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L'animation et ses analogies

De
180 pages
Aucun mot ne réussit à résumer la diversité des formes d'action entreprises. Ce numéro propose de revisiter la question de l'animation en insistant sur l'élargissement du champ et sur les enjeux qui se posent pour l'action collective. A l'évidence les modes d'intervention aujourd'hui débordent les référentiels du noyau historique de l'animation. Un ensemble d'éclairages utiles aux acteurs de l'animation aujourd'hui.
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AGORA débats/jeunesse N° 39 ER 1 TRIMESTRE 2005

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SOMMAIRE

AGORA N° 39 – 1ER TRIMESTRE 2005
L’ANIMATION ET SES ANALOGIES : DES ENJEUX POUR L’ACTION COLLECTIVE
ÉDITORIAL – L’ANIMATION ET SES ANALOGIES : DES ENJEUX POUR L’ACTION COLLECTIVE 4 Jean-Pierre Augustin

DÉBATS

L’ANIMATION ET SES ANALOGIES : PERSPECTIVES INTERNATIONALES Jean-Claude Gillet ANIMATION, INTERMÉDIATION SOCIALE ET GOUVERNANCE Alain Marchand CITOYENNETÉ ET MOUVEMENT COMMUNAUTAIRE AU QUÉBEC Jocelyne Lamoureux COMPÉTENCES DES ANIMATEURS GUYANAIS Éric Gallibour L’ANIMATION EST-ELLE SOLUBLE DANS LE TOURISME SOCIAL ? Luc Greffier LA FORMATION DES CADRES DE L’ANIMATION Yves Raibaud

BILAN DE MANDATURE : OBSERVATOIRE NATIONAL DES MÉTIERS DE L’ANIMATION ET DU SPORT Jean-Pierre Augustin

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POINTS DE VUE
LA POLICE ET LES « JEUNES DE CITÉ » Éric Marlière

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INSTALLATION EN CONCUBINAGE EN ESPAGNE ET EN FRANCE Sandra Gaviria

CHRONIQUES LIRE, FAIRE LIRE
Comptes rendus de lecture Notes de lecture Signalements

AGENDA VEILLE INFORMATIVE

Recherche / Études / Formations Rapports officiels Sur le web

V. O. 171 English : 172 • Español : 174 • Deutsch : 177


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L’ANIMATION ET SES ANALOGIES : DES ENJEUX POUR L’ACTION COLLECTIVE

es débats sur l’animation, l’organisation des loisirs et du temps libre sont anciens. En France, la revue Les cahiers de l’animation a enrichi les réflexions en cherchant à cerner les contours d’un concept fluctuant, à prendre en compte l’évolution des réalités sociales et à saisir les enjeux des activités d’animation1. La revue Agora débats/jeunesse qui lui a succédé poursuit ces analyses et apporte une contribution aux questions posées, mais il est utile de revenir sur celle de l’animation et de ses analogies et de souligner les enjeux qui se posent autour de l’action collective et de l’élargissement du champ. Aucun mot ne réussit à résumer la diversité des formes d’action entreprises. Animation, culture et éducation populaire, loisir, organisation communautaire, vie associative, temps libre, autant de mots familiers qui procèdent d’un idéal commun dont il est possible de montrer la filiation avec des valeurs qui servent de trait d’union entre passé et avenir. Voilà plus de vingt ans que nous essayons avec nos collègues québécois de réfléchir à cette question. Nous avançons lentement, mais nous ne mettons toujours pas le même sens sur les mots, en particulier autour des concepts de communauté et d’animation. Les actions communautaires, si présentes dans le paysage québécois, semblent cependant souvent proches des formes d’animation, si présentes en France. L’organisation communautaire est définie par Jean-François Médard2 « comme une méthode de changement social planifié au niveau local qui repose sur la participation des habitants à leur propre changement, sous l’influence et la stimulation d’animateurs professionnels ». En France, une des premières définitions de l’animation formulée par Jean-Paul Imhof la présente « comme une action volontaire sur la vie d’un groupe pour améliorer les relations à l’intérieur de ce groupe et augmenter la participation de

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1. « Les chemins de l’animation : 1972-1987 », Les cahiers de l’animation, revue publiée par l’INEP (ancienne dénomination de l’INJEP, numéro spécial 61-62, 1987. 2. MÉDARD J.-F., Communauté locale et organisation communautaire aux États-Unis, Armand Colin, coll. « Cahiers de la Fondation nationale des sciences politiques », no 172, Paris, 1969.

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chacun à la vie du groupe ». Bien d’autres approches sont possibles, mais celle-ci souligne déjà qu’il s’agit toujours d’une volonté d’améliorer les formes de participation et d’action collective. Les besoins de reliance qui conditionnent le vivre ensemble sont souvent évoqués3. Ces besoins sont d’autant plus forts que ce vivre ensemble est malmené par des processus socioculturels qui innervent l’ensemble de la société. Sans les développer plus avant, cinq d’entre eux ont souvent été soulignés : celui de la mobilité accélérée, qui favorise un changement d’échelle remettant en question la distance physique comme indice de proximité sociale ; celui de la rétraction du social, qui correspond au délitement de l’organisation traditionnelle au profit d’un espace de parcours entre de multiples milieux ; celui de la multiplication des moyens d’information et de communication, qui agit dans l’espace social au détriment des relations personnelles directes ; celui de la remise en cause de l’intégration par le travail, qui a longtemps été l’un des fondements de l’organisation sociale ; et enfin, celui de l’individuation, qui devient un principe fondateur se distinguant de l’individualisme conçu comme un repli sur soi. Si l’on s’arrête un instant aux mutations des temps sociaux, les chiffres parlent d’eux-mêmes. En France, les historiens et les sociologues4 estiment qu’en 1900, le temps de travail moyen pour un individu (disons un ouvrier) était de 200 000 heures par an (40 % du temps de vie) et le temps libre (hors sommeil et hors travail) de 100 000 heures. Un siècle plus tard, le temps de travail est réduit à 67 000 heures (10 % du temps de vie) et le temps libre représente 400 000 heures (dont 100 000 absorbées par l’écoute de la télévision). Le nombre d’heures travaillées a été diminué par trois et le temps libre multiplié par quatre. Une véritable révolution que Joffre Dumazedier avait annoncée sans être toujours écouté5. Mais dans ce contexte, l’animation et ses analogies ne peuvent se réduire à organiser les temps libérés et nombreux sont ceux qui soulignent que « l’animation ne consiste pas à remplir un vase, mais à allumer un feu ». Dans le numéro 8 de la revue Agora débats/jeunesse, nous soulignions déjà la nécessité d’engager un mouvement de recherche et d’expérimentation sur l’animation6. Depuis, les débats sur l’éducation populaire et l’animation ont été réactivés au tournant des années 20007 tant par le ministère de la Jeunesse et des Sports que par celui de la Culture, mais aussi par les fédérations d’éducation populaire et de nouveaux acteurs du
3. BOLLE DE BAL M., Voyage au cœur des sciences humaines, tome 1 : Reliance et théorie, tome 2 : Reliance et pratiques, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », Paris, 1996. 4. VIARD J., Le nouvel âge du politique : le temps de l’individu-monde, L’Aube, coll. « Monde en cours. Essai », La Tour-d’Aigues, 2004. 5. DUMAZEDIER J., Révolution culturelle du temps libre : 1968-1988, Méridiens Klincksieck, coll. « Sociétés », Paris, 1988. 6. AUGUSTIN J.-P., GILLET J.-C., « Pour un mouvement de recherche et d’expérimentation sur l’animation », Agora-débats/jeunesse, no 8, 1997, pp.129-132. 7. LEPAGE F., Le travail de la culture dans la transformation sociale : une offre publique de réflexion du ministère de la Jeunesse et des Sports sur l'avenir de l'éducation populaire, rapport d’étape, ministère de la Jeunesse et des Sports, Paris, 1er janvier 2001.

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champ associatif. L’éducation populaire ne saurait se borner à occuper le temps libre mais doit relier des savoirs fragmentés pour transformer la société. Comme le note Luc Carton, « l’heure n’est plus d’ingérer des activités ni de se limiter à conduire un travail social de réparation. Il s’agit de refonder l’éducation populaire comme un processus de création collective de savoir critique, une mobilisation populaire de l’intelligence et de la sensibilité des groupes exploités, aliénés et dominés, pour nourrir la transformation sociale et politique par une action collective produite à partir de l’expression, de l’analyse et de la capacité de débats de ceux qui sont précisément victimes du libéralisme8 ». Dans le champ spécifique de l’animation s’est développée une réflexion convergente. Ainsi, le colloque de Montpellier d’octobre 2003, intitulé « À quoi sert l’animation aujourd’hui ? », organisé par l’ONMAS et la DRDJS Languedoc-Roussillon, s’est interrogé sur la capacité de l’animation et de l’éducation populaire à trouver des réponses aux nouvelles questions sociales. Le colloque de Lyon, de novembre 2004, « Quels horizons pour l’animation ? », organisé par le DEUST animation de l’UFR STAPS, a aussi abordé ces questions. De même, le colloque de Bordeaux de novembre 2003, à l’initiative de l’IUT Michel de Montaigne et de l’ISIAT, a largement participé à ces réflexions sur l’animation et l’éducation populaire, et a cherché à élargir le débat à l’échelle internationale. Dans le cadre de cette manifestation ont été débattus les rapports entre animation, citoyenneté, marché et démocratie. Puis ceux concernant l’articulation entre le bénévolat, le volontariat et la professionnalisation des acteurs ainsi que la question de l’animation territoriale dans son rapport à la gouvernance locale. Ces thèmes témoignent d’une volonté d’ouverture et de la nécessité de poursuivre la réflexion critique sur la question sociale, sur les modes d’intervention et sur les enjeux de l’animation et de l’éducation populaire. Les références à Tocqueville et à Marx n’ont pas manqué, mais nous avons changé de siècle. Les injustices, criantes dans l’hexagone, évoquées lors du panel consacré à la politique de la ville ont montré l’importance à la fois des actions entreprises et des résistances aux changements (les « événements » dans les « banlieues » françaises en novembre 2005 ont souligné la nécessité de repenser les actions entreprises). Ces résistances sont apparues encore plus visibles dans les communications consacrées à l’Amérique latine et à l’Afrique. Elles prennent des formes diverses selon la sensibilité accordée aux quatre variables suivantes : le rapport global/local, le rapport privé/public, le rapport gouvernement/gouvernance et le rapport autonomie/hétéronomie. Face à ces enjeux, « l’animation reste marginale tant que les défis concernant la société ne seront pas traités, qu’il s’agisse d’une démocratie à redéfinir, des inégalités à réduire, d’une économie à soustraire du carcan d’un ultralibéralisme économique et financier. L’animation participe

8. LETERRIER J.-M., Citoyens, chiche ! Le livre blanc de l’éducation populaire, L’Atelier, Paris, 2001.

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cependant d’une dénonciation de la légitimité d’un monde en construction et elle y offre un espace d’imagination réaliste. Elle n’est pas un mouvement produit par des marchands de rêve et reste, potentiellement, une médiation mobilisatrice entre une réalité environnante et une conscience critique9 ». Tout n’est donc pas déjà écrit et beaucoup reste à faire pour imaginer des formes d’actions collectives compatibles avec les aspirations de l’ensemble de la société et particulièrement avec celles des plus défavorisés. Le vivre ensemble reste une urgence politique, au sens fort du terme, avant d’être un objet d’analyse si l’on admet que la société n’est pas seulement une situation, une organisation, mais une action. Ce numéro propose de revisiter la question de l’animation et de ses analogies en insistant sur l’élargissement du champ et sur les enjeux qui se posent pour l’action collective. Jean-Claude Gillet résume les questions posées au colloque de Bordeaux, il dresse un panorama des actions collectives menées dans plusieurs pays européens et américains en montrant comment, dans le champ sémantique de l’animation, se profilent les filiations et les hybridations qu’il faut prendre en compte. Il envisage enfin des perspectives de structuration de l’animation au niveau européen. Alain Marchand aborde la question de l’animation, de l’intermédiation sociale et de la gouvernance en soulignant comment l’animation se diversifie et se complexifie. Il considère que l’animation est « menacée dans ses finalités de brassage, de mixité, de défragmentation d’une société aux inégalités croissantes » et affirme que l’animation doit rester cosubstantielle de l’action collective et laisser la place et la parole aux collectifs d’usagers. Jocelyne Lamoureux insiste aussi, à partir de l’exemple québécois, sur la dynamique d’un mouvement social, le mouvement communautaire autonome. Au Québec, ce mouvement est composé de près de 4 000 groupes ou organismes qui s’autodéfinissent hors des partis politiques, des syndicats et des services parapublics. Elle examine les représentations et pratiques de citoyenneté qui s’instaurent dans ce mouvement et constituent un vivier fécond d’interrogations et de mises en œuvre collectives. Éric Gallibour analyse les compétences professionnelles des animateurs guyanais en proposant trois figures idéales-types, celle de l’animateur réformateur du social, celle de l’animateur de participation citoyenne et celle de l’animateur de développement local. Il considère que la compétence ne se trouve pas à l’intersection de deux pôles opposés ou contradictoires, celui de la militance et celui de la professionnalité, mais plutôt dans leur articulation qui participe à la construction de son identité professionnelle. Luc Greffier pose la question de l’animation dans le tourisme social en proposant notamment l’hypothèse d’une rupture qui conduirait les acteurs à considérer les temps sociaux libérés comme des temps d’émancipation et
9. AUGUSTIN J.-P., GILLET J.-C., L’animation professionnelle : histoire, acteurs, enjeux, L’Harmattan, coll. « Débats Jeunesses », Paris, 2000.

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d’éducation. Il oppose le modèle de la fonction d’animateur « consumériste » lié aux marchands de vacances (vacance de valeur) au modèle de l’animation « transformatrice » fondé sur un engagement autour de la « valeur des vacances » et des inscriptions territoriales fortes. Yves Raibaud propose une réflexion et des perspectives sur la formation des cadres de l’animation qui lui paraissent être un élément majeur de la constitution du champ professionnel. En se fondant sur des expérimentations menées en Aquitaine, il considère, après avoir analysé les résistances à la formation des cadres, que les projets d’animation, de développement et d’ingénierie territoriale constituent des alternatives possibles à la crise sociale et économique des sociétés contemporaines. Enfin, un bilan de mandature de l’Observatoire national des métiers de l’animation et du sport (ONMAS) rappelle le contexte de sa création, les principes de base de son fonctionnement, les actions réalisées et les visées prospectives. À l’évidence, dans les actions de terrain comme dans les formations, les modes d’intervention débordent les référentiels du noyau historique de l’animation. C’est en ce sens qu’une réflexion sur l’animation et ses analogies s’impose pour souligner la diversité des formes d’action entreprises. Les observatoires confirment ces éléments qui participent, pour nombre d’évaluateurs, à un renforcement du champ de l’animation. Les entrées de ce dossier sont cependant largement réactives car elles témoignent d’interactions multiples, elles offrent des éclairages utiles aux acteurs de l’animation et posent des questions plurielles susceptibles d’alimenter les débats.

Jean-Pierre Augustin Professeur à l’université Michel de Montaigne/Bordeaux-III ADES UMR 5185 du CNRS Domaine universitaire 33607 Pessac cedex Courriel : Jean-Pierre.Augustin@msha.fr

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AGORA débats/jeunesse APPEL À CONTRIBUTION – CONSIGNES AUX AUTEURS
La revue AGORA débats/jeunesse lance un appel à contribution aux acteurs impliqués et concernés par le champs de la jeunesse (chercheurs en sciences sociales, experts, éducateurs, responsables enfance et jeunesse, animateurs, travailleurs sociaux, enseignants…). Le comité de rédaction et le comité de lecture de la revue s’engagent à donner leur accord pour la publication des textes, en fonction d’une appréciation commune sur le fond et la forme et peuvent être amenés à effectuer des corrections, afin d’harmoniser au mieux les thèmes de réflexions débattus pour les prochains numéros (le contenu des articles n’engage que les auteurs). Chaque proposition de contribution sera accompagnée d’une présentation de l’auteur, de ses coordonnées précises et d’une note d’intention d’une page ou d’une première rédaction de l’article pour avis. Voici les principes de mise en forme que vous devez connaître : L’article : la longueur de l’article (rubriques Débats et Points de vue) est arrêtée à 28000 signes environ (hors notes, références et graphiques), soit huit pages de revue. Notes de bas de page : les références bibliographiques complètes sont données en bas de page en respectant la norme indiquée par les exemples suivants : Pour les livres : BRACHET P., Le partenariat de service public avec usagers, élus et professionnels, L’Harmattan, Paris, 1994. Pour les revues : DUBET F., « L’étudiant en université de masse », Revue française de sociologie, no XXXV-4, oct.-déc. 1994, pp. 511-532. Toutes les notes sont ramenées en bas de page et numérotées sur l’ensemble de l’article. Elles ne doivent comporter ni tableau, ni graphique et être le plus succinctes possible et ne pas dépasser 4 lignes. Les citations et expressions sont à mettre entre guillemets français sans italiques, qui sont réservés aux livres, revues et mots latins ou étrangers ; d’autre part l’usage du gras est proscrit. Les tableaux et graphiques sont respectivement regroupés en fin d’article, numérotés séquentiellement en chiffres décimaux et appelés dans le texte à l’endroit où ils doivent être insérés. La légende des graphiques et les titres des tableaux doivent être clairement indiqués à l’aide de motifs distinctifs (hachures, points,etc.). Expliciter les sigles, donner les citations en français dans le corps de l’article avec renvoi du texte en langue d’origine en note de bas de page, fournir les sources des données utilisées. Le résumé : les articles doivent être accompagnés d’un résumé de 600 signes. Publié, il viendra en texte introductif à votre article et en fin d’article traduit en anglais, espagnol et allemand (la rédaction se charge de la traduction). La présentation de l’auteur : l’auteur joindra à son article, avec ses coordonnées complètes, une courte bibliographie orientée (entre 5 et 10 références) et une notice biographique (profession, domaines de recherches et d’actions, travaux en cours, etc.) qui permettra à la revue de rédiger une courte présentation. Consignes relatives à l’envoi postal ou courriel : 1 - L’envoi postal comprendra : une disquette contenant votre article, votre résumé, vos coordonnées et votre présentation ainsi que deux sorties papier de l’ensemble de ces éléments. Adresse : INJEP, Parc du Val Flory, 78160 MARLY-LE-ROI. 2 - Si vous disposez d’un courriel, il n’est pas nécessaire de passer par l’envoi postal, adressez vos textes en « documents annexés » à : agora@injep.fr.

Contacts : Tariq Ragi, rédacteur en chef – Tél. : 01 39 17 27 58 (poste direct) Apolline de Lassus, secrétaire de rédaction – Tél. : 01 39 17 27 42 (poste direct) Fax : 01 39 17 27 65 – courriel : agora@injep.fr – site : www.injep.fr

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L’ANIMATION ET SES ANALOGIES : PERSPECTIVES INTERNATIONALES 12 Jean-Claude Gillet, professeur émérite IUT Michel de Montaigne/université Bordeaux-III. Le colloque de Bordeaux sur « L’animation en France et ses analogies à l’étranger » (novembre 2003) et son prolongement à São Paulo posent aux chercheurs et aux professionnels concernés des questions complexes. En particulier celle de savoir si le concept d’« analogie » est pertinent pour signifier la nature des relations entre des pratiques sociales et culturelles désignées en France par la notion d’animation et différemment dans d’autres parties du monde. Cet article, écrit par un des initiateurs de cette aventure, propose un itinéraire de réflexion qui fait découvrir la diversité des approches, des définitions, des contextes, tant dans l’utilisation du terme « animation » que dans celle d’autres notions qui lui sont plus ou moins proches.

ANIMATION, INTERMÉDIATION SOCIALE ET GOUVERNANCE 26 Alain Marchand, professeur de sciences économiques, ARPES/université Montpellier-III. L’animation, avec ses spécificités, participe de la métamorphose du travail social en intervention sociale. Les professionnalités, les postures d’acteurs, les répertoires d’action s’en trouvent modifiés. Nous tenterons ici d’apporter quelques éclairages partiels qui ne sauraient prétendre cerner toutes les mutations mais, tout au plus, contextualiser les « décalages ». Le propos portera essentiellement sur l’entrée « territoire », sur l’action publique et sur la mobilisation des acteurs, autant d’approches que nous analyserons en termes « d’intermédiation sociale ».

CITOYENNETÉ ET MOUVEMENT COMMUNAUTAIRE AU QUÉBEC 36 Jocelyne Lamoureux, professeur à l’UQAM, Montréal. Des représentations et pratiques de citoyenneté au sein de groupes du mouvement communautaire autonome au Québec font l’objet d’une analyse sur le réaménagement, l’élargissement de l’espace du politique qu’elles recèlent. Deux registres du politique sont explorés.

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COMPÉTENCES DES ANIMATEURS GUYANAIS 46 Éric Gallibour, sociologue, chargé de cours à l’IUT.B Michel de Montaigne. Cet article, en considérant le champ de l’animation comme un paradigme, vise à observer de quelle manière la professionnalisation des animateurs se construit en Guyane française. À partir d’une analyse des compétences qu’ils mobilisent et utilisent dans leurs pratiques professionnelles, l’auteur propose trois figures idéales-types de l’animateur : le réformateur de l’action sociale, le promoteur de la participation citoyenne et l’acteur du développement local. Il montre que cet animateur est un professionnel susceptible par son engagement d’agir sur les territoires et dans les organisations pour améliorer leur mode de fonctionnement démocratique.

L’ANIMATION EST-ELLE SOLUBLE DANS LE TOURISME SOCIAL ? 60 Luc Greffier, maître de conférences, IUT Michel de Montaigne/université Bordeaux-III. La métaphore de la dissolution de l’animation dans le tourisme social est débattue sous la forme de trois hypothèses : la première considère l’animation et le tourisme social fondés dans un même creuset historique, la deuxième oppose les deux notions dans la rupture entre une « animation productrice de processus de transformation sociale » et un « tourisme construit selon des dynamiques consuméristes », la troisième expose la thèse d’un lien tissé par des mises en œuvre partagées qui permettent à l’animation de renforcer le sens de l’action touristique. Dans ce contexte, la fonction d’animation, en s’appuyant sur son histoire et ses valeurs mais également sur les compétences et les savoir-faire des animateurs, pourrait être un vecteur d’innovation.

LA FORMATION DES CADRES DE L’ANIMATION 74 Yves Raibaud, maître de conférences, responsable de la formation DEDPAD, IUT Michel de Montaigne/université Bordeaux-III. La mise en place en Aquitaine d’une double qualification DEDPAD/master professionnel ouvre des perspectives à la formation des cadres de l’animation. Il existe des résistances à ce type de formation venant de l’histoire de l’animation, mais aussi de la méconnaissance de ses contours et de son importance en termes d’emploi. La formation des cadres apparaît comme un enjeu dans la constitution du champ professionnel de l’animation. Le bilan de la formation DEDPAD Aquitaine permet de mieux cerner qui sont ces cadres, leurs fonctions et les compétences qui leur sont nécessaires pour optimiser l’action des entreprises qui les emploient. Les notions de « projets d’animation et de développement » et d’« ingénierie d’animation territoriale » illustrent bien le sens qui est donné à ces formations.

BILAN DE MANDATURE : OBSERVATOIRE NATIONAL DES MÉTIERS DE L’ANIMATION ET DU SPORT Jean-Pierre Augustin, professeur des universités, président de l’ONMAS.

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L’ANIMATION ET SES ANALOGIES : PERSPECTIVES INTERNATIONALES
Le colloque de Bordeaux sur « L’animation en France et ses analogies à l’étranger » (novembre 2003) et son prolongement à São Paulo posent aux chercheurs et aux professionnels concernés des questions complexes. En particulier celle de savoir si le concept d’« analogie » est pertinent pour signifier la nature des relations entre des pratiques sociales et culturelles désignées en France par la notion d’animation et différemment dans d’autres parties du monde. Cet article, écrit par un des initiateurs de cette aventure, propose un itinéraire de réflexion qui fait découvrir la diversité des approches, des définitions, des contextes, tant dans l’utilisation du terme « animation » que dans celle d’autres notions qui lui sont plus ou moins proches.
Jean-Claude Gillet Professeur émérite IUT Michel de Montaigne/université Bordeaux-III BP 204 rue Naudet 33175 Gradignan Cedex Courriel : gilletalfred@yahoo.fr

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Évaluer l’actualité théorique et pratique de l’animation bénévole et professionnelle demande de répondre à des questions préalables concernant notamment les fondations : la notion d’animation est-elle, comme on a l’habitude de l’affirmer, une spécialité socioculturelle et éducative circonscrite à la France, héritée de l’éducation populaire, elle-même fruit de la philosophie du siècle des Lumières, de la République et de courants confessionnels divers ? L’existence de la notion au-delà des frontières nationales de l’Hexagone, et en particulier en Europe, doit-elle alors être attribuée à l’influence historique exercée par la France sur les plans linguistiques ou idéologiques, se prolongeant d’ailleurs jusqu’au Québec et dans certains pays d’Amérique latine, en ce cas par l’intermédiaire des voies de communication hispaniques et lusitaniennes ? Est-elle légitimement partagée avec des acceptions différentes dans d’autres contextes historiques politiques et culturels ? Que signifie son absence ou bien coexiste-t-il, sous des appellations multiformes, des pratiques proches que l’on retrouverait dans des champs d’intervention identiques ? Ou bien s’agit-il de mondes hétérogènes, car ancrés dans des histoires et des courants idéologiques aux contours contrastés ? Par exemple, qu’y aurait-il de commun entre des orientations et des pratiques issues de la théologie de la libération, de la pédagogie des opprimés, de l’approche ethnocommunautaire, d’un travail social s’appuyant sur une perspective anticapitaliste et celles ayant produit le champ de l’animation dont beaucoup de chercheurs et de praticiens soupçonnent, dans la réalité présente, la perte des valeurs d’égalité et de justice qui l’auraient portée à ses débuts ? Cet ensemble d’interrogations s’organise fondamentalement autour des thèmes de l’éducation populaire et de l’animation, tant en Europe qu’aux Amériques, et des rapports entre pratiques éducatives, sociales, culturelles et démocratie participative. Elles recouvrent aussi bien les politiques de la jeunesse que celles de la santé, du sport, du tourisme, du loisir, de la récréation et des pratiques éducatives et citoyennes. L’animation et ses analogies en France et à l’étranger sont confrontées aux réalités de la marchandisation des services et à son instrumentalisation par les pouvoirs. Au-delà se posent les questions des rapports théorie/pratique, de la construction des savoirs théoriques et des savoirs d’action, et des enjeux scientifiques des approches disciplinaires et interdisciplinaires. De façon plus pratique, on ne saurait faire l’économie d’une analyse du bénévolat ou volontariat et de sa professionnalisation ainsi que des modèles de formation des professionnels. Se pose enfin la question des équipements comme supports de l’action collective et des espaces publics comme lieux d’interactions1. Il n’est pas possible ici de répondre à toutes ces interrogations2. Sur le plan historique, il suffit de rappeler, sans pour cela vouloir favoriser un impérialisme culturel, que la Révolution française puis l’Empire ont porté les idéaux de la

APPROCHES INTERNATIONALES

INTÉRMÉDIATION SOCIALE

MOUVEMENTS AUTONOMES AU QUÉBEC

ANIMATION EN GUYANE

ANIMATION TOURISTIQUE

FORMATION DES CADRES

ONMAS : BILAN

1. AUGUSTIN J.-P., GILLET J.-C., L’animation professionnelle : histoire, acteurs, enjeux, L’Harmattan, coll. « Débats Jeunesses », Paris, 2000. GILLET J.-C., Animation et animateurs : le sens de l’action, L’Harmattan, coll. « Technologie de l’action sociale », Paris, 1995. 2. Pour cela on se reportera aux différentes publications qui ont résulté du colloque de Bordeaux : GILLET J.-C. (dir.), L’animation professionnelle et volontaire dans 20 pays, L’Harmattan, coll. « Animation et territoires », Paris, 2004, 2 tomes ; GILLET J.-C. (dir.), Actes du colloque « L’animation en France et ses analogies à l’étranger » (4, 5 et 6 novembre 2003), Bordeaux, décembre 2004, cédérom, supplément aux Cahiers de l’ISIAT, no 6, automne 2004 ; le premier titre présente vingt-sept textes sur l’animation : le présent article fait référence à des informations et à des données nouvelles.

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Révolution sur les bannières des régiments traversant l’Europe, semant paradoxalement en même temps que la guerre, le pillage et la désolation, le code civil et la Déclaration des droits de l’homme. Les idées nouvelles méconnaissent les frontières (les livres des philosophes des Lumières entrent clandestinement) et ont inspiré par exemple l’Italie dans la recherche de son unité nationale. C’est avec les mêmes idéaux que plus tard la France s’est conquis un empire colonial. Des intellectuels, d’Hugo à Zola, ont fait mieux encore que les exploits guerriers pour propager les idéaux de la République jusque par-delà les océans dans l’Amérique latine recherchant son émancipation, tant chez Miranda et Bolivar que chez Sucre et Zapata3, lesquels ont su mélanger ces influences avec leurs traditions populaires locales spécifiques. On voit par exemple plusieurs pays arborer le bonnet phrygien sur leur drapeau national, à sa création, après avoir vaincu définitivement les colons espagnols : Argentine, Colombie, Paraguay, Cuba, république Dominicaine, Guatemala et Honduras. C’est aussi de cette façon que l’idéologie de l’éducation populaire s’est répandue en Europe, donc en Espagne et au Portugal, et plus tard de ces pays vers ceux d’Amérique latine. On peut aussi comprendre que la notion d’animation s’est plus ou moins frayé un chemin dans le sillage tardif de cette même éducation populaire, dans les années 1960 et suivantes.

LE COLLOQUE DE BORDEAUX
Le 1er colloque international de type universitaire et scientifique sur « L’animation en France et ses analogies à l’étranger », organisé par l’Institut supérieur d’ingénieurs animateurs territoriaux (ISIAT) et le département « carrières sociales », option animation sociale et socioculturelle de l’institut universitaire de technologie Michel de Montaigne/Bordeaux-III, s’est tenu à Bordeaux (France) les 4, 5 et 6 novembre 2003. Il a mis en commun une réflexion : – sur l’actualité et la pertinence des notions d’animation bénévole, volontaire et professionnelle et le contenu de leurs définitions, – sur la construction d’une pensée scientifique mettant en tension théories et pratiques d’animation (praxéologie, constructivisme, sociologie de l’action et de la décision, sciences politiques, psychosociologie, aménagement…). Plus de deux cent vingt personnes se sont retrouvées pour ce colloque. Près de soixante participants d’origine étrangère représentant vingt-deux pays. La moitié était enseignantschercheurs et les autres participants représentaient des fédérations d’éducation populaire, des services administratifs de collectivités territoriales, des syndicats de salariés du secteur de l’animation, des représentants d’associations et des salariés du secteur social, culturel, éducatif… Les ministères des Affaires sociales, des Sports, de la Culture, de la Jeunesse, de l’Éducation nationale et de la Recherche étaient représentés de même que la Délégation interministérielle à la ville et l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP), ainsi que bien sûr la Région Aquitaine. Environ quatre-vingts communications ont été présentées dans les ateliers « Animation, citoyenneté et démocratie », « Bénévolat, volontariat et professionnalisation des acteurs : quelles formations ? », « Animation, développement, territoires et gouvernance locale », « Éducation populaire, temps libre, récréation et animation ». Plusieurs publications rendent compte de la richesse de ces travaux. Le deuxième colloque a eu lieu à São Paulo les 12, 13, 14 et 15 septembre 2005, sous la responsabilité de l’université Pontificia catolica de cette même ville. 3. Francisco Miranda (1750- 1816), général vénézuelien, participe à la guerre d’indépendance de l’Amérique du Nord et est aux côtés de Dumouriez à Valmy, participe ensuite aux guerres d’indépendance d’Amérique latine, son nom figure sur l’Arc de triomphe. Simon Bolivar (1783-1830), général et homme d’État, autre grande figure des guerres d’indépendance de l’Amérique latine, de même qu’Antonio Sucre (1795-1830) également général vénézuélien. Emiliano Zapata (18791919), grande figure de la révolution mexicaine.

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POURQUOI RECOURIR À LA NOTION D’« ANALOGIE » ?
Pour traiter de l’animation dans différents pays, c’est la notion d’« analogie » qui a été retenue comme point de rassemblement possible des réalités diverses et complexes : en effet, même si, en latin, la définition du mot similitudo est traduite de façon quasi indistincte dans le Gaffiot par « ressemblance, analogie, similitude », voire « imitation », le sens pris en français, selon Le dictionnaire historique de la langue française, renvoie aux mots « similitude, ressemblance, similarité4 ». Ils évoquent beaucoup plus des images d’« identité » (le « pareil », le « même »), d’« égalité », d’« homogénéité », voire de « conformité », alors que la notion d’« analogie » évoque plus l’idée de « proportionnalité », de « mise en relation et en rapport » (une relation sémantique, des rapports entre deux ou plusieurs couples d’éléments). Nous avons finalement retenu le terme « analogie ». Il fait sens et permet une approche plus dialectique de l’animation prenant en compte à la fois l’unité et la diversité des approches de par les continents.

APPROCHES INTERNATIONALES

INTÉRMÉDIATION SOCIALE

MOUVEMENTS AUTONOMES AU QUÉBEC

ANIMATION EN GUYANE

(

« L’animation socioculturelle vise à un changement d’attitudes des personnes de façon à ce qu’elles participent aux changements de la société en le faisant de manière consciente. »

ANIMATION TOURISTIQUE

FORMATION DES CADRES

Trois anecdotes permettent de mieux repérer les difficultés en la matière. Pour le colloque de São Paulo, les organisateurs ont proposé le titre suivant : « La citoyenneté et la démocratie : enjeux pour l’animation socioculturelle et sociale dans la mobilisation, la participation et l’intervention ». Après avoir donné mon accord, je me suis aperçu que le titre retenu ne comportait plus l’adjectif « socioculturel », mais uniquement celui de « social ». En réponse à ma question sur le pourquoi d’une telle décision, ils ont répondu que l’emploi des deux qualificatifs leur semblait « redondant ». Je leur ai donc expliqué qu’en général pour les Européens (et les Français en particulier), les deux adjectifs accolés à animation n’avaient pas le même sens, pour des raisons à la fois historiques et institutionnelles. L’animation « sociale » est plus proche de l’action sociale au sens de la question sociale ou des politiques sociales telles que le ministère des Affaires sociales peut par exemple en impulser à destination des couches les plus pauvres de la société5, alors que l’animation socioculturelle est une méthodologie

ONMAS : BILAN

4. REY A. (dir.), Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, Paris, 1992. 5. BREMOND J., GELEDAN A., Dictionnaire économique et social, Hatier, Paris, 1984.

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d’intervention qui vise à favoriser la créativité des personnes quelle que soit leur origine en dynamisant la perspective de leur participation citoyenne. Il est vrai que pour les Brésiliens, l’animation sociale représente assez bien l’idée d’une stimulation et d’une mobilisation collective qui se suffit à elle-même. Pour un colloque qui a eu lieu à Lucerne en juin 2005, sur le thème « Une Suisse sociale, une Europe sociale : engagement pour une société solidaire au XXIe siècle », mon intervention a été sollicitée. J’ai proposé une réflexion à partir du thème « L’animation sociale dans la lutte contre la pauvreté » et le titre annoncé était : « Contribution de l’animation culturelle dans la lutte contre la pauvreté »… On peut se réjouir de ce que dans les deux cas, le terme « animation » a été utilisé, à l’inverse de ce qui s’est fait lors d’un colloque qui s’est tenu en mai 2005 à Montevideo (Uruguay) sur le thème « Juego, recreación y tiempo libre ». Pour ce dernier, la traduction du mot par « récréation » ou « re-création » est évidemment impropre en français et son correspondant « temps de loisir » est incomplet ; la définition donnée par l’Argentin E. Ander-Egg est la suivante : « Action de se distraire, de se réjouir ou de prendre du plaisir. Activité ou champ spécifique qui constitue une modalité du travail social et de l’animation socioculturelle, dans le but de proposer des activités de distraction, épanouissantes et éducatives6. » J’ai donc réalisé pour ce colloque une intervention sur « L’animation en France et les enjeux du temps libre », tout en sachant que pour nos collègues uruguayens, le mot « animation » recouvre seulement la fonction d’animation (qui relève de la vie de groupe en psychosociologie) et en aucun cas l’existence d’un champ autonome occupé par des salariés ayant non seulement pour mission de valoriser les dynamiques collectives, mais aussi de promouvoir un statut spécifique d’animateur. L’appellation « recreación », par la portée générale qu’elle suppose, leur semble plus pertinente. La difficulté est donc aussi grande d’établir des comparaisons sur le plan international qu’il est hasardeux, même en France, de proposer des définitions univoques. Certes les pratiques semblent identiques, mais qu’en est-il vraiment lorsque les signifiants sont à ce point différents ? Et comment ne pas prendre en compte les influences spirituelle, culturelle et politique que représentent la théologie de la libération du Conseil épiscopal latino-américain (CELAM) entérinant en 1968 « un certain droit d’insurrection des peuples opprimés », le réveil des peuples amérindiens (par exemple le peuple Quechua en Équateur ou au Pérou et lors du forum social amazonien à Manaus en janvier 2005 avant celui de Porto Alegre) et l’influence de P. Freire avec « L’éducation comme pratique de la liberté » et « La pédagogie de l’opprimé » ? Tous ces greffons (et d’autres encore) vont colorer l’animation d’une façon originale, voire utiliser d’autres termes pour désigner des activités qui ont la « couleur » de l’animation. Nous compléterons ce propos par quelques exemples recueillis à l’étranger qui viennent s’ajouter à des travaux déjà réalisés par ailleurs.

DE L’ANIMATION DANS QUELQUES PAYS
En Espagne, X. Ucar, universitaire de Barcelone, indique : « Dans l’État espagnol, depuis le XVIIIe siècle et, surtout, tout au long des XIXe et XXe siècles jusqu’à la guerre civile, il y a une tradition intermittente de réalisations dans le champ de
6. ANDER-EGG E., Diccionario del trabajo social, Lumen, Buenos-Aires (Argentine), 1996 (il a aussi écrit plusieurs ouvrages sur l’animation socioculturelle).

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l’éducation des adultes et de la culture populaire. » Il cite par exemple les sociétés économiques des amis du pays, les athénées ouvriers, les maisons du peuple et les universités populaires qui fonctionneront jusqu’en 1939 et qui briguaient le développement culturel du peuple. L’université populaire de Valencia fut fondée par B. Ibañez7 en 1903 et les missions pédagogiques ont été créées par la seconde république espagnole en 1931 pour mettre en synergie des actions éducatives, culturelles et sociales, sans oublier bien sûr les colonies de vacances. Pour X. Ucar, « l’animation socioculturelle apparaît en Espagne dans la décade des années 1960. Elle vient de l’Europe, fondamentalement de France, tout en reprenant une certaine tradition antérieure basée essentiellement sur l’éducation des adultes et la culture populaire8 ». V. J. Ventosa, professeur à Salamanque, insiste quant à lui sur le caractère ambivalent de l’animation socioculturelle en utilisant différentes catégories interprétatives : « étymologique (anima/animus), méthodologique (théorie/pratique), axiologique (finalité/instrumentalisation), ontologique (subjectivité/objectivité), historico-sociale (crise du sens/atonie sociale), sans oublier celle de la motivation (autoréalisation personnelle/participation sociale)9 ». Il accorde une grande importance aux travaux réalisés par le Conseil pour la coopération culturelle dans le cadre de la Communauté européenne d’alors, surtout dans les années 1970, tant sur les questions d’animation socioculturelle que sur celles de la démocratisation culturelle. Presque tous les chercheurs français de cette époque sont aussi cités et traduits en espagnol (Moulinier, Besnard, Poujol, Labourie, Simonot, Dumazedier ; Les cahiers de l’animation…). D’autres auteurs espagnols ont écrit sur l’animation, en particulier J. Merino Fernández, de l’université Complutense de Madrid, X. M. Bouzada Fernández de l’université de Vigo (tous deux présents dans le premier tome de L’animation dans 20 pays) ou M. L. Sarrate Capdevila10 de l’Université nationale d’éducation à distance, l’équivalent de notre Centre national d’éducation à distance, avec cette différence que le premier propose depuis plusieurs années déjà une formation en animation socioculturelle ! Les formations en animation (après le baccalauréat) sont proposées par certaines universités dans le cadre d’une formation en educación social, qui prépare à un métier qui est un mixte d’éducateur et d’animateur à la française. Pour l’Italie, il existe une association nationale des animateurs socioculturels et la revue turinoise Animazione sociale11. En 2001, elle a publié un numéro spécial
7. Blasco Ibañez, romancier espagnol (1867-1928) très engagé dans les luttes politiques de son pays, dans la mouvance anticléricale et républicaine. 8. UCAR X., La animación sociocultural, Pedagogía social, Barcelone (Espagne), 1992 (il a écrit d’autres ouvrages). 9. VENTOSA V. J., Fuentes de la animación sociocultural en Europa, Editorial CCS, Madrid (Espagne), 2002 (il a produit plusieurs publications sur ce thème lui-aussi). 10. SARRATE CAPDEVILA M. L. (coord.), Programas de animación sociocultural, Universidad nacional de educación a distancia, coll. « Unidad Didáctica », Madrid (Espagne), 2002 (avec de nombreux articles, exercices et glossaires). On peut aussi citer la revue Cuadernos de animación (qui n’est pas sans rappeler Les cahiers de l’animation) publiée par l’association Asturactiva à Gijón (dont le numéro 4 publie les actes de la deuxième école de formation en animation socioculturelle : il s’agit en réalité d’un colloque) ou la brochure Manual del animador d’une autre association de cette même ville (Asosiación abierto hasta el hamanecer). 11. Cette revue est publiée par l’important groupe de communication éducatif, culturel et politique Abele dont le siège est à Turin, connu pour sa lutte antimafia.

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sur l’animation socioculturelle (« L’animazione socioculturale »). Un recueil du même éditeur, Il lavoro di comunita (« Le travail communautaire »), présentait en 1996 un article intitulé « La progettazione degli interventi di animazione di comunità » (« La méthodologie du projet dans l’intervention de l’animation communautaire », pp. 140-148). On y apprend par exemple que le mot « animation » donne en italien un adjectif qualificatif, « animative » (« … azioni di vario genere : sociali, educative, animative12 »). L’Università della Strada (« Université de la rue) a aussi édité un Manuel d’animation socioculturelle13. D’autres ouvrages existent sur l’animation : L’animation juvénile : l’expérience de Vedogiovane, de G. Campagnoli et M. Marmo, ou encore L’animation culturelle : théorie et pratique, de M. Pollo, ouvrages tous les deux publiés en 200214. Ce dernier ouvrage repère plusieurs modèles d’animation : l’animation théâtrale ou, de façon plus générale, celle visant à libérer l’expression ; l’animation socioculturelle, dont il affirme que le meilleur représentant est la revue déjà mentionnée Animazione sociale, vise la prise de conscience par des pratiques sociales libératrices individuelles, groupales ou collectives, sociopolitiques et sociocommunautaires intégrées dans des processus participatifs ou autogérés. Il distingue l’animation culturelle, visant une finalité éducative, l’animation touristique, l’animation formative par l’utilisation des techniques de dynamique de groupe et de communication sociale, l’animation de type ludique et récréative15. Le tout à l’intersection de trois aires : celle de l’identité personnelle, celle de la participation sociale et celle de la transcendance16. Pour L. Kurki, professeur de pédagogie sociale à l’université de Tampere, en Finlande, « l’animation est en train de se développer de façon significative » dans son pays. Il précise que les pratiques ainsi désignées existent depuis longtemps sur les plans culturel et éducatif, mais qu’en revanche, le concept d’animation était jusqu’à une date très récente quasi inconnu. Il se traduit (difficilement) en finnois par l’expression « sosiokultturinen innostaminen », entendue comme « un champ spécifique de la pédagogie sociale17 », et recouvre celui de l’éducation non formelle ou de l’éducation des adultes (appelée notamment en Belgique, mais aussi en France aujourd’hui, « andragogie »), celui des quartiers, du tourisme ou du développement des communautés. La formation se prépare en Faschhochschulen o Polytechnics, à l’image de ce qui par exemple existe, concernant l’animation, au Portugal, en Suisse ou dans certains pays d’Amérique latine. Une association nationale de l’animation socioculturelle vient de s’y fonder. En Colombie, il existe à Medellin, à l’Escuela de animación juvenil, un guide de travail (écrit en 2002) à destination des enseignants, avec notamment des articles sur « Qu’est-ce que l’animation socioculturelle et communautaire ?» et « Contexte dans lequel se développe l’animation socioculturelle et communautaire »,
12. Il figurera désormais dans le vocabulaire francisé de l’animation. 13. ELLENA A., Manuale di animazione socio-culturale, Abele, Turin (Italie), 1989. 14. CAMPAGNOLI G., MARMO M., Animazione giovanile : l’esperienza di Vedogiovane, Unicopli, Milan (Italie), 2002 ; POLLO M., Animazione culturale : teoria e metodo, LAS, Rome (Italie), 2002. 15. POLLO M., « I modelli dell’animazione in Italia », op. cit., pp. 10-13. 16. POLLO M., « L’obiettivo generale dell’animazione », op. cit., pp. 135-142. 17. Nous travaillerons ces acceptions dans une autre partie de cet article.