DE L’HOmmE
Les fondements
de l’Analyse
Psycho-Organique
anne fraisse & m arc tocquet
les B ases philosophiques et éthiques
l a vision D e l’homme
oisine des courants de la psychologie humaniste, des psychothérapies
corporelles et proche de la psychanalyse, l’Analyse Psycho-Organique V est une méthode originale ; prenant en compte l’inconscient et le corps,
elle retient les préceptes suivants :
〉❱ Une image de l’homme comme d’un individu avec ses perceptions subjectives
qui s’est construit dans la relation à l’autre.
〉❱ Une attention à la valeur de la créativité du sujet. Ceci est palpable dans le
*travail sur l’impulse primaire (PIT ) où le thérapeute aide le thérapisant à se frayer
un chemin sur une terre non encore parcourue.
〉❱ Un homme aspirant à la réalisation de soi ce qui implique que l’action
thérapeutique offre un soutien et un accompagnement là où la personne en a besoin,
et particulièrement quand elle en a manqué par le passé, afn de développer et
d’élargir son champ d’action et sa conscience d’être.
∙ ∙25L’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
〉❱ Un homme chercheur et créateur de sens : le sens de ses actions et la
direction de ses choix deviennent palpables au thérapisant quand la connexion avec
la profondeur et avec le Soi organique est rétablie.
〉❱ Un homme à la recherche de ses besoins et ses désirs qu’il incarne dans ses
projets et dans sa vie quotidienne.
〉❱ La responsabilité de l’homme responsable face à ses choix : l’Analyse
Psycho-Organique a mis l’accent sur le concept de « choix et qualité de l’expérience ».
〉❱ La prise en compte des valeurs que la personne porte en elle et l’attention
portée à sa dignité.
〉❱ La dimension de la coexistence comme constitutive de l’homme.
l a vision D u processus psychothérapeutique
Passer par l’épreuve de soi-même, entreprendre une psychothérapie est une
démarche courageuse de remise en question et de transformation. Pourquoi
sommes-nous si attachés au connu, même s’il est douloureux et pourquoi
avonsnous si peur de l’inconnu ? La psychothérapie demande donc un engagement et
une confance, et cela du côté tant du praticien que du patient. Les thérapisants,
que nous pouvons aussi appeler des chercheurs ou des voyageurs au pays de
soimême et du Soi, poussés le plus souvent par un mal-être, un mal à dire, un mal
à vivre, une crise, un confit, une rupture, un deuil, une dépression, par diverses
souffrances physiques, psychiques et spirituelles, se mettent à l’écoute
d’euxmêmes, de leur être profond, du dialogue conscient-inconscient. Dans cette
démarche qui se fait individuellement et/ou en groupe, la dynamique
transférentielle est le moteur du processus et chacun cheminera différemment. En effet des
liens conscients et inconscients se tissent peu à peu entre le thérapeute et le
thérapisant ; celui-ci investit le praticien et projette sur lui notamment des images
parentales. Le thérapeute tient compte de son contre-transfert, c’est-à-dire de
son éprouvé qu’il élabore et met au service de son patient.
Le praticien n’oublie pas que la limite de l’évolution possible de son patient
n’est pas seulement sur le divan, du côté du thérapisant, mais aussi dans le
fauteuil du côté du thérapeute qui est avant tout au service de l’homme et non là
pour vérifer une méthode.
Certains patients partent du corps pour aller vers le verbe, c’est-à-dire de la
sensation vers le sens, processus de symbolisation ; d’autres partent du verbe, de
∙ ∙26La m e & L a v n de L ’
la parole pour aller vers le corps, processus d’incarnation, et en chemin ils
rencontrent l’éprouvé, le vécu, les émotions et les sentiments. En Analyse
Psycho-Organique, nous portons particulièrement notre attention sur les articulations et
les dysfonctionnements entre la sensation, le sentiment et le sens.
S’engager dans une psychothérapie se doit d’être un acte de liberté et de
responsabilité. L’analyste psycho-organique accueille le thérapisant dans ses
joies et dans ses peines, respecte sa demande, son projet, son processus de
changement, tant sur le plan conscient qu’inconscient. Le praticien adhère au code
1de déontologie élaboré par la SOFRAPSY . Il est engagé dans une supervision.
Préparé par sa formation et sa pratique supervisée à s’enraciner dans ses bases
personnelles, à reconnaître ses richesses et ses limites, à affner sa propre vision
de l’être humain, à intégrer les valeurs éthiques et les règles déontologiques
2développées dans notre méthode et dans la profession , l’analyste
psycho-organique tente de tenir ensemble l’amour et la loi. Tout cela demande une présence
incarnée s’appuyant sur les quatre fonctions d’orientation de la psyché qui selon
Jung sont : pensée, intuition, sensation, sentiment (Jung, 1910).
l ’enracinement D ans les psychanalyses
et l’approche psycho-corporelle
L’Analyse Psycho-Organique s’enracine dans le monde mis en évidence et
élaboré par les psychanalyses, tant la psychanalyse freudienne et ses nombreuses
3et constantes évolutions , que l’analyse jungienne. Elle trouve son origine aussi
dans l’approche psycho-corporelle issue des recherches de W. Reich, poursuivies,
à sa manière, par Gerda Boyesen. Ce sont ces précurseurs, qui ont nourri
l’approche de Paul Boyesen, que nous allons présenter ici.
1 Société Française des Analystes Psycho-Organique. www.sofrapsy.fr
2 J. Boyesen (1996), « L’éthique du psychothérapeute » in Profession thérapeute, ouvrage collectif,
Buchet Chastel, Paris pp.227-239.
É. Champ, « L’éthique de l’analyste psycho-organique », article de cet ouvrage.
3 Sur la question des évolutions initiales et constantes de la psychanalyse voir l’article d’Éric Champ
et Marc Tocquet (2014).
∙ ∙27
htmodéoishimoeL’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
La relation de la psychanalyse freudienne au corps semble porter
défnitivement le sceau de l’approche inaugurale de Freud au corps de la malade hystérique.
Confronté au paradoxe des paralysies hystériques dès le début de sa carrière
médicale à Vienne, puis dans le service de Charcot à la Salpêtrière, Freud met en
évidence, dans le cadre de la névrose, un autre corps que celui de la clinique
médicale de l’époque, un corps rebelle à la logique anatomique. Un corps qui se
révèlera être un corps pulsionnel de plaisir.
Il découvre ainsi que le corps de la patiente hystérique « qui se comporte
dans ses paralysies et autres manifestations comme si l’anatomie n’existait pas
» (Freud, 1893), est gouverné par le langage. La malade hystérique « prend les
organes dans le sens vulgaire, populaire du nom qu’ils portent : la jambe est la
jambe jusqu’à l’insertion de la hanche, le bras est l’extrémité supérieure, comme
elle se dessine sous les vêtements (Ibid.)». Ainsi, si lésion il y a, ce ne peut être
qu’une lésion de ce que représente pour la patiente le mot, ou le concept, de
jambe ou de bras.
Le corps dans l’hystérie se révélant vécu dans le langage, le mot ou le vocable
concernés par la conversion hystérique apparaissent comme premiers, et mis à
cette place du fait de l’histoire du ou de la malade. Cette histoire concerne la vie
pulsionnelle, la vie libidinale de la patiente et la cure de la névrose se trouve
ainsi habitée par le plaisir et le déplaisir sexuels.
Remarquons que, dès le début de ses recherches, Freud emploie le terme de
« Hysterische Konversion, conversion hystérique», et il ne le remettra jamais en
question par la suite, pour rendre compte du passage dans le corps d’un affect
qui est d’ordre psychique et qui passe secondairement dans l’ordre du somatique.
La conversion concerne donc exclusivement un confit psychique qui se trouve
transposé dans le corps, et constitue une tentative de résolution de ce confit dans
des symptômes somatiques, dits de « conversion ». Ces symptômes de conversion
peuvent être moteurs (comme les paralysies) ou sensitifs (comme les anesthésies
ou les douleurs localisées).
Le corps est ainsi considéré par Freud comme le lieu d’expression, secondaire,
d’un confit psychique qui, lui, est premier. Il vise à attirer l’attention sur ce confit
en exprimant des représentations refoulées.
∙ ∙28La m e & L a v n de L ’
Malgré l’élargissement du champ pathologique concerné par la cure, cette
conception initiale du corps par Freud a marqué tout le développement ultérieur
du rapport de la psychanalyse au corps.
Pourtant, bien sûr, d’autres organisations psycho-corporelles existent,
différentes de l’hystérie, comme les troubles psychosomatiques par exemple, qui
habitent différemment le corps physiologique.
Le corps physiologique se présente ici comme autonome au regard du corps
pulsionnel. Et la psychanalyse se trouve dans une situation plus diffcile pour
traiter ces pathologies, puisqu’il apparaît clairement qu’il n’y a pas de conversion
symbolisante dans les maladies psychosomatiques, pas plus que dans le
morcellement du corps dans la psychose.
Georg Groddeck qui, pendant un temps, fut très proche de Freud, se
positionne fnalement d’une façon très divergente de celui-ci au regard des relations
du corps et du psychisme. Sa conception du ça, si radicalement différente des
topiques freudiennes, fait voler en éclats les territoires établis par le maître
viennois.
« Par le terme de ça, j’entends la totalité du vivant dans un être individuel
(Groddeck, 1928, p. 146) ». Le ça est la manifestation de la vie, de l’ensemble des
manifestations de vie chez un être humain, et il comprend donc aussi bien « la
psyché » (constituée du conscient et de l’inconscient) que ce que Groddeck appelle
le « végétatif ». Ce ça groddeckien est donc bien différent de ce que Freud mettra
sous ce même terme dans sa seconde topique.
Pour Groddeck aussi, cependant, c’est l’interprétation du sens de la
manifestation pathologique, qui permet au ça de rétablir la santé.
Le thérapeute est donc ici celui qui, grâce à sa présence et à sa capacité de
« servir le patient » et non pas de le « traiter », est « capable de parler au malade
dans le langage de l’inconscient et du végétatif (Ibid) », et fnalement de donner
sens à la manifestation organique.
Les interprétations faites par Groddeck paraissent avoir pour but de
circonscrire, souvent même de contraindre, cette manifestation organique dans une
expression psychique, le plus souvent sur un mode symbolique. A la différence
des conceptions de Freud, en effet, le ça pour Groddeck s’exprime à l’aide de
symboles ou d’images et non à l’aide de mots.
∙ ∙29
todméhooihsmieL’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
On se situe ici à la jonction de la maladie organique, ou plus exactement de
la manifestation organique, et des fantasmes œdipiens, le symbole étant le mode
expressif privilégié de cet espace intermédiaire. Souvent Groddeck semble
opérer comme un forçage de l’organique dans un moule interprétatif qui donne à
cet organique une expression, une intentionnalité psychiques. C’est la
caractéristique du ça de contenir tout à la fois le moi, le conscient et l’inconscient, ainsi
que le végétatif et de faire naître par la maladie une manifestation du désir. Le
thérapeute intervient alors dans un espace de jonction entre la manifestation
somatique, qui est ici première, et l’expression psychique de celle-ci, et semble
parachever cette expression en lui attribuant un sens qui n’était pas là auparavant.
Avec W. Reich, un changement radical de point de vue apparaît puisque le
corps acquiert son autonomie à l’égard du psychisme dans la genèse des névroses.
Grâce à lui, une façon nouvelle de concevoir l’économie corporelle, et avec elle
la relation psyché-soma, se fait jour tout en restant en lien avec les avancées
freudiennes. Il ne remettra jamais en question, par exemple, le concept
d’inconscient.
Le corps, pour Reich, est le lieu où s’est engrammé le traumatisme. Nos
souvenirs douloureux, nos angoisses, nos souffrances sont refoulés dans l’inconscient
et enregistrés dans le corps, formant une cuirasse dite « musculaire ». Cette
cuirasse est l’ensemble des réactions musculaires, notamment des spasmes
musculaires chroniques, c’est-à-dire l’augmentation chronique du tonus de base de
certains niveaux ou groupes musculaires, mis en place par un individu pour
bloquer l’expression d’émotions, comme la colère, ou l’excitation sexuelle.
Cette cuirasse musculaire, organique, trouve son expression secondairement
dans la « cuirasse caractérielle » qui est l’ensemble des attitudes du caractère,
typiques d’un individu, et que celui-ci utilise pour contrecarrer l’expression de
ses émotions, rendue impossible notamment par les interdits culturels et sociaux.
Ce sont les perturbations de la vie sexuelle, génitale, qu’il est amené à
constater dans ses consultations de médecin qui orientent Reich, dès 1923, vers l’étude
de « la génitalité du point de vue du pronostic et de la thérapeutique
psychanalytique (Reich, 1923)».
Il annonce ainsi que : « Le trouble de la génitalité n’est pas un symptôme
parmi d’autres, mais le symptôme de la névrose ».
∙ ∙30La m e & L a v n de L ’
C’est en effet, pour lui, l’accumulation de la tension sexuelle génitale privée
d’une possibilité de décharge suffsante dans l’orgasme, ce qu’il appelle la stase
sexuelle, qui est à l’origine de toutes les névroses. Ainsi, l’excitation sexuelle privée
de son issue naturelle envahit le système cardio-vasculaire et produit l’angoisse.
Le refoulement pour Reich n’est donc pas responsable de l’absence de
satisfaction sexuelle. Au contraire, l’absence d’une satisfaction sexuelle suffsante
suscite angoisse et agressivité et ce sont elles qui sont refoulées.
Le soin ne concerne donc pas simplement une activité interprétative, mais le
traitement de cette cuirasse musculaire qui, issue de l’impossibilité d’une pleine
décharge sexuelle, renforce à son tour l’impossibilité de cette pleine décharge en
empêchant, notamment par sa rigidité, la propagation des spasmes orgastiques
à l’ensemble de la musculature. Aussi Reich va-t-il développer une technique
visant à relâcher la rigidité de la musculature au moyen d’exercices et de
manipulations corporels, technique qu’il nomme végétothérapie.
Le corps est donc considéré ici comme premier dans l’étiologie des névroses
et l’approche du traitement proposé par Reich est corporelle. Ce travail sur le
corps a, bien sûr, ses effets sur le psychisme puisqu’en travaillant au niveau du
système neurovégétatif, on se situe dans une interaction fonctionnelle avec le
système neuro-endocrinien qui régule aussi bien le fonctionnement somatique
que psychique.
Ces précurseurs ont nourri la spécifcité de l’approche de Paul Boyesen : Freud,
bien sûr, par l’ensemble de sa métapsychologie fondatrice, le statut donné au
symptôme, notamment, comme étant une manifestation cherchant à exprimer
ou à résoudre un confit psychique inconscient. Groddeck en se rapprochant du
langage du corps qu’il cherche à comprendre et à interpréter dans une signifca -
tion psychique. Reich, enfn, mettant à jour une nouvelle économie entre corps
et fonction psychique, où le corps est capable d’encapsuler, d’engrammer les
souvenirs et les angoisses refoulés, notamment lorsque l’expression des émotions
ne se fait pas. Notre corps aussi qui peut se charger de contenir des tensions
intenses lorsqu’il est confronté à des décharges énergétiques insuffsantes.
Ces différentes relations croisées et complexes entre corps et psychisme,
établies par ces fondateurs, on les retrouve notamment synthétisées dans ce que l’on
peut appeler la topique de l’Analyse Psycho-Organique qui se constitue de trois
éléments : Organique profond – Connexion organique – Concept. Topique qui se
∙ ∙31
dootimséihomheL’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
révélera dans sa richesse, nous l’espérons, notamment dans les potentialités
thérapeutiques qu’elle ouvre, au fl des différents articles de ce livre. Il n’y a, certes
pas, que cette topique qui se trouve irriguée des trouvailles de ces découvreurs,
Paul Boyesen a su élaborer, en s’appuyant sur le socle des psychanalyses et des
approches psycho-corporelles issues de Reich, ses propres conceptions théoriques
originales, toujours associées étroitement à des modalités thérapeutiques puisque
nées de son expérience de thérapeute.
A ces découvreurs dont nous venons de parler, il faut rajouter C. G. Jung dont
l’Analyse Psycho-Organique se rapproche avant tout par la conscience d’une
dimension qui dépasse largement les limitations égotiques de l’être humain.
De Jung, nous nous rapprochons aussi par l’usage que nous pouvons faire en
thérapie de l’image et du symbole.
On sait que pour lui le symbole a sa propre raison d’être, intermédiaire entre
la vie consciente de l’individu et la part d’inconscient collectif, peuplées
notamment d’images, que chacun possède en soi.
Le symbole, l’image symbolique et archétypique ont en effet une place
importante en Analyse Psycho-Organique. Ils sont sollicités souvent comme
ressources inconscientes chez le thérapisant, pour restaurer, réparer des situations
de manque ou d’inaccomplissement, ou des situations traumatiques. Le travail
avec l’image symbolique est fondamentalement pour nous un moyen d’explorer,
*et aussi de réaliser, la dimension du conséquentiel que l’on peut défnir comme
la compilation des situations que le sujet attend de vivre pour développer le plus
possible la pleine réalisation de soi, et qu’il n’a pas pu vivre. Cette idée est
fondamentale en Analyse Psycho-Organique : toute personne sait inconsciemment ce
dont elle a besoin pour développer le plus possible ses potentialités, elle attend
constamment de pouvoir le faire. Il peut s’agir de besoins fondamentaux (nul ne
mettra en doute que le bébé en naissant attend, bien sûr sans le savoir
consciemment, d’être nourri, choyé, attendu, reconnu), comme de besoins apparemment
plus subtils, mais fnalement tout aussi fondamentaux, que la personne cherche
constamment à satisfaire, des situations qu’elle veut et cherche à vivre, nécessaires
au plein épanouissement de ses potentialités. Ainsi le travail avec les images et
les symboles est une part de ce qui nous permet, dans le cadre du processus
thérapeutique, de contacter l’expression de ce conséquentiel et d’accéder à la
∙ ∙32La m e & L a v n de L ’
réparation de ces manques. La façon de prendre l’image comme une réalité, de
la décrire, de la ressentir, de l’éprouver et de la faire évoluer est proche du travail
proposé par Jung en imagination active.
Mentionnons également Gerda Boyesen, physiothérapeute et psychologue,
mère de Paul Boyesen, qui se forme en Norvège auprès d’un élève direct de W.
Reich, Ola Raknes. Elle poursuit ses propres recherches l’amenant à pratiquer
dès 1952 une technique psychothérapeutique spécifque qui prendra le nom de
Psychologie Biodynamique en 1975.
Gerda Boyesen traite les névroses par des massages appropriés, montrant et
1utilisant, de façon tout à fait anticipatrice par rapport aux découvertes récentes ,
l’action auto-régulatrice du psycho-péristaltisme intestinal, les massages
permettant de favoriser cette autorégulation (Boyesen G. 1985).
*Certains aspects du travail avec « l’organique profond  » en Analyse
Psycho-Organique reprennent cette approche de la Psychologie Biodynamique, mais
l’Analyse Psycho-Organique n’est pas la continuation de la Psychologie Biodynamique.
A l’approche psycho-corporelle Paul Boyesen a intégré, en effet, les vastes
apports des psychanalyses, mais ceci sans opérer un simple assemblage. Il a construit,
au contraire, une méthode thérapeutique spécifque, c’est-à-dire structurée
autour d’une pratique et de concepts nouveaux, élaborés à partir des années 1970.
Autour de concepts centraux s’organise une variété de possibilités
d’interventions thérapeutiques, ce qui constitue certainement une particularité de l’Analyse
Psycho-Organique. Cette diversité constitue une grande richesse, bien sûr pour
le thérapisant qui se voit offrir des possibilités d’approche au plus près de sa
problématique, mais aussi pour le thérapeute qui se sent disposer d’outils
opérants qui ouvrent au travail. En effet, aux trois éléments de la topique de l’Analyse
Psycho-Organique, (Organique profond - Connexion organique - Concept)
correspondent des façons de travailler spécifques, allant d’un travail de mobilisation
de la respiration, à un travail d’association et d’expression à partir des ressentis
corporels, ou encore à une analyse des rêves.
1 Ce n’est que très récemment (depuis la fn des années 1990) que le discours scientifque établit
l’existence d’un « second cerveau », situé dans la paroi intestinale, allant jusqu’à le dénommer
« système nerveux entérique ».
∙ ∙33
hioéomdsihomteL’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
Du côté du clinicien, les concepts de l’Analyse Psycho-Organique qui seront
développés tout au long de cet ouvrage, et l’organisation interne de cette pratique
ouvrent notamment à sa sensibilité et à sa créativité, avec tous les effets positifs
que cela produit pour le thérapisant. Le thérapeute a vraiment la possibilité
d’adapter son travail en fonction de la souffrance ou de l’évolution du processus
de son patient.
Du côté du thérapisant, dans cette variété possible des façons de faire, il faut
souligner que la relation à sa vie corporelle est toujours sollicitée. L’Analyse
Psycho-Organique s’adresse à l’unité psycho-organique : le corps demeure une
préoccupation centrale, tant dans ce que l’on peut observer de sa vie somatique de
l’instant (tonus, respiration, posture), que dans l’écoute de ce qu’il donne à
entendre et à penser (comment le corps parle, s’exprime), ainsi que dans la
proposition constamment faite au thérapisant d’être dans le contact de ses sensations
corporelles et de s’ouvrir à l’exploration de celles-ci (« Que ressentez-vous ? »
« Sentez-bien votre corps »).
Il est fondamental de préciser que ces différentes façons de faire sont toujours
choisies et organisées selon une structure théorique rigoureuse et souvent
originale qui permet, autour du transfert et de son analyse, d’élaborer le sens, la
nécessité, l’adéquation de telle ou telle façon de travailler dans le cadre des séances.
le climat Des psychothérapies
humanistes existentielles
Issue du courant philosophique de la Daseinsanalyse, l’approche humaniste
existentielle se fonde sur la vision positive d’un être humain fondamentalement
bon, possédant en lui des forces de croissance et de développement qu’il est
toujours capable d’agir et qui l’amènent à évoluer toujours positivement si les
conditionnements ou les divers obstacles qu’il subit n’y font pas entrave.
On peut considérer que le précurseur de cette méthode psychothérapeutique
est Jacob Moreno qui, dans les années 1920, met en évidence un espace
thérapeutique libre et multidimensionnel dans le cadre de la psychothérapie de groupe
∙ ∙34La m e & L a v n de L ’
dont il est le pionnier. Dans le groupe, des interactions peuvent s’établir librement
entre chaque participant, la spontanéité personnelle jouant pour chacun un rôle
libérateur. Chaque participant est ici l’agent thérapeutique d’un autre
participant ; chaque groupe peut l’être aussi pour un autre groupe.
Dans le cadre du psychodrame qu’il élabore au début des années 1930,
Moreno réalise comment, par l’intermédiaire d’un théâtre de la spontanéité, la
personne est capable de se libérer des rôles dans lesquels l’ont contrainte les exigences
sociales ou les problématiques familiales. L’individu peut alors évoluer vers une
personnalité différente, plus libre et plus satisfaisante pour lui-même, en
fonction de ce qu’il a pu vivre et comprendre dans le cadre de rencontres vraies avec
autrui. Ainsi J. Moreno met-il en évidence les effets thérapeutiques de la relation
lorsqu’elle s’inscrit dans un espace où la possibilité est laissée à chacun de
s’exprimer librement et d’interagir.
Abraham Maslow a étudié, au fl de ses recherches et des décennies, de
nombreux aspects du comportement humain ainsi que du comportement animal. Il
débuta son travail par l’étude du comportement des chiens et des singes. Il
s’intéressa ensuite aux conduites des humains en société, puis à l’étude des
comportements pénibles comme la peur, l’insécurité, la privation pour s’intéresser f -
1nalement à la motivation et à la satisfaction. Dans les années 1950, ses études
sur la motivation le conduisent à porter son attention sur l’accomplissement de
soi, puis sur les expériences mystiques. On le considère comme étant à l’origine
aussi de la psychothérapie transpersonnelle. La continuité et la cohérence de sa
démarche apparaissent clairement, établies sur une trentaine d’années, depuis
l’étude des états psychiques les plus douloureux (la peur et l’insécurité), jusqu’au
sentiment de plénitude et de joie profonde lorsque s’établit avec la réalité une
présence où s’effacent les limites entre le moi et le non-moi (ce que Maslow appelle
les états paroxystiques).
Pour ce qui concerne notre propos ici de la psychothérapie humaniste
existentielle, dans le foisonnement remarquable de son travail, Maslow a élargi le
regard que l’on peut porter sur l’être humain, depuis la nécessité de satisfaire
1 Il est particulièrement connu pour sa célèbre pyramide des besoins, laquelle n’est pas sans
analogie avec notre Cercle psycho-organique qui part du besoin pour aller vers l’orgonomie.
∙ ∙35
doéhooimthimseL’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
ses besoins élémentaires puis le besoin d’accomplissement de soi-même jusqu’à
la recherche fnalement de la joie de ces états paroxystiques que nous venons
d’évoquer. C’est une dynamique de recherche d’évolution de l’individu qu’il
met en évidence, la nécessité et la capacité pour chacun d’aller vers la
réalisation de soi-même (en observant obligatoirement certaines étapes). Chacun
porte en lui ces désirs et cette aptitude d’évolution, même si peu de personnes
parviennent à les réaliser pleinement. Ainsi Maslow met-il en valeur l’interêt
de promouvoir, de valoriser les qualités de la personne et les réussites
individuelles, plutôt que de considérer les patients comme des « sacs de symptômes »
1(« bags of symptoms »)  .
C’est à lui que l’on attribue ce propos souvent cité : « I suppose it is tempting,
if the only tool you have is a hammer, to treat everything as if it were a nail. », que
l’on peut traduire littéralement par « J’imagine qu’il est tentant, si le seul outil
que vous avez est un marteau, de traiter tout problème comme si c’était un clou ».
Cette citation pourrait être reprise très précisément au proft de l’Analyse Psy -
cho-Organique, qui dispose précisément d’une variété d’outils (tout en gardant
une grande cohérence interne) afn de répondre aux besoins spécifques de
chaque patient ou des différentes étapes de l’évolution du processus
psychothérapeutique du patient, outils dont la diversité et la cohésion se découvriront, nous
l’espérons, tout au long des différents articles de cet ouvrage.
Carl Rogers est l’un des premiers à avoir appliqué, dans une méthode
psychothérapeutique qu’il dénomme l’« Approche centrée sur la personne », ces façons
de voir où l’accent est mis sur la qualité de la relation, une relation d’empathie,
de non-jugement et non-directive, cette façon de concevoir la relation étant la
meilleure pour permettre au « client » de reprendre librement le cours de son
développement, le thérapeute se situant comme une personne et non comme un
expert ou un conseiller.
Une autre grande école de ce courant humaniste existentiel est la Gestalt
thérapie créée par Fritz Perls et Paul Goodman aux Etats-Unis à partir de 1951.
1 Cité par Hoffmann E. (1988), p. 109.
∙ ∙36La m e & L a v n de L ’
En Analyse Psycho-Organique, conjointement à une clinique issue des
psychanalyses, que l’on peut appeler une clinique du dissimulé, nous travaillons
2aussi du côté d’une clinique du positif ou clinique du manifesté  qui se nourrit
de cette vision humaniste existentielle. A l’aide du travail psychothérapeutique
dans l’ici et maintenant de la relation, cette clinique du positif vise à libérer les
capacités d’évolution du thérapisant, en s’appuyant sur sa capacité à reprendre
ou dégager le cours de son développement personnel, d’où notre confance
fondamentale dans l’évolution du processus thérapeutique.
L’analyste psycho-organique établit avec son thérapisant une relation humaine
de confance, chaleureuse, une relation de personne à personne, qui sait ne pas
se limiter, sans pour autant le nier, à ce qui a lieu dans le cadre du transfert et du
contre-transfert.
C’est la qualité et l’authenticité de cette relation dans le cadre thérapeutique
qui donnent toute leur valeur aux retours en miroir que peut formuler le
thérapeute à l’égard de son thérapisant et à l’espace offert à celui-ci de percevoir et de
réaliser ce qu’il comprend et a besoin de se dire par rapport à lui-même. On
comprend que la créativité ait alors une place fondamentale dans cette
perspective humaniste existentielle, elle devient un espace nécessaire, tout autant que
fondamentalement bon, pour permettre au thérapisant de mieux prendre
conscience des divers aspects de sa problématique, d’ouvrir les portes des
possibles et d’élaborer en lui, en pouvant les voir réalisées ou fgurées par exemple
dans le cadre de la séance, les diverses modalités de réaction et d’être qui lui sont
accessibles.
2 Cf. Champ É., Tocquet M. (2014).
∙ ∙37
todméhooihsmieL’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
BIBL IOGR A PHIE
Boyesen G. (1985), Entre Psyché et Soma, Paris, Payot.
Boyesen J. (1996), « L’éthique du psychothérapeute » in Profession thérapeute,
ouvrage collectif, Paris, Buchet Chastel.
Champ É., L’éthique de l’analyste psycho-organique, article de cet ouvrage.
Champ É., Tocquet m. (2014), « De la psychanalyse freudienne vers une
psychanalyse intégrative » in Les fondements des psychothérapies, Paris, Dunod.
Freud S. (1893), Quelques considérations pour une étude comparative des para-
lysies motrices organiques et hystériques, Publications du Progrès médical,
vienne, 1893.
Fraisse A. (1991), « Touche pas à mon corps », in L’être touché, Revue Adire
n°6, Paris.
Groddeck G. (1928), « Considérations de principe sur la psychothérapie »,
in La maladie, l’art et le symbole, Paris, NRF Gallimard, 1969.
Hoffmann E. (1988), Abraham Maslow : A Brief Reminiscence. New York,
mcGraw-Hill.
Jung C. G. (1910), Les types psychologiques, Genève, Georg et Cie., 1977.
Reich W. (1923), Uber Genitalität von Standpunkt der Psychoanalytischen
Prognose und Therapie, Salzburg.
Reich W. (1933), L’analyse caractérielle, Payot, Paris, 2006.
Reich W. (1927), La fonction de l’orgasme, L’Arche, Paris, 1997.
∙ ∙38La m e & L a v n de L ’
L’inconscient en Analyse
Psycho-Organique
marc tocquet
a conception que Paul Boyesen a de l’inconscient montre bien les deux
mouvements que l’on trouve constamment à l’œuvre en Analyse Psy-L cho-Organique : celui de l’intégration de conceptions antérieures et celui
d’une authentique innovation.
Ainsi l’Analyse Psycho-Organique emprunte-t-elle les données fondamentales
de l’inconscient freudien, mais elle se nourrit aussi, comme nous allons le voir,
des travaux de plusieurs autres prédécesseurs : Jung, Groddeck et Reich.
Paul Boyesen se démarque notamment de ces grands ancêtres par un apport
original concernant le contenu et le dynamisme de l’inconscient, un inconscient
visant la pleine réalisation de la personne, et dont je vais tenter de développer ici
les caractéristiques.
l ’hérita Ge freuDien
Paul Boyesen a repris à son compte la première topique freudienne,
c’est-àdire l’existence du Conscient, du Préconscient et de l’Inconscient. Il a intégré
également les concepts de la seconde topique : le ç a, le Moi, le Surmoi.
∙ ∙39
mosiooidéhtmheL’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
Ce faisant, il adopte la vision de Freud des mécanismes du fonctionnement
de l’inconscient. Parmi ces mécanismes, signalons les deux principaux : la
condensation et le déplacement.
La condensation est le moyen par lequel un seul élément représente, condense
en lui, une multiplicité d’autres éléments. Même si Freud avait déjà repéré ce
mode de fonctionnement en étudiant ce qu’il appelle les « psychonévroses », c’est
dans l’étude des rêves qu’il l’a particulièrement bien mis en évidence. Dans un
rêve, on constate facilement qu’une seule personne peut représenter plusieurs
autres personnes, qu’un seul lieu contient les caractéristiques de plusieurs lieux,
que même un objet peut être composé de plusieurs autres objets, chacun ayant
une signifcation dans l’histoire du rêveur.
En séance, on peut aussi constater qu’un mot, issu d’une langue connue ou
forgé artifciellement, apparaît à la place de plusieurs autres mots ou même de
plusieurs autres phrases. Ainsi, par la condensation, une seule représentation
réunit en elle plusieurs chaînes associatives à l’intersection desquelles elle se trouve.
Le déplacement, lui, est le mécanisme par lequel un détail insignifant, un
élément secondaire d’un récit, rêve ou exposé d’un événement réel, se révèle avoir
une importance fondamentale. A l’inverse, ce qui est au centre de la narration n’a
qu’une importance secondaire, ou même minime. Ce mécanisme souligne donc
que l’intensité, l’intérêt d’une représentation peut se détacher, se décoller d’elle
pour aller se fxer sur une autre représentation, apparemment très secondaire,
mais liée à la première, ici aussi, par une chaîne associative. Ainsi dans l’écoute
d’un rêve, il est toujours nécessaire pour le thérapeute de prêter une grande
attention à ce qui se trouve comme dans le décor du rêve, ou juste signalé brièvement.
Cela peut être justement dans ce détail qui veut passer inaperçu, que se révèle le
véritable questionnement du sujet, pour peu qu’on sache attirer l’attention du
thérapisant sur cet élément. En Analyse Psycho-Organique, la sensation corporelle
ou le positionnement de telle ou telle partie du corps peuvent être considérés
aussi sous l’angle du déplacement. La personne peut manifester par ses sensations
corporelles énoncées rapidement ou par des attitudes montrées sans ostentation,
des signifcations centrales de ce qu’elle est en train d’évoquer.
Je me souviens, par exemple, du poing fermé, et serré fort, d’une patiente
alors qu’elle évoquait une manifestation de générosité de sa mère. Par ce poing
∙ ∙40La m e & L a v n de L ’
droit serré, il s’est avéré qu’elle faisait connaître inconsciemment non pas le
plaisir d’être l’objet de cette générosité comme elle l’évoquait dans son discours
conscient, non pas tant non plus une envie d’agresser, mais ce qu’elle a pu
discerner comme son besoin de se protéger de cette trop grande générosité.
Une autre caractéristique du fonctionnement de l’inconscient qu’il me semble
nécessaire de mettre en évidence est le fait que les pulsions inconscientes ne
connaissent pas la contradiction, ni donc la négation. Il est par conséquent
constant pour l’inconscient d’exprimer et de chercher à obtenir des choses qui
apparaissent contradictoires au conscient, chacun de ces objets de satisfaction
venant répondre à un désir, à une pulsion spécifque. Sans négation, les pulsions
pouvant persister les unes à côté des autres même si elles sont inconciliables, il
n’y a bien sûr pas de préférence, de doute, de choix possible. Il n’y a pas non plus
de degré dans la certitude. Là aussi le vécu corporel est particulièrement à même
d’évoquer, de faire connaître, par des symptômes, par des sensations corporelles
ou émotionnelles discordantes, l’irréductibilité de désirs inconscients
contradictoires.
Cette absence de négation dans l’inconscient a pour conséquence que le
contenu inconscient exprimé dans une parole est toujours positif. C’est le conscient
qui l’exprime avec une négation éventuelle. Un thérapisant qui, s’exprimant en
séance, dit « je ne pense pas que » ou « ce n’est pas ceci ou cela » doit bien sûr être
compris comme « je pense que » et « c’est bien de ceci et de cela dont il s’agit ».
Ceci ne signife pas, bien entendu, qu’il faille interpréter sauvagement tout énon -
cé formulé sur le mode de la négation. L’attention du thérapeute est simplement
attirée par ces négations et c’est son art que d’amener, si nécessaire, et en douceur,
le patient à les considérer sous un autre angle que celui du refus.
Un autre point remarquable que je mentionne ici, est celui de
l’intemporalité des contenus inconscients. Dans un rêve par exemple, on voit bien que
l’inconscient crée des liaisons, des rapprochements dans un ordre qui n’est pas celui
du temps établi par le conscient. Les éléments du rêve vécus éventuellement par
la personne à des moments très différents de sa vie, et parfois très anciens, se
chevauchent, s’organisent d’une façon qui n’est pas temporelle. La trace imprimée
dans l’inconscient par un événement n’est pas modifée par le temps, on peut
∙ ∙41
disméoitohomheL’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
dire de cette façon que l’inconscient n’oublie rien. Ces traces peuvent être
transformées mais ne s’effacent pas.
Cette ignorance de la temporalité pour l’inconscient nous amène d’ailleurs à
reconsidérer la conception courante du temps. Il apparaît nécessaire d’introduire
la notion d’intensité afn de pouvoir différencier les divers moments temporels.
Au lieu de penser le temps selon un modèle où chaque élément a la même valeur,
à la façon du temps sidéral, il semble indispensable d’admettre aujourd’hui la
possibilité d’accentuations différentielles correspondant à la façon dont l’être
humain vit le temps.
Outre la dynamique inconsciente des mécanismes de défense, que je ne développe
pas ici, nous reprenons aussi à notre compte en Analyse Psycho-Organique les
schémas majeurs de Freud concernant l’Œdipe, la névrose infantile, la culpabilité.
Enfn, un autre point commun avec Freud est celui de la richesse, du
foisonnement des contenus inconscients. Historiquement c’est là, en effet, l’une des
originalités et des particularités de la vision freudienne de l’inconscient. C’est
d’ailleurs aussi actuellement l’une des caractéristiques mises en évidence par les
neurosciences.
En Analyse Psycho-Organique, avec notre conception de l’inconscient comme
porteur d’une multitude de situations et d’images, ce foisonnement est encore
plus riche que celui mis en évidence par Freud. Sur ce point précis aussi, Paul
Boyesen est très freudien.
JunG , GroDDeck, reich
La reconnaissance par Jung d’une dimension qui dépasse infniment l’homme
qui est, lui, limité par l’ego, caractérise, on le sait, sa « psychologie analytique »,
encore dite « complexe » ou « des profondeurs ».
Je ne peux reprendre ici, bien sûr, la globalité de la pensée jungienne. Un
point commun important entre cette pensée et l’approche de Paul Boyesen
concerne la valeur accordée au symbole.
∙ ∙42La m e & L a v n de L ’
Pour Jung, les symboles ne sont pas seulement des signes, des allégories créées
par l’inconscient pour passer la censure, ce sont des images qui ont leur propre
raison d’être et qui possèdent leur propre dynamisme. Ainsi leur signifcation
dépassera toujours les interprétations que l’on peut en donner, le propre du
symbole étant précisément de mettre le conscient en contact avec ce qui est inconnu
et à jamais inconnaissable.
Cette conception du symbole comme transcendant l’histoire individuelle est
très proche de la nature particulière du symbole que l’on retrouve en Analyse
Psycho-Organique. J’aurai l’occasion de développer ce point ultérieurement dans
ce chapitre.
Une autre approche commune à Jung et l’Analyse Psycho-Organique concerne
l’intérêt porté aux images comme voie d’accès à l’inconscient. Le travail jungien
de « l’imagination active » où le patient laisse se développer en lui une image
(souvent empruntée à un rêve), en étant le témoin vigilant de son évolution, se
rapproche de tout le travail autour de l’image que nous pratiquons en Analyse
*Psycho-Organique, durant le PIT principalement, mais aussi, par exemple dans
le cadre du rêve éveillé. J’exposerai plus loin dans ce chapitre la façon dont Paul
Boyesen considère l’inconscient comme « un océan d’images ».
Ce que, en Analyse Psycho-Organique, nous appelons « parents symboliques »,
ou « amant symbolique » se révèle également très proche de la notion
d’« archétypes » largement développée par Jung.
De Georg Groddeck, il faut signaler le revirement de perspective qu’il inaugure
en faisant de l’organique, du « végétatif », une des composantes du ça, au même
titre que la « psyché » composée du conscient et de l’inconscient. L’apparition du
symptôme organique est donc ici une manifestation du ça qui actualise une
expression du désir. La « santé » se rétablit en interprétant (donc en amenant au
conscient) le sens de cette manifestation organique du ça. Les concepts
d’organique profond et de connexion organique, forgés par Paul Boyesen, sont très
proches de la vision, en son temps très novatrice, de Groddeck.
Avec W. Reich, le corps acquiert son autonomie à l’égard du psychisme en étant
le lieu où s’engramme et se manifeste le trauma. Les éléments refoulés dans
l’inconscient forment ce que Reich appelle la cuirasse musculaire qui bloque
l’ex∙ ∙43
todimhooihsméeL’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
pression des émotions et des sentiments, ainsi que celle de l’excitation sexuelle.
Le travail que nous faisons en Analyse Psycho-Organique au niveau de
l’organique profond est très proche de la bioénergie de Wilhelm Reich. Au-delà de ce
qui seraient des manifestations organiques de l’inconscient, se pose ici la question
de l’existence d’un inconscient corporel. Quelles seraient alors les particularités
de cet inconscient corporel ?
L’Analyse Psycho-Organique permet, en tout cas, en pouvant se positionner
au niveau de l’organique profond, de se situer au plan de ce que serait cet
inconscient corporel, et de travailler par exemple, à l’aide d’outils thérapeutiques
spécifques, ce que nous appelons les encapsulations corporelles inconscientes.
Avec la capacité qui est aussi la nôtre de situer notre travail au niveau de la
connexion organique, c’est l’articulation expressive, le passage à une expression
consciente de cet inconscient corporel qui est alors, le cas échéant, rendue possible.
l ’inconscient porte en lui notre
conception, il manifeste notre oui
la vie et notre Désir De réalisation
La base de sa conception de l’inconscient est, pour Paul Boyesen, la clinique
thérapeutique. C’est elle qui lui a permis d’élaborer ces concepts que je vais
développer ici, et c’est cette même clinique qui est visée, par retour, par cette
représentation de l’inconscient. Ce que l’on recherche ici c’est une effcacité
thérapeutique à travers un certain nombre de concepts, vécus dans leur eff -
cience, et non une théorie articulée qui chercherait à offrir une vision
exhaustive et parfaitement logique de l’inconscient.
On peut dire ainsi que cette pensée laisse place à la pensée. Il s’agit d’un
système ouvert qui permet au thérapeute d’élaborer, de parfaire sa propre
conception du fonctionnement de l’inconscient. On retrouve donc, ici également, tant
du côté du thérapeute que de celui du thérapisant, la possibilité de créativité qui
est une donnée fondamentale de la pensée et de la pratique de Paul Boyesen, et
un élément de base de la pratique de l’Analyse Psycho-Organique.
∙ ∙44
àLa m e & L a v n de L ’
Parmi les apports spécifques de Paul Boyesen, il faut tout d’abord souligner
sa vision du contenu de l’inconscient et, dans ce contenu, l’importance de l’image
inconsciente du « Oui » du sujet à l’incarnation, du « Oui » du sujet à la vie.
Le moment de la conception de l’être humain et celui de son incarnation sont
deux données majeures en Analyse Psycho-Organique. Par le choix que le sujet fait
de s’incarner, il manifeste et inaugure son oui à la vie, l’affrmation de son désir
de vivre, l’acceptation de cette incarnation. Ce oui à la vie, cette force de vivre, l’être
humain les possède en lui, et, si nécessaire, le processus thérapeutique cherchera
à recontacter cette force constamment présente tant que la personne est vivante.
Le Soi est cette instance qui a dit oui au fait d’exister. En ce sens, le Soi est
porteur de la vérité fondamentale du sujet.
Pour l’Analyse Psycho-Organique, en effet, à cette incarnation est lié le désir
de réaliser, de vivre le plus possible cette incarnation : agir le plus possible, en
étant en contact avec l’impulse primaire, la réalisation du Soi dans cette
incarnation.
Lorsque la réalité, les autres, sa propre névrose, sa propre inhibition ne
permettent pas cette pleine réalisation, la souffrance apparaît. Le sujet a perdu sa
capacité de continuer à se mettre au monde.
Ainsi la souffrance est la manifestation de l’empêchement de la pleine
réalisation du Soi dans l’incarnation.
«L’inconscient assume notre conception, ce qui n’est pas toujours le cas du
conscient ». (Boyesen P., 1992, p. 23).
L’un des buts de la psychothérapie n’est rien moins que de permettre au sujet
de recontacter cette puissance première, cet impulse primaire. Ceci s’opère en
prenant conscience de ce qui obstrue la pleine réalisation de cette incarnation,
*la dilue dans les « contrats  » que le sujet a établis avec la réalité, avec les autres,
avec les tenants de son histoire.
Nous portons ainsi inconsciemment en nous, à notre naissance, un
programme de développement physique, organique, mais aussi un programme de
développement de notre propre réalisation, de notre accomplissement le plus
complet possible.
∙ ∙45
oisoomidéhtmheL’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
La structure de base de l’édifce est donc une vision, que l’on pourrait appeler
spiritualiste, d’un inconscient porteur d’une conception, d’une acceptation de
cette conception. Paul Boyesen dirait un inconscient porteur du choix que le
sujet fait de sa conception et de son incarnation. L’inconscient est ainsi le
dépositaire actif d’une vérité du Soi que l’être humain cherche à réaliser.
Cette réalisation du Soi est fnalement la chose la plus importante pour le
sujet humain et la pression est constante pour qu’à tout moment, selon la
situation présente, cette réalisation puisse s’accomplir. Ces désirs de réalisation sont
nombreux et chaque situation active la possibilité d’expression et de réalisation
d’un ou de plusieurs d’entre eux, pour autant qu’on puisse les identifer de façon
unique puisqu’ils constituent à chaque fois un ensemble. Dans ces désirs
entremêlés, il est toujours question de l’individuation de la personne, de sa vérité de
sujet, de son désir de réaliser toutes ses potentialités.
Mais, de même que chaque situation active la possibilité de réaliser ses désirs, elle
manifeste aussi bien sûr les empêchements à cette réalisation que sont les désirs des
autres, les obstacles de la réalité, et les propres contrats névrotiques de l’individu.
l ’inconscient et la réalité
« Il y a deux manières totalement distinctes de vivre notre monde. Dans la
première, nous essayons de donner du sens à ce qui est. Dans la seconde, le sens
existe symboliquement avant la réalité, et la réalité n’est que le refet de notre
sens symbolique, et donc de notre monde spirituel ». (Ibid. p. 14).
Dans toute l’œuvre de Paul Boyesen, on retrouve cette idée centrale selon
laquelle les images qui constituent notre inconscient priment sur la réalité, sur
le rapport à l’autre. La rencontre avec l’autre et avec la réalité ne se fait que sous
la forme d’une « négociation » entre ces images inconscientes porteuses du désir
du sujet (notamment à travers des symboles) et la réalité.
Ainsi, toute l’action du sujet dans le monde vise-t-elle à réaliser la
manifestation du désir du sujet dont les « préformes » sont contenues dans l’incarnation.
∙ ∙46La m e & L a v n de L ’
Depuis le tout début de son incarnation, le sujet est impliqué en tant que
personne dans son existence. Depuis le départ, le sujet est partie prenante du
choix qu’il fait de son expérience. Dans sa relation à la réalité, la personne
rencontre un certain nombre de données à partir desquelles elle établit une sorte de
compromis entre la réalité et son mouvement interne de désir. Cette interface
se structure sous la forme de « contrats ».
Voici un exemple de contrat : J’ai envie de boire du jus d’orange. J’ai vu que
maman range le jus d’orange dans le réfrigérateur et lorsque je lui en demande,
elle ouvre le frigo et sort la bouteille de jus d’orange. Un jour je décide, moi,
d’ouvrir le frigo et de me servir ce jus d’orange dont j’ai envie. Et là, je me fais gronder.
Ce que je visais, moi, c’était d’agir moi-même pour boire ce jus d’orange, que
maman me donne quand je le lui demande. A partir de cette expérience, je vais établir
un contrat, qui m’appartient car il y a de nombreux contrats possibles, selon lequel
ce n’est pas bien quand je prends une initiative que je pensais pourtant logique.
Il vaut mieux alors que je m’abstienne, ou que je me batte pour prendre une
initiative, ou que je courbe le dos, ou que je pense à autre chose, ou rêve à autre chose,
ou me rende sourd, ou pique une colère quand je veux quelque chose de façon à
anticiper la mauvaise réaction de l’autre. Je peux intégrer aussi qu’il me faudra
calmer l’autre quand j’ai pris une initiative, ou qu’il me faudra le séduire, etc.
Je crée des conclusions que j’imagine logiques et bonnes pour moi, pour
obtenir ce que je souhaite malgré les diffcultés. Ou pour me défendre. Je crée
ainsi un rapport que l’on peut dire imaginaire au monde.
Ce rapport est complexe, mais il contient toujours, plus ou moins enfoui et
transformé, mon désir qui demeure agissant, qui préside comme motivation initiale.
C’est ce désir que la psychothérapie cherche à mettre au jour, de façon à ce qu’il
puisse être satisfait de la façon la plus juste possible, la plus respectueuse du sujet.
l ’inconscient porteur
De nos symBoles fonD amentaux
Paul Boyesen, pour illustrer ce qu’il appelle le Symbolique, évoque la
métaphore de la graine de pin qui contient en elle le grand arbre à venir (Boyesen P.,
1993a, p.13). Toutes les potentialités de l’arbre sont contenues dans cette graine,
∙ ∙47
htmodéoishimoeL’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
par exemple celles de s’adapter aux vicissitudes du terrain ou de la météorologie.
Sur un rocher, avec très peu d’humus, un pin peut pousser ; contre le vent il peut
se déformer pour rester en vie, et toujours il manifeste son désir de se réaliser
comme pin, et, en tenant compte des circonstances, de la façon la plus étendue,
la plus complète possible.
Le sujet humain, lui aussi, possède inconsciemment en lui, et même de la
façon la plus intense et la plus adaptée, ce désir de vivre et de se réaliser
pleinement. Ces potentialités d’accomplissement et les images nécessaires à cet
accomplissement, qui sont comme la nourriture de notre inconscient, constituent ce
que nous appelons le Symbolique du sujet.
Par exemple, les images de ce que serait une bonne mère ou un bon père sont
contenues dans l’inconscient. L’image d’une bonne mère est présente dans notre
inconscient, une mère attentive, aimante, douce, propice au développement de
l’enfant. Cette image constitue une ressource inconsciente, dont la réalité ne peut
incarner que des aspects. Elle est ce que nous appelons la mère symbolique.
Non seulement cette image est présente dans l’inconscient, mais elle est, autre
particularité que nous enseigne la clinique, activement désirée et attendue tant
que le sujet ne l’a pas rencontrée, tant que le sujet n’a pas vécu ce qu’il attendait
de vivre et qu’il sait être bon, nécessaire, même, pour lui. Ainsi, une personne
peut ressentir sa vie durant le manque de relation à une mère présente,
accueillante, aimante, suffsamment bonne pour reprendre l’expression de D. Winnicott,
et rechercher constamment, par déplacement, une relation de cette nature.
Signalons également que si l’inconscient conserve ces images symboliques et
la nécessité de vivre pleinement une relation à elles, c’est dans une perspective
d’évolution de la personne, d’accomplissement de la personne, comme si
l’inconscient, le sujet de l’inconscient savait qu’un certain nombre de vécus, d’étapes
sont nécessaires pour exister pleinement dans cette incarnation.
L’Analyse Psycho-Organique cherche notamment à restaurer la relation à ces
images symboliques lorsque cela s’avère nécessaire (mère et père symboliques
par exemple), en les faisant ré-émerger d’une part, mais aussi en permettant à
la personne de vivre imaginairement ce qui peut en être vécu. Ceci se fait en
∙ ∙48La m e & L a v n de L ’
restaurant le vécu de ces relations, grâce à des portages par exemple (dans le cas
de la relation à la mère mais aussi au père symboliques, où le psychothérapeute
est amené à porter physiquement le patient) ou grâce à des polarisations. Cela
*peut être aussi l’objet de toute une pratique de la régression , « régression
posi1tive » dite « tactique », mise en place par Joëlle Boyesen (Boyesen J.,2004) .
C’est également ce qui est notamment concerné par l’extraordinaire et
réparatrice reviviscence de la naissance qu’il nous est possible de proposer en Analyse
Psycho-Organique.
l ’inconscient est situationnel
« L’inconscient peut être représenté comme un océan d’images, une
multitude de situations : des situations réelles oubliées ou refoulées, des situations
organiques et physiques (comme le mouvement inconscient des cellules, etc.),
et des situations non vécues. Dans l’inconscient toutes les images sont acceptées
dans un état dynamique d’interaction, et par là même, d’évolution». (Boyesen P.,
1992, p. 16).
Ainsi, en Analyse Psycho-Organique, la donnée constituante première de
l’inconscient est l’image, l’image comme porteuse d’une situation.
Le psychisme semble fonctionner par images et situations. La réalité
extérieure elle-même est perçue par images et situations. Le contact à la réalité est
une situation qui est un compromis, nous l’avons vu, une « négociation » entre
les situations attendues, désirées par l’inconscient de la personne, et les situations
qu’elle perçoit par ses sens de la réalité elle-même.
Notons, en passant, à quel point l’idée d’un rapport « objectif » à la réalité
s’avère radicalement illusoire.
Pour Paul Boyesen, le langage lui-même ne fait que lier et porter des situations.
Les mots exprimés sont des situations, des situations de sens. Nous envoyons
donc des situations de sens avec nos mots vers l’autre, qui les importe en mêlant
1 Voir aussi le paragraphe « La régression et le ressourcement » dans l’article « Les concepts de base
de l’Analyse Psycho-Organique » de cet ouvrage.
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todimhooihsméeL’ANALYSE PSYCHO-ORGANIQUE
ses images aux nôtres. Ainsi, à travers une sélection intérieure d’images, à travers
des renégociations et des dialogues avec ses propres images, une personne sera
en accord ou en désaccord avec l’autre. Elle ajoutera ou retirera ainsi des images,
en refoulera d’autres dans l’inconscient, afn de pouvoir en renvoyer certaines
comme réponse consciente.
Cette conception de l’imprégnation de situations dans notre pensée consciente,
situations constitutives également de l’inconscient, ne signife pas pour autant
une sorte de mécanique d’images où le désir du sujet serait absent. Tout au
contraire, ces images et situations perçues, sont travaillées inconsciemment entre
elles de façon à ce que le sujet puisse exprimer à l’autre et aussi dans l’action, ses
désirs, ses intentions.
La conséquence clinique majeure de ce que l’inconscient est constitué d’images
et de situations est l’importance donnée en séance à la fguration de situations,
à l’ouverture au retour de situations, aux propositions d’émergence d’images et
de situations vécues, oubliées, refoulées. Imaginées aussi.
Ces propositions d’émergence se réalisent dans le PIT par exemple, mais
aussi dans des mises en scène ou des fgurations proposées en séance. Que vit le
thérapisant dans cette situation ? Comment se situe-t-il, comment agit-il,
réagit-il ? Quels sont les contrats qu’il établit avec les autres, avec lui-même ? Quel
est, dans cette situation précise, son choix d’expérience ?
le verBe
Marie est une femme d’une quarantaine d’années qui évoque, en début de
séance, la lourdeur de sa jambe droite, qui « fanche », alors que la gauche est
légère et habile. Je lui propose de respirer dans cette jambe droite et de laisser
venir tranquillement des images. L’image alors du père de sa flle apparaît. Je lui
propose de continuer de respirer en étant en contact avec cette image. Une
situation survient, confictuelle, violente, à propos du mode de garde entre eux, de la
flle que Marie a eue avec cet homme. Dans cette situation, une partie d’elle
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