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L'animation dans tous ses états

De
270 pages
Ces différentes approches relèvent de plusieurs disciplines et n'évacuent pas les contradictions et divergences de points de vue qui traversent aujourd'hui le champ de l'animation professionnelle. Les animateurs sont-ils des complices du libéralisme dominant et réduits à offrir des services marchands dans le secteur du loisir ? N'ont-ils pas d'autre solution que d'être les jouets des politiques publiques ? Comment peuvent-ils concevoir des stratégies alternatives ? Existe-t-il des marges de manoeuvre et à quelles conditions ?
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L'ANIMATION DANS TOUS SES ÉTATS (OU PRESQUE)

www.]ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9444-0 EAN : 9782747594448

Sous la direction de

Jean-Claude GILLET

L'ANIMATION DANS TOUS SES ÉTATS (OU PRESQUE)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L 'Hannattan Hongrie

Espace L'Harmattan

Kinshasa

L'Harmattan

Italia

L'Harmattan

Burkina Faso

Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

1053 Budapest

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa RDC

Via Degli Artist~ 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

-

Du même auteur
Ouvrages parus aux éditions l'Harmattan : professionnelle: histoire, acteurs et enjeux (en collaboration avec J.-P. AUGUSTIN). Paris: L'Harmattan, colI. Débats/Jeunesses,2000.

- L'animation

.

- Formation à l'animation. Agir et savoir. Le cas des IUT. Paris:
L'Harmattan, 1998.

- Animation et animateurs. Le sens de l'action. Paris: L'Harmattan, colI. Technologie de l'Action sociale, 1995. - L'animation professionnelle et volontaire dans 20 pays (sous la dire de J.- C. Gillet) Paris: l'Harmattan, colI. Animation et Territoires, 2004.

. Ouvrages parus chez l'Harmattan et édités à l'étranger: - Animation. Der sinn der aktion. Verlag für soziales un kulturelles. Lucerne, 1998(Confédérationhelvétique). - L'animazione sociocu1turale (ouvrage collectif avec plusieurs
chapitres de Animation et Animateurs), Edizioni Gmppo Abele (EGA), Turin, 2001 La animacion sociocultural. Estrategia de accion al servicio de las comunidades. Ediciones Universidad Externado de Colombia, 2003, Bogota.

-

. Direction d'ouvrage collectif parus chez un autre éditeur:

- Les associations, des espaces entre utopies et pragmatismes. Sous la direction de I.-C. GILLET. Bordeaux: PUB, coll. Le territoire et ses acteurs, 2001. - Quartiers fragiles, développement urbain et animation. Sous la direction de J.-P. AUGUSTIN et J.-C. GILLET. Bordeaux: PUB, colI. Le territoire et ses acteurs, 1996.
. Ouvert sur Internet: - Chroniques de voyage. 2002. http://www.gillet.fr.st

- Actes du colloque sur « L'animation en France et ses analogies à l'étranger» (sous la dire scientifique de). ISIAT-Inforec-IUT, Université Michel de Montaigne, suppl. au N° 6 des Cahiers de l'ISIAT, Automne2004.

.CDROM:

SOMMAIRE
SOMMAIRE. IN"DEX DES AUTEURS AVANT-PROPOS CHAPITRE 1 DE L'ORIGINALITE PRA.TIQUES D' ANIMA TI 0 N DE CERTAINES 15 ...... 5 7 9

PRE SEN TAT ION
EXPERIENCES MENTAL ...

17

D'ANIMATION EN MILIEU DU HANDICAP ......23

UNE ANIMATION, EDUCATION A LA SANTE ET CITOYENNETE: RECIT D'UNE EXPERIENCE AUTOUR D'UN MAGAZINE. ENTRE SANTE ET CULTURE:

31

SENTIERS D'ANIMATION .41

LA CULTURE AURAIT-ELLE DES VERTUS SALVATRICES? ... ... ...51 CHAPITRE 2 DE L'IDENTITE ANIMATEURS... PRE SEN TAT I 0 N DE L'ANIMATION ... ET DES 59 61 73

LES ANIMATEURS EN CENTRE SOCIAL, EXPERTS OU MILITANTS ? COMMENT (RE)PENSER LA RELATION DU PUBLIC A

L' ŒUVRE D'ART ?
LES ANIMATEURS, ENTRE ACTION COLLECTIVE ACCOMPLISSEMENT IN"DIVIDUEL L'ANIMATION ANALYSEURS CHAPITRE 3 PRE ET SES CONTRADICTIONS COMME D'UNE IDENTITE PLURIELLE ET

91
l 01 129

DE LA FORMATION DES ANIMATEURS.143 145 ET 155

SEN TAT ION

LA FORMATION DES ANIMATEURS EN GUYANE FRANÇAISE: ENTRE TRANSFERT DE TECHNOLOGIE AIDE AU DEVELOPPEMENT

A CUBA, UN NOUVEL ESPACE POUR L'ANIMATION: FILIERES UNIVERSITAIRES MUNICIPALES. LA CONSTRUCTION D'UN REFERENTIEL DE COMPETENCES: UN PROCESSUS PARTICIPATIF TERRAINS ET LIEUX DE FORMATION. CHAPITRE 4 DES EQUIPEMENTS D ' ANIMATION

LES 193

ENTRE 207

ET TERRITOIRES

217 219

PRE SEN TAT I 0 N

ÉQUIPEMENTS D'ANIMATION ET ESPACES DE SERVICE D'UN MODÈLE À L ' AUTRE 225 LE SYSTEME D'ANIMATION ET SES FONCTIONS IDENTIITAIRESPOURLES~LAGESDEVACANCESDU TO URISME SOCIAL FRA.NÇAIS 237 LES ESPACES SPORTIFS INNOV ANTS: ACTEURS DE L ' ANIMATION LOCALE 251

CON C LUS ION L'ANIMATION: DE LA COMPLEXITE A L'ERRANCE

263 267

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INDEX DES AUTEURS
- Jean-Pierre AUGUSTIN Professeur à l'Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3 et

chercheur à la Maison des sciences de l'homme d'Aquitaine.

- Amélie BENOTEAU Animatrice en lieu de vie pour mineurs autistes et psychotiques dans le Gard (France). - Isabelle BLAZY, animatrice, conseillère conjugale, et Rachel BESSON, anthropologue (UMR. 5185, ADES), CACIS (Centre d'Animation, de Consultation et d'Information Sexuelle), Bordeaux (France) .

- Maryse

BRESSON Chef du Département Carrières sociales, IUT B de Tourcoing. Chercheur au GRACC- Université de Lille 3 (France).

- Jeanine CHAUVIN-MASSON Animatrice thémpeute à Libourne en Gironde (France). - Eric GALLffiOUR, sociologue, Université de Bordeaux 2 et Yves RAIBAUD, Maître de conférences associé en géographie, Université de Bordeaux 3. - Gloria GARCIA Animatrice socioculturelle au Centre de Rééducation Fonctionnelle de la Tour de Gassies, Bruges (France). -IDtaGONZALEZDELGADO Vice-rectrice de l'Université de la Havane.

- Luc GREFFIER Maître de conférences en géographie, IUT Michel de Montaigne (Universitéde Bordeaux3).
- Daniel LHOST Secrétaire permanent (Belgique) . du Forum Bruxellois de Lutte contre la pauvreté

-Joelle LffiOIS,

Claudia Della CROCE et Roland JUNOD Responsables de formation dans la filière socioculturelle à Lausanne et Genève, avec la collaboration de Christian JOHR, coordinateur de la démarche groupes-métiers. - Françoise LIOT Maître de conférences en sociologie, IUT Michel de Montaigne,
Université de Bordeaux 3.

- Guillaume PENEL
Doctorant en STAPS à l'Université de Lyon 1.

- Pierre PEROT (urbaniste, formateur DEFA) et Michel VAQUIE, Conseiller technique Direction régionale et départementale de la Jeunesse et des Sports d'Aquitaine-Gironde. - Jean-Luc RICHELLE Maître de conférences associé à l'IUT Michel de Montaigne,
Département Carrières Sociales (Bordeaux 3).

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AVANT-PROPOS
Jean-Claude GILLET Sans remonter à la période épique des années soixante, les années quatre-vingt dix et suivantes ont vu à l'IUT Michel de Montaigne (Université de Bordeaux 3) un renforcement lent, mais régulier de l'offre de formation professionnelle et universitaire à la fois pour ce qui concerne l'animation, en lien avec une demande du secteur professionnel régional et même au-delà, mais aussi avec nos partenaires des Fédérations d'Education Populaire, réunis pour la plupart au sein du Comité Régional des Associations de Jeunesse et d'Education Populaire (CRAJEP). Il est sûrement utile de se souvenir ici que le Président du Conseil d'Administration de l'IUT est à la fois un militant et un professionnel de la Fédération Française des Maisons de Jeunes et de la Culture. Mais il n'y a pas que la formation qui s'est développée: colloques régionaux, publications, recherches, éditions d'ouvrages dans le champ de l'animation, du développement local, de la politique de la ville, de la culture, du sport, du tourisme, de la vie associative, des enjeux autour des équipements sociaux, culturels et sportifs dans le cadre de la « gouvernance » locale, création de collections dans des maisons d'édition locale et nationale, interventions dans des colloques, séminaires ou sessions de formation sur le territoire national ou à l'étranger, etc. Ces évidents signes d'une vitalité théorique et pratique à la fois ne doivent pas cacher qu'il y a encore beaucoup à faire pour favoriser plus encore une perspective d'ouverture du champ de l'animation aux défis qui accompagnent les évolutions de nos sociétés. C'est donc pour capitaliser tout cet ensemble d'initiatives qu'est née, il y a maintenant plus de deux ans et demi, l'idée de réaliser un colloque international, car« seul le diable ne rêve pas », propose un proverbe kazakh. Dès le départ, les objectifs du colloque de Bordeaux sur l'animation (Novembre 2003) ont été définis. Rappelons-les ici: - Réaliser un état des lieux sur la situation de l'animation en France et à l'étranger, - Favoriser la rencontre et la confrontation entre producteurs de théories et producteurs de la société, entre chercheurs et acteurs, les uns et les autres pouvant alternativement jouer les deux rôles, car

comme l'écrit Régis Debray : « Entre une pratique sans tête et une théorie sans jambe, il n'y aura jamais à choisir». - Constituer un réseau qui, à partir de cultures partagées, s'enrichisse des différences et puisse faciliter l'élaboration de dialogues en Amérique, en Europe et plus tard en Afrique, bref dans cette « terre patrie» dont parle Edgar Morin. L'animation comme forme professionnalisée de pratiques collectives s'est constituée en France dans le sillage de l'Education Populaire, de l'Action Sociale et de l'Action Culturelle. La volonté d'évaluer l'actualité théorique et pratique de l'animation bénévole, volontaire et professionnelle demande de répondre à des questions portant notamment sur l'évaluation des effets produits par les activités culturelles, éducatives et sociales quelle que soit l'appellation par laquelle on les désigne: en Europe, où la tendance au développement d'une économie néo-libérale s'affirme de plus en plus, l'animation ne risque-t-elle pas de s'insérer, de façon privilégiée, dans une politique de marchandisation des services au détriment de l'accès démocratique aux droits (à la culture, à la santé, à l'éducation, à un environnement préservé, etc.) ? Qu'en est-il des relations entre économie marchande, services publics et tiers secteur (c'est-à-dire l'économie sociale et solidaire liée à la vie associative, support juridique premier de l'animation bénévole et professionnelle) ? En France plus particulièrement, mais pas seulement, quels rôles sontils joués par les acteurs de l'animation et du développement social et local face à la prégnance des politiques publiques en matière de jeunesse, d'éducation, de politique de la ville, que ce soit dans ses formes étatiques ou décentralisées? Entre instrumentalisation et liberté des acteurs locaux, quelles sont les stratégies développées dans le quotidien des pratiques? Dans un contexte de mondialisation de l'économie et des cultures, plus souvent sorte de paravent de la domination des EtatsUnis que déploiement des intelligences et des savoirs de chaque nation, quels liens l'animation et ses analogies peuvent-elles créer pour permettre, favoriser et développer la démocratie participative, la place des citoyens dans la décision publique, ainsi que la rencontre et l'échange entre les différentes cultures qui constituent autant de systèmes symboliques d'interprétation du monde? Comment « faire de la musique ensemble, tout en restant soi-même », questionne François Dubet ? L'universalité doit-elle bénéficier de la diversité et non l'exclure? Faut-il ou non considérer comme pertinente, aujourd'hui, la perspective d'une libération éducative des personnes et des groupes sociaux, par delà l'école obligatoire, à travers les pratiques du loisir,

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du temps libre, de la récréation, du jeu, du sport, du tourisme, vantées hier par l'Education Populaire? A quelles conditions ? Comment permettre une réflexion favorisant la rencontre et la confrontation entre la production théorique (celle des chercheurs et celle des acteurs) et la production de la société qui est le résultat des interactions issues des pratiques sociales, culturelles et éducatives, celles des citoyens? Quels modèles de formations initiale et continue pour favoriser une telle dialectique? Quelles stratégies de coopération entre différentes disciplines de référence (sociologie, psychosociologie, anthropologie, géographie, histoire, sciences de l'éducation, droit, aménagement, etc.), avec la construction d'une science ou de savoirs de l'agir, de savoirs de l'action (théoriques, méthodologiques, procéduraux et stratégiques), d'une praxéologie mettant en tension pratiques, théories et sens de l'action? En outre, les questionnements suivants doivent être posés, découlant naturellement des précédents, concernant le thème de la formation des professionnels: - Quel rapport entre les éléments théoriques et pratiques dans la formation? Quelles formes d'alternance? Quels modèles pédagogiques? Quels apprentissages? Quelle part des professionnels dans la définition des programmes, leur déroulement et leur évaluation? Quelle validation des acquis professionnels ou bénévoles et volontaires? Quelle définition et quelle sorte de diplômes, universitaires ou non? Nationaux ou non? Enfin, il est nécessaire d'interroger la façon dont l'ensemble de ces pratiques s'organise dans des lieux et des espaces particuliers de socialisation: Comment les installations et équipements publics ou privés deviennent-ils des supports de l'action collective? Comment nombre d'intelVentions s'inscrivent-elles dans une perspective de territorialisation et de développement local? Comment les démarches organisées ou libres dans les espaces publics des villes sont-elles un moyen pour favoriser les relations humaines et sociales et les expériences, offrant ainsi aux habitants une capacité à créer de l'urbanité? Voici enfin publié sur un support papier quelques communications extraites des actes du colloque universitaire international qui s'est tenu à Bordeaux en novembre 2003 autour du thème: « L'animation en France et ses analogies à l'étranger. Théories et pratiques. Etat de la recherche». Le présent ouvrage complète celui publié en septembre 2004 sur « L'Animation professionnelle et volontaire dans 20 pays» paru chez le même éditeur et dans la même collection, ainsi que CDROM réalisé par

-

- Il -

l'Institut Supérieur d'Ingénieurs-Animateurs Territoriaux (ISIAT) de l'Université Michel de Montaigne (Bordeaux 3), qui présente tous les actes, soit plus de huit cents pages de textes (introductions et conclusions, toutes les communications y compris celles des quelques auteurs n'ayant pu participer au colloque, les rapports d'ateliers, des videos -notamment la réunion de constitution du réseau international de l'animation- et des photos). Compte tenu de l'importance et de la richesse des travaux du colloque, il n'était pas possible de les éditer sous une forme classique et ce sont quasiment seuls les participants au colloque de Bordeaux qui ont été destinataires de ce CDROM. C'est la raison pour laquelle la décision a été prise de mettre à la disposition des acteurs de l'animation, professionnels, militants associatifs, responsables administratifs ou politiques, une partie -peutêtre la plus significative, tout au moins nous le souhaitons- des contributions: elles sont accessibles à tous parce qu'écrites uniquement en français, venant de la France et de pays francophones, tels que la Belgique, le Québec, la Suisse notamment Il en est de même pour les deux textes venus de Cuba et des Pays-Bas, lesquels ont été aussi écrits en langue française. Tous ces textes sur édition papier sont inédits et complètent le précédent ouvrage dont il est fait état plus haut. Une quinzaine de textes au total: ils sont organisés, d'une façon différente de celle des ateliers du colloque, autour de quatre thématiques: De l'originalité de certaines pratiques d'animation. De l'identité de l'animation et des animateurs. De la formation des animateurs. Des équipements et des territoires d'animation. Chaque groupe de textes est précédé d'une présentation qui permet de mettre en perspective critique les analyses, les hypothèses de travail et de recherche, les orientations proposées. Une conclusion générale est en fin d'ouvrage énoncée. Plusieurs textes ont été écrits par des animateurs ou acteurs de terrain. Certains d'entre eux sont doctorants ou doctorés, mais plusieurs ne tirent leur légitimité que de leur seule pratique réflexive. Cela mérite d'être souligné, car il est très rare que des professionnels osent prendre des risques de cette nature aux côtés de chercheurs ou d'enseignants-chercheurs. il est même devenu coutumier de railler le silence des animateurs (et des travailleurs sociaux en général) sur le plan de l'écriture, alors que la « parole verbale» ne leur ferait pas peur, puisque « la parole passe, mais les écrits restent» dit-on
couramment.

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Certes des ouvrages récents, tels que « Dire son métier. Les écrits des animateurs », sous la direction d'Olivier Douard et publié chez I'Hannattan, ou « Animateur dans le secteur social et médicosocial» d'Alain Langlacé paru aux ASH, ne sont pas étrangers aux écrits des animateurs: le premier par exemple traite des mémoires de fin de formation des animateurs DEF A, mais en définitive ce ne sont que des chercheurs de l'INJEP ou de DYALANG qui travaillent les écrits des animateurs. De même, la partie 2 de l'annexe du second ouvrage est intitulée « Témoignages », mais en réalité il ne s'agit que de la transcription par l'auteur de propos tenus par des animateurs professionnels. il nous semble important d'encourager l'écriture des animateurs sur leur pratiques en la valorisant directement par la publication: ils en ont largement la capacité. La démonstration en est faite ici, car ils ne sont pas des « idiots culturels», contrairement à ce que d'aucuns auraient parfois tendance à professer. Pour finir, la construction patiente d'un réseau international autour des pratiques et des théories d'animation se poursuit: en Septembre 2005 a eu lieu à Sao Paulo le 20 colloque international sur l'animation dont la problématique centrale portait sur le thème suivant: « LA CITOYENNETÉ ET LA DÉMOCRATIE: ENJEUX POUR L'ANIMATION SOCIOCULTURELLE ET SOCIALE DANS LA MOBILISATION, LA PARTICIPATION ET L'INTERVENTION». En se connectant sur le site du colloque de Bordeaux (www.colloquecs-isiat.fr.st). chacun peut trouver le lien vers le colloque brésilien. Que le webmestre, mon collègue J.-P. Descamps, soit remercié ici, lui aussi sans qui cet ouvrage n'aurait pas vu le jour.
2006

devrait être, nous le souhaitons,l'année d'un séminaire

plutôt réseIVé aux européens et l'idée d'un colloque sur l'animation en Afrique continue de faire son chemin. Le 30 colloque international sur l'animation aura lieu en 2007 à Lucerne. Chacun sera informé de ces évènements qui donneront sûrement l'occasion de nouvelles publications sur le monde de l'animation.

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CHAPITRE

1

De l' 0riginalité de certaines pratiques d'animation

PRESENTATION
Jean-Claude Gillet

Voici quatre exemples de pratiques originales par leur lieu d'inscription (champ social et médico-social), leur philosophie et leurs orientations. L'intégration des professionnels de l'animation en direction des institutions qui s'inscrivent par les publics accueillis et surtout les financements qui en découlent dans le champ du secteur social et médico-social ne relève pas de la simple quiétude. Les lourdeurs bureaucratiques du ministère des affaires sociales et de la santé (avec des intitulés variables depuis la guerre pour ce ministère) ont largement pesé (et pèsent encore aujourd'hui avec le ministère de la cohésion sociale) sur la culture professionnelle de ce secteur parasitant

encore parfois l'harmonie souhaitable des relations interprofessionnelles entre champ de l'animation et champ de
l'éducation. Mais les acteurs des deux secteurs ont aussi leur part dans les raisons du conflit qui les traverse encore à ce jour. Cette césure paraît évidente, semble-t-il, en lisant certaines des informations du site internet du ministère de l'emploi, du travail et de la cohésion sociale. A la rubrique <<Les ots de l'action sociale », m la catégorie « Professions sociales» indique les principales d'entre elles, à savoir celles « centrées sur la famille» (neuf sont citées dont celle d'assistant de service social), celles « centrées sur l'éducation» (quatre sont présentées dont celle d'éducateur spécialisé) et enfin celle de « l'animation ». Mais dans la rubrique « Les métiers du travail social », l'animateur est défini notamment comme le professionnel qui « exerce des responsabilités dans l'élaboration et la mise en œuvre de projets d'animation susceptibles de faciliter la communication, l'adaptation au changement social ou l'enrichissement culturel... ; [ils] s'adressent à tous les tvpes de Dublics... 1». Cette définition vient des travaux de l'INSEE de la fin des années soixante-dix, sans réactualisation depuis. Il en est de même pour celle de l'éducateur spécialisé dont le ministère précise qu'il« concourt à l'éducation d'enfants et d'adolescents ou au soutien d'adultes présentant des déficiences physiques, psychiques ou des troubles du comDortement ou qui ont des difficultés d'insertion».
1 Souligné par nous ainsi que les éléments de phrase suivants.

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Puis dans « Les mots de l'action sociale», le travail social est présenté comme un « ensemble d'activités sociales conduites par des personnes qualifiées,... en direction de personnes ou de groupes en difficultés, afin de contribuer à la résolution de leurs problèmes», ce qui dénote une certaine contradiction avec la caractérisation contenue dans le paragraphe précédent: en quoi l'animateur ferait -il partie des travailleurs sociaux, si ceux-ci s'adressent uniquement aux personnes ou groupes « en difficultés» ? L'éducateur spécialisé est présenté dans la même rubrique comme « un professionnel du travail social qui intervient auprès d'enfants, d'adolescents ou d'adultes rencontrant des difficultés sociales ou des handicaps Dhysiques ou mentaux », alors que l'animateur est « un professionnel qui,. .. vise au développement de la personne ou des groupes par la mise en œuvre d'activités» ; la profession d'éducateur spécialisé renvoie à la notion d'« accompagnement» sur« le chemin du savoir, de la connaissance, de la conscience », alors que celle d'animateur vise à faire « émerger un développement collectif» concernant « un groupe de personnes». Il est donc bien perceptible que les différences de culture professionnelle se donnent à voir clairement dans les textes officiels. La culture issue du champ historique et idéologique de l'animation ne vise ni dans ses destinataires essentiels les personnes dites « en difficultés», ni dans son objectif la réparation sociale. Mêmes valeurs de base liées à un humanisme, celles de liberté et de justice sociale issues des héritages de la philosophie des Lumières et de l'Education Populaire, mais autre culture, autres champs disciplinaires de référence, autres objectifs, autres méthodologies d'action et autres stratégies d'intervention2. Ceci veut dire que, y compris avec des publics « en difficultés», l'approche de l'animation implique un autre regard et une autre démarche, substituant à la perception du manque et du vide celle de la potentialité du sujet, celle-ci n'ayant aucun caractère de supériorité par rapport à la précédente, mais signifiant plus de proximité avec la construction de la personne par les interactions collectives que par l'accompagnement dans l' approche individualisée. Nombre d'animateurs professionnels sont de plus en plus candidats à l'entrée dans les secteurs du handicap, de la maladie ou de l'inadaptation sociale: une cohorte significative d'animateurs est désormais accueillie dans les clubs de prévention, même si cette intégration n'est pas encore à la hauteur des enjeux de ce secteur. Il
2 Un ouvrage à paraître cette thématique. en 2006

aux éditions Erès, par le même auteur, s'attardera sur

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faut dire que si d'autres influences ont pesé sur l'histoire de l'éducation spécialisée -en particulier au 1ge siècle les établissements d'enfermement accueillant de jeunes délinquants, comme la colonie pénitentiaire de Mettray, ouverte en 1840 et fermée en 1940-, les deux secteurs sont aussi les héritiers de l'éducation populaire, celle des philanthropes, notables et congrégations religieuses de la même époque, sans oublier bien sûr les militants des diverses obédiences de scouts et éclaireurs, puis des acteurs issus de la JOC et de la JEC, voire des CEMEA et des MJC qui, après la seconde guerre mondiale, ont été les porteurs d'une dynamique nouvelle de prévention et de refus de l' enfermement des jeunes. Certes cette orientation n'était pas dénuée de paternalisme et d'une notion de partage fraternel comme on la perçoit dans les mouvements chrétiens de cette période. La vocation et le don de soi sont les bases de ce nouveau modèle d'action, comme elles se retrouveront plus tard (et encore aujourd'hui parfois) dans le champ de l'animation socioculturelle. La volonté d'une professionnalisation tant par la recherche de formations et de statuts reconnus dans le secteur de l'éducation spécialisée que dans celui de l'animation apparaîtront par la suite dans les deux champs à partir des méthodologies et des savoirs constitutifs de la professionnalité. Cette culture en partie commune explique peut-être la relative facilité d'un travail pluriprofessionnel dans le champ de la prévention spécialisée, les éducateurs devant après la deuxième guerre mondiale s'occuper des catégories intitulées «jeunes délinquants» et« enfants débiles ». Cependant, de façon plus globale, la porte de l'éducation spécialisée reste étroite et semée d'embûches car beaucoup d'institutions relevant de l'enfance inadaptée tardent à accueillir ces nouveaux venus de l'extérieur plus proches d'une culture de la citoyenneté que d'un accompagnement éducatif et médical. Les animateurs sont donc ici et là réduits à certains clichés sur leur profession. Entre clownerie et gentillesse, entre idéologie d'activiste et incompétence, il resterait aux animateurs peu d'espace d'intervention dans certaines des représentations des professionnels issus des métiers traditionnels du social: un tel scepticisme à propos des pratiques des animateurs peut être interprétée comme une réaction de défense qui mérite d'être interrogée. Faut-il pour occuper ces nouveaux territoires d'action que les animateurs se convertissent à la culture d'autres professions essentiellement vouées à la réparation ou à la thérapie? Que signifie s'auto-intituler par exemple « animateur thérapeute» ? S'agit-il d'un thérapeute qui occupe une fonction d'animation (dont on sait qu'elle est collective et n'appartient donc pas au seul animateur professionnel: elle structure le groupe qui se constitue avec l'animateur) ou bien s'agit-il d'un animateur qualifié qui évolue dans

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un lieu à vocation thérapeutique et dont la compétence animation peut avoir aussi des effets collatéraux en termes de thérapie sur les publics concernés? Selon la nature de la réponse, le repérage de l'identité professionnelle, sa distinction par l'environnement ne sont pas identiques, et c'est là tout le problème. L'irruption d'animateurs dans les champs du travail social et médico-social est un élément complémentaire qui accentue potentiellement les luttes entre groupes professionnels proches, mais distincts, et parfois amenés à s'accaparer des tenitoires/frontières qui peuvent être revendiqués par les uns et les autres. Par exemple combien d'éducateurs spécialisés, avec la venue d'animateurs dans la même institution que la leur, ne seraient-ils pas obligés de perdre quelques espaces de liberté d'action et de revenir à des pratiques professionnelles plus conformes à leur métier de base? De plus, les animateurs sont quasiment présents dans tous les secteurs de la vie sociale et culturelle, sauf l'année et l'Education nationale, c'est -à-dire dans deux grandes bureaucraties qui résistent encore à leur insertion. Dans le cas de la seconde, des enseignants ne sont pas pour rien dans leur absence, plus préoccupés peut-être par la méfiance vis-à-vis des ouvertures à l'environnement social que les animateurs savent développer et des pratiques pédagogiques actives qu'on leur attribue. Et pourtant il n'est pas rare que des animateurs devenus enseignants dans des ZEP par exemple, après être sortis des IUFM, deviennent des acteurs vivants de belles réussites dans la capacité à l'ouverture des enfants vers l'extérieur de l'école, plus significatives parfois que celles des enseignants issus du sérail universitaire traditionnel, ayant beaucoup de difficulté à mettre en tension théorie et pratique (dans les IUFM en particulier). Les propos et récits d'autres acteurs autour de l'école (y compris pour des élus locaux et des parents) semblent de plus en plus affirmés à cet égard. Mais pour le moment cela relève plus du témoignage que d'un effet de transformation réellement probant: un travail de recherche spécifique devrait être mis en oeuvre pour pouvoir confinner cette hypothèse comme phénomène social avéré. TIfaut aussi souligner que de plus en plus nombreux sont ceux qui considèrent que la présence des animateurs dans l'extra, le péri ou le parascolaire casse positivement les stéréotypes d'amuseur qu'on leur attribue et qui ont encore la vie dure, parfois aussi à juste titre. Au-delà de leur présence dans de multiples champs, il ne faut peut-être pas oublier non plus que le nombre d'animateurs est bien plus important que celui des métiers traditionnels du social (38 000 assistants de selVÎce social et 55 000 éducateurs en 1998, selon le Ministère des Affaires sociales de l'époque). Cette institution identifie 37 000 animateurs professionnels dans son champ de compétences,

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mais ce sont près de 150 000 animateurs qui sont estimés dans le champ global des activités relevant de l'animation pour ce qui concerne les professionnels permanents (en incluant les secteurs de la culture, du tourisme, du développement local, de 1'humanitaire, du patrimoine, du social, de l'insertion, de la formation, des collectivités territoriales, etc.). A l'opposé des éducateurs et des assistants de service social, il ne faut donc pas occulter le fait qu'un contrat précaire sur deux structure le champ des professionnels de l'animation, ce qui est un obstacle à une pleine reconnaissance de la part de la société (en incluant dans les données statistiques les
animateurs épisodiques des centres de loisirs).

Les analyses ici présentées par plusieurs animateurs professionnels du champ social ou médico-social portent donc témoignage de cet engouement de ce type d'acteurs pour des publics dits « en difficultés ». A. Benoteau propose une « Expérience d'animation en milieu du handicap mental» ; I. Blazy et R. Besson, « Une animation-éducation à la santé et à la citoyenneté: récit d'une expérience autour d'un magazine» ; J. Chauvin, « Entre santé et culture: sentiers d'animation» ; G. Garcia, « La culture aurait -elle des vertus salvatrices? ». Tous ces textes permettent de retrouver des notions-clés de l'animation telles que « la mise en tension entre équipements et monde extérieur, le droit d'accéder à la culture et d'être un acteur social, la citoyenneté (y compris pour le patient dans un travail de construction du sujet démocratique dans les institution sociales, sanitaires et médico-sociales), le groupe ou le travail collectif, la créativité, l'expression artistique et verbale, la recherche de l'émancipation (y compris pour les prisonniers et pourquoi pas en ce cas avec une légitimité d'autant plus forte pour ces publics), l'éducation loin de la marchandisation dominante, la dynamisation des territoires pour, avec et par les habitants». Mais certains des travaux ne permettent pas toujours d'identifier les spécificités des autres professionnels présents dans les mêmes champs. Or, avec CI. Dubar, il est acquis aujourd'hui que l'identité professionnelle est inscrite à la fois dans la spécificité du métier qui la constitue, mais aussi par les différences qui la distinguent de tous les autre métiers du même champ, sans occulter les zones de conflit, d'incertitude et les espaces de chevauchement réciproque. Les chercheurs et les animateurs doivent s'en saisir.

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Expériences d'animation en milieu du handicap mental
Amélie Benoteau, animatrice en lieu de vie pour mineurs autistes et psychotiques

Il s'appelle David. Je le vois: debout, près de la fenêtre, il se balance d'un pied sur l'autre, secoue la tête très rapidement et se tape la mâchoire avec la paume de la main. Ses mouvements sont accompagnés de sons. Je suis là, stupéfaite, devant cette étrange danse. Enthousiaste à l'idée de le saluer, je « rentre» dans son espace de danse et prononce son prénom. Pas de réponse. Je reste là, devant lui et, comme surpris de ma présence, il s'immobilise et vient se coller à moi. Je sens deux mains se poser sur ma tête et je perçois de tendres caresses sur mes cheveux. Voilà ma première rencontre avec un autiste, celle qui a déterminé mon choix d'être professionnelle de l'animation en milieu spécialisé. Tout est histoire de relations... Rencontrer des autistes, des psychotiques, ce n'est pas seulement découvrir des façons d'être au monde, c'est aussi et avant tout rencontrer des personnes surprenantes, pleines de vie. Le tout est de prendre le temps de se rencontrer, d'établir des relations. Surprenant non! Lorsqu'on sait que l'autisme est par définition un repli sur soi-même, une attitude de détachement de la réalité extérieure, des troubles de la communication, des interactions sociales, du comportemenf. C'est à travers mes deux expériences professionnelles auprès de jeunes autistes et psychotiques, de 1998 à ce jour, que je vous propose de partager diverses réflexions sur ma fonction d'animatrice dans le secteur médico-social.
Le CALME, un endroit pas si calme que ça...

J'ai découvert mon identité professionnelle au Centre d'Accueil et de Loisirs MédicalisésExpérimenta14.
3 En ce qui concerne la psychose on sait que sa caractéristique est la perturbation profonde de la relation du sujet à la réalité. C'est pourquoi autistes et psychotiques sont pris en charge dans les mêmes établissements. 4 Le C.AL.M.E propose un accueil spécifique à des jeunes âgés de six à vingt ans, ayant des troubles mentaux, et plus particulièrement des autistes et psychotiques. Il offte trois modes d'accueil temporaire qui favorisent la pratique en réseaux et l'alternance des prises en charge: les séjours de rupture (accueil de dix jeunes sur une durée de trois semaines, avec un maximum de cinq séjours par an en période scolaire),

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Le C.A.L.M.E. favorise un accompagnement par le « faire avec», le «vivre avec» et « le partager avec». Les jeunes sont impliqués au regard de leurs capacités dans toutes les tâches de la vie quotidienne. Tout ce qui favorise l'autonomie et la compréhension de l'environnement du jeune autiste dans le quotidien ainsi que sa
participation est favorisé et développé. Le travail éducatif consiste aussi à développer toute forme de

relation entre le jeune autiste et son environnement afin que son comportement social puisse s'adapter au monde extérieur dans une démarche d'intégration accompagnée et aidée.

Dans ce contexte spécifique, quelle place pour le professionnel de l'animation? Quelle spécificité? Où situer la frontière entre l'éducation spécialisée et
l'animation? Autant de questions auxquelles j'ai été directement confrontéeoccupantun premier poste d'animatrice au sein de l'équipe
éducative du CALME.

Les centres d'intérêt des jeunes autistes et psychotiques sont orientésvers de communsattraits: -la musique: recherche sensorielle,hypersensibilitéaux sons, détente, excitation,moyen de communication -l'expression corporelle: mouvementdu corps dans l'espace, rythme,
langage du corps, stéréotypies

-les « matières» : la peinture, la terre; sentir...toucher...goûter...
Construire, assembler, rechercher tactilement

-le visuel: observer,stimulervisuellement. Mon propre attrait et ma sensibilité pour les pratiques culturelles et artistiques rejoignent en grande partie les centres d'intérêt de ces jeunes. Ces activités culturelles leur apportent un enrichissement sensoriel et émotionnel indispensable à l'ouverture relationnelle. A partir de là tout est possible, les choix d'activités vont s'opérer, des projets intra et extra muros vont naître: cinéma, cirque, spectaclejeune public, emprunts de livres et lectures d'histoires à la bibliothèque,festivals de musiques et de BD, atelier photo à la MIC,
les séjours de loisirs médicalisés (accueil de seize jeunes pendant les vacances scolaires encadrés par une équipe d'animation supervisée par un éducateur), les séjours-recours (accueil d'urgence pour une durée de trois jours). Le CALME est une structure à taille humaine se situant à Montipouret dans l'INDRE (36).

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participation aux activités d'associations locales, activités de loisirs extérieurs (piscine, patinoire, escalade), transferts (mer, montagne) partage de la piscine du CALME avec les jeunes du centre de loisirs de la commune. Attardons-nous sur quelques faits: Equinoxe, scène nationale de Châteauroux, propose un spectacle jeune public dans le cadre de séances scolaires, « Coucou», théâtre d'objets adressé à des enfants âgés de dix-huit mois à trois ans. Barbara et Judicaël se régaleraient, pas de doute! Le premier contact téléphonique avec la directrice des relations avec le public fut mouvementé: au premier abord, elle ne semblait pas d'accord pour mêler des petits avec des grands: « Ils vont les effrayer, les perturber ». Judicaël et Barbara ont quinze ans d'âge réel, mais leur niveau de compréhension et d'intérêt se situe à un niveau de petite section de maternelle. Ils n'allaient pas perturber la représentation. Nous serions deux accompagnateurs (une stagiaire et moi-même). Après quelques moments d'hésitation, elle accepta. Judicaël et Barbara se sont régalés, semble-t-il. Les enfants riaient avec eux, échangeaient des mots. A les observer, rien ne semblait bizarre. Depuis, les jeunes accueillis sont devenus des spectateurs réguliers. Finalement qui le handicap mental dérange-t-il ? L'enfant ou l'adulte? Le jeune handicapé, comme tout citoyen à part entière, a le droit d'accéder à la culture. L'accès à la culture devient en outre un support à la relation, un prétexte, un motif, un moyen, un outil pour permettre de donner à l'individu sa place d'acteur social, d'acteur culturel, de sujet.

Entreprendre d'accompagner des jeunes autistes et psychotiques à des représentations théâtrales, à des festivals ou les faire participer à des activités culturelles organisées par les équipements socioculturelset culturels (Maisons des Jeunes et de la Culture, associations, scènes nationales, salles de spectacle, bibliothèques,musées...) n'est pas sans difficultés. Pourtant le vécu évoqué montre que c'est possible sous certaines conditions: par exemple, le groupe doit être restreint et
l'accompagnement renforcé. L'animateur, représentant de l'institution, en lien direct avec les différents acteurs du milieu social et culturel, doit se porter garant du bon déroulement de la sortie, de l' extra-muros. Au-delà de son travail d'accompagnement auprès des accueillis, il travaille sur une dimension délicate: celle des représentations sociales.

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J'ai pu nourrir cette dimension de mon travail en adhérant au réseau EU CREA France, rassemblement national pour la promotion de l'accès des personnes handicapées aux loisirs et à la cultures. Cela replace mes actions dans un contexte national. Caroline fête ses neuf ans. Ses attitudes démunissent ses parents: elle paraît complètement indifférente à son environnement. Telle une poupée de chiffon, un pantin désarticulé, elle se distingue par sa fragilité. Elle est dans l'exploration sensitive des personnes et des objets. Elle émet des sons stridents dans des situations agressives pour elle. Un groupe de jeunes part en transfert à la mer. Caroline n'a jamais vu la mer. Doit-on l'inscrire? Sa faible autonomie pourrait alourdir le groupe. L'équipe hésite et se décide sur mon insistance. A peine anivée sur la plage, Caroline lève les yeux au ciel, se met à courir dans tous les sens, les bras ouverts, en riant à gorge déployée. Tout au long du transfert et par la suite, nous constatons un remarquable changement de comportement, comme un sentiment de bien-être tout à coup perceptible. Cette expérience hors des murs de l'institution témoigne de l'obligation d'essayer. L'ouverture vers l'extérieur n'est pas favorable à tous. L'important pour certains se situe dans les relations interpersonnelles dans le contexte privilégié de l'établissement. Mais dans ce cas précis, l'extra-muros est au contraire synonyme d'épanouissement. Avril 1998. Je propose d'organiser des «jeux olympiques ». Des éducateurs semblent sceptiques: comment des jeunes de très faible autonomie vont-ils pouvoir s'inscrire dans ce type d'activité? Quel intérêt? Sur le terrain, c'est la fête: parties de rigolades, fierté pour certains de gagner une médaille, pour d'autres occasion de sortir de leurs comportements ritualisés. L'objectif est atteint: tout le monde a participé. Ce qui est intéressant également, c'est le regard nouveau qu'on pennet aux éducateurs de porter sur l'accueilli, car, lorsqu'on agit dans un milieu fenné auprès de jeunes souvent déstabilisants, il
S Cette association regroupe des associations nationales, des organismes, des institutions d'accueil, des prestataires spécialisés et des individuels dans le but de promouvoir l'égalité des chances dans l'accès aux loisirs et à la culture. Elle s'est donné une double mission: permettre les échanges d'expériences en faveur de l'accès à la culture, mais aussi inciter les pouvoirs publics à intégrer cette problématique à leurs politiques. Elle est à l'initiative par exemple de la mise en place de la commission interministérielle «culture handicap».

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est difficile parfois de se détacher de l' étiquette du handicap et de ce fait de percevoir leur potentiel. L'exigence, l'attente sont différentes: l'éducateur vise l'effort, l'apprentissage, la bonne tenue, le socialement acceptable, contient, apaise, donne du sens aux faits et gestes. L'animateur pennet

que le jeune soit lui-même, lui laisse le temps de découvrir. Les exigences ne sont pas gmduées. On est dans l'instant précis, la
stimulation dans la découverte. En parallèle du travail éducatif, le « bol d'air» se situe dans la gratuité de l'action, la fête, l'imprévu, la détente, le jeu. Au fil du temps, cet espace de « gratuité» est repéré par les jeunes et apprécié des membres de l'équipe éducative.

Labo photo à la M.J.C. David, Jessy, Hélène, Barbara, Nicolas, Thomas et bien d'autres ont découvert la magie du développementphoto. De là naît l'idée de publier un livre présentant des portraits de jeunes accueillis au CALME,développéspar certains d'entre eux. Tous lesjeunes concernéssontvalorisés: ceux qui ont été photogmphiés et ceux qui ont développé les photos. Quant aux
parents, ils en retirent une certaine fierté. Enfin, dans la rencontre avec les familles, l'animateur peut établir une relation différente de celle des éducateurs. Les propos ne sont pas centrés sur les difficultés du jeune, son niveau d'autonomie, d'apprentissage, ses limites ou ses efforts mais sur ses centres d'intérêts, sur sa participation à telle ou telle activité. Les parents apprécient qu'on leur fasse part des actions vécues par leur enfant. Au CALME, j'ai découvert la richesse de travailler en équipe pluridisciplinaire: des regards différents portés sur l'individu 'permettent de le considérer dans sa globalité.

Ce vécu m'a également convaincue de l'importance du
« vivre avec». Nous devenons des personnes repérées et sécurisantes, des relations de confiance peuvent s'établir. Aussi y ai-je peu à peu compris l'importance de n'être d'aucune école, de ne pas se cantonner à des façons de faire, de penser: inventer, utiliser la magie de la relation. Tout au long de cette première expérience professionnelle, j'ai également enrichi ma pratique en participant à diverses formations, colloques, journées d'étude portant spécifiquement sur la prise en charge des jeunes autistes, sur l'état de la recherche... Cet aspect me semble important car il faut bien connaître les différentes pathologies pour pouvoir accompagner de façon adaptée les jeunes en milieu ordinaire et pour sensibiliser avec justesse les différents acteurs de la vie sociale et culturelle.

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