//img.uscri.be/pth/a6479065e5e74d8e9d8a20f70ee333b48a327335
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 16,50 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

L'animation des territoires

De
258 pages
La démarche de cet ouvrage, argumentée d'un point de vue géographique, idéologique, économique et politique, présente les opérateurs du tourisme social en fonction de leurs implications dans le champ de l'animation et de la médiation, influencées par une ouverture des établissements sur leur environnement, par la défense de valeurs fondées sur le lien social, par la mise en oeuvre de systèmes de régulation facilitant l'accès aux vacances pour tous et par des rapports humains qui considèrent les vacanciers dans une perspective éducative.
Voir plus Voir moins

L'animation

des territoires

Les villages de vacances du tourisme social

Collection Animation et Territoires Dirigée par Jean-Pierre Augustin et Jean-Claude Gillet

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.hatmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

2006 ISBN: 2-296-00049-5 EAN : 9782296000490

@ L'Harmattan,

Luc GREFFIER

L'animation des territoires Les villages de vacances du tourisme social

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa Fac. .des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI
Université de Kinshasa

L'Harmattan Italla Via Deglj Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

- RDC

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

P réface
Jean-Pierre AUGUSTIN Professeur à l'Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3 UMR 5185 ADES du CNRS Les recherches sur le tourisme se sont largement développées en France, et les rapports, ouvrages et analyses soulignent l'importance du phénomène pour l'économie et le développement territorial. Dans cet ensemble, les études concernant le tourisme social sont parfois présentées comme un objet d'étude secondaire, dévalué et parfois dépassé. Luc Greffier rappelle avec raison qu'en France le tourisme n'a pu vraiment se développer à partir des années 1950 qu'en s'appuyant sur trois leviers interdépendants. Celui des fédérations syndicales et d'éducation populaire qui ont permis au plus grand nombre d'accéder à des formes de vacances auxquelles il n'avait pas accès jusque-là; celui des politiques nationales d'aménagement du territoire qui ont ouvert de vastes espaces aux activités ludotouristiques ; celui enfin du secteur privé des entreprises touristiques qui n'a cessé de se développer. L'esprit du temps aurait tendance à oublier le premier levier et à centrer les analyses sur la globalisation et la concentration des marchés du tourisme. Il est vrai que le premier secteur sous les appellations diverses de tourisme populaire et de tourisme social n'est pas toujours facile à identifier tant le tourisme marchand étend son emprise sur l'ensemble de la société. Mais ce tourisme social et associatif doit pourtant être distingué car il correspond à une dimension historique et toujours active du secteur des vacances. Les chiffres officiels considèrent que l'offre touristique en France est de 18 millions de lits, le tourisme marchand en regroupe 4,5 millions, le tourisme autorégulé (résidences secondaires...) environ 13 millions et le tourisme social et associatif près d'un million. Ce chiffre correspondant à près de 22 % de l'ensemble est loin d'être négligeable, d'autant que ses promoteurs sont regroupés dans des fédérations qui affirment leurs différences et leur volonté d'agir. Utilisant les méthodes de la géographie, l'auteur insiste sur la dimension sociale du phénomène et propose l'hypothèse d'une rupture qui conduirait les acteurs à considérer les temps sociaux libérés comme des temps d'émancipation et d'éducation qui protègeraient

partiellement les loisirs du joug de la consommation. Il oppose le modèle de la fonction d'animation" consumériste " développé par les marchands de vacances (vacance des valeurs) au modèle de l'animation" transformatrice" fondé sur un engagement marqué par la " valeur des vacances" et par des inscriptions territoriales fortes. Il considère que les opérateurs de ce tourisme, en résistant au processus d'homogénéisation de l'activité touristique pourraient même devenir, en relevant les défis de la demande émergeante, des acteurs incontournables du tourisme de demain engagés « dans des pratiques alternatives, tourisme éthique, tourisme solidaire, écotourisme, tourisme intégré, tourisme durable, tourisme équitable... » qui militent pour de nouveaux rapports sociaux et de nouveaux rapports au territoire. Il n 'hésite pas à affirmer que les villages de vacances du tourisme social, en s'appuyant sur leur histoire, sur leurs valeurs, leurs compétences et leur savoir-faire, pourraient montrer leurs capacités contemporaines d'innovations. Luc Greffier est Maître de conférences à l'IUT Michel de Montaigne où il dirige des formations professionnelles, mais il est aussi chargé de mission Tourisme Social à la direction nationale des CEMEA et, à ce titre, a représenté par délégation les CEMEA au Conseil national du tourisme. Rappeler ces éléments n'est pas seulement indicatif d'un parcours, c'est aussi décisif sur la posture scientifique de cet ouvrage qui s'inscrit dans une visée praxéologique. Chaque posture a ses spécificités et on doit noter ici à la fois la distance et la proximité à l'objet d'étude qui oriente clairement ce travail dans une recherche-action. Résultat d'une double légitimité liée à un engagement militant et à un travail universitaire reconnu, sa recherche s'inscrit dans un ensemble de réflexions et de travaux menés à Bordeaux, à l'Institut Supérieur d'Ingénieurs et Animateurs Territoriaux (ISlA T) et à l'UMR ADES du CNRS qui tentent un renouvellement des approches concernant l'engagement territorial des acteurs et leur volonté à créer du lien social, à faire société. Au-delà d'une conclusion nuancée quant au niveau d'engagement des villages de vacances étudiés dans une logique de production territoriale, l'auteur note que le secteur est porteur d'avenir et peut résister aux tendances de l'économie de marché et de l'individuation des pratiques en favorisant des activités sociales collectives et solidaires. À ce titre, cet ouvrage est indispensable aux acteurs de terrain comme aux chercheurs qui tentent de mieux saisir les enjeux et les atouts du tourisme social et associatif. 8

Introduction
Le tourisme, considéré comme l'ensemble des phénomènes résultant des voyages et des séjours temporaires de personnes hors de leur domicile, est né à la fm du XIXe siècle avec la civilisation industrielle. En France, cette activité a été marquée par la promulgation en 1936 de la loi sur les congés payés qui a superposé aux logiques de limitation de la durée légale de travail hebdomadaire, entamées depuis plusieurs décennies, celle des congés payés caractérisés par une agrégation de jours non travaillés permettant d'imaginer des formes novatrices d'occupations. Les conditions temporelles étant créées, les activités de tourisme ont pu se développer en s'appuyant à partir des années cinquante sur trois leviers interdépendants: celui de l'engagement dans les activités touristiques d'organisations inscrites dans le sillage des grandes fédérations syndicales et des mouvements de jeunesse ou d'éducation populaire. Très rapidement ces organisations collectives se sont développées dans la perspective de permettre au plus grand nombre d'accéder à des formes de vacances souvent marquées par le phénomène du voyage. C'est ainsi que sont nées de nouvelles pratiques, identifiées par des termes tels que «tourisme populaire, tourisn1e de masse, tourisn1e social» (Froidure, 1997) ; celui de la mise en œuvre des politiques nationales d'aménagement de l'espace français caractérisées par la création de grandes zones de concentration d' alnénagements touristiques (la montagne, le Languedoc-Roussillon, la côte Aquitaine) organisées sur des logiques fonctionnelles de transplantation et d'accueil de populations issues essentiellement des tissus urbains (Augustin, 1995); celui enfin de l'engagement progressif de capitaux privés que l'on peut identifier en tenne d'aménagement selon deux dynamiques: celle développée par des entreprises de tourisme et celle animée par des particuliers investissant dans les résidences secondaires. Ce sont ces trois leviers de développement qui, s'articulant dans une combinatoire particulière, structurent le modèle touristique français qualifié par Pierre Py (2001) de « miracle touristique ».

Figure 1 : Le modèle touristique français

Les activités touristiques (auxquelles participent, dans le seul cadre des départs en vacances, près de 700/0de la population française) sont ainsi marquées par cette histoire contemporaine singulière qui traverse la fin du vingtième siècle et accompagne l'évolution de la société. Cela se traduit aujourd'hui par la présence d'acteurs touristiques qui s'écartent des seules lois du marché et de la régulation bureaucratique et qui s'inscrivent dans le challlp de l'économie sociale. Selon Eric Bidet], l'approche définitionnelle de ce secteur a donné lieu à plusieurs courants recouvrant des objets distincts et utilisant des terminologies différentes selon les sensibilités et les contextes juridiques et fiscaux propres à chaque pays: secteur à but
I Encyclopaedia Universalis 7, L'économie sociale. 10

non lucratif (nonprofit sector) aux États-Unis, secteur volontaire (voluntary sector) au Royaume-Uni, économie populaire dans les pays d'Amérique latine, économie communautaire au Canada. Mais il faut également mentionner une conception de l'économie sociale, fondée non pas sur le mode de production et d'affectation des bénéfices mais sur la nature des biens produits. Le terme d'économie sociale désigne alors le secteur des biens collectifs qui relève de l'économie non marchande. Celle-ci regroupe l'ensemble des biens et services auxquels on ne peut associer un prix de marché en rapport avec le coût de production, car leur financement ne dépend pas majoritairement de leur vente sur le marché, mais est partiellement assuré par des contributions obligatoires (transferts sociaux) et volontaires (dons, cotisations). Le tourisme social ferait donc partie de ce champ de l'économie sociale produisant des biens collectifs dans un contexte régit, pour les économistes, par deux propriétés: la non-rivalité (la consommation du bien par un individu n'altère pas la quantité disponible de ce bien pour les autres individus) et la non-exclusion (mettre ce bien à la disposition d'un consommateur le rend automatiquement accessible à une infinité de consommateurs). Que ce soit d'un point de vue structurel ou fonctionnel on peut dire ainsi que les activités touristiques s'inscrivent dans un système sociétal qualifiée par Jean-Louis Laville (2000) de « société avec marché », qui s'organise à partir de trois pôles de l'économie articulés les uns aux autres autour des notions d'économie marchande, d'économie non-marchande et d'économie non-monétaire. Pour l'auteur, l'économie marchande, source exemplaire d'efficacité en matière de production peut générer de graves inégalités car elle ne s'intéresse qu'aux demandes solvables; l'économie non-marchande présente la capacité de développer des systèmes permettant un accès égalitaire à tous les citoyens mais peut souffrir des excès de bureaucratie, de lourdeur administrative comme elle peut parfois produire des effets pervers d'assistanat; l'économie nonmonétaire quant à elle s'appuie sur les réseaux de proximité structurés autour de pratiques auto-organisées qui peuvent être pertinentes en terme de développement local et participer au processus d'émancipation des individus, mais qui présentent le risque d'un enfermement voire d'un renforcement des communautarismes. Ces différents secteurs développent des démarches qu'il ne s'agit pas pour nous d'opposer, mais de définir comme parties prenantes du paysage vacancier tout en identifiant certaines logiques qui les sous-tendent. Concernant les pratiques vacancières, on pourrait proposer à partir de cette distinction économique une typologie de l'offre Il

d'hébergement organisée autour du triptyque offre partiellement autoorganisée, offre marchande concurrentielle et offre non-marchande. le premier type concerne l'ensemble des pratiques autoorganisées sous forme d'accueil dans les résidences secondaires, dans la famille, chez des amis... et caractérise le champ du tourisme pour lequel producteurs et bénéficiaires de l'activité se confondent. Ce secteur souvent ignoré des représentations et des statistiques concernant le tourisme est celui qui pèse le plus lourd en terme de capacité d' accueif et de pratiques vacancières3 ; le deuxième type, marchand concurrentiel, caractérisé par sa puissance de marketing et par sa capacité à produire des représentations de « l'idéal vacancier» à partir d'images symboliques, est celui de l'industrie touristique, marquée par des phénomènes de concentration tant verticale qu' horizontale et par des systèmes de production qui mettent en avant les demandes des clientèles solvables; le troisième type, non-marchand, face cachée d'un Etat providence aujourd 'hui peu actif dans le domaine touristique, propose des dynamiques participationnistes et collectives, des systèmes d'accompagnement et d'aide aux départs... qui positionnent globalement les opérateurs dans le champ du tourisme en économie sociale et solidaire4.

2

Alors que la capacité
de lits,

totale d'hébergement
d'accueil

touristique
Source

en France est estimée
représente du Tourisme 2002.

à 18,5
13

millions miJlions
3

la capacité

des résidences

secondaires Direction

environ

de ]its soit 700/0 des lits touristiques.

Les pratiques auto-organisées représentent environ 70% des nuitées réalisées en France.
4

A l'échelle naÜonale, plus de 800 000 lits sont concernés par ce secteur qui représente plus de 150/0 de l'offre touristique banalisée. L'Union Nationale des Associations de Tourisme (UNA T) rassemble quant à elle plus de 1500 établissements d'hébergement (tous types confondus) soit 240 000 lits, accueille plus de 5 700 000 personnes pour un volume total de plus de 38 millions de journées vacances et génère un chiffre d'affaires estimé à plus de 1 milliard 300 mille euros. Les opérateurs adhérents à l'union salarient 12 000 permanents et plus de 60 000 saisonniers. 12

..

lia

~ /
Figure 2 : Les trois pôles de l'offre d'hébergement touristique

L'existence

d'une

oftfe

« non-marchande})
-

du

tourisme

apparentée à l'économie sociale et solidaire de l'offre partiellement auto-organisée
-

offre que certains

pouITaient réfuter en récusant sa distinction de l' offre marchande ou procédure d'agrément national du tourisme social et familial5 délivré par le ministre chargé du tourisme. L'obtention de cet agrément est soumise au respect d'un ensemble de critères dont: le fonctionnement démocratique et la gestion désintéressée, l'accueil au minimum de 80% de familles avec enfants scolarisés pendant les vacances scolaires, l'accueil au minimum de 40% de clientèles aidées sur l'année, l'accueil adapté aux personnes en difficulté ou en situation d'exclusion et la présence d'une tarification adaptée aux revenus des publics. Au-delà de ces aspects définitionnels, les contextes économiques et politiques des opérateurs font que les pratiques touristiques organisées historiquement dans le cadre de ce modèle d'acteurs, sont aujourd'hui contfontées à la complexification croissante de la société, qui se traduit par une multiplication des sous-systèmes sociaux et par
5 Arrêté du 3 juillet 2003, J.O. du 17-07-03. 13

se matérialise par la

une production d'univers d'activités et de sens de plus en plus différenciés (Saez, 2002). Les opérateurs qui inventaient il y a soixante ans le tourisme social en accompagnant les familles, les ouvriers, les jeunes dans leurs premiers départs en vacances, sont de nos jours confrontés à la méta-culture partagée des vacances (Viard, 1998) qu'ils ont su à l'époque développer et diffuser au sein de la société. Alors même que leur objectif social visant l'accès aux vacances pour tous n'est toujours pas atteint (30 à 400/0des français ne partent pas régulièrement en vacances), ils sont amenés à s'interroger sur la façon de répondre aux besoins des familles, tant en ce qui concerne les formules d'accueil proposées qu'en ce qui concerne les offres d'activités. De fait, ces opérateurs sont quotidiennement interpellés par une double problématique: celle du « droit aux vacances pour toUS» qui pose la question de l'accessibilité tant économique que culturelle aux vacances. Cette question concerne parfois, à l'instar du héros de Paul Auster6, des personnes pour lesquelles «le concept de vacances en fan1ille est entièrement inconnu. Elles ont parfois entendu le mot vacances, n1ais jamais d'une façon qui suggéra une relation avec le mot famille (...)

ou qui aurait à voir avec la notion de voyage ». L'enjeu pour elles est
alors d'accéder pour la première fois à un objet culturel difficile à maîtriser; celle de la «qualité des temps vacanciers ».En effet, les vacances, au-delà d'un simple moment de récupération de la force de travail, peuvent être considérées soit comme de simples temps de consommation, soit comme des temps éducatifs originaux car non contraints, permettant de retrouver et récupérer sa chronobiologie, de pratiquer des activités diverses, de privilégier rêverie ou mobilisation de toutes les énergies, d'alterner des moments de repos et d'individualité avec des moments d'activités collectives et de vie de groupe, de rencontrer l'altérité et de se confronter à elle. Elles constituent alors des moments de liberté, d'apprentissage social et de découverte de nouveaux espaces permettant à chacun d'être soi-même différent en étant ailleurs. Pour répondre à ces enjeux, très tôt la question de l'accueil et de l'hébergement des populations vacancières s'est posée. L'un des modèles les plus caractéristiques et les plus symboliques des équipements inventés par les opérateurs du tourisme social lors de la période de développement et de diffusion des pratiques touristiques a
6

Auster P., (1999), Tombouctou

(traductjon),

Actes Sud, 248 p.

14

été le village de vacances. Ce concept, dont une ébauche fut aménagée en Angleterre à Skegness par Billy Buttlin qui proposa dès l'origine une forme de loisir collectif basé sur la rencontre grâce à la pratique d'activités (Dewailly et Flament, 2000), reste toujours d'actualité. Il s'agit, selon le décret de 1975, d'un «ensemble d'hébergements faisant l'objet d'une exploitation globale, de caractère comn1ercial ou non, destiné à assurer des séjours de vacances et de loisirs selon un prix forfaitaire con1prenant la fourniture de repas ou de moyens individuels pour les préparer et l'usage d'équipements collectifs permettant des activités de loisirs sportifs et culturels )/. Les villages de vacances, au-delà de leurs fonctions traditionnelles d'accueil, d'hébergement et de restauration, proposent donc d'assurer une fonction globale d'animation, dans une logique qui dépasse la simple pratique consumériste, en articulant sur les lieux et dans le temps des vacances des projets inscrits dans une logique de développement des personnes et soumis à la double contrainte de « l'ici des autochtones» et de « l'ailleurs des vacanciers ». L'enjeu est, selon Pierre Py (2001), « d'inventer une double histoire d'amour, entre les hommes d'abord et entre les hOlnmes et le territoire ensuite» mettant en œuvre l'utopie8 concrète, ici et maintenant, de la rencontre possible entre les figures symboliques du « touriste en visite» et de « l'autochtone dans sa dimension accueillante ». Pour les villages de vacances du tourisme social, prendre en compte cette double problématique implique de jouer un rôle de médiation territoriale en s'engageant dans un processus complexe qui doit accompagner les relations qu'entretiennent les vacanciers (en provenance de bassins distants d' émissions touristiques) avec l'environnement (village de vacances, territoire d'accueil touristique, bassin de proximité...) sur lequel ils développent leurs pratiques de loisirs. Cet environnelnent qui dépasse le simple cadre des activités humaines, doit être abordé selon une démarche holiste intègrant des dimensions spatiales et géographiques bien sûr, mais également économiques, idéologiques et politiques.

7
8

Décret n075-1102 du 18 novembre 1975. Le terme « d'Utopie », inventé par Thomas More, signifie « le pays de nulle part »: un lieu qui n'est dans aucun lieu, une présence absente, une réalité irréelle, un ailleurs nostalgique, une altérité sans identification. (cf. Encyclopaedia Universalis). Cette même origine et cette acception du terme sont proposées par Baumgartner et Ménard (1996). Pour Claude Dubois, (1968) Problème de l'Utopie, Archives des Lettres Modernes, n085, p.6, : «la notion est traversée par une double acception, le pays tie nulle part rattaché à outopie, ou le pays où l'oll est bien rattaché à eutopie ».

15

Ainsi, les opérateurs gestionnaires de villages de vacances sont engagés, par leurs activités touristiques, sur trois vecteurs relationnels principaux. (cf. schéma ci-après)

Territoires
d'émission touristique

Figure 3 : Le village de vacances et ses différentes échelles d' inscri ption territoriale

Le vecteur n° 1, assure le lien entre l'espace sociétal en général identifié en tant que territoire d'émission touristique et les villages de vacances. Ce niveau de relation est très influencé par les contextes culturels dans lesquels vivent les populations concernées. Affirmer la place et le rôle de cette fonction au sein de l'activité du tourisme social implique une prise de position à l'égard d'un paradigme culturaliste qui considère le tourisme COlnme le reflet d'une civilisation à un temps donné, permettant d'observer, au travers des pratiques touristiques, les valeurs dominantes ou spécifiques d'une société ou d'un groupe social. Argumentant cette position, Catherine Bertho-Lavenir (1999), dans son ouvrage consacré à l'invention du tourisme, montre que l'on ne devient pas touriste naturellement, que l'activité touristique est sous-tendue par un processus insensible d'apprentissage, parfois inconscient et éminemment social. Pour cet auteur, les activités touristiques contemporaines se développent essentiellement sur un modèle de consommation des lieux visités considérés en tant que spectacle ou distraction, posture qui se traduit dans une mise en scène de plus en plus importante de l'espace touristique.

16

Le vecteur n02, concerne directement l'espace des vacances. L'étude annuelle du Credoc et le sondage CSA9 montrent l'importance de ce vecteur puisque la destination apparaît comme le premier élément déterminant la localisation des vacances. Ce choix est réalisé à partir de quatre préoccupations principales: la qualité environnementale, la sécurité des lieux, le contact possible avec les habitants et la possibilité d'être au calme. Le vecteur n03 concerne plus spécifiquement les relations de proximité qui s'établissent entre le village de vacances et le territoire

porter notre attention. Dans ce contexte, la fonction d'animation, plus encore que les fonctions d'accueil, d'hébergement et de restauration, apparaîtrait comme un analyseur essentiel. En effet, pour de nombreux opérateurs, cette fonction d'animation, représente la valeur ajoutée, le supplément d'âme proposé par le secteur du tourisme social aux services d'accueil et d'hébergement touristiques. Bien plus qu'un service complémentaire fourni aux usagers, son analyse révèle un système complexe engageant les acteurs dans un processus de médiation territoriale qui participe à l'épanouissement des individus. Cette posture particulière, défendue par les opérateurs du tourisme social, s'inscrit dans un contexte de développement du tourisme de masse qui a peu à peu modifié les représentations que se font les français de cet objet de plus en plus partagé. Alors qu'il y a quelques décennies encore, partir en vacances restait un événement exceptionnel, ou un privilège réservé à une frange limitée de la population, le départ en vacances est devenu aujourd'hui une pratique commune symbolique, qui doit être vécue et relatée au risque de se voir attribuer socialement ou de s'attribuer soi même une position marginale: pour Guy Matteudi (1998) «les vacances sont progressivement devenues un indice d'intégration» et il s'agit selon André Rauch (1996) «de ne pas lnanquer les rendez-vous de la mobilité». Pourtant le tourisme reste une pratique qui discrimine la population française: quatre de nos concitoyens sur dix environ ne partent pas en vacances et ce pour des raisons souvent influencées par les conditions socio-économiques des personnes. Du côté des opérateurs, une disjonction apparaît entre l'organisation collective de certains villages de vacances et les motivations individualisées des publics. Afin de résoudre cette
I)

d'accueil touristique. C'est sur ce troisième vecteur - apparemment sensible pour les opérateurs du tourisme social - que nous souhaitons

Réalisé pour le compte du secrétariat d'Etat au Tourisme Tourisme Social et Associatif en mai 1999.

lors des Etats Généraux

du

17

tension, de nombreux opérateurs du tourisme social se sont engagés dans la voie d'une banalisation de leur activité et dans des démarches de type marketing qui viennent fortement perturber leur culture originelle. Dans le même temps, les structures commerciales ont diversifié leurs activités et s'intéressent parfois à des publics relevant traditionnellement du tourisme social. Ces glissements réciproques se traduisent par une mise en concurrence de plus en plus directe entre les acteurs du tourisme social et les entreprises du secteur commercial. Face aux enjeux du tourisme et des loisirs dans les sociétés postindustrielles, la question posée désormais aux acteurs du tourisme social est celle de la capacité d'évolution de leurs structures, passant d'un modèle fonctionnaliste développé dans le courant des années cinquante et soixante, modèle qui a construit des lieux où pouvaient se déverser les populations urbaines participant à un tourisme de masse délocalisé, à un modèle intégrant des projets territoriaux de développement local et durable. Dans ce contexte, une disjonction peut apparaître entre les principaux acteurs de l'activité touristique, les touristes eux-mêmes et les territoires sur lesquels ils développent leurs activités. La thèse que nous défendons est que cette disjonction, accentuée par des effets de masse et de pression touristique d'une part et par des phénomènes d'ancrages territoriaux identitaires de plus en plus affirmés d'autre part, nécessite, afin d'éviter toute rupture, l'aménagement d'une médiation territoriale pour laquelle la fonction d'animation développée par les opérateurs du tourisme social, portés par un projet social et solidaire, semble tout à fait pertinente. En effet, pour reprendre l'expression du président de la région Aquitaine de l'Union Nationale des Associations de Tourisme (UNA T) « on dort et on mange dans nos structures de la même n1anière que dans les structures commerciales, le seul élément différentiel concerne la n1ise en œuvre d'un projet politique, et celui-ci se traduit concrètement par l'émergence de formes spécifiques d'animation». Cette fonction organisée non comme un simple service complémentaire mais sous la forme d'un système complexe d'animation s'inscrit dans une perspective qui considère le temps libre comme un temps possible d'émancipation participant au processus de construction des individus. A ce titre, les opérateurs du tourisme social qui souhaitent mener à bien leur projet social doivent s'engager dans ce processus au risque de voir les temps de vacances et par extension les nouveaux temps libérés devenir des vecteurs aggravants les inégalités sociales. Les enjeux sont importants parce que ces temps, qui jouent déjà au sein de la société un rôle majeur du point de vue de l'éducation des personnes, 18

seront demain des supports d'apprentissage incontournables en terme de mobilité, de sociabilité, ou encore de culture. En partant de l'idée selon laquelle il existerait des degrés de scientificité dans l'approche des phénomènes, nous avons été amené à développer une méthodologie spécifique pour l'étude des « villages de vacances du tourisme social ». Très vite il nous a semblé impossible d'aborder tous les domaines recouvrant l'objet de la recherche avec la même forme de rationalité, certaines des problématiques identifiées échappant à la sphère des objets matériels quantifiables pour se diluer dans des instances idéelles politique et idéologique interpellant des niveaux d'analyse de type qualitatif. Ainsi, à partir de la théorie structurale des représentations sociales (Abric, 1976, 1987), nous proposons d'identifier un premier modèle du village de vacances du tourisme social organisé à partir d'une sorte de « noyau dur» de type statutaire autour duquel se développerait une zone périphérique plus incertaine parce que soumises aux contingences historiques et aux réalités des opérateurs gestionnaires d'équipement.

Figure 4 : Représentation structurelle du village de vacances du tourisme social Le travail de recherche sur l'engagement des villages de vacances du tourisme social dans un processus d'animation et de médiation territoriale nous conduit à identifier un ensemble d'hypothèses permettant de qualifier ces établissements de vacances: la première concerne l'inscription spatiale des villages de vacances: celle-ci se traduirait par des équipements et des aménagements spécifiques en adéquation avec les finalités des opérateurs du tourisme social. Les logiques de convivialité, de rencontre, seraient identifiables par la mise en scène, l'agencement et 19

l'articulation d'espaces porteurs de ces valeurs. La dimension vie locale et non uniquement vie touristique permettrait de positionner les acteurs dans une dynamique intégrative de développement du territoire; la deuxième s'appuie sur l'histoire des opérateurs et les valeurs qu'ils défendent. Celles-ci pèseraient sur les villages de vacances et les amèneraient à produire des activités dans une perspective éducative et d'émancipation des personnes; la troisième fait référence aux dynamiques de gestion: les choix effectués par les opérateurs, tant au niveau du fonctionnement qu'à celui des investissements, traduiraient des engagements volontaires dans des problématiques de développement des personnes et des territoires. La dimension viepern1anente par opposition à celle de vie saisonnière touristique engagerait les acteurs dans des actions de développement local durable; la quatrième renvoie aux relations entretenues avec les usagers et les acteurs locaux. Les modes d'organisation et de relation structure-vacanciers-territoire développés par les villages de vacances du tourisme social inscriraient les opérateurs dans des démarches plus partenariales que concurrentielles avec l'ensemble des acteurs du territoire. Le thème de réflexion proposé apparaît novateur dans le champ des études concernant le tourisme social. De ce fait le travail a essentiellement une ambition exploratoire et tentera surtout d'affmer l'hypothèse générale d'une inscription particulière des villages de vacances sur leur territoire d'accueil touristique plutôt que de les évaluer au sens statistique du terme. La démarche pourrait ainsi constituer une approche originale concernant la spécificité du tourisme social dans une période où celui-ci est fortement questionné par la pression socio-économique qui tend vers l'uniformisation des acteurs et la libéralisation des marchés.

20

Chapitre 1 : Tourisme histoire et enjeux

social,

Le tourisme, défini par l'Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) comme l'ensemble « des activités déployées par les personnes au cours de leurs voyages et de leurs séjours dans les lieux situés en dehors de leur environnement habituel pour une période consécutive qui ne dépasse pas une année, à des fins de loisirs, pour affaires et autres motifs », 10représente l'un des premiers secteurs économiques à l'échelle mondiale. Si le tourisme apparaît désormais comme un fait social total quotidiennement mis en scène dans notre société (Augustin, 1997), c'est bien parce qu'il relève d'une double logique, celle des hommes qui s'engagent dans l' activité et celle des territoires et infrastructures qui l'accompagnent. Cette approche globale du concept se traduit pour le géographe ou l' aménageur par la nécessité de ne pas limiter l'objet à la simple étude des activités de voyages et de déplacements individuels ou collectifs, mais d'intégrer dans le concept de tourisme les territoires et leur aménagements, les flux et les impacts économiques (Cazes, 1992). La première section de ce chapitre sera l'occasion de rappeler les éléments historiques structurant le processus d'élaboration de l'activité touristique, et de présenter les fondements idéologiques et l' offi-eproduite par les opérateurs du tourisme social. La seconde section interrogera les enjeux actuels du tourisme social à partir d'une analyse des relations entretenues par les différents acteurs impliqués dans l'activité touristique. Seront alors évoquées les perspectives du tourisme social confronté au risque d'une dilution progressive dans le champ concurrentiel du tourisme.

10

Source Organisation

Mondiale

du Tourisme

OMT.

1. Tourisme social, émergence, diffusion et actualité
Pour évoquer 1'histoire récente du tourisme et analyser la place occupée au sein de cette activité par les associations et les individus marqués par les aspirations politiques tournées vers des préoccupations sociales, nous développerons une double approche, diachronique et synchronique. Cette démarche offre l'avantage d'une lecture et chronologique et séquentielle qui présente l'intérêt de révéler la logique du temps dans la transformation des discours entretenus sur le tourisme et sur les acteurs. Comme l'évoquent JeanPierre Augustin et Jean-Claude Gillet (2000), « cela pern1et une présentation simplifiée qui, se démarquant d'une analyse linéaire, vise à souligner les ruptures et les continuités, les concurrences et les coopérations» qui ont favorisé la création d'un système organisé de tourisme social, lui même considéré comme élément du système touristique général.

1.1. Découvreurs, voyageurs, touristes,
une histoire de ruptures et de superpositions
de pratiques
Parler du tourisme, et au sein de ce vaste secteur, du tourisme social, pose Îlnmédiatement une question de définition des objets. Le mot tourisme, qui apparaît à la fin du XIXe siècle alors que les hommes voyagent depuis l'aube de l'humanité, est aujourd'hui source de confusions. Pour Georges Cazes (1992), « employer innocemment Ie terme con1me il est comn1un de le faire, c'est évoquer à la fois des mouvements et des moyens techniques, des itinérances et des sédentarisations, de l'agrément, des modes et des obligations, des institutions, des entreprises et des transactions commerciales, des espaces parcourus et d'autres investis jusqu'à la saturation, des hommes et des conduites multiples ». Du point de vue chronologique, trois grandes périodes de pesées historiques différentes peuvent être repérées: celIe qui fait référence aux migrations et découvertes: la période des découvreurs, explorateurs, cartographes et autres naturalistes;

22

celle qui, produisant une première révolution dans l'art de voyager, fournit le terreau du tourisme: la période des voyageurs, dont les récits de voyage évoquent des terres lointaines, des lieux « auspicieux », des instants d'intense présence aux choses, une quête esthétique de la vie qui ferait du voyageur selon Jules Barbey

d'Aurevilly (1808 - 1889) « un homme qui s'en va chercher un bout
de conversation au bout du monde» ; et celle plus récente qui voit, au cours de la seconde moitié du XXe siècle, se développer l'activité touristique au point de la positionner comme l'un des tout premiers secteurs économiques mondiaux et français: la période des touristes. C'est essentiellement sur cette période que nous nous focaliserons, puisqu'elle est le creuset dans lequel va se construire le tourisme social.

Ces trois périodes s'articulent dans le temps dans une logique qui accompagne un lent processus d'acculturation des Français aux pratiques touristiques. S'il y a deux siècles encore, nos ancêtres estimaient les montagnes horribles et les bords de mer inquiétants, l'esthétique romantique va peu à peu transformer les représentations de la nature et accompagner une sensibilité créatrice de pratique de loisirs. « Alors que par le passé la solitude du voyageur était possible, suspendu dans l'espace intermédiaire entre deux lieux, engagé dans un long trajet pour lequel les bagages ne pesaient guère et le déracinement non plus, aujourd'hui on ne voyage plus, on est transporté d'un lieu vers un autre» (Perez-Reverte, 2001). Cette évolution est le résultat d'un engagement volontaire de notables inventifs et parfois excentriques, relayés plus tard par des militants des vacances en plein air, qui se sont mis au travail pour créer, en associant changements techniques et innovations sociales, le cadre actuel des vacances (Bertho-Lavenir, 1999). Concrètement, le développement des moyens de transport à partir de la fin du XIXe siècle a favorisé l'accès aux pratiques touristiques à de nouvelles catégories sociales: les activités réservées au départ aux classes nobiliaires et héritières fortunées se sont diffusées vers la grande bourgeoisie de la révolution industrielle, puis vers les classes sociales intermédiaires. Dans les faits on assiste à un véritable processus d'inversion: si a peine 30% des français partaient en vacances au début des années cinquante, ce chiffre correspond aujourd'hui à ceux qui ne partent pas. Cependant, la mesure physique du simple taux de départ ne doit pas masquer l'importance de l'évolution des comportements. Alors que le voyageur décrit par les textes anciens vivait dans les contrées qu'il traversait, le touriste crée une rupture en 23

considérant le monde qu'il visite comme un spectacle ou une distraction. Cette métamorphose accompagne une transformation des pratiques qui se traduit par une mise en scène et une consommation de plus en plus importante des espaces touristiques. Ainsi le tourisme se positionne historiquement comme une activité de consommation ostentatoire inscrite dans un champ de représentations fortement valorisé, caractéristique qu'il conserve partiellement aujourd'hui.

1.2. Tourisme social, émergence, et crise

diffusion

A côté de la tendance qui réservait les activités touristiques à une couche de la population extrêmement réduite, des formes de pratiques plus démocratiques ont vu le jour. C'est ainsi que sont apparues des organisations qui prônaient le rejet de la dimension ostentatoire du tourisme et le brassage social, même si celui-ci restait limité à des couches sociales dominantes et relativement peu distantes les unes des autres. Ces organisations sont nées dans la fin du XIXe siècle, ont évolué, disparu ou pour certaines pérennisé leurs activités. Le Club Alpin Français (1874), les mouvements organisateurs de colonies de vacances (1881 pour les premiers en France), le Touring Club de France (1890-1980), puis les organisations de scoutismel1( 1898) sont des exemples représentatifs de ces organisations engagées dans le processus de diffusion des pratiques touristiques. Si, comme nous venons de l'évoquer « le tourisme est né par étapes, chacune révélant des inventions socioculturelles de l'Europe depuis le XV!» (Boyer, 2000), le développement du phénomène touristique reste de façon évidente attaché à l'époque plus récente du Inilieu du XXe siècle. Pour Joffre Dumazedier, la conquête du loisir est une étape nouvelle dans I'histoire des conquêtes de la personne. Après le refus d'une imposition divine, après le refus de l'arbitraire du pouvoir politique, après la reconnaissance du droit à la liberté du travail, la conquête du droit aux loisirs interpelle la légitimité même de certains pouvoirs de la famille sur l'individu. En effet, ce dernier fait valoir de plus en plus la primauté de sa propre personnalité pour justifier des temps de loisirs durant lesquels il peut satisfaire ses
]

Le scoutisme est assodé au nom de son fondateur, Baden-Powell, qui pubHe en 1898 un opuscule pédagogique à l'usage des éclaireurs mj]jtaires intitulé « Aids to scouting ». La pubUcation civile de ce manuel in6tulé « Scouting for boys» et la démission de l'année de Baden-Powell afin de s'occuper du scoutisme marquent la naissance de ce Inouvement de jeunesse.

1

24

aspirations à un développement personnel. Pour certains, la réalité contemporaine rejoindrait ainsi les prévisions de Marx qui estimait « qu'un jour le temps libéré par le progrès des forces productives et la pression sociale permettrait le développement humain»; pour d'autres, le temps libéré subit la ségrégation de l'argent, accentue la séparation des modes de vie selon l'appartenance sociale et ne compense pas l'action socialisante du travail (Mothé, 1997). Quelle que soit la position défendue, il reste vrai que le développement des pratiques touristiques populaires dans un contexte de mutations économiques et sociales n'a pas été linéaire et continu au cours du XXe siècle et l'on peut remarquer que celui-ci a été rythmé par quelques temps forts, marqueurs de luttes et de conquêtes sociales.

1.2.1. Le Front Populaire: vers les travailleurs

la diffusion du tourisme

L'histoire du tourisme est particulièrement marquée par l'intense période sociale du Front Populaire. En effet, jusqu'alors, il n'est pas exagéré de dire que les Français n'avaient pas jusqu'alors la culture du voyage. Le service militaire était souvent l'occasion du seul grand périple des jeunes gens et le tour de France des compagnons ne concernait qu'une minorité d'ouvriers du bâtiment (Caceres, 1964). C'est dans ce contexte que le gouvernement de Léon Blum et Léo Lagrange, sous-secrétaire d'Etat des sports et des loisirs, ont suscité un véritable bouleversement culturel en ouvrant les conditions matérielles permettant aux travailleurs d'accéder aux loisirs. Les années 1936-1937, ont vu des milliers de travailleurs et de jeunes découvrir les joies du plein air, du camping et du voyage. « Les gens n'en revenaient pas d'être partis, à la can1pagne, à la Jnontagne, à la mer, n'importe où. D'être partis, tout simplement. On ne disait pas en vacances, c'était un mot de riches, mais congés payés. Le mot magique. Il mettait les choses cul par-dessus tête. Avant quand un patron disait à un ouvrier - je te donne ton congé c'était pour lui apprendre qu 'il le foutait à la porte. Et maintenant, non seuleJnent il était obligé de te donner ton congé pour que tu te reposes, mais en plus il était obligé de te payer» (Guedj, 1998). Même si la loi n'occupe qu'une place symbolique dans le mouvement vers les vacances, elle a été l'occasion d'un premier départ, « les ouvriers et les employés ont pris le vélo, le tanden1, ou se sont retrouvés pour une excursion en train ou en car dans les environs. Hôtels et n1eublés n'étant pas à leur portée et I 'héber25