L'appel de l'Arctique

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Parcourir durant de longs temps les territoires du grand Nord, des terres d'Ellesmere, de Baffin, du Groenland et du Svalbard engage le voyageur à porter loin le regard. Loin des pratiques culturelles qui lui sont habituelles, loin de ses manières acquises de regarder le monde, l'homme sans chemin ne voit que lui-même et peut réfléchir au sens de son destin. Le Nord appelle le Nord et, dans sa profondeur d'être, il sait qu'il reviendra autant qu'il en aura épuisé les limites. La connaissance est au prix de l'infinie profondeur.
Publié le : samedi 1 mai 2010
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EAN13 : 9782296257726
Nombre de pages : 168
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L’Appel de l’Arctique

Jean-Marc HUGUET

L’Appel de l’Arctique

Préface de Jean Malaurie

Du même auteur Aux éditions L’Harmattan La formation d’une élite ouvrière. Industries électrique et gazière (1940-1970), (en collaboration avec Anne VincentBuffault), 2005. Allers simples. Oswiecim, 2006. La leçon. Instructions et catéchisme, 2008. L’éducation entre autres. Les entretiens de Pelleport, (en collaboration avec Jacques Ardoino, Guy Berger), 2009.

Sommaire
Préface de Jean Malaurie .......................... 11 Un disciple inspiré ................................................................ 11 Introduction fragmentée ........................... 15 Les derniers rois de Thulé .................................................... 21 Itinérance .................................................. 25 Paamiut ................................................................................. 25 Arsuk ..................................................................................... 28 Grønnedal ............................................................................. 34 Ivittuut ................................................................................... 34 Narsak ................................................................................... 36 Sondre Strømfjord................................................................. 38 Ilullissat-Disko...................................................................... 39 Qeqertaq-Saqqaq .................................................................. 41 Semermiut ............................................................................. 46 Le Saqqit Ittuk ....................................................................... 46 Uummannaq.......................................................................... 47 Upernavik ............................................................................. 50 Retour sur Uummannaq........................................................ 51 Retour sur Ilullissat .............................................................. 51 Retour sur Sermermiut.......................................................... 52 Refuge à Ilullissat ................................................................. 53 Retour sur Kangerlusuak ...................................................... 55 D’Ammassalik à Ikatek ......................................................... 61 De Resolute-Bay à Eureka .................................................... 71 De Broughton-Island à Iqualuit ........................................... 83 De Nanortalik à Aapilatoq ................................................... 97 De Longyearbyen à Barentsburg ........................................ 107 Le Centre d’Études Arctiques................. 121 Rue Amélie .......................................................................... 121 L’École des Hautes Études en Sciences Sociales ............... 124 105 Boulevard Raspail ....................................................... 127 7

Le Fonds Polaire Jean Malaurie ........................................ 133 L’Année Polaire Internationale .......................................... 136 La banquise : Observatoire de l’éphémère ........................ 139 Dire la vérité ....................................................................... 143 Postface ................................................... 145 De Dieppe à Dieppe ........................................................... 145 Terre et territoire ................................................................ 148 La mémoire déchirée .......................................................... 157 L’écume d’un jour .............................................................. 158 Repentir .................................................. 161 Dans le miroir de l’autre, mémoire d’avenir ..................... 161 Petite Bibliothèque ................................. 165

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Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver. René Char

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Préface de Jean Malaurie
Un disciple inspiré Il m’est arrivé à diverses reprises de préfacer des ouvrages dont le contenu avait un rapport avec ma spécialité ou le thème de mes recherches. L’introduction que m’a demandée Jean-Marc Huguet a une connotation particulière pour moi : Il s’agit en effet, entre lui et moi-même, d’une rencontre tout à fait singulière qui paraît venir des brumes du Nord, par-delà les landes de Courlande, et qui est pourtant très spécifique. Une des joies les plus secrètes d’un maître est de découvrir, au fil des années, l’attention, voire l’estime, que lui porte un de ses élèves. Il se trouve qu’elle me touche d’autant plus que Jean-Marc Huguet n’a jamais reçu de moi un particulier appui et qu’il a eu l’immense grâce de ne jamais rien me demander. En outre, il a fait bénéficier, en raison de ses relations privilégiées, d’un concours inestimable le Fonds Polaire Jean Malaurie, seule bibliothèque polaire française, installée à la bibliothèque centrale du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris. Il y a environ 30 ans, j’ai remarqué à mon séminaire, à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), la présence à la fois discrète et constante d’un homme attentif et solitaire, qui un jour m’a fait part de sa volonté de faire un mémoire d’études supérieures sur mon film Les derniers rois de Thulé, réalisé en 1969 dans l’urgence, compte tenu d’un crash dramatique d’un bombardier chargé de quatre bombes H. Au séminaire arctique de l’EHESS, certains de mes étudiants m’interrogeaient parfois sur sa personnalité 11

énigmatique qui ne paraissait se rattacher à aucune discipline particulière. C’est ce que nous appelons, dans notre parler universitaire, un Auditeur libre. Et cette liberté d’être, accusait en quelque sorte le mystère autour de sa personnalité attachante et de sa présence. Son étude sur ce film - le premier de mes quatorze films et auquel je porte un attachement affectif - que j’ai réalisé avec mes compagnons inughuit de Thulé, au nord du Groenland, est subtile et va loin. C’est beaucoup plus qu’un mémoire de filmologie. C’est alors que j’ai fait sa connaissance et j’ai appris que régulièrement, depuis qu’il suivait mes cours, et sans qu’il ne s’en soit jamais vanté auprès de moi, il allait régulièrement en solitaire au Groenland et en Terre de Baffin canadienne, comme pour y puiser dans les montagnes, les toundras et les fjords, une source d’inspiration. Au cours des rencontres, j’ai découvert qu’il était apprécié de nombreuses personnalités inuites et relevait de ce monde singulier qu’évoque Jørn Riel dans ses Racontars arctiques. Je m’en ouvrais auprès de lui et il m’a confié qu’il voulait découvrir de ses yeux, avec sa propre sensibilité, cet émerveillement que j’avais fait vivre à mon auditoire en évoquant mon Geboren dans une société anarchocommunaliste, libre et forte de sa généalogie hybride. C’est peu à peu que j’ai compris combien mon parcours, mes réflexions, bref le sens que je donne à ma vie et à mes recherches avait laissé une empreinte sur la sienne. Ce livre évoque avec pertinence et émotion la vie intense que le Centre d’Études Arctiques a fait vivre à ses chercheurs français et étrangers pendant 50 ans ; le Centre d’Études Arctiques étant devenu, après tant d’années, presque mythique pour les chercheurs y ayant effectué leur thèse en géomorphologie et en ethnologie, ou ayant suivi quelquesuns uns de ces quatorze congrès internationaux.

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Si je viens de rappeler l’intérêt constant, et qui ne s’est jamais démenti pendant toutes ces années, pour ce que j’ai nommé « l’Appel du Nord », je n’oublie pas non plus le vif intérêt, pour ne pas dire la passion, qu’il porte parallèlement à la collection Terre Humaine que j’ai fondée aux éditions Plon, il y 50 ans. Et j’évoque en particulier, à travers tous ces grands ouvrages : Sascho, ce terrible témoignage de l’Amicale d’Oranienburg Saschsenhausen. Et je pense à mon cher ami disparu Charles Désirat, illustre résistant et président de l’Amicale internationale des déportés de ce camp ; un des tout premiers camps de concentration créés par le pouvoir nazi en 1933, aux portes de Berlin. Il se trouve que Jean-Marc Huguet a une connaissance personnelle de ces camps, où il se rend comme en méditation et je songe en particulier à son dernier voyage à Buchenwald qui, par-delà l’horreur que nous avons tous deux pour ces régimes concentrationnaires, fait réfléchir, dans un esprit dostoïevskien, sur la perversité de l’âme humaine. J’insisterai enfin sur la preuve tangible que l’auteur, que je tiens à remercier ici encore et publiquement, a tenue à donner de l’attention fidèle et active qu’il porte à mon œuvre d’homme de sciences et d’humaniste, en soutenant concrètement par un don généreux pluriannuel le Fonds Polaire Jean Malaurie, au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris. Je souhaite vivement que ce témoignage qui, cela va sans dire, me va droit à la pensée et au cœur, touche de nombreux lecteurs qui le liront. Il s’agit là de vérité d’un homme qui a su « transformer » heureusement ses inspirations et sa pensée, et faire un choix de réflexion et de méditation aussi passionnant qu’original. Jean Malaurie. 13

Introduction fragmentée
J’avais dix-sept ans quand j’ai franchi pour la première fois le cercle polaire. Nicolas Bouvier Le texte est une écriture qui alterne des séquences de plus de vingt ans de voyages arctiques en pensées solitaires avec des retours sur des lieux d’études et de réflexions « savantes », à l’écoute des intelligences partagées avec et autour du professeur Jean Malaurie. Les séminaires du Centre d’Études Arctiques de la rue Amélie, qui se sont poursuivis à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) du Boulevard Raspail à Paris, réunissaient chaque semaine quelques chercheurs passionnés d’ethnologie et d’anthropologie. Nous étions peu nombreux et nous avions l’enthousiasme « d’apprentis anthropologuesphilosophes » en quête de nouveaux savoirs. Nos lectures étaient savantes et argumentées mais nous avions (à tout seigneur oblige) une prédilection pour la collection Terre Humaine. La pensée s’était construite et déconstruite patiemment au fil du temps de l’exigence d’un travail intellectuel en profondeur, confrontée à l’expérience vécue « d’aventuriers de l’intelligence », par petites touches, au contact soutenu d’un monde polaire qui évolue au rythme d’angoissantes questions : Jusqu’à où ? Et jusqu’à quand ? Si d’aucuns prophétisaient : « Que le monde prendrait fin par le feu ! Pour d’autres ce serait dans la glace ! » Le monde 15

devenait sombre et il ne fallait pas trop vite le désenchanter par une fin de l’histoire annoncée par un quelconque « chaman blanc » en vide sidéral angoissant. Puisque le lieu du séminaire était précisément situé en terre universitaire, la question de la « construction de l’esprit scientifique », inaugurée par Bachelard, nous obligeait au regard engagé du chercheur sur son objet de recherche. Si certains étaient férus des disciplines géomorphologiques et environnementales, d’autres avaient pour matière le droit international des peuples autochtones et côtoyaient sans réserve des professeurs de philosophie, voire de psychologie spécialistes, des tests projectifs. Quelques africanistes de renom confrontaient leurs travaux à d’autres savants de la cause amérindienne ou sibérienne. L’interdisciplinarité était le maître mot d’un raisonnement en profondeur qui n’avait d’égal que la diversité des points de vue. Réfléchir en salle était important encore fallait-il confronter la réflexion à un vécu de terrain afin d’en dégager une problématique originale. Parcourir, durant de longs temps, les territoires du grand Nord, des terres d’Ellesmere, de Baffin, du Groenland et du Svalbard engage le voyageur à porter loin le regard. Loin des pratiques culturelles qui lui sont habituelles, loin de ses manières acquises de regarder le monde, si différentes des siennes et pourtant si proches puisqu’elles sont humaines. Dans son silence l’homme sans chemin ne voit que luimême. De temps à autre il fait une escale pour réfléchir au sens de son destin et il se heurte à un mur d’incompréhension, et parfois de cruauté. Alors il se bricole des petites théories a priori pour éviter de se confronter à sa propre frayeur face à l’inconnu qui ne dit rien d’autre que son ignorance. Devant l’ampleur du désespoir, il lui arrive de renoncer. Mais le Nord appelle le Nord et dans sa profondeur d’être, il se sait maintenant seul et il sait qu’il reviendra

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